Sougya : Le daf achรจve les rรฉponses de Rav Menachya aux gens de Bechkar : un mort le yom tov est confiรฉ ร des non-Juifs le premier jour et ร des Juifs le second, mais on leur a refusรฉ ces permissions parce qu'ils n'รฉtaient pas bnei Torah. On peut sortir enveloppรฉ d'une kila avec ses laniรจres, qui s'annulent, ร la diffรฉrence de tsitsit non conformes.
La Guemara traite ensuite de la haarama (stratagรจme) : la passoire suspendue pour des grenades, la biรจre de hol hamoed, et l'รฉrudit Rav Houna qui ruse dans des interdits derabanan. La michna du chapitre Toline permet de filtrer le vin dans des linges et un panier, de passer un ลuf dans la passoire ร moutarde et de prรฉparer l'anomalin ; la Guemara en fixe les limites.
et je ne sais pas si c'รฉtait avant lui (le Chabbat) ou aprรจs lui. Ils vinrent devant Rabbi Yo'hanan, qui leur dit : que des non-Juifs (amemin) s'occupent de lui.
Fin d'un rรฉcit commencรฉ en 139a : un mort le yom tov, jour attenant au Chabbat. Le narrateur ignore si le yom tov prรฉcรฉdait ou suivait le Chabbat. Rachi montre que dans les deux cas l'enterrement ne pouvait attendre : soit il aurait fallu attendre aprรจs Chabbat, soit le mort avait dรฉjร attendu un jour. Rabbi Yo'hanan permet donc de le faire enterrer par des non-Juifs.
Rava dit : un mort le premier jour de yom tov, que des non-Juifs s'occupent de lui ; le deuxiรจme jour de yom tov, que des Juifs s'occupent de lui, et mรชme le deuxiรจme jour de yom tov de Roch Hachana, ce qui n'est pas le cas pour l'ลuf. (Si on l'a interdit aux gens de Bechkar, c'est) parce qu'ils ne sont pas des bnei Torah.
Rava distingue le premier jour de yom tov, de la Torah, oรน seul un non-Juif peut enterrer, du deuxiรจme jour (yom tov cheni de la diaspora), d'ordre rabbinique, oรน les Sages ont permis aux Juifs eux-mรชmes de s'en occuper par รฉgard pour le mort. Cela vaut mรชme pour Roch Hachana, dont les deux jours sont d'ordinaire traitรฉs comme un seul long jour (yoma arikhta) : un ลuf pondu le premier jour y reste interdit le second.
La derniรจre phrase rรฉpond ร la question de 139a : pourquoi Rav Menachya n'a-t-il pas transmis cette permission aux gens de Bechkar ? Parce qu'ils n'รฉtaient pas bnei Torah et en auraient tirรฉ des conclusions trop larges. Tossefot rapporte que Rabbeinou Tam, ร partir de la conclusion de Ravina en Beitsa 6a, interdisait en pratique l'enterrement par des Juifs le deuxiรจme jour ; sa phrase finale sur Melun se lit probablement comme un reproche.
Rabbi Avin bar Rav Houna dit au nom de Rav Hama bar Gouria : un homme peut s'envelopper dans une kila (moustiquaire) et ses kiskassim (laniรจres) et sortir dans le domaine public le Chabbat, sans crainte.
La kila est un voile de lit ; ses kiskassim sont les laniรจres qui servent ร la tendre. Portรฉe comme un manteau, elle est un vรชtement et on peut sortir avec. La question porte sur les laniรจres, inutiles ร cet usage : sont-elles un masoui (fardeau) qu'on transporte dans le domaine public ? Rav Hama bar Gouria rรฉpond que non.
En quoi est-ce diffรฉrent de (l'enseignement de) Rav Houna ? Car Rav Houna dit au nom de Rav : celui qui sort le Chabbat avec un talit qui n'a pas de tsitsit conformes ร la halakha est passible d'un hatat (sacrifice expiatoire) !
Les tsitsit, par rapport au talit, sont importants et ne s'annulent pas ; celles-ci ne sont pas importantes et s'annulent.
Objection : un talit dont les tsitsit ne sont pas valables (par exemple trois coins sur quatre) rend passible d'un hatat, car ces fils sont un fardeau distinct du vรชtement. Pourquoi les laniรจres de la kila ne le seraient-elles pas ?
Rรฉponse : un รฉlรฉment accessoire s'annule (batel) par rapport au vรชtement quand il n'a pas de valeur propre. Les tsitsit sont importants (Rachi : fils de tekhelet ; Rabbeinou Hananel : on compte complรฉter le quatriรจme coin), les laniรจres ne le sont pas. Tossefot en tire une permission pratique pour les laniรจres pendant ร la ceinture.
Rabba bar Rav Houna dit : un homme peut user d'un stratagรจme avec la passoire (michmeret) le yom tov : (la suspendre) pour y suspendre des grenades, puis il y met la lie. Rav Achi dit : ร condition qu'il y ait (d'abord) suspendu des grenades.
Haarama : accomplir un acte permis en vue d'un rรฉsultat qui, obtenu directement, serait interdit. Selon les Rabbanan de la michna (137b-138a), suspendre la michmeret (passoire ร vin) le yom tov est interdit comme geste de semaine ; mais verser dans une passoire dรฉjร suspendue est permis. On la suspend donc pour y ranger des grenades, puis on s'en sert pour la lie.
Rav Achi exige que les grenades y soient rรฉellement mises d'abord.
En quoi est-ce diffรฉrent de ce qui est enseignรฉ : on met de la biรจre ร brasser pendant le moed pour les besoins du moed ; sans besoin du moed, c'est interdit, aussi bien la biรจre de dattes que la biรจre d'orge. Et bien qu'ils aient de la vieille (biรจre), on ruse et on boit de la nouvelle !
ร hol hamoed, on ne fait un travail que pour les besoins de la fรชte. Celui qui a dรฉjร de la vieille biรจre n'a pas besoin d'en brasser ; pourtant la baraita le laisse faire en prรฉtextant qu'il prรฉfรจre la nouvelle. Ce stratagรจme ne demande aucun signe extรฉrieur, ce qui contredit l'exigence de Rav Achi.
Lร -bas, la chose n'est pas manifeste ; ici, la chose est manifeste.
Le critรจre est le regard de l'observateur. Pour la biรจre, rien ne signale l'interdit : un passant suppose que c'est pour la fรชte. Une passoire suspendue รฉvoque d'emblรฉe la lie ; il faut donc un signe visible, les grenades, qui montre un autre usage.
Les Sages dirent ร Rav Achi : que le maรฎtre voie ce jeune รฉrudit (tsourba merabanan) - Rav Houna ben Rabbi Hiyon est son nom, et certains disent que son nom est Rav Houna beRabbi Halvan - qui a pris une gousse d'ail et l'a mise dans le trou du tonneau, en disant : j'ai l'intention de la ranger. Et il est allรฉ dormir dans le bac, a traversรฉ de l'autre cรดtรฉ et a inspectรฉ ses fruits, en disant : j'ai l'intention de dormir !
Deux stratagรจmes d'un jeune รฉrudit, rapportรฉs ร Rav Achi comme des abus :
1. Boucher le trou d'un tonneau le Chabbat est un tikoun (rรฉparation) ; il prรฉtend seulement ranger la gousse d'ail ร cet endroit.
2. Traverser un fleuve en bateau le Chabbat est interdit par les Sages ; il monte dormir dans le bac d'un non-Juif, sachant qu'il sera transportรฉ sur l'autre rive, oรน il surveille ses fruits.
Il leur dit : tu parles de stratagรจme ? C'est un stratagรจme dans un (interdit) derabanan, et un รฉrudit ne viendra pas ร le faire d'emblรฉe.
Rav Achi pose deux conditions cumulรฉes : l'interdit contournรฉ est derabanan, et l'auteur est un tsourba merabanan. On craint d'ordinaire que le stratagรจme n'amรจne ร faire l'acte directement ; chez un รฉrudit, cette crainte disparaรฎt.
Le Roch (seg. 15) en tire un classement : haarama permise ร tous, permise au seul รฉrudit, interdite ร tous, et haarama discutรฉe.
MICHNA. On verse de l'eau sur la lie pour qu'elle devienne claire ; et on filtre le vin dans des linges et dans un panier รฉgyptien.
Nouvelle michna. Le filtrage touche ร la melakha de borer (trier) et ร celle de meraked (tamiser). Ce que la michna permet ici porte sur un vin dรฉjร buvable : le filtre retire des impuretรฉs accessoires, et l'ustensile employรฉ (linge, kefifa en palmier) s'รฉcarte de la passoire habituelle.
Et on met un ลuf dans la passoire ร moutarde ; et on fait de l'anomalin le Chabbat. Rabbi Yehouda dit : le Chabbat dans une coupe, le yom tov dans une cruche (laguin), et pendant le moed dans un tonneau.
Rabbi Tsadok dit : tout dรฉpend des invitรฉs.
ลuf dans la passoire ร moutarde : deux lectures chez Rachi. Selon la premiรจre, le jaune traverse avec la moutarde pour la colorer et le blanc reste au-dessus. Selon Rabbeinou ha-Levi, l'ลuf est filtrรฉ dans un plat ; la passoire ร moutarde marque un chinouy.
Anomalin : vin mรฉlangรฉ de miel et d'รฉpices. Rabbi Yehouda limite la quantitรฉ selon la saintetรฉ du jour (coupe, cruche, tonneau) ; Rabbi Tsadok la fixe selon le nombre d'invitรฉs.
GUEMARA. Zeiri dit : un homme peut mettre du vin clair et de l'eau claire dans la passoire le Chabbat, sans crainte ; mais (des liquides) troubles, non.
Un liquide clair se boit tel quel : le filtrer n'est qu'un embellissement et ne constitue pas un tri. Un liquide trouble est impropre ร boire ; le filtrer le rend buvable, c'est donc borer.
On objecte : Rabban Chimon ben Gamliel dit : un homme peut agiter un tonneau de vin, son vin et sa lie, et le mettre dans la passoire le Chabbat, sans crainte ! Zeiri l'a interprรฉtรฉe : c'est enseignรฉ (pour le temps) entre les pressoirs.
ร la saison des pressoirs, tout le monde boit le vin nouveau avec sa lie. Le vin trouble est alors considรฉrรฉ comme buvable, et le filtrer ne le rend pas utilisable : ce n'est pas un tikoun. La rรจgle de Zeiri reste donc entiรจre.
On filtre le vin dans des linges. Rav Chimi bar Hiya dit : ร condition de ne pas faire de creux (gouma).
Deux raisons chez Rachi : le creux reproduit la faรงon de filtrer en semaine (ouvda dehol) ; ou, le linge creusรฉ retenant du vin, on risque de l'essorer (sehita), ce qui est interdit.
Et dans un panier รฉgyptien. Rav Hiya bar Achi dit au nom de Rav : ร condition de ne pas le soulever d'un tefah au-dessus du fond du rรฉcipient.
Un panier suspendu ร un tefah au-dessus du fond forme un espace couvert : c'est la mesure minimale d'un ohel (tente), interdit ร construire le Chabbat. Posรฉ au fond du rรฉcipient, il ne crรฉe pas d'ohel.
Rav dit : cette pronka (รฉtoffe de couverture), sur la moitiรฉ du tonneau (kouba), c'est permis ; sur tout le tonneau, c'est interdit.
La pronka est une รฉtoffe posรฉe sur la cuve. Couvrant toute l'ouverture, elle forme un ohel (Rachi) ; selon Rabbeinou Hananel, elle a aussi l'air d'un filtre. Sur la moitiรฉ, ni l'un ni l'autre.
Sefaria place ici trois simanim du Roch : le premier rรฉsume la fin de 138b-139a (kira, oubli de la Torah, questions de Bechkar, kila) ; le deuxiรจme classe les formes de haarama ; le troisiรจme donne la halakha du filtrage et de la moutarde, qui prolonge le daf suivant.
Rav Papa dit : qu'un homme n'enfonce pas une touffe de brindilles dans l'ouverture du bec (kouzanta) du tonneau, car cela ressemble ร une passoire.
Des brindilles serrรฉes dans le bec forment un filtre efficace ; on l'interdit parce que cela ressemble ร une passoire (michtamra), mรชme sans intention de filtrer.
Chez Rav Papa, on transvasait (doucement) la biรจre d'un rรฉcipient ร l'autre. Rav Aha de Difti dit ร Ravina : mais il y a les derniรจres gouttes (nitsotsot) !
Les gouttes, chez Rav Papa, n'ont pas d'importance.
Transvaser doucement pour laisser la lie au fond est permis. Rav Aha objecte : les derniรจres gouttes, versรฉes avec soin pour les sรฉparer de la lie, constituent un tri. Rรฉponse : Rav Papa, brasseur, avait de la biรจre en abondance et jetait ces gouttes avec la lie. Celui qui garde les derniรจres gouttes pratique en revanche un borer.
Et on met un ลuf dans la passoire. Yaakov Karha a enseignรฉ :
La Guemara revient ร la michna (ลuf dans la passoire ร moutarde). L'enseignement de Yaakov Karha, qui explique la raison de la permission, est en 140a.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).