Sougya : Le daf achève la discussion sur la tente (ohel) le Chabbat : la kilat hatanim, sans toit, peut être tendue et retirée, à quatre conditions posées par Rav Chicha fils de Rav Idi. Il traite ensuite du chapeau de feutre (siana) : l'interdit tient à la crainte que le vent ne l'emporte.
Rami bar Ye'hezkel demande à Rav Houna trois enseignements de Rav : le goud tendu à deux, le fourneau dont un pied est tombé, et la prédiction que la Torah sera oubliée d'Israël. La Guemara cite alors la réunion des Sages à Yavne : on ne saura plus si un pain de terouma est richon ou cheni, à cause de la question de Rav Adda bar Ahava sur le four.
Rabbi Chimon bar Yohai conteste que la Torah puisse être oubliée.
La kila des mariés (kilat hatanim) : il est permis de la déployer et permis de la démonter.
Suite de l'enseignement de Chmouel au nom de Rabbi Hiya (fin de 138a). La kila ordinaire repose sur un cadre à quatre pieds et forme un toit plat : c'est un ohel. La kila des mariés tombe en pente depuis un bâton central : il n'y a pas de gag (toit), donc pas de tente.
Rav Chicha fils de Rav Idi a dit : nous ne l'avons dit que lorsque son toit n'a pas un tefah ; mais si son toit a un tefah, elle est interdite. Et lorsque son toit n'a pas un tefah, nous ne l'avons dit aussi que lorsqu'il n'y a pas, à moins de trois (tefahim) près de son toit, (une largeur d')un tefah ; mais s'il y a, à moins de trois près de son toit, un tefah, c'est interdit.
Et nous ne l'avons dit que lorsque son inclinaison n'a pas un tefah ; mais si son inclinaison a un tefah, (c'est interdit, car) les inclinaisons des tentes sont considérées comme des tentes. Et nous ne l'avons dit que lorsqu'elle ne descend pas du lit d'un tefah ; mais si elle descend du lit d'un tefah, c'est interdit.
Rav Chicha pose quatre conditions ; si l'une n'est pas remplie, la kila devient un ohel et il est interdit de la tendre : (1) un toit plat d'un tefah ; (2) une largeur d'un tefah atteinte à moins de trois tefahim sous le sommet (par lavoud, on considère ces trois tefahim comme joints au toit) ; (3) une inclinaison (chipoua) d'un tefah, car chipouei ohalim ke-ohalim ; (4) le tissu descend d'un tefah sous le lit : le lit devient toit et le tissu paroi.
Tossefot s'étonne de la troisième condition : une kila si étroite ne sert à rien. Il propose deux lectures et rapporte l'avis de Rabbenou Chmouel qui supprime la formule.
Et Rav Chicha fils de Rav Idi a dit : ce chapeau de feutre (siana) est permis. Mais n'a-t-il pas été dit : le siana est interdit ?
Ce n'est pas difficile : celui-ci (interdit) quand il a un tefah, celui-là (permis) quand il n'a pas un tefah.
Première hypothèse : le bord large du siana ferait une petite tente au-dessus de la tête. On distingue alors selon la largeur du bord : un tefah ou moins.
Mais alors, (si l'on) avance son manteau d'un tefah (au-dessus de la tête), serait-on aussi passible ? Plutôt, ce n'est pas difficile : celui-ci (permis) quand il est bien serré, celui-là (interdit) quand il n'est pas bien serré.
La Guemara réfute la raison de ohel : personne n'interdit de laisser son manteau dépasser du front. Selon Rachi, l'interdit vient de la crainte de porter (hotsaa) le chapeau emporté par le vent ; il dépend donc de la façon dont il tient sur la tête.
Rabbenou Hananel (cité par Tossefot) garde la raison de ohel : un bord rigide (mehadak) ressemble à une tente, un bord souple non.
Rami bar Ye'hezkel envoya dire à Rav Houna : dis-nous donc ces excellentes paroles que tu nous as dites au nom de Rav, deux sur le Chabbat et une sur la Torah.
Il lui envoya : ce qui est enseigné, 'le goud (outre) avec ses courroies (be-kisna), il est permis de le déployer le Chabbat' : Rav a dit : on ne l'a enseigné que (quand on le fait) à deux ; mais à une seule personne, c'est interdit.
Le goud (outre de cuir) suspendu forme un abri ; Abaye l'a classé (138a) comme ohel arai, interdit. Ici il est muni de courroies prévues : on ne fait que l'installer. Rav limite la permission : à deux, on le pose sans le tendre ; seul, on le tend fortement et on fait une tente.
Abaye a dit : et une kila, même à dix personnes, c'est interdit ; il est impossible qu'elle ne soit pas un peu tendue.
Pour la kila, le partage du travail ne suffit pas : à un moment elle sera tendue et formera une tente.
L'autre (enseignement sur le Chabbat), quel est-il ? Comme il est enseigné : un fourneau (kira) dont l'un des pieds s'est détaché, il est permis de le déplacer ; deux, c'est interdit.
Rav a dit : même un seul, c'est aussi interdit, par décret (gzera) de peur qu'il ne l'enfonce.
Avec deux pieds tombés, la kira est un objet cassé, donc mouktse. Avec un seul, le Tana la considère encore comme un ustensile. Rav l'interdit aussi : on pourrait remettre le pied solidement (yitka) et faire acte de bone (construire). Le Roch tranche comme Rav.
La Torah : car Rav a dit : la Torah est destinée à être oubliée d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'Hachem rendra extraordinaires (ve-hifla) tes plaies' (Devarim 28,59). Cet 'extraordinaire' (hafla'a), je ne sais pas ce que c'est.
Quand il dit : 'C'est pourquoi Je vais continuer à frapper ce peuple d'extraordinaire en extraordinaire' (Yechaya 29,14), dis donc : cet 'extraordinaire', c'est la Torah.
Troisième enseignement, sur la Torah. Rav rapproche deux emplois de la racine p-l-a : la malédiction 've-hifla' de Devarim reste obscure, mais le verset de Yechaya, qui l'emploie avec 'la sagesse de ses sages se perdra', montre qu'il s'agit de l'oubli de la Torah.
Le Roch place ici son résumé halakhique de la sougya de la tente (talit pliée, kilot, vilon, kilat hatanim) et conteste la lecture du Rif sur la talit pliée.
Les Sages ont enseigné : quand nos maîtres entrèrent au 'Vignoble' à Yavne, ils dirent : la Torah est destinée à être oubliée d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'Voici, des jours viennent, oracle de Hachem D.ieu, où J'enverrai la famine dans le pays ; non une famine de pain ni une soif d'eau, mais d'entendre les paroles de Hachem' (Amos 8,11). Et il est écrit : 'Ils erreront d'une mer à l'autre, du nord à l'orient ils iront ça et là chercher la parole de Hachem, et ils ne la trouveront pas' (Amos 8,12).
Le kerem be-Yavne désigne l'assemblée des Sages à Yavne après la destruction du Temple. Leur enseignement confirme celui de Rav par un autre verset.
'La parole de Hachem' : c'est la halakha. 'La parole de Hachem' : c'est la fin (des temps). 'La parole de Hachem' : c'est la prophétie.
Les trois sens de devar Hachem : la halakha, le kets (date de la délivrance) et la nevoua (prophétie). Rachi ignore la source du sens 'kets' ; Tossefot la trouve dans Ezra 1,1, où la 'parole de Hachem' désigne le terme de l'exil.
Et que signifie 'ils iront ça et là chercher la parole de Hachem' ? Ils ont dit : une femme prendra un pain de terouma et fera le tour des synagogues et des maisons d'étude pour savoir s'il est impur ou s'il est pur, et personne ne comprendra.
Illustration concrète de l'oubli : une question simple de tahara (pureté) sur la terouma, que nul ne saura trancher.
S'il est pur ou impur, c'est écrit explicitement : 'Tout aliment qui se mange' (Vayikra 11,34) ! Plutôt : pour savoir s'il est richon (premier degré) ou cheni (second degré), et personne ne comprendra.
Le principe de l'impureté des aliments est dans le verset : on ne peut l'oublier. La question porte sur le degré d'impureté : richon ou cheni. La différence compte pour ce que ce pain de terouma rendra impur à son tour.
Mais cela aussi est une michna ! Comme nous l'avons appris : un cherets (reptile impur) trouvé dans un four, le pain qui s'y trouve est cheni, car le four est richon.
Chaîne d'impureté : le cherets est av ha-touma ; un keli hères (ustensile de terre cuite) s'impurifie par son espace intérieur (avir) et devient richon ; le pain, touché par le four, devient cheni.
Ils seront dans le doute au sujet de ce que Rav Adda bar Ahava a dit à Rava : considérons ce four comme rempli d'impureté, et le pain sera richon !
Rav Adda propose : l'impureté du cherets remplit tout l'espace du four, donc le pain est comme au contact direct du cherets et devient richon. C'est cette question qui sera incertaine.
Il lui dit : nous ne disons pas 'considérons ce four comme rempli d'impureté', car il est enseigné : on pourrait penser que tous les ustensiles s'impurifient dans l'espace d'un keli hères ; c'est pourquoi le verset dit : 'tout ce qui est dans son intérieur sera impur' (et ensuite) 'tout aliment qui se mange' (Vayikra 11,33-34) : les aliments s'impurifient dans l'espace d'un keli hères, et les ustensiles ne s'impurifient pas dans l'espace d'un keli hères.
Rava réfute Rav Adda par une baraita : le verset rend impurs les aliments dans l'espace d'un keli hères, pas les kelim. Si l'espace était 'rempli d'impureté', un ustensile placé à l'intérieur serait impur comme s'il touchait le cherets. Donc le four est richon et le pain cheni, comme la michna.
Le Roch, placé ici par Sefaria, résume la fin de la sougya : halakha comme Rav pour la kira, puis les questions des gens de Bechkar (138b-139a).
Il est enseigné : Rabbi Chimon bar Yohai dit : à D.ieu ne plaise que la Torah soit oubliée d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'car il ne sera pas oublié de la bouche de sa descendance' (Devarim 31,21). Mais comment j'explique 'ils iront ça et là chercher la parole de Hachem et ils ne la trouveront pas' ?
Qu'ils ne trouveront pas
Rabbi Chimon bar Yohai s'oppose à Rav et aux Sages de Yavne : un verset promet que la Torah ne sera pas oubliée. Il doit alors réinterpréter Amos 8,12 ; la suite est en 139a (une halakha claire et une michna claire en un même endroit).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).