Sougya : Le daf achรจve la discussion sur la chemise mise ร sรฉcher : on peut la retirer de sa tige, mais la tige, simple roseau, est mouktse, sauf s'il s'agit d'un outil de tisserand. Rav Hisda et Rav traitent ensuite de la botte de lรฉgumes et du crochet ร viande ou ร poissons.
Suit une longue sรฉrie de conseils de Rav Hisda ร l'รฉtudiant pauvre et ร ses filles : รฉconomie, nourriture, vรชtements, pudeur. La Guemara revient alors aux Michnayot : le tri des vesces, puis la discussion entre Rabbi Dossa et les Sages sur la mangeoire du bลuf ร l'engrais, que Rav Hisda limite ร la mangeoire-ustensile, et enfin le fourrage passe d'une bรชte ร l'autre, qu'Abaye explique par la diffรฉrence entre l'รขne et le bลuf.
La retirer de la tige (kanya) : c'est permis ; retirer la tige d'elle : c'est interdit. Rava a dit : et si c'est un ustensile de tisserand (kli kiyouei), c'est permis.
Fin de la question de la chemise frottรฉe (140a). La chemise รฉtendue ร sรฉcher est enfilรฉe sur une tige de roseau. Le roseau ordinaire est du bois de chauffage : il n'a pas statut d'ustensile, il est mouktse et on ne le dรฉplace pas. On fait donc glisser la chemise hors de la tige, sans toucher ร celle-ci. Rava ajoute : si la tige est un outil de tisserand, c'est un kli, on peut la dรฉplacer.
Rav Hisda a dit : cette botte de lรฉgumes (kichta dyarka), si elle convient comme nourriture pour le bรฉtail, il est permis de la dรฉplacer ; sinon, c'est interdit.
Critรจre gรฉnรฉral du mouktse : un objet que l'on peut utiliser le Chabbat se dรฉplace. Une botte de lรฉgumes que le bรฉtail peut manger ร un usage ; sinon elle est mise de cรดtรฉ.
Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : ce crochet (talya), s'il est pour la viande, il est permis de le dรฉplacer ; s'il est pour les poissons, c'est interdit.
Deux lectures. Pour Rachi, talya dรฉsigne la viande salรฉe pendue : la viande se mange crue, le poisson non. Pour Tossefot (avec le Aroukh), il s'agit du crochet lui-mรชme : celui des poissons sent mauvais et devient mouktse mehamat miouss (mis de cรดtรฉ par rรฉpugnance) ; ou, selon un autre maรฎtre, seul le crochet ร viande a statut d'ustensile.
Rav Ketina a dit : celui qui se tient au milieu du lit est comme s'il se tenait sur le ventre d'une femme. Mais ce n'est pas un enseignement retenu.
Remarque incidente. Selon Rachi, se tenir debout sur le lit conjugal รฉveille des pensรฉes dรฉplacรฉes. La Guemara conclut : velav milta hi, l'enseignement n'est pas retenu.
Et Rav Hisda a dit : un รฉtudiant de la maison d'รฉtude (bar bei Rav) qui achรจte des lรฉgumes, qu'il achรจte des longs : une botte vaut une botte, et la longueur vient d'elle-mรชme.
Dรฉbut des conseils de Rav Hisda ร l'รฉtudiant pauvre. Le prix d'une botte dรฉpend de son tour, mesurรฉ par la corde ; la longueur n'est pas comptรฉe. Acheter long, c'est avoir plus pour le mรชme prix.
Et Rav Hisda a dit : un รฉtudiant qui achรจte des roseaux, qu'il achรจte des longs : un fagot vaut un fagot, et la longueur vient d'elle-mรชme.
Et Rav Hisda a dit : un รฉtudiant qui n'a pas beaucoup de pain, qu'il ne mange pas de lรฉgumes, parce qu'ils ouvrent l'appรฉtit. Et Rav Hisda a dit : moi, ni dans ma pauvretรฉ je ne mangeais de lรฉgumes, ni dans ma richesse je ne mangeais de lรฉgumes.
Dans ma pauvretรฉ, parce qu'ils ouvrent l'appรฉtit ; dans ma richesse, car je disais : lร oรน entrent les lรฉgumes, que la viande et les poissons entrent.
Les lรฉgumes crus ouvrent l'appรฉtit (garir) : pour qui manque de pain, c'est une souffrance de plus. Riche, Rav Hisda prรฉfรฉrait garder la place pour la viande et le poisson, plus nourrissants.
Le Ben Yehoyada propose une raison cachรฉe : la crainte des insectes dans les lรฉgumes, que Rav Hisda ne disait pas ร sa famille.
Et Rav Hisda a dit : un รฉtudiant qui n'a pas beaucoup de pain, qu'il ne le rompe pas en petits morceaux. (Et Rav Hisda a dit : un รฉtudiant qui n'a pas beaucoup de pain, qu'il ne rompe pas le pain (pour les convives).
Pour quelle raison ? Parce qu'il ne le fera pas d'un ลil gรฉnรฉreux.) Et Rav Hisda a dit : moi, au dรฉbut, je ne rompais pas le pain avant d'avoir portรฉ la main dans tout le panier et d'y avoir trouvรฉ tout ce dont j'avais besoin.
Manger son peu de pain par petits morceaux, ร intervalles, ne rassasie jamais : mieux vaut le manger d'un coup. La phrase entre parenthรจses ajoute : l'รฉtudiant pauvre ne doit pas รชtre celui qui rompt le pain pour la table, il le ferait d'une main avare. Rav Hisda, pauvre, vรฉrifiait d'abord qu'il avait assez de pain avant de rรฉciter Hamotsi.
Et Rav Hisda a dit : celui qui peut manger du pain d'orge et mange du pain de blรฉ transgresse l'interdit de bal tachhit (ne pas dรฉtruire). Et Rav Papa a dit : celui qui peut boire de la biรจre et boit du vin transgresse bal tachhit.
Mais ce n'est pas retenu : le bal tachhit du corps passe avant.
Bal tachhit : l'interdit de gaspiller un bien. Rav Hisda et Rav Papa l'รฉtendent ร la dรฉpense superflue. La Guemara rejette : nourrir correctement son corps prime, car le priver est aussi une forme de destruction.
Et Rav Hisda a dit : un รฉtudiant qui n'a pas d'huile, qu'il se frotte avec l'eau des fosses (mia dahritsei).
Et Rav Hisda a dit : un รฉtudiant qui achรจte de la viande, qu'il achรจte le cou (ounka), car il y a la trois sortes de viande.
Et Rav Hisda a dit : un รฉtudiant qui achรจte une chemise de lin (kitonita), qu'il l'achรจte de Nehar Abba, et qu'il la lave tous les trente jours : elle le dispensera (d'en acheter) pendant les douze mois de l'annรฉe, et moi, j'en suis garant. Que signifie kitonita ?
Kita naa, une belle compagnie.
Jeu de mots : kitonita (chemise) est lue kita naa, une belle compagnie. Un vรชtement convenable fait admettre l'รฉtudiant parmi les gens honorables.
Et Rav Hisda a dit : un รฉtudiant ne doit pas s'asseoir sur une natte neuve, car elle abรฎme ses vรชtements.
Et Rav Hisda a dit : un รฉtudiant ne doit pas envoyer ses vรชtements ร son hรดte pour qu'il les lave, car ce n'est pas convenable : peut-รชtre verra-t-il quelque chose dessus, et il en viendra ร le mรฉpriser.
Rachi comprend ouchpiza comme l'hรดtesse qui blanchit le linge. Le Roch rรฉcapitule ici toute la sougya de la chemise et tranche : la halakha suit Rabbi Chimon, qui ne reconnaรฎt pas le mouktse par rรฉpugnance ; le crochet ร poissons serait donc permis ร dรฉplacer.
Rav Hisda dit ร ses filles : soyez pudiques devant vos maris ; ne mangez pas de pain devant vos maris.
Ne mangez pas de lรฉgumes la nuit, ne mangez pas de dattes la nuit, ne buvez pas de biรจre la nuit, et ne vous soulagez pas lร oรน se soulagent vos maris.
Et quand quelqu'un appelle ร la porte, ne dites pas : manou (qui est-il ?), mais : mani (qui est-ce ?).
En aramรฉen, manou suppose que l'on attend un homme ; mani suppose une femme. La tournure elle-mรชme doit montrer qu'on n'attend pas de visite masculine.
Il tenait une perle (marganita) dans une main et une motte (koura) dans l'autre main. La perle, il la leur montrait ; la motte, il ne la leur montrait pas avant qu'elles ne soient impatientes, et ensuite il la leur montrait.
Rav Hisda enseigne par un geste. Rachi le lit comme une allusion ร la vie intime : faire attendre augmente le dรฉsir. Le Mรฉiri, citรฉ par le Ben Yehoyada, en fait une image gรฉnรฉrale : ce que l'on retient avec pudeur gagne du prix, mรชme s'il vaut peu.
On ne trempe pas les vesces (kirchinin). Notre Michna n'est pas selon ce Tanna, car il est enseignรฉ : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : on ne regarde pas du tout le tamis (kevara).
Retour ร la Michna de 140a : elle permet de poser la paille dans un tamis. Rabbi Eliezer ben Yaakov interdit tout usage du tamis le Chabbat, de crainte du borer (trier). La Michna ne suit donc pas son avis.
MICHNA. On balaie (la mangeoire) devant le bลuf ร l'engrais (patam), et on รฉcarte (la paille) sur les cรดtรฉs ร cause des excrรฉments : paroles de Rabbi Dossa ; et les Sages interdisent.
On prend devant une bรชte et on donne devant une autre bรชte le Chabbat.
Deux gestes pour le bลuf ร l'engrais : balayer la mangeoire (pour que la nourriture reste propre) et รฉcarter la paille en trop (pour qu'elle ne soit pas souillรฉe). Rabbi Dossa permet, les Sages interdisent. Le dernier cas (donner le fourrage d'une bรชte ร une autre) est permis : ce fourrage reste une nourriture, il n'est pas mouktse.
GUEMARA. Ils ont demandรฉ : les Sages sont-ils en dรฉsaccord sur la premiรจre partie, ou sur la seconde, ou sur les deux ?
Rachi donne la raison possible de chaque interdit : balayer risque d'รฉgaliser des trous (travail de construction) ; รฉcarter la paille souillรฉe revient ร dรฉplacer une chose devenue mouktse. Le Roch recopie la conclusion : dรฉsaccord sur les deux, et la version finale de Rav Hisda.
Viens et entends, car il est enseignรฉ : et les Sages disent : l'un comme l'autre, qu'on ne l'รฉcarte pas sur les cรดtรฉs.
Rav Hisda a dit : la discussion porte sur une mangeoire de terre, mais pour une mangeoire-ustensile, tous s'accordent que c'est permis. Une mangeoire de terre, y a-t-il quelqu'un qui le permette ?!
Il รฉgalise des trous ! Mais s'il a รฉtรฉ dit, voici ce qui a รฉtรฉ dit : Rav Hisda a dit : la discussion porte sur une mangeoire-ustensile, mais pour une mangeoire de terre, tous s'accordent que c'est interdit.
La premiรจre formulation est rejetรฉe : sur la terre, balayer รฉgalise le sol, personne ne peut le permettre. Version retenue : la discussion porte sur la mangeoire-ustensile, oรน les Sages interdisent par gezera (dรฉcret) ร cause de la mangeoire de terre.
Tossefot : Rabbi Chimon permet un acte non intentionnel (davar cheeno mitkaven), comme asperger le sol. Ici, l'intention d'aplanir est frรฉquente : on ne peut la prรฉsumer absente.
Et on prend devant une bรชte. Il est enseignรฉ dans une (baraita) : on prend devant une bรชte dont la bouche est belle et on donne devant une bรชte dont la bouche est mauvaise.
Et il est enseignรฉ dans une autre : on prend devant une bรชte dont la bouche est mauvaise et on donne devant une bรชte dont la bouche est belle !
Deux baraitot en contradiction apparente sur le sens du transfert.
Abaye a dit : l'une comme l'autre (pensent que) de devant l'รขne vers le bลuf, on prend ; de devant le bลuf vers l'รขne, on ne prend pas. Et ce qui est enseignรฉ : on prend devant une bรชte dont la bouche est belle, c'est l'รขne, qui n'a pas de bave ; et on donne devant une bรชte dont la bouche est mauvaise, c'est la vache,
Abaye accorde les deux baraitot : le seul transfert permis va de l'รขne au bลuf. L'รขne ne bave pas, son reste est propre ; le bลuf bave, et l'รขne ne voudrait plus du fourrage. Chaque baraita qualifie l'animal selon un critรจre diffรฉrent ; la suite (141a) expliquรฉ la seconde.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).