Sougya : Le daf achรจve un passage aggadique : la souillure (zouhama) introduite par le serpent chez Hava a cessรฉ pour Israรซl au mont Sinaรฏ, et Rabbi Abba bar Kahana la fait cesser dรจs Yaakov et ses douze tribus. Commence ensuite la michna : on peut briser un tonneau pour en manger des figues sรจches, sans intention de faire un rรฉcipient ; Rabbi Yehouda et les Hakhamim discutent de percer le bouchon (mรฉgufa), et on ne recouvre pas un trou de cire.
La Guemara restreint la michna aux figues pressรฉes selon Rabbi Nehemia (Rabbi Ochaya), examine le percement d'un tonneau avec une lance (Rav Chechet), la portรฉe du dรฉsaccord sur le bouchon (Rav Houna et Rav Hisda), puis la baraita sur le nouveau trou, l'รฉlargissement et l'ancien trou, que Rabba explique par la gezera du poulailler.
(Car lorsque) le serpent est venu sur Hava, il a jetรฉ en elle une souillure (zouhama). Israรซl, qui s'est tenu au mont Sinaรฏ : leur souillure a cessรฉ.
Les nations, qui ne se sont pas tenues au mont Sinaรฏ : leur souillure n'a pas cessรฉ. Rav Aha fils de Rava dit ร Rav Ashi : Et les convertis (guerim), qu'en est-il ?
Il lui dit : Bien qu'eux-mรชmes n'y aient pas รฉtรฉ, leur mazal (ange, รฉtoile tutรฉlaire) y รฉtait, comme il est รฉcrit : "Avec celui qui est ici avec nous, se tenant aujourd'hui devant Hachem notre D.ieu, et avec celui qui n'est pas ici etc." (Devarim 29, 14).
Fin d'un passage aggadique commencรฉ au daf prรฉcรฉdent. La zouhama (souillure, impuretรฉ morale) entrรฉe en Hava par le serpent a รฉtรฉ retirรฉe ร Israรซl lors du maamad har Sinaรฏ. Pour les guerim (convertis), Rav Ashi rรฉpond que leur mazal, l'ange ou l'รฉtoile qui prรฉside ร leur รขme, รฉtait prรฉsent : le verset inclut "celui qui n'est pas ici avec nous aujourd'hui".
Et cela diverge de (l'avis de) Rabbi Abba bar Kahana, car Rabbi Abba bar Kahana a dit : Pendant trois gรฉnรฉrations, la souillure n'a pas cessรฉ de nos pรจres : Avraham a engendrรฉ Ichmael, Yitshak a engendrรฉ Essav, Yaakov a engendrรฉ douze tribus en qui il n'y avait aucun dรฉfaut.
Ufligua : la Guemara note une divergence. Selon Rabbi Abba bar Kahana, la souillure a cessรฉ avec Yaakov, puisque toute sa descendance รฉtait sans dรฉfaut ; selon l'enseignement prรฉcรฉdent, elle n'a cessรฉ qu'au Sinaรฏ.
MICHNA. Un homme peut briser le tonneau (havรฎt) pour en manger des figues sรจches (guรฉrogerot), ร condition qu'il n'ait pas l'intention de faire un rรฉcipient (kli).
Et on ne perce pas le bouchon (mรฉgufa) du tonneau, paroles de Rabbi Yehouda ; et les Hakhamim permettent. Et il ne le percera pas sur son cรดtรฉ.
Et s'il รฉtait (dรฉjร ) percรฉ, il ne mettra pas de cire dessus, parce qu'il รฉtale (memarรฉah). Rabbi Yehouda dit : Un cas vint devant Rabban Yo'hanan ben Zakai ร Arav, et il dit : Je crains pour lui (qu'il ne soit passible) d'un hatat.
Trois rรจgles. (1) Briser un tonneau pour atteindre les figues est permis, car c'est un acte mekalkel (destructeur) ; l'interdit vise seulement celui qui veut faire une ouverture propre, ce qui serait amรฉnager un rรฉcipient (tikoun kli). (2) Percer la mรฉgufa (bouchon d'argile) : Rabbi Yehouda l'interdit, les Hakhamim le permettent. (3) Boucher un trou avec de la cire relรจve de memahek (lisser, รฉtaler), l'une des 39 melakhot.
Tossefot et le Roch ajoutent, d'aprรจs Beitsa 33b, que la michna parle d'un tonneau de mauvaise qualitรฉ (moustaki), recollรฉ ร la rรฉsine, qu'on ne cherche pas ร mรฉnager.
GUEMARA. Rabbi Ochaya dit : On ne l'a enseignรฉ que pour des (figues) pressรฉes (dรฉrousot), mais pour des (figues) sรฉparรฉes (mรฉforadot), non.
Et pour des sรฉparรฉes, non ?
La difficultรฉ porte sur le moukzรฉ : pour briser le tonneau il faut prendre un sabre. Si les figues sont dรฉrousot (tassรฉes en bloc), le sabre sert de toute faรงon ร les couper ; on peut alors aussi briser le tonneau avec. Si elles sont mรฉforadot (sรฉparรฉes), le sabre ne servirait qu'ร briser le tonneau.
On objecte : Rabban Chimon ben Gamliel dit : Un homme peut apporter le tonneau de vin, en trancher le haut avec un sabre et le poser devant les invitรฉs le Chabbat, sans s'en soucier ! - Celle-lร est (l'avis des) Rabbanan ; notre michna est (l'avis de) Rabbi Nehemia.
Rabbi Nehemia : un ustensile ne se dรฉplace le Chabbat que le-tsorekh tachmicho, pour l'usage qui lui est propre. Les Rabbanan permettent de le dรฉplacer aussi pour un autre usage. La baraita de Rabban Chimon ben Gamliel suit les Rabbanan, la michna suit Rabbi Nehemia.
Et qu'est-ce qui a contraint Rabbi Ochaya ร รฉtablir la michna selon Rabbi Nehemia et pour des (figues) pressรฉes ? Qu'il l'รฉtablisse pour des sรฉparรฉes et selon les Rabbanan !
Rava dit : La michna lui faisait difficultรฉ : pourquoi prรฉcisรฉment enseigne-t-elle "des figues sรจches" ? Qu'elle enseigne "des fruits" !
Dรฉduis-en donc qu'il s'agit de (figues) pressรฉes.
Argument tirรฉ de la formulation : si la michna parlait de tout fruit, elle aurait dit "fruits". Le choix des guรฉrogerot, que l'on conservait tassรฉes en bloc, indique un cas oรน il faut un instrument pour les couper.
Il est enseignรฉ dans une (baraita) : Des paniers (hotalot) de figues sรจches et de dattes, on peut dรฉfaire (le nลud), on peut dรฉfaire le tressage (mafkia) et on peut couper. Et il est enseignรฉ dans une autre : On peut dรฉfaire (le nลud), mais on ne dรฉfait pas le tressage et on ne coupe pas !
Ce n'est pas difficile : celle-ci est (l'avis des) Rabbanan, celle-lร est (l'avis de) Rabbi Nehemia. Car il est enseignรฉ : Rabbi Nehemia dit : Mรชme une louche, mรชme un manteau et mรชme un couteau ne se prennent que pour leur usage (propre).
Les hotalot sont des paniers tressรฉs en feuilles de palmier. Matir : dรฉfaire le nลud (permis selon tous). Mafkia : dรฉfaire le tressage de la corde. Hotekh : couper avec un couteau. Pour Rabbi Nehemia, le couteau n'est pas destinรฉ ร couper des paniers, donc on ne le prend pas pour cela.
On demanda ร Rav Chechet : Est-il permis de percer un tonneau avec une lance (bourtia) le Chabbat ? A-t-il l'intention (de faire) une ouverture, et c'est interdit ; ou peut-รชtre a-t-il l'intention (de faire preuve) d'ลil gรฉnรฉreux (ayin yafa), et c'est permis ?
Il leur dit : Il a l'intention (de faire) une ouverture, et c'est interdit.
Ayin yafa (bon ลil) : le geste gรฉnรฉreux de l'hรดte qui ouvre largement le tonneau pour ses invitรฉs, sans chercher ร faire une ouverture durable. Si l'intention est de faire un petah (ouverture), c'est un amรฉnagement du rรฉcipient, interdit.
On objecte : Rabban Chimon ben Gamliel dit : Un homme peut apporter un tonneau de vin et en trancher le haut avec un sabre ? - Lร -bas, il a certainement l'intention (de faire preuve) d'ลil gรฉnรฉreux ; ici, s'il avait l'intention (de faire preuve) d'ลil gรฉnรฉreux, il n'avait qu'ร l'ouvrir (en retirant le bouchon).
Rav Chechet distingue selon ce que l'acte rรฉvรจle de l'intention. Trancher le haut du tonneau dรฉtruit son ouverture : c'est un geste d'hospitalitรฉ. Percer un trou avec une lance, alors qu'on pouvait simplement retirer le bouchon, montre qu'on veut une ouverture ร cet endroit.
On ne perce pas le bouchon etc. Rav Houna dit : Le dรฉsaccord (porte sur un percement) par le haut ; mais sur le cรดtรฉ, selon tous c'est interdit.
Et c'est ce qu'il enseigne : "Il ne le percera pas sur son cรดtรฉ". Et Rav Hisda dit : Le dรฉsaccord (porte sur un percement) sur le cรดtรฉ ; mais par-dessus, selon tous c'est permis.
Et ce qu'il enseigne, "il ne le percera pas sur son cรดtรฉ", lร -bas (il s'agit) du corps du tonneau.
Deux lectures de la michna. Selon Rav Houna, le dรฉsaccord porte sur le haut du bouchon, et "on ne percera pas sur le cรดtรฉ" est l'avis unanime ร propos du bouchon. Selon Rav Hisda, le dรฉsaccord porte sur le cรดtรฉ du bouchon ; le haut est permis selon tous, et la phrase "sur le cรดtรฉ" vise la paroi du tonneau. Critรจre commun : lร oรน l'on fait habituellement une ouverture, percer revient ร faire un petah. Le Roch tranche selon Rav Houna.
Les Rabbanan ont enseignรฉ : On ne perce pas un nouveau trou le Chabbat ; et s'il vient ร รฉlargir (un trou existant), il รฉlargit. Et certains disent (yech omrim) : on n'รฉlargit pas.
Et ils s'accordent qu'on perce un ancien trou ร priori. Et (selon) le Tanna kamma, en quoi est-ce diffรฉrent d'un nouveau trou, qu'on ne (perce) pas parce qu'il amรฉnage une ouverture ?
En รฉlargissant aussi, il amรฉnage une ouverture !
Trois cas : nekev hadach (nouveau trou) interdit ; lehossif (รฉlargir) discutรฉ ; nekev yachan (ancien trou bouche) permis selon tous, car l'ouverture existe dรฉjร . La Guemara demande au Tanna kamma pourquoi l'รฉlargissement serait permis, puisqu'il amรฉliore aussi l'ouverture.
Rabba dit : Selon la Torah, toute ouverture qui n'est pas faite pour faire entrer et sortir n'est pas une ouverture ; ce sont les Rabbanan qui ont dรฉcrรฉtรฉ (gazerou) ร cause du poulailler (loul chel tarnegolin), qui est fait pour faire entrer l'air et faire sortir la chaleur (hevel). Et s'il vient ร รฉlargir, il รฉlargit : รฉlargir, certainement dans un poulailler on n'en viendra pas ร รฉlargir
Principe de Rabba : selon la Torah, un petah (ouverture) est une ouverture qui sert ร faire entrer et sortir. Le trou d'un tonneau sert seulement ร faire sortir le vin : il n'est interdit que par une gezera (dรฉcret rabbinique), ร cause du trou de poulailler, qui sert dans les deux sens (entrรฉe de l'air, sortie de la chaleur) et constitue donc une ouverture selon la Torah. On n'รฉlargit pas un trou de poulailler ; le dรฉcret ne s'รฉtend donc pas ร l'รฉlargissement. La phrase se poursuit au daf suivant (146b).
Le Roch conclut : halakha selon Rav Houna ; pour l'รฉlargissement, selon "yech omrim" (interdit).
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).