Shabbat 148b — Le prêt de Yom Tov : peut-on le réclamer ? ; consacrer le Pessah le Chabbat

Shabbat 148b

Sougya : Le daf achève la discussion sur le changement (chinouy) à Yom Tov, puis pose le principe : mieux vaut qu'ils soient involontaires plutôt que délibérés, valable même pour un interdit de la Torah. Il concilie le prêt de pain de notre Michna avec l'avis de Hillel sur l'usure.

Rav Yosef et Rabba discutent du prêt fait à Yom Tov : peut-on le réclamer au tribunal ? Les preuves tirées du gage et de la vache partagée à Roch Hachana après la chemita sont rejetées.

Rabbi Yo'hanan permet de consacrer le Pessa'h le Chabbat, pour une obligation à date fixe. Le daf s'achève sur la Michna du compte des invités et du tirage au sort.

Prêt fait à Yom Tov : peut-on le réclamer au tribunal ? Rav Yosef : lo nitna litava (on ne peut pas le réclamer) Rabba : nitna litava (on peut le réclamer) Raison : si on peut le réclamer, le prêteur en viendra à écrire Raison : sinon, personne ne prêtera, et l'emprunteur perdra la joie de Yom Tov Preuve 1 : la Michna, il laisse son manteau en gage -> répondu : le prêteur ne veut pas aller en justice Preuve 2 : la vache partagée à Roch Hachana (chemita) -> répondu : le jour s'est révélé profane ; s'il paie, le prêteur peut prendre Pratique : Rav Avya prend un gage ; Rabba bar Oula retient un objet après la fête Halakha (Tossefot, Roch) : selon Rabba ; les deux maîtres étaient stricts pour eux-mêmes
Rav Yosef et Rabba sur le prêt de Yom Tov : raisons, preuves rejetées, halakha.
Viande vendue à crédit le 1er jour de Roch Hachana, a la sortie de la chemita Le mois d'Eloul était-il plein (30 jours) ? Oui : le 1er jour = 30 Eloul, dernier jour de la chemita Non : le 1er jour = 1er Tichri, année qui suit la chemita Prêt de la chemita -> mechamet (la dette est annulée) Prêt après la chemita -> ein mechamet (la dette subsiste) Si l'emprunteur paie : le prêteur dit mechamet ani ; si l'autre insiste, il accepte Selon Rav Yosef : pas de réclamation, mais s'il paie, le prêteur prend sans rien dire
La vache partagée à Roch Hachana : tout dépend de la longueur du mois d'Eloul.
Consacrer une offrande le Chabbat ou à Yom Tov Michna anonyme : on ne consacre pas à Yom Tov, à plus forte raison le Chabbat Obligation à date fixe (Pessa'h le 14 Nissan, Haguiga à la fête) : permis, selon Rabbi Yo'hanan Obligation sans date fixe (vœux, dons volontaires) : interdit Raison (Rachi) : l'offrande à date fixe repousse le Chabbat ; sa consécration le repousse aussi. Les preuves de la Michna et de Rabbi Hochaya sont rejetées : agneau déjà consacré, ou consécration de surcroît (ilouy), de rang rabbinique.
Rabbi Yohanan et la Michna anonyme : obligation à date fixe ou non.
1
ניפרוס סודרא — אתי לידי סחיטה. נכסייה בנכתמא — זימנין דמיפסק, ואתי למקטריה. הלכך לא אפשר.

(Si l'on dit :) qu'elle étende un foulard (sur la cruche) - elle en viendrait à essorer. Qu'elle la couvre d'un couvercle (nakhtma) - parfois il se détache, et elle en viendrait à le nouer.

C'est pourquoi il n'est pas possible (de changer).

📜 Rachi (3)
ואתי לידי סחיטה ודקאמר במסכת ביצה ניפרוס סודרא עלויה כו' [התם] בדבר יבש קא מיירי:
Elle en viendrait à essorer : et ce qui est dit dans le traité Beitsa : qu'on étende un foulard dessus, etc., [là-bas] il s'agit d'une chose sèche.
בנכתמא כיסוי:
Nakhtma : un couvercle.
זימנין דמיפסק כו' כיון דמצרכת ליה כיסוי קטר ליה בכד וזימנין דמיפסק ואתי למקטריה והיא קשר של קיימא דאסור מדאורייתא:
Parfois il se détache, etc. : puisque tu exiges d'elle un couvercle, elle l'attache à la cruche ; parfois il se détache et elle en vient à le nouer, et c'est un nœud durable (kecher chel kayama), interdit par la Torah.
🗂️ Tossefot (1)
ניפרוס סודרא עליה אתי למסחטיה מכאן מייתי ר"ת ראיה דביין ושמן לא שייכא סחיטה לעיל בשלהי שמונה שרצים (שבת דף קיא. בד"ה האי מסוכרייתא) פירשתי:
Qu'on étende un foulard dessus, elle en viendrait à l'essorer : de là, Rabbenou Tam apporte une preuve que pour le vin et l'huile, l'essorage ne s'applique pas ; je l'ai expliqué plus haut, à la fin du chapitre Chemona Cheratsim (Chabbat 111a, s.v. Haï masoukhraita).
💡 Explication

Suite de la question du daf précédent : pourquoi les femmes ne changent-elles pas leur manière de puiser à Yom Tov ? Deux changements possibles sont écartés. Un foulard étendu sur la cruche risque d'être essoré (sehita). Un couvercle attaché risque de se détacher, et on le renouerait par un nœud durable, interdit de la Torah.

2
ואמר ליה רבא בר רב חנן לאביי: תנן לא מספקין, ולא מטפחין, ולא מרקדין ביום טוב. וקא חזינן דעבדין, ולא אמרינן להו ולא מידי! ולטעמיך, הא דאמר רבא: לא ליתיב איניש אפומא דלחייא, דילמא מיגנדר ליה חפץ ואתי לאיתויי, והא קא חזינן נשי דמיתיין חצבי ויתבן אפומא דמבואה, ולא אמרינן להו ולא מידי! אלא: הנח לישראל, מוטב שיהו שוגגין ואל יהו מזידין.

Rava bar Rav Hanan dit à Abaye : Nous avons appris : on ne frappe pas des mains, on ne se frappe pas (la poitrine), on ne danse pas à Yom Tov. Or nous voyons qu'on le fait, et nous ne leur disons rien !

(Abaye répondit :) Et selon ton raisonnement, ce qu'a dit Rava : qu'un homme ne s'asseye pas à l'entrée (de l'impasse) près du lehi, de peur qu'un objet ne roule et qu'il en vienne à le rapporter ; or nous voyons des femmes qui prennent leurs cruches et s'asseyent à l'entrée de l'impasse, et nous ne leur disons rien ! Mais (la règle est) : laissé Israël ; mieux vaut qu'ils soient involontaires (chogguin) plutôt que délibérés (mezidin).

📜 Rachi (5)
אין מספקין כף אל כף משום אבל:
On ne frappe pas des mains (mesapkin) : paume contre paume, en signe de deuil.
מטפחין על הלב:
On ne se frappe pas (metapehin) : sur le cœur.
מרקדין לשמחה וטעמא מפרש במסכת ביצה שמא יתקן כלי שיר:
On ne danse pas (merakdin) : de joie ; la raison est expliquée dans le traité Beitsa : de peur qu'on ne répare un instrument de musique.
אפומא דלחייא לפי שאין ניכר כל כך בין מבוי לרה"ר:
À l'entrée du lehi : parce qu'on ne distingue pas bien l'impasse (mavoi) du domaine public.
ואתי לאתויי חפץ המתגלגל תוך ד' אמות: ומגנדר חצביהן ומייתין ליה ל"ג:
Et il en vienne à le rapporter : l'objet qui roule, (en le portant) sur quatre coudées. (La version :) et leurs cruches roulent et elles les rapportent - nous ne la lisons pas.
🗂️ Tossefot (1)
לא מספקין ולא מטפחין לא כפי' הקונטרס משום דא"כ מאי איריא ביו"ט אפי' בחול המועד נמי אסור כדתנן במועד קטן פרק בתרא (דף כח:) נשים במועד מענות אבל לא מטפחות אלא נראה לרבי משום שמחה רגילין לספק ולטפח בהשמעת קול ואסור שמא יתקן כלי שיר כדמפרש בהמוצא תפילין (עירובין דף קד.):
On ne frappe pas des mains, on ne se frappe pas : non selon l'explication du Kountres (Rachi), car s'il en était ainsi, pourquoi parler de Yom Tov ? Même à Hol Hamoed ce serait interdit, comme nous l'avons appris dans Moed Katan, dernier chapitre (28b) : les femmes, à Hol Hamoed, se lamentent mais ne se frappent pas. Il semble plutôt à Rabbi que c'est à cause de la joie : on a l'habitude de frapper des mains et de se frapper en faisant entendre un son, et c'est interdit de peur qu'on ne répare un instrument de musique, comme on l'explique dans Hamotse Tefilin (Erouvin 104a).
💡 Explication

Rava bar Rav Hanan constate que des interdits rabbiniques sont transgressés sans que personne n'intervienne. Abaye répond par un autre exemple, puis donne le principe : hanah le-Israël, laisse Israël. Si l'on sait que la remontrance ne sera pas écoutée, mieux vaut que les gens restent chogguin (fautifs par ignorance) plutôt que de devenir mezidin (fautifs en connaissance de cause).

Rachi explique les gestes par le deuil ; Tossefot par la joie, avec la crainte de réparer un instrument de musique.

3
סבור מינה הני מילי בדרבנן, אבל בדאורייתא — לא. ולא היא, לא שנא בדרבנן ולא שנא בדאורייתא. דהא תוספת דיום הכפורים דאורייתא היא, וקא חזינן להו דקאכלי ושתו עד שתחשך ולא אמרינן להו ולא מידי.

On en déduisit : ces paroles valent pour un (interdit) rabbinique, mais pour un (interdit) de la Torah, non. Il n'en est rien : il n'y a pas de différence entre un (interdit) rabbinique et un (interdit) de la Torah.

Car l'ajout (tossefet) de Yom Kippour est de la Torah, et nous les voyons manger et boire jusqu'à la tombée de la nuit, et nous ne leur disons rien.

💡 Explication

Le principe mutav chiyihyou chogguin s'applique aussi à un interdit de la Torah. Preuve : l'obligation d'ajouter du temps profane à Yom Kippour (tossefet Yom Hakippourim) est de la Torah, et pourtant on ne reprend pas ceux qui mangent jusqu'à la nuit.

4
וכן אשה מחבירתה ככרות. בשבת הוא דאסיר, אבל בחול — שפיר דמי? לימא מתניתין דלא כהלל, דתנן: וכן היה הלל אומר: לא תלוה אשה ככר לחבירתה עד שתעשנה דמים, שמא יוקרו חטין ונמצאו באות לידי רבית!

Et de même, une femme (emprunte) à sa voisine des pains. C'est le Chabbat que c'est interdit (de dire : prête-moi), mais en semaine c'est permis ?

Disons que notre Michna n'est pas selon Hillel, car nous avons appris : Et ainsi Hillel disait : une femme ne prêtera pas un pain à sa voisine avant de l'estimer en argent, de peur que le blé ne renchérisse et qu'elles n'en viennent à l'usure (ribit) !

📜 Rachi (2)
בשבת הוא דאסור לומר הלויני משום מכתב:
C'est le Chabbat que c'est interdit : de dire halveni (prête-moi), à cause de l'écriture.
הא בחול שרי ולא חיישינן לרבית ואף על גב דבלשון הלואה קאמר ליה:
Mais en semaine c'est permis : et nous ne craignons pas l'usure, bien qu'elle le lui dise en termes de prêt.
🗂️ Tossefot (1)
וכן היה הלל אומר כרבנן דפליגי עליה באיזהו נשך (ב"מ ד' עה.) וקי"ל:
Et ainsi Hillel disait : selon les Rabbanan qui divergent de lui dans Eizehou Nechekh (Bava Metsia 75a), et nous tenons (ainsi).
💡 Explication

La Michna interdit seulement le Chabbat de dire halveni pour des pains ; en semaine, le prêt de pain serait donc permis. Or Hillel l'interdit sans estimation préalable : si le blé renchérit, rendre un pain équivaut à rendre plus que ce qu'on a reçu, ce qui est de l'usure (ribit).

🖼️ Schéma
Prêter un pain à sa voisine : risque d'usure (ribit) ? Lieu où le prix du pain est fixe si le blé renchérit, elle rend le prix : pas d'usure -> notre Michna Lieu où le prix n'est pas fixe elle rend un pain qui vaut plus : usure -> Hillel interdit Hillel : il faut estimer le pain en argent au moment du prêt Tossefot : la halakha suit les Rabbanan, qui divergent de Hillel (Bava Metsia 75a)
Le prêt de pain : la différence entre un prix fixe et un prix variable.
5
אפילו תימא הלל, הא — באתרא דקיץ דמיהו, הא — באתרא דלא קיץ דמיהו.

Tu peux même dire (que la Michna suit) Hillel : ceci (notre Michna), dans un lieu où leur prix est fixe ; cela (Hillel), dans un lieu où leur prix n'est pas fixe.

📜 Rachi (1)
באתרא דקיץ דמייהו דככרות לא אתי לידי רבית שאם יוקירו יתן דמיהן:
Dans un lieu où leur prix est fixe : les pains n'amènent pas à l'usure, car s'ils renchérissent, elle donnera leur prix.
6
ואם אינו מאמינו. איתמר הלוואת יום טוב, רב יוסף אמר: לא ניתנה ליתבע, ורבה אמר: ניתנה ליתבע. רב יוסף אמר לא ניתנה ליתבע: דאי אמרת ניתנה ליתבע — אתי למיכתב. רבה אמר ניתנה ליתבע: דאי אמרת לא ניתנה — לא יהיב ליה ואתי לאימנועי משמחת יום טוב.

Et s'il ne lui fait pas confiance (il laisse son manteau chez lui). Il a été dit : le prêt de Yom Tov - Rav Yosef dit : il n'a pas été donné pour être réclamé (lo nitna litava) ; Rabba dit : il a été donné pour être réclamé.

Rav Yosef dit qu'il n'a pas été donné pour être réclamé : car si tu dis qu'il a été donné pour être réclamé, il en viendra à écrire. Rabba dit qu'il a été donné pour être réclamé : car si tu dis qu'il n'a pas été donné (pour être réclamé), il ne lui prêtera pas, et il en viendra à se priver de la joie de Yom Tov.

📜 Rachi (1)
לא ניתנה ליתבע בב"ד שאין ב"ד נזקקין לה לעולם:
Il n'a pas été donné pour être réclamé : au tribunal, car le tribunal ne s'en occupe jamais.
🗂️ Tossefot (1)
רבה אמר ניתנה ליתבע הלכה כרבה לגבי רב יוסף: ורב אויא ורבה בר עולא מחמרי אנפשייהו כ"ה בס"א דאי אמרת ניתנה ליתבע אתי למיכתב. אע"פ שמזכיר לו לשון שאלה:
Rabba dit : il a été donné pour être réclamé : la halakha suit Rabba face à Rav Yosef ; Rav Avya et Rabba bar Oula étaient stricts pour eux-mêmes. Ainsi en est-il dans une autre version : car si tu dis qu'il a été donné pour être réclamé, il en viendra à écrire, bien qu'il lui mentionne le terme de chela (emprunt d'usage).
💡 Explication

Mahloket : un prêt consenti à Yom Tov peut-il être réclamé devant le beit din ? Rav Yosef : non, sinon le prêteur voudra garder une trace écrite et écrira à Yom Tov. Rabba : oui, sinon personne ne prêtera et l'emprunteur perdra la joie de la fête (simhat Yom Tov).

Dans les deux cas l'emprunteur doit rembourser ; la question porte sur le recours au tribunal.

7
תנן אם אינו מאמינו — מניח טליתו אצלו: אי אמרת בשלמא לא ניתנה ליתבע — משום הכי מניח טליתו אצלו ועושה עמו חשבון לאחר שבת. אלא אי אמרת ניתנה ליתבע, אמאי מניח טליתו אצלו? ליתן ליה ולתבעיה! אמר: לא בעינא דליקום בדינא ודיינא.

Nous avons appris : s'il ne lui fait pas confiance, il laisse son manteau (tallit) chez lui. Cela se comprend si tu dis qu'il n'a pas été donné pour être réclamé : c'est pourquoi il laisse son manteau chez lui et fait le compte avec lui après Chabbat.

Mais si tu dis qu'il a été donné pour être réclamé, pourquoi laisse-t-il son manteau chez lui ? Qu'il lui donne, et qu'il le lui réclame !

(Le prêteur) dit : je ne veux pas me présenter en justice devant un juge.

📜 Rachi (1)
בדינא ודיינא לא לבא לדין ולא לברור דיין ולהטריח את עצמו:
En justice et devant un juge : (je ne veux) ni venir en justice, ni choisir un juge, ni me donner de la peine.
⚖️ Rosh (1)
גמ' א"ל רבא בריה דרב חנן לאביי מ"ש הלויני ומ"ש השאילני השאילני לא אתי למיכתב הלויני אתי למיכתב. פירוש משום דהלויני לזמן מרובה משמע ולכך אתי למיכתב. אבל השאילני דלאו לזמן מרובה משמע לא אתי למיכתב. איתמר הלוואת יו"ט רב יוסף אמר לא ניתנה ליתבע רבה רבא אמר ניתנה ליתבע. והא מילתא איפליגו בה רבוותא. איכא מאן דפסיק כרב יוסף משום דהוא רביה דרבה דרבא ועוד דהא רב אויא סבר כוותיה דשקיל משכונא. וכן רבה בר רב הונא דמערים איערומי שלא היה תובע בפירוש אלא אומר לו הלויני וכשמלוה אומר לו הרי אצלך כך וכך. ואיכא מאן דפסיק כרבה כרבא משום דבתראה הוא וקי"ל הלכתא כבתראה והתוספות כתבו דהלכתא כרבה לגבי רב יוסף ואע"ג דאמר רב אויא שקיל משכונא רבה בר עולא מערים איערומי. מחמירים על עצמן היו שלא לתבוע. ורואה אני בספרים שכתוב דברי רב יוסף תחלה וזו כרב אלפס דגרס רבא:
Guemara : Rava fils de Rav Hanan dit à Abaye : quelle différence entre halvéni et hachiléni ? Hachiléni n'amène pas à écrire, halvéni amène à écrire. Explication : halvéni implique une longue durée, c'est pourquoi on en viendrait à écrire ; hachiléni n'implique pas une longue durée et n'amène pas à écrire. Il a été dit : le prêt de Yom Tov - Rav Yosef dit : il n'a pas été donné pour être réclamé ; Rabba (var. Rava) dit : il a été donné pour être réclamé. Sur cette question, les maîtres sont en désaccord. Certains tranchent selon Rav Yosef, parce qu'il est le maître de Rabba (var. Rava), et aussi parce que Rav Avya pense comme lui, puisqu'il prenait un gage. De même Rabba bar Rav Houna usait d'un stratagème : il ne réclamait pas explicitement, mais lui disait : prête-moi ; et quand l'autre lui prêtait, il lui disait : tu as chez toi telle et telle somme. D'autres tranchent selon Rabba (var. Rava), parce qu'il est le plus tardif, et nous tenons que la halakha suit le plus tardif (hilkheta ke-batraéi). Les Tossefot ont écrit que la halakha suit Rabba face à Rav Yosef ; et bien qu'il soit dit que Rav Avya prenait un gage et que Rabba bar Oula usait d'un stratagème, ils étaient stricts pour eux-mêmes, (en s'abstenant) de réclamer. Je vois dans des livres qu'on écrit les paroles de Rav Yosef en premier, et cela suit Rav Alfas (le Rif), qui lit Rava.
💡 Explication

Première tentative de preuve pour Rav Yosef : pourquoi prendre un gage si l'on peut aller en justice ? Réponse : même avec un droit de réclamation, le prêteur préfère éviter les tracas d'un procès.

Le Roch rapporte les deux positions des décisionnaires : selon Rav Yosef (maître de Rabba) ou selon Rabba (le plus tardif). Il cite les Tossefot, qui tranchent selon Rabba.

8
מתיב רב אידי בר אבין: השוחט את הפרה וחילקה בראש השנה. אם היה חדש מעובר — משמט. ואם לאו — אינו משמט.

Rav Idi bar Avin objecta : celui qui abat une vache et la partage à Roch Hachana : si le mois (d'Eloul) était plein (meoubar), (la chemita) annule (la dette) ; sinon, elle ne l'annule pas.

📜 Rachi (2)
השוחט את הפרה וחילקה בראש השנה של מוצאי שביעית ללוקחים ובהקפה וקיי"ל שביעית משמטת בסופה דכתיב מקץ:
Celui qui abat la vache et la partage à Roch Hachana : de l'année qui suit la chemita, (en la vendant) aux acheteurs à crédit ; et nous tenons que la chemita annule (les dettes) à sa fin, comme il est écrit : au terme (mikets).
אם היה חדש אלול מעובר ועשו ראש השנה שני ימים משמט דיום טוב ראשון של סוף שביעית היה ונמצאת זו הלואת שביעית ואם לאו הויא לה הלואת מוצאי שביעית ואינו משמט:
Si le mois était : si Eloul était plein et qu'on a fait Roch Hachana deux jours, (la chemita) annule, car le premier jour de fête appartenait à la fin de la chemita, et il se trouve que c'est un prêt de la chemita. Sinon, c'est un prêt de l'année qui suit la chemita, et elle ne l'annule pas.
💡 Explication

La chemita annule les dettes à sa fin. Quand le calendrier était fixé par témoins, on célébrait deux jours de Roch Hachana faute de savoir si Eloul avait 29 ou 30 jours. Si Eloul était plein, le premier jour était en fait le 30 Eloul, dernier jour de la chemita : la vente à crédit faite ce jour est un prêt de la chemita, et elle est annulée.

9
ואי לא ניתנה ליתבע — מאי ״משמט״? שאני התם דאיגלאי מילתא דחול הוא.

Et s'il n'a pas été donné pour être réclamé, que signifie (la chemita) annule ? C'est différent là-bas, car il s'est révélé que c'était un jour profane (hol).

📜 Rachi (2)
ל"ג אי אמרת בשלמא כו' ה"ג ואם לא ניתנה ליתבע מאי משמט הואיל ואין ב"ד נזקקין לכופו שמוטה היא ועומדת:
Nous ne lisons pas : cela se comprend si tu dis, etc. Voici notre version : et s'il n'a pas été donné pour être réclamé, que signifie annule ? Puisque le tribunal ne s'occupe pas de le contraindre, (la dette) est déjà comme annulée.
דחול הוא שהרי חדש מעובר ולא הוי יו"ט עד למחר הלכך אי לאו דשביעית הוא הוה גבי:
Que c'était un jour profane : puisque le mois était plein, ce n'était Yom Tov que le lendemain ; c'est pourquoi, sans la chemita, il l'aurait perçue.
🗂️ Tossefot (1)
דאיגלאי מילתא דבחול הויא ורב יוסף לא מיירי אלא בשבת ויו"ט ודאי:
Qu'il s'est révélé que c'était un jour profane : Rav Yosef ne parle que de Chabbat et de Yom Tov certains.
💡 Explication

Objection contre Rav Yosef : si une dette de Yom Tov ne peut pas être réclamée, l'annulation par la chemita n'apporte rien. Réponse : dans ce cas le jour s'est révélé profane ; ce n'était pas un prêt de Yom Tov.

🖼️ Schéma
Viande vendue à crédit le 1er jour de Roch Hachana, a la sortie de la chemita Le mois d'Eloul était-il plein (30 jours) ? Oui : le 1er jour = 30 Eloul, dernier jour de la chemita Non : le 1er jour = 1er Tichri, année qui suit la chemita Prêt de la chemita -> mechamét (la dette est annulée) Prêt après la chemita -> ein mechamét (la dette subsiste) Si l'emprunteur paie : le prêteur dit mechamét ani ; si l'autre insiste, il accepte Selon Rav Yosef : pas de réclamation, mais s'il paie, le prêteur prend sans rien dire
Le 1er jour de Roch Hachana : dernier jour de la chemita ou premier jour de l'année suivante.
10
תא שמע מסיפא: אם לאו — אינו משמט. אי אמרת בשלמא ניתנה ליתבע — היינו דקתני ״אינו משמט״. אלא אי אמרת לא ניתנה ליתבע, אמאי אינו משמט? דאי יהיב ליה — שקיל.

Viens et entends, de la fin (de la Michna) : sinon, elle ne l'annule pas. Cela se comprend si tu dis qu'il a été donné pour être réclamé : c'est ce qu'on enseigne, elle ne l'annule pas.

Mais si tu dis qu'il n'a pas été donné pour être réclamé, pourquoi ne l'annule-t-elle pas ? (Cela veut dire) que s'il lui donne, il prend.

📜 Rachi (1)
אם לאו אינו משמט אלמא ניתנה ליתבע ומשני מאי אינו משמט דאי יהיב ליה שקיל:
Sinon, elle ne l'annule pas : donc il a été donné pour être réclamé. Et (la Guemara) répond : que signifie elle ne l'annule pas ? Que s'il lui donne, il prend.
11
מכלל דרישא אי יהיב ליה — לא שקיל?! רישא — צריך למימר ליה ״משמט אני״, סיפא — לא צריך למימר ליה ״משמט אני״. כדתנן: המחזיר חוב בשביעית, יאמר לו: ״משמט אני״.

Il en découle que dans la première partie, s'il lui donne, il ne prend pas ?! La première partie : il doit lui dire : j'annule (mechamét ani) ; la fin : il n'a pas besoin de lui dire : j'annule.

Comme nous avons appris : celui qui rembourse une dette de la chemita, (le prêteur) lui dira : j'annule.

📜 Rachi (2)
מכלל דרישא אי יהיב ליה לא שקיל בתמיה:
Il en découle que dans la première partie, s'il lui donne, il ne prend pas : (question posée) avec étonnement.
רישא דהלואת שביעית היא אי נמי יהיב ליה לוה צריך למימר ליה מלוה משמט אני:
La première partie : qui est un prêt de la chemita ; même si l'emprunteur lui donne, le prêteur doit lui dire : j'annule.
💡 Explication

Même une dette annulée par la chemita peut être reçue si l'emprunteur paie de lui-même ; le prêteur doit seulement déclarer mechamét ani (j'annule). La différence entre les deux cas de la Michna porte donc sur cette déclaration.

12
ואם אמר לו ״אף על פי כן״ — יקבל ממנו, משום שנאמר: ״וזה דבר השמטה״.

Et s'il (l'emprunteur) lui dit : malgré tout (af al pi khen), il acceptera de lui, car il est dit : Et voici la parole (devar) de la chemita.

📜 Rachi (2)
ואם אמר לוה אעפ"כ איני חפץ שישמטו יקבל ממנו:
Et s'il dit : l'emprunteur : malgré tout, je ne veux pas qu'elle soit annulée ; il acceptera de lui.
דבר השמטה אפילו מקבל חובו יזכיר לו שמיטה בדבורו:
La parole de la chemita : même s'il reçoit sa créance, il doit lui mentionner la chemita par sa parole.
💡 Explication

Le verset (Devarim 15, 2) dit devar hachemita, la parole de la chemita : l'annulation se fait par une déclaration. Une fois la déclaration faite, le prêteur peut accepter le paiement.

13
רב אויא שקיל משכונא. רבה בר עולא מיערם איערומי.

Rav Avya prenait un gage. Rabba bar Oula usait d'un stratagème.

📜 Rachi (2)
שקיל משכונא בשעת הלואה מהלואת יו"ט:
Il prenait un gage : au moment du prêt, pour un prêt de Yom Tov.
מערים איערומי לאחר י"ט לוקח ממנו שום חפץ ומעכבו:
Il usait d'un stratagème : après Yom Tov, il prenait de lui un objet quelconque et le retenait.
💡 Explication

Deux maîtres se protègent sans recourir au tribunal : gage au moment du prêt, ou objet retenu après la fête. Selon Tossefot et le Roch, ils agissaient par rigueur personnelle, la halakha suivant Rabba.

14
וכן ערב פסח. אמר רבי יוחנן: מקדיש אדם פסחו בשבת, וחגיגתו ביום טוב. נימא מסייע ליה: וכן ערב פסח בירושלים שחל להיות בשבת מניח טליתו אצלו, ונוטל את פסחו ועושה עמו חשבון לאחר יום טוב.

Et de même la veille de Pessa'h. Rabbi Yo'hanan dit : un homme consacre son (agneau de) Pessa'h le Chabbat, et sa Haguiga à Yom Tov.

Disons que (la Michna) le soutient : et de même la veille de Pessa'h à Jérusalem qui tombe un Chabbat, il laisse son manteau chez lui, prend son (agneau de) Pessa'h, et fait le compte avec lui après Yom Tov.

📜 Rachi (2)
פסחו בשבת אם חל י"ד בשבת:
Son Pessa'h le Chabbat : si le 14 (Nissan) tombe un Chabbat.
וחגיגתו ביו"ט ביום הקרבתה מותר להקדיש ואע"ג דתנן אלו הן משום שבות אין מקדישין הני כיון דהקרבתן דוחה קדושתן דוחה:
Et sa Haguiga à Yom Tov : le jour où on l'offre, il est permis de la consacrer ; et bien que nous ayons appris (parmi) les (interdits) à cause du chevout : on ne consacre pas, pour celles-ci, puisque leur offrande repousse (le Chabbat ou Yom Tov), leur consécration aussi le repousse.
💡 Explication

Consacrer un objet (hekdech) est interdit le Chabbat par décret rabbinique (chevout), car cela ressemble à une transaction. Rabbi Yo'hanan permet pourtant de consacrer le Pessa'h le Chabbat et la Haguiga à Yom Tov : l'offrande elle-même est permise ce jour-là, donc aussi sa consécration.

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הכא במאי עסקינן — בממנה אחרים עמו על פסחו, דמעיקרא מיקדש וקאי.

De quoi s'agit-il ici ? De celui qui inscrit d'autres (personnes) avec lui sur son (agneau de) Pessa'h, qui était consacré depuis le début.

📜 Rachi (2)
בממנה אחרים עמו כדכתיב (שמות יב ד) במכסת נפשות:
Qui inscrit d'autres avec lui : comme il est écrit (Chemot 12, 4) : selon le compte des personnes.
על פסחו שהיה קדוש ועומד מאתמול:
Sur son Pessa'h : qui était déjà consacré depuis la veille.
16
והא אנן תנן: אין נמנין על הבהמה בתחילה ביום טוב! שאני הכא, כיון דרגיל אצלו — כמאן דאימני ביה מעיקרא דמי.

Mais nous avons appris : on ne s'inscrit pas sur une bête au départ à Yom Tov ! C'est différent ici : puisqu'il est habitué à lui, c'est comme s'il s'était inscrit dès le début.

🗂️ Tossefot (1)
והא אנן תנן אין נימנין כו' פירש ה"ר פורת בשם רבינו שמואל דל"ג ליה חדא דמה שייך להקשות מנמנין של רשות לנמנין של מצוה ועוד דמפרש התם בביצה פרק אין צדין (ביצה דף כז:) מאי אין נמנין אין פוסקין דמים בתחילה לבהמה ביו"ט הרי אני עמך בסלע הריני עמך בשתים אבל אומר לו הריני עמך לשליש ולרביע:
Mais nous avons appris : on ne s'inscrit pas, etc. : Rabbi Porat a expliqué au nom de Rabbenou Chmouel que nous ne lisons pas (cette phrase). D'abord, quel rapport y a-t-il pour objecter de l'inscription facultative (rechout) à l'inscription de mitsva ? Et de plus, on explique là-bas, dans Beitsa, chapitre Ein Tsadin (27b) : que signifie on ne s'inscrit pas ? On ne fixe pas au départ des prix pour une bête à Yom Tov : je suis avec toi pour un sela, je suis avec toi pour deux ; mais on lui dit : je suis avec toi pour un tiers, pour un quart.
💡 Explication

S'inscrire sur un agneau (nimnin) consiste à s'associer à son offrande. La Guemara répond que l'associé habituel est considéré comme inscrit d'avance. Tossefot rapporte que Rachbam retire cette phrase du texte.

17
והא תני רבי הושעיא: הולך אדם אצל רועה הרגיל אצלו ונותן לו טלה לפסחו ומקדישו ויוצא בו! התם נמי, כיון דרגיל אצלו — אקדושי [מקדיש] ליה מעיקרא. והא ״מקדיש״ קתני? הקדש עילוי מדרבנן.

Mais Rabbi Hochaya a enseigné : un homme va chez le berger auquel il est habitué, (celui-ci) lui donne un agneau pour son Pessa'h, il le consacre et s'en acquitte ! Là aussi, puisqu'il est habitué à lui, (le berger) le lui a consacré dès le début.

Mais on enseigne : il le consacre ? C'est une consécration de surcroît (hekdech ilouy), de rang rabbinique.

📜 Rachi (2)
אקדושי מקדיש ליה רועה מע"ש שהרי יודע שזה סומך עליו:
Il le lui a consacré : le berger le lui consacre dès la veille du Chabbat, car il sait que celui-ci compte sur lui.
עילוי מעלה בעלמא שיקדישו בעלים:
Ilouy (surcroît) : une simple valorisation, que les propriétaires le consacrent (eux aussi).
18
ומי אמר רבי יוחנן הכי? והא אמר רבי יוחנן: הלכה כסתם משנה, ותנן: לא מקדישין, ולא מעריכין, ולא מחרימין, ולא מגביהין תרומות ומעשרות, כל אלו — ביום טוב אמרו, קל וחומר בשבת! לא קשיא: כאן בחובות שקבוע להן זמן, כאן — בחובות שאין קבוע להן זמן.

Mais Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ? Rabbi Yo'hanan a pourtant dit : la halakha suit une Michna anonyme (stam michna) ; et nous avons appris : on ne consacre pas, on ne fait pas d'estimation (maarikhin), on ne voue pas (maharimin), on ne prélève pas les teroumot et les maasserot ; tout cela, on l'a dit pour Yom Tov, à plus forte raison (kal va-homer) pour Chabbat !

Ce n'est pas difficile : ici, pour des obligations dont le temps est fixé ; la, pour des obligations dont le temps n'est pas fixé.

📜 Rachi (1)
הא דקתני אין מקדישין בחובות שאין קבוע להן זמן קאי שאין הקרבתן דוחה שבת:
Cela : ce qu'on enseigne, on ne consacre pas, porte sur des obligations dont le temps n'est pas fixé, dont l'offrande ne repousse pas le Chabbat.
💡 Explication

Contradiction apparente entre Rabbi Yo'hanan et la stam michna qu'il suit lui-même. Résolution : l'interdit de consacrer vise les offrandes sans date fixe, qu'on peut consacrer après la fête. Pour une obligation à date fixe, comme le Pessa'h, la consécration est permise.

🖼️ Schéma
Consacrer une offrande le Chabbat ou à Yom Tov Michna anonyme : on ne consacre pas à Yom Tov, à plus forte raison le Chabbat Obligation à date fixe (Pessa'h le 14 Nissan, Haguiga à la fête) : permis, selon Rabbi Yo'hanan Obligation sans date fixe (vœux, dons volontaires) : interdit Raison (Rachi) : l'offrande à date fixe repousse le Chabbat ; sa consécration le repousse aussi. Les preuves de la Michna et de Rabbi Hochaya sont rejetées : agneau déjà consacré, ou consécration de surcroît (ilouy), de rang rabbinique.
La distinction de Rabbi Yo'hanan : obligation à date fixe ou non.
19
מתני׳ מונה אדם את אורחיו ואת פרפרותיו מפיו, אבל לא מן הכתב. מפיס אדם עם בניו ועם בני ביתו על השולחן, ובלבד שלא יתכוין לעשות מנה גדולה כנגד מנה קטנה. ומטילין חלשין על הקדשים ביום טוב, אבל לא על המנות.

MICHNA. Un homme compte ses invités et ses mets (parpraot) de vive voix, mais pas à partir de l'écrit.

Un homme tire au sort (mefis) avec ses enfants et les gens de sa maison, à table, à condition qu'il n'ait pas l'intention de faire (jouer) une grande part contre une petite part. On tire au sort (hilchin) sur les choses saintes (kodachim) à Yom Tov, mais pas sur les parts (manot).

📜 Rachi (7)
מתני' פרפרותיו מיני מעדנים:
Michna. Ses parpraot : des sortes de mets délicats.
אבל לא מן הכתב אם כתב מע"ש כך וכך אורחים פלוני ופלוני זמנתי כדי שלא ישכחם לא יקרא באותו כתב בשבת ובגמ' מפרש טעמא:
Mais pas à partir de l'écrit : s'il a écrit la veille du Chabbat : j'ai invité tant d'invités, un tel et un tel, pour ne pas les oublier, il ne lira pas cet écrit le Chabbat ; la Guemara en explique la raison.
מפיס לשון פייס מטיל פייס לחלק מי מגיע כל מנה ומנה:
Mefis : de l'expression payis ; il fait un tirage au sort pour répartir à qui revient chaque part.
ובלבד שלא יתכוין לעשות כו' שיהו המנות שוות ולא תהא אחת גדולה ואחת קטנה לזכות בגדולה הזוכה ע"פ הגורל והמתחייב ע"פ הגורל לקטנה יטלנה ובגמ' מפרש טעמא:
À condition qu'il n'ait pas l'intention, etc. : que les parts soient égales, et qu'il n'y en ait pas une grande et une petite, de sorte que celui que le sort favorise gagne la grande, et que celui que le sort défavorise prenne la petite ; la Guemara en explique la raison.
חלשים גורלות:
Hilchin : des sorts.
על הקדשים בין הכהנים:
Sur les choses saintes : entre les cohanim.
אבל לא על המנות בגמרא מפרש:
Mais pas sur les parts : la Guemara l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
מטילין חלשים על הקדשים ביו"ט תימה דאמר בפרק ב' דקדושין (דף נג. ושם) דאין חולקין זבחים כנגד זבחים ומנחה כנגד מנחה ומפיק לה מלכל בני אהרן תהיה איש כאחיו ועוד דפריך התם מוהצנועים מושכין ידיהם והגרגרנים חולקין מאי חולקין חוטפין כו' ואומר רבי דאין מועלת בהם חלוקה וגורל שיהא ממונו לקדש בו את האשה ולהוציאו בדיינים אבל מ"מ מטילין היו חלשין לתת לכל א' חלקו פן יריבו ביחד כדכתיב (הושע ד) ועמך כמריבי כהן והא דמשני התם חולקין לאו דוקא אלא חוטפין ולא משני הכי משו' דחולקין משמע כופין לחלוק ע"כ מחמת שחוטפין אותן שאינן שלהם. מ"ר:
On tire au sort sur les choses saintes à Yom Tov : c'est étonnant, car il est dit au chapitre 2 de Kiddouchin (53a) qu'on ne partage pas des sacrifices contre des sacrifices, ni une minha contre une minha, et on le tire de : pour tous les fils d'Aharon ce sera, chacun comme son frère. De plus, on objecte là-bas à partir de : les gens réservés retirent leurs mains et les gloutons partagent ; que signifie partagent ? Ils arrachent, etc. Rabbi répond que le partage et le sort n'ont pas d'effet sur elles pour en faire son bien, de sorte qu'il puisse s'en servir pour consacrer une femme ou le réclamer devant les juges ; mais néanmoins on tirait au sort pour donner à chacun sa part, de peur qu'ils ne se querellent, comme il est écrit (Hochea 4) : et ton peuple est comme ceux qui querellent un cohen. Et là-bas on répond : partagent ne veut pas dire exactement (partager), mais arracher ; on n'a pas répondu ainsi (tirer au sort) parce que partagent implique : on les contraint à partager, parce qu'ils arrachent ce qui n'est pas à eux. M.R.
⚖️ Rosh (1)
מתני' מונה אדם אורחיו ופרפרותיו מפיו אבל לא מן הכתב. ומפיס עם בניו ועם בני ביתו על השלחן ובלבד שלא יתכוין לעשות מנה גדולה כנגד מנה קטנה משום קוביא. מטילין חלשים על הקדשים ביו"ט אבל לא על המנות:
Michna : un homme compte ses invités et ses mets de vive voix, mais pas à partir de l'écrit. Il tire au sort avec ses enfants et les gens de sa maison, à table, à condition qu'il n'ait pas l'intention de faire (jouer) une grande part contre une petite part, à cause du jeu de hasard (kouvia). On tire au sort sur les choses saintes à Yom Tov, mais pas sur les parts.
💡 Explication

Nouvelle Michna. Lire une liste écrite le Chabbat est interdit (la Guemara en donnera la raison). Le tirage au sort en famille est permis quand les parts sont égales ; avec des parts inégales il devient un jeu de hasard (kouvia), comme le précise le Roch. Entre cohanim, on tire au sort les kodachim à Yom Tov, mais pas les manot.

🖼️ Schéma
Michna : compter et tirer au sort le Chabbat et à Yom Tov Compter invités et mets de mémoire : permis sur un écrit : interdit Tirer au sort en famille parts égales : permis grande part contre petite : interdit Tirer au sort entre cohanim sur les kodachim : permis sur les parts (manot) : interdit
Ce que la Michna permet et interdit : compter, tirer au sort en famille, tirer au sort entre cohanim.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).