Sougya : Le daf poursuit la baraita qui déduit du mot 'orlato' (son prépuce) que seule une mila certaine repousse le Chabbat : on exclut le cas douteux, l'androgyne (sauf pour R. Yehouda), l'enfant né bein hachmachot et l'enfant né circoncis.
Trois tanaim rapportent différemment la discussion de Beit Chamai et Beit Hillel : sur le né circoncis (tana kama), sur le converti déjà circoncis (R. Chimon ben Elazar) ou sur la profanation du Chabbat (R.
Eliezer Hakappar). Rav et Chmouel tranchent différemment ; Rabba et Rav Yossef discutent si l'orla kvoucha (prépuce caché) est un doute ou une certitude.
Le daf traite aussi du ben 8 (né à huit mois) et ouvre la règle de R. Assi liant la mila au 8e jour à l'impureté de la mère.
... et une (orla) douteuse ne repousse pas le Chabbat. 'Son prépuce' (orlato) : une orla certaine repousse le Chabbat, et l'androgyne ne repousse pas le Chabbat.
La baraita lit le mot orlato (son prépuce) comme une restriction : seule une orla certaine permet de repousser le Chabbat. Les cas douteux sont circoncis après le Chabbat.
L'androgyne présente des caractères des deux sexes : son statut de mâle est douteux. Tossefot demande pourquoi un verset est nécessaire pour exclure un doute, et répond que le verset vise surtout l'androgyne ou le né circoncis.
R. Yehouda dit : l'androgyne repousse le Chabbat, et (s'il n'est pas circoncis) il est passible de karet. 'Son prépuce' : une orla certaine repousse le Chabbat, et celui qui est né bein hachmachot (au crépuscule) ne repousse pas le Chabbat. 'Son prépuce' : une orla certaine repousse le Chabbat, et celui qui est né circoncis ne repousse pas le Chabbat.
Car Beit Chamai disent : il faut faire couler de lui le sang de l'alliance (dam brit), et Beit Hillel disent : ce n'est pas nécessaire.
Pour R. Yehouda, l'androgyne est un mâle certain pour la mila : sa mila repousse le Chabbat et il est passible de karet.
Le nolad mahoul (né sans prépuce visible) : selon cette version, Beit Chamai exigent une hatafat dam brit, une petite incision qui fait couler une goutte de sang de l'alliance ; Beit Hillel ne l'exigent pas. Rachi précise que même Beit Chamai ne la font pas le Chabbat.
R. Chimon ben Elazar a dit : Beit Chamai et Beit Hillel ne sont pas en désaccord au sujet de celui qui est né circoncis : il faut faire couler de lui le sang de l'alliance, car c'est une orla kvoucha (prépuce caché).
Sur quoi sont-ils en désaccord ? Sur le converti (guer) qui s'est converti alors qu'il était déjà circoncis : Beit Chamai disent : il faut faire couler de lui le sang de l'alliance, et Beit Hillel disent : il n'est pas nécessaire de faire couler de lui le sang de l'alliance.
Pour R. Chimon ben Elazar, le né circoncis est un cas de orla kvoucha : le prépuce existe, collé à la chair. Tous exigent donc la hatafa. La discussion porte sur le guer déjà circoncis avant sa conversion.
Tossefot relève une difficulté : la baraita suggère que le né circoncis a plus besoin de hatafa que le converti, alors que le Baal Halakhot Guedolot tranche l'inverse (petit : non ; converti : oui). Le Ri et le Rachba justifient cette décision.
Le maître a dit : 'Et une (orla) douteuse ne repousse pas le Chabbat.' Que vient-on inclure ? On vient inclure ce que les Sages ont enseigné : pour un enfant né à sept mois (ben chiva), on profane le Chabbat ; pour un enfant né à huit mois (ben chmona), on ne profane pas le Chabbat ; pour celui dont on doute s'il est né à sept ou à huit mois, on ne profane pas le Chabbat.
La Guemara demande ce qu'ajoute le premier cas de safek (doute), puisque les autres doutes sont énumérés. Réponse : l'enfant dont on ignore s'il est né à sept ou à huit mois.
Selon la conception talmudique, le ben 7 est viable, le ben 8 ne l'est pas : sa mila n'est pas une mitsva et ne repousse pas le Chabbat. Le Roch rassemble ici toute la sougya, cite le Ri, R. Chimchon, le Rif et Rav Haï Gaon, et conclut que l'usage est de pratiquer la hatafa pour le né circoncis comme pour le converti, en semaine.
Le ben 8 est comme une pierre, et il est interdit de le déplacer. Mais sa mère se penche sur lui et l'allaite, à cause du danger.
Le ben 8, réputé non viable, a le statut de mouktse (objet qu'on ne déplace pas le Chabbat), comme une pierre. L'allaitement reste permis : la mère se penche sans le soulever, pour éviter la douleur ou la maladie causée par l'excès de lait.
Tossefot note qu'en pratique on ne sait plus déterminer la durée de grossesse ; tout nourrisson est donc traité comme viable.
Il a été dit : Rav dit : la halakha est comme le tana kama ; et Chmouel dit : la halakha est comme R. Chimon ben Elazar.
Rav : pour le né circoncis, pas de hatafa (version du tana kama, selon Beit Hillel). Chmouel : tous exigent la hatafa (version de R. Chimon ben Elazar).
À Rav Ada bar Ahava naquit un enfant circoncis. Il le fit passer par treize circonciseurs (mohalim), jusqu'à ce qu'il le rende kerout chofkha (au canal urinaire sectionné).
Il dit : 'Que cela me vienne, car j'ai transgressé l'avis de Rav.'
Récit : l'enfant de Rav Ada bar Ahava naquit circoncis. Les circonciseurs refusèrent d'agir le Chabbat ; il le fit lui-même et blessa l'enfant. Il reconnut sa faute : il avait agi contre l'avis de Rav, selon lequel aucune hatafa n'est requise.
Rav Nahman lui dit : et l'avis de Chmouel, ne l'a-t-il pas transgressé ? Dis que Chmouel l'a dit en semaine ; le Chabbat, l'a-t-il dit ?
(La Guemara explique :) Lui pensait qu'il s'agit certainement d'une orla kvoucha. Car il a été dit : Rabba dit : nous craignons que ce soit une orla kvoucha.
Rav Yossef dit : c'est certainement une orla kvoucha.
Rav Nahman objecte : même selon Chmouel, on ne fait pas la hatafa le Chabbat. La Guemara répond que Rav Ada suivait l'avis que l'orla kvoucha est une certitude.
Rabba : l'orla kvoucha est un doute (hatafa en semaine seulement). Rav Yossef : c'est une certitude (hatafa même le Chabbat).
Rav Yossef dit : d'où je le dis ? Car il est enseigné : R.
Eliezer Hakappar dit : Beit Chamai et Beit Hillel ne sont pas en désaccord au sujet de celui qui est né circoncis, qu'il faut faire couler de lui le sang de l'alliance. Sur quoi sont-ils en désaccord ?
Sur la profanation du Chabbat pour lui : Beit Chamai disent : on profane pour lui le Chabbat ; et Beit Hillel disent : on ne profane pas pour lui le Chabbat. N'en ressort-il pas que le tana kama pense qu'on profane pour lui le Chabbat ?
Rav Yossef tire sa preuve de R. Eliezer Hakappar, qui situe la discussion sur le Chabbat. Selon Rav Yossef, le tana kama que R. Eliezer contredit pensait que tous permettent de profaner le Chabbat : l'orla kvoucha serait donc une certitude.
Et peut-être le tana kama dit-il : selon tous on ne profane pas ! S'il en est ainsi, R.
Eliezer Hakappar viendrait-il nous enseigner la raison de Beit Chamai ? Peut-être dit-il ceci : Beit Chamai et Beit Hillel ne sont pas en désaccord sur cette chose.
La Guemara réfute la preuve. Peut-être le tana kama pense-t-il que tous interdisent le Chabbat. Objection : R. Eliezer n'aurait alors rien apporté sinon l'avis de Beit Chamai, sans valeur halakhique face à Beit Hillel. Réponse : son apport concerne la semaine, où Beit Hillel aussi exigent la hatafa.
R. Assi a dit : tout enfant dont la mère est impure de naissance (toumat leida) est circoncis au huitième jour ; et tout enfant dont la mère n'est pas impure de naissance n'est pas circoncis au huitième jour, comme il est dit : 'Une femme, si elle conçoit et enfante un mâle, sera impure... et au huitième jour on circoncira la chair de son prépuce' (Vayikra 12, 2-3).
R. Assi lie deux lois du même passage (Vayikra 12) : l'impureté de la mère après l'accouchement et la mila au huitième jour. Sans toumat leida, la mila n'est pas fixée au huitième jour ; Rachi précise qu'elle se fait aussitôt.
Abaye lui dit : les premières générations le prouvent : la mère n'était pas impure de naissance, et (l'enfant) était circoncis au huitième jour !
Abaye objecte : depuis Avraham, la mila se faisait au huitième jour, alors que les lois d'impureté n'ont été données qu'au Sinaï.
Il lui dit : la Torah a été donnée,
Début de la réponse de R. Assi, qui se poursuit en 135b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).