Sougya : R. Eliezer enseigne que non seulement la mitsva, mais aussi ses préparatifs (makhchirin) repoussent le Chabbat, pour le loulav, la soukka, la matsa, le chofar et la mila.
La Guemara recherche sa source pour chacune : le mot jour (bayom) pour le loulav, une gezera chava sept jours pour la soukka, une gezera chava quinze pour la matsa, le mot jour (yom terua) pour le chofar. Chaque fois, elle montre qu'on ne peut déduire une mitsva d'une autre, car chacune a un trait propre (besoin du Temple, quatre espèces, nuits comme jours, femmes comme hommes, portée du chofar).
Les Rabbanan, eux, lisent jour comme : le jour et non la nuit. La discussion sur la mila commence en fin de page.
(Pour les tsitsit et la mezouza, dis-tu qu'ils n'ont pas de temps fixe ?) Chaque instant est leur temps ! Mais Rav Nahman a dit au nom de Rabbi Yitshak, et certains disent (que c'est) Rav Houna fils de Rav Yehochoua (qui l'a dit) : (la raison est que) il est en son pouvoir de les rendre hefker (sans propriétaire).
Suite de 131a : pourquoi, selon R. Eliezer, les préparatifs des tsitsit et de la mezouza ne repoussent-ils pas le Chabbat ? La première réponse (elles n'ont pas de temps fixe) est rejetée : l'obligation est de chaque instant.
Nouvelle raison : l'obligation dépend de la possession du vêtement ou de la maison. Celui qui les déclare hefker n'est plus obligé ; la mitsva n'est donc pas une obligation inévitable qui justifierait de repousser le Chabbat.
Le maître a dit : le loulav et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer. D'où Rabbi Eliezer tire-t-il cela ?
Si c'est de l'omer et des deux pains, (on objecte :) c'est qu'ils sont un besoin du Très-Haut (tsorekh gavoha) ! Mais le verset dit : "le jour (bayom)" ; "le jour" — même le Chabbat.
L'omer (offrande d'orge du 16 Nissan) et les deux pains (offrande de Chavouot) sont préparés même le Chabbat : c'est le modèle connu de préparatifs qui repoussent le Chabbat. Mais ils relèvent du service du Temple (tsorekh gavoha), ce qui leur donne un poids que le loulav n'a pas.
R. Eliezer tire donc la règle du loulav du verset "ulekahtem lakhem bayom harichon" (Vayikra 23,40) : le mot jour inclut le cas où ce jour est un Chabbat.
Et pour quelle halakha (le verset est-il nécessaire) ? Si l'on dit : pour le déplacement (tiltoul) — faut-il un verset pour permettre le déplacement ?!
Mais c'est pour ses préparatifs.
Prendre le loulav en main n'implique qu'un tiltoul (déplacement d'objet), interdit seulement par les Sages (mouktse). La Torah n'a pas besoin d'un verset pour lever un interdit rabbinique qui n'existait pas encore.
Le verset vise donc les makhchirin : couper le loulav, le transporter dans le domaine public, qui sont des interdits de la Torah.
Et les Rabbanan ? Ce (verset) leur est nécessaire (pour enseigner) : le jour et non la nuit.
Et Rabbi Eliezer, d'où tire-t-il "le jour et non la nuit" ? Il le tire de : "vous vous réjouirez devant Hachem votre D.ieu sept jours" — des jours et non des nuits.
Et les Rabbanan ? (Bayom) était nécessaire : il te serait venu à l'esprit de dire, apprenons "sept jours" de la soukka : de même que là-bas (il s'agit) des jours et même des nuits, de même ici, des jours et même des nuits.
(Le verset) nous enseigne (qu'il n'en est rien).
Les Rabbanan répondent : le mot yamim seul ne suffirait pas, car on aurait pu le comparer aux sept jours de la soukka, qui incluent les nuits. Le mot bayom est donc nécessaire pour limiter le loulav au jour.
Tossefot : une gezera chava (analogie par mot identique) ne s'invente pas, elle se reçoit d'un maître. Il répond qu'une tradition a pu transmettre que ce mot est donné à l'interprétation, sans préciser l'usage exact.
Et que le Miséricordieux l'écrive pour le loulav, et que ceux-ci viennent et l'apprennent de lui ! — Parce qu'on peut réfuter : qu'a de particulier le loulav ? Il requiert quatre espèces.
Question de méthode : si la Torah avait écrit la règle pour le loulav seul, on en aurait déduit l'omer et les deux pains. Réponse : le loulav a un trait propre, les quatre espèces, qui peut expliquer sa rigueur ; on ne peut donc pas en tirer les autres cas.
Tossefot précise : l'omer s'accompagne aussi d'autres éléments, mais ceux-ci ne sont pas meakvin (indispensables), alors que les quatre espèces le sont.
La soukka et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer. D'où Rabbi Eliezer tire-t-il cela ?
Si c'est de l'omer et des deux pains — c'est qu'ils sont un besoin du Très-Haut. Si c'est du loulav — c'est qu'il requiert quatre espèces.
Même démarche pour la soukka. Les deux modèles possibles sont écartés un à un.
Tossefot relève que la Guemara ne tente pas un ma hatsad (déduire du point commun de l'omer et du loulav) ; soit elle ne l'a pas jugé utile ici, soit la Torah écrit parfois explicitement ce qu'on aurait pu déduire.
Mais il apprend "sept jours" du loulav : de même que là-bas, ses préparatifs repoussent le Chabbat, de même ici aussi, ses préparatifs repoussent le Chabbat.
Le mot sept jours figure pour le loulav et pour la soukka : par gezera chava, la soukka reçoit la règle du loulav.
Une gezera chava doit être mouphne (le mot doit être superflu dans son contexte) pour ne pas être réfutée. Selon Rachi, elle ne l'est pas ici, mais on ne la conteste pas, car elle ne fait que révéler une règle déjà connue par ailleurs. Selon Tossefot, le mot sept est bien superflu.
Et que le Miséricordieux l'écrive pour la soukka, et que ceux-ci viennent et l'apprennent d'elle ! — Parce qu'on peut réfuter : qu'a de particulier la soukka ? Elle s'applique les nuits comme les jours.
La matsa et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer. D'où Rabbi Eliezer tire-t-il cela ?
Si c'est de l'omer et des deux pains — c'est qu'ils sont un besoin du Très-Haut. Si c'est du loulav — c'est qu'il requiert quatre espèces.
Si c'est de la soukka — c'est qu'elle s'applique les nuits comme les jours.
Pour la matsa, trois modèles sont écartés. La soukka est obligatoire jour et nuit durant sept jours ; la matsa n'est obligatoire que le premier soir.
Tossefot remarque que la formule "les nuits comme les jours" convient mal, puisque l'obligation de la matsa est justement de nuit ; le trait propre de la soukka est l'obligation continue.
Mais il apprend "quinze" / "quinze" de la fête de Soukkot : de même que là-bas, ses préparatifs repoussent le Chabbat, de même ici, ses préparatifs repoussent le Chabbat.
Gezera chava sur le mot quinze : "le quinzième jour de ce mois, fête des matsot" (Vayikra 23,6) et "le quinzième jour du septième mois, fête de Soukkot" (Vayikra 23,34).
Et que le Miséricordieux l'écrive pour la matsa, et que ceux-ci viennent et l'apprennent d'elle ! — Parce qu'on peut réfuter : qu'a de particulier la matsa ? Elle s'applique aux femmes comme aux hommes.
La matsa est une mitsvat assei chehazeman grama (commandement positif lié au temps), dont les femmes sont normalement dispensées. Elles y sont pourtant astreintes, par le lien avec l'interdit du hamets. Cette portée plus large en fait un cas à part.
Le chofar et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer. D'où Rabbi Eliezer tire-t-il cela ?
Si c'est de l'omer et des deux pains — c'est qu'ils sont un besoin du Très-Haut. Si c'est du loulav — c'est qu'il requiert quatre espèces.
Si c'est de la soukka — c'est qu'elle s'applique les nuits comme les jours. Si c'est de la matsa — c'est qu'elle s'applique aux femmes comme aux hommes.
Mais le verset dit : "ce sera pour vous un jour de sonnerie (yom terou'a)" ; "jour" — même le Chabbat.
Pour le chofar, les quatre modèles précédents sont écartés. R. Eliezer revient donc à un verset propre, comme pour le loulav : yom terou'a (Bamidbar 29,1).
Et pour quoi (ce verset) ? Si l'on dit : pour la sonnerie (teki'a) — voici qu'a enseigné (un Sage) de l'école de Chemouel : "vous ne ferez aucun travail servile (melekhet avoda)" — la sonnerie du chofar et le fait de retirer le pain (du four) en sont exclus, car c'est un savoir-faire ('hokhma) et non un travail (melakha).
Mais (le verset vient) pour les préparatifs.
Même raisonnement que pour le loulav : sonner du chofar est classé 'hokhma (savoir-faire) et exclu des melakhot de la Torah. Le verset n'est donc pas nécessaire pour la sonnerie elle-même ; il vise les préparatifs (fabriquer le chofar, le transporter).
Et les Rabbanan ? Ce (verset) leur est nécessaire pour : le jour et non la nuit.
Et Rabbi Eliezer, d'où tire-t-il "le jour et non la nuit" ? Il le tire de : "le jour de Kippour, vous ferez passer le chofar dans tout votre pays", et on les apprend l'un de l'autre.
Le chofar du Yovel (jubilé) sonne "le jour de Kippour". Par l'analogie des sonneries du septième mois, R. Eliezer applique aussi à Roch Hachana la limite du jour.
Tossefot explique pourquoi les Rabbanan n'acceptent pas cette déduction : l'analogie porte sur le seul ordre des sonneries.
Et que le Miséricordieux l'écrive pour le chofar, et que ceux-ci viennent et l'apprennent de lui ! — De la sonnerie du chofar de Roch Hachana on ne peut pas apprendre, car elle fait monter le souvenir d'Israël devant leur Père qui est aux cieux. De la sonnerie de Yom Kippour on ne peut pas apprendre, car le maître a dit : le tribunal a sonné du chofar, les esclaves sont libérés et rentrent chez eux, et les champs retournent à leurs propriétaires.
Chacun des deux chofarot a une portée propre : à Roch Hachana, les zikhronot (souvenirs) d'Israël devant Hachem ; à Yom Kippour de l'année du Yovel, l'effet juridique de la libération des esclaves et du retour des champs. Aucun ne peut servir de modèle général.
Le maître a dit : la mila et tous ses préparatifs repoussent le Chabbat, paroles de Rabbi Eliezer. D'où Rabbi Eliezer tire-t-il cela ?
S'il l'apprend de tous ceux-là — (on réfute) comme nous l'avons dit. Et de plus : qu'ont de particulier ceux-là
On arrive à la mila, sujet du perek. Chaque source précédente a son trait propre, qui empêche d'en tirer la mila. La phrase continue sur 132a avec une objection supplémentaire.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).