Sougya : Le daf achève la discussion sur le fourrage déplacé d'une bête à l'autre, puis cite la Michna : la paille posée sur un lit, mouktse, se remue avec le corps mais non avec la main, sauf si elle est destinée au bétail ou recouverte d'un coussin ; le pressoir à linge d'un particulier se desserre mais on ne presse pas, et celui du blanchisseur est interdit. La Guemara oppose Rav Nahman (le radis enfoui) à la Michna et conclut que le déplacement indirect (tiltoul min hatsad) n'est pas un déplacement.
Suit une série de décrets de Rav Yehouda et de Rava : piler des poivres, se sécher en sortant de l'eau, essuyer la boue du pied sur le mur ou le sol, s'asseoir à l'entrée d'une impasse, caler un tonneau, boucher une cruche avec un chiffon. Le daf finit sur la boue du vêtement et de la chaussure.
qui a de la bave (riri).
Fin de la réponse d'Abaye (140b) : on peut prendre le fourrage de devant l'âne pour le donner au bœuf, mais non l'inverse, car la vache bave sur sa nourriture, et l'âne ne mangera plus ce qu'elle a laissé. Sinon, on le rend inutilisable, et on se donne une peine inutile le Chabbat.
Et ce qui est enseigné : 'on retire de devant une bête dont la bouche est mauvaise', il s'agit de l'âne, qui ne trie pas et mange (tout) ; 'et on donne devant une bête dont la bouche est belle', il s'agit de la vache, qui trie et (ensuite) mange.
Les deux baraitot emploient les mêmes mots, 'bouche belle' et 'bouche mauvaise', dans des sens opposés. Pour l'une, la bouche mauvaise est celle de la vache, qui salit sa nourriture de bave ; pour l'autre, c'est celle de l'âne, qui mange sans distinguer. Dans les deux lectures, la conclusion est la même : de l'âne vers le bœuf, oui ; du bœuf vers l'âne, non.
MICHNA. La paille (kach) qui se trouve sur le lit, on ne la remue pas avec la main, mais on la remue avec le corps.
Et si elle était destinée à la nourriture du bétail, ou s'il y avait dessus un coussin ou un drap, on la remue avec la main.
La paille, sans autre indication, sert à allumer le feu : elle est mouktse (mise à l'écart, interdite au déplacement). La remuer avec le corps reste permis, car c'est un tiltoul min hatsad, un déplacement fait de manière inhabituelle. Si elle est destinée au bétail, elle est une nourriture ; si un coussin ou un drap la recouvre, le propriétaire a montré qu'elle sert de literie. Dans ces deux cas, elle n'est plus mouktse.
Le pressoir (mikhbach) des particuliers, on le desserre, mais on ne presse pas. Et celui des blanchisseurs, on n'y touche pas.
Rabbi Yehouda dit : s'il avait été (en partie) desserré depuis la veille de Chabbat, on le desserre entièrement et on retire (le vêtement).
Chez le particulier, le pressoir sert à ranger le linge : le desserrer pour prendre un vêtement répond à un besoin du Chabbat ; le serrer prépare le linge pour la semaine. Chez le blanchisseur, le pressoir est serré très fort pour travailler le tissu, et le desserrer ressemble à démolir (setira). Rabbi Yehouda permet de finir de desserrer s'il l'était déjà en partie avant le Chabbat.
GUEMARA. Rav Nahman a dit : ce radis (pougla), (enfoui) du haut vers le bas, c'est permis (de le retirer) ; du bas vers le haut, c'est interdit.
On enfouissait les radis dans la terre pour les conserver. Rachi (placé par Sefaria sur le segment suivant) explique : si la tête large est en haut, on tire le radis sans remuer la terre ; si elle est en bas, le trou est étroit en haut et la terre, qui est mouktse, est déplacée en le retirant. Rav Nahman considère donc qu'un déplacement indirect compte comme un déplacement.
Rav Ada bar Abba a dit, on dit à l'école de Rav : nous avons (déjà) appris (dans une Michna) contre Rav Nahman : la paille qui est sur le lit, on ne la remue pas avec la main, mais on la remue avec le corps ; et si elle était destinée à la nourriture du bétail, ou s'il y avait dessus un coussin ou un drap, on la remue avec la main. Déduis-en que le déplacement indirect (tiltoul min hatsad) n'est pas considéré comme un déplacement.
Déduis-en (effectivement).
L'école de Rav tire de la Michna une règle générale : remuer la paille mouktse avec le corps est permis, donc un déplacement indirect (tiltoul min hatsad) n'est pas un déplacement interdit. Cela contredit Rav Nahman, qui interdisait de retirer le radis quand la terre est déplacée.
Le Roch, dans une longue discussion, distingue deux sortes de déplacement indirect : celui qui se fait pour le besoin d'une chose permise (le radis, le lit qu'on secoue) est permis ; celui qui se fait pour le besoin de l'objet mouktse lui-même (le mort qu'on retourne) reste un déplacement. La paille, remuée seulement avec le corps, de manière inhabituelle, est assimilée au premier cas.
Rav Yehouda a dit : ces poivres, les piler un par un avec le manche du couteau, c'est permis ; deux (à la fois), c'est interdit. Rava a dit : puisqu'il change (la manière de faire), même beaucoup (à la fois), c'est aussi (permis).
Piler est une forme du travail de moudre (tohen). Rav Yehouda permet un seul grain à la fois avec le manche du couteau, geste qui ne ressemble pas à une mouture ; Rava permet même plusieurs grains, puisque l'outil lui-même constitue un changement (chinouy).
Tossefot et le Roch rejettent l'avis selon lequel il s'agit de Yom tov : à Yom tov, les épices se pilent même normalement. Le passage concerne donc le Chabbat.
Rav Yehouda a dit : celui qui se baigne dans l'eau doit d'abord se sécher, et ensuite remonter, de peur qu'il n'en vienne à transporter (l'eau) sur quatre coudées dans un karmelit.
La rivière est un karmelit, domaine intermédiaire où le port est interdit par les Rabbanan. En sortant de l'eau, les gouttes qui restent sur le corps seraient portées sur quatre coudées. On se sèche donc au bord, avant de s'éloigner.
La glose de Tossefot placée ici porte sur le segment 11 (Rava et les creux du sol).
S'il en est ainsi, lorsqu'il descend aussi, il repousse (l'eau) par sa force sur quatre coudées, et ce devrait être interdit ! Pour sa force (koho) dans un karmelit, on n'a pas décrété.
Le mouvement de l'eau causé par le corps qui y entre est un effet indirect de sa force (koho). Dans un karmelit, dont l'interdit est déjà rabbinique, les Sages n'ont pas ajouté de décret sur ce cas.
Abaye a dit, et certains disent Rav Yehouda : la boue qui est sur son pied, on l'essuie sur le sol, et on ne l'essuie pas sur le mur.
Essuyer sa boue sur un mur revient à en enduire le mur : cela ressemble au travail de construire (boneh).
Rava a dit : pour quelle raison pas sur le mur ? Parce que cela ressemble à construire ?
Mais c'est une construction de paysan (binyan hakla'a) !
Rava objecte : enduire grossièrement de boue, c'est une construction de paysan, trop grossière pour compter comme un travail de construction.
Rava a donc dit : on l'essuie sur le mur, et on ne l'essuie pas sur le sol, de peur qu'on en vienne à niveler des creux (achvouyei goumot).
En frottant le pied sur un sol de terre, on risque de combler les trous : c'est l'interdit de niveler des creux, lié aux travaux de construction et de labour.
Il a été dit : Mar, fils de Ravina, a dit : l'un comme l'autre, c'est interdit. Rav Papa a dit : l'un comme l'autre, c'est permis.
Mar fils de Ravina retient les deux craintes. Rav Papa n'en retient aucune : on essuie son pied sans intention de construire ni de niveler, et la halakha suit Rabbi Chimon, qui permet l'acte non voulu (davar che-eino mitkaven).
Selon Mar, fils de Ravina, avec quoi l'essuie-t-on ? On l'essuie sur une poutre.
Rava a dit : qu'un homme ne s'asseye pas à l'entrée du montant (lehi), de peur qu'un objet ne lui roule (dehors) et qu'il en vienne à le rapporter.
Une impasse (mavoi) est rendue permise au port par un lehi, simple montant à son entrée. Rien ne marque visiblement la limite avec le domaine public : si un objet roule dehors, on risque de le rapporter sans y penser.
Et Rava a dit : qu'un homme ne cale pas un tonneau (sur le sol), de peur qu'il en vienne à niveler des creux.
Et Rava a dit : qu'un homme ne bourre pas un chiffon (oudra) dans l'ouverture d'une cruche (chicha), de peur qu'il en vienne à essorer (sehita).
Un chiffon enfoncé dans le goulot absorbe du liquide ; en le pressant pour l'introduire, on risque d'essorer (sehita), dérivé du travail de battre le grain (dach).
Rav Kahana a dit : la boue qui est sur son vêtement, on la frotte de l'intérieur et on ne la frotte pas de l'extérieur.
Frotter un tissu (kiskous) ressemble à le laver (kibbous), qui est une forme du travail de blanchir (libboun). Frotter depuis l'envers du vêtement n'a pas l'apparence d'un lavage : c'est permis.
On objecta : la boue qui est sur sa chaussure, on la gratte avec le dos d'un couteau ; et celle qui est sur son vêtement, on la gratte avec l'ongle, pourvu qu'on ne frotte pas. N'est-ce pas : qu'on ne frotte pas du tout ?
Non : qu'on ne frotte pas de l'extérieur, mais de l'intérieur (c'est permis).
Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Elazar, au nom de Rabbi Yannai : on gratte une chaussure neuve, mais pas une vieille.
Sur une chaussure vieille, le cuir se détache en grattant : on le lisse, travail de memahek (lisser les peaux). Sur une chaussure neuve, le cuir résiste.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).