Sougya : La Michna permet de sauver d'un tonneau brisé la nourriture de trois repas, sans éponger. Elle interdit de presser des fruits le Chabbat et discute du jus qui s'en écoule de lui-même : Rabbi Yehouda distingue selon que les fruits ont été rentrés pour être mangés ou pour leur jus.
La Guemara précise la portée de ce désaccord : Chmouel restreint la dispute, Rav Nahman bar Yitshak la situe dans les mûres et les grenades, en s'appuyant sur une baraita. La sougya ouvre ensuite une question sur le cas 'sans précision' à partir de la Michna du lait de femme et du lait d'animal.
MICHNA. D'un tonneau qui s'est brisé (le Chabbat), on sauve de quoi faire trois repas, et on dit aux autres : venez et sauvez pour vous.
À condition de ne pas éponger. On ne presse pas les fruits pour en extraire des liquides, et s'ils sont sortis d'eux-mêmes, ils sont interdits.
Rabbi Yehouda dit : s'ils (ont été rentrés) pour être mangés, ce qui en sort est permis ; et s'ils (ont été rentrés) pour leurs liquides, ce qui en sort est interdit. Des rayons de miel qu'on a écrasés la veille du Chabbat et (dont le miel) est sorti de lui-même : il est interdit, et Rabbi Eliezer le permet.
La Michna traite d'abord d'un tonneau brisé le Chabbat : on peut sauver de quoi faire trois repas, même avec plusieurs récipients. Éponger est interdit, par crainte de sehita (pressage).
Presser des fruits est un dérivé du battage, mefarek (extraire un contenu de son enveloppe). Le jus qui s'écoule de lui-même est interdit par gezera (décret rabbinique) de crainte qu'on ne presse. Rabbi Yehouda fait dépendre ce décret de l'intention au moment où les fruits ont été rentrés.
GUEMARA. On a enseigné : on n'éponge pas le vin et on ne recueille pas l'huile avec la main, pour qu'il n'agisse pas comme il agit en semaine.
Les Rabbanim ont enseigné : si des fruits se sont éparpillés pour lui dans une cour, il les ramasse un par un et mange, mais pas dans un panier ni dans une corbeille, pour qu'il n'agisse pas comme il agit en semaine.
Deux exemples du principe 'ne pas agir comme en semaine' (ouvdin de-hol). Le geste lui-même n'est pas une melakha, mais sa forme habituelle de semaine est interdite.
Tossefot et le Roch suppriment le mot 'et mange' : ramasser dans sa main ou son giron est permis même sans manger aussitôt ; seuls le panier et la corbeille sont interdits.
On ne presse pas les fruits. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : Rabbi Yehouda concédait aux Hakhamim pour les olives et les raisins.
Quelle en est la raison ? Puisqu'ils sont destinés au pressage, il y porte son intention.
Et Oula a dit au nom de Rav : Rabbi Yehouda était en désaccord même pour les olives et les raisins. Et Rabbi Yo'hanan a dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda pour les autres fruits, et la halakha n'est pas comme Rabbi Yehouda pour les olives et les raisins.
Trois lectures de Rabbi Yehouda : Chmouel (il concède pour olives et raisins, destinés par nature au pressage), Oula au nom de Rav (il permet même pour eux, si on les a rentrés pour les manger), et Rabbi Yo'hanan qui tranche : halakha comme Rabbi Yehouda seulement pour les autres fruits.
Le premier Tossefot discute une difficulté de mehlafat ha-chita (opinion inversée) : si Rabbi Yo'hanan inverse les avis, il aurait dû nommer les Rabbanim. Le Ri répond que le Talmud cite le nom selon la version courante de la Michna.
Rabba a dit au nom de Rav Yehouda, au nom de Chmouel : Rabbi Yehouda concédait aux Hakhamim pour les olives et les raisins, et les Hakhamim concèdent à Rabbi Yehouda pour les autres fruits.
Rabba rapporte une version plus complète de Chmouel : les deux parties se font des concessions réciproques. Pour les olives et raisins, tous interdisent ; pour les autres fruits, tous permettent.
Le Roch en tire la règle pratique en trois niveaux (olives et raisins / mûres et grenades / autres fruits) et précise que l'avis de la maison de Menachya concerne le pressage lekhatehila des grenades, et non le jus écoulé de lui-même.
Rabbi Yirmeya dit à Rabbi Abba : alors, sur quoi sont-ils en désaccord ? Il lui répondit : va et tu trouveras.
Rav Nahman bar Yitshak a dit : il est logique qu'ils soient en désaccord sur les mûres et les grenades.
Si chacun concède à l'autre aux deux extrêmes, le désaccord porte sur une catégorie intermédiaire : les mûres et grenades, que certains pressent et d'autres mangent.
Comme on l'a enseigné (dans une baraita) : des olives dont on a extrait de l'huile et des raisins dont on a extrait du vin, et qu'on a rentrés, que ce soit pour être mangés ou pour leurs liquides, ce qui en sort est interdit. Des mûres dont on a extrait de l'eau (du jus) et des grenades dont on a extrait du vin (du jus), et qu'on a rentrées : pour être mangées, ce qui en sort est permis ; pour leurs liquides ou sans précision, ce qui en sort est interdit.
Ce sont les paroles de Rabbi Yehouda. Et les Hakhamim disent : que ce soit pour être mangés ou pour leurs liquides, ce qui en sort est interdit.
La baraita confirme Rav Nahman bar Yitshak : pour olives et raisins, tous interdisent ; pour mûres et grenades, Rabbi Yehouda permet s'ils ont été rentrés pour être mangés, les Hakhamim interdisent. Elle ajoute un cas : rentrés sans précision (setam), Rabbi Yehouda interdit.
Rachi et Tossefot divergent sur 'mechakh' : écoulement spontané (Rachi) ou pressage préalable par l'homme (Ri).
Et Rabbi Yehouda pense-t-il que (le cas) sans précision est interdit ? Or nous avons appris : le lait de femme rend réceptif à l'impureté, qu'il soit (sorti) volontairement ou involontairement ; le lait d'animal ne rend réceptif à l'impureté que (s'il est sorti) volontairement.
La Guemara objecte à la baraita : Rabbi Yehouda y interdit le cas setam (sans précision). Or une Michna sur le hekhcher (rendre un aliment réceptif à l'impureté par contact avec un liquide) distingue le lait sorti le-ratson (voulu) et che-lo le-ratson (non voulu).
Tossefot précise que cette volonté porte sur la sortie du lait, à distinguer de la volonté requise au moment où le liquide tombe sur les aliments (Makhchirin).
Rabbi Akiva a dit : c'est un kal va-homer (raisonnement à fortiori). Si le lait de femme, qui n'est destiné qu'aux petits enfants, rend réceptif à l'impureté (qu'il soit sorti) volontairement ou involontairement, le lait d'animal, qui est destiné aux petits comme aux grands, n'est-il pas logique qu'il rende réceptif, volontairement ou involontairement ?
Ils lui dirent : si le lait de femme rend réceptif involontairement, c'est que le sang de sa blessure est impur ; le lait d'animal rendra-t-il réceptif
Rabbi Akiva conteste la Michna par un kal va-homer : le lait d'animal, plus important (il nourrit petits et grands), devrait rendre réceptif au moins autant que le lait de femme.
Les Sages réfutent : le lait de femme tire son statut du sang de blessure de la femme, qui est un liquide rendant réceptif (le lait est du sang transformé). Le sang de blessure d'un animal est pur ; le raisonnement ne tient donc pas. La phrase se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).