Sougya : Le daf achève une aggada sur la corruption des juges. R.
Yossi ben Elicha enseigne que les malheurs d'une génération renvoient d'abord aux juges d'Israël ; Michee annonce trois châtiments pour trois fautes, et Isaie promet la Chekhina une fois les mauvais juges écartés. R.
Malaï lit plusieurs versets sur les juges et leurs auxiliaires, puis enseigne que Yossef s'abstint de vin depuis sa séparation et qu'Aharon mérita le pectoral pour sa joie sans jalousie. La Guemara revient ensuite à la halakha : les gens de Bashkar interrogent Levi sur la kila, le houblon dans la vigne et le mort un jour de fête.
Rav Menachia répond strictement et tait les léniences, car ils ne sont pas des bnei Torah.
(... on ne trouvera pas) une halakha claire et un enseignement (michna) clair en un même lieu.
Fin de l'enseignement commencé en 138b : la Torah sera oubliée d'Israël, au sens où l'on ne trouvera plus de halakha claire sans discussion. Rachi précise que le manque de clarté porte sur les raisons (taamim) de la halakha.
Il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Yossi ben Elicha dit : si tu vois une génération sur laquelle viennent de nombreux malheurs, va et examine les juges d'Israël. Car tout châtiment (pouranout) qui vient au monde ne vient qu'à cause des juges d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'Écoutez donc ceci, chefs de la maison de Yaakov et dirigeants de la maison d'Israël, qui avez en horreur le droit et tordez tout ce qui est droit.
Qui bâtissez Tsion dans le sang et Jérusalem dans l'iniquité. Ses chefs jugent pour un pot-de-vin, ses cohanim enseignent contre salaire, ses prophètes prédisent pour de l'argent, et ils s'appuient sur Hachem, etc.' (Michee 3,9-11).
Début d'un développement aggadique sur la corruption des juges, associé à la fin de 138b (l'oubli de la Torah). Le verset de Michee énumère les fautes des dirigeants : chefs, cohanim, prophètes, tous motivés par le gain.
(Le verset les décrit ainsi) : ils sont méchants, mais ils ont placé leur confiance en Celui qui a parlé et le monde fut. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, amène sur eux trois châtiments correspondant aux trois fautes qui sont en leur main, ainsi qu'il est dit : 'C'est pourquoi, à cause de vous, Tsion sera labourée comme un champ, Jérusalem deviendra un monceau de ruines, et le mont du Temple des hauteurs boisées' (Michee 3,12).
Rachi aligne les trois fautes du verset 11 sur les trois châtiments du verset 12 (voir le schéma en haut de page). Leur confiance en Hachem ne les dispense pas du châtiment ; elle est mentionnée pour montrer qu'ils se croyaient à l'abri.
Et le Saint, béni soit-Il, ne fait pas reposer Sa Chekhina sur Israël tant que les juges et les agents (choterim) mauvais n'ont pas disparu d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'Je ramènerai Ma main sur toi, Je purifierai tes scories comme avec de la potasse, et J'écarterai tous tes alliages. Je rétablirai tes juges comme autrefois et tes conseillers comme au commencement, etc.' (Isaie 1,25-26).
La présence de la Chekhina est conditionnée à la disparition des mauvais juges. Rachi complète le verset par sa suite : 'ensuite on t'appellera ville de justice'.
Oula a dit : Jérusalem ne sera rachetée que par la tsedaka (la justice charitable), ainsi qu'il est dit : 'Tsion sera rachetée par le droit, et ceux qui y reviennent par la tsedaka' (Isaie 1,27).
Oula lit la seconde moitié du verset : la délivrance passe par la tsedaka, qui désigne ici la justice active et la charité.
Rav Papa a dit : si les arrogants (yehirei) disparaissent, les amgouchei (prêtres du feu perses) disparaîtront ; si les juges (corrompus) disparaissent, les gazirpatei (officiers de corvée) disparaîtront.
Rav Papa pose deux correspondances : l'orgueil d'Israël donne prise aux persécuteurs religieux (amgouchei), la corruption des juges donne prise aux officiers oppresseurs (gazirpatei). Les deux segments suivants en donnent les sources.
Si les arrogants disparaissent, les amgouchei disparaîtront : car il est écrit : 'Je purifierai tes scories (sigayikh) comme avec de la potasse' (et la suite : 'J'écarterai tous tes alliages, bedilayikh').
Le verset d'Isaie rapproche deux termes : sigim (scories), lu comme les orgueilleux, et bedilim (alliages), lu comme ceux qui séparent Israël de Hachem. L'épuration des premiers entraîne l'éloignement des seconds.
Si les juges disparaissent, les gazirpatei disparaîtront : car il est écrit : 'Hachem a écarté tes jugements, Il a éloigné ton ennemi' (Tsefania 3,15).
Les 'jugements' écartés sont les juges iniques ; leur disparition entraîne celle de l'ennemi, c'est-à-dire des officiers étrangers qui oppriment Israël.
Rabbi Malai a dit au nom de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon : que signifie ce qui est écrit : 'Hachem a brisé le bâton des méchants, le sceptre des dominateurs' (Isaie 14,5) ? 'Hachem a brisé le bâton des méchants' : ce sont les juges qui sont devenus un bâton pour leurs huissiers (hazanim). 'Le sceptre des dominateurs' : ce sont les talmidei hakhamim qui sont dans les familles des juges. Mar Zoutra a dit : ce sont les talmidei hakhamim qui enseignent des halakhot publiques à des juges ignorants (dayanei bour).
Deux complices de l'injustice : les juges qui couvrent les abus de leurs huissiers, et les talmidei hakhamim qui leur servent d'appui. Selon Mar Zoutra, ces savants donnent un vernis de compétence à des juges ignorants, ce qui les maintient en place.
Rabbi Eliezer ben Malai a dit au nom de Rech Lakich : que signifie ce qui est écrit : 'Car vos paumes sont souillées de sang et vos doigts de faute ; vos lèvres ont dit le mensonge, votre langue murmure l'iniquité' (Isaie 59,3) ?
'Car vos paumes sont souillées de sang' : ce sont les juges. 'Et vos doigts de faute' : ce sont les scribes des juges. 'Vos lèvres ont dit le mensonge' : ce sont les conseillers juridiques (orkhei hadayanin). 'Votre langue murmure l'iniquité' : ce sont les plaideurs (baalei dinin).
Rech Lakich répartit le verset entre les quatre acteurs d'un procès corrompu. Rachi justifie le mot 'sang' : prendre injustement l'argent de quelqu'un équivaut à lui prendre la vie.
Et Rabbi Malai a dit au nom de Rabbi Yitshak de Migdal : depuis le jour où Yossef s'est séparé de ses frères, il n'a pas goûté au vin, car il est écrit : 'Et sur le sommet de la tête de celui qui fut séparé (nezir) de ses frères' (Berechit 49,26).
Le mot nezir est lu au sens de nazir : Yossef, séparé de ses frères, s'est conduit en nazir et s'est abstenu de vin. L'enseignement suivant discute si ses frères ont fait de même.
Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : eux aussi n'ont pas goûté au vin, car il est écrit : 'Ils burent et s'enivrèrent avec lui' (Berechit 43,34) ; on en déduit que jusqu'alors il n'y avait pas eu d'ivresse. Et l'autre (Rabbi Malai) ?
C'est d'ivresse qu'il n'y avait pas eu ; mais boire, ils buvaient.
Le mot 'avec lui' indique une nouveauté liée aux retrouvailles avec Yossef. Pour R. Yossi b. R. Hanina, les frères s'abstenaient de boire ; pour R. Malai, seulement de s'enivrer.
Et Rabbi Malai a dit : en récompense de 'Il te verra et se réjouira en son cœur' (Chemot 4,14), (Aharon) a mérité le pectoral du jugement (hochen hamichpat) sur son cœur.
Mesure pour mesure : Aharon, l'aîné et déjà prophète, s'est réjoui en son cœur de la nomination de Moche ; il a reçu le hochen porté sur le cœur. Rachi souligne qu'il avait des raisons d'être jaloux, et qu'il ne l'a pas été.
Les gens de Bashkar envoyèrent à Levi (ces questions) : une kila (ciel de lit), quelle est la règle ? Le houblon (kechouta) dans la vigne, quelle est la règle ?
Un mort un jour de fête (yom tov), quelle est la règle ?
Retour à la halakha et à la kila (138a-b). Trois questions : déployer un ciel de lit le Chabbat (ohel) ; le houblon dans la vigne, dont le statut (légume ou arbre) décide s'il y a kilei hakerem ; et l'enterrement d'un mort un jour de fête.
Le Roch résume tout le passage et tranche : la kila et les étoffes à franges portées sur le corps s'annulent comme vêtement, à la différence des tsitsit du talit.
Pendant qu'on allait (porter la question), Levi mourut. Chmouel dit à Rav Menachia : si tu es sage, envoie-leur (la réponse).
Il leur envoya : la kila, nous avons fait le tour de tous les aspects de la kila et ne lui avons trouvé aucun aspect permis.
Rav Menachia répond de façon générale et stricte : aucun moyen de déployer la kila le Chabbat.
Qu'il leur envoie donc (la permission) selon Rami bar Ye'hezkel ! Parce qu'ils ne sont pas des bnei Torah.
La méthode de Rami bar Ye'hezkel (138b) permet de déployer une kila déjà reliée à un fil avant Chabbat. Rav Menachia la tait : des gens peu instruits (einam bnei Torah) étendraient la permission à des cas interdits.
Le houblon dans la vigne : c'est un mélange (irbouva, kilayim). Qu'il leur envoie donc selon Rabbi Tarfon !
Car il a été enseigné : le houblon : Rabbi Tarfon dit : ce n'est pas kilayim dans la vigne ; et les Sages disent : c'est kilayim dans la vigne. Et nous tenons : quiconque allège en terre d'Israël, la halakha est selon lui hors de la terre d'Israël !
Parce qu'ils ne sont pas des bnei Torah.
Le houblon relève des kilei hakerem selon les Sages. R. Tarfon le permet ; or kilayim est une mitsva dépendante de la terre : hors d'Israël, on suit l'avis le plus léger. La léniance existait donc, mais Rav Menachia la tait pour la même raison.
Tossefot explique pourquoi la Guemara n'invoque pas aussi R. Yochiya : la règle 'on suit celui qui allège' vaut pour le statut d'une espèce, pas pour la manière de semer.
Rav faisait proclamer : celui qui veut semer du houblon dans la vigne, qu'il sème. Rav Amram Hassida faisait donner des coups de fouet (malkout) pour cela.
Deux pratiques opposées : Rav applique publiquement la règle 'hors d'Israël on suit celui qui allège' ; Rav Amram Hassida sévit (makat mardout, coups de fouet rabbiniques). Tossefot concilie : chez Rav Amram, le public n'était pas instruit.
Rav Mesharshia donnait une peruta à un enfant non-juif, et celui-ci semait pour lui. Qu'il la donne donc à un enfant juif !
Il prendrait l'habitude (ateit lemisrakh). Qu'il la donne donc à un adulte non-juif !
On viendrait à le confondre avec un Juif.
Rav Mesharshia tient que c'est permis hors d'Israël, mais choisit l'exécutant qui évite deux risques : l'habitude (sirkha) chez l'enfant juif, et la confusion entre un adulte non-juif et un Juif aux yeux du public.
Le mort : il leur envoya : un mort, ne s'en occuperont ni Juifs ni Araméens (non-Juifs), ni le premier jour de fête ni le second jour de fête.
Réponse stricte sur l'enterrement un jour de fête. La Guemara va objecter (segment suivant) un cas où l'on a permis, et montrer que Rav Menachia a encore tu une léniance (celle de Rava, citée par le Roch).
Est-ce bien ainsi ? Rabbi Yehouda bar Cheilat n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Assi : il y eut un cas dans la synagogue de Maon, un jour de fête attenant au Chabbat,
La phrase se poursuit en 139b : un mort est survenu, et l'on a permis que des non-Juifs s'en occupent le premier jour.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).