Sougya : Le daf poursuit la liste des préparations permises le Chabbat. Pour la moutarde pétrie la veille, Rav, Chmouel, Rabbi Elazar et Rabbi Yo'hanan divergent sur la manière de la délayer, avant que Mar Zoutra ne permette les deux manières, sans battre fortement.
Suivent l'anomalin, permis, et l'alountit, interdite car proche d'un remède. La Michna traite ensuite du hiltit (assa-foetida) et du tri des vesces et de la paille : la Guemara discute le trempage dans l'eau froide et le cas du malade dont la cure ne peut être interrompue.
Enfin, Rav Aha bar Yossef interroge Rav Safra sur le fait de frotter une chemise de lin rigide : on vise à l'assouplir, c'est donc permis, à la différence du foulard.
Parce qu'on ne le fait que pour la couleur.
Fin de la discussion de 139b sur l'œuf versé dans une passoire : le jaune passe, le blanc reste. Il n'y a pas de borer (tri), puisque le blanc aussi est un aliment ; on ne vise que la couleur du plat.
Il a été dit : de la moutarde qu'on a pétrie la veille de Chabbat, le lendemain, Rav a dit : on la délaie avec un ustensile, mais pas à la main.
La moutarde a été préparée avant Chabbat ; il reste à la délayer (mihouy) dans un liquide. Rav exige un chinouy (manière inhabituelle) pour que l'on ne fasse pas le Chabbat comme en semaine. Selon Rav, la main est la manière habituelle, car elle délaie mieux ; l'ustensile est donc le changement.
Chmouel lui dit : (à la main ?!) Est-ce que chaque jour on la délaie à la main ? C'est de la nourriture pour ânes !
Chmouel a donc dit : on la délaie à la main, et on ne la délaie pas avec un ustensile.
Chmouel admet le principe du chinouy mais inverse les faits : en semaine on se sert d'un ustensile, la main produit un résultat grossier ("nourriture pour ânes"). Le changement est donc la main.
Il a été dit : Rabbi Elazar a dit : l'un et l'autre sont interdits. Et Rabbi Yo'hanan a dit : l'un et l'autre sont permis.
Abaye et Rava disent tous deux : la halakha ne suit pas Rabbi Yo'hanan.
En Erets Israël, deux positions extrêmes : Rabbi Elazar interdit les deux manières, Rabbi Yo'hanan les permet toutes deux. Abaye et Rava rejettent d'abord l'avis permissif.
Rabbi Yo'hanan se rangea à l'opinion de Rabbi Elazar, Rabbi Elazar se rangea à l'opinion de Chmouel. Abaye et Rava disent tous deux : la halakha suit Rabbi Yo'hanan.
Les positions se sont déplacées : Rabbi Yo'hanan interdit désormais tout, et Rabbi Elazar adopte la distinction de Chmouel. Abaye et Rava tranchent alors selon Rabbi Yo'hanan dans sa position finale : tout est interdit.
La mère d'Abaye lui en prépara, et il n'en mangea pas. L'épouse de Zeira en prépara pour Rav Hiya bar Achi, et il n'en mangea pas.
Elle lui dit : pour ton maître j'en ai préparé, et il en a mangé ; et toi tu n'en manges pas ? Rava bar Chaba a dit : je me tenais devant Ravina, et on lui remua (la moutarde) avec le cœur d'une gousse d'ail, et il en mangea.
Trois récits de pratique : Abaye et Rav Hiya bar Achi s'abstiennent, conformément à l'interdit ; Zeira en mangeait ; Ravina acceptait une moutarde remuée avec un morceau d'ail, manière inhabituelle qui sert de chinouy.
Mar Zoutra a dit : la halakha ne suit aucun de ces enseignements, mais ce qui a été dit ici : de la moutarde pétrie la veille de Chabbat, le lendemain on la délaie aussi bien à la main qu'avec un ustensile, et on y met du miel. Et on ne la bat pas ; cela, (on ne le fait que) la veille.
Conclusion halakhique : les deux manières de délayer sont permises, puisque le travail principal a été fait la veille. La limite porte sur l'intensité : lo yitrof, on ne bat pas vigoureusement, ce qui ressemble à une vraie préparation ; on mélange doucement.
Du cresson (chahalim) qu'on a broyé la veille de Chabbat : le lendemain on y met de l'huile et du vinaigre, et on y ajoute de l'amita ; et on ne le bat pas, (cela se fait) la veille. De l'ail qu'on a écrasé la veille de Chabbat : le lendemain on y met des fèves et du grue, et on ne broie pas, (cela se fait) la veille ; et on y ajoute de l'amita.
Qu'est-ce que l'amita ? De la menthe (ninya).
Abaye a dit : on en déduit que cette menthe est bonne pour le cresson.
Même règle que pour la moutarde : le broyage (tehina) a été fait la veille ; le Chabbat on ajoute les ingrédients et on mélange, sans battre ni broyer.
Et on prépare de l'anomalin le Chabbat. Les Rabbanan ont enseigné : on prépare de l'anomalin le Chabbat, et on ne prépare pas d'alountit.
Qu'est-ce que l'anomalin et qu'est-ce que l'alountit ? L'anomalin : vin, miel et poivre.
L'alountit : vin vieux, eau claire et baume, que l'on prépare pour les bains afin de se rafraîchir.
Le critère est l'usage : l'anomalin est une boisson ordinaire ; l'alountit sert à se rafraîchir après les bains, ce qui la rapproche de la refoua (soin médical), interdite le Chabbat par décret des Sages.
Rav Yossef a dit : une fois, je suis entré à la suite de Mar Oukva aux bains. Quand je suis sorti, il est venu me faire boire une coupe de ce vin, et j'en ai senti (le froid) depuis les cheveux de ma tête jusqu'aux ongles de mes pieds.
Et s'il m'avait fait boire une autre coupe, j'aurais craint qu'on ne retranche (ce passage) de mon mérite du monde futur. Mais Mar Oukva n'en buvait-il pas chaque jour ?
Mar Oukva est différent, car il y était habitué.
Le récit illustre la force de l'alountit. Selon Rachi, une seconde coupe aurait pu le tuer ; y survivre aurait "consommé" une part de ses mérites. Mar Oukva, lui, y était habitué.
MICHNA. On ne trempe pas le hiltit dans de l'eau tiède, mais on le met dans le vinaigre.
Et on ne trempe pas les vesces (karchinin) et on ne les frotte pas, mais on les met dans un tamis ou dans un panier.
Deux thèmes. Le hiltit (assa-foetida) : tremper dans l'eau tiède est l'usage médical, interdit ; le mettre dans le vinaigre est un usage culinaire. Les karchinin (vesces, fourrage) : les faire flotter ou les frotter serait du borer ; les poser dans un tamis est permis, même si des déchets tombent sans intention.
On ne tamise pas la paille (teven) dans un tamis, et on ne la pose pas en hauteur pour que la balle (mots) tombe ; mais on la prend dans un tamis et on la verse dans la mangeoire.
Le tamisage vise à séparer, c'est donc du borer. Utiliser le tamis comme simple récipient de transport est permis ; la chute de la balle est un davar che-eino mitkaven, permis selon Rabbi Chimon.
GUEMARA. Ils ont demandé : s'il a trempé (le hiltit), qu'en est-il ?
Rav Ada de Narech l'expliqua devant Rav Yossef : s'il a trempé, il est passible d'un sacrifice expiatoire (hatat).
Rav Ada considère le trempage dans l'eau tiède comme une forme de cuisson (bichoul), donc un interdit de la Torah.
Abaye lui dit : à ce compte, s'il trempe de la viande crue dans l'eau, sera-t-il aussi passible ? Abaye a donc dit : (c'est interdit) d'ordre rabbinique, afin qu'il ne fasse pas comme il fait en semaine.
Abaye réfute par l'absurde : tremper de la viande n'est pas cuire. L'interdit est donc derabbanan : éviter une activité de semaine (ouvdin dehol).
Rabbi Yo'hanan demanda à Rabbi Yannai : peut-on tremper le hiltit dans l'eau froide ? Il lui dit : c'est interdit.
Mais nous avons appris : on ne trempe pas le hiltit dans de l'eau tiède ; donc dans l'eau froide, c'est permis !
Raisonnement par diyouk (déduction du texte) : si la Michna précise "tiède", l'eau froide serait permise.
Il lui dit : s'il en est ainsi, quelle différence entre moi et toi ? Notre Michna est une opinion isolée, car il a été enseigné : on ne trempe le hiltit ni dans l'eau chaude ni dans l'eau froide.
Rabbi Yossi dit : dans l'eau chaude c'est interdit, dans l'eau froide c'est permis.
Rabbi Yannai, le maître, répond que la Michna suit Rabbi Yossi, une opinion minoritaire (mishna ye'hida). La halakha suit les Rabbanan : interdit même à froid.
Pour quoi l'utilise-t-on ? Pour la lourdeur du cœur.
Rav Aha bar Yossef souffrait de lourdeur du cœur. Il vint devant Mar Oukva.
Celui-ci lui dit : va boire trois sicles de hiltit en trois jours. Il alla en boire le jeudi et la veille de Chabbat.
Au matin, il alla demander à la maison d'étude. On lui dit : le tanna de la maison de Rav Ada, et certains disent le tanna de la maison de Mar bar Rav Ada, a enseigné : un homme peut en boire un kav ou deux kav sans crainte.
Le hiltit est bu aussi par des gens bien portants ; le boire n'est donc pas un acte reconnaissable de refoua, et c'est permis le Chabbat.
Il leur dit : boire, je ne pose pas la question ; ma question porte sur le trempage : qu'en est-il ? Rav Hiya bar Avin leur dit : cela m'est arrivé à moi ; je suis allé le demander à Rav Ada bar Ahava, et il n'avait pas la réponse.
Je suis allé le demander à Rav Houna, et il a dit : voici ce que dit Rav : on trempe dans l'eau froide et on pose au soleil.
La question porte sur la préparation. Rav permet de tremper dans l'eau froide puis de laisser tiédir au soleil : une chaleur de soleil (hama) n'est pas une cuisson.
Selon qui ? Selon celui qui permet ?
Même selon celui qui interdit : cela vaut là où l'on n'en a pas bu du tout ; mais ici, puisqu'il en a bu le jeudi et la veille de Chabbat, s'il n'en boit pas le Chabbat, il est en danger.
La Guemara évite de faire de Rav un partisan de Rabbi Yossi : même selon les Rabbanan, interrompre une cure commencée met le malade en danger (sakana). L'interdit rabbinique cède alors.
Rav Aha bar Yossef marchait appuyé sur l'épaule de Rav Nahman bar Yitshak, le fils de sa sœur. Il lui dit : quand nous arriverons chez Rav Safra, fais-moi entrer.
Quand ils arrivèrent, il le fit entrer. Il lui demanda : peut-on frotter une chemise de lin le Chabbat ?
Vise-t-on a assouplir la chemise, et c'est permis, ou peut-être vise-t-on a en faire ressortir la blancheur, et c'est interdit ? Il lui dit : on vise à l'assouplir, et c'est permis.
Faire ressortir la blancheur relèverait du libboun (blanchir, dérive de melaben, l'un des travaux). Le critère est l'intention habituelle : on frotte une chemise pour l'assouplir.
Quand il sortit, (Rav Nahman) lui dit : qu'a demandé le maître ? Il lui dit : je lui ai demandé : peut-on frotter une chemise de lin le Chabbat ?
Et il m'a dit : c'est permis.
Le Roch (placé ici par Sefaria) résume la halakha du hiltit : interdit de tremper, même à froid ; permis de boire ce qui a été trempé la veille ; exception pour le malade en danger.
Que le maître pose donc la question pour un foulard ! (Il répondit :) le foulard, je n'ai pas de question, car je l'ai demandé à Rav Houna et il me l'a résolu.
Selon le Roch ("il me l'a résolu dans le sens de l'interdit") et Rachi au segment suivant, Rav Houna a interdit de frotter le foulard.
Que le maître résolve donc (la question) à partir du foulard ! Il lui dit : là-bas, cela a l'air de faire ressortir la blancheur ; ici, cela n'a pas l'air de faire ressortir la blancheur.
Rav Aha distingue : pour le foulard, on tient à la blancheur, et le frotter ressemble à un blanchiment ; pour la chemise, on cherche la souplesse. On ne peut donc pas déduire l'un de l'autre. (La traduction anglaise de Sefaria inverse les deux cas ; on suit ici Rachi et le Roch.)
Rav Hisda a dit : cette chemise de lin,
La phrase se poursuit en 140b (retirer une chemise d'un roseau le Chabbat, question de mouktse).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).