Shabbat 138b — Kilat hatanim, chapeau de feutre et l'oubli annoncé de la Torah

Shabbat 138b

Sougya : Le daf achève la discussion sur la tente (ohel) le Chabbat : la kilat hatanim, sans toit, peut être tendue et retirée, à quatre conditions posées par Rav Chicha fils de Rav Idi. Il traite ensuite du chapeau de feutre (siana) : l'interdit tient à la crainte que le vent ne l'emporte.

Rami bar Ye'hezkel demande à Rav Houna trois enseignements de Rav : le goud tendu à deux, le fourneau dont un pied est tombé, et la prédiction que la Torah sera oubliée d'Israël. La Guemara cite alors la réunion des Sages à Yavne : on ne saura plus si un pain de terouma est richon ou cheni, à cause de la question de Rav Adda bar Ahava sur le four.

Rabbi Chimon bar Yohai conteste que la Torah puisse être oubliée.

Kilat hatanim : quand est-il permis de la déployer le Chabbat ? Chmouel au nom de R. Hiya : permis de déployer et de démonter 1. Le toit a-t-il un tefah de large ? Toit = ohel Oui : assour non 2. À moins de 3 tefahim sous le toit, s'élargit-elle jusqu'à un tefah ? Oui : assour non 3. L'inclinaison (chipoua) a-t-elle un tefah ? Chipouei ohalim ke-ohalim Oui : assour non 4. Descend-elle un tefah sous le lit ? Le lit devient toit Oui : assour non Toutes négatives : moutar
Les quatre conditions de Rav Chicha fils de Rav Idi : chacune, si elle est remplie, rend la kila interdite (segments 0-1).
Rami bar Ye'hezkel demande : deux enseignements sur Chabbat, un sur la Torah Rav Houna au nom de Rav Goud be-kisna Outre suspendue par ses courroies à 2 personnes : permis à 1 personne : interdit (il tend) Abaye : kila, même à 10 : interdit Kira (fourneau) Baraita : 1 pied tombé : permis 2 pieds : interdit Rav : même 1 pied interdit (gzera : de peur qu'il l'enfonce) Torah La Torah sera oubliée d'Israël ve-hifla (Devarim 28,59) = hafle va-fêle (Yechaya 29,14) suite : Yavne, R. Chimon b. Yohai
Les trois enseignements de Rav transmis par Rav Houna à Rami bar Yehezkel (segments 4-10).
Le cherets dans l'espace du four : pain richon ou cheni ? Michna : la chaîne normale Cherets = av ha-touma Four (tanour) = richon Pain = cheni Rav Adda bar Ahava (proposition) Le four est comme rempli d'impureté (kemaan de-mâle touma) Pain = richon Rava : baraita (Vayikra 11,33-34) les aliments s'impurifient dans l'air d'un keli hères, pas les kelim donc le four n'est pas 'rempli d'impureté' : pain = cheni Cette question, déjà tranchée, sera pourtant incertaine à la génération de l'oubli.
Pain dans un four où se trouve un cherets : richon ou cheni ? (segments 13-15).
1
כִּילַּת חֲתָנִים מֻותָּר לִנְטוֹתָהּ וּמֻותָּר לְפָורְקָהּ.

La kila des mariés (kilat hatanim) : il est permis de la déployer et permis de la démonter.

📜 Rachi (1)
כִּילַּת חֲתָנִים לָא דָּמְיָא לִשְׁאָר כִּילּוֹת שֶׁשְּׁאָר כִּילּוֹת פְּרוּסוֹת עַל גַּבֵּי קִינוֹף שֶׁהִיא לד' רְגָלִים וְיֵשׁ לָהּ גַּג דְּהָוֵי אֹהֶל וְשֶׁל חֲתָנִים עַל גַּבֵּי נַקְלִיטִין שֶׁאֵינָם אֶלָּא שְׁנַיִם בָּאֶמְצָעִית הַמִּטָּה וְקָנֶה נָתוּן עֲלֵיהֶם וְהַבֶּגֶד נָתוּן עָלָיו וְנוֹפֵל לְכָאן וּלְכָאן וְאֵין לָהּ גַּג טֶפַח הִלְכָּךְ לָאו אֹהֶל הוּא:
Kilat hatanim : elle ne ressemble pas aux autres kilot. Les autres kilot sont étendues sur un cadre (kinouf) à quatre pieds et ont un toit, ce qui en fait une tente. Celle des mariés est posée sur des montants (naklitin), qui ne sont que deux, au milieu du lit ; un bâton est posé sur eux et le tissu est posé sur le bâton et retombe de part et d'autre. Elle n'a pas de toit d'un tefah ; c'est pourquoi ce n'est pas une tente.
💡 Explication

Suite de l'enseignement de Chmouel au nom de Rabbi Hiya (fin de 138a). La kila ordinaire repose sur un cadre à quatre pieds et forme un toit plat : c'est un ohel. La kila des mariés tombe en pente depuis un bâton central : il n'y a pas de gag (toit), donc pas de tente.

2
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: לָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין בְּגַגָּהּ טֶפַח, אֲבָל יֵשׁ בְּגַגָּהּ טֶפַח — אֲסוּרָה. וְכִי אֵין בְּגַגָּהּ טֶפַח נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לְגַגָּהּ טֶפַח, אֲבָל יֵשׁ בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לְגַגָּהּ טֶפַח — אָסוּר. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין בְּשִׁיפּוּעָהּ טֶפַח, אֲבָל יֵשׁ בְּשִׁיפּוּעָהּ טֶפַח — שִׁפּוּעֵי אֹהָלִים כְּאֹהָלִים דָּמוּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא נָחֵית מִפֻּורְיָא טֶפַח, אֲבָל נָחֵית מִפֻּורְיָא טֶפַח — אָסוּר.

Rav Chicha fils de Rav Idi a dit : nous ne l'avons dit que lorsque son toit n'a pas un tefah ; mais si son toit a un tefah, elle est interdite. Et lorsque son toit n'a pas un tefah, nous ne l'avons dit aussi que lorsqu'il n'y a pas, à moins de trois (tefahim) près de son toit, (une largeur d')un tefah ; mais s'il y a, à moins de trois près de son toit, un tefah, c'est interdit.

Et nous ne l'avons dit que lorsque son inclinaison n'a pas un tefah ; mais si son inclinaison a un tefah, (c'est interdit, car) les inclinaisons des tentes sont considérées comme des tentes. Et nous ne l'avons dit que lorsqu'elle ne descend pas du lit d'un tefah ; mais si elle descend du lit d'un tefah, c'est interdit.

📜 Rachi (3)
בְּפָחוֹת מג' שֶׁהִיא הוֹלֶכֶת וּמִתְפַּשֶּׁטֶת לְמַטָּה:
À moins de trois : car elle va en s'élargissant vers le bas.
וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין בְּשִׁיפּוּעָהּ טֶפַח שֶׁאֵין כָּל צַד וְצַד נִפְשָׁט לְמַטָּה לְהִתְרַחֵק טֶפַח מִכְּנֶגֶד אֶמְצָעִיתוֹ דְּהַיְינוּ שֶׁאֵין בְּרָחְבּוֹ לְמַטָּה טִפְחַיִים וְכִילַּת חֲתָנִים אֵינָהּ עֲשׂוּיָה לִישֹׁן תַּחְתֶּיהָ:
Et nous ne l'avons dit que lorsque son inclinaison n'a pas un tefah : c'est-à-dire que chaque côté ne s'étend pas vers le bas au point de s'éloigner d'un tefah de l'aplomb du milieu, autrement dit sa largeur en bas n'atteint pas deux tefahim ; car la kilat hatanim n'est pas faite pour dormir dessous.
אֲבָל נָחֲתָא מִפּוּרְיָא טֶפַח הַהוּא טֶפַח הֲוָה קִיר לְאֹהֶל וְהַמִּטָּה נַעֲשֵׂית לוֹ גַּג:
Mais si elle descend du lit d'un tefah : ce tefah devient une paroi pour la tente, et le lit lui sert de toit.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁאֵין בְּשִׁיפּוּעָהּ טֶפַח הַרְבֵּה יֵשׁ תֵּימַהּ אֵיךְ יִתָּכֵן זֶה דא"כ לָמָּה הוּא רָאוּי אִם לְכָל הַשִּׁיפּוּעַ אֵין טֶפַח וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ כְּגוֹן שֶׁהַסָּדִין שֶׁפָּרוּס עַל הַכִּילָּה מֻונָּח עַל גַּבֵּי קָנִים מְרֻובִּים וְלֹא פָּשְׁטוּ הַסָּדִין הֵיטֵב וּמֻונָּח וְנוֹפֵל בֵּין קָנֶה לְקָנֶה כְּעֵין שׁוּרוֹת דְּיֵשׁ עַכְשָׁיו בֵּין כָּל קָנֶה שִׁיפּוּעַ וְאֵין בְּאוֹתוֹ שִׁיפּוּעַ טֶפַח וְדֹוחַק וי"מ שֶׁאֵין בְּשִׁיפּוּעַ טֶפַח בְּגֹובַהּ י' דִּכְשֶׁיָּצָא הַשִּׁיפּוּעַ טֶפַח אֵין מִשָּׁם עַד לְמַטָּה גֹּובַהּ י' דְּלָא חֲשִׁיב אֹהֶל כִּדְאַשְׁכְּחַן בפ"ק דְּסֻוכָּה (דַּף י.) דִּבְכִילָּה כִּי הַךְ מֻותָּר לִישֹׁן בַּסֻּוכָּה דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל מֻותָּר לִישַׁן בְּכִילַּת חֲתָנִים אע"פ שֶׁיֵּשׁ לָהּ גַּג וְהוּא שֶׁאֵינָהּ י' טְפָחִים וְאֵין נִרְאֶה לְרִ"י דְּוַדַּאי נְהִי דְּגַבֵּי סֻוכָּה לָא חֲשִׁיב אֹהֶל וְכֵן לְגַבֵּי ק"ש כִּדְאִיתָא הָתָם (דַּף.:) מִיהוּ לְגַבֵּי שַׁבָּת חֲשִׁיב וַאֲסִירִי שֶׁהֲרֵי מִשְׁמֶרֶת וּבֵיעֲתָא וְקִידְרָא וְחָבִיתָא אֲסִירֵי מִשּׁוּם אֹהֶל וְלֹא מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ בְּגָובְהָן י' טְפָחִים. מ"ר. וְעוֹד קָשֶׁה מִדִּלְקַמָּן גַּבֵּי כְּפִיפָה מִצְרִית וּבְשֵׁם רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל פִּי' דל"ג לְהַאי לִישָּׁנָא כְּלָל שִׁיפּוּעֵי אֹהָלִים כְּאֹהָלִים דָּמוּ דִּבְסוֹף פּ"ק דְּסֻוכָּה (דַּף יט:) מַסְּקִינַן דְּשִׁיפּוּעַ אֹהָלִים לָאו כַּאֲהָלִים דָּמוּ וְאִי מִשּׁוּם הָא לָא אִירְיָא דְּיֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּהָתָם בָּאִין בְּשִׁיפּוּעוֹ טֶפַח וְהָכָא כְּשֶׁיֵּשׁ בְּשִׁיפּוּעוֹ טֶפַח:
Que son inclinaison n'a pas un tefah : il y a beaucoup à s'étonner, comment est-ce possible ? Car alors, à quoi servirait-elle si toute l'inclinaison n'a pas un tefah ? On peut expliquer : par exemple le drap étendu sur la kila repose sur de nombreux bâtons ; on n'a pas bien tendu le drap, il repose et retombe entre un bâton et l'autre, en forme de rangées, de sorte qu'il y a entre chaque bâton une inclinaison, et cette inclinaison n'a pas un tefah ; mais c'est forcé. Certains expliquent : il n'y a pas dans l'inclinaison un tefah à une hauteur de dix, c'est-à-dire qu'à l'endroit où l'inclinaison s'écarte d'un tefah, il n'y a plus de là jusqu'en bas une hauteur de dix (tefahim), et alors ce n'est pas considéré comme une tente ; comme nous le trouvons au premier chapitre de Souka (10a), qu'avec une kila comme celle-ci il est permis de dormir dans la souka, car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : il est permis de dormir sous une kilat hatanim bien qu'elle ait un toit, à condition qu'elle n'ait pas dix tefahim. Mais cela ne paraît pas juste au Ri : certes, pour la souka elle n'est pas considérée comme tente, de même pour le Chema, comme il est dit là-bas (10b) ; toutefois pour le Chabbat elle compte (comme tente) et elle est interdite, puisque le filtre, l'œuf, la marmite et le tonneau sont interdits à cause de ohel, et il ne semble pas qu'ils aient une hauteur de dix tefahim. (M.R.) Et c'est encore difficile d'après ce qui suit au sujet de la kefifa mitsrit (corbeille égyptienne). Au nom de Rabbenou Chmouel on a expliqué qu'il ne faut pas du tout lire cette formule : 'les inclinaisons des tentes sont comme des tentes', car à la fin du premier chapitre de Souka (19b) nous concluons que les inclinaisons des tentes ne sont pas comme des tentes. Mais pour cela il n'y a pas de difficulté, car on peut expliquer que là-bas il s'agit du cas où l'inclinaison n'a pas un tefah, et ici du cas où elle a un tefah.
💡 Explication

Rav Chicha pose quatre conditions ; si l'une n'est pas remplie, la kila devient un ohel et il est interdit de la tendre : (1) un toit plat d'un tefah ; (2) une largeur d'un tefah atteinte à moins de trois tefahim sous le sommet (par lavoud, on considère ces trois tefahim comme joints au toit) ; (3) une inclinaison (chipoua) d'un tefah, car chipouei ohalim ke-ohalim ; (4) le tissu descend d'un tefah sous le lit : le lit devient toit et le tissu paroi.

Tossefot s'étonne de la troisième condition : une kila si étroite ne sert à rien. Il propose deux lectures et rapporte l'avis de Rabbenou Chmouel qui supprime la formule.

🖼️ Schéma
Kilat hatanim vue de profil (selon Rachi) lit (poria) naklitin (montant central) kane (bâton transversal) tissu en pente (1) pas de toit plat d'un tefah (2) pas un tefah de large à moins de 3 tefahim sous le sommet (3) pente sans tefah (Rachi) (4) le tissu ne descend pas un tefah sous le lit Pas de gag (toit) : ce n'est pas un ohel, on peut la tendre et la retirer le Chabbat.
Coupe de la kilat hatanim : bâton central, tissu en pente, et les quatre points où un tefah la rend interdite.
3
וְאָמַר רַב שֵׁשֶׁת בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: הַאי סְיָאנָא שָׁרִי. וְהָאִיתְּמַר: סְיָאנָא אָסוּר! לָא קַשְׁיָא: הָא דְּאִית בֵּיהּ טֶפַח, הָא דְּלֵית בֵּיהּ טֶפַח.

Et Rav Chicha fils de Rav Idi a dit : ce chapeau de feutre (siana) est permis. Mais n'a-t-il pas été dit : le siana est interdit ?

Ce n'est pas difficile : celui-ci (interdit) quand il a un tefah, celui-là (permis) quand il n'a pas un tefah.

📜 Rachi (3)
סְייָאנָא כּוֹבַע שֶׁל לֶבֶד פלטר"ץ:
Siana : un chapeau de feutre (en vieux français : feltre).
אָסוּר לָצֵאת בּוֹ בְּשַׁבָּת וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Interdit : de sortir avec le Chabbat ; la Guemara l'explique ensuite.
הָא דְּאִית בֵּיהּ טֶפַח שֶׁהוּא מִתְפַּשֵּׁט לְהַלָּן מֵרֹאשׁוֹ טֶפַח אָסוּר מִשּׁוּם אֻהְלָא:
Celui-ci quand il a un tefah : quand (le bord) dépasse de sa tête d'un tefah, c'est interdit à cause de ohel.
💡 Explication

Première hypothèse : le bord large du siana ferait une petite tente au-dessus de la tête. On distingue alors selon la largeur du bord : un tefah ou moins.

4
אֶלָּא מֵעַתָּה, שַׁרְבֵּיב בִּגְלִימָא טֶפַח הָכִי נָמֵי דְּמִיחַייַּב? אֶלָּא לָא קַשְׁיָא: הָא דְּמִיהַדַּק, הָא דְּלָא מִיהַדַּק.

Mais alors, (si l'on) avance son manteau d'un tefah (au-dessus de la tête), serait-on aussi passible ? Plutôt, ce n'est pas difficile : celui-ci (permis) quand il est bien serré, celui-là (interdit) quand il n'est pas bien serré.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא מֵעַתָּה שַׁרְבֵּיב בִּגְלִימֵיהּ טֶפַח הִנִּיחַ טַלִּיתוֹ עַל רֹאשׁוֹ כְּדֶרֶךְ שֶׁהוּא מִתְעַטֵּף וְהִרְחִיקָהּ לְהַלָּן מֵרֹאשׁוֹ טֶפַח:
Mais alors, (s'il) avance son manteau d'un tefah : il a posé sa talit sur sa tête comme on s'en enveloppe et l'a écartée de sa tête d'un tefah.
אֶלָּא טַעְמָא לָאו מִשּׁוּם אֹהֶל הוּא אֶלָּא מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יַגְבִּיהֶנּוּ הָרוּחַ מֵרֹאשׁוֹ וְאָתֵי לַאֲתוּיֵי אַרְבַּע אַמּוֹת הִלְכָּךְ מִיהַדַּק בְּרֹאשׁוֹ שַׁפִּיר שָׁרִי לָא מִיהַדַּק אָסוּר:
Plutôt : la raison n'est pas à cause de ohel, mais de peur que le vent ne le soulève de sa tête et qu'il en vienne à le porter sur quatre coudées ; c'est pourquoi s'il est bien serré sur sa tête, c'est permis ; s'il n'est pas serré, c'est interdit.
🗂️ Tossefot (1)
הָא דִּמְהַדַּק פֵּירֵשׁ רַ"ח שֶׁאֵינוֹ נִכְפָּף דְּאָז נִרְאֶה כְּעֵין אֹהֶל דְּלָא מְהַדֵּק שֶׁהוּא נִכְפָּף וְאָז אֵין נִרְאֶה כְּעֵין אֹהֶל:
Celui-ci quand il est serré : Rabbenou Hananel explique qu'il ne se plie pas, et alors il ressemble à une tente ; celui qui n'est pas serré se plie, et alors il ne ressemble pas à une tente.
💡 Explication

La Guemara réfute la raison de ohel : personne n'interdit de laisser son manteau dépasser du front. Selon Rachi, l'interdit vient de la crainte de porter (hotsaa) le chapeau emporté par le vent ; il dépend donc de la façon dont il tient sur la tête.

Rabbenou Hananel (cité par Tossefot) garde la raison de ohel : un bord rigide (mehadak) ressemble à une tente, un bord souple non.

5
שְׁלַח לֵיהּ רָמֵי בַּר יְחֶזְקֵאל לְרַב הוּנָא: אֵימָא לַן אִיזִי הָנָךְ מִילֵּי מְעַלְּייָתָא דַּאֲמַרְתְּ לַן מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב, תַּרְתֵּי בְּשַׁבָּת וַחֲדָא בְּתוֹרָה.

Rami bar Ye'hezkel envoya dire à Rav Houna : dis-nous donc ces excellentes paroles que tu nous as dites au nom de Rav, deux sur le Chabbat et une sur la Torah.

📜 Rachi (1)
תַּרְתֵּי בְּשַׁבָּת וַחֲדָא בְּתוֹרָה שֶׁהָיִיתָ רָגִיל לוֹמַר שְׁנֵי דְּבָרִים מִשְּׁמוֹ בְּהִלְכוֹת שַׁבָּת וְאַחַת בַּתּוֹרָה כְּדִלְקַמָּן:
Deux sur le Chabbat et une sur la Torah : que tu avais l'habitude de dire en son nom, deux choses sur les lois du Chabbat et une sur la Torah, comme on le verra plus loin.
6
שָׁלַח לֵיהּ: הָא דְּתַנְיָא גּוֹד בְּכִיסָנָא מֻותָּר לִנְטוֹתָהּ בְּשַׁבָּת — אָמַר רַב: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם, אֲבָל בְּאָדָם אֶחָד — אָסוּר.

Il lui envoya : ce qui est enseigné, 'le goud (outre) avec ses courroies (be-kisna), il est permis de le déployer le Chabbat' : Rav a dit : on ne l'a enseigné que (quand on le fait) à deux ; mais à une seule personne, c'est interdit.

📜 Rachi (4)
גּוֹד בְּכִיסָנָא גּוּד בִּרְצוּעוֹתָיו וּמֻונָּח עַל מָקוֹם קָבוּעַ שֶׁלּוֹ:
Goud be-kisna : le goud avec ses courroies, posé à un endroit fixe qui lui est réservé.
מֻותָּר לִנְטוֹתוֹ בְּשַׁבָּת וְהָא דַּאֲמַרַן לְעֵיל פָּטוּר אֲבָל אָסוּר הֵיכָא דְּלָא הָוֵי מְתֻוקָּן בְּכִיסָנִין:
Il est permis de le déployer le Chabbat : et ce que nous avons dit plus haut, 'exempt mais interdit', c'est quand il n'est pas préparé avec des courroies.
בָּב' בְּנֵי אָדָם לָא מִימְתַּח לֵיהּ שַׁפִּיר:
À deux : on ne le tend pas bien.
בְּאָדָם אֶחָד מִמְתַּח לֵיהּ שַׁפִּיר שֶׁמּוֹתְחוֹ עַל יָתֵד זוֹ וְקוֹשְׁרוֹ בָּהּ וְחוֹזֵר וּמוֹתְחוֹ עַל זוֹ וְקוֹשְׁרוֹ בָּהּ כָּךְ פֵּירְשׁוּ רַבּוֹתַי וְכֵן מָצָאתִי בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים וְאֵינִי יוֹדֵעַ מַהוּ:
À une seule personne : il le tend bien, car il le tend sur un piquet et l'y attache, puis le tend de nouveau sur l'autre et l'y attache. Ainsi l'ont expliqué mes maîtres, et je l'ai trouvé de même dans une responsa des Gueonim ; mais je ne sais pas ce que c'est.
💡 Explication

Le goud (outre de cuir) suspendu forme un abri ; Abaye l'a classé (138a) comme ohel arai, interdit. Ici il est muni de courroies prévues : on ne fait que l'installer. Rav limite la permission : à deux, on le pose sans le tendre ; seul, on le tend fortement et on fait une tente.

7
אָמַר אַבַּיֵּי: וְכִילָּה אֲפִילּוּ בַּעֲשָׂרָה בְּנֵי אָדָם אָסוּר. אִי אֶפְשָׁר דְּלָא מִימַּתְחָא פֻּורְתָּא.

Abaye a dit : et une kila, même à dix personnes, c'est interdit ; il est impossible qu'elle ne soit pas un peu tendue.

💡 Explication

Pour la kila, le partage du travail ne suffit pas : à un moment elle sera tendue et formera une tente.

8
אִידַּךְ מַאי הִיא דְּתַנְיָא: כִּירָה שֶׁנִּשְׁמְטָה אַחַת מִיַּרְכוֹתֶיהָ — מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ. שְׁתַּיִם — אָסוּר. רַב אָמַר: אֲפִילּוּ חַד נָמֵי אָסוּר, גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְקַע.

L'autre (enseignement sur le Chabbat), quel est-il ? Comme il est enseigné : un fourneau (kira) dont l'un des pieds s'est détaché, il est permis de le déplacer ; deux, c'est interdit.

Rav a dit : même un seul, c'est aussi interdit, par décret (gzera) de peur qu'il ne l'enfonce.

📜 Rachi (3)
אִידָךְ דְּשַׁבָּת מַאי הִיא:
L'autre : (l'enseignement) sur le Chabbat, quel est-il ?
מִיַּרְכוֹתֶיהָ פִּטְפּוּטִים שֶׁלָּהּ כְּעֵין רַגְלַיִם:
Ses pieds : ses appuis, en forme de pieds.
שֶׁמָּא יִתְקַע כְּשֶׁמְּחַבֵּר לָהּ הָרֶגֶל יִתְקָעֶנָּה בְּחֹוזֶק וְהָוֵי בּוֹנֶה אֲבָל (ת"ק) הֵיכָא דְּלָא נִשְׁמְטָה אֶלָּא אַחַת לָא חָיֵישׁ לְמִתְקַע כֻּולֵּי הַאי:
De peur qu'il ne l'enfonce : quand il fixera le pied, il l'enfoncera fermement et ce sera construire (bone). Mais (le premier Tana), quand un seul (pied) s'est détaché, ne craint pas qu'on l'enfonce à ce point.
💡 Explication

Avec deux pieds tombés, la kira est un objet cassé, donc mouktse. Avec un seul, le Tana la considère encore comme un ustensile. Rav l'interdit aussi : on pourrait remettre le pied solidement (yitka) et faire acte de bone (construire). Le Roch tranche comme Rav.

9
תּוֹרָה — דְּאָמַר רַב: עֲתִידָה תּוֹרָה שֶׁתִּשְׁתַּכַּח מִיִּשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהִפְלָא ה׳ אֶת מַכֹּתְךָ״, הַפְלָאָה זוֹ אֵינִי יוֹדֵעַ מַהִי. כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר: ״לָכֵן הִנְנִי יוֹסִיף לְהַפְלִיא אֶת הָעָם הַזֶּה הַפְלֵא וָפֶלֶא״ — הֱוֵי אוֹמֵר: הַפְלָאָה זוֹ תּוֹרָה.

La Torah : car Rav a dit : la Torah est destinée à être oubliée d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'Hachem rendra extraordinaires (ve-hifla) tes plaies' (Devarim 28,59). Cet 'extraordinaire' (hafla'a), je ne sais pas ce que c'est.

Quand il dit : 'C'est pourquoi Je vais continuer à frapper ce peuple d'extraordinaire en extraordinaire' (Yechaya 29,14), dis donc : cet 'extraordinaire', c'est la Torah.

📜 Rachi (1)
הַפְלֵא וָפֶלֶא סֵיפָא דִּקְרָא וְאָבְדָה חָכְמַת חֲכָמָיו:
D'extraordinaire en extraordinaire : la fin du verset est 'et la sagesse de ses sages se perdra'.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"הַפְלָאָה", זוֹ תּוֹרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז קָרָא לְשִׁכְחָה בְּתֵיבַת וְהַפְלֵא (דְּבָרִים כח, נט), כִּי שִׁכְחָה חֹשֶׁךְ, שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת שָׁכַח, וּזְכִירָה אוֹר (מִשְׁלֵי ו, כג) כִּי נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר, וְלָכֵן רָמַז הַשִּׁכְחָה בְּתֵיבַת וְהַפֶּלֶא שֶׁהִיא בְּהִפּוּךְ אַתָּווָן אֲפֵלָה שֶׁהוּא חֹשֶׁךְ, גַּם עוֹד אֲפֵלָה הוּא א"ף ל"ה עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב נח"ק זַ"ל בְּשֵׁם חֲכָמֵינוּ זַ"ל דְּבַתְּחִלָּה הָיָה אוֹת א' בִּמְלוֹאוֹ א"ף, וְרָאָה הקב"ה שֶׁאֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים בא"ף לְכָךְ הֵטִיל בּוֹ לָמֶ"ד וְנַעֲשָׂה אָלֶ"ף. וּבָזֶה פֵּירֵשׁ הָרַב מהרש"מ זַ"ל (תְּהִלִּים צג, א) אַף תִּיכּוֹן תֵּבֵל בַּל תִּמּוֹט, מִלְּשׁוֹן בְּרִיחַ הַתִּיכוֹן שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ אוֹת לָמֶ"ד בְּאֶמְצַע, לָכֵן תֵּבֵל בַּל תִּמּוֹט. וְזֶה הַלָּמֶ"ד שֶׁבָּא בְּתוֹךְ אַף וּבָטֵל אוֹתוֹ הָיָה זֶה בִּזְכוּת לִימּוּד הַתּוֹרָה הָרָמוּז בָּאוֹת לָמֶ"ד כַּנּוֹדָע, לָכֵן הַשִּׁכְחָה שֶׁבָּאָה מִן אֲפֵלָה תְּסַלֵּק הַלִּימּוּד הָרָמוּז בָּאוֹת לָמֶ"ד וְאָז מִמֵּילָא יִסְתַּלֵּק הַלָּמֶ"ד מִן מִילּוּי אָלֶ"ף וְיִשָּׁאֵר אַף, וְזֶה נִרְמַז בְּאוֹתִיּוֹת אֲפֵלָה שֶׁל וְהַפֶּלֶא שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת א"ף ל"ה:
'Hafla'a' : c'est la Torah. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset fait allusion à l'oubli par le mot ve-hifla (Devarim 28,59), car l'oubli est obscurité (hochekh), qui a les lettres de chakhah (oublier), et le souvenir est lumière (Michle 6,23), car 'la mitsva est une lampe et la Torah une lumière'. C'est pourquoi l'oubli est évoqué par le mot ve-hifla, qui, par inversion des lettres, donne afela, c'est-à-dire l'obscurité. De plus, afela se décompose en af (colère) et lamed-hé, selon ce qu'a écrit le Nahal Kedoumim au nom de nos Sages : au début, la lettre alef écrite en toutes lettres était af ; le Saint béni soit-Il vit que le monde ne pouvait subsister par af (la colère), Il y plaça donc un lamed et cela devint alef. C'est ainsi que le Rav Maharcham a expliqué (Tehilim 93,1) 'af tikon tevel bal timot', tikon au sens du 'verrou central' (beriah ha-tikhon) : un lamed a été placé au milieu, c'est pourquoi 'le monde ne chancelle pas'. Ce lamed venu au milieu de af pour l'annuler l'a fait par le mérite de l'étude de la Torah, à laquelle fait allusion la lettre lamed, comme on le sait. C'est pourquoi l'oubli, qui vient de l'obscurité (afela), ôte l'étude évoquée par le lamed ; alors le lamed quitte d'office l'écriture pleine de alef, et il reste af. C'est ce qu'évoquent les lettres de afela contenues dans ve-hifla, qui sont les lettres af et lamed-hé.
⚖️ Rosh (1)
תָּנֵי רָמֵי בַּר יְחֶזְקֵאל טַלִּית כְּפוּלָה לֹא יַעֲשֶׂה וְאִם עָשָׂה פָּטוּר אֲבָל אָסוּר וְאִם כָּרַךְ עָלֶיהָ חוּט אוֹ מְשִׁיחָה מֻותָּר לִנְטוֹתָהּ לְכַתְּחִלָּה. פִּי' כְּגוֹן טַלִּית כְּפוּלָה שֶׁקּוֹשְׁרָהּ בֵּין שְׁנֵי כּוֹתָלִים וְהִיא מְשַׁלְשֶׁלֶת וּמַגַּעַת לָאָרֶץ וְנִכְנָס בֵּין שְׁתֵּי קַצְווֹתֶיהָ וְיָשֵׁן תַּחְתֶּיהָ לְצֵל וְאֵין בְּגַגָּהּ טֶפַח לְפִיכָךְ אֵינוֹ אֹהֶל קֶבַע אֶלָּא אֹהֶל עֲרַאי הוּא וּמִפְּנֵי שֶׁאֵין בְּגַגָּהּ טֶפַח וְלֹא בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לְגַגָּהּ טֶפַח לְפִיכָךְ פָּטוּר אֲבָל אָסוּר. וְאִם הָיָה עָלֶיהָ חוּט מֵאֶתְמוֹל וְנָטָה אוֹתוֹ הַיּוֹם מֻותָּר. וּתְמֵיהֵנִי עַל רַב אִלְפָּס זַ"ל שֶׁכָּתַב כֵּן הָא אֲמָרָן בִּשְׁמַעְתִּין כִּילַּת חֲתָנִים מֻותָּר לִנְטוֹתָהּ וּמֻותָּר לְפָורְקָהּ וּמוּקֵי לָהּ שֶׁאֵין בְּגַגָּהּ טֶפַח וְלֹא פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לְגַגָּהּ טֶפַח וּמַאי שְׁנָא טַלִּית כְּפוּלָה שֶׁהִיא יוֹתֵר בִּנְיָן עֲרַאי מִכִּילַּת חֲתָנִים. וְאֵין דְּבָרָיו נִרְאִין בָּזֶה כְּלָל אֶלָּא מַיְירֵי שֶׁיֵּשׁ בְּגַגָּהּ טֶפַח אִי נָמֵי כְּגוֹן לְאַחַר שֶׁכָּלָה הַשִּׁיפּוּעַ שֶׁל הַטַּלִּית יוֹרֵד מִמֶּנּוּ בְּשָׁוֶה בְּלֹא שִׁיפּוּעַ בְּרֹוחַב טֶפַח כִּדְאָמְרִינַן גַּבֵּי כִּילַּת חֲתָנִים. אֲבָל נָחֲתָא מִפּוּרְיָא טֶפַח אֲסוּרָה. וְהָא דְּאָמְרִינַן כָּרַךְ עָלֶיהָ חוּט אוֹ מְשִׁיחָה מֻותָּר אַייְרֵי אֲפִילּוּ לֹא הָיְתָה פְּרוּסָה טֶפַח אֶלָּא כֻּולָּהּ כְּרוּכָה דִּכְרִיכַת חוּט אוֹ מְשִׁיכָה חָשׁוּב כְּאִלּוּ הָיְתָה פְּרוּסָה טֶפַח. אָמַר רַב יוֹסֵף חֲזֵינָא לְכִילֵּי דְּרַב הוּנָא דְּמֵאֻורְתָּא נְגִידָא וּלְצַפְרָא חֲבִיטָא וְרַמְיָא. אָמַר רַב כָּהֲנָא חָזֵינָא לְכִילֵּי דְּבֵי רַב פָּפָּא וְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ דְּמֵאֻורְתָּא נְגִידָא וּלְצַפְרָא חֲבִיטָא וְרַמְיָא וְעַל יְדֵי כְּרִיכוֹת חוּט וּמְשִׁיחָה הָיָה אוֹ כִּילַּת חֲתָנִים הָיָה. אָמַר רַב מִשּׁוּם רַבִּי חִיָּיא וִילוֹן מֻותָּר לִנְטוֹתוֹ וּמֻותָּר לְפָרְקוֹ דְּאֵין אֹהֶל בִּמְחִיצָּה בְּלֹא גַּג אֶלָּא הֵיכָא דַּעֲשׂוּיָה לְהֶיתֵּר טִלְטוּל אוֹ לְהֶכְשֵׁר סֻוכָּה כִּדְפָרֵי' לְעֵיל. אָמַר שְׁמוּאֵל מִשּׁוּם רַבִּי חִיָּיא כִּילַּת חֲתָנִים מֻותָּר לִנְטוֹתָהּ וּמֻותָּר לְפָורְקָהּ. אָמַר רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין בְּגַגָּהּ טֶפַח אֲבָל יֵשׁ בְּגַגָּהּ טֶפַח אָסוּר. וְכִי אֵין בְּגַגָּהּ טֶפַח נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לְגַגָּהּ טֶפַח אֲבָל יֵשׁ בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לְגַגָּהּ טֶפַח אָסוּר. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין בְּשִׁיפּוּעַ טֶפַח אֲבָל יֵשׁ בְּשִׁיפּוּעַ טֶפַח אָסוּר. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא נָחֲתָא מִפּוּרְיָא טֶפַח אֲבָל נָחֲתָא מִפּוּרְיָא טֶפַח אָסוּר:
Rami bar Ye'hezkel a enseigné : une talit pliée, on ne la fait pas (en tente) ; si on l'a faite, on est exempt mais c'est interdit ; si on a enroulé sur elle un fil ou une corde, il est permis de la déployer a priori. Explication : par exemple une talit pliée qu'on attache entre deux murs, qui pend et atteint le sol ; on entre entre ses deux extrémités et on dort dessous à l'ombre. Son toit n'a pas un tefah ; c'est pourquoi ce n'est pas une tente permanente mais une tente provisoire, et puisque son toit n'a pas un tefah, ni un tefah à moins de trois (tefahim) près de son toit, on est exempt mais c'est interdit. Et s'il y avait sur elle un fil depuis la veille et qu'on la déploie aujourd'hui, c'est permis. Je m'étonne de Rav Alfas (le Rif) qui a écrit ainsi : n'avons-nous pas dit dans notre sougya que la kilat hatanim est permise à déployer et permise à démonter, et on l'établit dans le cas où son toit n'a pas un tefah ni un tefah à moins de trois près de son toit ? En quoi la talit pliée diffère-t-elle, alors qu'elle est une construction plus provisoire que la kilat hatanim ? Ses paroles ne paraissent pas du tout (justes) sur ce point ; il s'agit plutôt du cas où son toit a un tefah, ou bien du cas où, après la fin de l'inclinaison de la talit, elle descend à la verticale, sans inclinaison, sur une largeur d'un tefah, comme nous le disons au sujet de la kilat hatanim : mais si elle descend du lit d'un tefah, elle est interdite. Et ce que nous disons : 'si on a enroulé sur elle un fil ou une corde, c'est permis', il s'agit même du cas où elle n'était pas déployée d'un tefah mais entièrement enroulée, car l'enroulement du fil ou de la corde compte comme si elle était déployée d'un tefah. Rav Yosef a dit : j'ai vu les kilot de Rav Houna : le soir on les tendait, le matin on les repliait et on les posait. Rav Kahana a dit : j'ai vu les kilot de la maison de Rav Pappa et de Rav Houna fils de Rav Yehochoua : le soir on les tendait, le matin on les repliait et on les posait ; et c'était au moyen d'enroulements de fil ou de corde, ou bien c'était une kilat hatanim. Rav a dit au nom de Rabbi Hiya : un rideau (vilon), il est permis de le déployer et permis de le retirer, car une paroi sans toit n'est pas une tente, sauf là où elle est faite pour permettre le transport ou pour valider une souka, comme nous l'avons expliqué plus haut. Chmouel a dit au nom de Rabbi Hiya : la kilat hatanim, il est permis de la déployer et permis de la démonter. Rav Chicha fils de Rav Idi a dit : on ne l'a enseigné que lorsque son toit n'a pas un tefah ; mais si son toit a un tefah, c'est interdit. Et même lorsque son toit n'a pas un tefah, nous ne l'avons dit que lorsqu'il n'y a pas un tefah à moins de trois près de son toit ; mais s'il y a un tefah à moins de trois près de son toit, c'est interdit. Et nous ne l'avons dit que lorsque l'inclinaison n'a pas un tefah ; mais si l'inclinaison a un tefah, c'est interdit. Et nous ne l'avons dit que lorsqu'elle ne descend pas du lit d'un tefah ; mais si elle descend du lit d'un tefah, c'est interdit.
💡 Explication

Troisième enseignement, sur la Torah. Rav rapproche deux emplois de la racine p-l-a : la malédiction 've-hifla' de Devarim reste obscure, mais le verset de Yechaya, qui l'emploie avec 'la sagesse de ses sages se perdra', montre qu'il s'agit de l'oubli de la Torah.

Le Roch place ici son résumé halakhique de la sougya de la tente (talit pliée, kilot, vilon, kilat hatanim) et conteste la lecture du Rif sur la talit pliée.

10
תָּנוּ רַבָּנַן: כְּשֶׁנִּכְנְסוּ רַבּוֹתֵינוּ לַכֶּרֶם בְּיַבְנֶה אָמְרוּ, עֲתִידָה תּוֹרָה שֶׁתִּשְׁתַּכַּח מִיִּשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִנֵּה יָמִים בָּאִים נְאֻם ה׳ אֱ-לֹהִים וְהִשְׁלַחְתִּי רָעָב בָּאָרֶץ לֹא רָעָב לַלֶּחֶם וְלֹא צָמָא לַמַּיִם כִּי אִם לִשְׁמֹועַ אֵת דִּבְרֵי ה׳״, וּכְתִיב: ״וְנָעוּ מִיָּם עַד יָם וּמִצָּפוֹן וְעַד מִזְרָח יְשׁוֹטְטוּ לְבַקֵּשׁ אֶת דְּבַר ה׳ וְלֹא יִמְצָאוּ״.

Les Sages ont enseigné : quand nos maîtres entrèrent au 'Vignoble' à Yavne, ils dirent : la Torah est destinée à être oubliée d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'Voici, des jours viennent, oracle de Hachem D.ieu, où J'enverrai la famine dans le pays ; non une famine de pain ni une soif d'eau, mais d'entendre les paroles de Hachem' (Amos 8,11). Et il est écrit : 'Ils erreront d'une mer à l'autre, du nord à l'orient ils iront ça et là chercher la parole de Hachem, et ils ne la trouveront pas' (Amos 8,12).

📜 Rachi (1)
בְּכֶרֶם עַל שֵׁם שֶׁהָיוּ יוֹשְׁבִין שׁוּרוֹת שׁוּרוֹת כְּכֶרֶם:
Au Vignoble : ainsi nommé parce qu'ils étaient assis en rangées, comme une vigne.
💡 Explication

Le kerem be-Yavne désigne l'assemblée des Sages à Yavne après la destruction du Temple. Leur enseignement confirme celui de Rav par un autre verset.

11
״דְּבַר ה׳״ — זוֹ הֲלָכָה, ״דְּבַר ה׳״ — זֶה הַקֵּץ, ״דְּבַר ה׳״ — זוֹ נְבוּאָה.

'La parole de Hachem' : c'est la halakha. 'La parole de Hachem' : c'est la fin (des temps). 'La parole de Hachem' : c'est la prophétie.

📜 Rachi (3)
זוֹ הֲלָכָה כְּדִכְתִיב (דְּבָרִים ה׳:ה׳) [לְהַגִּיד לָכֶם] אֶת דְּבַר ה' דְּהַיְינוּ תּוֹרָה:
C'est la halakha : comme il est écrit (Devarim 5,5) : '(pour vous annoncer) la parole de Hachem', c'est-à-dire la Torah.
זוֹ נְבוּאָה כְּדִכְתִיב (הוֹשֵׁעַ א) דְּבַר ה' אֲשֶׁר הָיָה אֶל הוֹשֵׁעַ וְגוֹ':
C'est la prophétie : comme il est écrit (Hochea 1,1) : 'La parole de Hachem qui fut adressée à Hochea'.
זֶה הַקֵּץ לָא יָדַעְנָא מֵהֵיכָא:
C'est la fin : je ne sais pas d'où (on le tire).
🗂️ Tossefot (1)
דְּבַר ה' זֶה הַקֵּץ דִּכְתִיב גַּבֵּי גָּלוּת שִׁבְעִים לִכְלוֹת דְּבַר ה' מִפִּי יִרְמְיָה (עֶזְרָא א׳:א׳). מ"ר:
'La parole de Hachem', c'est la fin : car il est écrit au sujet de l'exil de soixante-dix ans : 'pour accomplir la parole de Hachem par la bouche de Yirmeyahou' (Ezra 1,1). (M.R.)
🪔 Ben Yehoyada (1)
"דְּבַר ה'" זוֹ הֲלָכָה. פֵּירוּשׁ דְּרָשׁוֹת אֵלּוּ שָׁיְיכִי לְהָדְדִי וְהָא תַּלְייָא בְּהָא, כֵּיוָן דְּלֵיכָּא דְּבַר ה' זוֹ הֲלָכָה נִתְאַחֵר הַקֵּץ שֶׁל הַמָּשִׁיחַ וְנִדְחֶה לְפִי שָׁעָה, דִּכְתִיב (הוֹשֵׁעַ ח, י) גַּם כִּי יִתְנוּ בַגּוֹיִם עַתָּה אֲקַבְּצֵם, יִתְּנוּ לְשׁוֹן מַתְנִיתִין זוֹ הֲלָכָה, וְכֵיוָן דְּנִתְאַחֵר הַקֵּץ נִדְחֶה רוּחַ הַנְּבוּאָה, כִּי בִּזְמַן הַגְּאֻולָּה כְּתִיב (יוֹאֵל ג, א) וְנִבְּאוּ בְּנֵיכֶם וּבְנוֹתֵיכֶם, וּכְתִיב (יִרְמְיָהוּ לא, לד) כֻּולָּם יָדְעוּ אוֹתִי. וְהָא דְּאָמַר זוֹ הֲלָכָה וְלֹא אָמַר זוֹ תּוֹרָה? דְּ'הֲלָכָה' אוֹתִיּוֹת 'הַכַּלָּה' דְּתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה ה"ס [הוּא סוֹד] כַּלָּה שֶׁהִיא הַמַּלְכוּת שֶׁהִיא בְּסוֹד דִּבּוּר וְנִקְרֵאת דְּבַר ה'. וּמַה שֶׁאָמַר זֶה הַקֵּץ נִרְאֶה לִי בס"ד, דִּכְתִיב בְּדָנִיֵּאל (י, א) וּבֵין אֶת הַדָּבָר, בְּעִנְיַן הַקֵּץ הֲרֵי קְרָאוֹ 'דָּבָר' גַּם יֵשׁ לוֹמַר דָּבָר [206] עִם הַכּוֹלֵל זֶה הַקֵּץ [207] .
'La parole de Hachem' : c'est la halakha. Explication : ces derachot sont liées l'une à l'autre et l'une dépend de l'autre. Puisqu'il n'y a plus la 'parole de Hachem' qu'est la halakha, la fin (kets) du Machiah est retardée et repoussée pour un temps, comme il est écrit (Hochea 8,10) : 'Même s'ils étudient (yitnou) parmi les nations, maintenant Je les rassemblerai' ; yitnou est de la racine de michna, c'est la halakha. Et puisque la fin est retardée, l'esprit de prophétie est repoussé, car au temps de la délivrance il est écrit (Yoël 3,1) : 'Vos fils et vos filles prophétiseront', et il est écrit (Yirmeyahou 31,33) : 'Tous Me connaîtront'. Et pourquoi dit-il 'c'est la halakha' et non 'c'est la Torah' ? Parce que halakha a les lettres de kala (la fiancée) : la Torah orale est, selon le sod, la kala, qui est la Malkhout ; elle est dans le secret de la parole (dibour) et est appelée 'parole de Hachem'. Quant à 'c'est la fin', il me semble avec l'aide du Ciel qu'il est écrit dans Daniel (10,1) 'il comprit la parole (davar)' au sujet de la fin : il l'a donc appelée 'davar'. On peut aussi dire que davar (206) avec le kollel (l'unité ajoutée) égale ze ha-kets (207).
💡 Explication

Les trois sens de devar Hachem : la halakha, le kets (date de la délivrance) et la nevoua (prophétie). Rachi ignore la source du sens 'kets' ; Tossefot la trouve dans Ezra 1,1, où la 'parole de Hachem' désigne le terme de l'exil.

12
וּמַאי ״יְשׁוֹטְטוּ לְבַקֵּשׁ אֶת דְּבַר ה׳״? אָמְרוּ: עֲתִידָה אִשָּׁה שֶׁתִּטּוֹל כִּכָּר שֶׁל תְּרוּמָה וְתַחֲזֹור בְּבָתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּבְבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת לֵידַע אִם טְמֵאָה הִיא וְאִם טְהוֹרָה הִיא, וְאֵין מֵבִין.

Et que signifie 'ils iront ça et là chercher la parole de Hachem' ? Ils ont dit : une femme prendra un pain de terouma et fera le tour des synagogues et des maisons d'étude pour savoir s'il est impur ou s'il est pur, et personne ne comprendra.

🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲתִידָה אִשָּׁה שֶׁתִּטֹּל כִּכָּר שֶׁל תְּרוּמָה. קַשָּׁא לָמָּה ייִחֲסוּ זֶה לְאִשָּׁה וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'עָתִיד אָדָם'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִפְּנֵי שֶׁעִנְיַן טֻומְאָה יְסוֹבֵב מִן הָאִשָּׁה טְפֵי, שֶׁיֵּשׁ לָהּ וֶסֶת נִידּוֹת וְהִיא מְצוּיָה בַּבַּיִת וּשְׁכִיחַ תָּמִיד שֶׁתְּטַמֵּא אֶת הָאֳוכָלִין, לְכָךְ הִיא עַצְמָהּ תִּיטָּפֵל בִּשְׁאֵלָה דְּטֻומְאַת כִּכָּר, אַךְ הָאִישׁ עַל הָרֹוב טָהוֹר הוּא תָּמִיד וְלֹא יְסוֹבֵב טֻומְאָה מִמֶּנּוּ.
'Une femme prendra un pain de terouma' : difficulté, pourquoi l'attribuer à une femme ? On aurait dû dire 'un homme'. Il me semble avec l'aide du Ciel : parce que l'impureté provient davantage de la femme, qui a son cycle de nidda et se trouve à la maison ; il arrive souvent qu'elle rende impurs les aliments. C'est pourquoi elle-même s'occupera de la question de l'impureté du pain, tandis que l'homme, en général, est toujours pur et l'impureté ne provient pas de lui.
💡 Explication

Illustration concrète de l'oubli : une question simple de tahara (pureté) sur la terouma, que nul ne saura trancher.

13
אִם טְהוֹרָה הִיא וְאִם טְמֵאָה הִיא בְּהֶדְיָא כְּתִיב בֵּיהּ: ״מִכָּל הָאֹוכֶל אֲשֶׁר יֵאָכֵל״! אֶלָּא: לֵידַע אִם רִאשׁוֹנָה הִיא וְאִם שְׁנִיָּה הִיא, וְאֵין מֵבִין.

S'il est pur ou impur, c'est écrit explicitement : 'Tout aliment qui se mange' (Vayikra 11,34) ! Plutôt : pour savoir s'il est richon (premier degré) ou cheni (second degré), et personne ne comprendra.

📜 Rachi (1)
בְּהֶדְיָא כְּתִיב וְתוֹרָה שֶׁבִּכְתָב הֲרֵי כְּתוּבָה וּמֻונַּחַת יִקְרְאוּ וְיִרְאוּ:
C'est écrit explicitement : la Torah écrite est là, disponible ; ils la liront et verront.
💡 Explication

Le principe de l'impureté des aliments est dans le verset : on ne peut l'oublier. La question porte sur le degré d'impureté : richon ou cheni. La différence compte pour ce que ce pain de terouma rendra impur à son tour.

14
הָא נָמֵי מַתְנִיתִין הִיא? כְּדִתְנַן: הַשֶּׁרֶץ שֶׁנִּמְצָא בַּתַּנּוּר — הַפַּת שֶׁבְּתוֹכוֹ שְׁנִיָּה, שֶׁהַתַּנּוּר תְּחִילָּה.

Mais cela aussi est une michna ! Comme nous l'avons appris : un cherets (reptile impur) trouvé dans un four, le pain qui s'y trouve est cheni, car le four est richon.

📜 Rachi (1)
שֶׁהַתַּנּוּר תְּחִלָּה שֶׁנִּטְמָא מִן הָאֲוִיר כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא יא) אֶל תּוֹכוֹ וְהוּא חוֹזֵר וּמְטַמֵּא אוֹכְלִין שֶׁבְּתוֹכוֹ מִן הָאֲוִיר:
Car le four est richon : il est devenu impur par l'air (de son espace intérieur), comme il est écrit (Vayikra 11,33) 'dans son intérieur', et il rend à son tour impurs les aliments qui sont à l'intérieur, par l'air.
💡 Explication

Chaîne d'impureté : le cherets est av ha-touma ; un keli hères (ustensile de terre cuite) s'impurifie par son espace intérieur (avir) et devient richon ; le pain, touché par le four, devient cheni.

15
מִסְתַּפְּקָא לְהוּ הָא דַּאֲמַר לֵיהּ רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה לְרָבָא: לֶיחְזְייֵהּ לְהַאי תַּנּוּרָא כְּמַאן דִּמְלֵי טֻומְאָה וְתִיהְוֵי פַּת רִאשׁוֹנָה!

Ils seront dans le doute au sujet de ce que Rav Adda bar Ahava a dit à Rava : considérons ce four comme rempli d'impureté, et le pain sera richon !

📜 Rachi (1)
כְּמַאן דְּמָלֵי טֻומְאָה כְּשֶׁנָּפַל הַשֶּׁרֶץ בַּאֲוִירוֹ דְּהָא בְּלֹא נְגִיעָה מְטַמֵּא וְהִלְכָּךְ כְּמַאן דִּמְלֵי טֻומְאָה הוּא וְתֶהֱוֵי פַּת רִאשׁוֹנָה:
Comme rempli d'impureté : quand le cherets est tombé dans son espace, puisqu'il rend impur sans contact, il est comme rempli d'impureté, et le pain sera richon.
💡 Explication

Rav Adda propose : l'impureté du cherets remplit tout l'espace du four, donc le pain est comme au contact direct du cherets et devient richon. C'est cette question qui sera incertaine.

16
אֲמַר לֵיהּ: לָא אָמְרִינַן לֶיחְזְייֵהּ לְהַאי תַּנּוּרָא כְּמַאן דִּמְלֵי טֻומְאָה. דְּתַנְיָא: יָכוֹל יְהוּ כָּל הַכֵּלִים מִיטַּמְּאִין בַּאֲוִיר כְּלִי חֶרֶס, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כֹּל אֲשֶׁר בְּתוֹכוֹ יִטְמָא״, ״מִכָּל הָאֹוכֶל אֲשֶׁר יֵאָכֵל״ — אֳוכָלִין מִטַּמְּאִין בַּאֲוִיר כְּלִי חֶרֶס, וְאֵין כֵּלִים מִטַּמְּאִין בַּאֲוִיר כְּלִי חֶרֶס.

Il lui dit : nous ne disons pas 'considérons ce four comme rempli d'impureté', car il est enseigné : on pourrait penser que tous les ustensiles s'impurifient dans l'espace d'un keli hères ; c'est pourquoi le verset dit : 'tout ce qui est dans son intérieur sera impur' (et ensuite) 'tout aliment qui se mange' (Vayikra 11,33-34) : les aliments s'impurifient dans l'espace d'un keli hères, et les ustensiles ne s'impurifient pas dans l'espace d'un keli hères.

📜 Rachi (3)
לָא ס"ד לְמֶיהֱוֵי כְּמַאן דְּמָלֵי טֻומְאָה:
(Il ne faut) pas le penser : qu'il soit comme rempli d'impureté.
דְּתַנְיָא יָכוֹל יְהוּ כָּל הַכֵּלִים טְמֵאִים מֵאֲוִיר כְּלִי חֶרֶס שֶׁאִם הָיָה כְּלִי אַחֵר בְּתוֹכוֹ שֶׁיְּטַמֵּא מֵחֲמַת הַשֶּׁרֶץ שֶׁבָּאֲוִיר הַחִיצוֹן אוֹ מֵחֲמַת שֶׁיְּטַמְּאֶנּוּ אֲוִיר כְּלִי הַחִיצוֹן שֶׁהוּא טָמֵא:
Car il est enseigné : on pourrait penser que tous les ustensiles s'impurifient dans l'espace d'un keli hères : que s'il y avait un autre ustensile à l'intérieur, il deviendrait impur à cause du cherets qui est dans l'espace de l'ustensile extérieur, ou parce que l'espace de l'ustensile extérieur, impur, le rendrait impur.
תַּלְמוּד לוֹמַר כֹּל אֲשֶׁר בְּתוֹכוֹ יִטְמָא וּסְמִיךְ לֵיהּ מִכָּל הָאֹוכֶל אֲשֶׁר יֵאָכֵל אֳוכָלִין וּמַשְׁקִין שֶׁבְּתוֹכוֹ טְמֵאִים וְלֹא כֵּלִים שְׁמַע מִינָּה תַּרְתֵּי חֲדָא דְּלָא אָמְרִינַן חַזְיֵיהּ כְּמַאן דִּמְלֵי טֻומְאָה דְּאִם כֵּן אִם כְּלֵי שֶׁטֶף הוּא הַפְּנִימִי שֶׁמְּטַמֵּא מִגַּבּוֹ יְהֵא טָמֵא דְּהָא נָגַע בְּטֻומְאָה אֶלָּא לָא אָמְרִינַן חַזְיֵיהּ כְּמַאן דְּמָלֵי טֻומְאָה וְאוֹכְלִין וּמַשְׁקִין שֶׁבַּחִיצוֹן הוּא דִּמְטַמְּאִי מֵחֲמַת הַכְּלִי שֶׁהַכְּלִי רִאשׁוֹן וְהֵם שְׁנִיִּים אֲבָל כֵּלִים לֹא דְּהוֹאִיל דְּאֵין טֻומְאָה זוֹ בָּאָה אֶלָּא מֵחֲמַת הַכְּלִי אַשְׁמְעִינַן הַאי קְרָא שֶׁאֵין כְּלִי שֶׁאֵינוֹ אַב הַטֻּומְאָה מְטַמֵּא כְּלִי:
Le verset dit 'tout ce qui est dans son intérieur sera impur' : et à côté : 'tout aliment qui se mange' : les aliments et liquides à l'intérieur sont impurs, mais pas les ustensiles. On en apprend deux choses. La première : on ne dit pas 'considéré-le comme rempli d'impureté' ; sinon, si l'ustensile intérieur était un keli chetef (ustensile lavable), qui s'impurifie par son extérieur, il serait impur, puisqu'il aurait touché l'impureté. On ne dit donc pas 'considéré-le comme rempli d'impureté', et ce sont les aliments et liquides dans l'ustensile extérieur qui deviennent impurs à cause de l'ustensile : l'ustensile est richon et eux cheni. (La seconde :) mais pas les ustensiles, car puisque cette impureté ne vient que de l'ustensile, ce verset nous apprend qu'un ustensile qui n'est pas av ha-touma ne rend pas impur un ustensile.
⚖️ Rosh (1)
וְאִידָךְ מַאי הִיא דְּתַנְיָא כִּירָה שֶׁנִּשְׁמְטָה אַחַת מִיַּרְכוֹתֶיהָ מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ בְּשַׁבָּת. שְׁתַּיִם אָסוּר לְטַלְטְלָהּ בְּשַׁבָּת. וְרַב אָמַר אֲפִילּוּ אַחַת אָסוּר לְטַלְטְלָהּ. גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְקַע וַהֲלָכָה כְּרַב. תּוֹרָה מַאי הִיא דְּאָמַר רַב עֲתִידָה תּוֹרָה שֶׁתִּשְׁתַּכַּח מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁנֶּאֱמַר וְהִפְלָא ה' אֶת מַכֹּותְךָ הַפְלָאָה זוֹ אֵינִי יוֹדֵעַ מַהוּ כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר הִנְנִי יוֹסִיף לְהַפְלִיא אֶת הָעָם הַזֶּה הַפְלֵא וָפֶלֶא וְאָבְדָה חָכְמַת חֲכָמָיו הֱוֵי אוֹמֵר הַפְלָאָה זוֹ תּוֹרָה. שְׁלַחוּ לֵיהּ בְּנֵי בָּשְׁכָּר לְלֵוִי כִּילָּה מַהוּ כְּשׁוּתָא בְּכַרְמָא מַהוּ מֵת בְּיוֹם טוֹב מַהוּ. אַדְּאָזֵיל נָח נַפְשֵׁיהּ דְּלֵוִי. אֲמַר לֵיהּ שְׁמוּאֵל לְרַב מְנַשֶּׁה אִי חַכִּימַתְּ שְׁלַח לְהוּ. שְׁלַח לְהוּ כִּילָּה חָזַרְנוּ עַל כָּל צִידֶּיהָ וְלֹא מָצָאנוּ לָהּ שׁוּם הֶיתֵּר. וְלִישְׁלַח לְהוּ כַּרְמִי בַּר יְחֶזְקֵאל. לְפִי שֶׁאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה. כְּשׁוּתָא בְּכַרְמָא עֵירוּבָא. וְלִישְׁלַח לְהוּ כִּדְרַבִּי טַרְפוֹן דְּתַנְיָא רַבִּי טַרְפוֹן אוֹמֵר אֵינָם כִּלְאַיִם בַּכֶּרֶם וַחֲכָמִים אוֹמְרִים כִּלְאַיִם בַּכֶּרֶם וקי"ל כָּל הַמֵּיקֵל בָּאָרֶץ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּחוּץ לָאָרֶץ. לְפִי שֶׁאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה. מֵת בְּיוֹם טוֹב לֹא יִתְעַסְּקוּ בּוֹ לֹא יְהוּדָאִין וְלֹא אַרְמָאִין לֹא ביו"ט רִאשׁוֹן וְלֹא ביו"ט שֵׁנִי. וְלִישְׁלַח לְהוּ כִּדְרָבָא דְּאָמַר רָבָא מֵת ביו"ט רִאשׁוֹן יִתְעַסְּקוּ בּוֹ נָכְרִים ביו"ט שֵׁנִי יִתְעַסְּקוּ בּוֹ יִשְׂרָאֵל וְאַפֵּי' ביו"ט שֵׁנִי שֶׁל ר"ה. לְפִי שֶׁאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גֻּורְיָא מִתְעַטֵּף אָדָם בְּכִילָּה וּבַכֵּיסְכָסִים וְיוֹצֵא בָּהּ לרה"ר בְּשַׁבָּת וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ. ומ"ש מִדְּרַב הוּנָא דְּאָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב הַיּוֹצֵא בְּטַלִּית שֶׁאֵינָהּ מְצֻוייֶּצֶת כְּהִלְכְתָא בְּשַׁבָּת חַייָּב חַטָּאת. צִיצִית לְגַבֵּי טַלִּית חֲשִׁיבִי וְלָא בָּטְלִי הָנֵי לָא חֲשִׁיבִי וּבָטְלִי. וּרְצוּעוֹת הַתְּלוּיוֹת בְּאַבְנֵט נִרְאֶה דְּלָא חֲשִׁיבִי וּבָטְלִי. וְאִם הָיוּ שֶׁל מֶשִׁי חֲשִׁיבִי וְלָא בָּטְלִי אֶלָּא א"כ קוֹשֵׁר בָּהֶן בָּתֵּי שׁוֹקַיִים:
Et l'autre (enseignement), quel est-il ? Comme il est enseigné : un fourneau dont l'un des pieds s'est détaché, il est permis de le déplacer le Chabbat ; deux, il est interdit de le déplacer le Chabbat. Et Rav a dit : même un seul, il est interdit de le déplacer, par décret de peur qu'il ne l'enfonce. Et la halakha est comme Rav. La Torah, quel est (l'enseignement) ? Car Rav a dit : la Torah est destinée à être oubliée d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'Hachem rendra extraordinaires tes plaies' ; cet 'extraordinaire', je ne sais pas ce que c'est. Quand il dit : 'C'est pourquoi Je vais continuer à frapper ce peuple d'extraordinaire en extraordinaire, et la sagesse de ses sages se perdra', dis donc : cet 'extraordinaire', c'est la Torah. Les gens de Bechkar envoyèrent (une question) à Levi : une kila, qu'en est-il ? De la cuscute (kechouta) dans une vigne, qu'en est-il ? Un mort le jour de fête, qu'en est-il ? Pendant que (le messager) allait, Levi mourut. Chmouel dit à Rav Menache : si tu es sage, envoie-leur (la réponse). Il leur envoya : la kila, nous en avons fait le tour de tous les côtés et ne lui avons trouvé aucune permission. Qu'il leur envoie donc (la permission) selon Rami bar Ye'hezkel ! Parce qu'ils ne sont pas des gens de Torah. La cuscute dans la vigne : c'est un mélange (kilayim). Qu'il leur envoie donc selon Rabbi Tarfon ! Car il est enseigné : Rabbi Tarfon dit : ce ne sont pas des kilayim dans la vigne ; et les Sages disent : ce sont des kilayim dans la vigne ; et nous tenons que quiconque est indulgent en Terre (d'Israël), la halakha est comme lui en dehors de la Terre. Parce qu'ils ne sont pas des gens de Torah. Un mort le jour de fête : ni les Juifs ni les non-Juifs ne s'en occupent, ni le premier jour de fête ni le second. Qu'il leur envoie donc selon Rava ! Car Rava a dit : un mort le premier jour de fête, des non-Juifs s'en occupent ; le second jour de fête, des Juifs s'en occupent, et même le second jour de fête de Roch Hachana. Parce qu'ils ne sont pas des gens de Torah. Rabba bar Rav Houna a dit au nom de Rav Hama bar Gouria : on peut s'envelopper dans une kila et dans des kiskhassim et sortir ainsi dans le domaine public le Chabbat, sans crainte. En quoi est-ce différent de ce qu'a dit Rav Houna ? Car Rav Houna a dit au nom de Rav : celui qui sort le Chabbat avec une talit dont les tsitsit ne sont pas conformes à la halakha est passible d'un hatat. Les tsitsit, par rapport à la talit, ont de l'importance et ne sont pas annulés ; ceux-ci n'ont pas d'importance et sont annulés. Et les courroies qui pendent de la ceinture, il semble qu'elles n'ont pas d'importance et sont annulées ; mais si elles sont de soie, elles ont de l'importance et ne sont pas annulées, à moins qu'on n'y attache les jambières (batei chokayim).
💡 Explication

Rava réfute Rav Adda par une baraita : le verset rend impurs les aliments dans l'espace d'un keli hères, pas les kelim. Si l'espace était 'rempli d'impureté', un ustensile placé à l'intérieur serait impur comme s'il touchait le cherets. Donc le four est richon et le pain cheni, comme la michna.

Le Roch, placé ici par Sefaria, résume la fin de la sougya : halakha comme Rav pour la kira, puis les questions des gens de Bechkar (138b-139a).

17
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי אוֹמֵר: חַס וְשָׁלוֹם שֶׁתִּשְׁתַּכַּח תּוֹרָה מִיִּשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי לֹא תִשָּׁכַח מִפִּי זַרְעוֹ״. אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״יְשׁוֹטְטוּ לְבַקֵּשׁ אֶת דְּבַר ה׳ וְלֹא יִמְצָאוּ״? שֶׁלֹּא יִמְצְאוּ

Il est enseigné : Rabbi Chimon bar Yohai dit : à D.ieu ne plaise que la Torah soit oubliée d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'car il ne sera pas oublié de la bouche de sa descendance' (Devarim 31,21). Mais comment j'explique 'ils iront ça et là chercher la parole de Hachem et ils ne la trouveront pas' ?

Qu'ils ne trouveront pas

💡 Explication

Rabbi Chimon bar Yohai s'oppose à Rav et aux Sages de Yavne : un verset promet que la Torah ne sera pas oubliée. Il doit alors réinterpréter Amos 8,12 ; la suite est en 139a (une halakha claire et une michna claire en un même endroit).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).