Sougya : Le daf achève la discussion sur le fait de porter un enfant qui tient une pierre, puis confirme la position de Rava sur les vêtements portés par une personne que l'on transporte. La Guemara examine ensuite la corbeille contenant une pierre : pourquoi la corbeille ne devient-elle pas support (bassis) d'un objet mouktse ?
Rabbi Yo'hanan, Rabbi Elai et Rava répondent par étapes. Rav Hisda distingue les cas de terouma pure et impure dans le même panier, selon la disposition et selon que l'on a besoin de l'objet ou de sa place.
Enfin, la Guemara cherche sur quel Tana s'appuie Rabbi Yehouda, qui permet de retirer la terouma d'un mélange le Chabbat : Rabbi Eliezer, Rabbi Chimon, puis Rabbi Chimon ben Elazar.
Pourquoi précisément une pierre ? Même une pièce (dinar) aussi !
Pourquoi donc Rava a-t-il dit : on ne l'a enseigné que pour une pierre, mais pour un dinar c'est interdit ? Une pierre, si elle tombe, son père ne viendra pas la ramasser.
Un dinar, s'il tombe, son père viendra le ramasser.
La Guemara demande pourquoi Rava distingue la pierre du dinar, puisque les deux sont mouktse au même titre. La réponse porte sur un décret : une pièce a de la valeur, le père risque de la ramasser si elle tombe, ce qui serait un déplacement interdit. Une pierre sans valeur ne présente pas ce risque.
Rachi précise que l'interdit vaut même si l'enfant marche seul, tenu par la main.
On a enseigné dans une baraita conformément à Rava : celui qui sort ses vêtements pliés et posés sur son épaule, ses sandales et ses bagues dans sa main, est coupable (hayav). Et s'il les portait sur lui, il est exempt (patour).
Rava a enseigné plus haut que celui qui porte un enfant avec une bourse est coupable pour la bourse. La baraita confirme : un objet tenu est un transport (hotsaa), un objet porté comme vêtement est annulé par rapport à la personne.
Celui qui sort une personne avec ses vêtements sur elle, ses sandales à ses pieds et ses bagues à ses mains, est exempt. Alors que s'il les avait sortis tels quels, il serait coupable.
Selon Rabbi Nathan, ha'haï nossei et atsmo : un être vivant se porte lui-même, donc porter une personne n'est pas un transport. Les vêtements qu'elle porte sont batel (secondaires) par rapport à elle. Tenus à la main, ils redeviennent des objets transportés.
(Michna :) Une corbeille avec la pierre dedans. Et pourquoi (est-ce permis) ?
Que la corbeille soit un support (bassis) pour une chose interdite ! Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ici, il s'agit d'une corbeille pleine de fruits.
Qu'il jette donc les fruits et jette la pierre, et qu'il reprenne (les fruits) à la main ! Comme l'a dit Rabbi Elai au nom de Rav : il s'agit de fruits qui se salissent ; ici aussi, de fruits qui se salissent.
Un bassis ledavar haassour (support d'un objet interdit) prend lui-même le statut de mouktse. La Guemara résout la difficulté par étapes : la corbeille contient aussi des fruits permis, elle sert donc de support principalement pour eux, et la pierre est déplacée à leur suite.
On ne peut exiger de vider la corbeille, car les fruits mitanfin (tendres) s'abîmeraient par terre. Tossefot discute pourquoi on ne prend pas simplement les fruits à la main.
Qu'il les secoue donc (pour écarter la pierre) ! Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rava : ici, il s'agit d'une corbeille percée, où la pierre elle-même sert de paroi à la corbeille.
Dans une kalkala pe'houta (corbeille percée), la pierre bouche le trou : elle devient une partie du récipient (dofen, paroi) et perd son statut d'objet mouktse autonome.
(Michna :) On déplace la terouma, etc. Rav Hisda a dit : on ne l'a enseigné que lorsque la pure est en bas et l'impure en haut ; mais si la pure est en haut et l'impure en bas, il prend la pure et laisse l'impure.
La terouma temea (impure) ne peut être mangée par un Cohen : elle est mouktse. La Michna permet de la déplacer avec la terouma pure. Rav Hisda limite cette permission au cas où il n'y a pas d'autre moyen d'atteindre la pure.
Et quand la pure est en bas aussi, qu'il les jette et les reprenne ! Rabbi Elai a dit au nom de Rav : il s'agit de fruits qui se salissent.
On objecta : on déplace la terouma impure avec la pure et avec les produits profanes (hullin), que la pure soit en haut et l'impure en bas, ou que l'impure soit en haut et la pure en bas. C'est une réfutation (tiyouvta) de Rav Hisda !
Rav Hisda te répondra : la Michna parle d'un besoin de l'objet lui-même (letsorekh goufo), la baraita d'un besoin de sa place (letsorekh mekomo).
Distinction classique des lois de mouktse : letsorekh goufo, on veut utiliser l'objet ; letsorekh mekomo, on veut libérer l'endroit qu'il occupe. Dans le second cas, il faut de toute façon enlever tout le contenu, et les Sages ont été plus souples.
Qu'est-ce qui a contraint Rav Hisda à établir la Michna dans le cas d'un besoin de l'objet lui-même ?
Rava a dit : la Michna se lit avec précision dans son sens, car il est enseigné dans la suite : des pièces de monnaie qui sont sur un coussin, on secoue le coussin et elles tombent. Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on ne l'a enseigné que pour le besoin de l'objet lui-même ; mais pour le besoin de sa place, on le déplace alors qu'elles sont encore dessus.
Et puisque la suite parle du besoin de l'objet lui-même, le début aussi parle du besoin de l'objet lui-même.
Rava tire une preuve de la structure de la Michna (diyouk) : la clause suivante, celle des pièces sur le coussin, traite selon Rabbi Yo'hanan d'un besoin de l'objet. Il est naturel que la clause précédente, celle de la terouma, traite du même cas.
(Michna :) Rabbi Yehouda dit : on retire aussi, etc. Et pourquoi ?
Il répare (metaken) !
La Michna parle d'une sea de terouma tombée dans cent seas de hullin (produits profanes). Elle est annulée, mais on doit retirer une sea pour le Cohen. Retirer cette sea rend le reste permis : c'est un tikoun (réparation), interdit le Chabbat par décret rabbinique.
Rabbi Yehouda pense comme Rabbi Eliezer, qui a dit : la terouma est posée intacte (bein'a mehata).
Comme nous l'avons appris : une sea de terouma qui est tombée dans moins de cent (seas de hullin), et le mélange est devenu meduma (mélange interdit), puis (une sea) du meduma est tombée ailleurs : Rabbi Eliezer dit qu'elle rend (ce nouvel ensemble) meduma comme de la terouma certaine.
Le meduma est un mélange de terouma et de hullin où la terouma n'est pas annulée (moins de 1/100). Pour Rabbi Eliezer, la sea qui passe dans un second mélange est traitée comme de la terouma pure : on craint que ce soit précisément la sea d'origine.
Et les Sages disent : le meduma ne rend meduma que selon la proportion (lefi hechbon).
Admettons que tu l'aies entendu (dire cela) pour être strict (le'houmra) ; pour être indulgent (lekoula), l'as-tu entendu ?
Mais (Rabbi Yehouda) a parlé selon Rabbi Chimon, comme nous l'avons appris : une sea de terouma qui est tombée dans cent, et on n'a pas eu le temps de la retirer avant qu'une autre ne tombe : (le mélange) est interdit. Et Rabbi Chimon permet.
Et d'où (le tires-tu) ? Peut-être là-bas divergent-ils sur ceci : le premier Tana pense que, bien qu'elles soient tombées l'une après l'autre, c'est comme si elles étaient tombées en même temps ; celle-ci est tombée dans cinquante et celle-là dans cinquante.
Et Rabbi Chimon pense : la première a été annulée dans cent, et celle-ci sera annulée dans cent un.
La permission de Rabbi Chimon peut s'expliquer par l'annulation (bitoul) de la première sea, qui devient du hullin et compte dans le total. Cela ne prouve pas que la terouma est considérée comme intacte ; la preuve pour Rabbi Yehouda tombe.
Mais (Rabbi Yehouda) a parlé selon Rabbi Chimon ben Elazar, comme il est enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : il fixe son regard sur ce côté-ci et mange de l'autre côté.
Pour Rabbi Chimon ben Elazar, la simple désignation mentale d'une partie suffit pour manger le reste. Le retrait physique n'ajoute donc rien au statut du mélange : il n'y a pas de tikoun.
Et (Rabbi Yehouda) pense-t-il comme lui ?
La question reste ouverte ici ; la Guemara l'examine au daf suivant (142b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).