Sougya : La Guemara poursuit la question du liquide exprimรฉ directement dans un aliment (machke ha-ba le-okhel) : est-il un aliment ou un liquide ? Elle examine la michna de Taharot sur l'impur qui presse des olives, puis le dรฉsaccord sur le pain lissรฉ avec des raisins, lu de trois faรงons (Rabbi Yirmeya, Rav Papa, Rav Houna fils de Rav Yehochoua).
Vient ensuite la rรจgle de Rav : presser des raisins dans une marmite, non dans un bol, et le poisson pour sa saumure mรชme dans un bol. Enfin, le dรฉbat entre Rav, Chmouel et Rabbi Yo'hanan sur la pression des kevachim (lรฉgumes marinรฉs) et des chelakot (lรฉgumes cuits) pour leur jus, et le principe : selon la Torah, on n'est passible que pour le foulage des olives et des raisins.
(Un impur par un mort qui a pressรฉ des olives ou des raisins, en quantitรฉ) d'un ke-beitsa (volume d'un ลuf) exact - (le liquide) est pur. Donc (s'il y en a) plus qu'un ke-beitsa - il est impur.
Or si tu dis : 'le liquide qui vient dans un aliment (machke ha-ba le-okhel) est un aliment', par quoi (ce liquide) a-t-il รฉtรฉ rendu apte (ร l'impuretรฉ) ? Lui-mรชme soulรจve l'objection et lui-mรชme la rรฉsout : (il s'agit) de celui qui presse dans le bol (ke'ara).
Le passage conclut une discussion commencรฉe au daf prรฉcรฉdent : le liquide qui vient dans un aliment (machke ha-ba le-okhel), c'est-ร -dire exprimรฉ directement dans de la nourriture, a-t-il statut d'aliment ou de liquide ? Si c'est un aliment, il ne rendrait pas la nourriture apte ร l'impuretรฉ (hekhcher), car seul un liquide le fait.
La michna de Taharot suppose un liquide rendu apte et devenu impur. La rรฉponse : il presse dans un bol vide (ke'ara), le jus y reste un vrai liquide.
Rabbi Yirmeya dit : (C'est) comme (une discussion entre) Tannaim. Celui qui lisse (ses pains) avec des raisins - (le pain) n'a pas รฉtรฉ rendu apte (lo houkhchar).
Rabbi Yehouda dit : il a รฉtรฉ rendu apte. N'est-ce pas en cela qu'ils sont en dรฉsaccord : l'un pense que le liquide qui vient dans un aliment est un aliment, et l'autre pense qu'il n'est pas un aliment ?
Le boulanger presse des raisins directement sur la pรขte pour la faire briller. Selon Rabbi Yirmeya, le Tanna Kamma considรจre ce jus comme un aliment (il ne rend donc pas le pain apte), et Rabbi Yehouda comme un liquide (il le rend apte).
Rav Papa dit : Tous s'accordent que le liquide qui vient dans un aliment n'est pas un aliment ; et ici, ils sont en dรฉsaccord sur le liquide destinรฉ ร se perdre (le-ibboud) : l'un pense que c'est un liquide, et l'autre pense que ce n'est pas un liquide. Et (ils suivent) la discussion de ces Tannaim-ci, comme il est enseignรฉ : Celui qui entaille (mefatse'a) des olives avec des mains impures - (les olives) ont รฉtรฉ rendues aptes.
(S'il les entaille) pour les tremper dans le sel - elles n'ont pas รฉtรฉ rendues aptes.
Rav Papa dรฉplace le dรฉsaccord : le jus exprimรฉ sur le pain est un liquide pour tous, mais il est destinรฉ ร se perdre, car la chaleur du four le fait disparaรฎtre. Un liquide qu'on ne veut pas garder rend-il apte ร l'impuretรฉ ?
Il rattache ce dรฉbat ร la baraita des olives entaillรฉes : l'huile qui en sort ne rend apte que si le propriรฉtaire la dรฉsire (le-ratson).
(S'il les entaille) pour savoir si ses olives sont arrivรฉes (au stade) de la cueillette ou non - elles n'ont pas รฉtรฉ rendues aptes. Rabbi Yehouda dit : elles ont รฉtรฉ rendues aptes.
N'est-ce pas en cela qu'ils sont en dรฉsaccord : l'un pense que le liquide destinรฉ ร se perdre est un liquide, et l'autre pense que ce n'est pas un liquide ?
Dans ce cas, l'huile sert seulement de test et sera jetรฉe : c'est un liquide destinรฉ ร se perdre. Le Tanna Kamma dit qu'il ne rend pas apte, Rabbi Yehouda qu'il rend apte : le mรชme dรฉsaccord que pour le pain lissรฉ, selon Rav Papa.
Rav Houna fils de Rav Yehochoua dit : Ces Tannaim-ci (ceux des olives) sont en dรฉsaccord sur le liquide destinรฉ ร se perdre, et ces Tannaim-lร (ceux du pain lissรฉ) sont en dรฉsaccord sur le liquide destinรฉ ร le faire briller.
Rav Houna sรฉpare les deux dรฉbats. Le jus sur le pain n'est pas perdu : il remplit son rรดle, faire briller (le-tsahtseho) la croรปte. La question est de savoir si un liquide employรฉ ainsi, et non bu ou utilisรฉ comme sauce, garde le statut de liquide.
Rabbi Zeira dit au nom de Rav Hiya bar Achi au nom de Rav : Un homme peut presser une grappe de raisins dans la marmite (kedera), mais pas dans le bol (ke'ara). Et un poisson, pour (en extraire) sa saumure (tsir), mรชme dans le bol.
Retour au Chabbat. La melakha de dach (battre) inclut l'extraction d'un liquide (mefarek). Le jus exprimรฉ dans une marmite contenant des aliments est un aliment : pas de mefarek. Dans un bol vide, c'est un liquide : interdit. La saumure du poisson est un aliment dans tous les cas.
Rav Dimi รฉtait assis et รฉnonรงait cet enseignement. Abaye dit ร Rav Dimi : Vous, vous l'enseignez au nom de Rav et cela ne vous pose pas de difficultรฉ ; nous, nous l'enseignons au nom de Chmouel et cela nous pose difficultรฉ : Chmouel a-t-il (vraiment) dit : un poisson pour sa saumure, mรชme dans le bol ?
N'a-t-il pas รฉtรฉ dit : Des kevachim qu'on a pressรฉs - Rav dit : pour eux-mรชmes (le-goufan) - permis ; pour leur jus (le-meimeihen) - exempt (patour), mais interdit.
Kevachim : lรฉgumes marinรฉs ; chelakot : lรฉgumes cuits. Presser le-goufan (pour eux-mรชmes) vise le lรฉgume, le liquide est rejetรฉ. Presser le-meimeihen (pour leur jus) vise le liquide.
Patour aval assour : pas de sacrifice (hatat), mais interdit par les Sages.
Et des chelakot (lรฉgumes cuits), que ce soit pour eux-mรชmes ou pour leur jus - permis. Et Chmouel dit : Aussi bien les kevachim que les chรฉlakot : pour eux-mรชmes - permis ; pour leur jus - exempt, mais interdit.
La difficultรฉ d'Abaye : la saumure du poisson ressemble au jus des chelakot. Chmouel interdit de presser les chรฉlakot pour leur jus ; il ne peut donc pas avoir permis de presser le poisson dans un bol.
(Rav Dimi) lui dit : Par D.ieu ! 'Mes yeux ont vu, et non un รฉtranger (mes reins se consument en moi, etc.)' (Iyov 19, 27) - je l'ai entendu de la bouche de Rabbi Yirmeya, et Rabbi Yirmeya de Rabbi Zeira, et Rabbi Zeira de Rav Hiya bar Achi, et Rav Hiya bar Achi de Rav.
Rav Dimi confirme sa chaรฎne de transmission : l'enseignement vient de Rav, et la contradiction avec Chmouel disparaรฎt.
Le sujet lui-mรชme (goufa) : Des kevachim qu'on a pressรฉs - Rav dit : pour eux-mรชmes - permis ; pour leur jus - exempt, mais interdit. Et des chelakot, que ce soit pour eux-mรชmes ou pour leur jus - permis.
Et Chmouel dit : Aussi bien ceux-ci que ceux-lร : pour eux-mรชmes - permis ; pour leur jus - exempt, mais interdit. Rabbi Yo'hanan dit : Aussi bien les kevachim que les chรฉlakot : pour eux-mรชmes - permis ; pour leur jus - passible d'un (sacrifice) hatat.
La Guemara reprend le dรฉbat en entier (goufa). Trois niveaux : permis, patour aval assour (interdit rabbinique), hayav hatat (interdit de la Torah).
Pour Rabbi Yo'hanan, presser un lรฉgume pour son jus รฉquivaut ร presser des olives ou des raisins. Pour Rav et Chmouel, la Torah ne vise que ces deux fruits.
On objecte : On presse des kevachim le Chabbat pour les besoins du Chabbat, mais pas pour la sortie du Chabbat. Et des olives et des raisins, on ne doit pas presser, et si on a pressรฉ - on est passible d'un hatat.
C'est difficile pour Rav, c'est difficile pour Chmouel, c'est difficile pour Rabbi Yo'hanan. Rav l'explique selon son raisonnement, Chmouel l'explique selon son raisonnement, Rabbi Yo'hanan l'explique selon son raisonnement.
La baraita semble permettre sans rรฉserve de presser des kevachim. Chaque Amora la complรจte selon sa propre position : c'est le sens de metarets le-ta'ameih.
Rav l'explique selon son raisonnement : On presse des kevachim le Chabbat pour les besoins du Chabbat, mais pas pour la sortie du Chabbat. De quoi parle-t-on ?
(De les presser) pour eux-mรชmes ; mais pour leur jus - exempt, mais interdit. Et des chelakot, que ce soit pour eux-mรชmes ou pour leur jus - permis.
Et des olives et des raisins, on ne doit pas presser, et si on les a pressรฉs - on est passible d'un hatat.
Chmouel l'explique selon son raisonnement : On presse des kevachim le Chabbat pour les besoins du Chabbat ; il en va de mรชme pour les chรฉlakot. De quoi parle-t-on ?
(De les presser) pour eux-mรชmes ; mais pour leur jus - exempt, mais interdit. Et des olives et des raisins, on ne doit pas presser, et si on a pressรฉ - on est passible d'un hatat.
Chmouel ajoute les chelakot ร la baraita et restreint la permission au cas le-goufan. Le Roch tranche comme Chmouel : presser des lรฉgumes pour leur jus est interdit par les Sages, sans obligation de hatat.
Rabbi Yo'hanan l'explique selon son raisonnement : On presse des kevachim pour les besoins du Chabbat, mais pas pour la sortie du Chabbat, aussi bien les kevachim que les chรฉlakot. De quoi parle-t-on ?
(De les presser) pour eux-mรชmes ; mais pour leur jus - on ne doit pas presser, et si on a pressรฉ, on devient comme celui qui a pressรฉ des olives et des raisins, et on est passible d'un hatat.
Rav Hiya bar Achi dit au nom de Rav : Selon la Torah (davar Torah), on n'est passible que pour le foulage (derissa) des olives et des raisins seulement. Et de mรชme enseigne l'รฉcole de Menache : Selon la Torah, on n'est passible que pour le foulage des olives et des raisins seulement.
Et un tรฉmoin (rapportant) de la bouche d'un (autre) tรฉmoin est valable
Principe de Rav : seuls les olives et les raisins, fruits qu'on presse habituellement pour leur jus, relรจvent de l'interdit de la Torah. La phrase suivante ouvre un autre enseignement de l'รฉcole de Menache (tรฉmoignage rapportรฉ), qui se poursuit au daf suivant (145b).
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).