Sougya : Le daf achève le chapitre Rabbi Eliezer demila : la peria est indispensable, Rav précise le seuil des tsitsin (la majeure partie de la hauteur de l'atara), et Chmouel et la baraita de Rabban Chimon ben Gamliel divergent sur l'enfant charnu. La baraita fixe ensuite les berakhot du mohel, du père, des présents et du mevarekh, pour un enfant, un converti et un esclave.
Le chapitre Tolin s'ouvre sur la mechameret (filtre à vin) : Rabbi Eliezer permet de la tendre yom tov, les Hakhamim l'interdisent. La Guemara concilie cette position avec l'interdit de l'ohel arai (tente provisoire) et discute si celui qui l'a tendue doit une hatat.
S'il a circoncis sans faire la peria (découvrir la membrane), c'est comme s'il n'avait pas circoncis.
La mila comporte deux actes : la mila (couper l'orla, le prépuce) et la peria (déchirer et replier la fine membrane qui reste en dessous). Sans peria, la mila ne compte pas. Tossefot s'étonne de la redondance avec la règle des tsitsin énoncée juste avant.
Guemara. Rabbi Avina a dit au nom de Rabbi Yirmeya bar Abba, au nom de Rav : (il s'agit de) la chair qui recouvre la majeure partie de la hauteur de l'atara.
Rav étend le seuil de la michna : il suffit que la chair recouvre la majeure partie de la hauteur de l'atara en un point, même si elle n'en couvre pas la majeure partie de la circonférence.
"Et s'il était charnu, etc." Chmouel a dit : un enfant encombré de chair, on l'examine ; tant que, lorsqu'il est en érection, il paraît circoncis, il n'est pas nécessaire de le circoncire (à nouveau) ; sinon, il faut le circoncire.
Il est enseigné dans une baraita : Rabban Chimon ben Gamliel dit : un enfant encombré de chair, on l'examine ; tant que, lorsqu'il est en érection, il ne paraît pas circoncis, il faut le circoncire ; sinon, il n'est pas nécessaire de le circoncire.
Quelle différence entre eux ? Il y a entre eux (le cas où) il paraît et ne paraît pas (circoncis).
Les deux formulations s'accordent sur les cas nets. La nafka mina est le cas intermédiaire (nireh ve-eino nireh) : Chmouel exige un aspect pleinement circoncis, la baraita ne fait refaire que si l'enfant paraît incirconcis.
"S'il a circoncis sans faire la peria." Nos maîtres ont enseigné : celui qui circoncit dit : "...qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné la mila". Le père de l'enfant dit : "...qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de le faire entrer dans l'alliance d'Avraham notre père".
Les présents disent : "De même qu'il est entré dans l'alliance, ainsi entrera-t-il dans la Tora, la houppa et les bonnes actions".
La baraita répartit les berakhot : le mohel dit al ha-mila, le père dit lehakhniso bivrito chel Avraham avinou, et l'assemblée répond par un souhait. Tossefot et le Roch discutent l'ordre : Rachbam fait bénir le père avant la mila (règle de over la'assiyatan, bénir avant l'acte) ; Rabbenou Tam garde l'ordre des livres, mohel puis père, car le souhait des présents suppose l'entrée déjà faite.
La troisième glose du Roch reproduit un passage de Chabbat 25b (allumage des lumières) ; elle est rattachée ici par la référence finale à notre daf.
Et le mevarekh (celui qui dit la berakha supplémentaire) dit : "Qui a sanctifié le bien-aimé dès le sein maternel, a placé une loi dans sa chair, et a scellé ses descendants du signe de l'alliance sainte. C'est pourquoi, en récompense de cela, D.ieu vivant, notre part, [notre Rocher,] a ordonné de sauver les bien-aimés de notre chair de la destruction, à cause de Son alliance qu'Il a placée dans notre chair.
Béni sois-Tu Hachem, qui conclut l'alliance."
Le texte de la berakha du mevarekh fait allusion aux Patriarches. Pour Rachi, le yedid est Yitshak, premier circoncis au 8e jour et désigné pour l'alliance avant sa naissance. Pour Rabbenou Tam, c'est Avraham, et les trois membres de phrase correspondent à Avraham, Yitshak et Yaakov.
Celui qui circoncit des convertis dit : "Béni sois-Tu Hachem, notre D.ieu, Roi du monde, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné la mila" ; et le mevarekh dit : "...qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de circoncire les convertis et de faire couler d'eux le sang de l'alliance, car sans le sang de l'alliance le ciel et la terre ne subsisteraient pas, comme il est dit : 'Si Mon alliance n'était pas jour et nuit, Je n'aurais pas établi les lois du ciel et de la terre'. Béni sois-Tu Hachem, qui conclut l'alliance."
Pour un guer, il n'y a pas de père pour dire lehakhniso : la berakha du mevarekh le remplace, avec le thème de la hatafat dam brit (faire couler le sang de l'alliance), qui s'applique même à celui déjà circoncis avant sa conversion.
Celui qui circoncit des esclaves dit : "...qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné la mila" ; et le mevarekh dit : "...qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de circoncire les esclaves et de faire couler d'eux le sang de l'alliance, car sans le sang de l'alliance les lois du ciel et de la terre ne subsisteraient pas, comme il est dit : 'Si Mon alliance n'était pas jour et nuit, Je n'aurais pas établi les lois du ciel et de la terre'. Béni sois-Tu Hachem, qui conclut l'alliance."
L'esclave cananéen acheté par un Juif entre partiellement dans l'alliance : il est circoncis et immergé, et la berakha suit le modèle de celle des convertis. Le Roch ajoute les règles de la tevila du guer et tranche, comme Rabbi Yo'hanan, qu'une femme peut circoncire faute d'homme compétent.
Nous reviendrons à toi, Rabbi Eliezer demila.
MICHNA. Rabbi Eliezer dit : on tend la mechameret (filtre à vin) yom tov, et on verse dans une mechameret déjà tendue le Chabbat.
Les Hakhamim disent : on ne tend pas la mechameret yom tov, et on ne verse pas dans une mechameret tendue le Chabbat ; mais on verse dans une mechameret tendue yom tov.
Deux questions distinctes : tendre le filtre (problème d'ohel, construction d'une tente) et filtrer (problème de borer, trier). Rabbi Eliezer permet de tendre yom tov ; les Hakhamim l'interdisent. Tossefot explique pourquoi on peut filtrer yom tov même ce qu'on aurait pu filtrer la veille : le vin filtré d'avance perdrait de sa qualité.
Guemara. Or, Rabbi Eliezer, qui pense qu'on n'ajoute même pas à un ohel arai (tente provisoire), permettrait de le faire d'emblée ?!
De quoi s'agit-il ? Nous avons appris : le volet de la fenêtre (pekak ha-halon) : Rabbi Eliezer dit : lorsqu'il est attaché et suspendu, on peut obturer avec ; sinon, on n'obture pas avec.
Les Hakhamim disent : dans un cas comme dans l'autre, on obture avec.
Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tous s'accordent qu'on ne fait pas un ohel arai d'emblée yom tov, et à plus forte raison le Chabbat. Ils ne divergent que sur l'ajout : Rabbi Eliezer dit qu'on n'ajoute pas yom tov, et à plus forte raison le Chabbat ; les Hakhamim disent qu'on ajoute le Chabbat, et à plus forte raison yom tov.
Règle de base de Rabbi Yo'hanan : faire un ohel arai est interdit par tous, même yom tov ; la mahloket porte sur l'ajout à une tente existante. Rabbi Eliezer est donc le plus strict : il interdit même l'ajout, même yom tov. D'où la difficulté : comment permet-il de tendre la méchameret, ce qui revient à faire une tente ?
Rabbi Eliezer pense comme Rabbi Yehouda, comme il est enseigné : il n'y a de différence entre yom tov et le Chabbat que pour la nourriture (okhel nefech) seulement. Rabbi Yehouda permet même les préparatifs de la nourriture (makhchirei okhel nefech).
Tendre le filtre reste un acte interdit en soi ; mais yom tov, les travaux nécessaires à la nourriture sont permis, et selon Rabbi Yehouda aussi leurs makhchirin (préparatifs, comme réparer l'outil). La méchameret prépare le vin à boire.
Admettons que nous ayons entendu Rabbi Yehouda (permettre) des préparatifs qu'il est impossible de faire la veille de yom tov ; pour des préparatifs qu'il est possible de faire la veille de yom tov, l'as-tu entendu (les permettre) ?!
(La position) de Rabbi Eliezer va plus loin que celle de Rabbi Yehouda.
Réponse de la Guemara : Rabbi Eliezer est plus permissif que Rabbi Yehouda (adifa). Tossefot limite cette permission : pour un interdit de la Tora, Rabbi Eliezer interdirait aussi ce qui pouvait se faire la veille ; il permet ici parce que l'ohel arai n'est qu'un interdit derabbanan.
"Et les Hakhamim disent..." La question a été posée : s'il a tendu (la méchameret), qu'en est-il ? Rav Yosef a dit : s'il a tendu, il est passible d'une hatat.
Abaye lui a dit : mais alors, s'il a suspendu une cruche à une cheville, est-il aussi passible ?!
Rav Yosef assimile tendre la méchameret à la construction d'une tente, passible d'une hatat (sacrifice expiatoire pour un interdit de la Tora commis par erreur). Abaye réduit par l'absurde : pendre une cruche à une cheville serait alors aussi une construction. Il en conclut que l'interdit est derabbanan ; le Roch tranche ainsi.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).