Sougya : Le daf termine le chapitre Havit. La halakha suit la version de la Michna rapportรฉe par Chmouel : on remet une fracture le Chabbat.
Rabba bar bar Hana transmet cette version ร Rav Yehouda, qui l'avait fait amener de force ร son cours. Rav Yosef refuse d'รฉtendre cette version au membre dรฉplacรฉ.
Le chapitre Choel commence : on peut emprunter des cruches de vin et d'huile le Chabbat, ร condition de ne pas employer le terme halveni (fais-moi un prรชt), de peur qu'on en vienne ร รฉcrire. Abaye explique la distinction ร Rava bar Rav Hanan, puis la rรจgle du changement (chinouy) ร Yom Tov est discutรฉe ร propos des femmes qui puisent l'eau.
La halakha : on remet (en place) une fracture. Rabba bar bar Hana arriva ร Poumbedita ; il n'entra pas au cours de Rav Yehouda.
(Rav Yehouda) lui envoya Ada le prรฉposรฉ (dayla) ; il lui dit : Va, tire-le (garbeih). Il alla et le tira.
(Rabba bar bar Hana) vint et le trouva qui enseignait : on ne remet pas une fracture. Il lui dit : Ainsi a dit Rav Hana de Bagdad au nom de Chmouel : la halakha, on remet une fracture.
Il lui dit : Voici, Hana est des nรดtres, et Chmouel est des nรดtres, et je ne l'ai pas entendu ; n'est-ce pas ร bon droit que je t'ai fait tirer ?!
La Michna (147a) enseignรฉ ein mahzirin et hacheber : on ne remet pas un os fracturรฉ le Chabbat, par crainte de soins (refoua) interdits. Chmouel lisait la Michna autrement : mahzirin, on remet. La Guemara tranche la halakha selon cette version.
Le rรฉcit montre comment la version de Chmouel est parvenue ร Rav Yehouda : il fait amener Rabba bar bar Hana ร son cours (selon Rachi, en saisissant son vรชtement pour qu'il suive). Rabba bar bar Hana lui apprend la version de Chmouel, et Rav Yehouda conclut que sa contrainte รฉtait justifiรฉe.
Celui dont la main s'est dรฉplacรฉe (nifreket), etc. Rav Avya รฉtait assis devant Rav Yosef ; sa main se dรฉplaรงa.
Il lui dit : Ainsi, qu'en est-il ? (Rav Yosef rรฉpondit :) Interdit.
Et ainsi, qu'en est-il ? Il lui dit : Interdit.
Entre-temps, sa main se remit.
Nifreket dรฉsigne une luxation : le membre est sorti de son articulation, sans fracture. Rav Avya montre ร Rav Yosef diverses positions de la main et demande si chacune est permise. Rav Yosef interdit chaque geste qui vise ร remettre le membre. Pendant la discussion, la main se remet d'elle-mรชme.
Il lui dit : Quelle question te poses-tu ? Voici, nous avons appris : Celui dont la main ou le pied s'est dรฉplacรฉ ne les agitera pas (yitrefem) dans l'eau froide, mais il se lave ร sa maniรจre habituelle, et s'il est guรฉri, il est guรฉri.
Il lui dit : Et n'avons-nous pas appris : On ne remet pas une fracture, et Rav Hana de Bagdad a dit au nom de Chmouel : la halakha, on remet une fracture ! Il lui dit : Les a-t-on tous tissรฉs d'un seul tissage ?!
Lร oรน cela a รฉtรฉ dit, cela a รฉtรฉ dit ; lร oรน cela n'a pas รฉtรฉ dit, cela n'a pas รฉtรฉ dit.
Rav Yosef s'appuie sur la Michna : pour une luxation, on ne l'agite pas dans l'eau froide. Rav Avya objecte : la Michna interdit aussi de remettre une fracture, et pourtant Chmouel permet. Peut-รชtre faut-il permettre aussi pour la luxation ?
Rav Yosef rรฉpond : les clauses de la Michna ne forment pas un tissu unique. La version corrigรฉe de Chmouel porte sur la fracture. Pour la luxation, rien de tel n'a รฉtรฉ dit, et la Michna reste telle qu'elle est.
Nous reviendrons ร toi, (chapitre) Havit.
Fin du chapitre 22, Havit. Le chapitre 23, Choel, commence ici.
MICHNA. Un homme emprunte (choel) ร son prochain des cruches de vin et des cruches d'huile, ร condition qu'il ne lui dise pas : Fais-moi un prรชt (halveni).
De mรชme la femme (emprunte) ร sa voisine des pains. Et s'il ne lui fait pas confiance, il laisse son manteau (talit) chez lui, et fait le compte avec lui aprรจs Chabbat.
De mรชme, la veille de Pessa'h ร Jรฉrusalem qui tombe un Chabbat, il laisse son manteau chez lui, prend son (agneau pascal) Pessa'h, et fait le compte avec lui aprรจs la fรชte (Yom Tov).
Le Chabbat, il est interdit d'รฉcrire ; les Sages craignent qu'une transaction pousse ร noter une dette. L'emprunt d'usage, cheela (hachileni, prรชte-moi), reste permis ; le terme halvaa (halveni, fais-moi un prรชt) est interdit. Si le prรชteur ne fait pas confiance, l'emprunteur laisse son manteau en gage, sans rien รฉcrire.
Mรชme rรจgle pour celui qui n'a pas achetรฉ son agneau pascal avant un 14 Nissan tombant le Chabbat : il laisse un gage et paie aprรจs la fรชte, soit le troisiรจme jour selon Rachi.
Tossefot discute la raison. Pour Rachi, le prรชt dure trente jours et pousse donc ร noter. Rabbenou Tam objecte que l'emprunt aussi dure trente jours (Menahot 44a). Pour le Ri, la diffรฉrence tient ร la restitution : l'objet empruntรฉ revient tel quel, l'objet prรชtรฉ est consommรฉ et remplacรฉ.
GUEMARA. Rava bar Rav Hanan dit ร Abaye : En quoi diffรจre (la formule) prรชte-moi ร usage (hachileni), et en quoi diffรจre fais-moi un prรชt (halveni) ?
Il lui dit : Hachileni, on n'en viendra pas ร รฉcrire ; halveni, on en viendra ร รฉcrire.
Abaye explique la diffรฉrence : hachileni (prรชte-moi ร usage) รฉvoque un emprunt court, l'objet revenant tel quel ; halveni (fais-moi un prรชt) รฉvoque un prรชt long, et le prรชteur voudra l'inscrire dans son registre. Rachi cite Makot 3b : le prรชt ordinaire dure trente jours.
Le long Tossefot rattache ร ce passage l'ordonnance de Rava ร Mehoza (Beitsa 30a) sur les maniรจres de porter une charge ร Yom Tov, que la plupart des manuscrits placent dans Beitsa. Pour Rachi, on change la maniรจre de porter sans ajouter d'effort. Pour le maรฎtre de Tossefot, le critรจre est l'apparence de travail de semaine (ouvda dehol) : on change mรชme si l'effort augmente, tant que la nouvelle maniรจre ร moins l'aspect d'un travail de semaine. Ce critรจre explique aussi le cas des cruches au segment 7.
Mais puisqu'en semaine il arrive qu'il veuille lui dire halveni et qu'il lui dise hachileni, et qu'il n'y tient pas (lo kapid), et qu'on en vient ร รฉcrire, le Chabbat aussi on en viendra ร รฉcrire ! Il lui dit : (En semaine, comme il n'y a pas de diffรฉrence qu'il lui dise halveni ou qu'il lui dise hachileni, nous n'y tenons pas, et on en vient ร รฉcrire.) Le Chabbat, puisque c'est hachileni que les Sages lui ont permis, et que halveni ne lui a pas รฉtรฉ permis, la chose est reconnaissable, et on n'en viendra pas ร รฉcrire.
Rava bar Rav Hanan objecte : dans la langue courante, on dit souvent hachileni pour un vrai prรชt, et le prรชteur รฉcrit quand mรชme. Le terme ne suffit donc pas ร empรชcher l'รฉcriture.
Abaye rรฉpond : le Chabbat, la rรจgle des Sages rend la distinction reconnaissable (minkera milta). L'emprunteur doit dire hachileni ; ce rappel suffit pour que le prรชteur n'รฉcrive pas. Selon Rachi, la phrase entre parenthรจses sur la semaine est absente de la bonne version du texte.
Rava bar Rav Hanan dit ร Abaye : Puisque les Sages ont dit : pour toutes les choses de Yom Tov, autant qu'il est possible de changer, nous changeons ; ces femmes qui remplissent leurs cruches d'eau, pour quelle raison ne changent-elles pas ? Parce que ce n'est pas possible.
Comment feraient-elles ? Celles qui remplissent avec une grande cruche, qu'elles remplissent avec une petite cruche ?
Voici, elles augmentent la marche. Celles qui remplissent avec une petite cruche, qu'elles remplissent avec une grande cruche ?
Elles augmentent la charge.
ร Yom Tov, les travaux nรฉcessaires ร la nourriture sont permis, mais les Sages demandent de les faire avec un changement (chinouy) pour marquer la diffรฉrence avec la semaine (Beitsa 29b). Rava bar Rav Hanan demande pourquoi les femmes qui puisent l'eau ne changent pas leur cruche.
Rรฉponse : tout changement alourdirait la tรขche. Une cruche plus petite oblige ร plus de trajets ; une cruche plus grande donne une charge plus lourde. Le changement ร Yom Tov ne doit pas ajouter d'effort.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).