Shabbat 131b — Les préparatifs des mitsvot repoussent-ils le Chabbat ? Les sources de R. Eliezer

Shabbat 131b

Sougya : R. Eliezer enseigne que non seulement la mitsva, mais aussi ses préparatifs (makhchirin) repoussent le Chabbat, pour le loulav, la soukka, la matsa, le chofar et la mila.

La Guemara recherche sa source pour chacune : le mot jour (bayom) pour le loulav, une gezera chava sept jours pour la soukka, une gezera chava quinze pour la matsa, le mot jour (yom terua) pour le chofar. Chaque fois, elle montre qu'on ne peut déduire une mitsva d'une autre, car chacune a un trait propre (besoin du Temple, quatre espèces, nuits comme jours, femmes comme hommes, portée du chofar).

Les Rabbanan, eux, lisent jour comme : le jour et non la nuit. La discussion sur la mila commence en fin de page.

R. Eliezer : d'où vient que les préparatifs repoussent le Chabbat ? Mitsva Source chez R. Eliezer Pirka : pourquoi on n'en tire pas les autres Omer, deux pains Verset explicite (sacrifices du Temple) tsorekh gavoha : besoin du Très-Haut Loulav bayom (le jour) : même le Chabbat requiert quatre espèces Soukka gezera chava sept jours <- loulav vaut les nuits comme les jours Matsa gezera chava quinze <- fete de Soukkot vaut pour les femmes comme pour les hommes Chofar yom terua (jour) : même le Chabbat RH : souvenir d'Israël YK : libération du Yovel Mila ? (suite en 132a) toutes les réfutations précédentes Chaque mitsva a un trait propre : aucune ne peut servir de modèle aux autres.
La chaîne des sources de R. Eliezer : chaque mitsva a sa propre source, car chacune a un trait qui empêche d'en déduire les autres.
Le mot jour dans le verset : deux lectures bayom / yom terua (loulav / chofar) R. Eliezer jour = même le Chabbat Rabbanan jour = le jour et non la nuit Jour et non nuit : d'un autre verset loulav : sept jours (yamim) chofar : jour de Kippour (Yovel) Pour loulav : sans ce verset, on aurait appris sept jours de la soukka (jours et nuits) Nafka mina : les préparatifs repoussent le Chabbat Nafka mina : les préparatifs ne repoussent pas
Mahloket sur le mot jour : R. Eliezer y lit la permission du Chabbat, les Rabbanan la limitation au jour.
1
כֹּל שַׁעְתָּא וְשַׁעְתָּא זִמְנֵיהּ הוּא? אֶלָּא אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבִּי יִצְחָק, וְאִיתֵּימָא רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: הוֹאִיל וּבְיָדוֹ לְהַפְקִירָן.

(Pour les tsitsit et la mezouza, dis-tu qu'ils n'ont pas de temps fixe ?) Chaque instant est leur temps ! Mais Rav Nahman a dit au nom de Rabbi Yitshak, et certains disent (que c'est) Rav Houna fils de Rav Yehochoua (qui l'a dit) : (la raison est que) il est en son pouvoir de les rendre hefker (sans propriétaire).

📜 Rachi (2)
כָּל שַׁעְתָּא זִמְנֵיהּ הוּא וְכֵיוָן שֶׁיֵּשׁ לוֹ טַלִּית בְּכָל יוֹם שֶׁמַּשְׁהֶה בְּלֹא צִיצִית עוֹבֵר בַּעֲשֵׂה וַאֲפִילּוּ מֻונַּחַת בְּקוּפְסָא הִלְכָּךְ כָּל יוֹמָא רַמְיָא מִצְוָתֵיהּ עָלֶיהָ:
Chaque instant est leur temps — puisqu'il possède un talit, chaque jour où il le laisse sans tsitsit, il transgresse un commandement positif, même s'il est rangé dans un coffre ; c'est pourquoi chaque jour la mitsva pèse sur lui.
הוֹאִיל וּבְיָדוֹ לְהַפְקִירָן וְנָפְקִי מֵרְשׁוּתֵיהּ וְלָאו עֲלֵיהּ רַמְיָא חוֹבְתֵיהּ:
Puisqu'il est en son pouvoir de les rendre hefker — ils sortent alors de sa possession, et l'obligation ne pèse plus sur lui.
💡 Explication

Suite de 131a : pourquoi, selon R. Eliezer, les préparatifs des tsitsit et de la mezouza ne repoussent-ils pas le Chabbat ? La première réponse (elles n'ont pas de temps fixe) est rejetée : l'obligation est de chaque instant.

Nouvelle raison : l'obligation dépend de la possession du vêtement ou de la maison. Celui qui les déclare hefker n'est plus obligé ; la mitsva n'est donc pas une obligation inévitable qui justifierait de repousser le Chabbat.

2
אָמַר מַר: לוּלָב וְכָל מַכְשִׁירָיו דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. מְנָא לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָא? אִי מֵעֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם, שֶׁכֵּן צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ! אֶלָּא אֲמַר קְרָא: ״בַּיּוֹם״. ״בַּיּוֹם״ — אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת.

Le maître a dit : le loulav et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer. D'où Rabbi Eliezer tire-t-il cela ?

Si c'est de l'omer et des deux pains, (on objecte :) c'est qu'ils sont un besoin du Très-Haut (tsorekh gavoha) ! Mais le verset dit : "le jour (bayom)" ; "le jour" — même le Chabbat.

📜 Rachi (2)
אִי מֵעֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְגָמַר בְּמַה מָצִינוּ:
Si c'est de l'omer et des deux pains — et il l'apprendrait par un bemah matsinou (déduction à partir d'un cas modèle).
בַּיּוֹם וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת מִדְּלָא כְּתִיב בָּרִאשׁוֹן לִדְרָשָׁא אֲתָא בְּכָל יוֹם שֶׁהוּא רִאשׁוֹן לֶחָג:
Bayom, même le Chabbat — puisqu'il n'est pas écrit "le premier" (barichon), (le mot) vient pour une derache : tout jour qui est le premier de la fête.
💡 Explication

L'omer (offrande d'orge du 16 Nissan) et les deux pains (offrande de Chavouot) sont préparés même le Chabbat : c'est le modèle connu de préparatifs qui repoussent le Chabbat. Mais ils relèvent du service du Temple (tsorekh gavoha), ce qui leur donne un poids que le loulav n'a pas.

R. Eliezer tire donc la règle du loulav du verset "ulekahtem lakhem bayom harichon" (Vayikra 23,40) : le mot jour inclut le cas où ce jour est un Chabbat.

3
וּלְמַאי הִלְכְתָא? אִילֵּימָא לְטִלְטוּל — אִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמִישְׁרֵי טִלְטוּל?! אֶלָּא לְמַכְשִׁירָיו.

Et pour quelle halakha (le verset est-il nécessaire) ? Si l'on dit : pour le déplacement (tiltoul) — faut-il un verset pour permettre le déplacement ?!

Mais c'est pour ses préparatifs.

📜 Rachi (2)
וּלְמַאי אִיצְטְרִיךְ לְרַבּוּיֵי לְהַאי וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת אִי נֵימָא לְטַלְטֵל כִּדְמַשְׁמַע קְרָא לְקִיחָה טִלְטוּל בְּעָלְמָא הוּא וַעֲדַיִין בְּמַתַּן תּוֹרָה לֹא נֶאֱסַר טִלְטוּל דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמִישְׁרֵי לְהַאי:
Et pour quoi a-t-on besoin d'inclure — ce "même le Chabbat" ? Si l'on dit : pour le déplacer, comme l'implique le verset, (car) la prise n'est qu'un simple déplacement — or au moment du don de la Torah le déplacement n'était pas encore interdit, pour qu'il faille un verset pour le permettre.
אֶלָּא לְמַכְשִׁירָיו דְּאִיסּוּרָא דְּאוֹרָיְיתָא הוּא:
Mais pour ses préparatifs — dont l'interdit est de la Torah.
💡 Explication

Prendre le loulav en main n'implique qu'un tiltoul (déplacement d'objet), interdit seulement par les Sages (mouktse). La Torah n'a pas besoin d'un verset pour lever un interdit rabbinique qui n'existait pas encore.

Le verset vise donc les makhchirin : couper le loulav, le transporter dans le domaine public, qui sont des interdits de la Torah.

🖼️ Schéma
Loulav : que permet le mot jour ? jour = même le Chabbat le déplacement (tiltoul) interdit seulement rabbinique les préparatifs (makhchirin) interdits de la Torah pas besoin d'un verset : exclu le verset vient pour cela
Le mot bayom ne peut viser le simple déplacement : il vise les préparatifs.
4
וְרַבָּנָן? הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה.

Et les Rabbanan ? Ce (verset) leur est nécessaire (pour enseigner) : le jour et non la nuit.

5
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִ״וּשְׂמַחְתֶּם לִפְנֵי ה׳ אֱ-לֹהֵיכֶם שִׁבְעַת יָמִים״ — יָמִים וְלֹא לֵילוֹת.

Et Rabbi Eliezer, d'où tire-t-il "le jour et non la nuit" ? Il le tire de : "vous vous réjouirez devant Hachem votre D.ieu sept jours" — des jours et non des nuits.

6
וְרַבָּנָן — אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא נֵילַף שִׁבְעַת יָמִים מִסֻּוכָּה: מַה לְהַלָּן יָמִים וַאֲפִילּוּ לֵילוֹת, אַף כָּאן יָמִים וַאֲפִילּוּ לֵילוֹת — קָא מַשְׁמָע לַן.

Et les Rabbanan ? (Bayom) était nécessaire : il te serait venu à l'esprit de dire, apprenons "sept jours" de la soukka : de même que là-bas (il s'agit) des jours et même des nuits, de même ici, des jours et même des nuits.

(Le verset) nous enseigne (qu'il n'en est rien).

📜 Rachi (1)
מַה לְהַלָּן יָמִים וַאֲפִילּוּ לֵילוֹת כִּדְיָלְפִינַן בְּמַסֶּכֶת סֻוכָּה (דַּף מג.):
De même que là-bas, des jours et même des nuits — comme nous l'apprenons dans le traité Soukka (43a).
🗂️ Tossefot (1)
סד"א נֵילַף שְׂבֵעַת יָמִים מִשִּׁבְעַת יָמִים מִסֻּוכָּה וא"ת הֵיכִי תִּיסַּק אַדַּעְתֵּיהּ לָדוּן ג"ש הָא אֵין אָדָם דָּן ג"ש מֵעַצְמוֹ אא"כ לְמָדָהּ מֵרַבּוֹ וְי"ל דְּשֶׁמָּא בְּעָלְמָא נִיתְּנָה לְמִדְרַשׁ:
Il te serait venu à l'esprit d'apprendre "sept jours" de "sept jours" de la soukka — Et si tu demandes : comment pouvait-il venir à l'esprit d'établir une gezera chava, alors qu'on n'établit pas une gezera chava de soi-même, à moins de l'avoir apprise de son maître ? On peut répondre : peut-être qu'en général elle a été donnée pour être interprétée.
💡 Explication

Les Rabbanan répondent : le mot yamim seul ne suffirait pas, car on aurait pu le comparer aux sept jours de la soukka, qui incluent les nuits. Le mot bayom est donc nécessaire pour limiter le loulav au jour.

Tossefot : une gezera chava (analogie par mot identique) ne s'invente pas, elle se reçoit d'un maître. Il répond qu'une tradition a pu transmettre que ce mot est donné à l'interprétation, sans préciser l'usage exact.

7
וְלִיכְתֹּוב רַחֲמָנָא בְּלוּלָב, וְנֵיתוֹ הָנָךְ וְנֵילְפוּ מִינֵּיהּ! מִשּׁוּם דְּאִיכָּא לְמִיפְרַךְ: מַה לְלוּלָב, שֶׁכֵּן טָעוּן אַרְבָּעָה מִינִים.

Et que le Miséricordieux l'écrive pour le loulav, et que ceux-ci viennent et l'apprennent de lui ! — Parce qu'on peut réfuter : qu'a de particulier le loulav ? Il requiert quatre espèces.

📜 Rachi (2)
וְלִכְתֹּוב רַחֲמָנָא בְּלוּלָב דְּמַכְשִׁירִין דָּחוּ:
Et que le Miséricordieux l'écrive pour le loulav — que les préparatifs repoussent (le Chabbat).
וַנִּיתָּו עֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם מִינֵּיהּ וְלָמָּה לֵיהּ דְּכַתְבֵיהּ בְּכוּלְּהוּ:
Et que viennent — l'omer et les deux pains (et qu'on les apprenne) de lui ; pourquoi a-t-il fallu l'écrire pour chacun ?
🗂️ Tossefot (2)
קמ"ל וְלָא יָדַעְנָא הַשְׁתָּא הַאי שְׂבֵעַת יָמִים לְמַאי אָתְיָא דאע"ג דְּדָרְשִׁינַן בפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף ה.) מַה שְׁבִיעִי שְׁבִיעִי לֶחָג אַף רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן לֶחָג הָא אִיכָּא לְמִידְרַשׁ מִשִּׁבְעָה בְּלֹא יָמִים:
Il nous enseigne — Et je ne sais pas maintenant à quoi sert ce "sept jours" : car bien que nous interprétions au premier chapitre de Pessahim (5a) : de même que le septième est le septième de la fête, de même le premier est le premier de la fête, on pourrait l'interpréter de "sept" sans "jours".
שֶׁכֵּן טָעוּן אַרְבָּעָה מִינִים אַף עַל גַּב דְּעֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם נָמֵי מְבִיאִין עִמָּהֶן כְּבָשִׂים וְיַיִן לְנִיסּוּךְ וְשֶׁמֶן לִמְנָחוֹת שָׁאנֵי ד' מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב דִּמְעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק הַקֹּומֶץ (מְנָחוֹת דַּף כז.) וּבְפֶרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מה:) [אָמְרִינַן] הַכְּבָשִׂים אֵין מְעַכְּבִין לֹא אֶת הָעֹומֶר וְלֹא אֶת שְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְהַייְנוּ טָעוּן ד' מִינִין שֶׁאֵין מִצְוַת לוּלָב כְּלָל בְּלֹא ד' מִינִין אֲבָל בְּאֵלּוּ יְכוֹלָה לִהְיוֹת מִצְוָותָן בְּלֹא ד' מִינִין. הר"ב פור"ת:
Il requiert quatre espèces — Bien que pour l'omer et les deux pains aussi on apporte avec eux des agneaux, du vin pour la libation et de l'huile pour les offrandes (menahot), les quatre espèces du loulav sont différentes, car elles sont indispensables les unes aux autres (meakvin), comme il est dit au perek Hakomets (Menahot 27a) ; et au perek Hatekhelet (Menahot 45b) nous disons : les agneaux ne sont indispensables ni à l'omer ni aux deux pains. C'est cela "il requiert quatre espèces" : il n'y a aucune mitsva de loulav sans les quatre espèces, alors que pour ceux-ci leur mitsva peut exister sans (ce qui les accompagne). (Ainsi explique) Rabbenou Porat.
💡 Explication

Question de méthode : si la Torah avait écrit la règle pour le loulav seul, on en aurait déduit l'omer et les deux pains. Réponse : le loulav a un trait propre, les quatre espèces, qui peut expliquer sa rigueur ; on ne peut donc pas en tirer les autres cas.

Tossefot précise : l'omer s'accompagne aussi d'autres éléments, mais ceux-ci ne sont pas meakvin (indispensables), alors que les quatre espèces le sont.

8
סֻוכָּה וְכָל מַכְשִׁירֶיהָ דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. מְנָא לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָא? אִי מֵעֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם — שֶׁכֵּן צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ הוּא. אִי מִלּוּלָב — שֶׁכֵּן טָעוּן אַרְבָּעָה מִינִים.

La soukka et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer. D'où Rabbi Eliezer tire-t-il cela ?

Si c'est de l'omer et des deux pains — c'est qu'ils sont un besoin du Très-Haut. Si c'est du loulav — c'est qu'il requiert quatre espèces.

📜 Rachi (1)
אִי מִלּוּלָב בַּמֶּה מָצִינוּ מִלּוּלָב שֶׁהוּא מִצְוָה וּמַכְשִׁירָיו דּוֹחִין אַף סֻוכָּה שֶׁהִיא מִצְוָה מַכְשִׁירֶיהָ דּוֹחִין:
Si c'est du loulav — par un bemah matsinou à partir du loulav : il est une mitsva et ses préparatifs repoussent (le Chabbat) ; de même la soukka, qui est une mitsva, ses préparatifs repoussent.
🗂️ Tossefot (1)
אִי מֵעֹומֶר כּוּ' הָכָא לָא דָּייְקָא תַּלְמוּדָא לְמֵילַף מִבֵּינַיְיהוּ דְּהָכִי אוֹרְחֵיהּ דְּתַלְמוּדָא זִימְנִין דִּיֵּיק וְזִימְנִין לָא דִּייֵּק וְאִי הֲוָה דָּייֵק הֲוָה מַשְׁכַּח פִּירְכָ' הָרַב פור"ת א"נ מִילְּתָא דְּאָתְיָא בַּמֶּה הַצַּד טָרַח וְכָתַב לָהּ קְרָא כְּמוֹ מִילְּתָא דְּאָתְיָא בְּקַל וָחֹומֶר וְהַאי דְּקָאָמַר תַּלְמוּדָא נִיכְתֹּוב רַחֲמָנָא בְּהַאי וְתַיְתֵי אִידָךְ מִינֵּיהּ פֵּירוּשׁ וּמַאי צָרִיךְ קְרָא הַייְנוּ מִשּׁוּם דְּאִי בְּלֹא מָה הַצַּד הֲוָה מָצֵי לְמֵילַף הַךְ מִצְוָה מֵאִידָךְ לָא הֲוָה כְּתַב רַחֲמָנָא קְרָא כֵּיוָן דַּהֲוָה פָּשׁוּט כָּל כָּךְ דְּלָא דָּמֵי לְמִילְּתָא דְּאָתְיָא בק"ו דְּהוּא פָּשׁוּט יוֹתֵר:
Si c'est de l'omer, etc. — Ici le Talmud ne cherche pas à le déduire des deux ensemble, car c'est la manière du Talmud : parfois il est précis et parfois il ne l'est pas ; et s'il avait été précis, il aurait trouvé une réfutation. (Ainsi explique) le Rav Porat. Ou bien : une chose qui se déduit par un ma hatsad (point commun de deux sources), le verset prend la peine de l'écrire, comme une chose qui se déduit par kal va-homer. Et ce que dit le Talmud : que le Miséricordieux l'écrive pour celui-ci et que l'autre en soit déduit, c'est-à-dire : pourquoi faut-il un verset ? — c'est parce que, si sans ma hatsad on avait pu apprendre cette mitsva de l'autre, le Miséricordieux n'aurait pas écrit le verset, puisque ce serait si simple, ce qui n'est pas comparable à une chose qui se déduit par kal va-homer, qui est plus simple.
💡 Explication

Même démarche pour la soukka. Les deux modèles possibles sont écartés un à un.

Tossefot relève que la Guemara ne tente pas un ma hatsad (déduire du point commun de l'omer et du loulav) ; soit elle ne l'a pas jugé utile ici, soit la Torah écrit parfois explicitement ce qu'on aurait pu déduire.

9
אֶלָּא גָּמַר ״שְׂבֵעַת יָמִים״ מִלּוּלָב: מַה לְּהַלָּן מַכְשִׁירָיו דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת, אַף כָּאן נָמֵי מַכְשִׁירָיו דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת.

Mais il apprend "sept jours" du loulav : de même que là-bas, ses préparatifs repoussent le Chabbat, de même ici aussi, ses préparatifs repoussent le Chabbat.

📜 Rachi (1)
גָּמַר ז' יָמִים כו' ובג"ש אָתֵי לֵיהּ ואע"ג דְּאֵינָהּ מֻופְנֶה מְשַׁנֵּי צְדָדִים דְּהָא גַּבֵּי לוּלָב חַד שְׂבֵעַת יָמִים הוּא דִּכְתִיב וְדָרְשִׁינַן לְר' אֱלִיעֶזֶר לִמְעוּטֵי לֵילוֹת כֵּיוָן דְּגַלִּי רַחֲמָנָא בָּעֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְלוּלָב גִּילּוּי מִילְּתָא בְּעָלְמָא הוּא וְלָא פָּרְכִינַן עֲלָהּ גִּימְגּוּם:
Il apprend sept jours, etc. — et il le tire d'une gezera chava. Et bien qu'elle ne soit pas mouphne (libre) des deux côtés, puisque pour le loulav il n'est écrit qu'un seul "sept jours", que nous interprétons selon Rabbi Eliezer pour exclure les nuits — puisque le Miséricordieux l'a révélé pour l'omer, les deux pains et le loulav, (la gezera chava) ne fait que révéler la chose, et on ne lui oppose pas de flottement.
🗂️ Tossefot (1)
שְׂבֵעַת יָמִים מִלּוּלָב מֻופְנֶה הֲוָה מְשַׁנֵּי צְדָדִים גַּבֵּי לוּלָב לָא אִיצְטְרִיךְ דאע"ג דְּדָרְשִׁינַן יָמִים וְלֹא לֵילוֹת מִיהוּ לָא הֲוָה צְרִיךְ לְמִיכְתַּב שִׁבְעַת כְּלָל דַּהֲוָה מָצֵי לְמִיכְתַּב וְשָׂמַחְתָּ לִפְנֵי וְגוֹ' בַּיָּמִים וְהָוֵי לְשׁוֹן שִׁבְעַת מְיֻותָּר לג"ש וא"ת וְר' אֱלִיעֶזֶר הֵיכִי דְּרֵישׁ יָמִים וְלֹא לֵילוֹת כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ ג"ש הִיא גּוּפָהּ נֵילַף מִסֻּוכָּה מַה לְהַלָּן יָמִים אֲפִילּוּ לֵילוֹת אַף לוּלָב יָמִים וְאַפֵּי' לֵילוֹת וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלֵית לָן לְמֵילַף בג"ש מִילְּתָא דִּלְשׁוֹן ג"ש גּוּפָא מוֹכְחָא דְּאֵינוֹ כֵּן דְּיָמִים מַשְׁמַע וְלֹא לֵילוֹת:
Sept jours du loulav — elle est mouphne des deux côtés. Pour le loulav, (le mot) n'était pas nécessaire : bien que nous interprétions "des jours et non des nuits", il n'aurait de toute façon pas été nécessaire d'écrire "sept" du tout, car il aurait pu écrire "et vous vous réjouirez devant, etc., durant les jours", et le mot "sept" est superflu pour la gezera chava. Et si tu demandes : comment Rabbi Eliezer interprète-t-il "des jours et non des nuits", puisqu'il admet la gezera chava ? Qu'il apprenne cela même de la soukka : de même que là-bas, des jours et même des nuits, de même le loulav, des jours et même des nuits ! On peut répondre : nous ne devons pas apprendre par une gezera chava une chose dont le terme même de la gezera chava montre qu'il n'en est pas ainsi, car "jours" implique : et non des nuits.
💡 Explication

Le mot sept jours figure pour le loulav et pour la soukka : par gezera chava, la soukka reçoit la règle du loulav.

Une gezera chava doit être mouphne (le mot doit être superflu dans son contexte) pour ne pas être réfutée. Selon Rachi, elle ne l'est pas ici, mais on ne la conteste pas, car elle ne fait que révéler une règle déjà connue par ailleurs. Selon Tossefot, le mot sept est bien superflu.

🖼️ Schéma
Gezera chava : sept jours (loulav -> soukka) Loulav sept jours (Vayikra 23,40) préparatifs repoussent Soukka sept jours (Vayikra 23,42) => préparatifs repoussent même mot Rachi pas mouphne des deux côtés ; mais simple révélation (gilouy milta) : pas d'objection Tossefot mouphne des deux côtés : chez le loulav le mot sept est superflu
La gezera chava sept jours et le débat Rachi / Tossefot sur son caractère mouphne.
10
וְלִיכְתֹּוב רַחֲמָנָא בְּסֻוכָּה, וְנֵיתֵי הָנָךְ וְלִיגְמְרוּ מִינֵּיהּ! מִשּׁוּם דְּאִיכָּא לְמִיפְרַךְ: מַה לְסֻוכָּה שֶׁכֵּן נוֹהֶגֶת בַּלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים.

Et que le Miséricordieux l'écrive pour la soukka, et que ceux-ci viennent et l'apprennent d'elle ! — Parce qu'on peut réfuter : qu'a de particulier la soukka ? Elle s'applique les nuits comme les jours.

📜 Rachi (1)
וַנִּיתָּו הָנָךְ עֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם מִינֵּיהּ:
Et que ceux-ci viennent — l'omer et les deux pains (et qu'on les apprenne) d'elle.
11
מַצָּה וְכָל מַכְשִׁירֶיהָ דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. מְנָא לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָא? אִי מֵעֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם — שֶׁכֵּן צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ. אִי מִלּוּלָב — שֶׁכֵּן טָעוּן אַרְבָּעָה מִינִים. אִי מִסֻּוכָּה — שֶׁכֵּן נוֹהֶגֶת בַּלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים.

La matsa et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer. D'où Rabbi Eliezer tire-t-il cela ?

Si c'est de l'omer et des deux pains — c'est qu'ils sont un besoin du Très-Haut. Si c'est du loulav — c'est qu'il requiert quatre espèces.

Si c'est de la soukka — c'est qu'elle s'applique les nuits comme les jours.

📜 Rachi (1)
אִי מִסֻּוכָּה שֶׁכֵּן נוֹהֶגֶת בַּלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים וְאִילּוּ מַצָּה לַיְלָה הָרִאשׁוֹן חוֹבָה וְתוּ לָא כִּדְאָמְרִינַן בִּפְסָחִים (דַּף קכ.):
Si c'est de la soukka, qui s'applique les nuits comme les jours — alors que la matsa n'est obligatoire que la première nuit, et pas au-delà, comme nous le disons dans Pessahim (120a).
🗂️ Tossefot (1)
וְאִי מִסֻּוכָּה שֶׁכֵּן נוֹהֶגֶת בַּלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים מַשְׁמַע דְּבָעֵי לְמֵימַר תֹּאמַר בְּמַצָּה שֶׁאֵינָהּ נוֹהֶגֶת בַּלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים וְאַדְּרַבָּה עִיקַּר מִצְוָתָהּ בַּלַּיְלָה הָרִאשׁוֹן שֶׁנֶּאֱמַר בָּעֶרֶב תֹּאכְלוּ מַצּוֹת (שְׁמוֹת יב) וְהָכִי הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר שֶׁכֵּן נוֹהֶגֶת בַּיָּמִים וּבַלֵּילוֹת:
Et si c'est de la soukka, qui s'applique les nuits comme les jours — cela implique qu'il veut dire : (que) diras-tu de la matsa, qui ne s'applique pas les nuits comme les jours ? Or au contraire, l'essentiel de sa mitsva est la première nuit, comme il est dit : "le soir vous mangerez des matsot" (Chemot 12) ; il aurait donc pu dire : c'est qu'elle s'applique les jours et les nuits.
💡 Explication

Pour la matsa, trois modèles sont écartés. La soukka est obligatoire jour et nuit durant sept jours ; la matsa n'est obligatoire que le premier soir.

Tossefot remarque que la formule "les nuits comme les jours" convient mal, puisque l'obligation de la matsa est justement de nuit ; le trait propre de la soukka est l'obligation continue.

12
אֶלָּא גָּמַר ״חֲמִשָּׁה עָשָׂר״ ״חֲמִשָּׁה עָשָׂר״ מֵחַג הַסֻּוכּוֹת: מַה לְהַלָּן, מַכְשִׁירֶיהָ דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת, אַף כָּאן מַכְשִׁירֶיהָ דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת.

Mais il apprend "quinze" / "quinze" de la fête de Soukkot : de même que là-bas, ses préparatifs repoussent le Chabbat, de même ici, ses préparatifs repoussent le Chabbat.

💡 Explication

Gezera chava sur le mot quinze : "le quinzième jour de ce mois, fête des matsot" (Vayikra 23,6) et "le quinzième jour du septième mois, fête de Soukkot" (Vayikra 23,34).

13
וְלִיכְתֹּוב רַחֲמָנָא בְּמַצָּה, וְנֵיתוֹ הָנָךְ וְלִיגְמְרוּ מִינֵּיהּ! מִשּׁוּם דְּאִיכָּא לְמִיפְרַךְ: מַה לְמַצָּה שֶׁכֵּן נוֹהֶגֶת בְּנָשִׁים כְּבַאֲנָשִׁים.

Et que le Miséricordieux l'écrive pour la matsa, et que ceux-ci viennent et l'apprennent d'elle ! — Parce qu'on peut réfuter : qu'a de particulier la matsa ? Elle s'applique aux femmes comme aux hommes.

📜 Rachi (2)
וְנִכְתּוֹב רַחֲמָנָא בְּהֶדְיָא בְּמַצָּה וְנִגְמְרוּ הָנָךְ כֻּולְּהוּ מִינֵּיהּ:
Et que le Miséricordieux l'écrive — explicitement pour la matsa, et que tous ceux-ci l'apprennent d'elle.
בַּנָּשִׁים כְּבַאֲנָשִׁים כִּדְיָלְפִינַן בִּפְסָחִים (ד' מג:) לֹא תֹאכַל עָלָיו חָמֵץ שִׁבְעַת יָמִים וְגוֹ' כֹּל שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּבַל תֹּאכַל חָמֵץ יֶשְׁנוֹ בְּקוּם אֱכֹול מַצָּה וְנָשִׁים אִיתַנְהוּ בְּבַל תֹּאכַל חָמֵץ דְּכָל מִצְוֹת לֹא תַעֲשֶׂה בֵּין שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא בֵּין שֶׁאֵין הַזְּמַן גְּרָמָא חַיָּיבוֹת לְאַפּוֹקֵי סֻוכָּה וְלוּלָב דְּלֵיתַנְהוּ בְּנָשִׁים דְּמִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא הִיא:
Aux femmes comme aux hommes — comme nous l'apprenons dans Pessahim (43b) : "tu ne mangeras pas de hamets avec lui ; sept jours, etc." : quiconque est concerné par "ne mange pas de hamets" est concerné par "lève-toi, mange de la matsa" ; or les femmes sont concernées par "ne mange pas de hamets", car elles sont astreintes à tous les commandements négatifs, que le temps les conditionne ou non. (Cela exclut) la soukka et le loulav, auxquels les femmes ne sont pas astreintes, car ce sont des commandements positifs liés au temps.
💡 Explication

La matsa est une mitsvat assei chehazeman grama (commandement positif lié au temps), dont les femmes sont normalement dispensées. Elles y sont pourtant astreintes, par le lien avec l'interdit du hamets. Cette portée plus large en fait un cas à part.

14
שׁוֹפָר וְכָל מַכְשִׁירָיו דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. מְנָא לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָא? אִי מֵעֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם — שֶׁכֵּן צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ. אִי מִלּוּלָב — שֶׁכֵּן טָעוּן אַרְבָּעָה מִינִים. אִי מִסֻּוכָּה — שֶׁכֵּן נוֹהֶגֶת בַּלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים. אִי מְמַצָּה — שֶׁכֵּן נוֹהֶגֶת בַּנָּשִׁים כְּבַאֲנָשִׁים. אֶלָּא אֲמַר קְרָא: ״יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם״. ״יוֹם״ — אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת.

Le chofar et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer. D'où Rabbi Eliezer tire-t-il cela ?

Si c'est de l'omer et des deux pains — c'est qu'ils sont un besoin du Très-Haut. Si c'est du loulav — c'est qu'il requiert quatre espèces.

Si c'est de la soukka — c'est qu'elle s'applique les nuits comme les jours. Si c'est de la matsa — c'est qu'elle s'applique aux femmes comme aux hommes.

Mais le verset dit : "ce sera pour vous un jour de sonnerie (yom terou'a)" ; "jour" — même le Chabbat.

💡 Explication

Pour le chofar, les quatre modèles précédents sont écartés. R. Eliezer revient donc à un verset propre, comme pour le loulav : yom terou'a (Bamidbar 29,1).

15
וּלְמַאי? אִילֵּימָא לִתְקִיעָה, הָא תָּנָא דְּבֵי שְׁמוּאֵל ״כָּל מְלֶאכֶת עֲבֹודָה לֹא תַעֲשׂוּ״ — יָצְתָה תְּקִיעַת שׁוֹפָר וּרְדִייַּת הַפַּת שֶׁהִיא חָכְמָה וְאֵינָהּ מְלָאכָה. אֶלָּא לְמַכְשִׁירִין.

Et pour quoi (ce verset) ? Si l'on dit : pour la sonnerie (teki'a) — voici qu'a enseigné (un Sage) de l'école de Chemouel : "vous ne ferez aucun travail servile (melekhet avoda)" — la sonnerie du chofar et le fait de retirer le pain (du four) en sont exclus, car c'est un savoir-faire ('hokhma) et non un travail (melakha).

Mais (le verset vient) pour les préparatifs.

📜 Rachi (2)
וּלְמַאי הַאי קְרָא הֵי מִילְּתָא דִּתְרוּעָה אֲתָא לְמִישְׁרֵי בְּשַׁבָּת אִי לִתְקִיעָה לָא אִיצְטְרִיךְ דַּאֲפִילּוּ תְּקִיעַת הָרְשׁוּת לֵית בָּהּ אִיסּוּרָא דְּאוֹרָיְיתָא:
Et pour quoi — ce verset, quelle chose concernant la sonnerie vient-il permettre le Chabbat ? Si c'est pour la sonnerie elle-même, il n'était pas nécessaire, car même une sonnerie facultative ne comporte pas d'interdit de la Torah.
מְלֶאכֶת עֲבוֹדָה שֶׁל טֹורַח:
Travail servile — (un travail) pénible.
💡 Explication

Même raisonnement que pour le loulav : sonner du chofar est classé 'hokhma (savoir-faire) et exclu des melakhot de la Torah. Le verset n'est donc pas nécessaire pour la sonnerie elle-même ; il vise les préparatifs (fabriquer le chofar, le transporter).

🖼️ Schéma
Chofar : que permet le mot jour ? jour = même le Chabbat la sonnerie elle-même 'hokhma, pas melakha les préparatifs (makhchirin) interdits de la Torah pas besoin d'un verset : exclu le verset vient pour cela
Le mot yom ne peut viser la sonnerie, qui n'est pas une melakha : il vise les préparatifs.
16
וְרַבָּנָן? הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה. וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִ״בְּיוֹם הַכִּפֻּורִים תַּעֲבִירוּ שׁוֹפָר בְּכָל אַרְצְכֶם״, וְגָמְרִי מְהֻדָּדַי.

Et les Rabbanan ? Ce (verset) leur est nécessaire pour : le jour et non la nuit.

Et Rabbi Eliezer, d'où tire-t-il "le jour et non la nuit" ? Il le tire de : "le jour de Kippour, vous ferez passer le chofar dans tout votre pays", et on les apprend l'un de l'autre.

📜 Rachi (1)
וְגָמְרִי מְהֻדְּדֵי בְּמַסֶּכֶת רֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף לג:) שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי דְּהָא בְּכַמָּה קְרָאֵי כְּתַב לָן דיוה"כ בַּחֹודֶשׁ הַשְּׁבִיעִי מַה ת"ל בַּחֹודֶשׁ הַשְּׁבִיעִי שֶׁיְּהוּ כָּל תְּרוּעוֹת מִשֶּׁל חֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי שָׁווֹת:
Et on les apprend l'un de l'autre — (comme) dans le traité Roch Hachana (33b) : il n'était pas nécessaire de dire "au septième mois", puisque dans de nombreux versets il nous a été écrit que Yom Kippour est au septième mois ; pourquoi est-il dit "au septième mois" ? Pour que toutes les sonneries du septième mois soient égales.
🗂️ Tossefot (1)
נָפְקָא לֵיהּ מִבְּיוֹם הַכִּפֻּורִים וְגָמְרִינַן מְהֻדְּדֵי כִּדְדָרְשִׁינַן בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁיְּהוּ כָּל הַתְּקִיעוֹת שֶׁל חֹודֶשׁ הַשְּׁבִיעִי שָׁווֹת כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וְרַבָּנָן סָבְרִי דְּלָא שַׁייָּךְ לְאַקְשׁוֹיֵי אֶלָּא לוֹמַר שֶׁסֵּדֶר תְּקִיעוֹת יִהְיוּ שָׁוִין דִּלְעִנְיַן סֵדֶר תְּקִיעוֹת מַיְיתֵי לָהּ הָתָם אֲבָל לִזְמַן דְּיוֹם וַדַּאי לָא אִיתַּקַּשׁ דע"כ זְמַנָּם אֵינוֹ שָׁוֶה שֶׁזֶּה בְּרֹאשׁ חֹודֶשׁ וְזֶה בֶּעָשׂוֹר לַחֹודֶשׁ:
Il le tire de "le jour de Kippour" — et nous les apprenons l'un de l'autre, comme nous l'interprétons dans Roch Hachana : que toutes les sonneries du septième mois soient égales, comme l'a expliqué le Kountres (Rachi). Et les Rabbanan pensent qu'il n'y a pas lieu de les comparer, sinon pour dire que l'ordre des sonneries soit égal, car c'est au sujet de l'ordre des sonneries qu'on l'apporte là-bas ; mais pour le moment (le jour), ils ne sont certainement pas comparés, car forcément leur date n'est pas la même : l'un est à Roch Hodech et l'autre le dix du mois.
💡 Explication

Le chofar du Yovel (jubilé) sonne "le jour de Kippour". Par l'analogie des sonneries du septième mois, R. Eliezer applique aussi à Roch Hachana la limite du jour.

Tossefot explique pourquoi les Rabbanan n'acceptent pas cette déduction : l'analogie porte sur le seul ordre des sonneries.

17
וְלִיכְתּוֹב רַחֲמָנָא בְּשׁוֹפָר וְלֵיתוֹ הָנָךְ וְלִיגְמְרוּ מִינֵּיהּ! מִתְּקִיעַת שׁוֹפָר דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה לֵיכָּא לְמִיגְמַר — שֶׁכֵּן מַכְנֶסֶת זִכְרוֹנוֹת שֶׁל יִשְׂרָאֵל לַאֲבִיהֶן שֶׁבַּשָּׁמַיִם. מִתְּקִיעָה דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים לֵיכָּא לְמִיגְמַר — דְּאָמַר מַר: תָּקְעוּ בֵּית דִּין שׁוֹפָר, נִפְטְרוּ עֲבָדִים לְבָתֵּיהֶם וְשָׂדוֹת חוֹזְרוֹת לְבַעֲלֵיהֶן.

Et que le Miséricordieux l'écrive pour le chofar, et que ceux-ci viennent et l'apprennent de lui ! — De la sonnerie du chofar de Roch Hachana on ne peut pas apprendre, car elle fait monter le souvenir d'Israël devant leur Père qui est aux cieux. De la sonnerie de Yom Kippour on ne peut pas apprendre, car le maître a dit : le tribunal a sonné du chofar, les esclaves sont libérés et rentrent chez eux, et les champs retournent à leurs propriétaires.

📜 Rachi (1)
נִפְטְרוּ עֲבָדִים לְבָתֵּיהֶם קְרִיאַת דְּרוֹר דְּיוֹבֵל תְּלוּיָה בָּהּ הִלְכָּךְ חֲשִׁיבָא:
Les esclaves sont libérés et rentrent chez eux — la proclamation de liberté (deror) du Yovel en dépend ; c'est pourquoi elle est importante.
💡 Explication

Chacun des deux chofarot a une portée propre : à Roch Hachana, les zikhronot (souvenirs) d'Israël devant Hachem ; à Yom Kippour de l'année du Yovel, l'effet juridique de la libération des esclaves et du retour des champs. Aucun ne peut servir de modèle général.

18
אָמַר מַר: מִילָה וְכָל מַכְשִׁירֶיהָ דּוֹחִין אֶת הַשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. מְנָא לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָא? אִי מְכֻולֵּהוּ גָּמַר — כִּדְאָמְרִינַן. וְעוֹד: מַה לְהָנָךְ

Le maître a dit : la mila et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer. D'où Rabbi Eliezer tire-t-il cela ?

S'il l'apprend de tous ceux-là — (on réfute) comme nous l'avons dit. Et de plus : qu'ont de particulier ceux-là

📜 Rachi (2)
אִי מְכֻולֵּהוּ מֵאַחַת מִכֻּולָּן:
Si c'est de tous — de l'un d'entre eux tous.
כִּדְאָמְרִינַן אִיכָּא לְמִיפְרַךְ בְּכָל הָנָךְ חֲדָא צַד חָמוּר הָאָמוּר בָּהּ לְעֵיל:
Comme nous l'avons dit — on peut réfuter chacun d'eux par un aspect grave (tsad hamour) mentionné plus haut.
💡 Explication

On arrive à la mila, sujet du perek. Chaque source précédente a son trait propre, qui empêche d'en tirer la mila. La phrase continue sur 132a avec une objection supplémentaire.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).