Shabbat 139a — Juges corrompus, retenue de Yossef et questions des gens de Bashkar

Shabbat 139a

Sougya : Le daf achève une aggada sur la corruption des juges. R.

Yossi ben Elicha enseigne que les malheurs d'une génération renvoient d'abord aux juges d'Israël ; Michee annonce trois châtiments pour trois fautes, et Isaie promet la Chekhina une fois les mauvais juges écartés. R.

Malaï lit plusieurs versets sur les juges et leurs auxiliaires, puis enseigne que Yossef s'abstint de vin depuis sa séparation et qu'Aharon mérita le pectoral pour sa joie sans jalousie. La Guemara revient ensuite à la halakha : les gens de Bashkar interrogent Levi sur la kila, le houblon dans la vigne et le mort un jour de fête.

Rav Menachia répond strictement et tait les léniences, car ils ne sont pas des bnei Torah.

Michee 3 : trois fautes des dirigeants, trois châtiments Les fautes (v. 11) Les châtiments (v. 12) Les chefs jugent pour un pot-de-vin (chohad) Tsion labourée comme un champ Les cohanim enseignent contre salaire Jérusalem devient un monceau de ruines Les prophètes prédisent pour de l'argent Le mont du Temple devient une hauteur boisée Ils s'appuient sur Hachem : mesicha kenegued mesicha, trois peines pour trois fautes
Michee 3,11-12 : chaque faute des dirigeants appelle un châtiment (segments 1-2, Rachi).
Les questions de Bashkar : réponse stricte, léniences tues Kila (ciel de lit) Réponse de Rav Menachia : Aucun côté permis Léniance tue : Rami bar Ye'hezkel (kila reliée à un fil) Houblon dans la vigne Réponse de Rav Menachia : Kilayim (mélange) Léniance tue : R. Tarfon : pas kilayim ; hors d'Israël, halakha selon celui qui allège Mort un jour de fête Réponse de Rav Menachia : Ni Juif ni non-Juif (suite en 139b) Ni le 1er jour, ni le 2e jour de fête Raison donnée : ils ne sont pas des bnei Torah (ils étendraient la léniance au-delà de sa limite)
Les trois questions de Bashkar, la réponse de Rav Menachia et les léniences qu'il tait (segments 14-20).
1
הֲלָכָה בְּרוּרָה וּמִשְׁנָה בְּרוּרָה בִּמְקוֹם אֶחָד.

(... on ne trouvera pas) une halakha claire et un enseignement (michna) clair en un même lieu.

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה בְּרוּרָה בִּטְעָמִים שֶׁלֹּא יְהֵא בָּהּ מַחֲלֹוקֶת:
Une halakha claire : dans ses raisons, sans qu'il y ait de discussion (mahloket) à son sujet.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁלֹּא יִמְצְאוּ הֲלָכָה בְּרוּרָה וּמִשְׁנָה בְּרוּרָה בִּמְקוֹם אֶחָד. נִרְאֶה לִי בס"ד גַּם זוֹ לְטוֹבָה כְּדֵי שֶׁיִּהְיוּ יְגֵיעִין יוֹתֵר וְיָגֵן עֲלֵיהֶם זְכוּת בֵּירוּר הַהֲלָכוֹת וְהַמִּשְׁנָיוֹת. וְעוֹד כְּדֵי שֶׁיַּעֲשׂוּ חֻומְרוֹת לֶאֱסֹור מִסָּפֵק וְתִהְיֶה זֹאת סָנֵיגוֹרְיָא עֲלֵיהֶם. הֲלָכָה זֶה טַעַם הַמִּשְׁנָיוֹת, וּמִשְׁנָה בְּרוּרָה זוֹ הַגִּרְסָא וְנֻסְּחָה, דְּאִם יִפֹּול מַחֲלֹוקֶת יִהְיֶה רַבְּתָא לִפְרִיָּה וּרְבִיָּה. וְנִרְאֶה לִי לְפִי דְּרָשָׁה זוֹ לְכָךְ נָקֵיט קְרָא לְשׁוֹן הַפְלָאָה בְּתֵיבַת וְהִפְלָא שֶׁהוּא לְשׁוֹן הַפְרָשָׁה וְהַבְדָּלָה, כְּמוֹ (שְׁמוֹת ט, ד) וְהִפְלָה ה' בֵּין מִקְנֵה יִשְׂרָאֵל וּבֵין מִקְנֵה מִצְרָיִם, וְכֵן מַחֲלֹוקֶת בַּהֲלָכוֹת הוּא עִנְיַן הַפְרָשָׁה וְהַבְדָּלָה כִּסְבָרַת הַחוֹלְקִין.
Qu'on ne trouvera pas une halakha claire et une michna claire en un même lieu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela aussi est pour le bien : afin qu'ils se fatiguent davantage, et que le mérite d'avoir clarifié les halakhot et les michnayot les protège. Et encore, afin qu'ils adoptent des rigueurs, interdisant dans le doute, et cela plaidera en leur faveur. La halakha, ce sont les raisons des michnayot ; la michna claire, c'est la leçon et la version du texte : car si une discussion survient, elle se multipliera en se ramifiant. Il me semble que, selon cette explication, le verset emploie le terme hafla'a dans le mot vehifla, qui signifie séparation et distinction, comme dans (Chemot 9,4) : 'Et Hachem distinguera (vehifla) entre le bétail d'Israël et le bétail de l'Égypte' ; de même la discussion dans les halakhot est une affaire de séparation et de distinction selon l'avis de ceux qui divergent.
💡 Explication

Fin de l'enseignement commencé en 138b : la Torah sera oubliée d'Israël, au sens où l'on ne trouvera plus de halakha claire sans discussion. Rachi précise que le manque de clarté porte sur les raisons (taamim) de la halakha.

2
תַּנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי בֶּן אֱלִישָׁע אוֹמֵר: אִם רָאִיתָ דּוֹר שֶׁצָּרוֹת רַבּוֹת בָּאוֹת עָלָיו — צֵא וּבְדֹוק בְּדַייָּנֵי יִשְׂרָאֵל. שֶׁכָּל פּוּרְעָנוּת שֶׁבָּאָה לְעוֹלָם לֹא בָּאָה אֶלָּא בִּשְׁבִיל דַּיָּינֵי יִשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שִׁמְעוּ נָא זֹאת רָאשֵׁי בֵּית יַעֲקֹב וּקְצִינֵי בֵּית יִשְׂרָאֵל הַמֲתַעֲבִים מִשְׁפָּט וְאֵת כָּל הַיְשָׁרָה יְעַקֵּשׁוּ. בֹּונֶה צִיּוֹן בְּדָמִים וִירוּשָׁלִַים בְּעַוְלָה. רָאשֶׁיהָ בְּשֹׁוחַד יִשְׁפֹּוטוּ וְכֹהֲנֶיהָ בִּמְחִיר יוֹרוּ וּנְבִיאֶיהָ בְּכֶסֶף יִקְסֹומוּ וְעַל ה׳ יִשָּׁעֵנוּ וְגוֹ׳״.

Il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Yossi ben Elicha dit : si tu vois une génération sur laquelle viennent de nombreux malheurs, va et examine les juges d'Israël. Car tout châtiment (pouranout) qui vient au monde ne vient qu'à cause des juges d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'Écoutez donc ceci, chefs de la maison de Yaakov et dirigeants de la maison d'Israël, qui avez en horreur le droit et tordez tout ce qui est droit.

Qui bâtissez Tsion dans le sang et Jérusalem dans l'iniquité. Ses chefs jugent pour un pot-de-vin, ses cohanim enseignent contre salaire, ses prophètes prédisent pour de l'argent, et ils s'appuient sur Hachem, etc.' (Michee 3,9-11).

🪔 Ben Yehoyada (1)
אִם רָאִיתָ דּוֹר שֶׁצָּרוֹת רַבּוֹת בָּאוֹת עָלָיו, צֵא וּבְדֹק בְּדַיָּנֵי יִשְׂרָאֵל. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר צֵא וּרְאֵה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְשׁוֹן 'רְאִיָּה' יִפֹּול עַל עוֹל גָּלוּי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְלַמֵּד בּוֹ זְכוּת, אַךְ לְשׁוֹן 'בְּדִיקָה' מוֹרֶה עַל עוֹל נֶעְלַם וְנִסְתָּר שֶׁאָדָם יָכוֹל לְהַחֲלִיט עָלָיו שֶׁהוּא עָוֶל בְּהַשְׁקָפָה הָרִאשׁוֹנָה, אֶלָּא צָרִיךְ לָזֶה בְּדִיקָה שֶׁכִּלְיִית לֵידַע אִם עָשׂוּ עָוֶל בְּמֵזִיד, אוֹ אִם יֵשׁ לְלַמֵּד זְכוּת עֲלֵיהֶם שֶׁהֵם שׁוֹגְגִים מִצַּד קוֹצֵר שֶׁכֻּלָּם, וּמִצַּד מִרְמוֹת בַּעֲלֵי דִּינִים שֶׁהֵם חֲרִיפִים, אוֹ מְצַדְּדִים אֲחֵרִים, וְלָזֶה צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת בְּדִיקָה שֶׁכִּלְיִית לִשְׁקֹול הָעִנְייָנִים בְּדַעַת בְּהַשְׁעָרַת הַשֵּׂכֶל, אוֹ שֶׁתַּעֲשֶׂה נִסָּיוֹן בְּטַעֲנָה וּתְבִיעָה צוּרִיִּית עִם אָדָם אֶחָד וְתָבֹא לִפְנֵיהֶם וּבָזֶה יִתְבָּרֵר לְךָ הַנְהָגָתָם אֵיךְ הִיא, וְאִם הֵם מְקַבְּלֵי שֹׁוחַד מָמוֹן אוֹ שֹׁוחַד דְּבָרִים כָּל זֶה יִתְבָּרֵר לְךָ עַל יְדֵי בְּדִיקָה. וְהָא דְּאָמַר אִם רָאִיתָ דּוֹר צָרוֹת רַבּוֹת וְלֹא אָמַר צָרוֹת סְתָם? נִרְאֶה לִי בס"ד דְּדַרְכּוֹ יִתְבָּרֵךְ לְהָבִיא הָעוֹשִׂים אֶת הַקַּל תְּחִלָּה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּצָרַעַת שֶׁל בָּתִּים וּבְגָדִים וְגוּפִים, וְכֵן אָמְרוּ בְּעִנְיַן הַשְּׁבִיעִית, וְלָזֶה אָמַר אִם תִּרְאֶה צָרוֹת רַבּוֹת בָּאוֹת עָלָיו שֶׁאֵין בָּהֶם קַלּוֹת כַּמִּנְהָג אֶלָּא בָּאוֹת רַבּוֹת מִתְּחִלָּתָם אָז צֵא וּבְדֹק בְּדַיָּנֵי יִשְׂרָאֵל, כִּי קָרוֹב הַדָּבָר שֶׁבָּאִים צָרוֹת בַּעֲבוּר חֵטְא זֶה שֶׁל הַדַּיָּינִים, מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה הֵם שִׁינּוּ הַשִּׁיטָה שֶׁבִּמְקוֹם הַמִּשְׁפָּט שָׁמָּה הָרָשָׁע (קֹהֶלֶת ג, טז), לְכָךְ גַּם הקב"ה שִׁינָּה אֶת הַמִּדָּה הַנְּהוּגָה לְהָבִיא הַקַּל תְּחִלָּה. וּמַה שֶׁאָמַר מֵבִיא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עֲלֵיהֶם שָׁלֹשׁ פֻּרְעָנִיּוֹת, כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ עֲבֵרוֹת שֶׁבְּיָדָם, נִרְאֶה לִי ש לָשָׁה ע בְּרוּת ב יָדָם שְׁלֹשָׁה עֲבֵירוֹת בְּיָדָם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁבַע , וּשְׁלֹשָׁה פֻּורְעָנִיּוֹת גַּם כֵּן רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'שֶׁבַע' שֶׁהוּא ש דֶּה ת חֵרֵשׁ ע יַיִן תִּהְיֶה בָּמוֹת יָעַר, וְאֵלּוּ שָׁלֹשׁ פֻּרְעָנִיּוֹת יִהְיוּ בִּמְקֹמוֹת רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם צִיָּה שֶׁהֵם צ יָוָן י רוֹשְׁלִים ה ר הַבַּיִת, וּבָזֶה יוּבָן (וַיִּקְרָא כו, כז) וְיִסַּרְתִּי אֶתְכֶם אַף אָנִי שֶׁבַע עַל חַטֹּאתֵיכֶם 'שֶׁבַע' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת הַנִּזְכָּר.
Si tu vois une génération sur laquelle viennent de nombreux malheurs, va et examine les juges d'Israël. On peut objecter : il aurait dû dire 'va et vois' ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le terme 'voir' s'applique à une injustice manifeste, pour laquelle on ne peut trouver de circonstance atténuante ; mais le terme 'examiner' désigne une injustice cachée, que l'on ne peut qualifier d'injustice au premier regard : il faut pour cela un examen de l'intelligence, pour savoir s'ils ont commis l'injustice délibérément, ou s'il faut plaider en leur faveur qu'ils ont erré par faiblesse de jugement, ou à cause des ruses de plaideurs habiles, ou pour d'autres raisons. Pour cela il faut un examen rationnel, peser les choses avec réflexion, ou bien monter une plainte fictive avec une autre personne et venir devant eux : ainsi leur conduite te deviendra claire, et s'ils acceptent un pot-de-vin d'argent ou un pot-de-vin de paroles, tout cela te deviendra clair par l'examen. Et pourquoi dit-il 'si tu vois une génération sur laquelle viennent de nombreux malheurs' et non simplement 'des malheurs' ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la voie du Saint, béni soit-Il, est d'apporter d'abord le plus léger, comme l'ont dit nos Maîtres à propos de la tsaraat des maisons, des vêtements et des corps, et de même à propos de la chemita. C'est pourquoi il dit : si tu vois de nombreux malheurs venir sur elle, sans commencer par les plus légers selon l'usage, mais venant nombreux dès le début, alors va et examine les juges d'Israël ; car il est probable que les malheurs viennent à cause de cette faute des juges. Mesure pour mesure : ils ont changé l'ordre, puisque 'au lieu du droit, là se trouve la méchanceté' (Kohelet 3,16) ; c'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, change lui aussi la mesure habituelle d'apporter d'abord le plus léger. Quant à ce qu'il dit : le Saint, béni soit-Il, amène sur eux trois châtiments correspondant aux trois fautes qu'ils ont commises, il me semble que les initiales de chelocha avérot beyadam (trois fautes en leur main) forment cheva (sept), et que les trois châtiments forment aussi en initiales 'cheva' : sade (champ) tehareche (sera labouré), iyin (ruines) tihye, bamot yaar (hauteurs boisées). Et ces trois châtiments seront dans des lieux dont les initiales forment tsiya : Tsion, Yerouchalayim, har haBayit. Ainsi se comprend (Vayikra 26,28) : 'Je vous châtierai moi aussi sept fois (cheva) pour vos fautes' : 'cheva', les initiales mentionnées.
💡 Explication

Début d'un développement aggadique sur la corruption des juges, associé à la fin de 138b (l'oubli de la Torah). Le verset de Michee énumère les fautes des dirigeants : chefs, cohanim, prophètes, tous motivés par le gain.

3
רְשָׁעִים הֵן, אֶלָּא שֶׁתָּלוּ בִּטְחוֹנָם בְּמִי שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם. לְפִיכָךְ, מֵבִיא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עֲלֵיהֶן שָׁלֹשׁ פֻּורְעָנִיּוֹת כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ עֲבֵירוֹת שֶׁבְּיָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָכֵן בִּגְלַלְכֶם צִיּוֹן שָׂדֶה תֵחָרֵשׁ וִירוּשָׁלִַים עִיִּין תִּהְיֶה וְהַר הַבַּיִת לְבָמוֹת יָעַר״.

(Le verset les décrit ainsi) : ils sont méchants, mais ils ont placé leur confiance en Celui qui a parlé et le monde fut. C'est pourquoi le Saint, béni soit-Il, amène sur eux trois châtiments correspondant aux trois fautes qui sont en leur main, ainsi qu'il est dit : 'C'est pourquoi, à cause de vous, Tsion sera labourée comme un champ, Jérusalem deviendra un monceau de ruines, et le mont du Temple des hauteurs boisées' (Michee 3,12).

📜 Rachi (2)
ג' עֲבֵירוֹת בְּשֹׁחַד יִשְׁפּוּטוּ בִּמְחִיר יוֹרוּ וּנְבִיאֶיהָ בְּכֶסֶף יִקְסֹמוּ:
Trois fautes : 'ils jugent pour un pot-de-vin', 'ils enseignent contre salaire', 'ses prophètes prédisent pour de l'argent'.
ג' פֻּורְעָנִיּוֹת שָׂדֶה תֵּחָרֵשׁ עַייֵּן תִּהְיֶה וּלְבָמוֹת יָעַר:
Trois châtiments : 'labourée comme un champ', 'deviendra un monceau de ruines', 'des hauteurs boisées'.
💡 Explication

Rachi aligne les trois fautes du verset 11 sur les trois châtiments du verset 12 (voir le schéma en haut de page). Leur confiance en Hachem ne les dispense pas du châtiment ; elle est mentionnée pour montrer qu'ils se croyaient à l'abri.

4
וְאֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַשְׁרֶה שְׁכִינָתוֹ עַל יִשְׂרָאֵל עַד שֶׁיִּכְלוּ שׁוֹפְטִים וְשׁוֹטְרִים רָעִים מִיִּשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאָשִׁיבָה יָדִי עָלַיִךְ וְאֶצְרֹוף כַּבֹּור סִיגָיִךְ וְאָסִירָה כָּל בְּדִילָיִךְ. וְאָשִׁיבָה שֹׁופְטַיִךְ כְּבָרִאשֹׁונָה וְיֹועֲצַיִךְ כְּבַתְּחִלָּה וְגוֹ׳״.

Et le Saint, béni soit-Il, ne fait pas reposer Sa Chekhina sur Israël tant que les juges et les agents (choterim) mauvais n'ont pas disparu d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'Je ramènerai Ma main sur toi, Je purifierai tes scories comme avec de la potasse, et J'écarterai tous tes alliages. Je rétablirai tes juges comme autrefois et tes conseillers comme au commencement, etc.' (Isaie 1,25-26).

📜 Rachi (1)
וְיוֹעֲצַיִךְ כְּבַתְּחִלָּה וְאַחַר כָּךְ יִקָּרֵא לָךְ עִיר הַצֶּדֶק לִשְׁרוֹת בָּהּ שְׁכִינָה:
Et tes conseillers comme au commencement : et ensuite 'on t'appellera ville de justice', pour que la Chekhina y réside.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַשְׁרֶה שְׁכִינָתוֹ עַל יִשְׂרָאֵל, עַד שֶׁיִּכְלוּ שׁוֹפְטִים וְשׁוֹטְרִים רָעִים מִיִּשְׂרָאֵל. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי הַדָּן דִּין אֱמֶת מְתַקֵּן שֵׁם 'אֲדֹנָי' שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת 'דִּינָא' וְהוּא בְּסוֹד הַשְּׁכִינָה בְּסוֹד 'דִּינָא דְּמַלְכוּתָא דִּינָא' וְלָכֵן שׁוֹפְטִים וְשׁוֹטְרִים הָרָעִים הֵם פּוֹגְמִים בְּשֵׁם זֶה שֶׁהוּא סוֹד הַשְּׁכִינָה, לָכֵן אֵין הקב"ה מַשְׁרֶה שְׁכִינָתוֹ שֶׁהִיא בְּסוֹד שֵׁם אֲדֹנָי עַל יִשְׂרָאֵל בִּשְׁלֵימוּת אֶלָּא עַד שֶׁיִּכְלוּ. וְהָא דְּקָרֵי לֵיהּ סִיג וּבְדִיל כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ א, כה) וְאֶצְרֹף כַּבֹּר סִיגָיִךְ וְאָסִירָה כָּל בְּדִילָיִךְ, נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי חָכְמָה מִסֵּפֶר ע"ג, וְהַשּׁוֹפְטִים הָרָעִים מִשְׁתַּמְּשִׁין בְּחָכְמָה לְהָרַע כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יִרְמְיָהוּ ד, כב) חֲכָמִים הֵמָּה לְהָרַע, וְלָכֵן נִמְצָא מְהַפְּכִים מִסְפַּר חָכְמָה [73] לְמִסְפַּר סִיג [73] שֶׁהוּא מִסְפַּר ע"ג, וְכֵן חֲכָמִים הַטּוֹבִים יוֹנְקִים מִשֵּׁם הוי"ה דְּמִילּוּי יודי"ן אֲשֶׁר מִילּוֹאוֹ מִסֵּפֶר מ"ו [י ו"ד הַ" י ו י"ו הַ" י =46], אַךְ הָרָעִים מְהַפְּכִים מִסְפַּר מ"ו לְמִסְפַּר בְּדִיל [73] כִּי הַחֶשְׁבּוֹן שָׁוֶה.
Le Saint, béni soit-Il, ne fait pas reposer Sa Chekhina sur Israël tant que les mauvais juges et agents n'ont pas disparu d'Israël. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison est que celui qui juge un jugement de vérité répare le Nom Adnout, dont les lettres sont celles de dina (le droit) ; il correspond au sod de la Chekhina, selon le sod de 'dina demalkhouta dina' (la loi du royaume est la loi). C'est pourquoi les mauvais juges et agents portent atteinte à ce Nom, qui est le sod de la Chekhina ; aussi le Saint, béni soit-Il, ne fait pas reposer pleinement sur Israël Sa Chekhina, qui est dans le sod du Nom Adnout, tant qu'ils n'ont pas disparu. Et pourquoi le verset les appelle-t-il sig (scorie) et bedil (alliage), comme il est dit (Isaie 1,25) : 'Je purifierai tes scories comme avec de la potasse et J'écarterai tous tes alliages' ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que 'hokhma (sagesse) vaut 73 ; les mauvais juges se servent de la sagesse pour faire le mal, comme il est dit (Yirmeyahou 4,22) : 'Ils sont sages pour faire le mal'. On les trouve donc transformant le nombre de 'hokhma [73] en celui de sig [73], soit 73. De même, les sages bons puisent au Nom Havaya écrit en plénitude avec des yod, dont la plénitude vaut 46 ; mais les méchants transforment le nombre 46 en celui de bedil, car le compte est égal.
💡 Explication

La présence de la Chekhina est conditionnée à la disparition des mauvais juges. Rachi complète le verset par sa suite : 'ensuite on t'appellera ville de justice'.

5
אָמַר עֻולָּא: אֵין יְרוּשָׁלָיִם נִפְדֵּית אֶלָּא בִּצְדָקָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צִיּוֹן בְּמִשְׁפָּט תִּפָּדֶה וְשָׁבֶיהָ בִּצְדָקָה״.

Oula a dit : Jérusalem ne sera rachetée que par la tsedaka (la justice charitable), ainsi qu'il est dit : 'Tsion sera rachetée par le droit, et ceux qui y reviennent par la tsedaka' (Isaie 1,27).

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר עֻולָּא: אֵין יְרוּשָׁלַיִם נִפְדֵּית, אֶלָּא בִּצְדָקָה שֶׁנֶּאֱמַר: (יְשַׁעְיָהוּ א, כז) "צִיּוֹן בְּמִשְׁפָּט תִּפָּדֶה וְשָׁבֶיהָ בִּצְדָקָה". כָּאן יֵשׁ קֻושְׁיָא יְדוּעָה הוּא קָאָמַר בִּצְדָקָה וּקְרָא אָמַר בְּמִשְׁפָּט? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּעֻולָּא קָאֵי עַל פִּדְיוֹנָהּ הֶעָתִיד שֶׁהוּא אַחַר חֻרְבַּן בַּיִת שֵׁנִי, אַךְ הִיא כְּבָר נִפְדֵּית אַחַר חֻרְבַּן בַּיִת רִאשׁוֹן, וִישַׁעְיָה שֶׁהָיָה קֹודֶם חֻרְבַּן בַּיִת רִאשׁוֹן אָמַר צִיּוֹן בְּמִשְׁפָּט תִּפָּדֶה בְּפַעַם רִאשׁוֹנָה, אַךְ וְשָׁבֶיהָ אַחַר זֶה יָשׁוּב לָהּ הַפִּדְיוֹן בִּשְׁבִיל צְדָקָה, כִּי כֵּיוָן שֶׁאָמַר יָשׁוּב לָהּ הַפִּדְיוֹן פַּעַם שֵׁנִית מֻוכְרָח שֶׁתֶּחְרַב וְיָשׁוּב לָהּ הַפִּדְיוֹן עוֹד הַפַּעַם בִּשְׁבִיל צְדָקָה. אִי נָמֵי קַיְימָא לַן דִּתְרֵין דַּרְגִין אִינּוּן יְרוּשָׁלַיִם לֵאָה, וְצִיּוֹן רָחֵל, וְכֵיוָן דְּהַכָּתוּב אָמַר צִיּוֹן בְּמִשְׁפָּט תִּפָּדֶה וְלֹא זָכַר יְרוּשָׁלַיִם, שְׁמַע מִינָּה יְרוּשָׁלַיִם בִּצְדָקָה.
Oula a dit : Jérusalem ne sera rachetée que par la tsedaka, ainsi qu'il est dit (Isaie 1,27) : 'Tsion sera rachetée par le droit, et ceux qui y reviennent par la tsedaka'. Il y a ici une difficulté connue : lui dit 'par la tsedaka', et le verset dit 'par le droit' ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Oula parle de la délivrance future, postérieure à la destruction du second Temple ; mais elle a déjà été rachetée après la destruction du premier Temple. Yechayahou, qui vivait avant la destruction du premier Temple, a dit 'Tsion sera rachetée par le droit' pour la première fois ; mais 'ceux qui y reviennent' : après cela, la délivrance lui reviendra grâce à la tsedaka. Puisqu'il dit que la délivrance lui reviendra une seconde fois, il faut qu'elle soit détruite et que la délivrance lui revienne encore grâce à la tsedaka. Autre explication : il est établi que ce sont deux niveaux : Jérusalem est Léa et Tsion est Rachel ; puisque le verset dit 'Tsion sera rachetée par le droit' sans mentionner Jérusalem, on en déduit que Jérusalem le sera par la tsedaka.
💡 Explication

Oula lit la seconde moitié du verset : la délivrance passe par la tsedaka, qui désigne ici la justice active et la charité.

6
אָמַר רַב פָּפָּא: אִי בָּטְלִי יְהִירֵי — בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי. אִי בָּטְלִי דַּיָּינֵי — בָּטְלִי גְּזִירְפָּטֵי.

Rav Papa a dit : si les arrogants (yehirei) disparaissent, les amgouchei (prêtres du feu perses) disparaîtront ; si les juges (corrompus) disparaissent, les gazirpatei (officiers de corvée) disparaîtront.

📜 Rachi (2)
אִי בָּטְלִי יְהִירֵי יִשְׂרָאֵל מִתְייַהֲרִים בִּבְלוֹרִית וּבְמַלְבּוּשֵׁי יְהִירוּת כַּפָּרָשִׁים הַלָּלוּ:
Si les arrogants disparaissent : les Juifs qui font les fiers avec une mèche de cheveux (belorit) et des vêtements d'orgueil, comme ces cavaliers (perses).
בַּטֻּולֵּי אַמְגּוּשֵׁי יִבָּטְלוּ מְסִיתִים וּמַדִּיחִים הַמַּשְׂנִיאִים אוֹתָנוּ:
Les amgouchei disparaîtront : disparaîtront les incitateurs et séducteurs qui nous rendent haïs.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִי בָּטְלִי יְהִירֵי, בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּכָל הַמִּתְגָּאֶה כְּאִלּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה (שַׁבָּת קה:), נִמְצָא עַל יְדֵי גַּאֲוָה מוּסָפִין כֹּחַ בִּקְלִיפַּת הַמִּינִין הַמּוֹשְׁכִין הָאָדָם לַעֲבוֹדָה זָרָה, וּלְכָךְ אִי בָּטְלִי יְהִירֵי בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי שֶׁהֵם הַמִּינִין. וּלְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל שֶׁפֵּירֵשׁ בְּסַנְהֶדְרִין צ"ח אַמְגּוּשֵׁי 'מְכַשֵּׁף' וְכֵן הוּא בְּמַחֲלֹוקֶת רַב וּשְׁמוּאֵל לְעֵיל, נִרְאֶה לִי הַטַּעַם דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לָמָּה נִקְרָא שְׁמָם כְּשָׁפִים שֶׁמַּכְחִישִׁים בְּפָּמַלְייָא שֶׁל מַעְלָה וְכֵן עֲוֹן הַגַּאֲוָה, לָכֵן אִי בָּטְלִי יְהִירֵי בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בְּסֵפֶר קְהִילַּת יַעֲקֹב זַ"ל כֹּחַ הַחֶסֶד מְבַטֵּל הַכְּשָׁפִים, לָכֵן חַלּוֹן זִיהֲרָא שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] הַחֶסֶד מְבַטֵּל כֹּחַ הַכְּשָׁפִים וְשֵׁבֶט יְהוּדָה דְּיוֹנֵק מֵחַלּוֹן זֶה מְבַטֵּל כְּשָׁפִים (וְעַיֵּין זֹוהַר תְּרוּמָה קמב) וְזֶה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סַנְהֶדְרִין סז:) שָׁאנֵי רַבִּי חֲנִינָא דִּנְפִישׁ זְכוּתֵיהּ, שֶׁעַל יְדֵי רִבּוּי זְכִיּוֹתָיו הַגְּבִיר עָלָיו כֹּחַ הַחֶסֶד שֶׁהַמִּצְוֹת הֵם מִיָּמִין וְעַל יְדֵי כֹּחַ הַחֶסֶד דִּידֵיהּ בִּיטֵּל הַכְּשָׁפִים עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ עַייֵּן שָׁם. וְיָדוּעַ מַה שֶׁכָּתַב מהרח"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל] זַ"ל שֶׁהַגַּאֲוָה נִמְשֶׁכֶת מִיְּסוֹד הָאֵשׁ, וְלָכֵן עַל יְדֵי הַגַּאֲוָה מַגְבִּירִים כֹּחַ הַגְּבוּרָה בָּעוֹלָם, וְלָזֶה אָמַר כָּל הַמִּתְגָּאֶה מֵבִיא חֲרוֹן אַף, אֲבָל הֶעָנָיו הוּא מִצַּד הַחֶסֶד מִגְּבִיר הַחֶסֶד בָּעוֹלָם, לָכֵן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁהָיָה כֻּולּוֹ מִצַּד הַחֲסָדִים כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת ב, ב) וַתֵּרֶא אֹתוֹ כִּי טוֹב הוּא, הָיָה עָנָיו מְאֹד, וְכֵן אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה שֶׁהָיָה בְּחֶסֶד הָיָה עָנָיו מְאֹד, וְזֶה שֶׁאָמַר אִי בָּטְלִי יְהִירֵי שֶׁאָז גּוֹבֵר הַחֶסֶד בָּעוֹלָם אָז בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי הַמְכַשְּׁפִים, כִּי בְּתִגְבֹּורֶת הַחֶסֶד יִתְבַּטֵּל הַכְּשָׁפִים.
Si les arrogants disparaissent, les amgouchei disparaissent. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison est que quiconque s'enorgueillit est comme s'il servait l'idolâtrie (Chabbat 105b) ; ainsi, par l'orgueil, on ajoute de la force à la kelipa des minim, qui attirent l'homme vers l'idolâtrie. C'est pourquoi, si les arrogants disparaissent, les amgouchei, qui sont les minim, disparaissent. Et selon l'explication de Rachi, qui explique en Sanhédrin 98 amgouchei par 'sorcier', et il en est ainsi dans la discussion de Rav et Chmouel plus haut, il me semble que la raison est celle qu'ont donnée nos Maîtres : pourquoi la sorcellerie s'appelle-t-elle kechafim ? Parce qu'elle contredit la cour d'en haut ; et il en est de même de la faute d'orgueil. C'est pourquoi, si les arrogants disparaissent, les amgouchei disparaissent. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, d'après ce que j'ai écrit dans le livre Kehilat Yaakov : la force du 'hessed annule la sorcellerie ; c'est pourquoi la fenêtre de lumière, qui est le sod du 'hessed, annule la force de la sorcellerie, et la tribu de Yehouda, qui puise à cette fenêtre, annule la sorcellerie (voir Zohar Terouma 142). C'est ce qu'ont dit nos Maîtres (Sanhédrin 67b) : 'Rabbi Hanina est différent, car son mérite est grand' : par l'abondance de ses mérites, la force du 'hessed s'est renforcée sur lui, car les mitsvot sont du côté droit, et par la force de son 'hessed il a annulé la sorcellerie ; fin de citation, voir là-bas. Et l'on sait ce qu'a écrit notre maître Rabbi Haim Vital : l'orgueil dérive de l'élément du feu ; c'est pourquoi, par l'orgueil, on renforce la force de la guevoura dans le monde. C'est pourquoi il est dit : quiconque s'enorgueillit amène la colère ; mais l'humble, qui est du côté du 'hessed, renforce le 'hessed dans le monde. C'est pourquoi Moche Rabbenou, qui était tout entier du côté des hassadim, comme il est dit (Chemot 2,2) : 'Elle vit qu'il était bon', était très humble ; de même Avraham avinou, qui était dans le 'hessed, était très humble. C'est ce qu'il dit : si les arrogants disparaissent, alors le 'hessed l'emporte dans le monde, et alors les amgouchei, les sorciers, disparaissent, car par la domination du 'hessed la sorcellerie est annulée.
💡 Explication

Rav Papa pose deux correspondances : l'orgueil d'Israël donne prise aux persécuteurs religieux (amgouchei), la corruption des juges donne prise aux officiers oppresseurs (gazirpatei). Les deux segments suivants en donnent les sources.

7
אִי בָּטְלִי יְהִירֵי בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי — דִּכְתִיב: ״וְאֶצְרֹוף כְּבוֹר סִיגֶיךָ״.

Si les arrogants disparaissent, les amgouchei disparaîtront : car il est écrit : 'Je purifierai tes scories (sigayikh) comme avec de la potasse' (et la suite : 'J'écarterai tous tes alliages, bedilayikh').

📜 Rachi (1)
סֻגְיָךְ הֵם גַּסֵּי הָרוּחַ שֶׁמְּגַדְּלִין עַצְמָן לְשׁוֹן יִשְׂגֶּה מְאֹד (אִיּוֹב ח׳:ז׳) וְאַחַ"כּ וְאָסִירָה כָּל בְּדִילֶיךָ אֵלּוּ אוֹתָם הַמַּבְדִּילִים שׂוֹנְאֵי יִשְׂרָאֵל מִן הקב"ה בְּשִׁקְרֵיהֶם וּבְפַחֲזוּתָם:
Tes scories (sigayikh) : ce sont les orgueilleux qui se grandissent eux-mêmes, du terme 'yisgue meod' (grandira beaucoup, Iyov 8,7). Et ensuite : 'J'écarterai tous tes alliages' : ce sont ceux qui séparent (mavdilim), les ennemis d'Israël, (Israël) du Saint, béni soit-Il, par leurs mensonges et leur légèreté.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִי בָּטְלִי יְהִירֵי, בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּכָל הַמִּתְגָּאֶה כְּאִלּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה (שַׁבָּת קה:), נִמְצָא עַל יְדֵי גַּאֲוָה מוּסָפִין כֹּחַ בִּקְלִיפַּת הַמִּינִין הַמּוֹשְׁכִין הָאָדָם לַעֲבוֹדָה זָרָה, וּלְכָךְ אִי בָּטְלִי יְהִירֵי בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי שֶׁהֵם הַמִּינִין. וּלְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל שֶׁפֵּירֵשׁ בְּסַנְהֶדְרִין צ"ח אַמְגּוּשֵׁי 'מְכַשֵּׁף' וְכֵן הוּא בְּמַחֲלֹוקֶת רַב וּשְׁמוּאֵל לְעֵיל, נִרְאֶה לִי הַטַּעַם דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לָמָּה נִקְרָא שְׁמָם כְּשָׁפִים שֶׁמַּכְחִישִׁים בְּפָּמַלְייָא שֶׁל מַעְלָה וְכֵן עֲוֹן הַגַּאֲוָה, לָכֵן אִי בָּטְלִי יְהִירֵי בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בְּסֵפֶר קְהִילַּת יַעֲקֹב זַ"ל כֹּחַ הַחֶסֶד מְבַטֵּל הַכְּשָׁפִים, לָכֵן חַלּוֹן זִיהֲרָא שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] הַחֶסֶד מְבַטֵּל כֹּחַ הַכְּשָׁפִים וְשֵׁבֶט יְהוּדָה דְּיוֹנֵק מֵחַלּוֹן זֶה מְבַטֵּל כְּשָׁפִים (וְעַיֵּין זֹוהַר תְּרוּמָה קמב) וְזֶה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סַנְהֶדְרִין סז:) שָׁאנֵי רַבִּי חֲנִינָא דִּנְפִישׁ זְכוּתֵיהּ, שֶׁעַל יְדֵי רִבּוּי זְכִיּוֹתָיו הַגְּבִיר עָלָיו כֹּחַ הַחֶסֶד שֶׁהַמִּצְוֹת הֵם מִיָּמִין וְעַל יְדֵי כֹּחַ הַחֶסֶד דִּידֵיהּ בִּיטֵּל הַכְּשָׁפִים עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ עַייֵּן שָׁם. וְיָדוּעַ מַה שֶׁכָּתַב מהרח"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל] זַ"ל שֶׁהַגַּאֲוָה נִמְשֶׁכֶת מִיְּסוֹד הָאֵשׁ, וְלָכֵן עַל יְדֵי הַגַּאֲוָה מַגְבִּירִים כֹּחַ הַגְּבוּרָה בָּעוֹלָם, וְלָזֶה אָמַר כָּל הַמִּתְגָּאֶה מֵבִיא חֲרוֹן אַף, אֲבָל הֶעָנָיו הוּא מִצַּד הַחֶסֶד מִגְּבִיר הַחֶסֶד בָּעוֹלָם, לָכֵן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁהָיָה כֻּולּוֹ מִצַּד הַחֲסָדִים כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת ב, ב) וַתֵּרֶא אֹתוֹ כִּי טוֹב הוּא, הָיָה עָנָיו מְאֹד, וְכֵן אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה שֶׁהָיָה בְּחֶסֶד הָיָה עָנָיו מְאֹד, וְזֶה שֶׁאָמַר אִי בָּטְלִי יְהִירֵי שֶׁאָז גּוֹבֵר הַחֶסֶד בָּעוֹלָם אָז בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי הַמְכַשְּׁפִים, כִּי בְּתִגְבֹּורֶת הַחֶסֶד יִתְבַּטֵּל הַכְּשָׁפִים.
Si les arrogants disparaissent, les amgouchei disparaissent. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison est que quiconque s'enorgueillit est comme s'il servait l'idolâtrie (Chabbat 105b) ; ainsi, par l'orgueil, on ajoute de la force à la kelipa des minim, qui attirent l'homme vers l'idolâtrie. C'est pourquoi, si les arrogants disparaissent, les amgouchei, qui sont les minim, disparaissent. Et selon l'explication de Rachi, qui explique en Sanhédrin 98 amgouchei par 'sorcier', et il en est ainsi dans la discussion de Rav et Chmouel plus haut, il me semble que la raison est celle qu'ont donnée nos Maîtres : pourquoi la sorcellerie s'appelle-t-elle kechafim ? Parce qu'elle contredit la cour d'en haut ; et il en est de même de la faute d'orgueil. C'est pourquoi, si les arrogants disparaissent, les amgouchei disparaissent. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, d'après ce que j'ai écrit dans le livre Kehilat Yaakov : la force du 'hessed annule la sorcellerie ; c'est pourquoi la fenêtre de lumière, qui est le sod du 'hessed, annule la force de la sorcellerie, et la tribu de Yehouda, qui puise à cette fenêtre, annule la sorcellerie (voir Zohar Terouma 142). C'est ce qu'ont dit nos Maîtres (Sanhédrin 67b) : 'Rabbi Hanina est différent, car son mérite est grand' : par l'abondance de ses mérites, la force du 'hessed s'est renforcée sur lui, car les mitsvot sont du côté droit, et par la force de son 'hessed il a annulé la sorcellerie ; fin de citation, voir là-bas. Et l'on sait ce qu'a écrit notre maître Rabbi Haim Vital : l'orgueil dérive de l'élément du feu ; c'est pourquoi, par l'orgueil, on renforce la force de la guevoura dans le monde. C'est pourquoi il est dit : quiconque s'enorgueillit amène la colère ; mais l'humble, qui est du côté du 'hessed, renforce le 'hessed dans le monde. C'est pourquoi Moche Rabbenou, qui était tout entier du côté des hassadim, comme il est dit (Chemot 2,2) : 'Elle vit qu'il était bon', était très humble ; de même Avraham avinou, qui était dans le 'hessed, était très humble. C'est ce qu'il dit : si les arrogants disparaissent, alors le 'hessed l'emporte dans le monde, et alors les amgouchei, les sorciers, disparaissent, car par la domination du 'hessed la sorcellerie est annulée.
💡 Explication

Le verset d'Isaie rapproche deux termes : sigim (scories), lu comme les orgueilleux, et bedilim (alliages), lu comme ceux qui séparent Israël de Hachem. L'épuration des premiers entraîne l'éloignement des seconds.

8
אִי בָּטְלִי דַּייָּנֵי בָּטְלִי גְּזִירְפָּטֵי — דִּכְתִיב: ״הֵסִיר ה׳ מִשְׁפָּטַיִךְ פִּנָּה אֹויְבֵךְ״.

Si les juges disparaissent, les gazirpatei disparaîtront : car il est écrit : 'Hachem a écarté tes jugements, Il a éloigné ton ennemi' (Tsefania 3,15).

📜 Rachi (3)
בָּטְלִי דַּיָּינֵי רְשָׁעִים מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁמַּטִּין דִּין:
Si les juges disparaissent : les méchants d'Israël qui faussent le jugement.
בָּטְלִי מֵעַל יִשְׂרָאֵל:
Disparaîtront : de dessus Israël.
גְּזִירְפָּטֵי נוֹגְשֵׂי שׁוֹטְרֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים:
Gazirpatei : les oppresseurs, les agents des idolâtres.
💡 Explication

Les 'jugements' écartés sont les juges iniques ; leur disparition entraîne celle de l'ennemi, c'est-à-dire des officiers étrangers qui oppriment Israël.

9
אָמַר רַבִּי מַלַּאי מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: מַאי דִכְתִיב ״שָׁבַר ה׳ מַטֵּה רְשָׁעִים שֵׁבֶט מֹושְׁלִים״. ״שָׁבַר ה׳ מַטֵּה רְשָׁעִים״ — אֵלּוּ הַדַּייָּנִין שֶׁנַּעֲשׂוּ מַקֵּל לְחַזָּנֵיהֶם. ״שֵׁבֶט מוֹשְׁלִים״ — אֵלּוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁבְּמִשְׁפְּחוֹת הַדַּייָּנִין. מַר זוּטְרָא אָמַר: אֵלּוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁמְלַמְּדִים הִלְכוֹת צִיבּוּר לְדַייָּנֵי בּוּר.

Rabbi Malai a dit au nom de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon : que signifie ce qui est écrit : 'Hachem a brisé le bâton des méchants, le sceptre des dominateurs' (Isaie 14,5) ? 'Hachem a brisé le bâton des méchants' : ce sont les juges qui sont devenus un bâton pour leurs huissiers (hazanim). 'Le sceptre des dominateurs' : ce sont les talmidei hakhamim qui sont dans les familles des juges. Mar Zoutra a dit : ce sont les talmidei hakhamim qui enseignent des halakhot publiques à des juges ignorants (dayanei bour).

📜 Rachi (3)
שֶׁנַּעֲשׂוּ מַקֵּל לְחַזָּנֵיהֶם לְשַׁמָּשֵׁיהֶן נוֹתְנִין יָד וְהָוְיָין לָהֶן לְחֹוזֶק לוֹמַר לֹא אֶהְיֶה שָׁלִיחַ וְאַזְמִין אֶת פְּלוֹנִי לב"ד אִם לֹא תַּרְבֶּה שָׂכָר וְאַחַר פְּסַק דִּין לֹא אֶרְדֶנּוּ לִיכָּנֵס לְמַשְׁכְּנוֹ:
Qui sont devenus un bâton pour leurs huissiers : ils soutiennent leurs serviteurs et leur servent d'appui, (si bien que l'huissier peut) dire : je ne serai pas l'envoyé pour convoquer untel au tribunal si tu n'augmentes pas mon salaire ; et après le jugement : je ne descendrai pas entrer (chez lui) pour saisir son gage.
שֵׁבֶט מוֹשְׁלִים מַקֵּל אֶגְרוֹפִין שֶׁל מוֹשְׁלִים הַייְנוּ דִּינִים רְשָׁעִים שת"ח שֶׁבְּמִשְׁפְּחוֹתָם לָהֶם לְמַקֵּל וּלְאֶגְרוֹף שֶׁעַל יְדֵיהֶם הָיוּ מַעֲמִידִין אוֹתָן וּמְחַפִּין עֲלֵיהֶם וְעוֹשִׂין סָנֵיגְרוֹן לְדִבְרֵיהֶם:
Le sceptre des dominateurs : le bâton de poing des dominateurs, c'est-à-dire les juges méchants, pour qui les talmidei hakhamim de leur famille sont un bâton et un poing : c'est par eux qu'ils les maintenaient en place, les couvraient et plaidaient en faveur de leurs paroles.
לְדַייָּנֵי בּוֹר שֶׁבְּהַבְטָחַת אוֹתָן ת"ח מַעֲמִידִין דַּייָּנֵי בּוֹר לָדוּן אֶת כָּל הַבָּא וְהַרְבֵּה דִּינִין שֶׁאֵין נִמְלָכִים בָּהֶן וּמַטִּין אוֹתָן:
À des juges ignorants : grâce à la caution de ces talmidei hakhamim, on nomme des juges ignorants qui jugent quiconque se présente ; et dans beaucoup de procès ils ne consultent personne et faussent le jugement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"שָׁבַר ה' מַטֵּה רְשָׁעִים", אֵלּוּ הַדִּינִים, שֶׁנַּעֲשׂוּ מַקֵּל לְחַזָּנֵיהֶם. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּנָקֵיט בְּהוּ לְשׁוֹן מַקֵּל, דְּאִיתָא בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ פָּרָשַׁת מִשְׁפָּטִים שֶׁהַדַּייָּנִים הֵם כְּנֶגֶד שְׁלשָׁה אָבוֹת הָעוֹלָם עַיֵּין שָׁם. וּמֵאַחַר דְּהַדַּייָּנִים נִמְשְׁלוּ לִשְׁלֹשָׁה אָבוֹת וּצְרִיכִים לֶאֱחֹוז מַעֲשֵׂה אָבוֹת שֶׁהוּא הָאֱמֶת וְהַיֹּושֶׁר, וְלָכֵן אֵלּוּ הָרָעִים שֶׁלֹּא אָחֲזוּ מַעֲשֵׂה אָבוֹת לֹא לָקְחוּ מֵהָאָבוֹת אֶלָּא אוֹתִיּוֹת 'מַקֵּל' שֶׁהֵם סוֹף שְׁמוֹת אֶבְרָה ם יִצַּח ק יִשְׂרָא ל , שֶׁלָּקְחוּ אוֹתִיּוֹת אֵלּוּ לְהָרַע בָּהֶם לִהְיוֹת מַקֵּל לְחַזָּנֵיהֶם, אַךְ הַכָּתוּב עַצְמוֹ כִּינָּה אוֹתָם בְּשֵׁם 'מַטֶּה ' דִּכְתִיב מַטֵּה רְשָׁעִים, וְהַיְינוּ כִּי זֶה הַדַּייָּן שֶׁהוּא דָּן אֶת בַּעֲלֵי דִּינִים הַבָּאִים לְפָנָיו כְּדֵי לְהֵטִיב לַשַּׁמָּשִׁים וְסוֹפְרִים שֶׁלּוֹ, הִנֵּה מִתְהַפֵּךְ אֶצְלוֹ מִסְפַּר דָּן [54] לְמִסְפַּר מַטֵּה [54] , וְכִינָּה שַׁמָּשִׁים שֶׁלָּהֶם בְּשֵׁם 'רְשָׁעִים' כִּי הֵם בְּעַצְמָם רָעִים אַךְ כּוֹחָם מִן הַשּׁוֹפֵט הָרָמוּז בָּאוֹת ש' , וְאִם תַּנִּיחַ ש' בְּתוֹךְ רָעִים יִהְיֶה צֵירוּף רְשָׁעִים :
'Hachem a brisé le bâton des méchants' : ce sont les juges qui sont devenus un bâton (makel) pour leurs huissiers. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle on emploie pour eux le terme makel est qu'il est rapporté dans le saint Zohar, parachat Michpatim, que les juges correspondent aux trois Patriarches du monde, voir là-bas. Puisque les juges sont comparés aux trois Patriarches et doivent tenir l'œuvre des Patriarches, qui est la vérité et la droiture, ces mauvais, qui n'ont pas tenu l'œuvre des Patriarches, n'ont pris des Patriarches que les lettres de makel (mem, kof, lamed), qui sont les fins des noms AvrahaM, YitshaK, YisraeL : ils ont pris ces lettres pour faire le mal et être un bâton pour leurs huissiers. Mais le verset lui-même les a désignés par le mot matte, puisqu'il est écrit 'matte rechaim' : le juge qui juge les plaideurs venus devant lui pour avantager ses serviteurs et ses scribes transforme en lui le nombre de dan (juger) [54] en celui de matte [54]. Et il appelle leurs serviteurs rechaim (méchants) car ils sont eux-mêmes raim (mauvais), mais leur force vient du juge (chofet), évoqué par la lettre chin : si l'on place le chin au milieu de raim, on obtient rechaim.
💡 Explication

Deux complices de l'injustice : les juges qui couvrent les abus de leurs huissiers, et les talmidei hakhamim qui leur servent d'appui. Selon Mar Zoutra, ces savants donnent un vernis de compétence à des juges ignorants, ce qui les maintient en place.

10
אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן מַלַּאי מִשּׁוּם רֵישׁ לָקִישׁ: מַאי דִכְתִיב ״כִּי כַפֵּיכֶם נְגֹאֲלוּ בַדָּם וְאֶצְבְּעוֹתֵיכֶם בֶּעָוֹן, שִׂפְתוֹתֵיכֶם דִּבְּרוּ שֶׁקֶר לְשׁוֹנְכֶם עַוְלָה תֶהְגֶּה״.

Rabbi Eliezer ben Malai a dit au nom de Rech Lakich : que signifie ce qui est écrit : 'Car vos paumes sont souillées de sang et vos doigts de faute ; vos lèvres ont dit le mensonge, votre langue murmure l'iniquité' (Isaie 59,3) ?

11
״כִּי כַפֵּיכֶם נְגֹואֲלוּ בַדָּם״ — אֵלּוּ הַדַּיָּינִין. ״וְאֶצְבְּעוֹתֵיכֶם בְּעָוֹן״ — אֵלּוּ סוֹפְרֵי הַדַּיָּינִין. ״שִׂפְתּוּתֵיכֶם דִּבְּרוּ שָׁקֶר״ — אֵלּוּ עוֹרְכֵי הַדַּיָּינִין. ״לְשׁוֹנְכֶם עוֹלָה תֶּהְגֶּה״ — אֵלּוּ בַּעֲלֵי דִּינִין.

'Car vos paumes sont souillées de sang' : ce sont les juges. 'Et vos doigts de faute' : ce sont les scribes des juges. 'Vos lèvres ont dit le mensonge' : ce sont les conseillers juridiques (orkhei hadayanin). 'Votre langue murmure l'iniquité' : ce sont les plaideurs (baalei dinin).

📜 Rachi (3)
כַּפֵּיכֶם נְגֹואֲלוּ בַדָּם אֵלּוּ הַדַּיָּינִין שֶׁכַּפֵּיהֶן פְּשׁוּטִין לְקַבֵּל שֹׁוחַד וּמַטִּין אֶת הַדִּין וְנוֹטְלִין מָמוֹן מִן הַבְּעָלִים שֶׁלֹּא כַּדִּין וְנוֹתְנוֹ לְשֶׁכְּנֶגְדּוֹ וַהֲרֵי הוּא כְּנוֹטֵל נִשְׁמָתוֹ:
Vos paumes sont souillées de sang, ce sont les juges : leurs paumes sont tendues pour recevoir le pot-de-vin ; ils faussent le jugement, prennent de l'argent au propriétaire contrairement à la loi et le donnent à la partie adverse : c'est comme s'il lui prenait la vie.
סוֹפְרֵי הַדַּיָּינִין שֶׁכּוֹתְבִין שְׁטָרוֹת שֶׁל רְמִיָּה:
Les scribes des juges : qui rédigent des actes trompeurs.
עוֹרְכֵי הַדַּיָּינִין מְלַמְּדִין אֶת בַּעֲלֵי דִּינִין לִטְעוֹן:
Les conseillers juridiques : ils enseignent aux plaideurs comment plaider.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"כִּי כַפֵּיכֶם נְגֹאֲלוּ בַדָּם", אֵלּוּ הַדִּינִים. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי עַל דִּין הָאֱמֶת קַייָּמִים שָׁמַיִם וָאָרֶץ, וְיָדוּעַ כִּי שָׁמַיִם וָאָרֶץ נִבְרְאוּ בּ'כֹּב' [22] אוֹתִיּוֹת הַתּוֹרָה וְכָתַבְתִּי לְעֵיל שֶׁהֵם ב' בְּחִינוֹת אבג"ד וְתַשְׁרָ"ק, וּב' פְּעָמִים כ"ב מ"ד [44] , וְאֵלּוּ הַדָּנִין שֶׁקֶר מְהַפְּכִים 'מד' לְ'דַם'. וְהָא דְּנָקֵיט דִּינִים תְּחִלָּה אַף עַל גַּב דְּעוֹרְכֵי הַדַּייָּנִים הֵם מְקַלְקְלִים תְּחִלָּה? נִרְאֶה לִי דְּאִם לֹא הָיוּ הַדַּייָּנִים רָעִים לֹא הָיָה מוֹעִיל שִׂפְתֵי שֶׁקֶר וּלְשׁוֹן עַוְלָה שֶׁל עוֹרְכֵי הַדַּיָּינִים וּבַעֲלֵי דִּינִים, עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ (גִּיטִּין מה.) לָאו עַכְבְּרָא גַּנָּב אֶלָּא חוֹרָא גַּנָּב.
'Car vos paumes sont souillées de sang' : ce sont les juges. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le ciel et la terre subsistent par le jugement de vérité ; et l'on sait que le ciel et la terre ont été créés par les vingt-deux [22] lettres de la Torah, et j'ai écrit plus haut qu'elles sont selon deux aspects, alef-bet-guimel-dalet et tav-chin-rech-kof ; deux fois vingt-deux font mem-dalet [44]. Ceux qui jugent faussement renversent 'mem-dalet' en 'dam' (sang). Et pourquoi mentionne-t-il les juges en premier, alors que ce sont les conseillers des juges qui corrompent en premier ? Il me semble que si les juges n'étaient pas mauvais, les lèvres de mensonge et la langue d'iniquité des conseillers et des plaideurs ne serviraient à rien, selon ce qu'on a dit (Guittin 45a) : ce n'est pas la souris qui vole, c'est le trou qui vole.
💡 Explication

Rech Lakich répartit le verset entre les quatre acteurs d'un procès corrompu. Rachi justifie le mot 'sang' : prendre injustement l'argent de quelqu'un équivaut à lui prendre la vie.

🖼️ Schéma
Isaie 59,3 : chaque membre, un acteur du procès Vos mains souillées de sang les juges tendent la main vers le pot-de-vin Vos doigts dans la faute les scribes rédigent des actes trompeurs Vos lèvres disent le mensonge les conseillers enseignent aux parties quoi plaider Votre langue murmure l'iniquité les plaideurs soutiennent de fausses prétentions
Isaie 59,3 : chaque membre du corps désigne un acteur du procès (Rachi).
12
וְאָמַר רַבִּי מַלַּאי מִשּׁוּם רַבִּי יִצְחָק מַגְדְּלָאָה: מִיּוֹם שֶׁפֵּירַשׁ יוֹסֵף מֵאֶחָיו לֹא טָעַם טַעַם יַיִן, דִּכְתִיב: ״וּלְקָדְקֹד נְזִיר אֶחָיו״.

Et Rabbi Malai a dit au nom de Rabbi Yitshak de Migdal : depuis le jour où Yossef s'est séparé de ses frères, il n'a pas goûté au vin, car il est écrit : 'Et sur le sommet de la tête de celui qui fut séparé (nezir) de ses frères' (Berechit 49,26).

🪔 Ben Yehoyada (1)
מִיּוֹם שֶׁפֵּרַשׁ יוֹסֵף מֵאֶחָיו, לֹא טָעַם טַעַם יַיִן. נִרְאֶה לִי בס"ד יַיִן נִיתָּן לְמָרֵי נֶפֶשׁ, וּמֵאַחַר שֶׁהָיָה בְּצָרָה שֶׁהוּא פָּרוּשׁ מֵאָבִיו וְסוֹבֵל יִסּוּרִין הַרְבֵּה בְּדָבָר זֶה, גַּם בַּיָּמִים שֶׁמָּלַךְ בְּמִצְרַיִם שֶׁקָּשֶׁה עָלָיו פְּרִידָתוֹ שֶׁל אָבִיו, לְכָךְ אִם הָיָה שׁוֹתֶה יַיִן הָיָה נֶחְשָׁב לְמַר נֶפֶשׁ, וּבֶאֱמֶת לֹא הָיָה מַר נֶפֶשׁ כִּי הָיָה מְקַבֵּל יִסּוּרִין אֵילּוּ בְּשִׂמְחָה וּמַאֲמִין שֶׁהֵם לְטוֹבָה. אִי נָמֵי נִכְנַס יַיִן יָצָא סוֹד (סַנְהֶדְרִין לח.), וְלָכֵן מֻוכְרָח שֶׁלֹּא יִשְׁתֶּה יַיִן כְּלָל, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשְׁתַּכֵּר חָס וְחָלִילָה בְּאֵיזֶה פַּעַם וִיגַלֶּה הַסּוֹד שֶׁל מְכִירָה שֶׁמְּכָרוּהוּ אָחִיו. אִי נָמֵי הוּא הָיָה מִתְפַּלֵּל כָּל שָׁעָה וְשָׁעָה עַל אֶחָיו שֶׁלֹּא יִהְיוּ נִזּוֹקִין בַּעֲבוּר עֲוֹן מְכִירָתוֹ, וְלֹא קָבַע זְמַן לִתְפִלָּה זוֹ אֶלָּא כָּל שָׁעָה וְשָׁעָה מִן הַיּוֹם וְהַלַּיְלָה הָיָה מִתְפַּלֵּל, וּלְכָךְ פֵּירַשׁ מִן הַיַּיִן לְגַמְרֵי דְּשִׁכּוֹר אַל יִתְפַּלֵּל. וּבָזֶה נִיחָא מַה דִּסְמִיךְ לָזֶה דְּרָשָׁה (שְׁמוֹת ד, יד) וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ.
Depuis le jour où Yossef s'est séparé de ses frères, il n'a pas goûté au vin. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le vin est donné à ceux qui ont l'âme amère ; puisqu'il était dans la détresse, séparé de son père et endurant de grandes souffrances de ce fait, même aux jours où il régnait en Égypte, car la séparation d'avec son père lui était pénible, s'il avait bu du vin il aurait été considéré comme un homme à l'âme amère ; or en vérité il n'avait pas l'âme amère, car il acceptait ces souffrances avec joie et croyait qu'elles étaient pour le bien. Autre explication : quand le vin entre, le secret sort (Sanhédrin 38a) ; il devait donc ne pas boire de vin du tout, de peur qu'il ne s'enivre, à D.ieu ne plaise, une fois où l'autre, et ne révèle le secret de la vente par laquelle ses frères l'avaient vendu. Autre explication : il priait à chaque instant pour ses frères, afin qu'ils ne soient pas frappés pour la faute de sa vente ; et il ne fixait pas de moment pour cette prière, mais priait à chaque heure du jour et de la nuit. C'est pourquoi il s'abstint entièrement du vin, car l'homme ivre ne doit pas prier. Ainsi s'explique que l'on juxtapose à cela l'enseignement (Chemot 4,14) : 'Il te verra et se réjouira en son cœur'.
💡 Explication

Le mot nezir est lu au sens de nazir : Yossef, séparé de ses frères, s'est conduit en nazir et s'est abstenu de vin. L'enseignement suivant discute si ses frères ont fait de même.

13
רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא אָמַר: אַף הֵן לֹא טָעֲמוּ טַעַם יַיִן, דִּכְתִיב: ״וְיִשְׁתּוּ וְיִשְׂכְּרוּ עִמּוֹ״, מִכְּלָל דְּעַד הָאִידָּנָא לָא הֲוָה שִׁיכְרוּת. וְאִידָךְ, שִׁיכְרוּת הוּא דְּלָא הֲוָה, שְׁתִיָּה מִיהָא הֲוָה.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina a dit : eux aussi n'ont pas goûté au vin, car il est écrit : 'Ils burent et s'enivrèrent avec lui' (Berechit 43,34) ; on en déduit que jusqu'alors il n'y avait pas eu d'ivresse. Et l'autre (Rabbi Malai) ?

C'est d'ivresse qu'il n'y avait pas eu ; mais boire, ils buvaient.

📜 Rachi (1)
עִמּוֹ מִכְּלָל דְּעַד הַשְׁתָּא לָא:
Avec lui : on en déduit que jusqu'à présent, non.
💡 Explication

Le mot 'avec lui' indique une nouveauté liée aux retrouvailles avec Yossef. Pour R. Yossi b. R. Hanina, les frères s'abstenaient de boire ; pour R. Malai, seulement de s'enivrer.

14
וְאָמַר רַבִּי מְלַאי: בִּשְׂכַר ״וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ״, זָכָה לְחֹשֶׁן הַמִּשְׁפָּט עַל לִבּוֹ.

Et Rabbi Malai a dit : en récompense de 'Il te verra et se réjouira en son cœur' (Chemot 4,14), (Aharon) a mérité le pectoral du jugement (hochen hamichpat) sur son cœur.

📜 Rachi (1)
זָכָה לַחֹשֶׁן הַמִּשְׁפָּט שֶׁכְּנֶגֶד הַלֵּב שֶׁהָיָה גָּדוֹל מִמֶּנּוּ וְקֹודֶם לְמֹשֶׁה נִגְלֵית שְׁכִינָה עַל אַהֲרֹן כְּדִכְתִיב (שְׁמוּאֵל א ב׳:כ״ז) הֲנִגְלֹה נִגְלֵיתִי אֶל בֵּית אָבִיךָ וְנֶאֶמְרָה לוֹ נְבוּאָה שֶׁל מִצְרַיִם הַכְּתֻובָּה (בִּיתֶזְקֶאל כ) עַד וַיַּמְרוּ בֵּי ואעפ"כ לֹא נִתְקַנֵּא בּוֹ בָּזֹאת:
Il a mérité le pectoral du jugement : qui est face au cœur. Car il était plus âgé que lui, et avant Moche la Chekhina s'était révélée à Aharon, comme il est écrit (Chmouel I 2,27) : 'Ne me suis-Je pas révélé à la maison de ton père', et la prophétie sur l'Égypte lui avait été dite, celle qui est écrite (en Ye'hezkel 20) jusqu'à 'ils se rebellèrent contre Moi' ; et malgré cela, il ne fut pas jaloux de lui à ce sujet.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּשָׂכָר "וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ", זָכָה לְחֹשֶׁן הַמִּשְׁפָּט עַל לִבּוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד בְּמִלּוּי אוֹתִיּוֹת לב [ל מֵ ״ ד ב י ״ ת ] יֵשׁ אוֹתִיּוֹת תָּמִיד , רָמַז לוֹ שֶׁשִּׂמְחָתוֹ הִיא תְּמִידִית וְלֹא בְּאַקְרַאי, וּלְכָךְ זָכָה לְחֹשֶׁן הַמִּשְׁפָּט עַל לִבּוֹ, דִּכְתִיב בֵּיהּ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת כ״ח:ל׳' ל) וְנָשָׂא אַהֲרֹן אֶת מִשְׁפַּט בְּנֵי יִשְׂרָאֵל עַל לִבּוֹ לִפְנֵי ה' תָּמִיד'. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַלֵּב הוּא עֲשִׂירִי לַעֲשָׂרָה שַׁלִּיטִים שֶׁבַּגּוּף, שֶׁהֵם מוֹחַ וְחֹוטֶם פֶּה וּשְׁנֵי עֵינַיִם וּשְׁנֵי אָזְנַיִם וּשְׁנֵי יָדַיִם וְלֵב שֶׁהוּא אַחַר הַיָּדַיִם, וּלְכָךְ בְּשָׂכָר וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ שֶׁהוּא עֲשִׂירִי נוֹסָף עָשָׂר [10] עַל 'שָׂמֵחַ' [348] וְנַעֲשָׂה 'חֹשֶׁן' [358] .
En récompense de 'Il te verra et se réjouira en son cœur', il a mérité le pectoral du jugement sur son cœur. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans la plénitude des lettres de lev (cœur) [lamed-mem-dalet, bet-yod-tav] se trouvent les lettres de tamid (toujours) : allusion au fait que sa joie était permanente et non occasionnelle ; c'est pourquoi il a mérité le pectoral du jugement sur son cœur, dont il est écrit (Chemot 28,30) : 'Aharon portera le jugement des enfants d'Israël sur son cœur devant Hachem, toujours (tamid)'. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que le cœur est le dixième des dix gouvernants du corps, qui sont : le cerveau, le nez, la bouche, les deux yeux, les deux oreilles, les deux mains, et le cœur qui vient après les mains. C'est pourquoi, en récompense de 'il se réjouira (samah) en son cœur', qui est le dixième, on ajoute dix [10] à samah [348] et l'on obtient hochen (pectoral) [358].
💡 Explication

Mesure pour mesure : Aharon, l'aîné et déjà prophète, s'est réjoui en son cœur de la nomination de Moche ; il a reçu le hochen porté sur le cœur. Rachi souligne qu'il avait des raisons d'être jaloux, et qu'il ne l'a pas été.

15
שְׁלַחוּ לֵיהּ בְּנֵי בָּשְׁכָּר לְלֵוִי: כִּילָּה מַהוּ? כְּשׁוּתָא בְּכַרְמָא מַהוּ? מֵת בְּיוֹם טוֹב מַהוּ?

Les gens de Bashkar envoyèrent à Levi (ces questions) : une kila (ciel de lit), quelle est la règle ? Le houblon (kechouta) dans la vigne, quelle est la règle ?

Un mort un jour de fête (yom tov), quelle est la règle ?

📜 Rachi (3)
בְּנֵי בְּשָׂכָר שֵׁם מָקוֹם:
Les gens de Bashkar : nom d'un lieu.
כִּילָּה מַהוּ לִנְטוֹתָהּ בְּשַׁבָּת:
Une kila, quelle est la règle : la déployer le Chabbat.
כְּשׁוּתָא הַיְמֻלּוּן שֶׁגָּדֵל עַל הַהֵגֶא מַהוּ בְּכַרְמָא יָרָק הוּא וְכִלְאַיִם בְּכֶרֶם אוֹ אִילָן הוּא וְאֵינוֹ כִּלְאַיִם בְּכֶרֶם:
Kechouta : le houblon qui pousse sur le buisson (hega). Quelle est la règle dans la vigne : est-ce un légume, et donc kilayim dans la vigne, ou un arbre, et donc pas kilayim dans la vigne ?
⚖️ Rosh (1)
וְאִידָךְ מַאי הִיא דְּתַנְיָא כִּירָה שֶׁנִּשְׁמְטָה אַחַת מִיַּרְכוֹתֶיהָ מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ בְּשַׁבָּת. שְׁתַּיִם אָסוּר לְטַלְטְלָהּ בְּשַׁבָּת. וְרַב אָמַר אֲפִילּוּ אַחַת אָסוּר לְטַלְטְלָהּ. גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְקַע וַהֲלָכָה כְּרַב. תּוֹרָה מַאי הִיא דְּאָמַר רַב עֲתִידָה תּוֹרָה שֶׁתִּשְׁתַּכַּח מִיִּשְׂרָאֵל שֶׁנֶּאֱמַר וְהִפְלָא ה' אֶת מַכֹּותְךָ הַפְלָאָה זוֹ אֵינִי יוֹדֵעַ מַהוּ כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר הִנְנִי יוֹסִיף לְהַפְלִיא אֶת הָעָם הַזֶּה הַפְלֵא וָפֶלֶא וְאָבְדָה חָכְמַת חֲכָמָיו הֱוֵי אוֹמֵר הַפְלָאָה זוֹ תּוֹרָה. שְׁלַחוּ לֵיהּ בְּנֵי בָּשְׁכָּר לְלֵוִי כִּילָּה מַהוּ כְּשׁוּתָא בְּכַרְמָא מַהוּ מֵת בְּיוֹם טוֹב מַהוּ. אַדְּאָזֵיל נָח נַפְשֵׁיהּ דְּלֵוִי. אֲמַר לֵיהּ שְׁמוּאֵל לְרַב מְנַשֶּׁה אִי חַכִּימַתְּ שְׁלַח לְהוּ. שְׁלַח לְהוּ כִּילָּה חָזַרְנוּ עַל כָּל צִידֶּיהָ וְלֹא מָצָאנוּ לָהּ שׁוּם הֶיתֵּר. וְלִישְׁלַח לְהוּ כַּרְמִי בַּר יְחֶזְקֵאל. לְפִי שֶׁאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה. כְּשׁוּתָא בְּכַרְמָא עֵירוּבָא. וְלִישְׁלַח לְהוּ כִּדְרַבִּי טַרְפוֹן דְּתַנְיָא רַבִּי טַרְפוֹן אוֹמֵר אֵינָם כִּלְאַיִם בַּכֶּרֶם וַחֲכָמִים אוֹמְרִים כִּלְאַיִם בַּכֶּרֶם וקי"ל כָּל הַמֵּיקֵל בָּאָרֶץ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּחוּץ לָאָרֶץ. לְפִי שֶׁאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה. מֵת בְּיוֹם טוֹב לֹא יִתְעַסְּקוּ בּוֹ לֹא יְהוּדָאִין וְלֹא אַרְמָאִין לֹא ביו"ט רִאשׁוֹן וְלֹא ביו"ט שֵׁנִי. וְלִישְׁלַח לְהוּ כִּדְרָבָא דְּאָמַר רָבָא מֵת ביו"ט רִאשׁוֹן יִתְעַסְּקוּ בּוֹ נָכְרִים ביו"ט שֵׁנִי יִתְעַסְּקוּ בּוֹ יִשְׂרָאֵל וְאַפֵּי' ביו"ט שֵׁנִי שֶׁל ר"ה. לְפִי שֶׁאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גֻּורְיָא מִתְעַטֵּף אָדָם בְּכִילָּה וּבַכֵּיסְכָסִים וְיוֹצֵא בָּהּ לרה"ר בְּשַׁבָּת וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ. ומ"ש מִדְּרַב הוּנָא דְּאָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב הַיּוֹצֵא בְּטַלִּית שֶׁאֵינָהּ מְצֻוייֶּצֶת כְּהִלְכְתָא בְּשַׁבָּת חַייָּב חַטָּאת. צִיצִית לְגַבֵּי טַלִּית חֲשִׁיבִי וְלָא בָּטְלִי הָנֵי לָא חֲשִׁיבִי וּבָטְלִי. וּרְצוּעוֹת הַתְּלוּיוֹת בְּאַבְנֵט נִרְאֶה דְּלָא חֲשִׁיבִי וּבָטְלִי. וְאִם הָיוּ שֶׁל מֶשִׁי חֲשִׁיבִי וְלָא בָּטְלִי אֶלָּא א"כ קוֹשֵׁר בָּהֶן בָּתֵּי שׁוֹקַיִים:
Et l'autre (enseignement), quel est-il ? Comme il a été enseigné : un réchaud (kira) dont l'un des pieds s'est détaché, il est permis de le déplacer le Chabbat ; deux, il est interdit de le déplacer le Chabbat. Et Rav a dit : même un seul, il est interdit de le déplacer, par décret (gezera), de peur qu'il ne l'enfonce ; et la halakha est selon Rav. La Torah, qu'est-ce ? Comme Rav a dit : la Torah est destinée à être oubliée d'Israël, ainsi qu'il est dit : 'Hachem rendra extraordinaires (vehifla) tes plaies' ; cette 'hafla'a', je ne sais pas ce que c'est ; quand il est dit : 'Voici que Je continue à agir de manière extraordinaire avec ce peuple, prodige sur prodige, et la sagesse de ses sages se perdra', dis donc que cette hafla'a, c'est la Torah. Les gens de Bashkar envoyèrent à Levi : une kila, quelle est la règle ? Le houblon dans la vigne, quelle est la règle ? Un mort un jour de fête, quelle est la règle ? Pendant qu'on allait (porter la question), Levi mourut. Chmouel dit à Rav Menachia : si tu es sage, envoie-leur (la réponse). Il leur envoya : la kila, nous avons fait le tour de tous ses aspects et ne lui avons trouvé aucune permission. Qu'il leur envoie donc selon Rami bar Ye'hezkel ! Parce qu'ils ne sont pas des bnei Torah. Le houblon dans la vigne : c'est un mélange (kilayim). Qu'il leur envoie donc selon Rabbi Tarfon ! Car il a été enseigné : Rabbi Tarfon dit : ce n'est pas kilayim dans la vigne, et les Sages disent : c'est kilayim dans la vigne ; et nous tenons que quiconque allège en terre d'Israël, la halakha est selon lui hors de la terre d'Israël. Parce qu'ils ne sont pas des bnei Torah. Un mort un jour de fête : ne s'en occuperont ni Juifs ni Araméens, ni le premier jour de fête ni le second jour de fête. Qu'il leur envoie donc selon Rava, car Rava a dit : un mort le premier jour de fête, des non-Juifs s'en occuperont ; le second jour de fête, des Juifs s'en occuperont, et même le second jour de fête de Roch Hachana. Parce qu'ils ne sont pas des bnei Torah. Rabba bar Rav Houna a dit au nom de Rav Hama bar Gouria : un homme peut s'envelopper d'une kila et de kiskhassim (étoffes à franges) et sortir ainsi dans le domaine public le Chabbat, sans crainte. En quoi est-ce différent de ce qu'a dit Rav Houna au nom de Rav : celui qui sort le Chabbat avec un talit dont les tsitsit ne sont pas conformes à la halakha est passible d'un sacrifice hatat ? Les tsitsit, par rapport au talit, sont importants et ne s'annulent pas ; ceux-ci ne sont pas importants et s'annulent. Et les lanières qui pendent à la ceinture, il semble qu'elles ne sont pas importantes et s'annulent ; mais si elles sont de soie, elles sont importantes et ne s'annulent pas, à moins qu'on ne s'en serve pour attacher les bas.
💡 Explication

Retour à la halakha et à la kila (138a-b). Trois questions : déployer un ciel de lit le Chabbat (ohel) ; le houblon dans la vigne, dont le statut (légume ou arbre) décide s'il y a kilei hakerem ; et l'enterrement d'un mort un jour de fête.

Le Roch résume tout le passage et tranche : la kila et les étoffes à franges portées sur le corps s'annulent comme vêtement, à la différence des tsitsit du talit.

16
אַדְּאָזֵיל נָח נַפְשֵׁיהּ דְּלֵוִי. אָמַר שְׁמוּאֵל לְרַב מְנַשְּׁיָא: אִי חֲכִימַתְּ, שְׁלַח לְהוּ. שְׁלַח לְהוּ: כִּילָּה — חָזַרְנוּ עַל כָּל צִידֵּי כִּילָּה וְלֹא מָצִינוּ לָהּ צַד הֶיתֵּר.

Pendant qu'on allait (porter la question), Levi mourut. Chmouel dit à Rav Menachia : si tu es sage, envoie-leur (la réponse).

Il leur envoya : la kila, nous avons fait le tour de tous les aspects de la kila et ne lui avons trouvé aucun aspect permis.

💡 Explication

Rav Menachia répond de façon générale et stricte : aucun moyen de déployer la kila le Chabbat.

17
וְלִישְׁלַח לְהוּ כִּדְרָמֵי בַּר יְחֶזְקֵאל! לְפִי שֶׁאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה.

Qu'il leur envoie donc (la permission) selon Rami bar Ye'hezkel ! Parce qu'ils ne sont pas des bnei Torah.

📜 Rachi (3)
וְלִישְׁלַח לְהוּ צַד הֶיתֵּר בָּהּ:
Qu'il leur envoie donc : un aspect permis.
כִּדְרָמֵי בַּר יְחֶזְקֵאל כָּרַךְ עָלֶיהָ חוּט אוֹ מְשִׁיחָה:
Selon Rami bar Ye'hezkel : (qui permet si) on y a enroulé un fil ou une corde.
וּמְשַׁנֵּי לְפִי שֶׁאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה וּמְקִילִּי טְפֵי:
Et il répond : parce qu'ils ne sont pas des bnei Torah : et ils allégeraient davantage.
💡 Explication

La méthode de Rami bar Ye'hezkel (138b) permet de déployer une kila déjà reliée à un fil avant Chabbat. Rav Menachia la tait : des gens peu instruits (einam bnei Torah) étendraient la permission à des cas interdits.

18
כְּשׁוּתָא בְּכַרְמָא — עִירְבּוּבָא. וְלִישְׁלַח לְהוּ כִּדְרַבִּי טַרְפוֹן? דְּתַנְיָא: כְּשׁוּת, רַבִּי טִרְפוֹן אוֹמֵר: אֵין כִּלְאַיִם בְּכֶרֶם. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: כִּלְאַיִם בְּכֶרֶם. וְקַיְימָא לָן: כָּל הַמֵּיקֵל בָּאָרֶץ, הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּחוּץ לָאָרֶץ! לְפִי שֶׁאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה.

Le houblon dans la vigne : c'est un mélange (irbouva, kilayim). Qu'il leur envoie donc selon Rabbi Tarfon !

Car il a été enseigné : le houblon : Rabbi Tarfon dit : ce n'est pas kilayim dans la vigne ; et les Sages disent : c'est kilayim dans la vigne. Et nous tenons : quiconque allège en terre d'Israël, la halakha est selon lui hors de la terre d'Israël !

Parce qu'ils ne sont pas des bnei Torah.

📜 Rachi (2)
עִירְבּוּבָא כִּלְאַיִם:
Irbouva : kilayim.
וקי"ל בִּבְרָכוֹת בְּפֶרֶק כֵּיצַד גַּבֵּי עָרְלָה וה"ה לְכִלְאַיִם שֶׁאַף הִיא מִצְוָה הַתְּלוּיָה בָּאָרֶץ וְאֵינָהּ נוֹהֶגֶת מִן הַתּוֹרָה אֶלָּא בָּאָרֶץ:
Et nous tenons : en Berakhot, au chapitre Keitsad, à propos de la orla ; et il en est de même pour les kilayim, car c'est aussi une mitsva dépendante de la terre, qui ne s'applique selon la Torah qu'en terre d'Israël.
🗂️ Tossefot (1)
וְלִישְׁלַח לְהוּ כר"ט הָא לָא פָּרֵיךְ לִישְׁלַח לְהוּ כַּר' יֹאשִׁיָּה דְּאָמַר אֵינוֹ חַייָּב עַד שֶׁיִּזְרַע חִטָּה וּשְׂעוֹרָה וְחַרְצָן בְּמַפֹּולֶת יָד דְּשֶׁמָּא הֵם לֹא שָׁאֲלוּ כְּשׁוּתָא בְּכַרְמָא מַהוּ אֶלָּא הֵיכָא שֶׁעָשָׂה כְּדִין אִיסּוּר כִּלְאַיִם ג' מִינִים כְּאֶחָד וְעוֹד שֶׁמָּא לָא ס"ל כַּר' יֹאשִׁיָּה ואע"ג דקי"ל כַּר' יֹאשִׁיָּה בספ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף לט.) א"ל לָא צָהֲרִיתוּ [לָא] קי"ל כַּר' יֹאשִׁיָּה וְאָמַר נָמֵי בִּבְרָכוֹת פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ (בְּרָכוֹת דַּף כב.) נָהוּג עָלְמָא כִּתְלָת סָבֵי כַּר' אִילְעַי בְּרֵאשִׁית הַגֵּז כְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה בְּכִלְאַיִם כַּר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא בְּדִבְרֵי תוֹרָה מִיהוּ י"ל שֶׁלֹּא הָיוּ סְבוּרִין כֵּן דְּהָא קָאָמַר נָמֵי נָהוּג כְּרַבִּי יְהוּדָה בְּדִבְרֵי תּוֹרָה וְאַפֵּ"ה פְּלִיגִי עָלֶיהָ אָמוֹרָאֵי טוּבָא בִּשְׁמַעְתָּא דְּהָתָם וְקָאָמַר נָמֵי כְּרַבִּי אִילְעַי בְּרֵאשִׁית הַגֵּז דְּאָמַר אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בָּאָרֶץ וְאַפֵּ"ה אָמְרִינַן בְּחֻולִּין בְּשִׁילְהֵי פ' הַזְּרוֹעַ (חֻולִּין דַּף קלב.) אָמַר רַב חִסְדָּא הַאי טַבָּחָא דְּלָא מַפְרֵישׁ מַתְּנָתָא לֶיהֱוֵי בְּשַׁמְתָּא דֶּה' אֱ-לֹהֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַר נָמֵי דְּרָבָא קְנִיס אַטְּמֵא וַאֲפִילּוּ רַב נַחְמָן גּוּפֵיהּ דְּאָמַר נָהוּג עָלְמָא כִּתְלָת סָבֵי אָמַר הָתָם דְּקָנֵיס גְּלִימָא וא"ת נְהִי דְּלָא ס"ל כַּר' יֹאשִׁיָּה מ"מ לִישְׁלַח לְהוּ כְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה דְּכָל הַמֵּיקֵל בָּאָרֶץ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּחוּ"ל וי"ל דְּלָא שַׁיָּיךְ לְמֵימַר הָכִי אֶלָּא בְּמִין שֶׁל אִיסּוּר דְּהַמַּתִּירוֹ חוֹשְׁבוֹ מִין הֶיתֵּר בָּאָרֶץ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּחוּ"ל אֲבָל בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ תָּלוּי אֶלָּא בִּזְרִיעָה חִטָּה וּשְׂעוֹרָה וְחַרְצָן בְּמַפֹּולֶת יָד בְּהָא לֹא אָמַר הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ בְּחוּ"ל. מ"ר:
Qu'il leur envoie donc selon R. Tarfon : il n'objecte pas 'qu'il leur envoie selon Rabbi Yochiya', qui dit qu'on n'est passible que si l'on sème du blé, de l'orge et un pépin de raisin d'un seul jet de la main. Car peut-être ils n'ont demandé 'le houblon dans la vigne, quelle est la règle ?' que dans le cas où l'on a agi selon la règle de l'interdit de kilayim, trois espèces à la fois. De plus, peut-être (Rav Menachia) ne tenait-il pas comme Rabbi Yochiya. Et bien que nous tenions comme Rabbi Yochiya, à la fin du premier chapitre de Kiddouchin (39a) : 'il lui dit : n'avez-vous pas... ? nous tenons comme Rabbi Yochiya', et on dit aussi en Berakhot, chapitre Mi chemeto (22a) : 'le monde à pris l'usage selon trois anciens : comme Rabbi Ilai pour les prémices de la tonte, comme Rabbi Yochiya pour les kilayim, comme Rabbi Yehouda ben Beteira pour les paroles de Torah' ; on peut toutefois dire qu'ils (les gens de Bashkar ou Rav Menachia) ne pensaient pas ainsi. En effet, on dit aussi : 'on a pris l'usage selon Rabbi Yehouda pour les paroles de Torah', et malgré cela de nombreux Amoraim le contestent dans le passage de là-bas ; et on dit aussi 'comme Rabbi Ilai pour les prémices de la tonte', qui dit que cela ne s'applique qu'en terre d'Israël, et malgré cela on dit en Houlin a la fin du chapitre Hazeroa (132a) : Rav Hisda a dit : ce boucher qui ne prélève pas les dons (du cohen) sera mis au ban (chamta) de Hachem, D.ieu d'Israël ; et on dit aussi que Rava pénalisait (en saisissant) une cuisse, et même Rav Nahman lui-même, qui dit 'le monde à pris l'usage selon trois anciens', dit là-bas qu'il pénalisait (en saisissant) un manteau. Et si tu demandes : admettons qu'il ne tienne pas comme Rabbi Yochiya, qu'il leur envoie tout de même selon Rabbi Yochiya, puisque quiconque allège en terre d'Israël, la halakha est selon lui hors de la terre ? On peut répondre qu'on ne dit cela que pour une espèce interdite : celui qui la permet la considère comme une espèce permise en terre d'Israël, et la halakha est selon lui hors de la terre ; mais dans une chose qui dépend seulement de la manière de semer, blé, orge et pépin de raisin d'un seul jet, on ne dit pas que la halakha est selon lui hors de la terre. (Ainsi l'explique) mon maître.
💡 Explication

Le houblon relève des kilei hakerem selon les Sages. R. Tarfon le permet ; or kilayim est une mitsva dépendante de la terre : hors d'Israël, on suit l'avis le plus léger. La léniance existait donc, mais Rav Menachia la tait pour la même raison.

Tossefot explique pourquoi la Guemara n'invoque pas aussi R. Yochiya : la règle 'on suit celui qui allège' vaut pour le statut d'une espèce, pas pour la manière de semer.

19
מַכְרִיז רַב: הַאי מַאן דְּבָעֵי לְמִיזְרַע כְּשׁוּתָא בְּכַרְמָא — לִיזְרַע. רַב עַמְרָם חֲסִידָא מְנַגֵּיד עִילָּוֵיהּ.

Rav faisait proclamer : celui qui veut semer du houblon dans la vigne, qu'il sème. Rav Amram Hassida faisait donner des coups de fouet (malkout) pour cela.

🗂️ Tossefot (1)
רַב עַמְרָם חֲסִידָא מְנַגֵּיד עֲלָהּ רַב מְשַׁרְשְׁיָא יָהֵיב לֵיהּ פְּרוּטָה לְנָכְרִי כו' קַשְׁיָא לִי אַמַּאי הָא אָמְרִינַן לְעֵיל דַּהֲלָכָה כר"ט דְּמֵיקֵל בְּחוּ"ל וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּבִמְקוֹמָם לֹא הָיוּ בְּנֵי תּוֹרָה:
Rav Amram Hassida faisait fouetter pour cela ; Rav Mesharshia donnait une peruta à un (enfant) non-juif, etc. : cela me fait difficulté : pourquoi, alors qu'on a dit plus haut que la halakha est selon R. Tarfon, qui allège hors de la terre ? Il faut dire que, dans leur lieu, ils n'étaient pas des bnei Torah.
💡 Explication

Deux pratiques opposées : Rav applique publiquement la règle 'hors d'Israël on suit celui qui allège' ; Rav Amram Hassida sévit (makat mardout, coups de fouet rabbiniques). Tossefot concilie : chez Rav Amram, le public n'était pas instruit.

20
רַב מְשַׁרְשְׁיָא יָהֵיב לֵיהּ פְּרוּטָה לְתִינוֹק גּוֹי וְזָרַע לֵיהּ. וְלִיתֵּן לֵיהּ לְתִינוֹק יִשְׂרָאֵל! אָתֵי לְמִיסְרַךְ: וְלִיתֵּן לֵיהּ לְגָדוֹל גּוֹי! אָתֵי לְאִיחַלּוּפֵי בְּיִשְׂרָאֵל.

Rav Mesharshia donnait une peruta à un enfant non-juif, et celui-ci semait pour lui. Qu'il la donne donc à un enfant juif !

Il prendrait l'habitude (ateit lemisrakh). Qu'il la donne donc à un adulte non-juif !

On viendrait à le confondre avec un Juif.

📜 Rachi (1)
יָהֵיב פְּרוּטָה לְתִינוֹק נָכְרִי קָסָבַר בְּחוּץ לָאָרֶץ שָׁרִי וּמִיהוּ כָּל כַּמָּה דְּאֶפְשָׁר מְשַׁנֵּי שֶׁלֹּא יִלְמְדוּ לְהָקֵל:
Il donnait une peruta à un enfant non-juif : il pensait qu'hors de la terre (d'Israël) c'est permis ; mais autant que possible, il faisait une modification, pour qu'on n'apprenne pas à alléger.
🗂️ Tossefot (1)
וְלִיתֵּן לֵיהּ לְתִינוֹק יִשְׂרָאֵל אוֹמֵר רַבִּי שֶׁקַּבָּלָה הוּא בְּיָדֵינוּ שֶׁזֶּה הַמַּקְשֶׁה רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב וְהַיְינוּ הָא דְּאָמַר בְּעֵירוּבִין בְּשִׁילְהֵי בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף מ: וְשָׁם) גַּבֵּי בִּרְכַּת זְמַן עַל הַכּוֹס ביוה"כ דִּמְפָרֵשׁ הָתָם דְּלָא אֶפְשָׁר דְּהֵיכִי לֶיעֱבֵיד כו' לִיתְּבֵיהּ לְתִינוֹק לֵית הִלְכְתָא כְּרַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב דִּילְמָא אָתֵי לְמִיסְרַךְ וְלֹא מָצִינוּ בְּמָקוֹם אַחֵר דְּאִית לֵיהּ לְרַב אֲחָא הַאי סְבָרָא וי"מ דְּהוּא הַהוּא דְּפֶ' בָּתְרָא דְּנִדָּה (דַּף ס':) דְּאַתְקִין בִּימָמָא דִּתְמָנְיָא מִשּׁוּם גַּנָּבֵי וְלָא חָיְישִׁינַן לְסֶרֶךְ בִּתָּהּ בִּמְקוֹם צֹורֶךְ וְלָא נְהִירָא דְּמַאי שְׁנָא דְּנָקֵיט טְפֵי רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב מִכָּל שְׁאָר אָמוֹרָאֵי דְּהָתָם וְעַל הַהִיא דְּהָתָם אוֹמֵר ר"ת שֶׁמֻּותָּר לִיתֵּן לְתִינוֹק לִשְׁתּוֹת כּוֹס שֶׁל בְּרָכָה כִּי מִיקְלַע מִילָה ביוה"כ וְלָא חָיְישִׁינַן דִּילְמָא אָתֵי לְמִיסְרַךְ כֵּיוָן שֶׁאֵין זֶה מִנְהָג [בְּקָבוּעַ] וְלָא דָּמֵי לְכוֹס דיוה"כ דְּאִי הֲווֹ יָהֲבִי לֵיהּ אָתֵי לְמִיסְרַךְ אַף כְּשֶׁיִּהְיֶה גָּדוֹל כֵּיוָן שֶׁעוֹשִׂין מִנְהָג לִשְׁתּוֹת בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה ביוה"כ:
Qu'il la donne donc à un enfant juif : Rabbenou dit que nous avons une tradition selon laquelle celui qui objecte ici est Rav Aha bar Yaakov. C'est ce qu'on dit en Erouvin, a la fin du chapitre Bakol meervin (40b), à propos de la bénédiction de zeman sur la coupe à Yom Kippour, où l'on explique là-bas que ce n'est pas possible, car comment ferait-on, etc. : 'la donner à un enfant ? la halakha n'est pas selon Rav Aha bar Yaakov, (qui dit) il prendrait l'habitude' ; et nous ne trouvons pas ailleurs que Rav Aha tienne ce raisonnement. D'autres expliquent qu'il s'agit du passage du dernier chapitre de Nida (66b), où l'on institua (l'immersion) le huitième jour, en journée, à cause des voleurs, et on ne craint pas que sa fille prenne l'habitude, en cas de nécessité. Ce n'est pas convaincant : pourquoi mentionnerait-on Rav Aha bar Yaakov plutôt que tous les autres Amoraim de là-bas ? Et au sujet de ce passage-là, Rabbenou Tam dit qu'il est permis de donner à boire la coupe de bénédiction à un enfant quand une circoncision tombe à Yom Kippour, et l'on ne craint pas qu'il prenne l'habitude, car ce n'est pas un usage fixe. Ce n'est pas comparable à la coupe de Yom Kippour (pour zeman) : si on la lui donnait, il prendrait l'habitude même une fois adulte, puisqu'on en ferait un usage de boire chaque année à Yom Kippour.
💡 Explication

Rav Mesharshia tient que c'est permis hors d'Israël, mais choisit l'exécutant qui évite deux risques : l'habitude (sirkha) chez l'enfant juif, et la confusion entre un adulte non-juif et un Juif aux yeux du public.

🖼️ Schéma
Qui sème le houblon dans la vigne ? Enfant non-juif Choisi par Rav Mesharshia pour une peruta Enfant juif Rejeté : il s'habituerait (ateit lemisrakh) Adulte non-juif Rejeté : on le prendrait pour un Juif Permis hors d'Israël (Rachi), mais on évite que le public apprenne à alléger.
Rav Mesharshia : pourquoi un enfant non-juif, et pas un enfant juif ni un adulte non-juif.
21
מֵת — שָׁלַח לְהוּ: מֵת לֹא יִתְעַסְּקוּ בּוֹ לֹא יְהוּדָאִין וְלֹא אַרְמָאִין, לֹא בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן וְלֹא בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי.

Le mort : il leur envoya : un mort, ne s'en occuperont ni Juifs ni Araméens (non-Juifs), ni le premier jour de fête ni le second jour de fête.

💡 Explication

Réponse stricte sur l'enterrement un jour de fête. La Guemara va objecter (segment suivant) un cas où l'on a permis, et montrer que Rav Menachia a encore tu une léniance (celle de Rava, citée par le Roch).

22
אֵינִי?! וְהָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה בַּר שִׁילַת אָמַר רַבִּי אַסִּי: עוֹבָדָא הֲוָה בְּבֵי כְּנִישְׁתָּא דְּמָעוֹן בְּיוֹם טוֹב הַסָּמוּךְ לַשַּׁבָּת,

Est-ce bien ainsi ? Rabbi Yehouda bar Cheilat n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Assi : il y eut un cas dans la synagogue de Maon, un jour de fête attenant au Chabbat,

💡 Explication

La phrase se poursuit en 139b : un mort est survenu, et l'on a permis que des non-Juifs s'en occupent le premier jour.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).