Shabbat 142a — La corbeille, la terouma mélangée et Rabbi Yehouda

Shabbat 142a

Sougya : Le daf achève la discussion sur le fait de porter un enfant qui tient une pierre, puis confirme la position de Rava sur les vêtements portés par une personne que l'on transporte. La Guemara examine ensuite la corbeille contenant une pierre : pourquoi la corbeille ne devient-elle pas support (bassis) d'un objet mouktse ?

Rabbi Yo'hanan, Rabbi Elai et Rava répondent par étapes. Rav Hisda distingue les cas de terouma pure et impure dans le même panier, selon la disposition et selon que l'on a besoin de l'objet ou de sa place.

Enfin, la Guemara cherche sur quel Tana s'appuie Rabbi Yehouda, qui permet de retirer la terouma d'un mélange le Chabbat : Rabbi Eliezer, Rabbi Chimon, puis Rabbi Chimon ben Elazar.

La corbeille contenant une pierre : pourquoi peut-on la déplacer ? Michna : on prend la corbeille avec la pierre dedans Question : la corbeille devient bassis (support d'un objet mouktse) : interdite ? Rabbi Yo'hanan : corbeille pleine de fruits support des fruits permis, la pierre suit Question : qu'il jette tout et ramasse les fruits à la main Réponse (Rabbi Elai, Rav) : fruits qui se salissent (figues, raisins, mûrs et tendres) Question : qu'il secoue la corbeille pour isoler la pierre et la jeter Réponse (Rava) : corbeille percée la pierre bouche le trou elle sert de paroi (dofen) Conclusion : on déplace le tout, pierre comprise
La corbeille et la pierre : questions et réponses successives (segments 3-4).
Terouma pure et terouma impure dans le même panier (Rav Hisda) Pure en haut, impure en bas Impure en haut, pure en bas Pour le fruit lui-même (letsorekh goufo) Michna Pour libérer la place (letsorekh mekomo) Baraita Interdit de déplacer le tout il prend la pure à la main et laisse l'impure Permis : il déplace le tout (fruits qui se salissent : impossible de tout jeter) Permis : il déplace le tout Permis : il déplace le tout Preuve de Rava : les pièces sur le coussin - pour le coussin lui-même, on secoue ; pour sa place, on le déplace avec les pièces
Rav Hisda : disposition des fruits et but du déplacement (segments 5-10).
Rabbi Yehouda permet de retirer la terouma : sur quelle opinion s'appuie-t-il ? Difficulté : en retirant la terouma, il rend le mélange permis = metaken 1. Rabbi Eliezer la terouma reste intacte (bein'a mehata) le meduma interdit comme terouma certaine 2. Rabbi Chimon deux seas tombées successivement dans 100 : il permet 3. R. Chimon ben Elazar il fixe du regard un côté et mange de l'autre : le retrait ne répare rien Rejeté il le dit pour être strict (le'houmra), pas pour être indulgent Rejeté motif possible : la 1re sea était déjà annulée dans 100 Question ouverte Rabbi Yehouda pense-t-il comme lui ? (suite au 142b)
Recherche de la source de Rabbi Yehouda (segments 11-19).
1
מאי איריא אבן, אפילו דינר נמי! אלמה אמר רבא: לא שנו אלא אבן, אבל דינר — אסור! אבן, אי נפלה (לה) — לא אתי אבוה לאיתויי. דינר, אי נפיל — אתי אבוה לאתויי.

Pourquoi précisément une pierre ? Même une pièce (dinar) aussi !

Pourquoi donc Rava a-t-il dit : on ne l'a enseigné que pour une pierre, mais pour un dinar c'est interdit ? Une pierre, si elle tombe, son père ne viendra pas la ramasser.

Un dinar, s'il tombe, son père viendra le ramasser.

📜 Rachi (1)
אתי לאתויי וטעמא לאו משום טלטול הוא דאפילו לאוחזו בידו והתינוק מהלך ברגליו אסר ליה רבא דילמא נפיל ואתי לאתויי וכיון דלאו סכנת נפש היא לא שרו ביה טלטול:
Il viendra le ramasser : la raison n'est pas le déplacement (du dinar), car même le tenir par la main alors que l'enfant marche sur ses pieds, Rava l'a interdit, de peur (que le dinar) tombe et qu'il vienne le ramasser. Et puisqu'il n'y a pas de danger de mort, on ne lui a pas permis de déplacer (l'enfant).
💡 Explication

La Guemara demande pourquoi Rava distingue la pierre du dinar, puisque les deux sont mouktse au même titre. La réponse porte sur un décret : une pièce a de la valeur, le père risque de la ramasser si elle tombe, ce qui serait un déplacement interdit. Une pierre sans valeur ne présente pas ce risque.

Rachi précise que l'interdit vaut même si l'enfant marche seul, tenu par la main.

2
תניא כוותיה דרבא: המוציא כליו מקופלים ומונחים על כתפו, וסנדליו וטבעותיו בידו — חייב. ואם היה מלובש בהן — פטור.

On a enseigné dans une baraita conformément à Rava : celui qui sort ses vêtements pliés et posés sur son épaule, ses sandales et ses bagues dans sa main, est coupable (hayav). Et s'il les portait sur lui, il est exempt (patour).

📜 Rachi (2)
תניא כוותיה דרבא דכי נקט לה עליון כמאן דאפקא תחתון גופיה דמי ומיחייב:
On a enseigné conformément à Rava : quand la personne du dessus (le porteur) les tient, c'est comme si celle du dessous (le porte) les sortait elle-même, et elle est coupable.
וסנדליו וטבעותיו בידו בקומצו שלא כדרך מלבוש:
Ses sandales et ses bagues dans sa main : dans son poing, d'une manière qui n'est pas celle dont on les porte.
💡 Explication

Rava a enseigné plus haut que celui qui porte un enfant avec une bourse est coupable pour la bourse. La baraita confirme : un objet tenu est un transport (hotsaa), un objet porté comme vêtement est annulé par rapport à la personne.

3
המוציא אדם וכליו עליו, וסנדליו ברגליו, וטבעותיו בידיו — פטור, ואילו הוציאן כמות שהן — חייב.

Celui qui sort une personne avec ses vêtements sur elle, ses sandales à ses pieds et ses bagues à ses mains, est exempt. Alors que s'il les avait sortis tels quels, il serait coupable.

📜 Rachi (4)
המוציא אדם וכליו עליו מלובש בהן:
Celui qui sort une personne avec ses vêtements sur elle : qui en est vêtue.
וטבעותיו בידיו באצבעותיו מדלא תנא בידו כדנקט רישא:
Et ses bagues à ses mains : à ses doigts, puisqu'on n'a pas enseigné "dans sa main" comme dans la première partie.
פטור דבגדיו בטלי לגביה ועליו הוא פטור כרבי נתן:
Exempt : car ses vêtements sont annulés par rapport à lui, et pour (la personne) elle-même il est exempt, selon Rabbi Nathan.
ואילו הוציאן כמות שהן שהיה אותו עליון אחוז בהן ולא מלובש חייב הנושא והיינו כרבא:
Alors que s'il les avait sortis tels quels : que la personne portée les tenait sans en être vêtue, le porteur est coupable ; c'est l'opinion de Rava.
💡 Explication

Selon Rabbi Nathan, ha'haï nossei et atsmo : un être vivant se porte lui-même, donc porter une personne n'est pas un transport. Les vêtements qu'elle porte sont batel (secondaires) par rapport à elle. Tenus à la main, ils redeviennent des objets transportés.

4
כלכלה והאבן בתוכה. ואמאי? תיהוי כלכלה בסיס לדבר האסור! אמר רבה בר בר חנה אמר רבי יוחנן: הכא בכלכלה מלאה פירות עסקינן. ולישדינהו לפירי, ונישדי לאבן, ונינקטינהו בידים! כדרבי אלעי אמר רב: בפירות המיטנפין, הכא נמי: בפירות המיטנפין.

(Michna :) Une corbeille avec la pierre dedans. Et pourquoi (est-ce permis) ?

Que la corbeille soit un support (bassis) pour une chose interdite ! Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ici, il s'agit d'une corbeille pleine de fruits.

Qu'il jette donc les fruits et jette la pierre, et qu'il reprenne (les fruits) à la main ! Comme l'a dit Rabbi Elai au nom de Rav : il s'agit de fruits qui se salissent ; ici aussi, de fruits qui se salissent.

📜 Rachi (4)
תיהוי כלכלה בסיס והיא עצמה תיאסר:
Que la corbeille soit un support : et qu'elle-même soit interdite.
מליאה פירות דעיקר נעשית בסיס לפירות הלכך אבן מיטלטלת אגב כלי ופירות שהוא מותר:
Pleine de fruits : elle devient principalement support des fruits ; c'est pourquoi la pierre est déplacée à la suite du récipient et des fruits, qui sont permis.
ונינקטינהו בידים ילקטם מעל הארץ בידיו ויחזירה לכלכלה ויטלטלם ולמה התירו אבן לטלטל אגב כלי ופירות:
Qu'il les reprenne à la main : qu'il les ramasse du sol avec ses mains, les remette dans la corbeille et les déplace ; pourquoi a-t-on permis de déplacer la pierre à la suite du récipient et des fruits ?
בפירות המיטנפין בפירות מבושלין ורכין מאד כגון תאנים ותותים וענבים שאם ישליכם לארץ יטנפו:
Fruits qui se salissent : fruits mûrs et très tendres, comme figues, mûres et raisins, qui se saliraient s'il les jetait à terre.
🗂️ Tossefot (3)
ונשדיינהו לפירי ונשדייה לאבן ואם תאמר גבי קטן נמי נשדייה לאבן מידו ואמאי שרי לטלטולי עם האבן וי"ל אם ישליכו מידו יצעק התינוק ויבכה וא"ת מ"ש דלא שרינן לטלטל תינוק אלא כשיש לו גיעגועין תיבטל אבן אגב תינוק כמו שהיא בטלה אגב כלכלה מלאה פירות וי"ל דאינו צריך כל כך טלטול התינוק וא"ת אפילו אין הכלכלה מלאה פירות תיבטל האבן אגבה כי היכי דבטלי בפ"ב דביצה (דף כא:) שיורי. הכוס אגב הכוס אי לאו דאיסורי הנאה נינהו וי"ל שאני שיורי דגריעי יותר מדאי ובטלו טפי וכן צ"ל מתוך שמעתא גופה דביצה כמו שפירשתי לעיל בסוף כירה (שבת דף מז. בד"ה הוה):
Qu'il jette les fruits et qu'il jette la pierre : si tu demandes : pour l'enfant aussi, qu'on jette la pierre de sa main ; pourquoi est-il permis de le déplacer avec la pierre ? On peut répondre : si on la jette de sa main, l'enfant criera et pleurera. Et si tu demandes : pourquoi ne permet-on de déplacer l'enfant que lorsqu'il a de l'attachement (gueagouim, pour son père) ? Que la pierre soit annulée par rapport à l'enfant comme elle est annulée par rapport à la corbeille pleine de fruits ! On peut répondre : on n'a pas tellement besoin de déplacer l'enfant. Et si tu demandes : même si la corbeille n'est pas pleine de fruits, que la pierre soit annulée par rapport à elle, de même que sont annulés, au deuxième chapitre de Beitsa (21b), les restes (de la coupe) par rapport à la coupe, n'eût été qu'ils sont interdits de profit ! On peut répondre : les restes sont particuliers, car ils sont tout à fait insignifiants et s'annulent davantage. Et c'est ainsi qu'il faut l'expliquer d'après le passage même de Beitsa, comme je l'ai expliqué plus haut à la fin de Kira (Chabbat 47a, s.v. hava).
ונשדינהו לפירי ונשדייה לאבן כו' וא"ת מכל מקום נינקטינהו לפירי בידים ויניח האבן בכלכלה והא אמרינן לקמן לא שנו אלא שטהורה למטה וטמאה למעלה אבל טהורה למעלה וטמאה למטה שקיל לה לטהורה ושביק לה לטמאה והיינו על כרחך בידיו דאי זריק לה בכלי א"כ גם בטמאה למעלה יכול לזורקה בכלי אלא שמע מינה דשקיל לה בידיו וא"כ הכי נמי לשקלינהו לפירי בידיו וי"ל דמיירי שפי הכלכלה צר הוא ואינו יכול להכניס שם ידיו אי נמי י"ל דההיא דלקמן מיירי בתרומה שהיא בכלים קטנים בתוך הקופה שאין דרך להניח טמאה וטהורה ביחד אלא בכלים זה בפני עצמו וזה בפ"ע ולהכי מצי שקיל לטהורה שהיא למעלה בידיו אבל כלכלה דהכא אין כאן כלים ולא מצי נקיט להו בידיו פן יפול לארץ והשתא לא צריכנא לשינויא קמא דפירות המיטנפין דהא כיון דאבן עצמה הוי דופן לכלכלה אפ' הוי שדי לפירות ולאבן והדר שקיל לפירי ושבק לאבן לא הוי ליה במאי לאנחינהו כיון שהכלכלה פחותה שהאבן נעשה לה דופן. והא דלא קאמר אלא לפי שלא הוזכר אמורא לעיל. א"נ השתא יש להעמיד נמי בפירות המיטנפין דאל"כ נוכל להשליך הסל בקרקע ולהוליך בכלכלה מעט מעט כמה שתוכל להחזיק עד מקום הפחת. מ"ר:
Qu'il jette les fruits et qu'il jette la pierre, etc. : si tu demandes : de toute façon, qu'il prenne les fruits à la main et laisse la pierre dans la corbeille. Or nous disons plus loin : on ne l'a enseigné que si la pure est en bas et l'impure en haut, mais si la pure est en haut et l'impure en bas, il prend la pure et laisse l'impure ; et c'est forcément avec ses mains, car s'il la jetait (en renversant) le récipient, alors même quand l'impure est en haut il pourrait la jeter avec le récipient. On en déduit donc qu'il la prend à la main ; et alors ici aussi, qu'il prenne les fruits à la main ! On peut répondre qu'il s'agit d'une corbeille dont l'ouverture est étroite et où il ne peut pas introduire les mains. Ou bien on peut répondre que le cas de plus loin concerne la terouma placée dans de petits récipients à l'intérieur du panier, car on n'a pas l'habitude de mettre ensemble l'impure et la pure, mais chacune dans des récipients à part ; c'est pourquoi il peut prendre à la main la pure qui est en haut. Mais la corbeille d'ici n'a pas de récipients, et il ne peut pas les prendre à la main de peur qu'ils ne tombent à terre. Et maintenant nous n'avons pas besoin de la première réponse, celle des fruits qui se salissent : puisque la pierre elle-même sert de paroi à la corbeille, même s'il jetait les fruits et la pierre, puis reprenait les fruits en laissant la pierre, il n'aurait pas où les poser, puisque la corbeille est percée et que la pierre lui sert de paroi. Et si (la Guemara) ne le dit pas (dès le début), c'est parce que cet Amora n'avait pas encore été mentionné plus haut. Ou bien, maintenant aussi on peut l'établir pour des fruits qui se salissent, car sinon on pourrait jeter le panier à terre et transporter (les fruits) peu à peu dans la corbeille, autant qu'elle peut en contenir jusqu'à l'endroit du trou. Mon maître (Mori Rabbi).
הכא נמי בפירות המיטנפין וא"ת אכתי יטלם בידו ויניחם בתוך כלי אחר או על גבי טבלא או ע"ג סודר כדמוכח בסמוך גבי תרומה דאמר רב חסדא לא שנו אלא שטהורה למטה וטמאה למעלה אבל טהורה למעלה וטמאה למטה שקיל לטהורה ושביק הטמאה ואע"ג דמוקמינן נמי בפירות המיטנפין וי"ל דהתם מיירי כגון שטהורה מונחת בסלים קטנים בפני עצמה וכן הטמאה ואותם סלים מונחים בתוך כלי אחד גדול והיו סלים של טהורה למעלה מסלים של טמאה דיכול ליקח סלי טהורה ולהניחם ע"ג קרקע אבל אם מונחת זו על גב זו בלא שום כלי כי הכא שהפירות מונחים ביחד בהא ודאי לא אמר שביק לה לטמאה ושקיל לה לטהורה. מ"ר:
Ici aussi, fruits qui se salissent : si tu demandes : qu'il les prenne encore à la main et les pose dans un autre récipient, ou sur une planche, ou sur un foulard, comme cela ressort plus loin à propos de la terouma, où Rav Hisda dit : on ne l'a enseigné que si la pure est en bas et l'impure en haut, mais si la pure est en haut et l'impure en bas, il prend la pure et laisse l'impure, alors qu'on l'établit aussi pour des fruits qui se salissent ? On peut répondre que là-bas il s'agit du cas où la pure est placée à part dans de petits paniers, de même l'impure, et que ces paniers sont placés dans un grand récipient, les paniers de pure au-dessus des paniers d'impure : il peut prendre les paniers de pure et les poser sur le sol. Mais si elles sont posées l'une sur l'autre sans aucun récipient, comme ici où les fruits sont placés ensemble, dans ce cas il n'a certainement pas dit qu'il laisse l'impure et prend la pure. Mon maître.
💡 Explication

Un bassis ledavar haassour (support d'un objet interdit) prend lui-même le statut de mouktse. La Guemara résout la difficulté par étapes : la corbeille contient aussi des fruits permis, elle sert donc de support principalement pour eux, et la pierre est déplacée à leur suite.

On ne peut exiger de vider la corbeille, car les fruits mitanfin (tendres) s'abîmeraient par terre. Tossefot discute pourquoi on ne prend pas simplement les fruits à la main.

5
ולינערינהו נעורי! אמר רב חייא בר אשי אמר רבא: הכא בכלכלה פחותה עסקינן, דאבן גופה נעשית דופן לכלכלה.

Qu'il les secoue donc (pour écarter la pierre) ! Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rava : ici, il s'agit d'une corbeille percée, où la pierre elle-même sert de paroi à la corbeille.

📜 Rachi (2)
ולנערינהו נעורי עד שיסתלקו הפירות מן האבן לתוך הכלכלה לצדדין וישליך האבן לבדה בנעורתה:
Qu'il les secoue : jusqu'à ce que les fruits s'écartent de la pierre vers les côtés de la corbeille, et qu'il jette la pierre seule en secouant.
פחותה שנפחית דופנה או שוליה:
Percée : dont la paroi ou le fond est endommagé.
💡 Explication

Dans une kalkala pe'houta (corbeille percée), la pierre bouche le trou : elle devient une partie du récipient (dofen, paroi) et perd son statut d'objet mouktse autonome.

6
מטלטלין תרומה וכו׳. אמר רב חסדא: לא שנו אלא שטהורה למטה וטמאה למעלה. אבל טהורה למעלה וטמאה למטה — שקיל ליה לטהורה ושביק ליה לטמאה.

(Michna :) On déplace la terouma, etc. Rav Hisda a dit : on ne l'a enseigné que lorsque la pure est en bas et l'impure en haut ; mais si la pure est en haut et l'impure en bas, il prend la pure et laisse l'impure.

📜 Rachi (1)
וטמאה למעלה והוא צריך לטהורה ואינו יכול ליטול הטמאה בידים לפי שהיא מוקצה לפיכך יטלטל הכל עד השלחן וישליך הכל עליו ויטול הטהורה:
Et l'impure en haut : il a besoin de la pure et ne peut pas prendre l'impure à la main, car elle est mouktse ; c'est pourquoi il déplace le tout jusqu'à la table, y renverse le tout et prend la pure.
💡 Explication

La terouma temea (impure) ne peut être mangée par un Cohen : elle est mouktse. La Michna permet de la déplacer avec la terouma pure. Rav Hisda limite cette permission au cas où il n'y a pas d'autre moyen d'atteindre la pure.

7
וכי טהורה למטה נמי, לישדינהו ולינקטינהו! אמר רבי אלעי אמר רב: בפירות המיטנפין עסקינן.

Et quand la pure est en bas aussi, qu'il les jette et les reprenne ! Rabbi Elai a dit au nom de Rav : il s'agit de fruits qui se salissent.

📜 Rachi (2)
לישדינהו לארץ כולן:
Qu'il les jette : toutes à terre.
ולינקטינהו לטהורה ביד ויחזירה לכלכלה:
Et qu'il les reprenne : la pure, à la main, et qu'il la remette dans la corbeille.
8
מיתיבי: מטלטלין תרומה טמאה עם הטהורה ועם החולין, בין שטהורה למעלה וטמאה למטה, בין שטמאה למעלה וטהורה למטה, תיובתא דרב חסדא!

On objecta : on déplace la terouma impure avec la pure et avec les produits profanes (hullin), que la pure soit en haut et l'impure en bas, ou que l'impure soit en haut et la pure en bas. C'est une réfutation (tiyouvta) de Rav Hisda !

9
אמר לך רב חסדא: מתניתין — לצורך גופו, ברייתא — לצורך מקומו.

Rav Hisda te répondra : la Michna parle d'un besoin de l'objet lui-même (letsorekh goufo), la baraita d'un besoin de sa place (letsorekh mekomo).

📜 Rachi (2)
מתני' לצורך גופו שצריך לטהורה לגופה לאוכלה הלכך אי לאו דטהורה למטה לא שרו ליה לטלטולי לטמאה אלא שקיל לטהורה וממטי לה לשלחן:
La Michna, pour le besoin de l'objet : il a besoin de la pure elle-même pour la manger ; c'est pourquoi, si la pure n'était pas en bas, on ne lui aurait pas permis de déplacer l'impure : il prendrait la pure et l'apporterait à la table.
ברייתא לצורך מקומו שצריך למקום הכלי וע"כ כולו הוא צריך לסלקו משם ושרו ליה רבנן לטלטל האי אטו האי:
La baraita, pour le besoin de sa place : il a besoin de l'emplacement du récipient, et il doit donc l'enlever en entier de là ; les Sages lui ont permis de déplacer l'une à cause de l'autre.
💡 Explication

Distinction classique des lois de mouktse : letsorekh goufo, on veut utiliser l'objet ; letsorekh mekomo, on veut libérer l'endroit qu'il occupe. Dans le second cas, il faut de toute façon enlever tout le contenu, et les Sages ont été plus souples.

10
מאי דוחקיה דרב חסדא לאוקומי מתניתין לצורך גופו?

Qu'est-ce qui a contraint Rav Hisda à établir la Michna dans le cas d'un besoin de l'objet lui-même ?

📜 Rachi (1)
ומאי דוחקיה כו' דאיצטריך למימר לא שנו אלא שהטמאה למעלה לשבקי כדקס"ד דעתך בין שטמאה למעלה בין שטמאה למטה ולוקמי בצריך למקומו:
Qu'est-ce qui l'a contraint, etc. : au point de devoir dire "on ne l'a enseigné que si l'impure est en haut", pour la laisser. Qu'il pense, comme on le supposait (au départ), que ce soit l'impure en haut ou l'impure en bas (c'est permis), et qu'il établisse (la Michna) dans le cas où il a besoin de la place !
11
אמר רבא: מתניתין כוותיה דייקא, דקתני סיפא: מעות שעל הכר — מנער את הכר והן נופלות. ואמר רבה בר בר חנה אמר רבי יוחנן: לא שנו אלא לצורך גופו, אבל לצורך מקומו — מטלטלו ועודן עליו. ומדסיפא לצורך גופו — רישא נמי לצורך גופו.

Rava a dit : la Michna se lit avec précision dans son sens, car il est enseigné dans la suite : des pièces de monnaie qui sont sur un coussin, on secoue le coussin et elles tombent. Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on ne l'a enseigné que pour le besoin de l'objet lui-même ; mais pour le besoin de sa place, on le déplace alors qu'elles sont encore dessus.

Et puisque la suite parle du besoin de l'objet lui-même, le début aussi parle du besoin de l'objet lui-même.

📜 Rachi (2)
אלא לצורך גופו שצריך לכר לשכב עליו שם ולא לסלקו לפיכך לא התירו לו ליטלו עם המעות אלא מנערו במקומו אבל צריך למקום הכר מטלטל הכל ביחד:
Que pour le besoin de l'objet : il a besoin du coussin pour s'y coucher à cet endroit, et non pour l'enlever ; c'est pourquoi on ne lui a pas permis de le prendre avec les pièces, mais il le secoue sur place. Mais s'il a besoin de la place du coussin, il déplace le tout ensemble.
ומדסיפא כו' רישא נמי לצורך גופו הלכך אי הוה טהורה למעלה לא הוי שרי ליה לטלטולי טמאה כדקתני גבי מעות מנערו ונופלות ומטלטל היתרא לחודיה:
Et puisque la suite, etc., le début aussi pour le besoin de l'objet : par conséquent, si la pure était en haut, il ne lui serait pas permis de déplacer l'impure, comme il est enseigné à propos des pièces : il le secoue et elles tombent, et il ne déplace que ce qui est permis.
💡 Explication

Rava tire une preuve de la structure de la Michna (diyouk) : la clause suivante, celle des pièces sur le coussin, traite selon Rabbi Yo'hanan d'un besoin de l'objet. Il est naturel que la clause précédente, celle de la terouma, traite du même cas.

12
רבי יהודה אומר: אף מעלין וכו׳. ואמאי?! הא קא מתקן!

(Michna :) Rabbi Yehouda dit : on retire aussi, etc. Et pourquoi ?

Il répare (metaken) !

📜 Rachi (1)
הא קמתקן שמביאה לידי היתר ונגזר ביה אטו תיקון שע"י מלאכה:
Il répare : car il amène (le mélange) à l'état permis ; décrétons à cause d'une réparation faite au moyen d'un travail (mêla'kha).
💡 Explication

La Michna parle d'une sea de terouma tombée dans cent seas de hullin (produits profanes). Elle est annulée, mais on doit retirer une sea pour le Cohen. Retirer cette sea rend le reste permis : c'est un tikoun (réparation), interdit le Chabbat par décret rabbinique.

13
רבי יהודה כרבי אליעזר סבירא ליה, דאמר: תרומה בעינה מחתא.

Rabbi Yehouda pense comme Rabbi Eliezer, qui a dit : la terouma est posée intacte (bein'a mehata).

📜 Rachi (1)
כר"א דאמר תרומה הואיל וניתנה להעלות אחת שירצה בעינא מחתא כאילו מונחת לבדה ואינה מעורבת הלכך לא קמתקן מידי:
Comme Rabbi Eliezer, qui a dit que la terouma : puisqu'il est permis de retirer n'importe laquelle (des seas), elle est considérée comme posée intacte, comme si elle était seule et non mélangée ; c'est pourquoi il ne répare rien.
14
דתנן: סאה תרומה שנפלה לפחות ממאה, ונדמעו, ונפל מן המדומע למקום אחר, רבי אליעזר אומר: מדמעת כתרומת ודאי.

Comme nous l'avons appris : une sea de terouma qui est tombée dans moins de cent (seas de hullin), et le mélange est devenu meduma (mélange interdit), puis (une sea) du meduma est tombée ailleurs : Rabbi Eliezer dit qu'elle rend (ce nouvel ensemble) meduma comme de la terouma certaine.

📜 Rachi (1)
מדמעת זה שנפרד משם ואוסר צ"ט של חולין כאילו היא תרומה ודאי:
Elle rend meduma : celle-ci, qui s'est détachée de là, interdit quatre-vingt-dix-neuf (seas) de hullin comme si c'était de la terouma certaine.
🗂️ Tossefot (1)
שנפלה לפחות מק' חולין מכאן משמע דתרומה עולה באחד ומאה עם האיסור ורש"י לא פירש כן בפרק גיד הנשה (חולין דף צט:) גבי כל איסורין שבתורה במאה דלפירו' שיטתו לא אתי' מסקנא הכי:
Qui est tombée dans moins de cent (seas de) hullin : on en déduit que la terouma est annulée dans cent un, l'interdit compris. Rachi ne l'a pas expliqué ainsi au chapitre Guid Hanaché (Houlin 99b), à propos de "tous les interdits de la Tora (sont annulés) dans cent", car selon l'explication de sa méthode la conclusion ne s'accorde pas ainsi.
💡 Explication

Le meduma est un mélange de terouma et de hullin où la terouma n'est pas annulée (moins de 1/100). Pour Rabbi Eliezer, la sea qui passe dans un second mélange est traitée comme de la terouma pure : on craint que ce soit précisément la sea d'origine.

🖼️ Schéma
Une sea du mélange tombe dans d'autres produits profanes Mélange 1 : 1 sea de terouma + moins de 100 seas de hullin = meduma une sea de ce mélange tombe ailleurs Rabbi Eliezer cette sea compte comme terouma certaine : il faut 100 contre elle Hakhamim : lefi hechbon seule la part de terouma contenue dans cette sea compte (ex. 1/60 de sea)
Rabbi Eliezer et les Hakhamim : la sea du meduma tombée dans un second tas.
15
וחכמים אומרים: אין המדומע מדמע אלא לפי חשבון.

Et les Sages disent : le meduma ne rend meduma que selon la proportion (lefi hechbon).

📜 Rachi (1)
וחכ"א אין המדומע מדמע חולין אחרים אלא לפי חשבון התרומה שבמדומע כגון אם תחילתו נדמע ס' של חולין ע"י סאה תרומה וחזרה סאה ממנו ונפלה לתוך אחרים לא חשבינן תרומה אלא ס' שבסאה זו ומדמע עד צ"ט שכנגדו ואם יש חולין יותר מק' כנגדו עולה:
Et les Sages disent : le meduma ne rend meduma (d'autres produits profanes) que selon la proportion de terouma qui est dans le meduma. Par exemple, si au départ soixante (seas) de hullin sont devenues meduma par une sea de terouma, et qu'une sea en est ensuite tombée dans d'autres (produits), on ne compte comme terouma qu'un soixantième de cette sea ; elle rend meduma jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf fois cette quantité, et s'il y a plus de cent fois de hullin contre elle, elle est annulée.
16
אימר דשמעת ליה לחומרא, לקולא מי שמעת ליה?!

Admettons que tu l'aies entendu (dire cela) pour être strict (le'houmra) ; pour être indulgent (lekoula), l'as-tu entendu ?

📜 Rachi (4)
אימר דשמעת ליה לר"א דאמר תרומה כמאן דמחתא בעינא:
Admettons que tu l'aies entendu : de Rabbi Eliezer, qui dit que la terouma est comme posée intacte.
לחומרא לדמעה כתרומה ודאי:
Pour être strict : pour qu'elle rende meduma comme de la terouma certaine.
לקולא דלא ליהוי המעלה אותה בשבת כמתקן:
Pour être indulgent : pour que celui qui la retire le Chabbat ne soit pas considéré comme réparant.
מי אמר הא ודאי מתקן הוא ע"כ:
L'a-t-il dit ? : celui-là répare certainement, forcément.
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אלא: הוא דאמר כרבי שמעון, כדתנן: סאה תרומה שנפלה למאה, ולא הספיק להגביה עד שנפלה אחרת — הרי זו אסורה. ורבי שמעון מתיר.

Mais (Rabbi Yehouda) a parlé selon Rabbi Chimon, comme nous l'avons appris : une sea de terouma qui est tombée dans cent, et on n'a pas eu le temps de la retirer avant qu'une autre ne tombe : (le mélange) est interdit. Et Rabbi Chimon permet.

📜 Rachi (4)
הוא דאמר רבי יהודה דמתני' כרבי שמעון דאמר לקולא נמי כמאן דמחתא בעינא דמיא:
Il a parlé : Rabbi Yehouda de notre Michna, selon Rabbi Chimon, qui dit aussi pour être indulgent qu'elle est comme posée intacte.
למאה וראויה להעלותה ויתכשרו החולין:
Dans cent : et elle peut être retirée, et les hullin deviendront permis.
עד שנפלה אחרת ועכשיו אין בה חולין כדי להעלותה באחד וק':
Avant qu'une autre ne tombe : et maintenant il n'y a plus assez de hullin pour la retirer dans cent un.
ר"ש מתיר קס"ד משום דס"ל ליה קמייתא כמאן דמחתא בעינא דמיא ונמצאת אחרונה זו נופלת בתוך ק' של חולין:
Rabbi Chimon permet : on pensait que c'est parce qu'il estime que la première est comme posée intacte, et cette dernière se trouve tomber dans cent (seas) de hullin.
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וממאי? דילמא התם בהא קמיפלגי, דתנא קמא סבר אף על גב דנפלו בזה אחר זה — כמאן דנפל בבת אחת דמי. והא לחמשין נפלה, והא לחמשין נפלה. ורבי שמעון סבר: קמייתא בטיל במאה, והא תיבטיל במאה וחד.

Et d'où (le tires-tu) ? Peut-être là-bas divergent-ils sur ceci : le premier Tana pense que, bien qu'elles soient tombées l'une après l'autre, c'est comme si elles étaient tombées en même temps ; celle-ci est tombée dans cinquante et celle-là dans cinquante.

Et Rabbi Chimon pense : la première a été annulée dans cent, et celle-ci sera annulée dans cent un.

📜 Rachi (1)
בטל בק' והוו להו כולהו חולין ומיהו כיון דצריך להעלותה ע"כ המעלה מתקנו:
Annulée dans cent : et elles sont toutes devenues hullin. Néanmoins, puisqu'il doit la retirer, celui qui la retire répare forcément.
💡 Explication

La permission de Rabbi Chimon peut s'expliquer par l'annulation (bitoul) de la première sea, qui devient du hullin et compte dans le total. Cela ne prouve pas que la terouma est considérée comme intacte ; la preuve pour Rabbi Yehouda tombe.

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אלא: הוא דאמר כרבי שמעון בן אלעזר. דתניא, רבי שמעון בן אלעזר אומר: נותן עיניו בצד זה, ואוכל מצד אחר.

Mais (Rabbi Yehouda) a parlé selon Rabbi Chimon ben Elazar, comme il est enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : il fixe son regard sur ce côté-ci et mange de l'autre côté.

📜 Rachi (1)
נותן עיניו במדומע בצד זה להעלותו לתרומה ואוכל בצד אחר הלכך הואיל ובלא העלאה מתחיל ואוכל אין תיקון בהעלאתו:
Il fixe son regard : sur le meduma, d'un côté, pour le retirer comme terouma, et il mange de l'autre côté. Par conséquent, puisqu'il commence à manger sans avoir retiré, le retrait n'est pas une réparation.
💡 Explication

Pour Rabbi Chimon ben Elazar, la simple désignation mentale d'une partie suffit pour manger le reste. Le retrait physique n'ajoute donc rien au statut du mélange : il n'y a pas de tikoun.

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ומי סבר ליה כוותיה?

Et (Rabbi Yehouda) pense-t-il comme lui ?

💡 Explication

La question reste ouverte ici ; la Guemara l'examine au daf suivant (142b).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).