Shabbat 146b — Percer un tonneau, le tuyau, la feuille de myrte, les feutres ; marit haayin

Shabbat 146b

Sougya : Le daf achève la discussion sur le percement d'un trou dans un tonneau le Chabbat : la halakha suit "certains disent" (on n'élargit pas un trou existant), et l'on peut rouvrir un ancien trou seulement si sa fermeture servait à conserver le vin et non à renforcer le tonneau (désaccord Rav Hisda / Rava). Suivent trois désaccords entre Rav et Chmouel construits sur le même modèle : le tuyau-bec (goubta), la graisse pour boucher le trou (mich'ha), les feutres (bei sadya) ; à chaque fois les extrêmes font l'unanimité et le désaccord porte sur le cas du milieu, où Rav décrète.

La Michna suivante traite des moyens de conserver, refroidir ou chauffer sans cuisson, et des vêtements tombés à l'eau, ce qui ouvre la question de marit haayin : Rav interdit même en privé ce qui est interdit à cause de l'apparence.

Rav interdit, Chmouel permet : où passe exactement la limite ? Sujet Tous permettent Tous interdisent Désaccord (cas du milieu) Conclusion Goubta (tuyau-bec) La remettre si elle est tombée La couper à priori (fabriquer) Déjà coupée, pas ajustée : décret de peur qu'on la coupe ? Halakha selon R. Yochiya : permis Mich'ha (graisse épaisse) - La cire (Michna) La graisse : décret à cause de la cire ? Roch : halakha comme Rav (interdit) Bei sadya (feutres) Souples : ce sont des vêtements Durs Intermédiaires : cela ressemble-t-il à un fardeau ? Rav proclamait : permis ; seuls les durs interdits Rav interdit le cas du milieu par décret (gezera) ; Chmouel ne décrète pas.
Trois désaccords Rav / Chmouel : unanimité aux extrêmes, désaccord sur le cas du milieu
Marit haayin : interdit même en privé ? Rav (par Rav Yehouda) : ce qui est interdit à cause de l'apparence l'est même dans les chambres retirées Objection - Michna : il les étend au soleil, mais pas face au public (donc en privé : permis) Réponse : c'est un désaccord de Tannaim (baraita) Tanna kamma (= Michna) : au soleil, mais pas face au public R. Elazar et R. Chimon : interdisent même en privé -> Rav suit leur avis Roch : halakha comme Rav (et R. Elazar / R. Chimon) ; Rabbenou Nissim Gaon : pas comme Rav.
Le principe de Rav sur marit haayin, l'objection de la Michna et la réponse
1
משום ריחשא. ויש אומרים אין מוסיפים — זימנין דלא תקניה מעיקרא, ואתי לארווחי ביה. דרש רב נחמן משום רבי יוחנן הלכה כיש אומרים.

... à cause de la vermine (richa). "Et certains disent : on n'ajoute pas" : parfois on ne l'a pas fait correctement dès le départ, et on en vient à l'élargir.

Rav Nahman a exposé au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est selon "certains disent".

📜 Rachi (2)
משום ריחשא שלא יכנס בו שרץ כגון נמייה וחולדה שממיתים את התרנגולים:
À cause de la vermine : pour que n'y entre pas un reptile, comme la mangouste (nemiya) ou la belette (holda), qui tuent les poules.
זימנין דלא תקניה מעיקרא שיהא כדי להוציא הבל ולהכניס את האויר:
Parfois on ne l'a pas fait correctement dès le départ : (de façon à ce qu'il soit assez grand) pour faire sortir la vapeur chaude et faire entrer l'air.
🗂️ Tossefot (1)
משום ריחשא ואטו פתחא אחרינא דליכא למיחש לריחשא לא גזרינן דדוקא אטו לול של תרנגולין גזרינן דלא מסקי אינשי אדעתייהו שיהא עשוי להכניס ולהוציא:
À cause de la vermine : Et à cause d'une autre ouverture, pour laquelle il n'y a pas à craindre la vermine, ne décrète-t-on pas ? C'est précisément à cause du poulailler que l'on décrète, car les gens ne se rendent pas compte (que son ouverture) est faite pour faire entrer et sortir (l'air).
💡 Explication

Fin de la baraita commencée en 146a. L'ouverture du poulailler sert à aérer ; si on la fait trop petite, on l'élargit, et c'est cet élargissement qui l'achève : il devient une fabrication (tikoun). D'où le décret de "certains disent" : on n'ajoute pas à un trou existant, même dans un tonneau.

La halakha est fixée selon "certains disent" : interdit d'élargir.

2
ושוין שנוקבין נקב ישן לכתחלה. אמר רב יהודה אמר שמואל: לא שנו אלא במקום העשוי לשמר, אבל לחזק — אסור. היכי דמי לשמר, היכי דמי לחזק? אמר רב חסדא: למעלה מן היין — זהו לשמר, למטה מן היין — זהו לחזק. רבא אמר: למטה מן היין נמי זהו לשמר. והיכי דמי לחזק — כגון שניקבה למטה מן השמרים.

"Et ils s'accordent qu'on perce un ancien trou à priori." Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on ne l'a enseigné qu'à un endroit (dont la fermeture est) faite pour conserver ; mais pour renforcer, c'est interdit. Comment se présente "pour conserver", et comment "pour renforcer" ?

Rav Hisda dit : au-dessus du vin, c'est pour conserver ; au-dessous du vin, c'est pour renforcer. Rava dit : au-dessous du vin aussi, c'est pour conserver.

Et comment se présente "pour renforcer" ? Par exemple s'il a été percé au-dessous de la lie (chemarim).

📜 Rachi (5)
לא שנו דנוקבין:
On ne l'a enseigné : qu'on perce.
אלא במקום דסתימה זו לא נעשית אלא לשמור ריח היין שלא יצא ויתקלקל וכיון דלאו סתימה מעליותא עבדי לה לאו כלום הוא:
Qu'à un endroit : où cette fermeture n'a été faite que pour conserver l'odeur du vin, afin qu'elle ne s'échappe pas et que (le vin) ne se gâte pas ; et puisqu'on n'en fait pas une vraie fermeture, elle n'est rien.
לחזק שיחזק הכלי שלא יצא יינו הואיל וסתימה מעלייתא היא כי הדר נקיב לה הוי כפותח לכתחלה:
Pour renforcer : pour renforcer le récipient afin que son vin ne sorte pas ; puisque c'est une vraie fermeture, lorsqu'on la perce de nouveau, c'est comme ouvrir à priori.
למטה מן היין נמי לשמר הוא כיון דלאו כובד היין נשען עליו סגי ליה בסתימה כל דהו:
Au-dessous du vin aussi, c'est pour conserver : puisque le poids du vin ne repose pas sur elle, une fermeture quelconque lui suffit.
למטה מן השמרים אצל שוליו שכל כובד היין נשען שם:
Au-dessous de la lie : près du fond, où repose tout le poids du vin.
⚖️ Rosh (1)
גמ' אמר רב הונא מחלוקת למעלה אבל מן הצד ד"ה אסור. והיינו דקתני ולא יקבנה מצדה וכן הלכתא. ת"ר אין נוקבין נקב חדש לכתחלה בשבת ואם בא להוסיף מוסיף וי"א אין מוסיף. ושוין שנוקבין נקב ישן לכתחלה: דרש רב נחמן בר יצחק משמיה דרבי יוחנן הלכה כי"א. ושוין שנוקבין נקב ישן לכתחלה אמר רב יהודה אמר שמואל ל"ש אלא במקום העשוי לשמר אבל לחזק ד"ה אסור. ה"ד לשמר וה"ד לחזק. אמר רב חסדא למעלה מן היין זהו לשמר למטה מן היין לחזק. רבא אמר למטה מן היין נמי זהו לשמר וה"ד לחזק למטה מן השמרים וזהו גי' רש"י והלכתא כוותיה דרבא דתניא דמסייע ליה. גובתא פירוש שפופרת שנותנין איתה בנקב הברזא להוליך הקלוח למרחוק רב אסר. ושמואל שרי. למיחתך לכתחלה כ"ע לא פליגי דאסור. לאהדורי כ"ע לא פליגי דשרי. כי פליגי דחתיכא ולא מיתקנא. מאן דאסר סבר גזרינן דלמא אתי למיחתך לכתחלה. ומאן דשרי סבר לא גזרינן דלמא אתי למיחתך לכתחלה. כתנאי אין חותכין שפופרת ביום טוב ואין צ"ל בשבת. נפלה מחזירין אותה בשבת ואין צ"ל בי"ט. ר' יאשיה מיקל. אהייא אילימא ארישא הא קמתקן מנא אלא אסיפא ת"ק נמי מישרא שרי. אלא דחתיכא ולא מיתקנא איכא בינייהו. ת"ק סבר גזרינן ור' יאשיה סבר לא גזרינן. דרש רב שישא בריה דרב אידי משמיה דרבי יוחנן הלכה כרבי יאשיה:
Guemara. Rav Houna a dit : le désaccord concerne (le percement) par le haut ; mais sur le côté, tous s'accordent que c'est interdit. C'est ce qu'enseigne (la Michna) : "et on ne le percera pas sur son côté" ; et telle est la halakha. Nos maîtres ont enseigné : on ne perce pas un trou neuf à priori le Chabbat ; et si l'on vient à ajouter, on ajoute ; et certains disent : on n'ajoute pas. Et ils s'accordent qu'on perce un ancien trou à priori. Rav Nahman bar Yitshak a exposé au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est selon "certains disent". "Et ils s'accordent qu'on perce un ancien trou à priori" : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on ne l'a enseigné qu'à un endroit fait pour conserver ; mais pour renforcer, tous s'accordent que c'est interdit. Comment se présente "pour conserver", et comment "pour renforcer" ? Rav Hisda dit : au-dessus du vin, c'est pour conserver ; au-dessous du vin, pour renforcer. Rava dit : au-dessous du vin aussi, c'est pour conserver ; et comment se présente "pour renforcer" ? Au-dessous de la lie. Telle est la version (guirsa) de Rachi. Et la halakha est comme Rava, car une baraita l'appuie. Goubta, explication : un tuyau (chefoferet) qu'on place dans le trou de la cannelle (barza) pour conduire le jet au loin. Rav interdit et Chmouel permet. Pour le couper à priori, tous s'accordent que c'est interdit ; pour le remettre, tous s'accordent que c'est permis ; ils divergent quand il est coupé mais pas ajusté. Celui qui interdit estime : on décrète, de peur qu'il en vienne à couper à priori ; et celui qui permet estime : on ne décrète pas, de peur qu'il en vienne à couper à priori. C'est comme (un désaccord entre) Tannaim : on ne coupe pas de tuyau le Yom tov, et inutile de dire le Chabbat ; s'il est tombé, on le remet le Chabbat, et inutile de dire le Yom tov ; Rabbi Yochiya est indulgent. Sur quoi (porte son avis) ? Si l'on dit sur la première partie, voilà qu'il ajuste un ustensile ! Mais sur la dernière partie, le premier Tanna aussi permet ! C'est donc (le cas) coupé mais pas ajusté qui les sépare : le premier Tanna estime qu'on décrète, et Rabbi Yochiya estime qu'on ne décrète pas. Rav Chicha fils de Rav Idi a exposé au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est selon Rabbi Yochiya.
💡 Explication

Rouvrir un ancien trou rebouché est permis quand la fermeture était légère : elle ne faisait que conserver l'odeur du vin, ce n'était pas une vraie fermeture, donc la rouvrir ne crée rien. Si la fermeture renforçait le tonneau (elle retenait le poids du vin), c'était une vraie fermeture ; la percer revient à ouvrir un trou neuf.

Rav Hisda place la limite au niveau du vin ; pour Rava, seule la zone de la lie, près du fond, supporte tout le poids. Le Roch tranche comme Rava.

🖼️ Schéma
Ancien trou rebouché : pour conserver ou pour renforcer ? vin lie (chemarim) air A B C Trou Rav Hisda Rava À : au-dessus du vin conserver percer : permis conserver percer : permis B : sous le vin, au-dessus de la lie renforcer percer : interdit conserver percer : permis C : sous la lie (près du fond) renforcer percer : interdit renforcer percer : interdit Roch : halakha comme Rava (une baraita l'appuie).
Position du trou et statut de sa fermeture selon Rav Hisda et Rava
3
אמר ליה אביי לרבא, תניא דמסייע לך: בית סתום — יש לו ארבע אמות, פרץ את פצימיו — אין לו ארבע אמות. בית סתום — אינו מטמא כל סביביו, פרץ את פצימיו — מטמא כל סביביו.

Abaye dit à Rava : Il est enseigné (une baraita) qui t'appuie : une maison (dont l'entrée est) bouchée à (droit à) quatre coudées ; s'il a démoli ses montants (petsimav), elle n'a pas quatre coudées. Une maison bouchée ne rend pas impur tout son pourtour ; s'il a démoli ses montants, elle rend impur tout son pourtour.

📜 Rachi (4)
תניא דמסייע לך דלא פקע שם פתח מיניה אלא בסתימה מעלייתא:
Il est enseigné qui t'appuie : que le nom d'ouverture (petah) ne lui est retiré que par une vraie fermeture.
בית סתום יש לו ד"א קיי"ל בבבא בתרא חצר מתחלקת לפי פתחיה לפי פתח הבתים הפתוחין לה אם באו לחלק את החצר בין שנים שהיה לזה בית שפתוחין לו לחצר שני פתחים ולזה בית שפתוחין לו לחצר ד' פתחים נוטל לכל פתח ארבע אמות בחצר נגד פתחו למדת רוחב פתחו והשאר חולקין בשוה ואם נסתם אחד מהם קודם חלוקת החצר ולא פירץ את פצימיו אלא סתם בין שני הפצימין אינו מפסיד [דין] פתחו בכך פירץ את פצימיו ואח"כ סתמו פקע שם פתח מיניה:
Une maison bouchée à quatre coudées : nous tenons dans Bava Batra qu'une cour se partage selon ses ouvertures, selon les ouvertures des maisons qui y donnent. S'ils viennent partager la cour entre deux (propriétaires), l'un ayant une maison qui a deux ouvertures sur la cour et l'autre une maison qui a quatre ouvertures sur la cour, on prend pour chaque ouverture quatre coudées dans la cour face à l'ouverture, sur la largeur de l'ouverture, et le reste on le partage à parts égales. Si l'une d'elles a été bouchée avant le partage de la cour, sans qu'on ait démoli ses montants, mais qu'on a seulement bouche entre les deux montants, on ne perd pas par la [le droit de] son ouverture. S'il a démoli ses montants et ensuite l'a bouchée, le nom d'ouverture lui est retiré.
בית סתום והמת בתוכו אינו מטמא סביביו:
Une maison bouchée : et le mort est à l'intérieur, elle ne rend pas impur son pourtour.
פרץ פצימיו וסתמו נעשה קבר ומטמא סביביו ד"א כדאמר בסוטה (ד' מד.) מת תופס ד"א לטומאה וגזרה דרבנן שמא יאהיל ולא יבין:
S'il a démoli ses montants : et l'a bouchée, elle devient une tombe et rend impur son pourtour sur quatre coudées, comme il est dit dans Sota (44a) : un mort "prend" quatre coudées pour l'impureté ; c'est un décret rabbinique, de peur qu'on ne se trouve sous le même toit (yaahil) sans s'en rendre compte.
🗂️ Tossefot (1)
פרץ פצימיו מטמא כל סביביו פי' בקונטרס כל סביביו ד' אמות כקבר ואין נראה לזקיני הרב ר' שמשון זצ"ל דכיון דמסיימי מחיצתא ולית לן למיחש שמא יעלה על הבית ויאהיל עליו ולא ידע לית לן למימר דמטמא ד' אמות כל סביביו כדמוכח בסוטה פרק משוח מלחמה (סוטה ד' מד.) גבי חצר הקבר העומד בתוכה טהור הני מילי חצר הקבר דמסיימא מחיצתא אבל מת בעלמא תפיס ומשמע דבמת נמי היכא דמסיימא לא נטמא כל סביביו ד' אמות אלא נראה לו דהכי פי' זיזין באותו בית שבולטין מחוץ לבית מכל צד ויש בהם פותח טפח בכל אחד אם הבית סתום ועדיין נראית בו צורת הפתח אינו מטמא שסתמו של מת עומד לצאת דרך הפתח פרץ פצימיו וחזר ובנאו כשאר כותל ולא נותר בו כלל פתח מטמא כל סביביו דכל חד וחד איכא לספוקי דילמא דרך אותו מקום יצא מן הבית מיהו לאו פירכא היא כולי האי מה שהקשה לפירוש הקונטרס די"ל שלא חלקו חכמים במת ועוד נראה דלא קשה כלל לפי' הקונטרס דבית נמי לא מסיימי מחיצתא שהוא מטמא הנוגע בכתלים אפילו לא יעלה על גביו כקבר שמטמא במגע אפילו מן הצד כדתניא בספרי בפרשת פרה אדומה או בקבר זה קבר סתום או אינו אלא קבר פתוח אמרת ק"ו ומה אהל שמקבל טומאה אינו מטמא מכל צדדין כשהוא פתוח קבר שאינו מקבל טומאה אינו דין שלא יטמא מכל צדדין כשהוא פתוח אלמא כשהוא סתום מטמא אף הנוגע מן הצד:
S'il a démoli ses montants, elle rend impur tout son pourtour : le Kountras (Rachi) explique "tout son pourtour" : quatre coudées, comme une tombe. Mais cela ne semble pas juste à mon grand-père, le Rav Rabbi Chimchon, de mémoire bénie : puisque les cloisons délimitent (l'endroit) et qu'on n'a pas à craindre qu'on monte sur la maison et se trouve au-dessus (du mort) sans le savoir, on n'a pas à dire qu'elle rend impur quatre coudées tout autour, comme cela ressort de Sota, chapitre Méchouah milhama (Sota 44a), au sujet de la cour d'une tombe : celui qui s'y tient est pur. Cela vaut pour la cour d'une tombe, dont les cloisons délimitent ; mais un mort ordinaire "prend" (quatre coudées). On en déduit que pour un mort aussi, là où (les cloisons) délimitent, tout son pourtour n'est pas impur sur quatre coudées. Il lui semble plutôt que l'explication est la suivante : (il s'agit) des saillies (zizin) de cette maison, qui dépassent à l'extérieur de la maison de chaque côté et dont chacune a une largeur d'un tefah. Si la maison est bouchée et qu'on y voit encore la forme de l'ouverture, elle ne rend pas impur (sous les saillies), car en général le mort est destiné à sortir par l'ouverture. S'il a démoli ses montants, l'a rebâtie comme le reste du mur et qu'il n'y reste plus du tout d'ouverture, elle rend impur tout son pourtour, car pour chacune (des saillies) on peut douter : peut-être (le mort) sortira-t-il de la maison par cet endroit. Toutefois l'objection qu'il a soulevée contre l'explication du Kountras n'est pas si forte, car on peut dire que les Sages n'ont pas fait de distinction pour le mort. Et de plus il semble qu'il n'y a aucune difficulté selon l'explication du Kountras, car une maison non plus n'a pas des cloisons qui délimitent, puisqu'elle rend impur celui qui touche les murs même s'il ne monte pas dessus, comme une tombe qui rend impur par contact même de côté, comme il est enseigné dans le Sifri, dans la paracha de la vache rousse : "Ou une tombe" (Bamidbar 19, 16) : c'est une tombe fermée. Ou n'est-ce qu'une tombe ouverte ? Tu dis : kal va-homer (raisonnement à fortiori) : si une tente (ohel), qui reçoit l'impureté, ne rend pas impur de tous côtés lorsqu'elle est ouverte, une tombe, qui ne reçoit pas l'impureté, n'est-il pas logique qu'elle ne rende pas impur de tous côtés lorsqu'elle est ouverte ? Il en ressort que lorsqu'elle est fermée, elle rend impur même celui qui touche de côté.
💡 Explication

Preuve pour Rava : une ouverture garde son statut tant qu'on ne l'a pas vraiment supprimée. Boucher l'espace entre les montants (pétsimin) laisse subsister la porte ; démolir les montants et murer la supprime.

Deux applications : le partage d'une cour (chaque porte donne droit à quatre coudées devant elle) et l'impureté du mort : tant que la porte existe, l'impureté est censée sortir par elle ; une fois murée entièrement, la maison devient comme une tombe. Rachi : impureté sur quatre coudées ; Tossefot (Rabbi Chimchon) : sous les saillies du toit de tous côtés.

4
גובתא, רב אסר ושמואל שרי. מחתך לכתחלה — דכולי עלמא לא פליגי דאסיר. אהדורי — דכולי עלמא לא פליגי דשרי. כי פליגי דחתיכה ולא מתקנא: מאן דאסר גזרינן דילמא אתי למיחתך לכתחלה, ומאן דשרי לא גזרינן.

Goubta (tuyau-bec) : Rav interdit et Chmouel permet. Le couper a priori : tous s'accordent que c'est interdit.

Le remettre : tous s'accordent que c'est permis. Ils divergent quand il est coupé mais pas ajusté : celui qui interdit (estime) : nous décrétons, de peur qu'il en vienne à couper a priori ; et celui qui permet (estime) : nous ne décrétons pas.

📜 Rachi (4)
גובתא לתקוע קנה חלול בנקב החבית שיצא היין דרך הקנה:
Goubta : enfoncer un roseau creux dans le trou du tonneau pour que le vin sorte par le roseau.
מחתך רונגיי"ר לתקנה למדת הנקב:
Le couper : "rongier" (vieux français : rogner), pour l'ajuster à la mesure du trou.
אהדורי אם נפלה:
Le remettre : s'il est tombé.
ולא מתקנא לא ניתנה בנקב לידע אם למדתו היא:
Et pas ajusté : il n'a pas encore été placé dans le trou, pour savoir s'il est à sa mesure.
💡 Explication

Couper un roseau à la mesure d'un trou, c'est fabriquer un ustensile (mettakèn kli) : interdit. Le remettre une fois qu'il a déjà servi ne fabrique rien : permis. Le cas discuté : roseau coupé mais jamais essayé. En l'insérant on risque de constater qu'il ne va pas et de le retailler ; Rav décrète (gezera), Chmouel non.

5
כתנאי: אין חותכין שפופרת ביום טוב, ואין צריך לומר בשבת. נפלה — (אין) מחזירין אותה בשבת, ואין צריך לומר ביום טוב. ורבי יאשיה מיקל.

C'est comme (un désaccord entre) Tannaim : on ne coupe pas de tuyau (chefoferet) le Yom tov, et inutile de dire le Chabbat. S'il est tombé, on le remet le Chabbat, et inutile de dire le Yom tov.

Et Rabbi Yochiya est indulgent.

💡 Explication

Le texte porte le mot "ein" (on ne ... pas) entre parenthèses : il est à supprimer, comme le montre la suite (le Tanna kamma permet de remettre). Noter l'ordre inverse des deux clauses : pour couper, le Yom tov est cité d'abord (à plus forte raison le Chabbat, plus sévère) ; pour remettre, le Chabbat d'abord (à plus forte raison le Yom tov).

6
רבי יאשיה אהייא? אילימא ארישא — הא קמתקן מנא? אלא אסיפא — תנא קמא נמי מישרא קשרי? אלא דחתיכה ולא מתקנא איכא בינייהו, מר סבר: גזרינן. ומר סבר: לא גזרינן. דרש רב שישא בריה דרב אידי משמיה דרבי יוחנן: הלכה כרבי יאשיה.

Rabbi Yochiya, sur quoi (porte son avis) ? Si l'on dit sur la première partie, voilà qu'il ajuste un ustensile !

Mais sur la dernière partie, le premier Tanna aussi permet franchement ! C'est donc (le cas) coupé mais pas ajusté qui les sépare : l'un estime : nous décrétons ; et l'autre estime : nous ne décrétons pas.

Rav Chicha fils de Rav Idi a exposé au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est selon Rabbi Yochiya.

📜 Rachi (1)
אי לימא ארישא לחותכה ולשפותה:
Si l'on dit sur la première partie : le couper et l'aplanir.
🗂️ Tossefot (1)
הלכה כרבי יאשיה הלכך מותר לתת לכתחילה גובתא שקורין רזיי"ל בחבית:
La halakha est selon Rabbi Yochiya : c'est pourquoi il est permis de placer a priori dans le tonneau une goubta, qu'on appelle (en langue vernaculaire) "razeil".
💡 Explication

Raisonnement par élimination : l'indulgence de Rabbi Yochiya ne peut porter ni sur la coupe (fabrication d'ustensile, interdite de la Torah) ni sur la remise (déjà permise). Elle porte donc sur le cas intermédiaire, exactement celui de Rav et Chmouel.

Halakha : comme Rabbi Yochiya (= Chmouel), on ne décrète pas.

🖼️ Schéma
Rabbi Yochiya est indulgent : sur quel cas ? Clause 1 : couper le tuyau Impossible : ce serait fabriquer un ustensile Clause 2 : le remettre Impossible : le Tanna kamma le permet déjà Donc : cas du tuyau déjà coupé mais pas encore ajusté Tanna kamma : on décrète (= Rav) R. Yochiya : on ne décrète pas (= Chmouel) Rav Chicha fils de Rav Idi, au nom de R. Yo'hanan : halakha selon R. Yochiya
Élimination : l'indulgence de Rabbi Yochiya porte sur le tuyau coupé mais pas ajusté
7
ואם היתה נקובה וכו׳. מישחא — רב אסר, ושמואל שרי. מאן דאסר — גזרינן משום שעוה. ומאן דשרי — לא גזרינן. אמר ליה רב שמואל בר בר חנה לרב יוסף: בפירוש אמרת לן משמיה דרב — מישחא שרי!

"Et s'il était percé etc." Mich'ha (graisse) : Rav interdit et Chmouel permet. Celui qui interdit : nous décrétons à cause de la cire.

Et celui qui permet : nous ne décrétons pas. Rav Chmouel bar bar Hana dit à Rav Yosef : tu nous as dit explicitement au nom de Rav : la mich'ha est permise !

📜 Rachi (2)
משחא שמן עב:
Mich'ha : huile épaisse.
אסור למרחו:
Interdit : de l'étaler.
⚖️ Rosh (1)
ולא יתן עליה שעוה כו' משחא רב אסר ושמואל שרי מאן דאסר גזרינן משום שעוה ומאן דשרי סבר לא גזרינן משום שעוה. והלכתא כרב. אמר טבות רישבא אמר שמואל האי טרפא דאסא אסיר. פירוש אסור ליתן עלה של הדס בתוך הברזא לקלח בו היין כדי שלא יהא שותת בדופני החבית. מ"ט רב יהודה מדיפתי אמר משום מרזב שמא יתקן מרזב של עץ. רב אשי אמר גזירה שמא יקטום. מאי בינייהו איכא בינייהו דקטים ומנח שמא יקטום ליכא והלכתא כרב אשי:
"Et on n'y mettra pas de cire etc." Mich'ha : Rav interdit et Chmouel permet. Celui qui interdit : nous décrétons à cause de la cire ; celui qui permet estime : nous ne décrétons pas à cause de la cire. Et la halakha est comme Rav. Tavout le chasseur (richba) a dit au nom de Chmouel : cette feuille de myrte est interdite. Explication : il est interdit de mettre une feuille de myrte dans la cannelle (barza) pour y faire couler le vin, afin qu'il ne coule pas le long des parois du tonneau. Quelle en est la raison ? Rav Yehouda de Difti dit : à cause de la gouttière (marzev), de peur qu'il n'arrange une gouttière de bois. Rav Achi dit : décret de peur qu'il ne coupe (la feuille). Qu'est-ce qui les sépare ? Ce qui les sépare : (le cas où) il l'a coupée et posée (d'avance), où "de peur qu'il ne coupe" n'existe pas. Et la halakha est comme Rav Achi.
💡 Explication

La Michna interdit de boucher un trou avec de la cire, car en l'étalant on la lisse (memarreah, l'action d'enduire). Une graisse épaisse ne se lisse pas vraiment ; Rav l'interdit par décret (on confondrait avec la cire), Chmouel non.

Rav Chmouel bar bar Hana conteste l'attribution à Rav : il a entendu de Rav que c'est permis. Le Roch tranche néanmoins comme Rav : interdit.

8
אמר טבות רישבא אמר שמואל: האי טרפא דאסא — אסור. מאי טעמא? רב יימר מדפתי אמר: גזירה משום מרזב. רב אשי אמר: גזירה שמא יקטום. מאי בינייהו? איכא בינייהו דקטים ומנח.

Tavout le chasseur (richba) a dit au nom de Chmouel : cette feuille de myrte est interdite. Quelle en est la raison ?

Rav Yeimar de Difti dit : décret à cause de la gouttière (marzev). Rav Achi dit : décret de peur qu'il ne coupe.

Qu'est-ce qui les sépare ? Ce qui les sépare : (le cas où) il l'a coupée et posée (d'avance).

📜 Rachi (3)
טרפא דאסא לתת עלה של הדס בנקב החבית שהעלה עשוי כמרזב והיין זב דרך שם:
Feuille de myrte : mettre une feuille de myrte dans le trou du tonneau, car la feuille est faite comme une gouttière et le vin coule par là.
גזירה משום מרזב שמא יכין מרזב:
Décret à cause de la gouttière : de peur qu'il ne prépare une gouttière.
שמא יקטום העלה מן הענף וכיון דקטמיה הוה ליה כמתקן כלי כדתניא במסכת ביצה (דף לג:) לחצות בו שיניו לא יקטמנו ואם קטמו חייב חטאת:
De peur qu'il ne coupe : la feuille de la branche ; et une fois qu'il l'a coupée, c'est comme s'il fabriquait un ustensile, comme il est enseigné dans le traité Beitsa (33b) : (un brin) pour se curer les dents, on ne le coupera pas, et s'il l'a coupé, il est passible d'un sacrifice expiatoire (hatat).
🗂️ Tossefot (1)
משום מרזב פי' הרב פור"ת שלא יבוא ליתן על גגו מרזב וקשה דבגובתא נמי נגזר אלא נראה לרבי כפי' הקונט' שלא יתקן מרזב ליינו שיפול היין בתוכו וילך למרחוק דכשלוקח עלה של הדס ומקפלו כעין מרזב נראה כעושה מרזב אבל בגובתא שאינו עושה בו שום מעשה לא גזרינן. מ"ר:
À cause de la gouttière : le Rav de Porat explique : de peur qu'il n'en vienne à placer une gouttière sur son toit. Mais c'est difficile, car pour la goubta aussi on devrait décréter. Il semble plutôt à mon maître (qu'il faut expliquer) comme le Kountras : de peur qu'il n'arrange une gouttière pour son vin, pour que le vin y tombe et aille au loin ; car lorsqu'il prend une feuille de myrte et la plie en forme de gouttière, il a l'air de fabriquer une gouttière. Mais pour la goubta, où il ne fait aucune action, nous ne décrétons pas. M. R. (mori Rabbi).
💡 Explication

Une feuille de myrte pliée sert de petit bec verseur. Deux raisons au décret : Rav Yeimar craint qu'on en vienne à fabriquer une vraie gouttière ; Rav Achi craint qu'on coupe la feuille de sa branche pour cet usage (fabrication d'ustensile).

Nafka mina (conséquence pratique) : une feuille déjà coupée. Le Roch tranche comme Rav Achi : elle est alors permise.

🖼️ Schéma
Feuille de myrte dans le trou du tonneau : pourquoi interdite ? Rav Yeimar de Difti : décret à cause de la gouttière (ne pas fabriquer un marzev) Rav Achi : décret de peur qu'il coupe la feuille (= fabriquer un ustensile) Nafka mina : feuille déjà coupée et posée Encore interdit : on a toujours l'air de faire une gouttière Permis : plus rien à couper Roch : halakha comme Rav Achi
Les deux raisons du décret sur la feuille de myrte et leur conséquence pratique
9
בי סדיא, רב אסר ושמואל שרי. ברכין — דכולי עלמא לא פליגי דשרי. בקשין — דכולי עלמא לא פליגי דאסיר. כי פליגי — במיצעי: מאן דאסר — מיחזי כמשוי, ומאן דשרי לא מיחזי כמשוי.

Bei sadya (feutres) : Rav interdit et Chmouel permet. Souples : tous s'accordent que c'est permis.

Durs : tous s'accordent que c'est interdit. Ils divergent pour les intermédiaires : celui qui interdit (estime) : cela ressemble à un fardeau (massoui) ; et celui qui permet : cela ne ressemble pas à un fardeau.

📜 Rachi (4)
בי סדיא לבדין שקורין פלטר"ש ועשויין לקפלן תחתיו במקום הכר או הכסת:
Bei sadya : des feutres, qu'on appelle "feltres", faits pour être pliés sous soi à la place du coussin ou du matelas.
רב אסר להביאו דרך מלבוש דרך רשות הרבים כשהוא מעוטף בו:
Rav interdit : de l'apporter en guise de vêtement à travers le domaine public (rechout harabim), en s'en enveloppant.
ברכין שדרכן להתחמם בהן:
Souples : dont on a l'habitude de se réchauffer.
דשרו דמלבוש הן:
Que c'est permis : car ce sont des vêtements.
💡 Explication

Question de port (hotsaa) : on peut sortir dans le domaine public vêtu d'un vêtement, pas en portant un objet. Un feutre souple se porte comme un manteau ; un feutre dur sert de siège et, sur les épaules, paraît un fardeau. Le désaccord porte sur le feutre de dureté moyenne.

10
והא דרב, לאו בפירוש איתמר אלא מכללא איתמר. דרב איקלע לההוא אתרא דלא הוה ליה רווחא, נפק יתיב בכרמלית. אייתו ליה בי סדיא, לא יתיב. מאן דחזא סבר משום דבי סדיא אסיר, ולא היא, דרב אכרוזי מכריז: בי סדיא שרי, ומשום כבוד רבותינו לא ישב עליו. ומאן נינהו — רב כהנא ורב אסי.

Et ceci (attribué) à Rav n'a pas été dit explicitement, mais a été dit par déduction (mikelala). Car Rav arriva dans un certain endroit où il n'avait pas de place ; il sortit et s'assit dans une karmelit.

On lui apporta des bei sadya ; il ne s'assit pas (dessus). Celui qui l'a vu à pensé : c'est parce que les bei sadya sont interdits.

Mais il n'en est rien, car Rav proclamait publiquement : les bei sadya sont permis ; et c'est par égard pour nos maîtres qu'il ne s'assit pas dessus. Et qui sont-ils ?

Rav Kahana et Rav Assi.

📜 Rachi (3)
ולא הוה ליה רווחא בבית למקום מושבם של תלמידים:
Et il n'avait pas de place : dans la maison, pour y faire asseoir les élèves.
ומשום כבוד רבותינו שלא היה להן דבר לישב עליו ויושבין על גבי קרקע:
Par égard pour nos maîtres : qui n'avaient rien sur quoi s'asseoir et étaient assis par terre.
רב כהנא ורב אסי תלמידי חברים היו לו:
Rav Kahana et Rav Assi : c'étaient ses élèves-collègues (talmidei haverim).
🗂️ Tossefot (1)
אייתי ליה בי סדיא בי מיצעי הוה דאי לאו הכי היכי איתמר מכללא:
On lui apporta des bei sadya : c'étaient des intermédiaires ; car sinon, comment aurait-on pu dire (qu'il s'agit d'une) déduction ?
⚖️ Rosh (1)
בי סדיא רב אסר ושמואל שרי. ברכין כ"ע לא פליגי דשרי. בקשין כ"ע לא פליגי דאסיר. כי פליגי במיצעי. מאן דאסר סבר דמיחזי כמשוי. ומאן דשרי סבר לא מיחזי כמשוי. והא דרב לאו בפירוש איתמר אלא מכללא איתמר דרב איקלע לההוא אתרא לא הוה ליה דוכתא למיתב נפק יתיב בכרמלית אייתו ליה בי סדיא ולא איתיב מאן דחזא סבר בי סדיא אסור ולא היא דרב אכרוזי אכריז דבי סדיא מישרי שרי ומשום כבוד רבותינו לא ישב עליו. ומנו רב כהנא ור"א וידע דהני מיצעי הוו הלכך לא אסירי אלא קשין:
Bei sadya : Rav interdit et Chmouel permet. Souples : tous s'accordent que c'est permis. Durs : tous s'accordent que c'est interdit. Ils divergent pour les intermédiaires : celui qui interdit estime que cela ressemble à un fardeau ; celui qui permet estime que cela ne ressemble pas à un fardeau. Et ceci (attribué) à Rav n'a pas été dit explicitement mais par déduction : Rav arriva dans un certain endroit, il n'avait pas de place pour s'asseoir, il sortit et s'assit dans une karmelit ; on lui apporta des bei sadya et il ne s'assit pas. Celui qui l'a vu à pensé : les bei sadya sont interdits. Mais il n'en est rien, car Rav proclamait publiquement que les bei sadya sont franchement permis, et c'est par égard pour nos maîtres qu'il ne s'assit pas dessus. Et qui sont-ils ? Rav Kahana et Rav Assi. Et l'on sait que ceux-là étaient des intermédiaires ; c'est pourquoi ne sont interdits que les durs.
💡 Explication

L'avis attribué à Rav vient d'une déduction (mikelala) tirée de sa conduite, et cette déduction était fausse : il refusait de s'asseoir plus haut que ses collègues restés par terre. Rav déclarait lui-même les feutres permis.

Tossefot et le Roch : les feutres apportés étaient de dureté moyenne ; puisque Rav les permet, seuls les feutres durs restent interdits.

11
מתני׳ נותנין תבשיל לתוך הבור בשביל שיהא שמור, ואת המים היפים ברעים, בשביל שיצנו. ואת הצונן בחמה בשביל שיחמו. מי שנשרו כליו בדרך במים — מהלך בהן ואינו חושש. הגיע לחצר החיצונה — שוטחן בחמה, אבל לא כנגד העם.

MICHNA. On place un plat cuit dans une fosse (bor) afin qu'il soit conservé ; et l'eau bonne dans la mauvaise afin qu'elle refroidisse ; et l'eau froide au soleil afin qu'elle se réchauffe.

Celui dont les vêtements sont tombés à l'eau en chemin marche avec eux et ne craint rien. Arrivé à la cour extérieure, il les étend au soleil, mais pas face au public.

📜 Rachi (7)
מתני' לתוך הבור שאין בו מים:
Michna. Dans la fosse : qui ne contient pas d'eau.
שיהא שמור שלא יסריח מחמת החום:
Afin qu'il soit conservé : qu'il ne se gâte pas à cause de la chaleur.
ואת המים היפים ברעים כלי מלא מים יפים לתוך מקוה מים רעים להשתמר שיצונו ולא יחמו:
Et l'eau bonne dans la mauvaise : un récipient plein d'eau bonne (on le met) dans un bassin d'eau mauvaise, pour qu'elle se conserve, qu'elle refroidisse et ne chauffe pas.
מי שנשרו שנפלו למים בשבת:
Celui dont (les vêtements) sont tombés : tombés à l'eau le Chabbat.
לחצר החיצונה הסמוכה למבוא העיר בתוך העיר שהוא מקום משתמר:
À la cour extérieure : celle qui est proche de l'entrée de la ville, à l'intérieur de la ville, qui est un endroit gardé.
שוטחן בחמה ליבשן:
Il les étend au soleil : pour les sécher.
אבל לא כנגד העם שיחשדוהו שכבסן:
Mais pas face au public : car on le soupçonnerait de les avoir lavés.
🗂️ Tossefot (1)
מי שנשרו כליו במים בדרך גרסינן לשון נפילה לא כפי' הקונטרס לעיל בפרק במה אשה (שבת דף סה.) שנשרו במי גשמים דהא אמרינן בביצה בפרק משילין (ביצה דף לה:) מאן דתני מנשירין לא משתבש כדתנן מי שנשרו כליו במים בדרך אלמא לשון נפילה הוא. מ"ר:
Celui dont les vêtements sont tombés à l'eau : on lit "en chemin", et c'est un terme de chute ; et non selon l'explication du Kountras plus haut, au chapitre Bame icha (Chabbat 65a) : "qui ont été mouillés par l'eau de pluie". Car on dit dans Beitsa, au chapitre Machilin (Beitsa 35b) : celui qui enseigne "mancherin" ne se trompe pas, comme nous avons appris : "celui dont les vêtements sont tombés (nachrou) à l'eau en chemin" ; il en ressort que c'est un terme de chute. M. R.
💡 Explication

Nouvelle Michna. Première partie : placer un aliment ou de l'eau là où l'environnement le conserve, le refroidit ou le chauffe n'est pas une cuisson (bichoul) ni un enfouissement interdit.

Seconde partie : des vêtements mouillés ne posent pas de problème de lavage ou d'essorage ; mais les étendre devant le public ferait croire qu'on les a lavés le Chabbat.

12
גמ׳ פשיטא! מהו דתימא: ניגזר משום אשוויי גומות, קא משמע לן.

GUEMARA. C'est évident !

Tu aurais pu dire : décrétons à cause de l'aplanissement des creux (achvouyei goumot) ; (la Michna) nous apprend (que non).

📜 Rachi (2)
גמ' פשיטא דנותנין תבשיל לתוך הבור:
Guemara. C'est évident : qu'on place un plat dans la fosse.
גומות שבקרקע הבור שיהו שוין להושיב הקדרה:
Des creux : du sol de la fosse, qu'il les rende égaux pour y poser la marmite.
💡 Explication

Aplanir le sol (boucher des creux) est une forme de construction ou de labour. On aurait pu craindre qu'en posant la marmite au fond de la fosse on égalise la terre ; la Michna nous apprend qu'on ne décrète pas.

13
ואת המים היפים ברעים. פשיטא! סיפא איצטריכא ליה. ואת הצונן בחמה, הא נמי פשיטא! מהו דתימא: ניגזור דילמא אתי לאטמוני ברמץ, קא משמע לן.

"Et l'eau bonne dans la mauvaise." C'est évident ! C'est la fin (de la phrase) dont il avait besoin : "et l'eau froide au soleil".

Cela aussi est évident ! Tu aurais pu dire : décrétons de peur qu'il en vienne à enfouir (l'eau) dans des cendres chaudes (remets) ; (la Michna) nous apprend (que non).

⚖️ Rosh (1)
מתני' נותנין תבשיל לתוך הבור בשביל שיהא שמור. ואת המים היפים ברעים בשביל שיצונו ואת הצונן בחמין בשביל שיחומו. מי שנשרו כליו במים בדרך מהלך בהן ואינו חומש. הגיע לחצר החיצונה שוטחן בחמה אבל לא כנגד העם:
Michna. On place un plat cuit dans la fosse afin qu'il soit conservé, et l'eau bonne dans la mauvaise afin qu'elle refroidisse, et l'eau froide dans (l'eau) chaude afin qu'elle se réchauffe. Celui dont les vêtements sont tombés à l'eau en chemin marche avec eux et ne craint rien. Arrivé à la cour extérieure, il les étend au soleil, mais pas face au public.
💡 Explication

Refroidir de l'eau ne pose aucune question ; la clause n'est citée que pour introduire la suivante. Chauffer au soleil est permis (le soleil n'est pas un feu), mais on aurait pu décréter à cause des cendres chaudes (remets), où enfouir pour chauffer est interdit (Chabbat 39a). La Michna nous apprend qu'on ne décrète pas.

Le Roch lit "l'eau froide dans l'eau chaude" (bahamin) au lieu de "au soleil" (bahama).

14
מי שנשרו וכו׳. אמר רב יהודה אמר רב: מכל מקום שאסרו חכמים מפני מראית העין — אפילו בחדרי חדרים אסור. תנן: שוטחן בחמה אבל לא כנגד העם! תנאי היא, דתניא: שוטחן בחמה אבל לא כנגד העם. רבי אלעזר ורבי שמעון אוסרין.

"Celui dont (les vêtements) sont tombés etc." Rav Yehouda a dit au nom de Rav : partout où les Sages ont interdit à cause de l'apparence (marit haayin), même dans les chambres les plus retirées c'est interdit. Nous avons appris : il les étend au soleil, mais pas face au public !

C'est (un désaccord entre) Tannaim, car il est enseigné : il les étend au soleil mais pas face au public ; Rabbi Elazar et Rabbi Chimon interdisent.

💡 Explication

Marit haayin : un acte permis qui ressemble à une transgression. Pour Rav, les Sages n'ont pas distingué : ce qu'ils ont interdit pour l'apparence est interdit même là où personne ne voit.

La Michna, qui permet d'étendre le linge en privé, s'oppose à Rav. Réponse : elle représente le Tanna kamma ; Rabbi Elazar et Rabbi Chimon interdisent partout, et Rav suit leur avis.

15
אמר רב הונא:

Rav Houna a dit :

⚖️ Rosh (1)
גמ' אמר רב יהודה אמר רב כל מקום שאסרו חכמים מפני מראית העין אפילו בחדרי חדרים אסור. והתנן שוטחן בחמה אבל לא כנגד העם תנאי היא דתניא שוטחן בחמה אבל לא כנגד העם. רבי אליעזר ור"ש אוסרין. הא מלתא אף על גב דהוי ליה סתם במשנה ומחלוקת בברייתא הלכתא כמחלוקת דברייתא. דקאי רב כוותיה דמקשינן מיניה פ"ק דע"ז דף יב. מאי אין נראה אילימא דלא מיתחזי והאמר רב יהודה א"ר כל מקום שאסרו וכו' אלמא הלכתא הכי. ורבינו נסים גאון ז"ל פסק דאין הלכה כרב והביא ראיה מהא דתניא פ"ב דחולין דף מא: הרוצה לנקר חצירו עושה מקום חוץ לגומא ושותת ויורד לגומא ובשוק לא יעשה כן שלא יחקה את הצדוקים. ולאו ראיה היא דלאו אולמיה דהך מתני' וברייתא מהך ברייתא ומתני' דהכא דאמר דפליגי אדרב ואמר דרב תנאי היא וכן איתמר ברייתא לעיל בפרק במה אשה (שבת דף סד:) דלא כרב. ועוד דשאני התם דהרואה אומר לנקר חצירו הוא צריך וליכא חשדא כלל. ואין ראיה נמי מהא דתניא בפרק אף על פי (כתובות דף ס.) נחום איש גליא אומר צנור שעלו בו קשקשים ממעכו בצנעה ברגלו ואינו חושש ופסיק התם הלכתא כנחום. דשאני התם דליכא חשדא דאיסורא דאורייתא משום שרואין אותו שעושה כלאחר יד. בירושלמי פרק בתרא דכלאים גר' מתניתין פליגי על דרב פשתן שצבע בהרת לא יעשה ממנה אימרא מפורסמת. ובכרים וכסתות מותר. מתני' פליגי עליה דרב נתפזרו לו מעות לפני ע"ז לא יהא שוחה ומלקט שלא יהא נראה כמשתחוה לע"ז. ואם היה מקום צנוע מותר. מתניתין פליג עליה דרב. פרצופין שמטילין מים בכרכים לא יתן פיו טל פיהן שלא יהא נראה כמנשק לע"ז. ואם היה מקום צנוע מותר. מתני' פליג עליה דרב אין שוחטים בגומא אבל עושה אדם גומא בתוך ביתו בשביל שיכנס הדם לתוכה ובשוק לא יעשה כן שלא יחקה את הצדוקים. מתני' פליג עליה דרב הגיע לחצר החיצונה שוטחן בחמה אבל לא כנגד העם. מתני' פליג עליה דרב ביב שהוא קמור ד' אמות ברשות הרבים אין שופכים מים לתוכו בשבת תני עלה אם היתה מזלחת מותרת צנורות מקלחין אסור. עונת גשמים מותר ותני בר קפרא אם היה מקום צנוע מותר. אילין פליגי על רב ולית להון קיום:
Guemara. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : partout où les Sages ont interdit à cause de l'apparence, même dans les chambres les plus retirées c'est interdit. Mais nous avons appris : il les étend au soleil mais pas face au public ! C'est (un désaccord entre) Tannaim, car il est enseigné : il les étend au soleil mais pas face au public ; Rabbi Eliezer et Rabbi Chimon interdisent. Sur ce point, bien qu'il y ait une Michna anonyme (stam) et un désaccord dans la baraita, la halakha suit le désaccord de la baraita, puisque Rav se range à son avis ; car on objecte à partir de lui au premier chapitre de Avoda Zara (12a) : "Que signifie : il ne semble pas ? Si l'on dit qu'on ne le voit pas, Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Rav : partout où (les Sages) ont interdit etc." ; il en ressort que telle est la halakha. Et Rabbenou Nissim Gaon, de mémoire bénie, a tranché que la halakha n'est pas comme Rav, et il en a apporté la preuve de ce qui est enseigné au deuxième chapitre de Houlin (41b) : celui qui veut nettoyer sa cour fait un endroit hors de la fosse, (le sang) s'écoule et descend dans la fosse ; mais au marché il ne fera pas ainsi, pour ne pas imiter les Tsedoukim. Mais ce n'est pas une preuve, car cette Michna et cette baraita-là ne sont pas plus fortes que la baraita et la Michna d'ici, dont (la Guemara) dit qu'elles divergent de Rav, et dit que (l'avis de) Rav est (un désaccord de) Tannaim ; et de même une baraita a été citée plus haut, au chapitre Bame icha (Chabbat 64b), qui n'est pas comme Rav. De plus, là-bas c'est différent, car celui qui voit dit : il a besoin de nettoyer sa cour, et il n'y a aucun soupçon. Il n'y a pas non plus de preuve de ce qui est enseigné au chapitre Af al pi (Ketoubot 60a) : Nahoum le Mède dit : une gouttière dans laquelle sont montés des débris, on les écrase discrètement avec le pied sans rien craindre ; et on y tranche la halakha comme Nahoum. Car là-bas c'est différent : il n'y a pas de soupçon d'un interdit de la Torah, puisqu'on le voit agir de manière inhabituelle (kilaahar yad). Dans le Yerouchalmi, dernier chapitre de Kilaim, on lit : des Michnayot divergent de Rav : du lin teint (baheret), on n'en fera pas une bordure (imra) apparente ; mais dans des coussins et des matelas, c'est permis. Une Michna diverge de Rav : si ses pièces de monnaie se sont éparpillées devant une idole, il ne se penchera pas pour les ramasser, afin de ne pas paraître se prosterner devant l'idole ; et si c'est un endroit retiré, c'est permis. Une Michna diverge de Rav : des figures qui déversent de l'eau dans les villes, il ne mettra pas sa bouche sur leur bouche, afin de ne pas paraître embrasser l'idole ; et si c'est un endroit retiré, c'est permis. Une Michna diverge de Rav : on n'abat pas dans une fosse, mais on fait une fosse dans sa maison pour que le sang y entre ; et au marché on ne fera pas ainsi, pour ne pas imiter les Tsedoukim. Une Michna diverge de Rav : arrive à la cour extérieure, il les étend au soleil mais pas face au public. Une Michna diverge de Rav : un égout voûté sur quatre coudées dans le domaine public, on n'y verse pas d'eau le Chabbat ; on a enseigné à ce sujet : si c'était un récipient d'aspersion (mezalefet), c'est permis ; des gouttières qui déversent, c'est interdit ; à la saison des pluies, c'est permis ; et Bar Kappara a enseigné : si c'était un endroit retiré, c'est permis. Celles-ci divergent de Rav, et elles n'ont pas de maintien (lit hon kiyoum).
💡 Explication

Le segment ne contient que l'ouverture de la phrase de Rav Houna, qui se poursuit au daf suivant (147a).

Le Roch fait ici le point sur la règle de Rav : la halakha le suit, car la Guemara (Avoda Zara 12a) l'utilise comme règle admise, et les sources citées contre lui (Houlin, Ketoubot) se distinguent. Il rapporte l'avis contraire de Rabbenou Nissim Gaon et la liste du Yerouchalmi des Michnayot qui s'opposent à Rav. La dernière formule du Yerouchalmi ("lit hon kiyoum") est laconique ; sa portée exacte est discutée.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).