Sougya : La Michna interdit de lire le Chabbat, sur une liste รฉcrite, les noms de ses invitรฉs et les plats prรฉvus. Rav Bivi y voit un dรฉcret de peur qu'on n'efface un nom ; Abaye, de peur qu'on en vienne ร lire des documents profanes (chetarei hedyotot).
La Guemara cherche le cas oรน ils diffรจrent : mur en hauteur, mur en bas, tablette gravรฉe, et revient au mur en hauteur en รฉtablissant que la rรจgle de Rabba (ne pas distinguer selon la hauteur) est discutรฉe par des Tannaim, comme la discussion sur le miroir fixรฉ au mur. Suivent l'interdit de lire l'รฉcrit sous les images et de regarder une idole, puis le tirage au sort des portions entre convives pointilleux.
GUEMARA. Quelle en est la raison ?
Rav Bivi a dit : c'est un dรฉcret (gezera) de peur qu'il n'efface. Abaye a dit : c'est un dรฉcret de peur qu'il ne lise des documents profanes (chetarei hedyotot).
La Michna (148b) interdit de lire le Chabbat, ร partir de l'รฉcrit (min haketav), la liste des invitรฉs et des plats ; de mรฉmoire (mipiv), c'est permis. La Guemara cherche la raison de ce dรฉcret rabbinique (gezera).
Rav Bivi : de peur qu'il n'efface (chema yimhok) un nom, ce qui est une melakha. Abaye : de peur qu'il ne lise ensuite des chetarei hedyotot, documents profanes (achats, ventes, crรฉances), dont la lecture est interdite le Chabbat en vertu de 'mimetso heftsekha' (Yechayahou 58,13).
Le Roch tranche contre Rav Bivi et รฉlargit l'interdit aux lettres profanes, et, avec Rabbenou Yona, mรชme au simple regard.
Quelle (diffรฉrence y a-t-il) entre eux ? Il y a entre eux (le cas) oรน c'est รฉcrit sur un mur et placรฉ en hauteur : selon celui qui dit 'de peur qu'il n'efface', on ne craint pas ; selon celui qui dit 'de peur qu'il ne lise', on craint.
Premiรจre proposition de nafka mina (consรฉquence pratique) : une liste ร l'encre sur un mur, hors d'atteinte. Il ne peut pas effacer, donc Rav Bivi permet ; la crainte de lire des documents demeure, donc Abaye interdit.
Mais selon celui qui dit 'de peur qu'il n'efface', qu'on craigne (aussi) qu'il ne lise ! Et de plus, on ne craindrait pas 'de peur qu'il n'efface' ?
N'est-il pas enseignรฉ : on ne lit pas ร la lumiรจre de la lampe ; et Rabba a dit : mรชme (placรฉe) ร la hauteur de deux statures, mรชme ร la hauteur de deux aiguillons, mรชme (ร la hauteur de) dix maisons l'une sur l'autre, il ne lira pas.
Deux objections. 1) Rav Bivi devrait lui aussi craindre la lecture de documents profanes. 2) Rabba enseigne qu'on ne lit pas ร la lumiรจre d'une lampe (de peur de l'incliner pour aviver la flamme), mรชme placรฉe hors d'atteinte : les Sages n'ont pas distinguรฉ (lo plug). Par analogie, la liste en hauteur devrait รชtre interdite mรชme selon Rav Bivi.
Mais (plutรดt) il y a entre eux (le cas) oรน c'est รฉcrit sur un mur et placรฉ en bas : selon celui qui dit 'de peur qu'il n'efface', on craint ; selon celui qui dit 'de peur qu'il ne lise', on ne craint pas : un mur (gouda) ne se confond pas avec un document (chtara).
Deuxiรจme proposition. Nouvelle idรฉe : gouda bechtara lo mihlaf, un รฉcrit sur un mur ne ressemble pas ร un document, il n'entraรฎne donc pas ร lire des documents profanes. Abaye permet ; Rav Bivi interdit, car le mur bas est ร portรฉe de main.
Tossefot note que la prรฉcision 'en bas' semble superflue, puisque la rรจgle de Rabba rend la hauteur indiffรฉrente.
Mais selon celui qui dit 'de peur qu'il ne lise', qu'on craigne (aussi) qu'il n'efface ! Mais (plutรดt) il y a entre eux (le cas) oรน c'est gravรฉ sur une tablette ou sur un registre (pinkas) : selon celui qui dit 'de peur qu'il n'efface', on ne craint pas ; selon celui qui dit 'de peur qu'il ne lise', on craint.
Objection : Abaye ne peut pas ignorer le risque d'effacement. Troisiรจme proposition : une liste gravรฉe (hakik) sur une tablette ou un pinkas (tablette de marchand). L'effacement demande un effort ; le temps de s'y mettre, il se rappelle que c'est Chabbat (Rachi). Rav Bivi permet ; la tablette ressemble ร un document, donc Abaye interdit.
Mais selon celui qui dit 'de peur qu'il n'efface', qu'on craigne qu'il ne lise ! Et si tu dis : une tablette et un registre ne se confondent pas avec un document, n'est-il pas enseignรฉ : un homme compte combien (seront assis) ร l'intรฉrieur, combien ร l'extรฉrieur, et combien de portions il compte placer devant eux, ร partir d'un รฉcrit sur le mur, mais pas ร partir d'un รฉcrit sur une tablette ou un registre !
Rav Bivi devrait lui aussi craindre la lecture pour la tablette. On ne peut pas rรฉpondre qu'une tablette ne ressemble pas ร un document : une baraita distingue prรฉcisรฉment le mur (permis) de la tablette (interdite).
Comment (le cas) se prรฉsente-t-il ? Si l'on dit que c'est รฉcrit (ร l'encre), quelle diffรฉrence ici et quelle diffรฉrence lร ?
Mais n'est-ce pas (un cas) oรน c'est gravรฉ, et (la baraita) enseigne : ร partir d'un รฉcrit sur le mur, mais pas ร partir d'un รฉcrit sur une tablette ou un registre !
La baraita parle forcรฉment d'un รฉcrit gravรฉ : ร l'encre, le mur comme la tablette seraient interdits par peur d'effacer (Tossefot). Puisque la tablette gravรฉe reste interdite, la raison est la crainte de lire des documents : la tablette se confond avec un document. La troisiรจme proposition tombe donc aussi.
Mais (plutรดt) : en rรฉalitรฉ (il s'agit du cas) oรน c'est รฉcrit sur un mur et en hauteur ; et ce qui te posait difficultรฉ (ร partir de l'enseignement) de Rabba, (l'enseignement de) Rabba fait l'objet d'une discussion de Tannaim. Car il est enseignรฉ : un homme compte ses invitรฉs et ses friandises (parparot) de mรฉmoire (litt. de sa bouche), mais pas ร partir de l'รฉcrit.
Rabbi Aha permet (de lire) un รฉcrit qui est sur le mur.
Retour ร la premiรจre proposition : liste ร l'encre sur un mur en hauteur. L'objection tirรฉe de Rabba est levรฉe : sa rรจgle (ne pas distinguer selon la hauteur) fait l'objet d'une discussion de Tannaim. Les Rabbanan interdisent toute lecture de l'รฉcrit ; Rabbi Aha permet l'รฉcrit sur un mur.
Rachi : l'un des Tannaim applique le principe lo plug aux interdits rabbiniques du Chabbat, l'autre distingue selon le risque rรฉel. Tossefot discute longuement la maniรจre de rรฉpartir Rav Bivi et Abaye sur ces positions (explication de Rachi, puis celle de Rabbi Porat).
Comment (le cas) se prรฉsente-t-il ? Si l'on dit que c'est รฉcrit en bas, qu'on craigne qu'il n'efface !
Mais n'est-ce pas (un cas) oรน c'est รฉcrit en hauteur ; et dรฉduis-en que (la rรจgle de) Rabba fait l'objet d'une discussion de Tannaim. Dรฉduis-en (effectivement).
Rabbi Aha prรฉcise 'sur le mur' : si le mur รฉtait bas, le risque d'effacer serait le mรชme que sur une lettre, et la prรฉcision n'aurait pas de sens (Rachi). Il parle donc d'un mur en hauteur. Les Rabbanan, qui interdisent mรชme ce cas, suivent le principe de Rabba ; Rabbi Aha ne le suit pas. Conclusion : chema minah, la rรจgle de Rabba est discutรฉe par des Tannaim.
Et ces Tannaim sont comme ces (autres) Tannaim. Car il est enseignรฉ : on ne regarde pas dans un miroir le Chabbat.
Rabbi Meir permet (de regarder) dans un miroir fixรฉ au mur.
Mรชme structure dans une autre discussion : le Tanna anonyme interdit de se regarder dans un miroir le Chabbat, de peur qu'on ne coupe les poils qui dรฉpassent (gozez, une melakha). Rabbi Meir permet un miroir fixรฉ au mur.
Qu'y a-t-il de diffรฉrent (dans le cas du miroir) fixรฉ au mur ? Que, le temps (d'aller chercher un instrument), il se souvient.
(Pour un miroir) non fixรฉ aussi, le temps (d'aller chercher), il se souvient !
Difficultรฉ : si la raison de Rabbi Meir est que, le temps d'aller chercher des ciseaux, on se rappelle que c'est Chabbat (adehakhi vehakhi madkar), ce raisonnement vaut aussi pour un miroir mobile.
Ici, nous traitons d'un miroir de mรฉtal, et (c'est) conforme ร (l'enseignement de) Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh. Car Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : pourquoi a-t-on dit qu'un miroir de mรฉtal est interdit ?
Parce qu'on a l'habitude d'enlever avec lui les poils qui dรฉpassent.
Il s'agit d'un miroir de mรฉtal, dont le bord tranchant sert lui-mรชme ร couper les poils : aucun dรฉlai ne permet de se souvenir. Fixรฉ au mur, on ne peut pas s'en servir pour couper, donc Rabbi Meir permet. Le Tanna anonyme interdit malgrรฉ tout, comme Rabba. C'est le parallรจle avec Rabbi Aha et les Rabbanan.
Nos maรฎtres ont enseignรฉ : l'รฉcrit qui court sous une image et sous des portraits (deyokanaot), il est interdit de le lire le Chabbat. Et le portrait lui-mรชme, mรชme en semaine il est interdit de le regarder, car il est dit : 'Ne vous tournez pas vers les idoles (elilim)' (Vayikra 19,4).
Quel est l'enseignement (tirรฉ du verset) ? Rabbi Hanin a dit : ne faites pas se retirer (E-l) de votre esprit.
Une lรฉgende รฉcrite sous des peintures murales est interdite ร la lecture le Chabbat, selon la mรชme logique qu'Abaye : chema yikra bรฉchetarei hedyotot (Rachi).
Regarder une idole est interdit mรชme en semaine. Rabbi Hanin lit le verset 'al tifnou el ha-elilim' comme 'al tรฉfanou E-l' : ne faites pas sortir Hachem de votre esprit en regardant ces images. Tossefot limite l'interdit ร une image faite pour le culte ; une image dรฉcorative peut รชtre regardรฉe.
Le Ben Yehoyada explique 'de votre da'at' par la guematria : E-l (31) + mรฉteg (443) = da'at (474).
(Michna :) Un homme tire au sort avec ses fils, etc. Avec ses fils et les membres de sa maison, oui ; avec un autre, non.
Quelle en est la raison ? Conformรฉment ร (l'enseignement de) Rav Yehouda au nom de Chmouel.
Car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : des membres d'un groupe (bnei havoura) qui sont pointilleux les uns envers les autres transgressent (l'interdit) de la mesure, (celui) du poids et (celui) du compte, et (l'interdit) d'emprunter et de rembourser le Yom tov,
La Michna permet de tirer au sort (mefis) les portions avec ses enfants et sa maisonnรฉe. La Guemara en dรฉduit : pas avec un รฉtranger. Raison : Chmouel enseigne que des convives makpidin (pointilleux, qui ne se cรจdent rien) en viennent aux interdits de mida (mesure), michkal (poids), minyan (compte) et d'emprunt-remboursement le Yom tov, gestes proches du commerce (Rachi : dรฉcret de peur qu'on n'รฉcrive). La phrase se poursuit au 149b.
Tossefot propose deux lectures : soit leur pointillositรฉ fait de chaque geste un acte interdit, soit (explication retenue) ils sont proches d'en arriver aux interdits par habitude.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).