Sougya : Le daf poursuit la michna sur les soins de la mila. Une baraita enseigne que certains préparatifs interdits le Chabbat (broyer le cumin, battre le vin et l'huile) sont permis à Yom tov.
Abaye interroge Rav Yosef sur une série de cas à Yom tov : la moutarde filtrée ou adoucie avec une braise, la viande grillée, le fromage caillé ; Rav Yosef répond par la ressemblance avec le tri et par le critère de ce qui pouvait se faire la veille. La Guemara rapporte ensuite les conseils de la nourrice d'Abaye sur le pansement de la mila et les soins du nouveau-né, et deux récits de R.
Natan sur des enfants dont on a retardé la mila.
... des plaies (hasfanita). Quel est son remède ?
Qu'il se lave abondamment dans de l'eau de bettes.
Fin d'un enseignement d'Abaye commencé au daf précédent. Hasfanita est, selon Rachi, une éruption de la peau, celle que le Targoum emploie pour traduire le hères de Devarim 28.
[Michna :] S'il n'a pas broyé [le cumin] la veille de Chabbat... Nos Maîtres ont enseigné : les choses qu'on ne fait pas pour la mila le Chabbat, on les fait pour elle le Yom tov : on broie pour elle du cumin, et on bat pour elle du vin et de l'huile.
La michna disait que le Chabbat, s'il n'a pas broyé le cumin la veille, il le mâche avec ses dents. La baraita ajoute qu'à Yom tov ces préparatifs sont permis de la manière habituelle. La Guemara va chercher la raison.
Abaye dit à Rav Yosef : en quoi le cumin est-il différent à Yom tov ? Parce qu'il est utilisable pour la marmite.
[Mais] le vin et l'huile sont eux aussi utilisables le Chabbat pour un malade, comme il est enseigné : on ne bat pas de vin et d'huile pour un malade le Chabbat ; R. Chimon ben Elazar a dit au nom de R.
Meir : on bat même du vin et de l'huile.
À Yom tov, la préparation de nourriture (okhel nefech) est permise. Le cumin broyé sert aussi en cuisine, d'où la permission. Abaye objecte : le mélange vin-huile sert aussi à un malade, et selon R. Meir il est permis le Chabbat. Pourquoi alors la baraita le range-t-elle parmi ce qui est interdit le Chabbat ?
R. Chimon ben Elazar a dit : une fois, R.
Meir souffrit des intestins, et nous avons voulu battre pour lui du vin et de l'huile, et il ne nous a pas laissés. Nous lui avons dit : tes paroles seront-elles annulées de ton vivant ?!
Il nous a dit : bien que moi je dise ainsi et que mes collègues disent ainsi, de mes jours mon cœur ne m'a pas porté à transgresser les paroles de mes collègues. C'est donc lui qui était rigoureux envers lui-même ; mais pour tout le monde, c'est permis !
R. Meir permet, mais s'est montré personnellement rigoureux pour ne pas agir contre l'avis de ses collègues. La Guemara en déduit que selon lui la permission vaut pour tous. Rachi précise la difficulté : une michna anonyme (stam michna) suit R. Meir, et pourtant notre michna exige de mettre le vin et l'huile séparément.
Là-bas (pour un malade), il n'est pas besoin de battre fortement (likha) ; ici (pour la mila), il faut battre fortement. - Ici aussi, qu'on le fasse sans battre fortement ! - C'est ce qu'enseigne [la michna] : il met celui-ci à part et celui-là à part.
Distinction entre deux degrés : tarof (mélanger) et likha (battre fortement, émulsionner). Pour un malade, le simple mélange suffit et il est permis ; pour la mila on voudrait un mélange battu, qui est interdit le Chabbat. La michna enseigne donc de mettre chaque ingrédient séparément, c'est-à-dire de mélanger sans battre.
Nos Maîtres ont enseigné : on ne filtre pas la moutarde dans son filtre, et on ne l'adoucit pas avec une braise. Abaye dit à Rav Yosef : en quoi est-ce différent de ce que nous avons appris : on met un œuf dans un filtre à moutarde ?
Nouvelle baraita, toujours sur Yom tov. La moutarde broyée contient du son ; la passer dans son filtre ressemble à borer (trier le bon du mauvais). L'adoucir en y éteignant une braise touche à l'interdit d'éteindre (mekhabe). Abaye oppose une michna qui permet de passer un œuf dans le filtre à moutarde.
Le Roch résume ici en un seul passage la halakha de la fin de 133b et de notre daf : retour sur les franges, mila inachevée, metsitsa, préparatifs à Yom tov, fourreau, et les récits de R. Natan.
Il lui dit : là-bas, cela ne ressemble pas à trier ; ici, cela ressemble à trier.
L'œuf passe en entier : rien ne reste dans le filtre. La moutarde laisse son son : l'acte a l'aspect du tri. Tossefot précise qu'il s'agit d'une apparence de tri, interdite par les Sages : le son est lui-même comestible, ce qui distingue ce cas du filtre à vin (137b), où un avis rend passible au titre de borer.
Et on ne l'adoucit pas avec une braise. - Mais n'est-il pas enseigné : on l'adoucit avec une braise ! - Ce n'est pas difficile : ici, avec une braise de métal ; là, avec une braise de bois.
Deux baraitot se contredisent ; on les concilie par le matériau. Selon Rachi, l'interdit d'éteindre (mekhabe) concerne le bois, qu'on transforme en charbon en l'éteignant. Un morceau de métal incandescent ne produit pas de charbon : on le permet.
Abaye dit à Rav Yosef : en quoi est-ce différent de la viande sur les braises ? Il lui dit : là-bas, ce n'est pas possible [autrement] ; ici, c'est possible.
La viande grillée sur des braises de bois les éteint en partie par son jus, et c'est permis à Yom tov. Rav Yosef pose un critère : ce qui ne pouvait pas être fait la veille sans perte est permis ; ce qui pouvait l'être reste interdit.
Abaye dit à Rav Yosef : qu'en est-il de faire cailler [du fromage, à Yom tov] ? Il lui dit : c'est interdit. - En quoi est-ce différent du pétrissage ? - Il lui dit : là-bas, ce n'est pas possible ; ici, c'est possible.
Même critère appliqué au fromage : le pain doit être frais, on permet donc de pétrir le jour même. Le fromage peut être fait la veille : on l'interdit.
- Mais les [Sages] de Néharde'a n'ont-ils pas dit : le fromage d'un jour est excellent ! - Voici ce qu'ils disent : même le fromage d'un jour est excellent.
L'objection suppose que le fromage frais du jour est le meilleur, donc impossible à préparer la veille. Réponse : les Sages de Néharde'a disaient seulement qu'il est déjà bon au bout d'un jour ; plus âgé, il est meilleur encore.
[Michna :] On ne lui fait pas de fourreau (halouk), etc. Abaye a dit : ma mère m'a dit : ce fourreau de l'enfant, qu'on retourne son bord vers le haut, de peur qu'un fil ne s'en colle et qu'on n'en arrive à [un enfant] kerout chofkha (au canal sectionné).
La mère d'Abaye faisait une poche (kista) jusqu'à la moitié. Abaye a dit : un enfant qui n'a pas de fourreau, qu'on apporte un vieux chiffon qui a un ourlet ; qu'on enroule l'ourlet vers le bas et qu'on replie [le reste] vers le haut.
Le halouk est un petit fourreau de tissu enfilé sur le membre après la mila pour que la peau ne revienne pas le couvrir. Le danger vient des fils du bord coupé : collés à la plaie, ils l'arracheraient au moment d'enlever le fourreau, et l'enfant deviendrait kerout chofkha. Chaque conseil vise à éloigner le bord effiloché de la plaie.
La mère d'Abaye désigne, selon Rachi, sa nourrice : Abaye était orphelin.
Abaye a dit encore : ma mère m'a dit : un enfant dont on ne distingue pas l'orifice de sortie, qu'on l'enduise d'huile et qu'on le place face au jour ; et là où c'est transparent, qu'on le déchire avec un grain d'orge, en long et en large ; mais avec un instrument de métal, non, parce que cela fait enfler. Abaye a dit encore : ma mère m'a dit : un enfant qui ne tête pas, c'est que sa bouche est froide.
Quel est son remède ? Qu'on apporte une coupe de braises et qu'on la tienne près de sa bouche : sa bouche se réchauffe et il tête.
Abaye a dit encore : ma mère m'a dit : un enfant qui ne respire pas, qu'on l'évente avec un tamis, et il respire.
Série de conseils médicaux transmis par la nourrice d'Abaye. Le grain d'orge est préféré au métal, qui provoque une inflammation. Rachi comprend lo menachtim comme une absence de respiration perceptible (pas de battement du cœur).
Le Ben Yehoyada lit le conseil sur l'enfant qui ne tête pas comme une allusion à l'élève dont l'étude ne se maintient pas : il lui faut entendre de son maître des paroles qui l'éveillent.
Abaye a dit encore : ma mère m'a dit : un enfant qui respire mal, qu'on apporte le placenta de sa mère et qu'on le frotte sur lui, et il respire. Abaye a dit encore : ma mère m'a dit : un enfant qui est trop menu, qu'on apporte le placenta de sa mère et qu'on le frotte sur lui, de l'extrémité étroite vers l'extrémité large ; et s'il est gros, de la large vers l'étroite.
Abaye a dit encore : ma mère m'a dit : un enfant qui est rouge, dont le sang n'est pas encore absorbé en lui, qu'on attende jusqu'à ce que son sang soit absorbé en lui, et qu'on le circoncise. [Un enfant] vert (pâle), dont le sang n'est pas encore venu en lui, qu'on attende jusqu'à ce que son sang vienne en lui, et qu'on le circoncise.
Le placenta (silta / chilya) sert de remède par frottement, dans un sens ou dans l'autre selon que l'enfant est trop menu ou enflé. Puis deux cas où l'on retarde la mila : l'enfant rouge, dont le sang est encore sous la peau et s'écoulerait en entier à la coupe, et l'enfant pâle, trop faible. Les récits de R. Natan qui suivent en sont la source.
Le Ben Yehoyada relie la forme du placenta (un côté large, un côté étroit) aux lettres yod et hé, parts du père et de la mère.
Comme il est enseigné : R. Natan a dit : une fois je suis allé dans les villes côtières, et une femme est venue devant moi, qui avait circoncis son premier fils et il était mort, le deuxième et il était mort ; le troisième, elle me l'a amené.
J'ai vu qu'il était rouge. Je lui ai dit : attends-le jusqu'à ce que son sang soit absorbé en lui.
Elle l'a attendu jusqu'à ce que son sang soit absorbé en lui, l'a circoncis, et il a vécu ; et on l'appelait Natan le Babylonien, d'après mon nom.
Premier récit de R. Natan, originaire de Babylone : l'enfant rouge. Après deux décès, il fait attendre ; l'enfant survit et reçoit son nom.
Une autre fois je suis allé dans la province de Cappadoce, et une femme est venue devant moi, qui avait circoncis son premier fils et il était mort, le deuxième et il était mort ; le troisième, elle me l'a amené. J'ai vu qu'il était vert (pâle).
Je l'ai examiné et n'ai pas vu en lui de sang de l'alliance (dam brit). Je lui ai dit : attends-le jusqu'à ce que son sang vienne en lui.
Elle l'a attendu, l'a circoncis, et il a vécu ; et on l'appelait Natan le Babylonien, d'après mon nom.
Second récit : l'enfant pâle. Rachi relève deux raisons d'attendre : la mila doit faire couler le dam brit (sang de l'alliance), ce qui est impossible ici ; et l'enfant, affaibli, est en danger.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).