Shabbat 141a — Paille du lit, pressoir à linge et déplacement indirect

Shabbat 141a

Sougya : Le daf achève la discussion sur le fourrage déplacé d'une bête à l'autre, puis cite la Michna : la paille posée sur un lit, mouktse, se remue avec le corps mais non avec la main, sauf si elle est destinée au bétail ou recouverte d'un coussin ; le pressoir à linge d'un particulier se desserre mais on ne presse pas, et celui du blanchisseur est interdit. La Guemara oppose Rav Nahman (le radis enfoui) à la Michna et conclut que le déplacement indirect (tiltoul min hatsad) n'est pas un déplacement.

Suit une série de décrets de Rav Yehouda et de Rava : piler des poivres, se sécher en sortant de l'eau, essuyer la boue du pied sur le mur ou le sol, s'asseoir à l'entrée d'une impasse, caler un tonneau, boucher une cruche avec un chiffon. Le daf finit sur la boue du vêtement et de la chaussure.

Tiltoul min hatsad : le déplacement indirect est-il un déplacement ? Rav Nahman : le radis enfoui tête large en haut : permis tête large en bas : interdit (la terre bouge = déplacement) Objection : la Michna (paille du lit) avec la main : interdit (mouktse) avec le corps : permis Conclusion de l'école de Rav déplacement indirect = pas un déplacement Rav Yehouda : poivres un par un, manche du couteau : permis deux à la fois : interdit Rava : poivres puisqu'il change la manière, même beaucoup à la fois : permis Roch : Rav Nahman revient sur sa position (Chabbat 123a) ; la halakha ne suit pas le cas du radis. Tossefot et Roch : les poivres concernent le Chabbat ; à Yom tov, on pile sans changement.
Le déplacement indirect : du radis de Rav Nahman à la paille de la Michna, puis les poivres.
Essuyer la boue du pied le Chabbat : quatre positions Abaye (ou Rav Yehouda) sol : permis mur : interdit crainte : construire Rava mur : permis sol : interdit crainte : niveler des creux Mar fils de Ravina mur et sol : interdits sur une poutre : permis construire + niveler Rav Papa mur et sol : permis acte non voulu (comme Rabbi Chimon) Objection de Rava à Abaye : enduire un mur de boue = construction de paysan, sans importance Niveler des creux (achvouyei goumot) : en frottant le pied, on comble les trous du sol (travail de labour/construction).
La boue du pied : Abaye, Rava, Mar fils de Ravina et Rav Papa.
Décrets préventifs : un geste permis, par crainte d'un interdit Sortir de l'eau sans se sécher Rav Yehouda crainte : porter l'eau sur 4 coudées en karmelit S'asseoir à l'entrée du lehi (impasse) Rava crainte : un objet roule dehors ; il le rapporte Caler un tonneau sur le sol Rava crainte : niveler des creux Bourrer un chiffon dans une cruche Rava crainte : essorer (sehita) Limite : en descendant dans l'eau, il pousse l'eau par sa force (koho) ; en karmelit, on n'a pas décrété.
Les décrets préventifs de Rav Yehouda et de Rava et l'interdit que chacun veut éviter.
1
דאית לה רירי.

qui a de la bave (riri).

💡 Explication

Fin de la réponse d'Abaye (140b) : on peut prendre le fourrage de devant l'âne pour le donner au bœuf, mais non l'inverse, car la vache bave sur sa nourriture, et l'âne ne mangera plus ce qu'elle a laissé. Sinon, on le rend inutilisable, et on se donne une peine inutile le Chabbat.

2
והא דקתני ״נוטלין מלפני בהמה שפיה רע״ — בחמור, דלא דייק ואכיל. ״ונותנין לפני בהמה שפיה יפה״ — בפרה, דדייקא ואכלה.

Et ce qui est enseigné : 'on retire de devant une bête dont la bouche est mauvaise', il s'agit de l'âne, qui ne trie pas et mange (tout) ; 'et on donne devant une bête dont la bouche est belle', il s'agit de la vache, qui trie et (ensuite) mange.

⚖️ Rosh (2)
נוטלין מלפני בהמה זו וכו' תני חדא נוטלין מלפני בהמה שפיה יפה ונותנין לפני בהמה שפיה רע. ותניא אידך נוטלין מלפני בהמה שפיה רע ונותנין לפני בהמה שפיה יפה. אמר אביי אידי ואידי מקמי חמרא לקמי תורא שקלינן. מקמי תורא לקמי חמרא לא שקלינן. והא דקתני נוטלין מלפני בהמה שפיה יפה בחמור דלית ליה רירי. ונותנין לפני הבהמה שפיה רע בפרה דאית לה רירי. והא דקתני נוטלין מלפני בהמה שפיה רע בחמור דלא דייק ואכיל. ונותנין לפני בהמה שפיה יפה בפרה דדייקא ואכלה:
On retire de devant cette bête, etc. Une baraita enseigne : on retire de devant une bête dont la bouche est belle et on donne devant une bête dont la bouche est mauvaise. Et une autre baraita enseigne : on retire de devant une bête dont la bouche est mauvaise et on donne devant une bête dont la bouche est belle. Abaye a dit : dans les deux cas, on prend de devant l'âne pour (donner) devant le bœuf ; de devant le bœuf pour (donner) devant l'âne, on ne prend pas. Ce qui est enseigné : on retire de devant une bête dont la bouche est belle, il s'agit de l'âne, qui n'a pas de bave ; et on donne devant une bête dont la bouche est mauvaise, il s'agit de la vache, qui a de la bave. Et ce qui est enseigné : on retire de devant une bête dont la bouche est mauvaise, il s'agit de l'âne, qui ne trie pas et mange ; et on donne devant une bête dont la bouche est belle, il s'agit de la vache, qui trie et mange.
נוטל אדם את בנו ואבן בידו. וכלכלה והאבן בתוכה. מטלטלין תרומה טמאה עם הטהורה ועם החולין ר' יהודה אומר אף מעלין את המדומע באחד ומאה:
Un homme peut porter son fils qui tient une pierre dans la main, et un panier avec la pierre dedans. On déplace la terouma impure avec la pure et avec le profane (houlin). Rabbi Yehouda dit : on peut même prélever (la part de terouma d'un) mélange (meduma) quand elle est dans une proportion de un pour cent.
💡 Explication

Les deux baraitot emploient les mêmes mots, 'bouche belle' et 'bouche mauvaise', dans des sens opposés. Pour l'une, la bouche mauvaise est celle de la vache, qui salit sa nourriture de bave ; pour l'autre, c'est celle de l'âne, qui mange sans distinguer. Dans les deux lectures, la conclusion est la même : de l'âne vers le bœuf, oui ; du bœuf vers l'âne, non.

3
מתני׳ הקש שעל גבי המטה — לא ינענענו בידו, אלא מנענעו בגופו. ואם היה מאכל בהמה, או שהיה עליו כר או סדין — מנענעו בידו.

MICHNA. La paille (kach) qui se trouve sur le lit, on ne la remue pas avec la main, mais on la remue avec le corps.

Et si elle était destinée à la nourriture du bétail, ou s'il y avait dessus un coussin ou un drap, on la remue avec la main.

📜 Rachi (4)
מתני' הקש שעל המטה וסתמא להסקה ומוקצה הוא ובא לשכב עליו ומנענעו כדי שיהא צף ורך לשכב:
La paille qui est sur le lit : sans précision, elle est destinée au chauffage et elle est mouktse ; il vient se coucher dessus et la remue pour qu'elle soit gonflée et molle pour s'y coucher.
לא ינענענו בידו דמוקצה הוא:
On ne la remue pas avec la main : car elle est mouktse.
אבל מנענעו בגופו בכתפיו וטלטול מן הצד הוא דלא שמיה טלטול:
Mais on la remue avec le corps : avec les épaules ; c'est un déplacement indirect (tiltoul min hatsad), qui n'est pas considéré comme un déplacement.
או שהיה עליו כר או סדין דגלי דעתיה דאקצייה לשכיבה מעתה תורת כלי עליו:
Ou s'il y avait dessus un coussin ou un drap : il a montré qu'il l'a destinée au coucher ; désormais elle a le statut d'un ustensile.
⚖️ Rosh (1)
מתני' הקש שעל המטה לא ינענענו בידו אבל מנענעו בגופו. ואם היה מאכל בהמה או שהיה עליו כר או סדין מנענע בידו. מכבש של בעלי בתים מתירין אבל לא כובשין. ושל כובסין לא יגע בו. ר' יהודה אומר אם היה מותר מע"ש מתיר כלו ושומטו:
Michna. La paille qui est sur le lit, on ne la remue pas avec la main, mais on la remue avec le corps. Et si elle était destinée à la nourriture du bétail, ou s'il y avait dessus un coussin ou un drap, on la remue avec la main. Le pressoir (mikhbach) des particuliers, on le desserre, mais on ne presse pas. Et celui des blanchisseurs, on n'y touche pas. Rabbi Yehouda dit : s'il était desserré depuis la veille de Chabbat, on le desserre entièrement et on retire (le vêtement).
💡 Explication

La paille, sans autre indication, sert à allumer le feu : elle est mouktse (mise à l'écart, interdite au déplacement). La remuer avec le corps reste permis, car c'est un tiltoul min hatsad, un déplacement fait de manière inhabituelle. Si elle est destinée au bétail, elle est une nourriture ; si un coussin ou un drap la recouvre, le propriétaire a montré qu'elle sert de literie. Dans ces deux cas, elle n'est plus mouktse.

4
מכבש של בעלי בתים — מתירין, אבל לא כובשין. ושל כובסין — לא יגע בו. רבי יהודה אומר: אם היה מותר מערב שבת — מתיר את כולו ושומטו.

Le pressoir (mikhbach) des particuliers, on le desserre, mais on ne presse pas. Et celui des blanchisseurs, on n'y touche pas.

Rabbi Yehouda dit : s'il avait été (en partie) desserré depuis la veille de Chabbat, on le desserre entièrement et on retire (le vêtement).

📜 Rachi (4)
מכבש פריש"א שני לווחים ארוכים וכבדים וסודרין בגדים על התחתון ומורידין העליון עליו וכובשים את הבגדים על ידי יתדות שיש עמודים קבועין מנוקבין בארבע הפיאות של התחתונות והעליונה מנוקבת בארבע זויותיה ועולה ויורדת בעמודים וכפי מה שהוא רוצה לכבוש מורידה ותוחב יתד בנקב העמוד ואינה יכולה לעלות:
Mikhbach : preisse en langue vernaculaire (pressoir). Deux planches longues et lourdes ; on range les vêtements sur celle du bas et on fait descendre celle du haut sur elle, et on presse les vêtements au moyen de chevilles : il y a des montants fixés, percés de trous, aux quatre coins de la planche du bas ; celle du haut est percée à ses quatre angles et monte et descend le long des montants. Selon ce qu'on veut presser, on la fait descendre et on enfonce une cheville dans le trou du montant, et elle ne peut plus remonter.
מתירין את המכבש שנוטל את היתד והוא ניתר דהיינו צורך שבת שנוטל את הכלים:
On desserre : le pressoir ; on retire la cheville et il se desserre. C'est un besoin du Chabbat, car on en retire les vêtements.
אבל לא כובשין דהיינו צורך חול:
Mais on ne presse pas : car c'est un besoin de semaine.
ושל כובסין לא יגע בו מפני שהוא עשוי לתקן הבגדים ותוחבו בחזקה ומיהדק והתרה שלו דומה לסתירה:
Et celui des blanchisseurs, on n'y touche pas : parce qu'il sert à apprêter les vêtements ; on l'enfonce avec force et il est serré, et le desserrer ressemble à une démolition (setira).
💡 Explication

Chez le particulier, le pressoir sert à ranger le linge : le desserrer pour prendre un vêtement répond à un besoin du Chabbat ; le serrer prépare le linge pour la semaine. Chez le blanchisseur, le pressoir est serré très fort pour travailler le tissu, et le desserrer ressemble à démolir (setira). Rabbi Yehouda permet de finir de desserrer s'il l'était déjà en partie avant le Chabbat.

🖼️ Schéma
Le mikhbach (pressoir à linge) selon Rachi vêtements planche supérieure (descend) planche inférieure (fixe) cheville (yated) montants percés Retirer la cheville = desserrer : permis Enfoncer la cheville = presser : interdit Blanchisseur : n'y touche pas
Le pressoir à linge : deux planches, des montants percés et une cheville qui bloque la planche supérieure.
5
גמ׳ אמר רב נחמן: האי פוגלא, מלמעלה למטה — שרי. מלמטה למעלה — אסיר.

GUEMARA. Rav Nahman a dit : ce radis (pougla), (enfoui) du haut vers le bas, c'est permis (de le retirer) ; du bas vers le haut, c'est interdit.

⚖️ Rosh (1)
גמ' נוטל אדם את בנו וכו' אמר רבי רבי ינאי בתינוק שיש לו געגועין על אביו. ודוקא אבן דאי נפלה לא אתי לאתויי אבל דינר דאתי לאתויי לא:
Guemara. Un homme peut porter son fils, etc. Rabbi Yannai a dit : il s'agit d'un enfant qui éprouve un grand attachement pour son père (et tomberait malade s'il n'était pas porté). Et précisément une pierre, car si elle tombe, il ne viendra pas la ramasser ; mais une pièce d'argent (dinar), qu'il viendrait ramasser, non.
💡 Explication

On enfouissait les radis dans la terre pour les conserver. Rachi (placé par Sefaria sur le segment suivant) explique : si la tête large est en haut, on tire le radis sans remuer la terre ; si elle est en bas, le trou est étroit en haut et la terre, qui est mouktse, est déplacée en le retirant. Rav Nahman considère donc qu'un déplacement indirect compte comme un déplacement.

🖼️ Schéma
Le radis enfoui : dans quel sens le retirer ? trou large en haut : la terre ne bouge pas tête large en haut : permis trou étroit en haut : la terre est déplacée tête large en bas : interdit Rav Nahman : déplacer la terre (mouktse), même indirectement, compte comme un déplacement.
Le radis de Rav Nahman : selon l'orientation, la terre est déplacée ou non.
6
אמר רב אדא בר אבא, אמרי בי רב: תנינא דלא כרב נחמן. הקש שעל גבי המטה — לא ינענענו בידו, אבל מנענעו בגופו. ואם היה מאכל בהמה, או שהיה עליו כר או סדין — מנענעו בידו. שמע מינה טלטול מן הצד — לא שמיה טלטול. שמע מינה.

Rav Ada bar Abba a dit, on dit à l'école de Rav : nous avons (déjà) appris (dans une Michna) contre Rav Nahman : la paille qui est sur le lit, on ne la remue pas avec la main, mais on la remue avec le corps ; et si elle était destinée à la nourriture du bétail, ou s'il y avait dessus un coussin ou un drap, on la remue avec la main. Déduis-en que le déplacement indirect (tiltoul min hatsad) n'est pas considéré comme un déplacement.

Déduis-en (effectivement).

📜 Rachi (2)
גמ' האי פוגלא צנון שטומנין בקרקע להתקיים כשבא לחלצו מלמעלה למטה שרי אם היה ראשה מלמעלה ועוקצה מלמטה וחולצה מראשה העבה תחילה ועוקצה נמשך אחריה מותר לפי שהגומא רחבה מלמעלה ואין מזיזין הקרקע כשהוא שומטה אבל אם חולצה מלמטה למעלה שתחתונה נתון למעלה וראש עליונה שהוא עב נתון למטה והוא שומטה מסופה לראשה אסור לפי שהגומא קצרה מלמעלה וכשהוא חולצה מזיז העפר ומטלטלו ואע"ג דטלטול מן הצד הוא שמיה טלטול ואסור:
Ce radis : un radis qu'on enfouit dans la terre pour le conserver. Quand on vient l'arracher, du haut vers le bas, c'est permis : si sa tête était en haut et sa pointe en bas, et qu'on l'arrache par sa tête épaisse d'abord, la pointe suivant derrière, c'est permis, parce que le trou est large en haut et qu'on ne remue pas la terre en le retirant. Mais si on l'arrache du bas vers le haut, c'est-à-dire que le bout inférieur est placé en haut et la tête, épaisse, est placée en bas, et qu'on le retire de son extrémité vers sa tête, c'est interdit, parce que le trou est étroit en haut, et en l'arrachant on remue la terre et on la déplace ; et bien que ce soit un déplacement indirect, il est considéré comme un déplacement et c'est interdit.
תנינא דלא כר"נ דאילו ממתניתין שמעינן דלא שמיה טלטול דקתני מנענעו בגופו:
Nous avons appris contre Rav Nahman : car de notre Michna nous apprenons que ce n'est pas considéré comme un déplacement, puisqu'elle enseigne : on la remue avec le corps.
🗂️ Tossefot (1)
הקש שע"ג המטה בריש פרק כירה (שבת דף לו:) פי' מה הוא קש:
La paille qui est sur le lit : au début du chapitre Kira (Chabbat 36b), on a expliqué ce qu'est le kach.
⚖️ Rosh (1)
איתמר מת המוטל בחמה רב יהודה אמר שמואל הופכו ממטה למטה ורב חנינא משמיה דרב אמר מניח עליו ככר או תינוק ומטלטלו היכא דאיכא ככר או תינוק כ"ע לא פליגי דשרי כי פליגי דליכא מר סבר טלטול מן הצד שמיה טלטול ומר סבר לא שמיה טלטול לימא כתנאי אין מצילין את המת מפני הדליקה אמר רבי יהודה בן לקיש אני שמעתי שמצילין את המת מפני הדליקה ה"ד אי דאיכא ככר או תינוק מ"ט דת"ק אי דליכא ככר או תינוק מ"ט דרבי יהודה בן לקיש אלא לאו בטלטול מן הצד קמיפלגי. לא דכ"ע טלטול מן הצד שמיה טלטול וטעמא דר' יהודה מתוך שאדם בהול על מתו אי לא שרית ליה טלטול דרבנן אתי לידי כיבוי דאורייתא הא דקאמר דכ"ע טלטול מן הצד שמיה טלטול ה"נ מ"ל דכ"ע טלטול מן הצד לא שמיה טלטול ובטלטול גמור פליגי והיכא דליכא ככר או תינוק ואין לו אלא מטה אחת והיינו טעמא דרבי יהודה מתוך שאדם בהול על כו' הלכך נראה דהכי הלכתא דטלטול מן הצד שמיה טלטול וקשה מהא דאמר לקמן בפרק כל הכלים (שבת דף קכג.) הלכתא כרבי אלעזר בן תדאי דאמר טלטול מן הצד לא שמיה טלטול ונראה דע"כ צריך לחלק בענין טלטול מן הצד דהכא סבר רב דשמיה טלטול ולקמן בפ' תולין (שבת דף קמא.) אמרי בי רב לא שמיה טלטול ובכולה הש"ס משמע דאמרי בי רב היינו רב דבבבא מציעא פרק השואל דף קב. ובב"ב פרק בית כור (בבא בתרא דף קה:) פריך מרב אדאמרי בי רב ומצריך מילתיה דרב ודאמרי בי רב וע"ק דהיכי מצי רב למיסר להופכו ממטה למטה והתנן לקמן בפרק נוטל (שבת דף קמב:) מעות שעל הכר נוער את הכר והן נופלות. אבן שעל פי החבית מטה על צדה והיא נופלת. ואע"ג דהתם מוקמי' לה בשוכח אבל במניח נעשה בסיס לדבר האסור לו. ה"נ ע"כ צריך להיות בשוכח כגון שמת בשבת דאי במניח לא הוי שרי שמואל. ועוד קשה דאפי' רבנן דפליגי עליה דר' אליעזר בן תדאי לקמן בפרק כל הכלים (שבת דף קכג.) וסברי דשמיה טלטול מודו דבכה"ג דמת לא חשיב טלטול דהא שרו פגה שהטמינה ברמץ וחררה שהטמינה בגחלים אם מגולה מקצת הלכך נראה דלא דמי טלטול דהכא לשאר טלטול דטלטול דהכא הוי לצורך המת שאסור לטלטלו ולא לצורך המטה ולהכי שמיה טלטול. אבל כל הני ניעור עיקר צורך טלטול בשביל דבר של היתר הלכך לא מייתי הכא אלא פלוגתא דר' יהודה בן לקיש ורבנן דפליגי במת ולא מייתי ההוא דר' אליעזר בן תדאי ורבנן. וכן חילק גם רב אלפס. והקשה על זה ה"ר יונה מהא דתנן לקמן בפרק תולין (שבת דף קמא.) הקש שעל המטה לא ינענענו בידו אבל מנענעו בגופו ודייקי מיניה בי רב דטלטול מן הצד ל"ש טלטול והתם לצורך הקש שהוא מוקצה הוא מטלטל. ולא קשה דהתם אף טלטול אין כאן כמו פגה וחררה ופוגלא שהוא מטלטלן בידו ואגבן מטלטלין דבר אסור. אבל בקש אינו מטלטל אלא בגופו כלאחר יד הלכך אע"ג דלקש שהוא מוקצה הוא צריך מדמה ליה לטלטול מן הצד שהוא צורך לדבר המותר. מתוך פירש"י משמע דר' יהודה בן לקיש מתיר אפי' טלטול גמור. אבל רב אלפס ז"ל כתב אמר רב יהודה ברבי שילא אמר רבי יוחנן הלכה כר' יהודה בן לקיש במת מהכא שמעינן דטלטול מן הצד שמיה טלטול ולא שרו ליה רבנן אלא גבי מת דלא ליתי לידי איסור דאורייתא אבל בעלמא משמע דלא שרי ר' יהודה בן לקיש טלטול מן הצד דשמיה טלטול. וכן כתב הרב ר' יונה ז"ל ודקדק מדקאמר הלכה כר' יהודה במת דמשמע דוקא במת התירו טלטול מן הצד אבל בעלמא לא דאי ס"ד דר' יהודה התיר טלטול גמור מפני הדליקה לא הוה ליה למימר אלא הלכה כר' יהודה בן לקיש ותו לא. ולי נראה דכיון דטעמא דר' יהודה מתוך שאדם בהול על מתו אי לא שרית ליה אתי לכבויי. מהאי טעמא נמי שרינן טלטול גמור אם אין לו אלא מטה אחת דגם טלטול גמור איסור דרבנן הוא ודחינן ליה שמא יעשה איסור דאורייתא. וכשאין בהול כגון שמתו מוטל לפניו בחמה התם שרי שמואל דוקא טלטול מן הצד:
Il a été dit : un mort exposé au soleil. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on le retourne d'un lit à l'autre. Et Rav Hanina a dit au nom de Rav : on pose sur lui une miche de pain ou un enfant, et on le déplace. Là où il y a une miche ou un enfant, tous s'accordent que c'est permis ; ils divergent là où il n'y en a pas : l'un pense que le déplacement indirect (tiltoul min hatsad) est considéré comme un déplacement, et l'autre pense qu'il n'est pas considéré comme un déplacement. Dirons-nous que c'est une controverse de Tannaim ? On ne sauve pas le mort d'un incendie ; Rabbi Yehouda ben Lakich a dit : j'ai entendu qu'on sauve le mort d'un incendie. De quel cas s'agit-il ? S'il y a une miche ou un enfant, quelle est la raison du premier Tanna ? S'il n'y a ni miche ni enfant, quelle est la raison de Rabbi Yehouda ben Lakich ? C'est donc qu'ils divergent sur le déplacement indirect. Non : tous pensent que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, et la raison de Rabbi Yehouda est que, puisque l'homme est affolé au sujet de son mort, si tu ne lui permets pas un déplacement interdit par les Rabbanan, il en viendra à éteindre, ce qui est interdit par la Torah. Ce qu'on dit : tous pensent que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, on aurait pu aussi dire : tous pensent qu'il n'est pas considéré comme un déplacement, et ils divergent sur un déplacement complet, là où il n'y a ni miche ni enfant et où il n'a qu'un seul lit ; et c'est la raison de Rabbi Yehouda : puisque l'homme est affolé au sujet de son mort, etc. Il semble donc que la halakha soit que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement. Mais cela fait difficulté avec ce qu'on dit plus loin, au chapitre Kol hakelim (Chabbat 123a) : la halakha suit Rabbi Elazar ben Tadaï, qui dit que le déplacement indirect n'est pas considéré comme un déplacement. Il semble qu'on doive nécessairement distinguer dans la notion de déplacement indirect. Car ici Rav pense qu'il est considéré comme un déplacement, et plus loin, au chapitre Tolin (Chabbat 141a), on dit à l'école de Rav qu'il n'est pas considéré comme un déplacement ; or dans tout le Talmud il ressort que 'on dit à l'école de Rav' désigne Rav lui-même, puisqu'en Bava Metsia, chapitre Hachoel (102a), et en Bava Batra, chapitre Beit kor (105b), on oppose Rav à 'on dit à l'école de Rav' et on doit concilier la parole de Rav avec celle de l'école de Rav. Autre difficulté : comment Rav peut-il interdire de le retourner d'un lit à l'autre, alors que nous avons appris plus loin, au chapitre Notel (Chabbat 142b) : des pièces qui sont sur le coussin, on secoue le coussin et elles tombent ; une pierre qui est sur l'ouverture du tonneau, on incline le tonneau sur le côté et elle tombe ? Et bien que là-bas on l'établisse dans le cas où on les a oubliées, car si on les a posées, (l'objet) devient le support (bassis) d'une chose interdite, ici aussi il faut nécessairement qu'il s'agisse d'un cas d'oubli, par exemple s'il est mort pendant le Chabbat, car s'il avait été posé (volontairement), Chmouel ne l'aurait pas permis. Autre difficulté : même les Rabbanan qui divergent avec Rabbi Eliezer ben Tadaï plus loin, au chapitre Kol hakelim (Chabbat 123a), et pensent que c'est considéré comme un déplacement, reconnaissent que dans un cas comme celui du mort ce n'est pas compté comme un déplacement, puisqu'ils permettent le fruit vert (paga) enfoui dans la cendre chaude et la galette enfouie dans les braises, si elle est en partie découverte. Il semble donc que le déplacement d'ici ne ressemble pas aux autres : ici, le déplacement se fait pour le besoin du mort, qu'il est interdit de déplacer, et non pour le besoin du lit ; c'est pourquoi il est considéré comme un déplacement. Mais dans tous les cas où l'on secoue, le besoin principal du déplacement concerne une chose permise. C'est pourquoi on n'apporte ici que la controverse de Rabbi Yehouda ben Lakich et des Rabbanan, qui divergent au sujet du mort, et non celle de Rabbi Eliezer ben Tadaï et des Rabbanan. C'est aussi la distinction de Rav Alfas (le Rif). Rabbenou Yona a objecté à cela ce que nous avons appris plus loin, au chapitre Tolin (Chabbat 141a) : la paille qui est sur le lit, on ne la remue pas avec la main, mais on la remue avec le corps ; et à l'école de Rav on en déduit que le déplacement indirect n'est pas considéré comme un déplacement, alors que là on la déplace pour le besoin de la paille, qui est mouktse. Ce n'est pas une difficulté : là, il n'y a même pas de déplacement, à la différence du fruit vert, de la galette et du radis, que l'on déplace avec la main et avec lesquels on déplace une chose interdite ; la paille, on ne la déplace qu'avec le corps, de manière inhabituelle (kilahar yad). C'est pourquoi, bien qu'on ait besoin de la paille, qui est mouktse, on l'assimile au déplacement indirect fait pour le besoin d'une chose permise. D'après l'explication de Rachi, il ressort que Rabbi Yehouda ben Lakich permet même un déplacement complet. Mais Rav Alfas a écrit : Rav Yehouda fils de Rabbi Chila a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabbi Yehouda ben Lakich au sujet du mort. De là nous apprenons que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, et que les Rabbanan ne l'ont permis qu'au sujet du mort, afin qu'on n'en vienne pas à un interdit de la Torah ; mais en général, il ressort que Rabbi Yehouda ben Lakich ne permet pas le déplacement indirect, qui est considéré comme un déplacement. C'est aussi ce qu'a écrit Rabbenou Yona, qui l'a déduit de l'expression : la halakha suit Rabbi Yehouda au sujet du mort, ce qui implique que c'est seulement pour le mort qu'on a permis le déplacement indirect, et non en général ; car si l'on pensait que Rabbi Yehouda permet un déplacement complet à cause de l'incendie, il aurait suffi de dire : la halakha suit Rabbi Yehouda ben Lakich, sans plus. Et il me semble à moi que, puisque la raison de Rabbi Yehouda est : puisque l'homme est affolé au sujet de son mort, si tu ne le lui permets pas, il en viendra à éteindre, pour cette même raison nous permettons aussi le déplacement complet s'il n'a qu'un seul lit ; car le déplacement complet aussi n'est interdit que par les Rabbanan, et nous l'écartons de peur qu'il ne commette un interdit de la Torah. Mais quand il n'est pas affolé, par exemple quand son mort est exposé devant lui au soleil, Chmouel n'a permis que le déplacement indirect.
💡 Explication

L'école de Rav tire de la Michna une règle générale : remuer la paille mouktse avec le corps est permis, donc un déplacement indirect (tiltoul min hatsad) n'est pas un déplacement interdit. Cela contredit Rav Nahman, qui interdisait de retirer le radis quand la terre est déplacée.

Le Roch, dans une longue discussion, distingue deux sortes de déplacement indirect : celui qui se fait pour le besoin d'une chose permise (le radis, le lit qu'on secoue) est permis ; celui qui se fait pour le besoin de l'objet mouktse lui-même (le mort qu'on retourne) reste un déplacement. La paille, remuée seulement avec le corps, de manière inhabituelle, est assimilée au premier cas.

7
אמר רב יהודה: הני פלפלי, מידק חדא חדא בקתא דסכינא — שרי, תרתי — אסיר. רבא אמר: כיון דמשני — אפילו טובא נמי.

Rav Yehouda a dit : ces poivres, les piler un par un avec le manche du couteau, c'est permis ; deux (à la fois), c'est interdit. Rava a dit : puisqu'il change (la manière de faire), même beaucoup (à la fois), c'est aussi (permis).

📜 Rachi (3)
מידק דייק:
Midak : piler.
חדא חדא לאו טוחן הוא אלא כלאחר יד:
Un par un : ce n'est pas moudre, mais une action faite de manière inhabituelle (kilahar yad).
דקמשני שלא ברחים ושלא במדוכה:
Puisqu'il change : (il pile) sans moulin et sans mortier.
🗂️ Tossefot (1)
הני פלפלי מידק חדא כו' פירש ר"ת בשאלתות דרב אחאי בפרשת אמור אל הכהנים מפרש דבי"ט מיירי וקשה לר' דהוה ליה לפרש בהדיא כיון דבמכילתין לא מיירי אלא בשבת ועוד היכי אסר רב יהודה כולי האי בפלפלין הא אפילו מלח שרינא בפ"ק דביצה (ד' יד.) במדוך של עץ אלא נראה לרבי דהכא בשבת איירי ואגב דאיירי בטלטול ע"י שינוי מייתי ליה הכא ובכולה שמעתא נמי מייתי מילי דשבת טובא אע"ג דלא שייכן הכא כולי האי אבל בי"ט נראה לר"י דשרי בלא שינוי אפי' במדוך של אבן כשאר תבלין דתנן בפ"ק דביצה (שם) ב"ה אומר תבלין נדוכין במדוך של אבן והמלח במדוך של עץ ואמרי' בגמרא דכ"ע מלח בעי שינוי מ"ט רב הונא ורב חסדא חד אמר כל הקדרות כולן צריכות מלח ואין כל הקדרות צריכות תבלין וחד אמר כולן מפיגין טעמן ומלח אין מפיגה טעמא מאי בינייהו איכא בינייהו דידע מאי בעי בשולי אי נמי מוריקא פירוש מוריקא אינה מפיגה טעמא למ"ד משום הפגת טעם אסור ולמ"ד משום כל הקדרות כו' שרי א"כ פלפלין דהכא נמי שרי דאין כל הקדרות צריכות פלפלין וא"כ (ס"א ואי נמי) למ"ד נמי משום הפגת טעם פלפלין שרו דצריך לומר נמי שמפיגים טעמם מדלא קאמר איכא בינייהו פלפלין ומיהו אומר רבי דאין זה דקדוק שצריך לפרש שם בע"א דקשיא למ"ד דשרי מוריקא משום דאין כל הקדרות צריכות מוריקא א"כ יהא מותר לקוצרו ולחותכו מן המחובר אע"כ צריך לפרש יש בו הפגת טעם ולא כשאר תבלין להכי שרי למ"ד אין כל הקדרות כו' כיון דאיכא נמי קצת הפגת טעמא והשתא אתי שפיר דלקצור אסור ומהשתא אין ראיה להתיר פלפלין דשמא אין בהם הפגת טעם כלל ומיהו אומר ר"י דע"כ הם מפיגין טעמם דתנן בפ"ב דביצה (ד' כג.) ג' דברים רבי אלעזר בן עזריה מתיר וחכמים אוסרין שוחקין את הפלפלין ברחים שלהן והיכי הוה שרי רבי אלעזר בן עזריה אי לא מפיגין טעמא ואין סברא לומר דבהא פליגי רבי אלעזר בן עזריה ורבנן דמר סבר דמפיגין טעמא ומר סבר אין מפיגין טעמא אלא מדשרי ר' אלעזר בן עזריה ש"מ דמפיגין טעמא ורבנן דאסרי משום דברחים שלהם מיחזי ' טפי כי עובדא דחול ועוד תניא בהדיא בתוספתא דביצה בתר פלוגתא דבית שמאי ובית הלל הפלפלין כתבלין על כן נראה לר"י דמותר לכתוש פלפלין ביום טוב אפילו במדוך של אבן ומיהו היכא דידע מאי קדרה בעי בשולי אסור במדוך של אבן דלא ידענא כמאן הלכתא ואזלינן לחומרא ולא שייך למימר בשל סופרים הלך אחר המיקל היכא דאם הוא קולא בדבר אחד חומרא הוא בדבר אחר מיהו במדוך של עץ ממ"נ שרי אפי' במדוכה של אבן כעין שלנו שקורין מורטיי"ר כיון שהמדוך של עץ דלא אסרינן התם היכא דידע מאי קדרה בעי בשולי אלא בלא שינוי ושומין הנדוכים בי"ט נראה לר"י דשרי אפי' ידע מאי קדרה בעי בשולי לפי שמפיגין טעמן יותר מדאי ושרי מידי דהוי אשוחט ומבשל דשרי לכ"ע אפילו יודע מאי קדרה בעי בשולי דנראה הוא דהפגת טעם היינו שתש כח התבלין ואינם חדין כל כך ויכול לתקן הדבר כשמרבה התבלין אבל הפגת טעם שומין אין יכול לתקן מידי דהוה אשוחט ואופה ומבשל וגם רוח רעה שורה עליהן [נדה יז] אם דכן מערב י"ט אפילו במדוך של אבן או של ברזל שרי ועוד דאין נראה. שיהו בכלל תבלין דלא מיקרי תבלין אלא בירקות כעין כמון אבל שומין ובצלים אינם בכלל תבלין:
Ces poivres, les piler un par un, etc. : Rabbenou Tam a expliqué, et de même les Cheiltot de Rav Ahai, parachat Emor el hakohanim, expliquent qu'il s'agit de Yom tov. Mais cela fait difficulté pour Ri : il aurait fallu le préciser explicitement, puisque notre traité ne traite que du Chabbat. De plus, comment Rav Yehouda interdirait-il autant pour les poivres, alors que même le sel, nous l'avons permis au premier chapitre de Beitsa (14a) avec un pilon de bois ? Il semble donc à Ri qu'il s'agit ici du Chabbat ; et comme on traite du déplacement fait avec changement, on l'apporte ici ; et dans toute cette sougya aussi on apporte beaucoup de choses du Chabbat, bien qu'elles n'aient pas tant de rapport ici. Mais à Yom tov, il semble à Ri que c'est permis sans changement, même avec un pilon de pierre, comme les autres épices, ainsi que nous l'avons appris au premier chapitre de Beitsa (ibid.) : Beit Hillel disent : les épices se pilent avec un pilon de pierre, et le sel avec un pilon de bois. Et on dit dans la Guemara que tous s'accordent que le sel requiert un changement. Pourquoi ? Rav Houna et Rav Hisda : l'un dit : tous les plats ont besoin de sel, mais tous les plats n'ont pas besoin d'épices ; et l'autre dit : toutes (les épices) perdent leur saveur, alors que le sel ne perd pas sa saveur. Quelle différence entre eux ? Il y a une différence quand il sait quel plat il veut cuire ; ou bien pour le safran (morika). Explication : le safran ne perd pas sa saveur ; selon celui qui dit (que la permission vient) de la perte de saveur, c'est interdit, et selon celui qui dit 'tous les plats, etc.', c'est permis. S'il en est ainsi, les poivres d'ici aussi seraient permis, car tous les plats n'ont pas besoin de poivre ; et même selon celui qui dit : à cause de la perte de saveur, les poivres sont permis, car il faut dire qu'eux aussi perdent leur saveur, puisqu'on n'a pas dit : il y a une différence pour les poivres. Toutefois Ri dit que ce n'est pas une déduction, car il faut expliquer là-bas autrement : il est difficile, selon celui qui permet le safran parce que tous les plats n'en ont pas besoin, qu'il serait alors permis de le moissonner et de le couper du sol. Force est donc d'expliquer qu'il a une perte de saveur, mais pas comme les autres épices ; c'est pourquoi c'est permis selon celui qui dit 'tous les plats n'ont pas, etc.', puisqu'il y a aussi un peu de perte de saveur. Maintenant tout s'explique : le moissonner est interdit. Dès lors il n'y a pas de preuve pour permettre les poivres, car peut-être n'ont-ils aucune perte de saveur. Cependant Ri dit qu'ils perdent nécessairement leur saveur, car nous avons appris au deuxième chapitre de Beitsa (23a) : trois choses, Rabbi Elazar ben Azaria les permet et les Sages les interdisent, (parmi elles) on moud les poivres dans leur moulin. Comment Rabbi Elazar ben Azaria le permettrait-il s'ils ne perdaient pas leur saveur ? Et il n'est pas raisonnable de dire qu'ils divergent sur ce point, l'un pensant qu'ils perdent leur saveur et l'autre qu'ils ne la perdent pas ; du fait que Rabbi Elazar ben Azaria le permet, on déduit qu'ils perdent leur saveur, et les Rabbanan l'interdisent parce qu'avec leur propre moulin cela ressemble davantage à un travail de semaine. De plus, il est enseigné explicitement dans la Tossefta de Beitsa, après la controverse de Beit Chammai et Beit Hillel : les poivres sont comme les épices. C'est pourquoi il semble à Ri qu'il est permis de piler les poivres à Yom tov, même avec un pilon de pierre. Toutefois, quand il sait quel plat il veut cuire, c'est interdit avec un pilon de pierre, car nous ne savons pas selon qui est la halakha, et nous suivons la rigueur ; et on ne peut pas dire ici : pour une loi des Sages (soferim), suis l'avis le plus léger, car ce qui est une indulgence sur un point est une rigueur sur un autre. Cependant avec un pilon de bois, de toute façon c'est permis, même dans un mortier de pierre comme les nôtres, qu'on appelle mortier, puisque le pilon est en bois ; car on n'a interdit là-bas, quand il sait quel plat il veut cuire, que sans changement. Et l'ail pilé à Yom tov, il semble à Ri que c'est permis même s'il sait quel plat il veut cuire, parce qu'il perd trop sa saveur ; c'est permis, comme pour celui qui abat et cuit, ce qui est permis selon tous, même s'il sait quel plat il veut cuire. Car il semble que la perte de saveur (des épices) signifie que la force de l'épice s'affaiblit et qu'elle n'est plus aussi piquante, et on peut y remédier en ajoutant des épices ; mais la perte de saveur de l'ail, on ne peut pas y remédier, comme pour celui qui abat, cuit au four ou cuit. De plus, un mauvais esprit repose sur eux (Nidda 17a) si on les a pilés depuis la veille de Yom tov : (on peut donc les piler à Yom tov) même avec un pilon de pierre ou de fer. De plus, il ne semble pas qu'ils fassent partie des épices, car on n'appelle épices que des plantes comme le cumin ; l'ail et les oignons ne font pas partie des épices.
💡 Explication

Piler est une forme du travail de moudre (tohen). Rav Yehouda permet un seul grain à la fois avec le manche du couteau, geste qui ne ressemble pas à une mouture ; Rava permet même plusieurs grains, puisque l'outil lui-même constitue un changement (chinouy).

Tossefot et le Roch rejettent l'avis selon lequel il s'agit de Yom tov : à Yom tov, les épices se pilent même normalement. Le passage concerne donc le Chabbat.

8
אמר רב יהודה: מאן דסחי במיא — לינגיב נפשיה ברישא והדר ליסליק, דילמא אתי לאתויי ארבע אמות בכרמלית.

Rav Yehouda a dit : celui qui se baigne dans l'eau doit d'abord se sécher, et ensuite remonter, de peur qu'il n'en vienne à transporter (l'eau) sur quatre coudées dans un karmelit.

📜 Rachi (1)
לאתויי ד' אמות מים שעליו:
À transporter sur quatre coudées : l'eau qui est sur lui.
🗂️ Tossefot (1)
דילמא אתי לאשוויי גומות אע"ג דרבא ס"ל בסוף פ"ב דביצה (ד' כג.) בדבר שאין מתכוין כר"ש גזרינן הכא כשיהא עסוק לקנח רגלו ישכח שבת ויתכוין לאשוויי גומות כעין שמצינו בפ' בתרא דעירובין (ד' קד.) דנשים המשחקות באגוזים ובתפוחים אסור דילמא אתי לאשוויי גומות כלומר במתכוין שמשכחת שבת מחמת שחוק שלהן:
De peur qu'il n'en vienne à niveler des creux : bien que Rava pense, à la fin du deuxième chapitre de Beitsa (23a), comme Rabbi Chimon au sujet de l'acte non voulu (davar che-eino mitkaven), on décrète ici que, lorsqu'il sera occupé à essuyer son pied, il oubliera le Chabbat et aura l'intention de niveler des creux ; comme nous l'avons trouvé au dernier chapitre d'Erouvin (104a) : pour les femmes qui jouent avec des noix et des pommes, c'est interdit, de peur qu'elles n'en viennent à niveler des creux, c'est-à-dire intentionnellement, car elles oublient le Chabbat à cause de leur jeu.
💡 Explication

La rivière est un karmelit, domaine intermédiaire où le port est interdit par les Rabbanan. En sortant de l'eau, les gouttes qui restent sur le corps seraient portées sur quatre coudées. On se sèche donc au bord, avant de s'éloigner.

La glose de Tossefot placée ici porte sur le segment 11 (Rava et les creux du sol).

9
אי הכי, כי קא נחית נמי, קא דחי כחו ארבע אמות, ואסיר! כחו בכרמלית — לא גזרו.

S'il en est ainsi, lorsqu'il descend aussi, il repousse (l'eau) par sa force sur quatre coudées, et ce devrait être interdit ! Pour sa force (koho) dans un karmelit, on n'a pas décrété.

📜 Rachi (1)
קא דחי כחו את המים ד' אמות:
Il repousse par sa force : l'eau, sur quatre coudées.
💡 Explication

Le mouvement de l'eau causé par le corps qui y entre est un effet indirect de sa force (koho). Dans un karmelit, dont l'interdit est déjà rabbinique, les Sages n'ont pas ajouté de décret sur ce cas.

10
אמר אביי, ואיתימא רב יהודה: טיט שעל גבי רגלו — מקנחו בקרקע, ואין מקנחו בכותל.

Abaye a dit, et certains disent Rav Yehouda : la boue qui est sur son pied, on l'essuie sur le sol, et on ne l'essuie pas sur le mur.

💡 Explication

Essuyer sa boue sur un mur revient à en enduire le mur : cela ressemble au travail de construire (boneh).

11
אמר רבא: מאי טעמא בכותל לא, משום דמיחזי כבונה? הא בנין חקלאה הוא!

Rava a dit : pour quelle raison pas sur le mur ? Parce que cela ressemble à construire ?

Mais c'est une construction de paysan (binyan hakla'a) !

💡 Explication

Rava objecte : enduire grossièrement de boue, c'est une construction de paysan, trop grossière pour compter comme un travail de construction.

12
אלא אמר רבא: מקנחו בכותל ואין מקנחו בקרקע — דילמא אתי לאשוויי גומות.

Rava a donc dit : on l'essuie sur le mur, et on ne l'essuie pas sur le sol, de peur qu'on en vienne à niveler des creux (achvouyei goumot).

💡 Explication

En frottant le pied sur un sol de terre, on risque de combler les trous : c'est l'interdit de niveler des creux, lié aux travaux de construction et de labour.

13
איתמר. מר בריה דרבינא אמר: אחד זה ואחד זה — אסור. רב פפא אמר: אחד זה ואחד זה — מותר.

Il a été dit : Mar, fils de Ravina, a dit : l'un comme l'autre, c'est interdit. Rav Papa a dit : l'un comme l'autre, c'est permis.

📜 Rachi (2)
אחד זה ואחד זה אסור זה משום בונה וזה משום אשוויי גומות:
L'un comme l'autre, interdit : celui-ci à cause de construire, et celui-là à cause du nivellement des creux.
אחד זה ואחד זה מותר אין דרך מתכוין בכך וקי"ל כר"ש:
L'un comme l'autre, permis : on n'a pas l'habitude d'avoir cette intention de cette manière, et nous tenons comme Rabbi Chimon.
💡 Explication

Mar fils de Ravina retient les deux craintes. Rav Papa n'en retient aucune : on essuie son pied sans intention de construire ni de niveler, et la halakha suit Rabbi Chimon, qui permet l'acte non voulu (davar che-eino mitkaven).

14
למר בריה דרבינא במאי מקנחי ליה? מקנחי ליה בקורה.

Selon Mar, fils de Ravina, avec quoi l'essuie-t-on ? On l'essuie sur une poutre.

📜 Rachi (1)
בקורה בעץ המוטל על הקרקע:
Sur une poutre : sur un bois posé à terre.
15
אמר רבא: לא ליתיב איניש אפומיה דליחייא, דילמא מיגנדרא ליה חפץ ואתי לאתויי.

Rava a dit : qu'un homme ne s'asseye pas à l'entrée du montant (lehi), de peur qu'un objet ne lui roule (dehors) et qu'il en vienne à le rapporter.

📜 Rachi (1)
אפומא דלחייא של מבוי דליכא הכירא:
À l'entrée du montant : de l'impasse (mavoi), où il n'y a pas de signe distinctif.
⚖️ Rosh (2)
גמ' אמר רב נחמן האי פוגלא מלמעלה למטה שרי. ממטה למעלה אסור. קסבר טלטול מן הצד שמיה טלטול. ולית הלכתא כוותיה הכא. דהא הדר ביה רב נחמן בפ' כל הכלים (שבת דף קכג.)ואמר טלטול מן הצד לא שמיה טלטול:
Guemara. Rav Nahman a dit : ce radis, du haut vers le bas, c'est permis ; du bas vers le haut, c'est interdit. Il pense que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement. La halakha n'est pas comme lui ici, car Rav Nahman est revenu sur sa position au chapitre Kol hakelim (Chabbat 123a) et a dit que le déplacement indirect n'est pas considéré comme un déplacement.
אמר רב יהודה הני פלפלי מידק חדא חדא בקתא דסכינא שרי תרתי אסיר. רבא אמר כיון דמשני אפילו טובא. פר"ח ז"ל וכן בשאלתות דרב אחאי בפ' אמור אל הכהנים דביו"ט איירי ולא נהירא דהוה לי' לפרושי בהדיא כיון דמכילתין לא איירי אלא במילי דשבת. ועוד היכי אסר רב יהודה כולי האי בפלפלי אפילו מלח דכל הקדירות צריכות שרי בפ"ק דיו"ט דף יד. במדוכה של עץ. ונראה דהכא איירי בשבת ומשום דאיירי בטלטול ע"י שינוי מייתי לה ובכולא שמעתין נמי מייתי מילי טובא דשבת אע"ג דלא שייכי הכא כולי האי. אבל ביו"ט שרי בלא שינוי אף במדוך של אבן כשאר תבלין בפ"ק דיו"ט ב"ה אומרין תבלין נידוכין במדוך של אבן והמלח במדוך של עץ ובפ"ק דיו"ט סי' כא יתבאר פסק זה יותר:
Rav Yehouda a dit : ces poivres, les piler un par un avec le manche du couteau, c'est permis ; deux, c'est interdit. Rava a dit : puisqu'il change, même beaucoup. Rabbenou Hananel a expliqué, et de même les Cheiltot de Rav Ahai, parachat Emor el hakohanim, qu'il s'agit de Yom tov. Ce n'est pas plausible, car il aurait fallu l'expliquer explicitement, puisque notre traité ne traite que de questions de Chabbat. De plus, comment Rav Yehouda interdirait-il autant les poivres, alors que même le sel, dont tous les plats ont besoin, est permis au premier chapitre de Yom tov (Beitsa 14a) avec un pilon de bois ? Il semble donc qu'il s'agit ici du Chabbat ; et comme on traite du déplacement fait avec changement, on l'apporte ici ; et dans toute notre sougya aussi on apporte beaucoup de choses du Chabbat, bien qu'elles n'aient pas tant de rapport ici. Mais à Yom tov, c'est permis sans changement, même avec un pilon de pierre, comme les autres épices, (selon) le premier chapitre de Yom tov : Beit Hillel disent : les épices se pilent avec un pilon de pierre, et le sel avec un pilon de bois. Au premier chapitre de Yom tov, siman 21, cette décision sera expliquée davantage.
💡 Explication

Une impasse (mavoi) est rendue permise au port par un lehi, simple montant à son entrée. Rien ne marque visiblement la limite avec le domaine public : si un objet roule dehors, on risque de le rapporter sans y penser.

16
ואמר רבא: לא ליצדד איניש כובא, דילמא אתי לאשוויי גומות.

Et Rava a dit : qu'un homme ne cale pas un tonneau (sur le sol), de peur qu'il en vienne à niveler des creux.

17
ואמר רבא: לא ליהדק איניש אודרא בפומא דשישא, דילמא אתי לידי סחיטה.

Et Rava a dit : qu'un homme ne bourre pas un chiffon (oudra) dans l'ouverture d'une cruche (chicha), de peur qu'il en vienne à essorer (sehita).

📜 Rachi (2)
אודרא מוכין שסותמין בהן פי הפך:
Oudra : de la bourre avec laquelle on bouche l'ouverture de la fiole.
שישא פך:
Chicha : une fiole.
🗂️ Tossefot (1)
אודרא אפומא דשישא פי' בפ' ח' שרצים (לעיל שבת ד' קיא:) [בד"ה האי מסוכרייתא שם ע"א]:
Un chiffon dans l'ouverture d'une cruche : expliqué au chapitre Chemona cheratsim (plus haut, Chabbat 111b) [au passage commençant par 'Haï masokhraita', ibid. 111a].
⚖️ Rosh (1)
ואמר רבא לא ליצדד כובא בארעא דלמא אתי לאשיויי גומות. ואמר רבא לא ליהדוק איניש אודרא אפומא דאשישא דלמא אתי לידי סחיטה. אמר רב כהנא ואיתימא רב יהודה טיט שעל גבי בגדו מכסכסו מבפנים ואין מכסכסו בחוץ. ומגררו בצפורן ובסכין. תני ר' חייא אין מגררין לא מנעל חדש ולא מנעל ישן. ולא יסוך את רגלו בשמן. והוא בתוך המנעל או בתוך הסנדל אבל סך הוא את רגלו בשמן ומניחו בתוך המנעל. וסך כל גופו שמן ומתעגל ע"ג קטבלא ואינו חושש. אמר רב חסדא ל"ש אלא שיעור לצחצחו אבל שיעור לעבדו אסור. ת"ר לא יצא קטן במנעל גדול אבל יוצא הוא בחלוק גדול. לא תצא האשה במנעל המרופט ולא תחלוץ בו ואם חלצה חליצתה כשירה. ואין יוצאין במנעל חדש. באיזה מנעל אמרו במנעל של אשה. תני בר קפרא ל"ש אלא שלא יצאת בו שעה אחת מבעוד יום אבל יצתה בו שעה אחת מבעו"י מותר. ומנעל שעל גבי אימום פי' דפוס שומטין אותו בשבת. גרסינן בפרק דם חטאת (זבחים דף צד:) דרש רבא מותר לכבס את המנעל: א"ל רב כהנא והא זימנין סגיאין הוה קאימנא קמיה דרב ואמר סכסכו לי מסניי במיא סכסוך אין כבוס לא. הדר אוקי רבא אמורא עליה ודרש דברים שאמרתי לפניכם טעות הן בידי ברם כך אמרו סכסוך מותר כבוס אסור: הדרן עלך תולין
Et Rava a dit : qu'on ne cale pas un tonneau sur le sol, de peur d'en venir à niveler des creux. Et Rava a dit : qu'un homme ne bourre pas un chiffon dans l'ouverture d'une cruche, de peur d'en venir à essorer. Rav Kahana a dit, et certains disent Rav Yehouda : la boue qui est sur son vêtement, on la frotte de l'intérieur et on ne la frotte pas de l'extérieur ; et on la gratte avec l'ongle et avec un couteau. Rabbi Hiya a enseigné : on ne gratte ni une chaussure neuve ni une vieille. Et on ne s'oint pas le pied d'huile alors qu'il est dans la chaussure ou dans la sandale ; mais on s'oint le pied d'huile et on le met dans la chaussure. Et on s'oint tout le corps d'huile et on se roule sur une peau (katavla) sans s'inquiéter. Rav Hisda a dit : on ne l'a enseigné que (pour de l'huile) en quantité pour la faire briller ; mais en quantité pour la tanner, c'est interdit. Les Rabbanan ont enseigné : un petit ne sortira pas avec une grande chaussure, mais il sort avec une grande tunique. La femme ne sortira pas avec une chaussure trop lâche (merouphat) et ne fera pas la halitsa avec ; mais si elle a fait la halitsa avec, sa halitsa est valable. Et on ne sort pas avec une chaussure neuve. De quelle chaussure ont-ils parlé ? D'une chaussure de femme. Bar Kappara a enseigné : on ne l'a enseigné que si elle n'est pas sortie avec pendant une heure alors qu'il faisait encore jour ; mais si elle est sortie avec pendant une heure alors qu'il faisait encore jour, c'est permis. Et une chaussure qui est sur l'imoum, explication : la forme, on la retire le Chabbat. Nous lisons au chapitre Dam hatat (Zevahim 94b) : Rava a enseigné publiquement : il est permis de laver la chaussure. Rav Kahana lui a dit : bien des fois je me tenais devant Rav, et il disait : frottez-moi mes sandales avec de l'eau ; frotter, oui, laver, non. Rava plaça alors un interprète (amora) près de lui et enseigna : les choses que je vous ai dites sont une erreur de ma part ; en vérité, voici ce qu'ils ont dit : frotter est permis, laver est interdit. Nous reviendrons à toi, (chapitre) Tolin.
💡 Explication

Un chiffon enfoncé dans le goulot absorbe du liquide ; en le pressant pour l'introduire, on risque d'essorer (sehita), dérivé du travail de battre le grain (dach).

18
אמר רב כהנא: טיט שעל גבי בגדו — מכסכסו מבפנים ואין מכסכסו מבחוץ.

Rav Kahana a dit : la boue qui est sur son vêtement, on la frotte de l'intérieur et on ne la frotte pas de l'extérieur.

📜 Rachi (2)
מכסכסו משפשפו:
Mekhaskhekho : le frotte.
מבפנים דלא מוכחא מילתא לאיתחזויי כמלבן ומלבן ממש לא הוי דאין נותן שם מים: כסכוס דמי למכבס:
De l'intérieur : car la chose n'est pas évidente au point de paraître comme quelqu'un qui blanchit ; et ce n'est pas un vrai blanchiment, puisqu'on n'y met pas d'eau. Frotter ressemble à laver.
💡 Explication

Frotter un tissu (kiskous) ressemble à le laver (kibbous), qui est une forme du travail de blanchir (libboun). Frotter depuis l'envers du vêtement n'a pas l'apparence d'un lavage : c'est permis.

19
מיתיבי: טיט שעל גבי מנעלו — מגררו בגב סכין, ושעל בגדו — מגררו בצפורן, ובלבד שלא יכסכס. מאי לאו, שלא יכסכס כלל! לא שלא יכסכס מבחוץ, אלא מבפנים.

On objecta : la boue qui est sur sa chaussure, on la gratte avec le dos d'un couteau ; et celle qui est sur son vêtement, on la gratte avec l'ongle, pourvu qu'on ne frotte pas. N'est-ce pas : qu'on ne frotte pas du tout ?

Non : qu'on ne frotte pas de l'extérieur, mais de l'intérieur (c'est permis).

20
אמר רבי אבהו אמר רבי אלעזר אמר רבי ינאי: מגררין מנעל חדש, אבל לא ישן.

Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Elazar, au nom de Rabbi Yannai : on gratte une chaussure neuve, mais pas une vieille.

📜 Rachi (1)
אבל לא ישן שקולפו והוי ממחק:
Mais pas une vieille : car on la pèle, et c'est lisser (memahek).
💡 Explication

Sur une chaussure vieille, le cuir se détache en grattant : on le lisse, travail de memahek (lisser les peaux). Sur une chaussure neuve, le cuir résiste.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).