Sougya : Le daf achève la discussion sur les préparatifs de la mila selon Rabbi Eliezer, puis pose la question de fond : d'où sait-on que la mila elle-même, pratiquée le huitième jour, repousse Chabbat ? Oula et Rabbi Yitshak y voient une halakha le-Moche mi-Sinaï, mais cette position est rejetée, car Rabbi Elazar ben Azarya tire de la mila un kal va-homer.
Suivent plusieurs guezerot chavot (ot, berit, dorot), chacune réfutée, jusqu'à la synthèse de Rav Nahman bar Yitshak. Rabbi Yo'hanan apprend du mot be-yom, et Rav Aha bar Yaakov du mot chemini ; la Guemara retient Rabbi Yo'hanan, confirmé par une baraita, dont Rava commence à expliquer la logique à partir d'un kal va-homer fondé sur la tsaraat.
[...] car si leur temps est passé, elles sont annulées. Mais voici plutôt la raison de Rabbi Eliezer : le verset dit : "Et le huitième jour on circoncira la chair de son prépuce" (Vayikra 12, 3), et même le Chabbat.
Suite de 131b. On avait proposé que Rabbi Eliezer apprenne les makhchirei mila (préparatifs de la circoncision) des autres mitsvot à temps fixe (loulav, soucca...). La Guemara vient de refuser : ces mitsvot sont annulées si leur temps passe, alors que la mila peut être faite plus tard.
La vraie source de Rabbi Eliezer est donc le mot be-yom ("le jour") : le huitième jour, même Chabbat. Rachi précise que pour Rabbi Eliezer, la mila elle-même est connue par une halakha ; le verset sert donc aux préparatifs.
Que la Torah l'écrive [seulement] pour la mila, et que ces [autres mitsvot] viennent l'apprendre d'elle ! Parce qu'on peut réfuter : qu'a de particulier la mila ?
Treize alliances (beritot) ont été conclues à son sujet.
Question inverse : si la mila a son propre verset, pourquoi ne pas en déduire les autres mitsvot à temps fixe ? Réponse : la mila a une importance propre, le mot berit revient treize fois dans Berechit 17. Une mitsva aussi exceptionnelle ne sert pas de modèle pour les autres.
Les Rabbanan ne sont en désaccord avec lui que sur les préparatifs de la mila ; mais la mila elle-même, tous s'accordent qu'elle repousse Chabbat. D'où le savons-nous ?
Oula a dit : [c'est une] halakha. Et de même Rabbi Yitshak a dit : [c'est une] halakha.
Nouvelle question, indépendante du débat précédent : la mila elle-même au huitième jour repousse Chabbat selon tous. Quelle est la source ?
Oula et Rabbi Yitshak : une halakha le-Moche mi-Sinaï, tradition orale sans appui dans un verset.
On objecte : d'où sait-on que le sauvetage d'une vie (pikouah nefech) repousse Chabbat ? Rabbi Elazar ben Azarya dit : si la mila, qui concerne un seul des membres de l'homme, repousse Chabbat, à plus forte raison (kal va-homer) le sauvetage d'une vie repousse Chabbat.
Objection tirée d'une baraita : Rabbi Elazar ben Azarya construit un kal va-homer (raisonnement à fortiori) : la mila concerne un membre, le pikouah nefech concerne tout le corps.
Si tu penses que c'est une halakha, peut-on tirer un kal va-homer d'une halakha ? N'a-t-on pas enseigné : Rabbi Elazar ben Azarya lui dit : Akiva, [la règle de] l'os de la taille d'un grain d'orge (qui rend impur) est une halakha, et [tu en tires pour] le quart [de log] de sang un kal va-homer ; or on ne tire pas de kal va-homer d'une halakha.
Le principe : ein danin kal va-homer mi-halakha, on ne construit pas de raisonnement à fortiori sur une halakha le-Moche mi-Sinaï. Rabbi Elazar ben Azarya l'énonce lui-même contre Rabbi Akiva.
Donc s'il construit un kal va-homer à partir de la mila, c'est qu'il la connaît par un verset. La position d'Oula et de Rabbi Yitshak tombe.
Rabbi Elazar a plutôt dit : on l'apprend de "ot" (signe) / "ot".
Première guezera chava (analogie par un mot commun) : le mot ot figure pour Chabbat et pour la mila.
S'il en est ainsi, les tefillin, à propos desquels "ot" est écrit, devraient repousser Chabbat !
Les tefillin sont aussi appelés ot (Chemot 13, 16). Il faudrait alors les mettre le Chabbat, ce qui n'est pas la halakha. L'analogie prouve trop.
On l'apprend plutôt de "berit" (alliance) / "berit".
Rachi rappelle la règle : ein adam dan guezera chava me-atsmo, une guezera chava n'est valable que si elle est reçue par tradition. On propose donc un autre mot commun : berit.
Un adulte (gadol), à propos duquel "berit" est écrit, devrait [voir sa circoncision] repousser Chabbat !
Le mot berit vise aussi la mila che-lo bi-zmana (circoncision faite après le huitième jour). Or seule la mila faite en son temps repousse Chabbat. L'analogie prouve encore trop.
On l'apprend plutôt de "dorot" (générations) / "dorot".
Troisième mot commun : dorot. Il figure pour Chabbat (Chemot 31, 16) et pour la mila de l'enfant de huit jours (Berechit 17, 12), ce qui exclut l'adulte.
La glose de Tossefot rattachée ici porte en réalité sur le segment 17 (zar et onen). Le Roch résume la halakha du passage : le scalpel apporté par les cours selon Rabbi Chimon, la halakha selon Rabbi Akiva (les préparatifs ne repoussent pas Chabbat), la source de la mila le Chabbat selon Rabbi Yo'hanan, et l'obligation de circoncire de jour.
Les tsitsit, à propos desquels "dorot" est écrit, devraient repousser Chabbat !
Le mot dorot figure aussi pour les tsitsit (Bamidbar 15, 38). Il faudrait alors pouvoir attacher des tsitsit à un vêtement le Chabbat.
Rav Nahman bar Yitshak a plutôt dit : on apprend "ot", "berit" et "dorot" de "ot", "berit" et "dorot", à l'exclusion de ceux-là, pour lesquels un seul [de ces mots] est écrit.
Synthèse : l'analogie repose sur les trois mots ensemble. Chabbat et mila partagent ot, berit et dorot ; les tefillin, l'adulte et les tsitsit n'en partagent chacun qu'un seul.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : le verset dit "be-yom" (le jour) ; "le jour", même le Chabbat.
Autre voie : le mot be-yom dans "et le huitième jour" (Vayikra 12, 3). Le verset aurait pu dire "le huitième" ; "le jour" signifie : ce jour-là quel qu'il soit, même Chabbat.
Rech Lakich dit à Rabbi Yo'hanan : s'il en est ainsi, les mehoussarei kappara (ceux à qui manque l'expiation), à propos desquels "be-yom" est écrit, repoussent-ils aussi Chabbat ? - Celui-là est nécessaire [pour enseigner] : le jour et non la nuit.
Les mehoussarei kappara sont purifiés par l'immersion, mais doivent encore apporter un sacrifice pour manger des saintetés. Le mot be-yom figure aussi chez eux (Vayikra 14, 10 ; 15, 14).
Réponse : chez eux, be-yom enseigne que le sacrifice s'apporte de jour et non de nuit.
Celui-ci aussi est nécessaire [pour enseigner] : le jour et non la nuit ! - Cela se déduit de "à l'âge de huit jours" (ben chemonat yamim).
Rech Lakich retourne l'argument : pour la mila aussi, be-yom pourrait servir à exclure la nuit. Rabbi Yo'hanan : l'exclusion de la nuit vient de ben chemonat yamim (Berechit 17, 12), "jours" au sens de période diurne.
Celui-là aussi se déduit de "le jour où Il leur ordonna" (be-yom tsavoto) !
Rech Lakich : pour les sacrifices, le principe général "de jour" est déjà connu par be-yom tsavoto (Vayikra 7, 38). Le be-yom des mehoussarei kappara est alors libre, et devrait leur permettre de repousser Chabbat.
Bien que cela se déduise de "be-yom tsavoto", c'était nécessaire. Tu aurais pu penser : puisque la Torah a eu pitié de lui en le laissant apporter [un sacrifice] de pauvre, qu'il l'apporte aussi la nuit ; [le verset] nous enseigne [le contraire].
Réponse : le mehoussar kappara pauvre peut apporter un sacrifice moins coûteux (be-dalout, oiseaux au lieu de bétail). On aurait pu penser que cette indulgence s'étend au moment du sacrifice. Le verset précise donc : de jour seulement.
Ravina objecte : s'il en est ainsi, qu'un non-cohen (zar) soit apte pour eux, et qu'un endeuillé (onen) soit apte pour eux ! - Le verset l'a ramené [à la règle].
Ravina : si l'indulgence du sacrifice de pauvre fait sortir ce sacrifice des règles ordinaires, il faudrait aussi valider le service d'un zar (non-cohen) ou d'un onen (cohen endeuillé avant l'enterrement).
Réponse : ha ahadrei kera, le verset (be-yom) l'a explicitement ramené sous la loi générale des sacrifices ; toutes les autres règles s'appliquent donc aussi. Tossefot y voit la règle davar che-yatsa min ha-klal li-don ba-davar hé-hadach.
Rav Aha bar Yaakov a dit : le verset dit "chemini" (le huitième) ; "le huitième", même le Chabbat.
Troisième voie : l'insistance sur chemini. Pour Rav Aha bar Yaakov, be-yom sert à exclure la nuit, comme pour les mehoussarei kappara.
Ce "chemini" est nécessaire pour exclure le septième [jour] ! - Le septième se déduit de "à l'âge de huit jours".
Objection : chemini sert à interdire la mila avant le huitième jour. Réponse : cela vient déjà de ben chemonat yamim.
Mais il en faut encore [deux] : un pour exclure le septième, et un pour exclure le neuvième. Car [s'il n'y avait qu'un verset], j'aurais dit : c'est le septième, dont le temps n'est pas arrivé [qui est exclu], mais à partir du huitième c'est son temps !
Il est donc clair qu'il faut [suivre] Rabbi Yo'hanan.
Il faut deux versets : l'un exclut le septième jour, l'autre exclut le neuvième (on ne retarde pas la mila). Avec un seul verset, on aurait compris que tout jour à partir du huitième convient.
La question reste sans réponse ; conclusion : mehavarta ke-Rabbi Yo'hanan, la source claire est be-yom.
Il est enseigné [dans une baraita] conformément à Rabbi Yo'hanan et non à Rav Aha bar Yaakov : "le huitième il circoncira", même le Chabbat. Comment alors appliquer "ceux qui le profanent seront mis à mort" ?
Aux autres travaux, sauf la mila. Ou bien peut-être même la mila [est incluse], et comment appliquer "le huitième il circoncira" ?
Sauf le Chabbat. Le verset dit "be-yom" : même le Chabbat.
La baraita hésite entre deux versets opposés : "le huitième il circoncira" et "me-hallelea mot yumat" (Chemot 31, 14). Lequel restreint l'autre ? Le mot be-yom tranche : la mila se fait même Chabbat.
La baraita montre donc que chemini seul ne suffit pas, contre Rav Aha bar Yaakov.
Rava a dit : ce Tanna, qu'est-ce qui lui convenait au début, et qu'est-ce qui lui posait difficulté à la fin ?
Rava demande la logique interne de la baraita : pourquoi le Tanna penchait-il d'abord pour la mila le Chabbat, et pourquoi a-t-il ensuite renversé son raisonnement ?
Voici ce qu'il dit : "le huitième il circoncira", même le Chabbat. Comment appliquer "ceux qui le profanent seront mis à mort" ?
Aux autres travaux, sauf la mila ; mais la mila repousse [Chabbat].
Rava : le Tanna s'appuyait d'abord sur un kal va-homer pour conclure que la mila repousse Chabbat ; c'est ce qui lui permettait de limiter l'interdit aux autres travaux.
Pour quelle raison ? C'est un kal va-homer : si la tsaraat, qui repousse le service (avoda),
Début du kal va-homer de Rava (suite sur 132b) : la tsaraat repousse l'avoda (un cohen metsora ne coupe pas sa tache pour servir) ; l'avoda repousse Chabbat ; la mila repousse la tsaraat (on circoncit même à l'endroit d'une tache). À plus forte raison la mila repousse Chabbat.
Tossefot soulève deux difficultés sur ce raisonnement : on pourrait construire le kal va-homer inverse, ou le réfuter par le meurtre ou par l'enterrement d'un met mitsva. Réponse : le Tanna connaît déjà la règle par be-yom ; le kal va-homer sert à construire puis à démonter la hava amina.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).