Shabbat 131a — Le mavoi selon Rav ; les préparatifs de mitsva selon Rabbi Eliezer

Shabbat 131a

Sougya : Le daf achève la discussion sur la position de Rav : on peut porter dans un mavoi sans chitouf, selon Rabbi Chimon, à condition que les cours n'aient pas fait d'erouv avec les maisons. Après plusieurs explications rejetées, Rav Achi conclut que ce sont les maisons qui rendent les cours interdites envers le mavoi.

La Guemara passe ensuite à Rabbi Eliezer : selon Rabbi Yo'hanan, sa règle 'les préparatifs d'une mitsva repoussent le Chabbat' ne vaut pas pour toutes les mitsvot, puisqu'il a eu besoin d'une gezera chava pour les deux pains de Chavouot. On analyse cette gezera chava (mots libres, d'un ou des deux côtés), puis on identifie les mitsvot exclues : le tsitsit et la mezouza, qui n'ont pas de temps fixe.

Rav : mavoi sans chitouf, quand peut-on y porter ? Halakha comme Rabbi Chimon : toit, cour, karpef, mavoi = un seul domaine Pas d'erouv cours + maisons -> permis de porter dans le mavoi Érouv cours + maisons fait -> interdit (sans chitouf) Pourquoi cette différence ? 1re explication un mavoi exige maisons ET cours ; avec erouv, il n'y a plus de cours Objection sans erouv, les maisons sont comme murées : plus de maisons ! Réponse / réfutation bitoul au profit d'un seul (ou d'un le matin, d'un autre le soir) : une seule maison à la fois Rav Achi ce sont les maisons qui rendent les cours interdites envers le mavoi ; sans erouv, elles sont absentes
La règle de Rav sur le mavoi et les étapes jusqu'à l'explication de Rav Achi.
La gezera chava 'apport' : omer -> deux pains Omer (16 Nissan) 'vous apporterez' (Vayikra 23,10) préparatifs repoussent le Chabbat Deux pains (Chavouot) 'vous apporterez' (Vayikra 23,17) -> préparatifs aussi ? Exigence les mots doivent être mufnim (libres) Sinon, pirka omer : moisson obligatoire même si on trouve moissonné ; pas les deux pains Côté omer 'depuis le jour où vous aurez apporté' (23,15) est superflu -> libre Objection libre d'un seul côté : pour R. Eliezer on apprend mais on réfute Côté deux pains 'tavi'ou' est un ribouy superflu -> libre des deux côtés Conclusion : la gezera chava tient, sans réfutation possible.
Comment la gezera chava omer / deux pains est rendue irréfutable.
Rabbi Eliezer : quels makhchirei mitsva repoussent le Chabbat ? Repoussent le Chabbat Ne repoussent pas le Chabbat Mila (daf 130a) Loulav (baraita) Soukka (baraita) Matsa (baraita) Chofar (baraita) Deux pains de Chavouot : par gezera chava Tsitsit pour son vêtement Mezouza pour sa porte (Rav Ada bar Ahava + baraita : il est coupable) Pourquoi ? Rav Yossef : pas de temps fixe, on peut les faire après Chabbat Abaye : au contraire... (suite 131b) Rabbi Yo'hanan : la règle de Rabbi Eliezer n'est pas universelle, sinon la gezera chava pour les deux pains serait inutile.
Les mitsvot dont les préparatifs repoussent le Chabbat selon Rabbi Eliezer, et celles qui sont exclues.
1
בָּתִּים וַחֲצֵרוֹת פְּתוּחִין לְתוֹכוֹ, וְהָכָא בָּתִּים — אִיכָּא, חֲצֵרוֹת — לֵיכָּא. כִּי לֹא עֵירְבוּ נָמֵי, לֶיחְזִינְהוּ לְהָנֵי בָּתִּים כְּמַאן דִּסְתִימִי דָּמוּ, וַחֲצֵרוֹת אִיכָּא וּבָתִּים — לֵיכָּא!

[Un mavoi n'est considéré comme tel que s'il a] des maisons et des cours ouvertes sur lui ; or ici, des maisons il y en a, des cours il n'y en a pas. [Objection :] lorsqu'ils n'ont pas fait d'erouv non plus, que l'on considère ces maisons comme si elles étaient murées : il y a des cours, et il n'y a pas de maisons !

📜 Rachi (2)
בָּתִּים וַחֲצֵרוֹת שְׁנֵי בָּתִּים פְּתוּחִים לִשְׁתֵּי חֲצֵרוֹת שְׁתַּיִם לְכָל חָצֵר וּשְׁתֵּי חֲצֵרוֹת פְּתוּחוֹת לַמָּבוֹי:
Des maisons et des cours : deux maisons ouvertes sur deux cours, deux pour chaque cour, et deux cours ouvertes sur le mavoi.
כְּמַאן דִּסְתִימִי דָּמֵי דְּהָא לְגַבֵּי מָבוֹי כְּמַאן דִּסְתִימִי הָווּ דְּהָא חֲצֵרוֹת מַפְסִיקוֹת בֵּינְתַיִם שֶׁאֵין הַבָּתִּים מוֹצִיאִין לָהֶם:
Comme si elles étaient murées : car par rapport au mavoi, elles sont comme murées, puisque les cours s'interposent entre elles, et qu'on ne sort pas [d'objets] des maisons vers les cours.
💡 Explication

Suite du daf 130b. Rav tranche comme Rabbi Chimon (toit, cour, karpef et mavoi forment un seul domaine), mais seulement si les cours n'ont pas fait d'erouv avec les maisons. Première explication : un mavoi n'a son statut que s'il comporte au moins deux cours ayant chacune deux maisons. L'erouv fusionne maisons et cours : il ne resterait que des maisons.

Objection : sans erouv, les maisons sont coupées de la cour, donc comme murées ; il ne resterait que des cours, et le raisonnement s'inverse.

2
אֶפְשָׁר דִּמְבַטְּלֵי לֵיהּ רְשׁוּתָא דְּכֻולְּהוּ לְגַבֵּי חַד. סוֹף סוֹף בַּיִת אִיכָּא בָּתִּים לֵיכָּא!

Il est possible qu'ils annulent (mevatlei) le droit de tous en faveur d'un seul. [Réfutation :] au bout du compte, il y a une maison, il n'y a pas des maisons !

📜 Rachi (2)
אֶפְשָׁר דִּמְבַטְּלִי בְּנֵי הַבָּתִּים שֶׁבֶּחָצֵר רְשׁוּת שֶׁיֵּשׁ לָהֶם בֶּחָצֵר לְגַבֵּי חַד מִינַּייְהוּ וְהָוֵי כָּל הֶחָצֵר שֶׁלּוֹ וּמֻותָּר לְהוֹצִיא מִבֵּיתוֹ לֶחָצֵר:
Il est possible qu'ils annulent : les habitants des maisons de la cour [annulent] le droit qu'ils ont dans la cour en faveur de l'un d'eux ; toute la cour est alors à lui, et il lui est permis de sortir [des objets] de sa maison vers la cour.
סוֹף סוֹף בַּיִת אִיכָּא בְּכָל חָצֵר בָּתִּים לֵיכָּא וְרַב בָּעֵי שְׁנֵי בָּתִּים לְכָל חָצֵר:
Au bout du compte il y a une maison : dans chaque cour ; des maisons il n'y en a pas, et Rav exige deux maisons pour chaque cour.
🗂️ Tossefot (1)
אֶפְשָׁר דִּמְבַטְּלִי רְשׁוּת כּוּ' וְא"ת כִּי עֵירְבוּ חֲצֵרוֹת נָמֵי עִם בָּתִּים מָצֵינַן לְמֵימַר שֶׁיֵּשׁ חָצֵר לַמָּבוֹי כְּגוֹן שֶׁבִּיטְּלוּ אוֹתוֹ שֶׁל חָצֵר זֶה לִרְשׁוּת דְּכוּלְּהוּ שֶׁיֵּשׁ לָהֶם בַּמָּבוֹי לִבְנֵי חָצֵר אַחֶרֶת וִיכוֹלִין לְטַלְטֵל מִן הֶחָצֵר לַמָּבוֹי הָא לָא בָּעֵי לְאַקְשׁוֹיֵי דְּאִיכָּא לָמֶ"ד בְּעֵירוּבִין (דַּף סו:) אֵין בִּיטּוּל רְשׁוּת מֵחָצֵר לְחָצֵר וְעוֹד דִּבְלָאו הָכִי פָּרֵיךְ שַׁפִּיר:
Il est possible qu'ils annulent le droit etc. : Et si tu demandes : lorsqu'ils ont fait erouv des cours avec les maisons aussi, nous pourrions dire qu'il y a une cour pour le mavoi, par exemple si ceux de cette cour ont annulé le droit qu'ils ont tous dans le mavoi en faveur des habitants d'une autre cour, et ceux-ci pourraient déplacer des objets de la cour vers le mavoi. [Réponse :] la Guemara n'a pas voulu objecter cela, car il existe un avis, dans Erouvin (66b), selon lequel on n'annule pas un droit d'une cour à une autre cour ; de plus, même sans cela, l'objection [présentée] est déjà valable.
💡 Explication

Bitoul rechout (annulation du droit de propriété) : les habitants qui n'ont pas fait d'erouv peuvent céder leurs droits sur la cour à un seul d'entre eux. Sa maison redevient alors liée à la cour. Mais une seule maison ne suffit pas : Rav exige deux maisons par cour.

3
אֶפְשָׁר דְּמִצַּפְרָא וְעַד פַּלְגָא דְּיוֹמָא לְגַבֵּי חַד, מִפַּלְגֵיהּ דְּיוֹמָא וּלְפַנְיָא לְגַבֵּי חַד. סוֹף סוֹף בְּעִידָּנָא דְּאִיתֵיהּ לְהַאי, לֵיתֵיהּ לְהַאי? אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: מִי גָּרַם לַחֲצֵרוֹת שֶׁיֵּאָסְרוּ — בָּתִּים, וְלֵיכָּא.

Il est possible [qu'ils annulent] du matin jusqu'au milieu du jour en faveur de l'un, et du milieu du jour jusqu'au soir en faveur d'un autre. [Réfutation :] au bout du compte, au moment où celui-ci [a le droit], celui-là ne l'a pas !

Rav Achi a donc dit : qu'est-ce qui a fait que les cours soient interdites ? Les maisons ; or il n'y en a pas.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי טַעְמָא לָאו מִשּׁוּם בָּתִּים וַחֲצֵרוֹת פְּתוּחוֹת לְתוֹכוֹ הוּא דְּרַב בֵּין עֵירְבוּ בֵּין לֹא עֵירְבוּ מִכֵּיוָן דִּפְתִיחִי שְׁתֵּי חֲצֵרוֹת לַמָּבוֹי וּשְׁנֵי בָּתִּים לְכָל חָצֵר תּוֹרַת מָבוֹי עָלָיו וְנִיתָּר בְּלֶחִי וְקוֹרָה וְהַיְינוּ טַעְמָא דְּכִי עֵירְבוּ בַּחֲצֵרוֹת וְלֹא נִשְׁתַּתְּפוּ בַּמָּבוֹי אָסוּר לְטַלְטֵל בּוֹ וְכִי לֹא עֵירְבוּ שָׁרִי:
Rav Achi a donc dit : la raison [de Rav] n'est pas liée au fait que des maisons et des cours ouvrent sur le mavoi. Car pour Rav, qu'ils aient fait erouv ou non, du moment que deux cours ouvrent sur le mavoi et deux maisons sur chaque cour, il a le statut de mavoi et il est rendu permis par un lehi ou une koura. Voici la raison pour laquelle, lorsqu'ils ont fait erouv dans les cours sans s'associer (nichtatfou) dans le mavoi, il est interdit d'y déplacer des objets, et lorsqu'ils n'ont pas fait erouv, c'est permis :
מִי גָּרַם לַחֲצֵירוֹת שֶׁיֵּאָסְרוּ עַל הַמָּבוֹי לְהַצְרִיכוֹ שִׁיתּוּף לְהוֹצִיא מִן הַחֲצֵירוֹת לְתוֹכוֹ:
Qu'est-ce qui a fait que les cours soient interdites : envers le mavoi, de sorte qu'il nécessite un chitouf pour sortir [des objets] des cours vers lui.
בָּתִּים הוּא דְּגָרְמִי לוֹ דְּאִי לָאו מִשּׁוּם בָּתִּים הָווּ לְהוּ חֲצֵרוֹת וּמָבוֹי רְשׁוּת אַחַת דְּרַב דְּאָמְרָה לְהָא מִלְּתָא כר"ש סְבִירָא לֵיהּ דְּאָמַר בְּעֵירוּבִין (דַּף עַד.) גַּג וְחָצֵר וְקַרְפֵּף וּמָבוֹי כֻּולָּן רְשׁוּת אַחַת הֵן וּמְטַלְטְלִין מִזֶּה לָזֶה וְאָמַר רַב עֲלָהּ הֲלָכָה כַּר' שִׁמְעוֹן וְהוּא שֶׁלֹּא עֵירְבוּ בָּתִּים עִם הַחֲצֵרוֹת דְּלָא שְׁכִיחִי מָאנֵי דְבָתִּים בְּחָצֵר הִלְכָּךְ לְעִנְיַן טִלְטוּל בְּתוֹכוֹ נָמֵי כִּי לֹא עֵירְבוּ חֲצֵרוֹת עִם הַבָּתִּים שָׁרִי דַּהֲוָה לְהוּ כְּמוֹ שֶׁנִּשְׁתַּתְּפוּ בּוֹ דָּמֵי גָּרַם לוֹ לַמָּבוֹי לֵיאָסֵר וּלְהִצְטָרֵךְ לְשִׁיתּוּף בָּתִּים גָּרְמוּ לוֹ וְאֵינָם שֶׁהֲרֵי נִסְתַּלְּקוּ מִמֶּנּוּ וּמֻותָּר לְהוֹצִיא מִן הַחֲצֵרוֹת לַמָּבוֹי כְּאִילּוּ נִשְׁתַּתְּפוּ וּבְנִשְׁתַּתְּפוּ לָא מְסַפְּקָא לָן דְּמֻותָּר לְטַלְטֵל בְּכֻולָּן:
Les maisons : ce sont elles qui en sont la cause ; car sans les maisons, les cours et le mavoi seraient un seul domaine. Rav, qui a énoncé cette règle, pense comme Rabbi Chimon, qui dit dans Erouvin (74a) : toit, cour, karpef et mavoi sont tous un seul domaine, et on peut déplacer des objets de l'un à l'autre. Et Rav a dit à ce sujet : la halakha est comme Rabbi Chimon, à condition qu'ils n'aient pas fait erouv des maisons avec les cours, car les ustensiles des maisons ne se trouvent pas couramment dans la cour. Par conséquent, pour le déplacement à l'intérieur [du mavoi] aussi, lorsqu'ils n'ont pas fait erouv des cours avec les maisons, c'est permis : c'est comme s'ils s'étaient associés dans le mavoi. Car qu'est-ce qui a fait que le mavoi soit interdit et nécessite un chitouf ? Les maisons ; or elles n'y sont pas, puisqu'elles se sont retirées de lui. Il est donc permis de sortir [des objets] des cours vers le mavoi comme s'ils s'étaient associés ; et lorsqu'ils se sont associés, nous n'avons aucun doute qu'il est permis de déplacer des objets dans tous [ces espaces].
🗂️ Tossefot (2)
מִפַּלְגָא דְּיוֹמָא לְפַנְיָא רַב לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר בְּמַסֶּכֶת עֵירוּבִין (דַּף סח:) מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין:
Du milieu du jour jusqu'au soir : Rav suit son principe, car il dit dans le traité Erouvin (68b) : on annule, puis on annule à nouveau.
מִי גָּרַם לַחֲצֵרוֹת אֲנַן קי"ל דַּאֲפִילּוּ עֵירְבוּ חֲצֵרוֹת עִם בָּתִּים מֻותָּר לְטַלְטֵל דְּהָא רַב דְּאָסַר בְּעֵירְבוּ לְטַעְמֵיהּ דִּפְסִיק כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דַּוְקָא בְּלֹא עֵירְבוּ אֲבָל רַבִּי יוֹחָנָן פְּסִיק כר"ש בֵּין עֵירְבוּ בֵּין לֹא עֵירְבוּ וְכַר' יוֹחָנָן קי"ל:
Qu'est-ce qui a fait que les cours : nous, nous tenons que même s'ils ont fait erouv des cours avec les maisons, il est permis de déplacer des objets. Car Rav, qui interdit lorsqu'ils ont fait erouv, suit son principe, lui qui tranche comme Rabbi Chimon seulement lorsqu'ils n'ont pas fait erouv ; mais Rabbi Yo'hanan tranche comme Rabbi Chimon, qu'ils aient fait erouv ou non, et nous tenons comme Rabbi Yo'hanan.
💡 Explication

Tentative de sauver l'explication : céder la cour à l'un le matin et à un autre l'après-midi. Rejet : à un instant donné, une seule maison est liée à la cour.

Rav Achi change d'approche. Ce qui oblige à un chitouf (association alimentaire dans le mavoi), ce sont les maisons, dont les objets risquent d'être sortis dans le mavoi. Sans erouv, les objets des maisons restent chez elles : le mavoi se comporte comme s'il y avait eu chitouf. Avec erouv, les maisons sont reliées aux cours, et l'interdit revient. Tossefot : la halakha suit Rabbi Yo'hanan, qui permet même après erouv.

🖼️ Schéma
Rav : mavoi sans chitouf, quand peut-on y porter ? Halakha comme Rabbi Chimon : toit, cour, karpef, mavoi = un seul domaine Pas d'erouv cours + maisons -> permis de porter dans le mavoi Érouv cours + maisons fait -> interdit (sans chitouf) Pourquoi cette différence ? 1re explication un mavoi exige maisons ET cours ; avec erouv, il n'y a plus de cours Objection sans erouv, les maisons sont comme murées : plus de maisons ! Réponse / réfutation bitoul au profit d'un seul (ou d'un le matin, d'un autre le soir) : une seule maison à la fois Rav Achi ce sont les maisons qui rendent les cours interdites envers le mavoi ; sans erouv, elles sont absentes
Les étapes de la discussion jusqu'à Rav Achi.
4
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא לַכֹּל אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מַכְשִׁירֵי מִצְוָה דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת. שֶׁהֲרֵי שְׁתֵּי הַלֶּחֶם חוֹבַת הַיּוֹם הֵן, וְלֹא לְמָדָן רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אֶלָּא מִגְּזֵירָה שָׁוָה. דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: מִנַּייִן לְמַכְשִׁירֵי שְׁתֵּי הַלֶּחֶם שֶׁדּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת? — נֶאֶמְרָה הֲבָאָה בָּעֹומֶר, וְנֶאֶמְרָה הֲבָאָה בִּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם. מָה הֲבָאָה הָאֲמוּרָה בָּעֹומֶר — מַכְשִׁירִין דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת. אַף הֲבָאָה הָאֲמוּרָה בִּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם — מַכְשִׁירִין דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת.

Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Rabbi Eliezer n'a pas dit pour toutes [les mitsvot] que les makhchirei mitsva (préparatifs d'une mitsva) repoussent le Chabbat. En effet, les deux pains (chtei halehem) sont une obligation du jour, et Rabbi Eliezer ne l'a appris qu'au moyen d'une gezera chava (analogie verbale).

Comme il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Eliezer dit : d'où [savons-nous] que les préparatifs des deux pains repoussent le Chabbat ? Il est dit 'apport' au sujet du omer, et il est dit 'apport' au sujet des deux pains.

De même que pour l'apport mentionné au sujet du omer, les préparatifs repoussent le Chabbat, de même pour l'apport mentionné au sujet des deux pains, les préparatifs repoussent le Chabbat.

📜 Rachi (4)
לֹא לַכֹּל אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לֹא בְּכָל מַכְשִׁירֵי מִצְוָה אָמַר כֵּן וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ הֵי מַכְשִׁירֵי מִצְוָה אֲתָא לְמַעוּטֵי:
Rabbi Eliezer n'a pas dit pour toutes : il n'a pas dit cela pour tous les préparatifs de mitsva ; plus loin, [la Guemara] explique quels préparatifs de mitsva il vient exclure.
שְׁתֵּי הַלֶּחֶם דַּעֲצֶרֶת חוֹבַת יוֹם הֵן וְאֵין לְאַחֲרָן עַד לְמָחָר:
Les deux pains : de Atseret (Chavouot), qui sont une obligation du jour, et on ne peut pas les repousser au lendemain.
וְלֹא לְמָדָן רַבִּי אֱלִיעֶזֶר דַּאֲפִייָּתָם תִּדְחֶה שַׁבָּת אֶלָּא בִּגְזֵירָה שָׁוָה וְאִי בְּכָל מַכְשִׁירֵי מִצְוָה שֶׁעִיקַּר הַמִּצְוָה נוֹהֶגֶת בְּשַׁבָּת אָמַר מַכְשִׁירֶיהָ כְּמוֹתָהּ לָמָּה לִי גְּזֵירָה שָׁוָה:
Et Rabbi Eliezer ne l'a appris : que leur cuisson repousse le Chabbat, qu'au moyen d'une gezera chava. Or, s'il avait dit pour tous les préparatifs de mitsva dont la mitsva principale s'applique le Chabbat que ses préparatifs ont le même statut qu'elle, pourquoi aurait-il besoin d'une gezera chava ?
מָה הֲבָאָה הָאֲמוּרָה בָּעֹומֶר מַכְשִׁירֶיהָ דְּהַייְנוּ קְצִירָה טְחִינָה וְהַרְקָדָה שֶׁלָּהּ דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת כִּדְאָמְרִינַן בִּמְנָחוֹת (דַּף עב.) בֶּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר תִּשְׁבֹּות מֶה חָרִישׁ רְשׁוּת אַף קָצִיר רְשׁוּת יָצָא קְצִירַת הָעֹומֶר שֶׁהִיא מִצְוָה:
De même que pour l'apport mentionné au sujet du omer, ses préparatifs : à savoir sa moisson, sa mouture et son tamisage, repoussent le Chabbat, comme nous le disons dans Menahot (72a) : 'au labour et à la moisson tu te reposeras' : de même que le labour est facultatif, la moisson [interdite] est facultative ; en est exclue la moisson du omer, qui est une mitsva.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא לַכֹּל אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מַכְשִׁירֵי מִצְוָה דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת לְקַמָּן מְפָרֵשׁ דַּאֲתָא לִמְעוּטֵי צִיצִית וּמְזוּזָה וה"פ לֹא כָּל מִצְוֹת הַנּוֹהֲגוֹת בְּשַׁבָּת אָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר שֶׁמַּכְשִׁירִין יִדָּחוּ שַׁבָּת שֶׁהֲרֵי שְׁתֵּי הַלֶּחֶם כו' וּמַשְׁמַע לִכְאוֹרָה דְּאִי לָא דְּאַשְׁכְּחַן דְּמַצְרִיךְ ר' אֱלִיעֶזֶר ג"ש הֲוָה גָּמְרִינַן לְצִיצִית וּמְזוּזָה מִמִּילָה וְנֵימָא דְּמַכְשִׁירֶיהָ דָּחוּ שַׁבָּת וְתֵימַהּ הוּא הֵיכִי שַׁייָּךְ לְמֵילַף צִיצִית וּמְזוּזָה מִמִּילָה דְּמִילָה דִּין הוּא דְּמַכְשִׁירֶיהָ דּוֹחִין שַׁבָּת דְּהִיא עַצְמָהּ דּוֹחָה שַׁבָּת אֲבָל צִיצִית וּמְזוּזָה אֵין בְּמִצְוָתָן דְּחִיַּית שַׁבָּת:
Rabbi Eliezer n'a pas dit pour toutes que les préparatifs de mitsva repoussent le Chabbat : plus loin, [la Guemara] explique qu'il vient exclure le tsitsit et la mezouza. Voici l'explication : Rabbi Eliezer n'a pas dit, pour toutes les mitsvot qui s'appliquent le Chabbat, que leurs préparatifs repoussent le Chabbat, puisque les deux pains etc. Il semble à première vue que, si nous n'avions pas trouvé que Rabbi Eliezer exige une gezera chava, nous aurions appris le tsitsit et la mezouza de la mila, et dit que leurs préparatifs repoussent le Chabbat. Or c'est étonnant : comment pourrait-on apprendre le tsitsit et la mezouza de la mila ? Pour la mila, il est logique que ses préparatifs repoussent le Chabbat, puisqu'elle-même repousse le Chabbat ; mais le tsitsit et la mezouza, leur mitsva ne comporte pas de rejet du Chabbat.
💡 Explication

Rabbi Eliezer a posé (130a) que les makhchirei mitsva de la mila repoussent le Chabbat. Rabbi Yo'hanan limite la portée de ce principe : pour les deux pains de Chavouot, offrande obligatoire du jour, Rabbi Eliezer a eu besoin d'une gezera chava. Si le principe était général, cette source serait superflue.

Le omer (offrande d'orge du 16 Nissan) : sa moisson repousse le Chabbat, car le verset n'interdit que la moisson facultative.

5
מֻופְנֵי. דְּאִי לָא מֻופְנֵי, אִיכָּא לְמִיפְרַךְ: מַה לָעֹומֶר, שֶׁכֵּן אִם מָצָא קָצוּר — קוֹצֵר, תֹּאמַר בִּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם, שֶׁאִם מָצָא קָצוּר — אֵינוֹ קוֹצֵר. לָאיֵי אַפִּנּוּיַי מֻופְנֵי: מִכְּדֵי כְּתִיב ״וַהֲבֵאתֶם אֶת עֹומֶר רֵאשִׁית קְצִירְכֶם אֶל הַכֹּהֵן״, ״מִיּוֹם הֲבִיאֲכֶם״ לָמָּה לִי? שְׁמַע מִינָּה לְאַפְנוֹיֵי.

[Les mots doivent être] mufnim (libres). Car s'ils n'étaient pas libres, on pourrait réfuter : qu'y a-t-il de particulier au omer ?

Que s'il trouve [de l'orge déjà] moissonnée, il moissonne [quand même]. Diras-tu [la même chose] pour les deux pains, ou, s'il trouve [du blé déjà] moissonné, il ne moissonne pas ?

Lai (en vérité), ils sont bien libres : puisqu'il est écrit 'vous apporterez le omer, prémices de votre moisson, au cohen' (Vayikra 23,10), pourquoi ai-je besoin de 'depuis le jour où vous aurez apporté' (Vayikra 23,15) ? Déduis-en que c'est pour le rendre libre.

📜 Rachi (2)
שֶׁכֵּן מָצָא קָצוּר שֶׁלֹּא לְשֵׁם עֹומֶר מִצְוָה לִקְצֹור לִשְׁמָהּ דִּכְתִיב וּקְצַרְתֶּם וַהֲבֵאתֶם הִלְכָּךְ קְצִירָה גּוּפֵיהּ מִצְוָה הִיא תֹּאמַר בִּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בָּהֶן קְצִירָה:
Que s'il trouve moissonné : [de l'orge moissonnée] sans intention du omer, c'est une mitsva de moissonner pour lui, car il est écrit 'et vous moissonnerez... et vous apporterez' ; ainsi la moisson elle-même est une mitsva. Diras-tu [la même chose] pour les deux pains, pour lesquels la moisson n'est pas mentionnée ?
לְאֵי בֶּאֱמֶת:
Lai : en vérité.
🗂️ Tossefot (1)
תֹּאמַר בִּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם שֶׁאִם מָצָא קָצוּר אֵינוֹ קוֹצֵר תֵּימַהּ מַאי קָא פָּרֵיךְ דְּהִיא גּוּפָהּ נֵילַף מִינָּהּ מֶה הָעֹומֶר שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁמָּצָא קָצוּר קוֹצֵר אַף שְׁתֵּי הַלֶּחֶם אִם מָצָא קָצוּר קוֹצֵר וְנֵילַף מִינָּהּ תַּרְתֵּי מַכְשִׁירִין וּקְצִירָה וְתֵירֵץ ר"ת דְּהָא לָא דָּמֵי דְּנֵילַף מִינָּהּ קְצִירָה שֶׁהֲרֵי בַּעֲצֶרֶת יִהְיוּ כָּל הַחִיטִּין וְהַשְּׂעוֹרִין קְצוּרִים וְלֹא מַשְׁמַע דְּאָתְיָא ג"ש אֶלָּא מַכְשִׁירִין דְּדָחוּ שַׁבָּת א"נ י"ל דְּהָא לָא מָצֵי לְמֵימַר נֵילַף קְצִירָה דְּמֵהֵיכָא נָפְקָא לָן קְצִירַת הָעֹומֶר דְּדָחֲיָא שַׁבָּת מִדִּכְתִיב בֶּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר תִּשְׁבֹּות כִּדְדָרְשִׁינַן בִּמְנָחוֹת בְּשִׁילְהֵי ר' יִשְׁמָעֵאל (מְנָחוֹת דַּף עב.) מֶה חָרִישׁ רְשׁוּת אַף קָצִיר רְשׁוּת יָצָא קְצִירַת הָעֹומֶר שֶׁהִיא מִצְוָה וְגַלִּי רַחֲמָנָא דְּלֵיכָּא לְמֵילַף אֶלָּא לְגַבֵּי הָעֹומֶר דִּכְתִיב בֵּיהּ נָמֵי קָצִיר וְלֹא לְגַבֵּי שְׁתֵּי הַלֶּחֶם דְּלָא כְּתִיב בְּהוּ קָצִיר וְעַל כְּרִחְיָךְ וַדַּאי הַיְינוּ טַעְמָא דְּיָלֵיף גַּבֵּי עֹומֶר קְצִירָה מִשּׁוּם דִּכְתִיב בֵּיהּ קָצִיר דְּאִי לָאו הָכִי מ"ש דְּיָלֵיף טְפֵי גַּבֵּי עֹומֶר מִגַּבֵּי שְׁתֵּי הַלֶּחֶם דְּהָכָא נָמֵי נֵימָא יָצָא קְצִירַת שְׁתֵּי הַלֶּחֶם שֶׁהִיא מִצְוָה:
Diras-tu pour les deux pains, ou s'il trouve moissonné, il ne moissonne pas : c'est étonnant, quelle est cette objection ? Apprenons précisément ce point de [la gezera chava] : de même que pour le omer, même s'il trouve moissonné il moissonne, de même pour les deux pains, s'il trouve moissonné il moissonne ; et apprenons-en deux choses, les préparatifs et la moisson. Rabbenou Tam a répondu que cela n'est pas comparable, [car on ne peut] en apprendre la moisson : à Atseret, tout le blé et toute l'orge sont déjà moissonnés ; et il ne semble pas que la gezera chava vienne [enseigner autre chose] que les préparatifs qui repoussent le Chabbat. Ou bien on peut dire qu'on ne peut pas dire : apprenons la moisson. En effet, d'où tirons-nous que la moisson du omer repousse le Chabbat ? De ce qui est écrit 'au labour et à la moisson tu te reposeras', comme nous l'expliquons dans Menahot, a la fin du chapitre Rabbi Yichmael (Menahot 72a) : de même que le labour est facultatif, la moisson est facultative ; en est exclue la moisson du omer, qui est une mitsva. Et le Miséricordieux a révélé qu'on ne peut l'apprendre que pour le omer, à propos duquel est aussi écrit [le mot] 'moisson', et non pour les deux pains, à propos desquels 'moisson' n'est pas écrit. Force est de dire que c'est certainement la raison pour laquelle on apprend la moisson pour le omer : parce que 'moisson' y est écrit. Sinon, pourquoi l'apprendrait-on pour le omer plutôt que pour les deux pains ? On pourrait dire ici aussi : en est exclue la moisson des deux pains, qui est une mitsva.
💡 Explication

Une gezera chava dont les mots sont mufnim (superflus dans leur contexte) ne peut pas être réfutée par une différence logique (pirka). Sans cela, on objecterait : pour le omer, la moisson est elle-même une mitsva, ce qui n'est pas le cas des deux pains.

La Guemara montre que, du côté du omer, le mot est libre : le verset 23,15 répète 'apporter' sans nécessité.

🖼️ Schéma
La gezera chava 'apport' : omer -> deux pains Omer (16 Nissan) 'vous apporterez' (Vayikra 23,10) préparatifs repoussent le Chabbat Deux pains (Chavouot) 'vous apporterez' (Vayikra 23,17) -> préparatifs aussi ? Exigence les mots doivent être mufnim (libres) Sinon, pirka omer : moisson obligatoire même si on trouve moissonné ; pas les deux pains Côté omer 'depuis le jour où vous aurez apporté' (23,15) est superflu -> libre Objection libre d'un seul côté : pour R. Eliezer on apprend mais on réfute Côté deux pains 'tavi'ou' est un ribouy superflu -> libre des deux côtés Conclusion : la gezera chava tient, sans réfutation possible.
La construction de la gezera chava, étape par étape.
6
וְאַכַּתִּי: מֻופְנֶה מִצַּד אֶחָד הוּא, וְשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר מֻופְנֶה מִצַּד אֶחָד לְמֵידִין וּמְשִׁיבִין! ״תָּבִיאוּ״ רִבּוּיָא הוּא.

Mais encore : [la gezera chava] n'est libre que d'un seul côté, et nous avons entendu que Rabbi Eliezer dit : [une gezera chava] libre d'un seul côté, on en apprend, et on la réfute ! 'Vous apporterez' (tavi'ou) est un ajout (ribouy).

📜 Rachi (3)
מִצַּד אֶחָד הֲבָאָה דְּעֹומֶר מֻופְנֶה הֲבָאָה דִּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם אֵינָהּ מֻופְנֶה דִּצְרִיכָה לְגוּפָהּ:
D'un seul côté : l'apport du omer est libre ; l'apport des deux pains n'est pas libre, car il est nécessaire pour lui-même.
וְשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר גְּזֵירָה שָׁוָה שֶׁאֵינָהּ מֻופְנָה מִשְּׁנֵי צְדָדֶיהָ אֶלָּא מִצַּד אֶחָד לְמֵדִין מִמֶּנָּה אִם אֵין לְהָשִׁיב אֲבָל אִם יֵשׁ לְהָשִׁיב מְשִׁיבִין וּבְמַסֶּכֶת יְבָמוֹת בְּפֶרֶק מִצְוַת חֲלִיצָה שָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּאָמַר הָכִי דְּקָתָנֵי חֲלִיצָה בִּשְׂמֹאל פְּסוּלָה וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מַכְשִׁיר דְּלָא יָלֵיף רֶגֶל רֶגֶל מִמְּצֹורָע וּפָרְכִינַן וְר' אֱלִיעֶזֶר לָא יָלֵיף מִמְּצוֹרָע וְהָא תַּנְיָא ר"א אוֹמֵר מִנַּיִן לִרְצִיעָה שֶׁהִיא בְּאֹוזֶן יָמָנִית נֶאֱמַר כָּאן אֹוזֶן וְנֶאֱמַר לְהַלָּן אֹוזֶן וְכוּ' וּמִשָּׁנֵינַן אֹזֶן אֹזֶן מֻופְנֶה רֶגֶל רֶגֶל לֹא מֻופְנֶה וְהַאי לָאו מֻופְנֶה דְּקָאָמְרִינַן מְשַׁנֵּי צְדָדִין קָאָמַר דְּרֶגֶל דִּכְתִיב בַּחֲלִיצָה אִיצְטְרִיכָא לְגוּפָהּ אֲבָל מִצַּד אֶחָד מֻופְנֶה הוּא דְּפָרָשַׁת מְצֹורָע מֻופְנֶה הוּא הַהִיא דְּעָנִי דְּכוּלְּהוּ כְּתִיבִין בִּמְצוֹרָע עָשִׁיר:
Et nous avons entendu que Rabbi Eliezer dit : une gezera chava qui n'est pas libre des deux côtés, mais d'un seul côté, on en apprend s'il n'y a pas de réfutation ; mais s'il y a une réfutation, on réfute. Nous l'avons entendu dire cela dans le traité Yevamot, au chapitre Mitsvat halitsa : il est enseigné que la halitsa [faite] avec le [pied] gauche est invalide, et Rabbi Eliezer la valide, car il n'apprend pas 'pied - pied' du metsora. Nous avons objecté : Rabbi Eliezer n'apprend-il pas du metsora ? Or il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit : d'où [savons-nous] que le percement [de l'oreille de l'esclave] se fait à l'oreille droite ? Il est dit ici 'oreille' et il est dit plus loin 'oreille', etc. Et nous avons répondu : 'oreille - oreille' est libre ; 'pied - pied' n'est pas libre. Ce 'pas libre' dont nous parlons signifie : pas des deux côtés, car le 'pied' écrit dans la halitsa est nécessaire pour lui-même ; mais d'un côté il est libre, car la section du metsora est libre, à savoir celle du pauvre, puisque tous [ces détails] sont écrits pour le metsora riche.
תָּבִיאוּ רִיבּוּיָא הוּא דְּהָא אוֹהַקְרַבְתֶּם מִנְחָה חֲדָשָׁה סְמִיךְ וּמָצֵי לְמִיכְתַּב מִמּוֹשְׁבוֹתֵיכֶם לֶחֶם תְּנוּפָה וְתָבִיאוּ יְתֵירָה הוּא:
'Vous apporterez' est un ajout : car [ce verset] est juxtaposé à 'vous offrirez une offrande nouvelle', et [le texte] aurait pu écrire 'de vos demeures, un pain de tenoufa' ; 'vous apporterez' est donc superflu.
💡 Explication

Pour Rabbi Eliezer, une gezera chava mufne mi-tsad ehad (libre d'un seul côté) permet d'apprendre, mais reste réfutable. Il faut donc que le mot soit libre aussi du côté des deux pains.

Réponse : dans Vayikra 23,17, tavi'ou est superflu, puisque le verset précédent parle déjà d'offrir une offrande nouvelle. La gezera chava est donc libre des deux côtés et irréfutable.

7
לִמְעוּטֵי מַאי, אִילֵּימָא לִמְעוּטֵי לוּלָב — וְהָתַנְיָא: לוּלָב וְכָל מַכְשִׁירָיו דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וְאֶלָּא לִמְעוּטֵי סֻוכָּה — וְהָתַנְיָא: סֻוכָּה וְכָל מַכְשִׁירֶיהָ דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וְאֶלָּא לִמְעוּטֵי מַצָּה — וְהָתַנְיָא: מַצָּה וְכָל מַכְשִׁירֶיהָ דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וְאֶלָּא לִמְעוּטֵי שׁוֹפָר — וְהָתַנְיָא: שׁוֹפָר וְכָל מַכְשִׁירָיו דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר!

Qu'est-ce que [Rabbi Yo'hanan] vient exclure ? Si l'on dit qu'il vient exclure le loulav : n'a-t-il pas été enseigné : le loulav et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer ?

Il vient alors exclure la soukka : n'a-t-il pas été enseigné : la soukka et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer ? Il vient alors exclure la matsa : n'a-t-il pas été enseigné : la matsa et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer ?

Il vient alors exclure le chofar : n'a-t-il pas été enseigné : le chofar et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer ?

📜 Rachi (2)
לִמְעוּטֵי מַאי הָא דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן לְעֵיל לֹא לַכֹּל אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לִמְעוּטֵי הֵי מַכְשִׁירִים אָתֵי דְּלָא דָחֵי שַׁבָּת:
Qu'est-ce qu'il vient exclure : ce que Rabbi Yo'hanan a dit plus haut, 'Rabbi Eliezer n'a pas dit pour toutes', quels préparatifs vient-il exclure, qui ne repoussent pas le Chabbat ?
וְכָל מַכְשִׁירָיו כְּגוֹן לְקָוצְצוֹ מִן הַמְחֻובָּר:
Et tous ses préparatifs : par exemple le couper de ce qui est attaché au sol.
💡 Explication

Les quatre mitsvot à date fixe tombant parfois le Chabbat (loulav, soukka, matsa, chofar) ont toutes, selon des baraitot explicites, des préparatifs qui repoussent le Chabbat pour Rabbi Eliezer. Il faut donc chercher ailleurs ce que Rabbi Yo'hanan exclut.

8
אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: לְמַעוֹטֵי צִיצִית לְטַלִּיתוֹ וּמְזוּזָה לְפִתְחוֹ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: וְשָׁוִין שֶׁאִם צִיֵּיץ טַלִּיתוֹ וְעָשָׂה מְזוּזָה לְפִתְחוֹ שֶׁהוּא חַיָּיב.

Rav Ada bar Ahava a dit : [il vient] exclure le tsitsit pour son vêtement et la mezouza pour sa porte. Il a été enseigné de même [dans une baraita] : et ils sont d'accord que s'il a fixé des tsitsit à son vêtement et fait une mezouza pour sa porte [le Chabbat], il est coupable.

📜 Rachi (1)
לִמְעוּטֵי צִיצִית שֶׁלֹּא יִתְלֶנָּה בְּטַלִּיתוֹ בְּשַׁבָּת כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא וְאָזֵיל:
Exclure le tsitsit : qu'il ne le fixe pas à son vêtement le Chabbat, comme [la Guemara] en explique la raison ensuite.
🗂️ Tossefot (1)
וְשָׁוִין שֶׁאִם צִייֵּץ טַלִּיתוֹ כו' מ"ט כּוּ' תֵּימַהּ מַה צָרִיךְ טַעַם לָזֶה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא אַשְׁכְּחַן דְּרַבִּינְהוּ קְרָא דְּכָל אִינָךְ מַצְרְכִינַן קְרָא לְקַמָּן דְּלָא גָּמְרִי מֵהֲדָדֵי וּמִיהוּ יֵשׁ לוֹמַר דְּאִיכָּא לְמֵילַף צִיצִית וּמְזוּזָה מִסֻּוכָּה דְּמַאי פָּרֹכֶת שֶׁכֵּן נוֹהֶגֶת בַּלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים מְזוּזָה נָמֵי נוֹהֵג בַּלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים וְכֵן צִיצִית לְרַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּפֶרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מג.) דְּלָא דָּרְשִׁי וּרְאִיתֶם אוֹתוֹ פְּרָט לִכְסוּת לַיְלָה אֶלָּא פְּרָט לִכְסוּת סוּמָא וּלְהַאי טַעְמָא דְּפָרֵישִׁית דְּמִסֻּוכָּה יָלֵיף צָרִיךְ לוֹמַר דְּצִיצִית אִם עָבַר זְמַנָּהּ בָּטְלָה דְּאִי לָאו הָכִי אִיכָּא לְמִפְרַךְ מַה לְסֻוכָּה שֶׁכֵּן אִם עָבַר זְמַנָּהּ בָּטְלָה דְּמִסְתַּבֵּר דְּמִילָה אִם עָבַר זְמַנָּהּ לֹא בָּטְלָה שֶׁאוֹתָהּ מִילָה עַצְמָהּ שֶׁהוּא מִיחַייַּב בַּשְּׁמִינִי הוּא עוֹשֶׂה בַּתְּשִׁיעִי שֶׁאִם מָל בַּשְּׁמִינִי לֹא הָיָה חוֹזֵר וּמָל בַּתְּשִׁיעִי אֲבָל סֻוכָּה צִיצִית וּמְזוּזָה בְּכָל יוֹמָא מִיחַייַּב בָּהֶן אֲפִילּוּ קִיְּימָם הַיּוֹם חַיָּיב לְקַייְּמָם לְמָחָר הִלְכָּךְ כְּשֶׁעָבַר הַיּוֹם וְלֹא עֲשָׂאָם מִצְוַת הַיּוֹם לֹא יְקַיֵּים עוֹד לְעוֹלָם וְאִם תֹּאמַר וּמִסֻּוכָּה הֵיכִי מָצֵי לְמֵילַף וְכֵן כָּל הָנָךְ דִּלְקַמָּן דְּפָרִיךְ נִיכְתֹּוב רַחֲמָנָא בְּהַאי וְנֵיתֵי הָנָךְ וְנִיגְמְרוּ מִינֵּיהּ אַדְּרַבָּה נִגְמַר מִכִּיבּוּד אָב וָאֵם וּמִבִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ דְּלָא דָּחוּ שַׁבָּת כִּדְאִיתָא בפ"ק דִּיבָמוֹת (דַּף ו.) וְי"ל דְּהָכָא הָכִי גָּמְרִי מַה מָּצִינוּ בְּהָנָךְ שֶׁמִּצְוֹת נוֹהֲגוֹת בְּשַׁבָּת וּמַכְשִׁירֶיהָ דָּחוּ שַׁבָּת אַף כֹּל שֶׁמִּצְוֹת נוֹהֲגוֹת בְּשַׁבָּת מַכְשִׁירֶיהָ דָּחוּ שַׁבָּת הִלְכָּךְ לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵילַף מִכִּיבּוּד דְּהַייְנוּ הַמִּצְוָה עַצְמָהּ וְלֹא מַכְשִׁירֶיהָ דְּשָׁחוּט לִי בַּשֵּׁל לִי הַיְינוּ כִּיבּוּד עַצְמוֹ כְּשֶׁמְּתַקֵּן לוֹ מַאֲכָלוֹ וְהַבִּנְיָן נָמֵי הָוֵי מִצְוָה אַחַת שֶׁצִּוָּה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לִבְנוֹת בֵּית הַמִּקְדָּשׁ:
Et ils sont d'accord que s'il a fixé des tsitsit à son vêtement etc. Quelle est la raison etc. : c'est étonnant : pourquoi faut-il une raison à cela, sinon que nous ne trouvons pas que le verset les ait inclus ? Car pour toutes les autres, nous avons besoin plus loin d'un verset, puisqu'on ne les apprend pas les unes des autres. Toutefois, on peut dire qu'on pourrait apprendre le tsitsit et la mezouza de la soukka. Si l'on objecte : [la soukka] a ceci de particulier qu'elle s'applique la nuit comme le jour ; la mezouza aussi s'applique la nuit comme le jour, et de même le tsitsit selon les Rabbanan, qui divergent de Rabbi Chimon au chapitre Hatekhelet (Menahot 43a) : ils n'expliquent pas 'vous le verrez' comme excluant le vêtement de nuit, mais comme excluant le vêtement d'un aveugle. Selon cette raison que j'ai expliquée, qu'on l'apprend de la soukka, il faut dire que le tsitsit, si son temps est passé, est perdu ; sinon, on pourrait réfuter : [la soukka] a ceci de particulier que si son temps est passé, elle est perdue. Car il est logique que la mila, si son temps est passé, n'est pas perdue, puisque cette mila même à laquelle il est obligé le huitième jour, il la fait le neuvième ; en effet, s'il avait circoncis le huitième jour, il ne circoncirait pas de nouveau le neuvième. Mais la soukka, le tsitsit et la mezouza, on y est obligé chaque jour : même s'il les a accomplis aujourd'hui, il doit les accomplir demain. C'est pourquoi, quand le jour est passé sans qu'il les ait faits, la mitsva de ce jour ne sera plus jamais accomplie. Et si tu demandes : comment peut-on apprendre de la soukka, ainsi que de toutes celles, plus loin, à propos desquelles [la Guemara] objecte : que le Miséricordieux l'écrive pour l'une et que les autres l'apprennent d'elle ? Au contraire, apprenons du respect du père et de la mère et de la construction du Temple, qui ne repoussent pas le Chabbat, comme au premier chapitre de Yevamot (6a). On peut répondre qu'ici on apprend ainsi : de même que nous trouvons pour celles-ci que la mitsva s'applique le Chabbat et que leurs préparatifs repoussent le Chabbat, de même toute [mitsva] qui s'applique le Chabbat, ses préparatifs repoussent le Chabbat. On ne peut donc pas apprendre du respect [des parents], car il s'agit de la mitsva elle-même et non de ses préparatifs : 'abats pour moi, cuis pour moi', c'est le respect lui-même, quand il lui prépare sa nourriture ; et la construction aussi est une mitsva unique, que le Saint, béni soit-Il, a ordonnée : construire le Temple.
💡 Explication

Tsitsit et mezouza : Rabbi Eliezer reconnaît que les fixer le Chabbat rend coupable. Tossefot examine pourquoi une raison est nécessaire, et discute la possibilité de les apprendre de la soukka, ainsi que la distinction entre une mitsva et ses makhchirim (préparatifs) : le respect des parents et la construction du Temple sont la mitsva elle-même.

9
מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב יוֹסֵף: לְפִי שֶׁאֵין קָבוּעַ לָהֶם זְמַן. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אַדְּרַבָּה, מִדְּאֵין קָבוּעַ לָהֶם זְמַן,

Quelle est la raison ? Rav Yossef a dit : parce qu'elles n'ont pas de temps fixe.

Abaye lui a dit : au contraire, du fait qu'elles n'ont pas de temps fixe,

💡 Explication

Selon Rav Yossef, tsitsit et mezouza n'ont pas de zeman kavoua (temps fixe) : on peut les fixer après Chabbat, ce qui retire toute raison de repousser le Chabbat. L'objection d'Abaye se poursuit au daf 131b.

🖼️ Schéma
Rabbi Eliezer : quels makhchirei mitsva repoussent le Chabbat ? Repoussent le Chabbat Ne repoussent pas le Chabbat Mila (daf 130a) Loulav (baraita) Soukka (baraita) Matsa (baraita) Chofar (baraita) Deux pains de Chavouot : par gezera chava Tsitsit pour son vêtement Mezouza pour sa porte (Rav Ada bar Ahava + baraita : il est coupable) Pourquoi ? Rav Yossef : pas de temps fixe, on peut les faire après Chabbat Abaye : au contraire... (suite 131b) Rabbi Yo'hanan : la règle de Rabbi Eliezer n'est pas universelle, sinon la gezera chava pour les deux pains serait inutile.
Mitsvot incluses et exclues de la règle de Rabbi Eliezer.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).