Shabbat 133b — Revenir sur les tsitsin, embellir la mitsva, et les soins de la mila le Chabbat

Shabbat 133b

Sougya : La Guemara explique ce qu'ajoute l'expression "tous les besoins de la mila" de la michna : tant que le mohel est occupé à la mila, il revient même sur les tsitsin (restes de prépuce) qui n'invalident pas la mila ; s'il s'est retiré (pirech), il ne revient que sur ceux qui l'invalident. Elle cherche ensuite quel Tanna soutient qu'après s'être retiré on ne revient pas : trois attributions sont proposées (Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka pour le Pessa'h, Rabbi Yossi pour la néoménie, les Rabbanan de Rabbi Yossi pour le pain de proposition) ; les deux premières sont réfutées, notamment par le principe "zeh Eli ve-anvehou" (embellir la mitsva).

Suit la baraita du mohel "ענוש כרת" qui n'achève pas la mila, avec trois lectures (Rav Kahana, Rav Pappa, Rav Achi). Le daf finit sur la metsitsa (succion du sang), qui est une question de danger, et sur la composition du pansement (ispelanit).

Revenir sur les tsitsin le Chabbat ? Le mohel voit des tsitsin (restes de prépuce) Encore occupé à la mila (n'a pas retiré ses mains) Pirech : il s'est retiré (a retiré ses mains) Tsitsin qui invalident -> il revient Tsitsin qui n'invalident pas -> il revient Tsitsin qui invalident -> il revient Qui n'invalident pas -> il ne revient pas "Tous les besoins de la mila" = inclure le cas de gauche (non invalidant, encore occupé)
Tsitsin qui invalident et qui n'invalident pas : tout dépend si le mohel s'est déjà retiré.
Qui est le Tanna de "pirech, il ne revient pas" ? Rabba bar bar Hana / R. Yo'hanan R. Ichmael fils de R. Yo'hanan ben Beroka Pessa'h le Chabbat : on dépouille jusqu'à la poitrine seulement Réfute : pour le Pessa'h pas de zeh Eli ve-anvehou ; la mila demande l'embellissement Rav Achi Rabbi Yossi Néoménie vue clairement : les témoins ne profanent pas le Chabbat Réfute : là, Chabbat n'a jamais été repoussé ; pour la mila il l'a été Les Sages de Nehardea Les Rabbanan qui contestent R. Yossi Pain de proposition : une interruption rompt le "tamid" (continu) Retenu : une reprise après interruption est un acte nouveau Chaque source doit montrer : une interruption fait de la reprise un acte séparé, non autorisé le Chabbat
Trois tentatives pour identifier le Tanna de "pirech, il ne revient pas".
"S'il n'a pas achevé : ענוש כרת" - qui est puni ? Rav Kahana Le mohel (oman), le Chabbat Objection de Rav Pappa : il dira "j'ai fait la moitié, faites l'autre" Rav Pappa L'adulte (gadol), en semaine Objection de Rav Achi : c'est déjà explicite dans le verset Rav Achi Le mohel, au crépuscule Averti "tu n'auras pas le temps" ; il n'achève pas : blessure sans mitsva
Trois lectures de la baraita "s'il n'a pas achevé, il est passible de karet".
1
גְּמָ׳ מִכְּדֵי קָתָנֵי כֻּולְּהוּ, ״כָּל צָורְכֵי מִילָה״ לַאֲתוּיֵי מַאי?

GUEMARA. Puisque [la michna] énumère tous [les actes], que vient inclure [l'expression] "tous les besoins de la mila" ?

📜 Rachi (2)
גְּמ' מִכְּדֵי קָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין:
Puisque [la michna] enseigne : dans notre michna.
כּוּלְּהוּ כָּל דְּבָרִים הָעוֹשִׂים לַמִּילָה מוֹהֲלִין וּפוֹרְעִין וּמוֹצְצִין כּוּ' לָמָּה לִי דִּתְנַן כְּלָלָא בְּרֵישָׁא עוֹשִׂין כָּל צָרְכֵי מִילָה:
Tous : tous les actes que l'on fait pour la mila, on circoncit, on découvre (pria), on suce, etc. ; pourquoi faut-il ce que nous avons appris d'abord comme règle générale : "on fait tous les besoins de la mila" ?
💡 Explication

La michna (133a) énumère déjà les actes permis : mila, pria, metsitsa, pansement. La règle générale "kol tsorkhei mila" semble donc superflue ; la Guemara cherche le cas qu'elle ajoute.

2
לְאֵתוֹיֵי הָא דְּתָנוּ רַבָּנַן: הַמָּל, כָּל זְמַן שֶׁהוּא עוֹסֵק בַּמִּילָה — חוֹזֵר בֵּין עַל הַצִּיצִין הַמְעַכְּבִין אֶת הַמִּילָה בֵּין עַל הַצִּיצִין שֶׁאֵין מְעַכְּבִין אֶת הַמִּילָה. פֵּירֵשׁ, עַל צִיצִין הַמְעַכְּבִין אֶת הַמִּילָה — חוֹזֵר, עַל צִיצִין שֶׁאֵין מְעַכְּבִין אֶת הַמִּילָה — אֵינוֹ חוֹזֵר.

[Elle vient] inclure ce qu'ont enseigné nos Maîtres : celui qui circoncit, tant qu'il est occupé à la mila, revient aussi bien sur les tsitsin qui invalident la mila que sur les tsitsin qui n'invalident pas la mila. S'il s'est retiré (pirech) : sur les tsitsin qui invalident la mila, il revient ; sur les tsitsin qui n'invalident pas la mila, il ne revient pas.

📜 Rachi (6)
צִיצִין שִׁיּוּרֵי עָרְלָה וּבְמַתְנִי' מְפָרֵשׁ אֵלּוּ הֵן צִיצִין הַמְעַכְּבִין וְיֵשׁ שֶׁאֵינָן מְעַכְּבִין כְּגוֹן בָּשָׂר שֶׁאֵינָהּ חֻופָּה רֹוב הָעֲטָרָה אֶלָּא מִיעוּטָהּ וּמַה הִיא עֲטָרָה שׁוּרָה גָּבוֹהַּ הַמַּקֶּפֶת בַּגִּיד סָבִיב שֶׁמִּמֶּנָּה הַגִּיד מְשַׁפֵּעַ וְיוֹרֵד לְצַד הַקַּרְקַע וּמְשַׁפֵּעַ וְיוֹרֵד לְצַד הַגּוּף:
Tsitsin : restes de prépuce (orla). Dans la michna [134b] on explique lesquels sont les tsitsin qui invalident ; et il y en a qui n'invalident pas, par exemple une chair qui ne recouvre pas la majeure partie de la couronne (atara) mais seulement une petite partie. Et qu'est-ce que la atara ? Une rangée élevée qui entoure le membre, à partir de laquelle le membre descend en pente vers le sol et descend en pente vers le corps.
הַמָּל בְּשַׁבָּת:
Celui qui circoncit : le Chabbat.
כָּל זְמַן שֶׁהוּא עוֹסֵק בָּהּ שֶׁלֹּא סִילֵּק יָדוֹ אִם רָאָה שֶׁנִּשְׁתַּייְּרוּ בָּהּ צִיצִין בֵּין מְעַכְּבִין אֶת הַמִּילָה שֶׁאֵינָהּ כְּשֵׁרָה עַד שֶׁיַּחְתְּכֵם בֵּין שֶׁאֵין מְעַכְּבִין חוֹזֵר וְחוֹתֵךְ דְּכוֹלָּא חֲדָא מִילְּתָא הִיא וַהֲרֵי נִיתְּנָה שַׁבָּת לִדָּחוֹת אֶצְלָהּ:
Tant qu'il y est occupé : qu'il n'a pas retiré sa main ; s'il voit qu'il reste des tsitsin, qu'ils invalident la mila, laquelle n'est pas valable tant qu'il ne les a pas coupés, ou qu'ils n'invalident pas, il revient et coupe, car tout cela forme un seul acte, et le Chabbat a été repoussé pour lui.
פֵּירֵשׁ שֶׁסִּילֵּק יָדָיו:
S'il s'est retiré : qu'il a retiré ses mains.
עַל הַמְעַכְּבִין חוֹזֵר שֶׁהֲרֵי הֵן כַּמִּילָה עַצְמָהּ:
Sur ceux qui invalident il revient : car ils sont comme la mila elle-même.
וְעַל שֶׁאֵין מְעַכְּבִין אֵינוֹ חוֹזֵר דְּהָוֵי כְּהַתְחָלָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ וְעַל אֵלּוּ לֹא נִיתַּן לְחַלֵּל אֶת הַשַּׁבָּת וְהַייְנוּ דְּקָתָנֵי כָּל צָרְכֵי מִילָה וַאֲפִילּוּ צִיצִין שֶׁאֵין מְעַכְּבִין חוֹזֵר עֲלֵיהֶם כָּל זְמַן שֶׁלֹּא פֵּירֵשׁ:
Et sur ceux qui n'invalident pas il ne revient pas : car c'est comme un commencement à part, et pour ceux-là il n'a pas été permis de profaner le Chabbat. C'est ce qu'enseigne [la michna] "tous les besoins de la mila" : même sur les tsitsin qui n'invalident pas il revient, tant qu'il ne s'est pas retiré.
💡 Explication

Deux critères se croisent : la nature des tsitsin (meakvin : sans eux la mila est invalide ; einan meakvin : simple embellissement) et l'état du mohel (encore occupé, ou pirech, retiré). Tant qu'il est occupé, tout forme un seul acte, et la permission de profaner le Chabbat couvre l'ensemble. Après s'être retiré, revenir pour un détail non invalidant est un acte nouveau, qui ne repousse pas le Chabbat.

🖼️ Schéma
Revenir sur les tsitsin le Chabbat ? Le mohel voit des tsitsin (restes de prépuce) Encore occupé à la mila (n'a pas retiré ses mains) Pirech : il s'est retiré (a retiré ses mains) Tsitsin qui invalident -> il revient Tsitsin qui n'invalident pas -> il revient Tsitsin qui invalident -> il revient Qui n'invalident pas -> il ne revient pas "Tous les besoins de la mila" = inclure le cas de gauche (non invalidant, encore occupé)
La règle de la baraita en quatre cas.
3
מַאן תַּנָּא פֵּירַשׁ אֵינוֹ חוֹזֵר? אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה הִיא. דְּתַנְיָא: אַרְבָּעָה עָשָׂר שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — מַפְשִׁיט אָדָם הַפֶּסַח עַד הֶחָזֶה, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מַפְשִׁיטִין אֶת כֻּולּוֹ.

Quel Tanna [enseigne] "s'il s'est retiré, il ne revient pas" ? Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka.

Car il est enseigné : [le] quatorze [Nissan] qui tombe un Chabbat, on dépouille le [sacrifice de] Pessa'h jusqu'à la poitrine ; ce sont les paroles de Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka. Et les Sages disent : on le dépouille entièrement.

📜 Rachi (2)
מַאן תַּנָּא פֵּירַשׁ אֵינוֹ חוֹזֵר וּמִשּׁוּם דְּפֵירֵשׁ חֲשִׁיב לֵיהּ חֲזָרָה מִילְּתָא לְנַפְשָׁהּ וְהוֹאִיל וְלֹא עִיכּוּב מִצְוָה נִינְהוּ לָא הָדַר:
Quel Tanna [enseigne] s'il s'est retiré, il ne revient pas : et parce qu'il s'est retiré, il considère le retour comme un acte à part, et puisque [ces tsitsin] ne sont pas une condition de la mitsva, il ne revient pas.
מַפְשִׁיט הַפֶּסַח עַד הֶחָזֶה וְהַייְנוּ פֵּירֵשׁ דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת תָּמִיד (פ"ד מ"ב) גַּבֵּי הֶפְשֵׁיטוֹ שֶׁהָיָה מַתְחִיל מִן הָרַגְלַיִם וְהָיָה מַפְשִׁיט וְיוֹרֵד עַד שֶׁמַּגִּיעַ לֶחָזֶה הִגִּיעַ לֶחָזֶה חָתַךְ אֶת הָרֹאשׁ וּנְתָנוֹ לְמִי שֶׁזָּכָה בּוֹ וְאַחַ"כּ הַכְּרָעַיִים וּמֵירֵק וְהִפְשִׁיט כו' שָׁמְעִי' מִינֵּיהּ מִשֶּׁהִגִּיעַ לֶחָזֶה סִילֵּק יָדָיו מִן הַהֶפְשֵׁט וְהִתְחִיל לְהִתְעַסֵּק בְּנִיתּוּחַ קְצָת וְגַבֵּי עוֹלָה דְּכֻולָּהּ כָּלִיל מֵירֵק וְהִפְשִׁיט וּמְנַתֵּחַ הַיָּדַיִם תְּחִילָּה אַחַר הָרֹאשׁ וְגַבֵּי פֶּסַח נָמֵי מִשֶּׁהִפְשִׁיט עַד הֶחָזֶה דְּיָכוֹל לְהוֹצִיא אֵימוּרָיו בְּלֹא נִימִין קוֹרְעוֹ וּמוֹצִיאָן מִיָּד וַהֲוָה לֵיהּ פֵּירַשׁ מִן הַהֶפְשֵׁט וְקָאָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל שׁוּב אֵינוֹ גּוֹמֵר וּמַפְשִׁיט מִשּׁוּם דְּכֵיוָן דְּפֵירֵשׁ הָוְיָא חֲזָרָה מִילְּתָא דְּאַתְחַלְתָּא לְנַפְשָׁהּ וְשֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ גָּבוֹהַּ דֻּומְיָא דְּצִיצִין דְּלָא מְעַכְּבִין:
On dépouille le Pessa'h jusqu'à la poitrine : c'est cela "il s'est retiré". Car nous avons appris dans le traité Tamid (ch. 4, michna 2), au sujet du dépouillement, qu'il commençait par les pattes et dépouillait en descendant jusqu'à la poitrine ; arrivé à la poitrine, il coupait la tête et la donnait à celui qui l'avait gagnée, ensuite les pattes, puis il achevait le dépouillement, etc. Nous en déduisons qu'arrivé à la poitrine, il retirait ses mains du dépouillement et commençait à s'occuper un peu du découpage (nitouah). Pour l'ola (holocauste), qui est entièrement brûlée, il achevait le dépouillement et découpait les pattes avant en premier, après la tête. Pour le Pessa'h aussi, dès qu'il a dépouillé jusqu'à la poitrine, puisqu'il peut sortir les parties à offrir (eimourim) sans [toucher aux] tendons, il l'ouvre et les sort aussitôt ; il s'est donc retiré du dépouillement. Et Rabbi Ichmael dit qu'il n'achève plus de dépouiller, car, puisqu'il s'est retiré, le retour devient un commencement à part, et qui n'est pas pour le besoin du Très-Haut (tsorekh gavoha), semblable aux tsitsin qui n'invalident pas.
💡 Explication

Première attribution. Le Pessa'h est offert même le Chabbat, mais la peau n'a besoin d'être retirée que jusqu'à la poitrine pour sortir les eimourim (parties brûlées sur l'autel). Le reste du dépouillement sert seulement à la consommation. Pour Rabbi Ichmael, une fois passé à l'étape suivante, reprendre le dépouillement est un acte séparé, sans nécessité pour le culte ; c'est le même principe que pirech, eino hozer.

4
מִמַּאי? עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה הָתָם — מִשּׁוּם דְּלָא בָּעֵינַן ״זֶה אֵלִי וְאַנְוֵהוּ״. אֲבָל הָכָא — דְּבָעֵינַן ״זֶה אֵלִי וְאַנְוֵהוּ״, הָכִי נָמֵי.

D'où [le déduis-tu] ? Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka ne l'a dit que là, parce que nous n'avons pas besoin de [l'exigence] "voici mon D.ieu et je L'embellirai" (zeh Eli ve-anvehou).

Mais ici, où nous avons besoin de "zeh Eli ve-anvehou", [il reconnaîtrait qu'on revient] aussi.

📜 Rachi (1)
דְּלָא בָּעֵינַן זֶה אֵלִי וְאַנְוֵהוּ דְּאַחַר נְטִילַת הָאֵימוּרִין אֵין הִידּוּר מִצְוָה בְּיִפּוּי בָּשָׂר אֲבָל יִפּוּי מִילָה מִצְוָה הִיא:
Car nous n'avons pas besoin de zeh Eli ve-anvehou : car après avoir pris les eimourim, il n'y a pas d'embellissement de la mitsva dans la beauté de la viande ; mais la beauté de la mila est une mitsva.
💡 Explication

Réfutation. Les tsitsin non invalidants ne sont pas inutiles : les couper embellit la mila, ce qui est une mitsva en soi (hiddour mitsva, tiré de "zeh Eli ve-anvehou", Chemot 15,2). Le dépouillement complet du Pessa'h n'ajoute rien à la mitsva. La comparaison ne tient donc pas.

5
דְּתַנְיָא: ״זֶה אֵלִי וְאַנְוֵהוּ״, הִתְנָאֵה לְפָנָיו בְּמִצְוֹת: עֲשֵׂה לְפָנָיו סֻוכָּה נָאָה, וְלוּלָב נָאֶה, וְשׁוֹפָר נָאֶה, צִיצִית נָאָה, סֵפֶר תּוֹרָה נָאֶה, וְכָתוּב בּוֹ לִשְׁמוֹ בִּדְיוֹ נָאֶה, בְּקוּלְמוֹס נָאֶה, בְּלַבְלָר אֻומָּן, וְכוֹרְכוֹ בְּשִׁירָאִין נָאִין.

Car il est enseigné : "voici mon D.ieu et je L'embellirai" : embellis-toi devant Lui dans les mitsvot. Fais devant Lui une belle soucca, un beau loulav, un beau chofar, de beaux tsitsit, un beau Sefer Torah, et écris-y en Son nom avec une belle encre, avec un beau calame, par un scribe (lavlar) expert, et enveloppe-le dans de belles soieries.

🪔 Ben Yehoyada (3)
הִתְנָאֵה לְפָנָיו בַּמִּצְווֹת. נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ לְפָנָיו , כִּי הָעִיקָּר הוּא כֹּחַ הַמַּחֲשָׁבָה שֶׁתִּהְיֶה נְכוֹנָה וְטוֹבָה, וְזֶה הַכֹּחַ הוּא אֵינוֹ גָּלוּי אֶלָּא רַק לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ, וְנִמְצָא נַעֲשֶׂה בְּמִצְוָה ב' פְּעָמִים כח [28] שֶׁהֵם כֹּחַ הַמַּחֲשָׁבָה וְכֹחַ הַמַּעֲשֶׂה, שֶׁהֵם מִסְפַּר נ"ו [56] כְּמִנְיַן נָאֶה. וְלָזֶה אָמַר הִתְנָאֵה לְפָנָיו בְּמִצְווֹת אָמַר לְשׁוֹן הִתְנָאֵה. וְיָדוּעַ כִּי הַגְּבוּרוֹת הֵם 'פַּךְ' דְּמִנַּצ פ"ך שֶׁמִּתְחַלְּקִים לַחֲמִשָּׁה כָּל חֵלֶק הוּא נ"ו, וְלָכֵן אָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כָּל 'נו ' שֶׁבְּסוֹף תֵּיבָה רוֹמְזוֹת לִגְבוּרָה. וּבָזֶה נִיחָא כִּי בְּמָתוֹק שֶׁיִּהְיֶה עַל יְדֵי הַמִּצְוָה בִּשְׁלֵימוּת ב' פְּעָמִים כח [28] אָז יִהְיֶה מִן אוֹתִיּוֹת 'נו' [56] אוֹתִיּוֹת נָאֶה [56] . אוֹ יוּבָן בס"ד לְפָנָיו רֶמֶז לְאוֹתִיּוֹת שֶׁקֹּודֶם שֵׁם הֲוָיָ"ה וְאוֹתִיּוֹת שֶׁאַחַר שֵׁם הֲוָיָ"ה שֶׁעוֹלִים ס"א [טְדָהד כּוּזוֹ = 61] כְּמִנְיַן נָוֶה [61] שֶׁהוּא גַּם כֵּן לְשׁוֹן נוֹי שֶׁיִּנְוֶה בְּמִצְוֹת, גַּם הוּא לְשׁוֹן דִּירָה כִּי עַל יְדֵי שֶׁיִּהְיֶה נָוֶה בְּמִצְוֹת אָז יִהְיֶה נָוֶה שֶׁתִּשְׁרֶה בּוֹ שְׁכִינָה.
Embellis-toi devant Lui dans les mitsvot. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que [la baraita] dit "devant Lui" parce que l'essentiel est la force de la pensée (ma'hchava), qu'elle soit droite et bonne ; et cette force n'est révélée que devant Lui, béni soit-Il. On trouve donc dans la mitsva deux fois koah (force, valeur numérique 28) : la force de la pensée et la force de l'acte, qui font le nombre 56, comme la valeur de naeh (beau). C'est pourquoi il dit "embellis-toi devant Lui dans les mitsvot", en employant le terme hitnaeh. Il est connu que les guevourot sont les [lettres] 'pakh' (valeur 280) des [lettres finales] MaNTsePaKh, qui se divisent en cinq, chaque partie valant 56 ; c'est pourquoi notre maître le Ari z"l a dit que tout 'nou' (valeur 56) en fin de mot fait allusion à la guevoura. Ainsi s'explique que, lorsqu'il y a adoucissement (mitouk) grâce à la mitsva accomplie en entier avec deux fois koah (28), alors [les guevourot] des lettres 'nou' (56) deviennent les lettres de naeh (56). Ou bien on peut comprendre, avec l'aide du Ciel, que "devant Lui" fait allusion aux lettres qui précèdent [celles du] Nom Havaya et aux lettres qui le suivent, qui font 61 [TDHD KOZO = 61], comme la valeur de naveh (61), qui est aussi un terme de beauté (noy) : qu'il s'embellisse dans les mitsvot. C'est aussi un terme de demeure : parce qu'il s'embellit dans les mitsvot, il devient une demeure (naveh) où réside la Chekhina.
עֲשֵׂה לְפָנָיו סֻכָּה נָאָה, וְלוּלָב נָאֶה, וְשׁוֹפָר נָאֶה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְהַקְדִּים שׁוֹפָר שֶׁהוּא בְּרֹאשׁ תִּשְׁרֵי וְסֻכָּה וְלוּלָב בט"ו לַחֹודֶשׁ? וְעוֹד הֲוָה לֵיהּ לְהַקְדִּים הַצִּיצִית תְּחִלָּה שֶׁהוּא בְּכָל יוֹם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לֹא זוֹ אַף זוֹ קָתָנֵי, לָא מִבָּעֲיָא סֻוכָּה דְּשָׁייְכָה בְּכָל הַשִּׁבְעָה יָמִים וְשִׁבְעָה לֵילוֹת דְּאִית בָּהּ פִּרְסוּם טְפֵי אֶלָּא אֲפִילּוּ לוּלָב דְּאֵינוֹ אֶלָּא פַּעַם אַחַת בַּיּוֹם דְּלֵית בֵּיהּ פִּרְסוּם כְּסֻוכָּה גַּם כֵּן יִזָּהֵר לְהִתְנָאוֹת בּוֹ. וְלָאו מִבַּעְיָא לוּלָב דְּעַל כָּל פָּנִים יֶשְׁנוֹ בְּשִׁבְעָה יָמִים אֶלָּא אֲפִילּוּ שׁוֹפָר דְּאֵינוֹ אֶלָּא בִּשְׁנֵי יָמִים גַּם כֵּן צָרִיךְ לְהִתְנָאוֹת בּוֹ וְלָאו מִבַּעְיָא כָּל הָנֵי דְּאָתֵי מִזְּמַן לִזְמַן וּלְכָךְ חֲבִיבִין הֵן טְפֵי דְּהָא מְבָרְכִין שֶׁהֶחֱיָינוּ בָּהֶם, אֶלָּא אֲפִילּוּ צִיצִית דְּנוֹהֵג בְּכָל יוֹם דְּאֵין הָאָדָם רוֹאֶה הַמִּצְוָה חִידּוּשׁ בְּעֵינָיו אֶלָּא רָגִיל בּוֹ כְּמוֹ מַלְבּוּשָׁיו נָמֵי יִתְנָאֶה בּוֹ, וְלָא מִבַּעְיָא צִיצִית שֶׁהַנּוֹי שֶׁלּוֹ יִתְכַּבֵּד בּוֹ הָאָדָם עַצְמוֹ שֶׁהוּא לוֹבֵשׁ אוֹתוֹ, אֶלָּא אֲפִילּוּ סֵפֶר תּוֹרָה שֶׁמֻּונָּח בְּבֵיתוֹ וְאֵין רוֹאִין אוֹתוֹ, אוֹ שֶׁמּוֹסְרוֹ לַצִּיבּוּר וְאֵינוֹ מַגִּיעַ כְּבוֹד הַנּוֹי לְעוֹשֵׂהוּ כָּל כָּךְ גַּם כֵּן יִשְׁתַּדֵּל לַעֲשׂוֹתוֹ נָאֶה.
Fais devant Lui une belle soucca, un beau loulav et un beau chofar. On peut objecter : il aurait dû mettre en premier le chofar, qui est au début de Tichri, alors que la soucca et le loulav sont le 15 du mois ? Et encore : il aurait dû mettre en premier les tsitsit, qui sont de chaque jour ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il enseigne selon la gradation "non seulement ceci, mais aussi cela" (lo zo af zo). Inutile de le dire pour la soucca, qui concerne les sept jours et les sept nuits et comporte davantage de publicité ; mais même pour le loulav, qui n'est qu'une fois par jour et n'a pas la publicité de la soucca, on doit aussi veiller à l'embellir. Inutile de le dire pour le loulav, qui est en tout cas présent sept jours ; mais même pour le chofar, qui n'est que deux jours, on doit aussi l'embellir. Inutile de le dire pour toutes celles-là, qui reviennent d'une époque à l'autre et sont donc plus chères, puisqu'on dit sur elles chehehiyanou ; mais même les tsitsit, qui sont d'usage chaque jour, où l'homme ne voit pas la mitsva comme une nouveauté mais y est habitué comme à ses vêtements, il doit aussi les embellir. Inutile de le dire pour les tsitsit, dont la beauté honore l'homme lui-même qui les porte ; mais même le Sefer Torah, qui est posé dans sa maison et qu'on ne voit pas, ou qu'il remet à la communauté, et dont l'honneur de la beauté ne revient pas tant à celui qui l'a fait, il doit aussi s'efforcer de le faire beau.
בְּקוּלְמוֹס נָאֶה. אֵין הַכַּוָּנָה עַל גּוּף הַקֻּולְמוֹס, אֶלָּא עַל הָאוֹתִיּוֹת הַנִּכְתָּבִים בְּקוּלְמוֹס בְּצוּרָתָם וּמִידָּתָם וְהַשְׁווָאָתָם זֶה עִם זֶה, וְכֵן הוּא לְשׁוֹן הָעוֹלָם מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ כְּתִיבָה מְשֻׁובַּחַת אוֹמְרִים קֻולְמוֹסוֹ נָאֶה.
Avec un beau calame. L'intention ne porte pas sur le calame lui-même, mais sur les lettres écrites avec le calame : leur forme, leur taille et leur régularité les unes par rapport aux autres. C'est d'ailleurs l'expression courante : de celui qui a une belle écriture, on dit "son calame est beau".
💡 Explication

Source du hiddour mitsva. Le Midrach lit ve-anvehou comme dérivé de noy (beauté) : on accomplit la mitsva de la manière la plus belle possible, au-delà du minimum requis. Appliqué à la mila, couper les tsitsin non invalidants relève de cette exigence.

6
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: ״וְאַנְוֵהוּ״ — הָוֵי דּוֹמֶה לוֹ, מָה הוּא חַנּוּן וְרַחוּם — אַף אַתָּה הֱיֵה חַנּוּן וְרַחוּם.

Abba Chaoul dit : "ve-anvehou" : sois semblable à Lui. De même qu'Il est clément et miséricordieux, toi aussi sois clément et miséricordieux.

📜 Rachi (1)
הָוֵי דּוֹמֶה לוֹ וּלְשׁוֹן אַנָּוֵהוּ אֲנִי וְהוּא אֶעֱשֶׂה עַצְמִי כְּמוֹתוֹ לְדַבֵּק בִּדְרָכָיו:
Sois semblable à Lui : et le terme anvehou [se lit] ani ve-Hou (moi et Lui) : je me rendrai semblable à Lui, en m'attachant à Ses voies.
💡 Explication

Abba Chaoul donne une autre lecture du même verset : ani ve-Hou, l'imitation des attributs divins. La Guemara cite la baraita en entier ; pour notre sougya, seule la première lecture (embellir la mitsva) est utile.

7
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: הָא מַנִּי — רַבִּי יוֹסֵי הִיא, דִּתְנַן: בֵּין שֶׁנִּרְאָה בַּעֲלִיל, וּבֵין שֶׁלֹּא נִרְאָה בַּעֲלִיל — מְחַלְּלִין עָלָיו אֶת הַשַּׁבָּת. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: נִרְאֶה בַּעֲלִיל — אֵין מְחַלְּלִין עָלָיו אֶת הַשַּׁבָּת.

Rav Achi a donc dit : selon qui est [cette baraita] ? C'est Rabbi Yossi.

Car nous avons appris : qu'elle [la nouvelle lune] ait été vue clairement (be-alil) ou qu'elle n'ait pas été vue clairement, on profane pour elle le Chabbat. Rabbi Yossi dit : si elle a été vue clairement, on ne profane pas pour elle le Chabbat.

📜 Rachi (3)
בֵּין שֶׁנִּרְאֶה הַחֹדֶשׁ:
Qu'elle ait été vue : la nouvelle lune.
בַּעֲלִיל בְּגִילּוּי לְכָל וְיֵשׁ לָדַעַת שֶׁרָאוּהוּ בֵּית דִּין וְהַקְּרוֹבִים לָהֶם וְאֵין צָרִיךְ לָרוֹאִין חוּץ לַתְּחוּם לְחַלֵּל שַׁבָּת וְלָבֹא וּלְהָעִיד לִפְנֵי ב"ד מְחַלְּלִין:
Be-alil : de manière visible pour tous, et l'on peut savoir que le tribunal et ceux qui en sont proches l'ont vue, et il n'est pas nécessaire que ceux qui l'ont vue hors du tehoum profanent le Chabbat pour venir témoigner devant le tribunal ; [malgré cela, selon le premier Tanna] on profane.
ר' יוֹסֵי אוֹמֵר כוּ' אַלְמָא אע"ג דְּאִיכָּא מִצְוָה כֵּיוָן דְּלָאו לְצֹורֶךְ גָּבוֹהַּ הוּא לֹא מְחַלְּלִינַן וְהָכָא נָמֵי פֵּירֵשׁ דְּהָוֵי אַתְחַלְתָּא דְּחִילּוּל כִּי הָכָא בְּלֹא צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ לָא מְחַלְּלִינַן:
Rabbi Yossi dit etc. : on voit donc que, bien qu'il y ait une mitsva, puisque ce n'est pas un besoin du Très-Haut, on ne profane pas. Ici aussi, s'il s'est retiré, c'est un début de profanation ; comme la, sans besoin du Très-Haut on ne profane pas.
💡 Explication

Deuxième attribution. Les témoins de la néoménie peuvent profaner le Chabbat pour aller témoigner au tribunal. Si la lune a été vue be-alil (clairement, par tous), leur témoignage n'ajoute rien : Rabbi Yossi interdit alors de profaner. Rav Achi en tire que, pour Rabbi Yossi, un acte superflu à la mitsva ne repousse pas le Chabbat.

8
מִמַּאי? דִּילְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי הָתָם, דְּלֹא נִיתְּנָה שַׁבָּת לִידָּחוֹת, אֲבָל הָכָא דְּנִיתְּנָה שַׁבָּת לִידָּחוֹת — הָכִי נָמֵי.

D'où [le déduis-tu] ? Peut-être Rabbi Yossi ne l'a-t-il dit que là, où le Chabbat n'a pas été repoussé ; mais ici, où le Chabbat a été repoussé, [il reconnaîtrait qu'on revient] aussi.

📜 Rachi (1)
לֹא נִיתְּנָה שַׁבָּת לִדְחוֹת אֲפִילּוּ בְּהַתְחָלָתָהּ דְּהָא נִרְאֶה בַּעֲלִיל אֲבָל הָכָא כֵּיוָן שֶׁנָּתְנָה שַׁבָּת לִדְחוֹת לְהַתְחִיל בָּהּ הַמִּילָה הָכִי נָמֵי דְּכִי פֵּירַשׁ וַהֲדַר לָאו אַתְחַלְתָּא לְנַפְשָׁהּ הִיא וְהָוֵי כְּמוֹ שֶׁלֹּא פֵּירֵשׁ וְגוֹמֵר כָּל מִצְוָתוֹ:
Le Chabbat n'a pas été repoussé : même au début, puisqu'elle a été vue clairement. Mais ici, puisque le Chabbat a été repoussé pour commencer la mila, [Rabbi Yossi reconnaîtrait] aussi que, lorsqu'il s'est retiré puis revient, ce n'est pas un commencement à part, mais comme s'il ne s'était pas retiré, et il achève toute sa mitsva.
💡 Explication

Réfutation. Pour la néoménie vue clairement, le Chabbat n'a jamais été repoussé pour ces témoins : leur voyage est superflu dès le départ. Pour la mila, le Chabbat a été repoussé (nitna Chabbat lidahot) ; ce qui s'y rattache ensuite peut être vu comme la suite du même acte.

9
אֶלָּא אָמְרִי נְהַרְדָּעֵי: רַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי הִיא. דִּתְנַן: אַרְבָּעָה כֹּהֲנִים נִכְנָסִין: שְׁנַיִם בְּיָדָם שְׁנֵי סְדָרִים, וּשְׁנַיִם בְּיָדָם שְׁנֵי בָּזִיכִּין. וְאַרְבָּעָה מַקְדִּימִין לִפְנֵיהֶם: שְׁנַיִם לִיטּוֹל שְׁנֵי סְדָרִים, וּשְׁנַיִם לִיטֹּול שְׁנֵי בָּזִיכִּין. הַמַּכְנִיסִין עוֹמְדִים בַּצָּפוֹן וּפְנֵיהֶם לַדָּרוֹם, וְהַמּוֹצִיאִין עוֹמְדִים בַּדָּרוֹם וּפְנֵיהֶם לַצָּפוֹן. אֵלּוּ מוֹשְׁכִים, וְאֵלּוּ מַנִּיחִין, טִפְחוֹ שֶׁל זֶה בְּצַד טִפְחוֹ שֶׁל זֶה, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר ״לִפְנֵי ה׳ תָּמִיד״.

Les [Sages] de Nehardea ont donc dit : ce sont les Rabbanan qui contestent Rabbi Yossi. Car nous avons appris : quatre cohanim entrent, deux ayant en main les deux rangées [de pains], et deux ayant en main les deux coupes [d'encens] (bazikhin).

Et quatre les précèdent : deux pour prendre les deux rangées et deux pour prendre les deux coupes. Ceux qui apportent se tiennent au nord, le visage vers le sud, et ceux qui retirent se tiennent au sud, le visage vers le nord.

Ceux-ci tirent et ceux-là posent, le tefah de l'un à côté du tefah de l'autre, parce qu'il est dit : "devant Moi, continuellement (tamid)".

📜 Rachi (6)
רַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי גַּבֵּי לֶחֶם הַפָּנִים:
Les Rabbanan qui contestent Rabbi Yossi : au sujet du pain de proposition (le'hem ha-panim).
אַרְבָּעָה כֹּהֲנִים נִכְנָסִין לַהֵיכָל בְּשַׁבָּת לְסִדּוּר לֶחֶם הַפָּנִים:
Quatre cohanim entrent : dans le Heikhal, le Chabbat, pour disposer le pain de proposition.
שְׁנֵי סְדָרִים שְׁתַּיִם מַעֲרָכוֹת שֶׁל לֶחֶם:
Deux rangées : deux piles de pains.
שְׁנֵי בְּזִיכְיַן שְׁתֵּי כַּפּוֹת מְלֵאוֹת לְבֹונָה כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא כֹּד) וְנָתַתָּ עַל הַמַּעֲרֶכֶת לְבֹונָה זַכָּה:
Deux coupes : deux cuillers remplies d'encens (levona), comme il est écrit (Vayikra 24) : "et tu mettras sur la rangée de l'encens pur".
מַקְדִּימִין לִפְנֵיהֶם שְׁנַיִם לִיטּוֹל מִן הַשֻּׁלְחָן שְׁנֵי סְדָרִים הַיְּשָׁנִים:
Ils les précèdent, deux pour prendre : de la table, les deux rangées anciennes.
וּשְׁנַיִם לִיטֹּול שְׁנֵי בָּזִיכִּין וְהַשֻּׁלְחָן הָיָה נָתוּן אָרְכוּ מִמִּזְרָח לַמַּעֲרָב וְאֵלּוּ עוֹמְדִין מִזֶּה לְרֹוחַב הַשֻּׁלְחָן בַּצָּפוֹן וְאֵלּוּ עוֹמְדִין לְנֶגְדּוֹ לַדָּרוֹם וְדַווְקָא מַכְנִיסִין לַצָּפוֹן דְּכָל צָפוֹן עִנְיַן חֲשִׁיבוּת הִיא כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת סֻוכָּה (דַּף נו.) גַּבֵּי חִילּוּק לֶחֶם הַפָּנִים לַמִּשְׁמָרָה הַנִּכְנֶסֶת וְהַיּוֹצֵאת הַנִּכְנָסִין חוֹלְקִין בַּצָּפוֹן כְּדֵי שֶׁיֵּרָאוּ נִכְנָסִין:
Et deux pour prendre les deux coupes : la table était placée dans sa longueur d'est en ouest ; ceux-ci se tiennent d'un côté, dans la largeur de la table, au nord, et ceux-là face à eux, au sud. Ceux qui apportent sont précisément au nord, car le nord est partout une marque d'importance, comme nous le disons dans le traité Soucca (56a) au sujet du partage du pain de proposition entre la michmar (garde) entrante et la sortante : les entrants partagent au nord, pour qu'on voie qu'ils entrent.
💡 Explication

Troisième attribution. Chaque Chabbat, on remplace les douze pains sur la choulhan. Selon les Rabbanan, le verset "tamid" exige qu'il n'y ait aucun instant sans pain : on retire l'ancien pain au fur et à mesure qu'on pose le nouveau, tefah par tefah. Pour eux, une interruption rompt la continuité, et ce qui reprend après est un acte nouveau ; de même, pour la mila, revenir après pirech est un acte séparé.

🖼️ Schéma
Le changement du pain de proposition (Chabbat) Table (choulhan), longueur est-ouest 2 rangées de 6 pains + 2 coupes d'encens Nord : ceux qui apportent (face au sud) Sud : ceux qui retirent (face au nord) Rabbanan un tefah remplace l'autre : sans pause Rabbi Yossi retirer puis poser reste "tamid" Pour les Rabbanan, une pause rompt la continuité -> comme pirech pour la mila
Le remplacement du pain de proposition, et la position des deux avis.
10
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֲפִילּוּ אֵלּוּ נוֹטְלִין וְאֵלּוּ מַנִּיחִין אַף זֶה הָיָה ״תָּמִיד״.

Rabbi Yossi dit : même si ceux-ci retirent [d'abord] et ceux-là posent [ensuite], cela aussi était "tamid".

📜 Rachi (2)
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר אֲפִילּוּ אֵלּוּ נוֹטְלִין תְּחִילָּה וּמְסַלְּקִין כֻּולָּהּ מִן הַשֻּׁלְחָן וּלְאַחַר שָׁעָה מַנִּיחִין אֵלּוּ:
Rabbi Yossi dit : même si ceux-ci retirent d'abord et enlèvent tout de la table, et qu'un moment après ceux-là posent.
אַף זֶה תָּמִיד וּמָה אֲנִי מְקַייֵּם תָּמִיד שֶׁלֹּא יָלִין שֻׁלְחָן בְּלֹא לֶחֶם וּלְרַבָּנָן אִי שָׁקְלִי וְשָׁבְקִי לֵיהּ וַהֲדַר מְסַדְּרִי לָא מִיקְּרֵי לְהוּ תָּמִיד אֶלָּא הַתְחָלָה אַחֲרִיתִי וְנִמְצָא שֶׁמִּתְעַכֵּב שֻׁלְחָן בְּלֹא לֶחֶם וְגַבֵּי פֵּירֵשׁ נָמֵי כִּי הֲדַר אָתֵי מִילְּתָא אַחֲרִיתִי הִיא וּלְרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר כִּי שָׁבְקִי וַהֲדַר מַתְחֲלִי נָמֵי תָּמִיד הוּא דַּחֲדָא מִילְּתָא הוּא הָכָא נָמֵי פֵּירֵשׁ חוֹזֵר אע"פ שֶׁאֵין מְעַכְּבִין דְּכֻולָּהּ גְּמַר מִילְּתָא הִיא:
Cela aussi est tamid : et comment j'applique "tamid" ? Que la table ne passe pas la nuit sans pain. Et pour les Rabbanan, s'ils retirent et laissent [la table vide] puis disposent de nouveau, ce n'est pas appelé tamid mais un nouveau commencement, et il se trouve que la table reste sans pain. Pour "il s'est retiré" aussi, quand il revient, c'est un autre acte. Et pour Rabbi Yossi, qui dit que même s'ils laissent puis recommencent c'est encore tamid, car c'est un seul acte, ici aussi, s'il s'est retiré, il revient même [sur les tsitsin] qui n'invalident pas, car tout cela est l'achèvement de l'acte.
💡 Explication

Pour Rabbi Yossi, une brève interruption ne rompt pas la continuité. D'après lui, le mohel qui s'est retiré pourrait revenir même sur les tsitsin non invalidants. La baraita "pirech, eino hozer" suit donc les Rabbanan. Cette attribution n'est pas réfutée.

🖼️ Schéma
Qui est le Tanna de "pirech, il ne revient pas" ? Rabba bar bar Hana / R. Yo'hanan R. Ichmael fils de R. Yo'hanan ben Beroka Pessa'h le Chabbat : on dépouille jusqu'à la poitrine seulement Réfute : pour le Pessa'h pas de zeh Eli ve-anvehou ; la mila demande l'embellissement Rav Achi Rabbi Yossi Néoménie vue clairement : les témoins ne profanent pas le Chabbat Réfute : là, Chabbat n'a jamais été repoussé ; pour la mila il l'a été Les Sages de Nehardea Les Rabbanan qui contestent R. Yossi Pain de proposition : une interruption rompt le "tamid" (continu) Retenu : une reprise après interruption est un acte nouveau Chaque source doit montrer : une interruption fait de la reprise un acte séparé, non autorisé le Chabbat
Bilan des trois attributions.
11
תָּנוּ רַבָּנַן: מְהַלְקְטִין אֶת הַמִּילָה, וְאִם לֹא הִילָּקֵט — עָנוּשׁ כָּרֵת. מַנִּי? אָמַר רַב כָּהֲנָא: אֻומָּן.

Nos Maîtres ont enseigné : on achève [de couper] la mila (mehalketin), et s'il n'a pas achevé, il est passible de karet. Qui [est puni] ?

Rav Kahana a dit : le mohel (oman).

📜 Rachi (3)
מְהַלְקְטִין בַּצִּיצִין הַמְעַכְּבִין:
On achève : pour les tsitsin qui invalident.
מַנִּי כָּרֵת זוֹ שֶׁל מִי הוּא:
Qui : ce karet, de qui est-il ?
אָמַר רַב כָּהֲנָא אֻומָּן עָנוּשׁ כָּרֵת וּבְשַׁבָּת קָאֵי שֶׁחִילֵּל שַׁבָּת וְלֹא עָשָׂה מִצְוָה:
Rav Kahana a dit : le mohel est passible de karet ; et il s'agit du Chabbat : il a profane le Chabbat sans accomplir de mitsva.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר הַמָּל כָּל זְמַן שֶׁעוֹסֵק בַּמִּילָה חוֹזֵר בֵּין עַל צִיצִין הַמְעַכְּבִין אֶת הַמִּילָה בֵּין עַל צִיצִין שֶׁאֵין מְעַכְּבִין אֶת הַמִּילָה פֵּירַשׁ עַל צִיצִין הַמְעַכְּבִין חוֹזֵר וְעַל צִיצִין שֶׁאֵין מְעַכְּבִין אֵינוֹ חוֹזֵר. ת"ר מְהַלְקְטִין אֶת הַמִּילָה וְאִם לֹא הִלְקֵט עָנוּשׁ כָּרֵת. הֵיכִי דָמֵי כְּגוֹן דַּאֲתָא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּשַׁבָּת וְאָמְרִי לֵיהּ לָא מַסְפְּקַתְּ וַאֲמַר לְהוּ מְסַפֵּיקְנָא וַעֲבַד וְלָא אֲסַפֵּיק וְאִשְׁתְּכַח דְּחַבּוּרָה הוּא דַּעֲבַד וְעָנוּשׁ כָּרֵת. וּמוֹצְצִין אָמַר רַב פָּפָּא הַאי אֻומָּנָא דְּלָא מָייֵץ סַכַּנְתָּא הוּא וּמְעַבְּרִינַן לֵיהּ: לֹא שָׁחַק כו' ת"ר דְּבָרִים שֶׁאֵין עוֹשִׂים לַמִּילָה בְּשַׁבָּת עוֹשִׂין לָהּ ביו"ט שׁוֹחֲקִין לָהּ כַּמּוֹן וְטוֹרְפִין לָהּ יַיִן וָשֶׁמֶן. אֵין עוֹשִׂין לָהּ חָלוּק בַּתְּחִלָּה אָמַר אַבָּיֵי אֲמַרָה לִי אֵם הַאי חָלוּק דְּיָנוֹקָא לֵיפְכוּהָ לְסִיטְרֵיהּ אַבָּרַאי דִּלְמָא מִדְּבִיק גִּירְדָּא מִינֵּיהּ וְאָתֵי לִידֵי כְּרוּת שָׁפְכָה. תַּנְיָא א"רִנָּתָן פַּעַם אַחַת הָלַכְתִּי לִכְרַכֵּי הַיָּם וּבָאתָה אִשָּׁה אַחַת לְפָנַי שֶׁמָּלָה בְּנָהּ רִאשׁוֹן וָמֵת. שֵׁנִי וּמֵת. שְׁלִישִׁי הֱבִיאַתּוּ לְפָנַי וּרְאִיתִיו שֶׁהוּא אָדֹום. אָמַרְתִּי לָהּ בִּתִּי הַמְתִּינִי לוֹ עַד שֶׁיִּבָּלַע בּוֹ דָּמוֹ. וְהִמְתִּינָה לוֹ וּמָלָה אוֹתוֹ וְחָיָה וְהָיוּ קוֹרְאִין אוֹתוֹ נָתָן הַבַּבְלִי עַל שְׁמִי. וְשׁוּב פַּעַם אַחַת הָלַכְתִּי לִמְדִינַת קַפּוֹטְקְיָא וּבָאתָה אִשָּׁה אַחֶרֶת לְפָנַי שֶׁמָּלָה בְּנָהּ רִאשׁוֹן וָמֵת. שֵׁנִי וּמֵת. שְׁלִישִׁי הֱבִיאַתּוּ לְפָנַי וּרְאִיתִיו שֶׁהוּא יָרוֹק וְהֵצַצְתִּי בּוֹ וְלֹא רָאִיתִי בּוֹ דַּם אָמַרְתִּי לָהּ בִּתִּי הַמְתִּינִי לוֹ עַד שֶׁיִּבָּלַע בּוֹ דָּמוֹ. וְהִמְתִּינָה לוֹ וּמָלָה אוֹתוֹ וְחָיָה וְהָיוּ קוֹרִין אוֹתוֹ נָתָן הַבַּבְלִי עַל שְׁמִי:
Guemara. Nos Maîtres ont enseigné : celui qui circoncit, tant qu'il est occupé à la mila, revient aussi bien sur les tsitsin qui invalident la mila que sur les tsitsin qui n'invalident pas la mila ; s'il s'est retiré, sur les tsitsin qui invalident il revient, et sur les tsitsin qui n'invalident pas il ne revient pas. Nos Maîtres ont enseigné : on achève [de couper] la mila, et s'il n'a pas achevé, il est passible de karet. Quel est le cas ? Par exemple, il est venu au crépuscule (bein ha-chemachot) du Chabbat ; on lui a dit : "tu n'auras pas le temps", il a répondu : "j'aurai le temps", il l'a fait et n'a pas eu le temps ; il se trouve qu'il a fait une blessure (havoura), et il est passible de karet. "Et on suce" : Rav Pappa a dit : un mohel qui ne suce pas, c'est un danger, et nous le destituons. "Si on n'a pas broyé etc." : nos Maîtres ont enseigné : les choses que l'on ne fait pas pour la mila le Chabbat, on les fait à Yom Tov : on broie pour elle du cumin, et on mélange pour elle du vin et de l'huile. "On ne lui fait pas de chemise (halouk) au départ" : Abaye a dit : ma nourrice m'a dit : cette chemise de l'enfant, qu'on la retourne, les coutures vers l'extérieur, de peur qu'un fil ne s'en détache, ne colle, et qu'il n'en résulte [un cas de] kerout chofkha (membre sectionné). Il est enseigné : Rabbi Natan a dit : une fois je suis allé dans les villes de la mer, et une femme est venue devant moi, qui avait circoncis son premier fils et il était mort, le deuxième et il était mort ; le troisième, elle me l'a amené, et j'ai vu qu'il était rouge. Je lui ai dit : ma fille, attends pour lui jusqu'à ce que son sang soit absorbé en lui. Elle a attendu, l'a circoncis et il a vécu, et on l'appelait Natan le Babylonien, d'après mon nom. Et une autre fois je suis allé dans la province de Cappadoce, et une autre femme est venue devant moi, qui avait circoncis son premier fils et il était mort, le deuxième et il était mort ; le troisième, elle me l'a amené, et j'ai vu qu'il était vert ; je l'ai examiné et je n'ai pas vu de sang en lui. Je lui ai dit : ma fille, attends pour lui jusqu'à ce que son sang soit absorbé en lui. Elle a attendu, l'a circoncis et il a vécu, et on l'appelait Natan le Babylonien, d'après mon nom.
💡 Explication

Mehalketin : on achève de retirer les tsitsin qui invalident. S'il ne le fait pas, quelqu'un est passible de karet. Pour Rav Kahana, c'est le mohel : le Chabbat, il a fait une blessure (havoura, dérivée de la melakha) sans que la mitsva soit accomplie.

Le Roch reprend la baraita et tranche selon la lecture de Rav Achi (seg. 12), puis résume la suite du perek (metsitsa, soins permis à Yom Tov, chemise, récit de Rabbi Natan).

🖼️ Schéma
"S'il n'a pas achevé : ענוש כרת" - qui est puni ? Rav Kahana Le mohel (oman), le Chabbat Objection de Rav Pappa : il dira "j'ai fait la moitié, faites l'autre" Rav Pappa L'adulte (gadol), en semaine Objection de Rav Achi : c'est déjà explicite dans le verset Rav Achi Le mohel, au crépuscule Averti "tu n'auras pas le temps" ; il n'achève pas : blessure sans mitsva
Qui est passible de karet : les trois lectures.
12
מַתְקִיף לַהּ רַב פָּפָּא: אֻומָּן לֵימָא לְהוּ ״אֲנָא עֲבַדִי פַּלְגָא דְמִצְוָה, אַתּוּן [נָמֵי] עַבִּידוּ פַּלְגָא דְּמִצְוָה״! אֶלָּא אָמַר רַב פָּפָּא: גָּדוֹל.

Rav Pappa objecte : le mohel leur dira : "moi, j'ai fait la moitié de la mitsva, vous [aussi], faites la moitié de la mitsva" ! Rav Pappa a donc dit : [il s'agit de] l'adulte (gadol).

📜 Rachi (2)
וְנֵימָא אֲנָא עָבְדִי פַּלְגָא כְּלוֹמַר הוֹאִיל וּכְשֶׁהִתְחִיל בִּרְשׁוּת הִתְחִיל וְחַבּוּרָה שֶׁעָשָׂה בִּרְשׁוּת עָשָׂה אַמַּאי חַיָּיב נֵימָא לְהוּ לְכוּ אַתֶּם וְסִיְּימוּ הַמְּלָאכָה:
Et qu'il dise : j'ai fait la moitié : c'est-à-dire, puisque lorsqu'il a commencé, il a commencé avec permission, et que la blessure qu'il a faite, il l'a faite avec permission, pourquoi serait-il coupable ? Qu'il leur dise : allez, vous, et terminez le travail.
אֶלָּא אָמַר רַב פָּפָּא בְּגָדוֹל שֶׁמָּל קָמַייְרֵי וּבְחוֹל וְעָנוּשׁ כָּרֵת דְּקָאָמַר מִשּׁוּם מִילָה קָאָמַר דַּעֲדַיִין עָרֵל הוּא:
Rav Pappa a donc dit : il s'agit d'un adulte qui se circoncit, et en semaine ; et "passible de karet" est dit à cause de la mila, car il est encore incirconcis (arel).
💡 Explication

Objection : le mohel a commencé avec permission ; s'il s'arrête, d'autres peuvent terminer, et la blessure faite reste une partie de la mitsva. Rav Pappa déplace donc le cas : il s'agit d'un adulte dont la mila est inachevée, qui reste arel et donc passible de karet, sans lien avec le Chabbat.

13
מַתְקִיף לַהּ רַב אַשִּׁי: גָּדוֹל בְּהֶדְיָא כְּתִיב בֵּיהּ: ״וְעָרֵל זָכָר אֲשֶׁר לֹא יִמּוֹל״. אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: לְעוֹלָם אֻומָּן, וּכְגוֹן דַּאֲתָא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּשַׁבָּת, וְאָמְרוּ לֵיהּ: לֹא מַסְפֶּקֶת, וַאֲמַר לְהוּ: מְסַפְּקִינָא, וַעֲבַד וְלָא אִיסְתַּפַּק, וְאִישְׁתְּכַח דְּחַבּוּרָה הוּא דַּעֲבַד, וְעָנוּשׁ כָּרֵת.

Rav Achi objecte : pour l'adulte, c'est écrit explicitement : "et le mâle incirconcis qui ne circoncira pas [la chair de son prépuce, cette âme sera retranchée]". Rav Achi a donc dit : il s'agit en fait du mohel, dans le cas où il est venu au crépuscule (bein ha-chemachot) du Chabbat, et on lui a dit : "tu n'auras pas le temps", et il a répondu : "j'aurai le temps" ; il l'a fait et n'a pas eu le temps ; il se trouve qu'il a fait une blessure, et il est passible de karet.

📜 Rachi (1)
וּכְגוֹן דַּאֲתָא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּכָל הַיּוֹם כָּשֵׁר לְמִילָה וַאֲמַרוּ לֵיהּ לָא מַסְפְּקַתְּ לִגְמֹור בַּיּוֹם כְּהִילְכָתָהּ וְתַעֲשֶׂה חַבּוּרָה בְּשַׁבָּת בְּלֹא מִצְוָה וְעָנוּשׁ כָּרֵת וּמִיהוּ מִיתָה לֵיכָּא דְּלָא אַתְּרוּ בֵּיהּ לְמִיתָה וְלֹא קִבֵּל עָלָיו הַתְרָאָה וְכָרֵת אִיכָּא דְּאַתְחָלָה בִּרְשׁוּת לֹא הִתְחִיל וְלֹא נִיתְּנָה שַׁבָּת לִדָּחוֹת אֶצְלוֹ בְּשָׁעָה זוֹ:
Dans le cas où il est venu au crépuscule : car toute la journée est apte à la mila ; et on lui a dit : tu n'auras pas le temps d'achever pendant le jour selon la règle, et tu feras une blessure le Chabbat sans mitsva, et tu seras passible de karet. Mais il n'y a pas de peine de mort, car on ne l'a pas averti pour la mort et il n'a pas accepté l'avertissement (hatraa). Il y a en revanche karet, car il n'a pas commencé avec permission, et le Chabbat n'a pas été repoussé pour lui à ce moment-là.
🗂️ Tossefot (1)
גָּדוֹל בְּהֶדְיָא כְּתִיב בֵּיהּ אע"ג דִּבְכַמָּה דֻּוכְתִּין תַּנְיָא מַה שֶׁבְּהֶדְיָא בַּפָּסוּק אִיבְּעִי לְמִתְנֵי גָּדוֹל שֶׁלֹּא מָל עָנוּשׁ כָּרֵת:
Pour l'adulte, c'est écrit explicitement : bien qu'en plusieurs endroits une baraita enseigne ce qui est explicite dans le verset, [ici il n'y aurait pas eu lieu] d'enseigner "un adulte qui ne s'est pas circoncis est passible de karet".
💡 Explication

Rav Achi revient au mohel, mais dans un cas précis : il commence juste avant la sortie du Chabbat, on le prévient qu'il n'aura pas le temps, il passe outre. Sa mila n'est plus faite avec permission, puisque le Chabbat n'a pas été repoussé pour une mila qu'on sait ne pas pouvoir achever. Reste une blessure faite le Chabbat, passible de karet.

Rachi précise : pas de mita (peine de mort du tribunal), faute de hatraa formelle pour la peine de mort ; seul le karet s'applique.

14
מוֹצְצִין וְכוּ׳. אָמַר רַב פָּפָּא: הַאי אֻומָּנָא דְּלָא מָייֵץ — סַכָּנָה הוּא וּמְעַבְּרִינַן לֵיהּ.

"On suce, etc." Rav Pappa a dit : un mohel qui ne suce pas, c'est un danger, et nous le destituons.

💡 Explication

La michna permet la metsitsa (succion du sang) le Chabbat. Rav Pappa en fait une obligation de sécurité : le mohel qui la néglige met l'enfant en danger et doit être écarté de sa fonction.

15
פְּשִׁיטָא, מִדְּקָא מְחַלְּלִי עֲלֵיהּ שַׁבְּתָא סַכָּנָה הוּא! מַהוּ דְּתֵימָא הַאי דָּם מִיפְקָד פְּקִיד, קָא מַשְׁמַע לַן חַבּוֹרֵי מִיחַבַּר.

C'est évident : puisqu'on profane pour cela le Chabbat, c'est [une question de] danger ! Tu aurais pu dire que ce sang est déposé (mifkad pakid) [à sa place] ; [la michna] nous apprend qu'il est attaché (hibburei mihbar).

📜 Rachi (2)
מַהוּ דְתֵימָא מַתְנִיתִין לָא אַשְׁמְעִינַן דִּמְחַלֵּל שַׁבְּתָא עֲלָהּ דְּדָם מִיפְקָד פָּקִיד מֻופְקָד וְעוֹמֵד שָׁם כְּנָתוּן בִּכְלִי וּבִמְצִיצָה אֵין חַבּוּרָה וְאֵין כָּאן אִיסּוּר תּוֹרָה וּמִשּׁוּם הָכִי שָׁרִי וְלָאו מִשּׁוּם סַכָּנָה וְאֻומָּנָא דְּלָא מָייֵץ בְּחוֹל לָאו סַכַּנְתָּא הִיא וְלָא לִיעַבְּרֵיהּ:
Tu aurais pu dire : notre michna ne nous a pas appris qu'on profane le Chabbat pour cela, car le sang est déposé : il est déposé et se trouve là comme [un liquide] placé dans un récipient, et dans la succion il n'y a pas de blessure (havoura), il n'y a pas ici d'interdit de la Torah ; c'est pour cela que c'est permis, et non à cause du danger. Et un mohel qui ne suce pas en semaine, ce ne serait pas un danger, et on ne devrait pas le destituer.
קָא מַשְׁמָע לַן דְּדָם חִיבּוּרֵי מִיחַבַּר כְּשֶׁיּוֹצֵא ע"י מְצִיצָה וַאֲפִילּוּ הָכֵי שָׁרֵי מִשּׁוּם סַכָּנָה מִדְּקָתָנֵי בְּמָתְנֵי' גַּבֵּי אִיסְפְּלָנִית וְכַמּוֹן:
[La michna] nous apprend que le sang est attaché : lorsqu'il sort par la succion ; et malgré cela c'est permis à cause du danger, puisque la michna l'enseigne avec le pansement et le cumin.
💡 Explication

Deux explications possibles de la permission de la metsitsa le Chabbat : ou bien le sang est mifkad pakid (déjà séparé, comme dans un récipient) et la succion n'est pas une melakha ; ou bien il est hibburei mihbar (encore lié au corps), la succion est une havoura interdite par la Torah, et seule la notion de danger (sakana) la permet. Rav Pappa enseigne la seconde : d'où la destitution du mohel même en semaine.

16
וְדֻומְיָא דְּאִיסְפְּלָנִית וְכַמּוֹן: מָה אִיסְפְּלָנִית וְכַמּוֹן כִּי לָא עָבֵיד סַכָּנָה הוּא, אַף הָכָא נָמֵי, כִּי לָא עָבֵיד סַכָּנָה הוּא.

Et [cela est] semblable au pansement (ispelanit) et au cumin : de même que pour le pansement et le cumin, s'il ne les fait pas, c'est un danger, de même ici aussi, s'il ne le fait pas, c'est un danger.

💡 Explication

Preuve par le contexte : la michna mentionne la metsitsa avec le pansement et le cumin, dont l'absence est dangereuse. La metsitsa est donc de la même catégorie.

17
וְנוֹתְנִין עָלֶיהָ אִיסְפְּלָנִית. אָמַר אַבַּיֵּי, אָמְרָה לִי אֵם: אִיסְפְּלָנִיתָא דְּכוּלְּהוֹן כִּיבֵי — שָׁב מָאנֵי תַּרְבָּא, וַחֲדָא קִירָא. רָבָא אָמַר: קִירָא וּקְלָבָא.

"Et on met dessus un pansement." Abaye a dit : ma nourrice m'a dit : un pansement pour toutes les plaies : sept parts de graisse et une de cire. Rava a dit : de la cire et de la résine (kalba).

📜 Rachi (3)
שָׁב מִינַּאי תַּרְבָּא ז' מָנוֹת שֶׁל חָלָב:
Sept parts de graisse : sept portions de graisse (helev).
וַחֲדָא דְּקִירָא שַׁעֲוָה:
Et une de cire : de la cire d'abeille.
קִירָא וּקְלָבָא רישׁינא הוּא זֶפֶת שֶׁל עֵץ שֶׁמּוֹצִיאִים מִמֶּנּוּ שֶׁלֹּא ע"י הָאוּר וְהִיא לְבָנָה:
Cire et kalba (résine) : c'est une poix d'arbre que l'on extrait sans feu, et elle est blanche.
💡 Explication

Composition de l'ispelanit (emplâtre). Abaye rapporte la recette de sa nourrice : sept parts de graisse pour une de cire. Rava propose cire et résine d'arbre.

18
דְּרָשָׁה רָבָא בְּמָחוֹזָא, קַרְעִינְהוּ בְּנֵי מִנְיוֹמֵי אָסְיָא לְמָנַייְהוּ. אֲמַר לְהוּ: שֶׁבָּקִי לְכוּ חֲדָא. דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: הַאי מַאן דְּמָשֵׁי אַפֵּיהּ וְלָא מִנַּגֵּיב טוּבָא — נִקְטְרוּ לֵיהּ

Rava l'a enseigné à Mehoza ; les fils de Manyomi le médecin ont déchiré leurs vêtements. Il leur a dit : je vous en ai laissé une.

Car Chmouel a dit : celui qui se lave le visage et ne l'essuie pas bien, [il lui vient] des croûtes

📜 Rachi (2)
קַרְעִינְהוּ לְמָנַיְיהוּ שֶׁהִפְסִיד לָהֶם לְגַלּוֹת רְפוּאָה זוֹ:
Ils ont déchiré leurs vêtements : car il leur avait fait perdre [un revenu] en divulguant ce remède.
שֶׁבָּקִי לְכוּ חֲדָא שֶׁלֹּא גִּילִּיתִי:
Je vous en ai laissé une : que je n'ai pas divulguée.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁבָּקִי לְכוּ חֲדָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וְכִי אוֹתָם הָרוֹפְאִים לֹא הָיוּ יוֹדְעִים כִּי אִם שְׁנֵי דְּבָרִים אֵלּוּ בִּמְלֶאכֶת הָרְפוּאָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁבָּקִי חֲדָא מִן הַשְׁתַּיִם שֶׁהָיִיתִי יוֹדֵעַ, שֶׁיֵּשׁ לִי עוֹד אַחַת וְלֹא גְּלִיתִיהָ. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי הֵם הָיוּ מִצְטַעֲרִים עַל אוֹתוֹ דָּבָר יוֹתֵר, מִפְּנֵי שֶׁהוּא מָצוּי הַרְבֵּה וּצְרִיכִין לוֹ כַּמָּה וְכַמָּה בְּכָל יוֹם וּדְמֵי רְפוּאָתוֹ בְּזוֹל וּבָזֶה הָיָה לָהֶם הַרְוָוחָה גְּדוֹלָה, וְכֵיוָן שֶׁגִּילָּה הִפְסִידוּ ו וְאָמַר לְהוּ שָׁבְקִי חֲדָא שֶׁהִיא גַּם כֵּן מְצוּיָה וּשְׁכִיחָה הַרְבֵּה וּרְפוּאָתָהּ בְּזוֹל, וְזֶהוּ שֶׁבָּקִי חֲדָא שֶׁהִיא מִדְּבָרִים הַמְּצוּיִים וְיֵשׁ מִמֶּנָּה הַרְוָוחָה גְּדוֹלָה. וְהָא דְּגִילָּה אַחַת וְכִיסָּה אַחַת, הוּא גִּילָּה שֶׁלֹּא בְּמִתְכַּוֵּין אֶת הָרִאשֹׁנָה שֶׁבָּא לְיָדוֹ בִּדְרָשָׁה דֶּרֶךְ אַגַּב, וְכֵיוָן שֶׁרָאָה שֶׁנִּצְטַעֲרוּ עַל כָּךְ הַרְבֵּה נָתַן לָהֶם דִּיבּוּר שֶׁלֹּא הָאַחֶרֶת אַף עַל פִּי שֶׁיִּמָּצֵא לָהּ מָקוֹם בַּדְּרָשָׁה.
Je vous en ai laissé une. On peut objecter : ces médecins ne connaissaient-ils donc que ces deux choses dans l'art de la médecine ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il veut dire : je vous ai laissé une des deux que je connaissais ; j'en ai encore une autre et je ne l'ai pas divulguée. Ou encore, il me semble qu'ils se désolaient davantage pour ce remède-là, parce qu'il est très courant, qu'on en a besoin de nombreuses fois chaque jour et que son coût est modique ; ils en tiraient un grand profit, et puisqu'il l'a divulgué, ils ont perdu. Il leur a dit : je vous en ai laissé une, qui est elle aussi très fréquente et courante et dont le remède est bon marché ; c'est cela "je vous en ai laissé une" : une des choses courantes, dont on tire un grand profit. Et s'il a divulgué l'une et caché l'autre, c'est qu'il a divulgué la première sans intention, parce qu'elle s'est présentée à lui dans son enseignement de façon incidente ; et quand il a vu qu'ils s'en affligeaient beaucoup, il leur a donné sa parole de ne pas [divulguer] l'autre, même s'il trouvait l'occasion [d'en parler] dans son enseignement.
💡 Explication

Rava a divulgué publiquement la recette du pansement, ce qui privait les médecins de Mehoza d'un revenu. Il les rassure : il a gardé pour lui un autre remède, celui de Chmouel pour les croûtes du visage. La phrase se poursuit sur 134a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).