Sougya : La Guemara termine l'รฉtude de la mishna sur le tirage au sort ร table. Avec ses enfants et les gens de sa maison, le tirage est permis, mรชme pour une grande portion contre une petite, car tout appartient au pรจre ; avec d'autres, il est interdit (mesure, poids, compte, ribit selon Beit Hillel) et la grande portion contre la petite relรจve du kouvia, interdit mรชme en semaine.
Rabbi Yaakov, fils de la fille de Yaakov, prรฉcise que les kohanim ne tirent pas au sort le jour de fรชte les portions de la veille, puis enseigne que celui par qui son prochain est puni n'entre pas dans l'enceinte de Hachem ; la Guemara cherche la source du principe. Le mot 'halachim' de la mishna amรจne enfin une sรฉrie d'enseignements de Rav et de Rabbi Yo'hanan sur Nevoukhadnetsar.
Et selon les paroles de Beit Hillel, (ils transgressent) aussi (l'interdit) de ribit (intรฉrรชt).
Suite de la baraita : celui qui tire au sort des portions avec d'autres transgresse plusieurs interdits. Selon Beit Hillel, prรชter un pain contre un pain sans en fixer la valeur est interdit, car le prix peut monter et l'emprunteur rendrait plus qu'il n'a reรงu : c'est de la ribit (intรฉrรชt). Des portions รฉchangรฉes au hasard posent le mรชme problรจme.
S'il en est ainsi, (il devrait รชtre interdit de tirer au sort) aussi (avec) ses enfants et les gens de sa maison ! Ses enfants et les gens de sa maison, voici la raison : comme (l'enseignement de) Rav Yehouda au nom de Rav.
Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il est permis de prรชter ร ses enfants et aux gens de sa maison avec intรฉrรชt, afin de leur faire goรปter le goรปt de l'intรฉrรชt.
Les enfants et les gens de la maison sont somhim al choulhano (nourris ร sa table) : tout ce qu'ils mangent appartient au pรจre. Il n'y a donc ni vrai prรชt, ni vraie ribit. Le tirage sert ร rรฉpartir sans jalousie ; personne n'exige son dรป (kepida), d'oรน l'absence des interdits de mesure et de compte.
S'il en est ainsi, (il devrait รชtre permis de tirer) aussi une grande portion contre une petite portion !
Oui, il en est bien ainsi, et (la mishna) est lacunaire et enseigne ceci : un homme tire au sort avec ses enfants et les gens de sa maison ร table, mรชme une grande portion contre une petite portion. Quelle en est la raison ?
Comme (l'enseignement de) Rav Yehouda au nom de Rav. Avec ses enfants et les gens de sa maison, oui ; avec d'autres, non.
Quelle en est la raison ? Comme (l'enseignement de) Rav Yehouda au nom de Chmouel.
Une grande portion contre une petite portion, mรชme en semaine, c'est interdit avec d'autres. Quelle en est la raison ?
ร cause du kouvia (jeu de hasard).
La Guemara complรจte la mishna (hesourei mihasra). Trois rรจgles : (1) en famille, tout est permis, mรชme la grande portion contre la petite ; (2) avec d'autres, le tirage de portions รฉgales est interdit le Chabbat (mesure, poids, compte) ; (3) la grande contre la petite est interdite avec d'autres mรชme en semaine, car c'est du kouvia.
Rachi : le gain au jeu repose sur une asmakhta, un engagement pris en comptant sur un rรฉsultat favorable ; un tel engagement n'est pas ferme, et le gagnant prend ce qui n'est pas ร lui. Tossefot note que cette analyse suit une opinion que la halakha ne retient pas (Sanhรฉdrin 25a).
'On tire au sort (halachim) sur (les sacrifices), etc.' Que signifie 'mais pas sur les portions' ? Rabbi Yaakov, fils de la fille de Yaakov, a dit : mais pas sur les portions de semaine (chol) le jour de fรชte (Yom tov).
C'est รฉvident ! Tu aurais pu dire : puisqu'il est รฉcrit 'et ton peuple est comme ceux qui querellent le kohen' (Hochea 4,4), (on permet) mรชme les portions de semaine ; (la mishna) nous enseigne (qu'il n'en est rien).
La mishna permettait aux kohanim de tirer au sort le jour de fรชte les sacrifices du jour. Les chairs de sacrifices de la veille (chel chol) ne peuvent pas รชtre tirรฉes au sort le Yom tov. On aurait pu penser que, les kohanim รฉtant querelleurs (Hochea 4,4), on leur permettrait mรชme cela pour รฉviter les disputes ; la mishna prรฉcise que non.
Et Rabbi Yaakov, fils de la fille de Yaakov, a dit : quiconque par qui son prochain est puni, on ne le fait pas entrer dans l'enceinte (mehitsa) du Saint bรฉni soit-Il. D'oรน le savons-nous ?
Si l'on dit, parce qu'il est รฉcrit : 'Hachem dit : qui sรฉduira Ahav pour qu'il monte et tombe ร Ramot Guilad ? L'un dit ainsi, l'autre dit ainsi.
Et l'esprit (roua'h) sortit et se tint devant Hachem et dit : moi je le sรฉduirai, etc. Et il dit : je sortirai et je serai un esprit de mensonge dans la bouche de tous ses prophรจtes.
Et Il dit : tu le sรฉduiras et tu rรฉussiras ; sors et fais ainsi' (Rois I 22,20-22),
Nouveau principe : celui qui cause la punition d'autrui, mรชme ร bon droit, n'est pas admis dans la mehitsa (enceinte, proximitรฉ) de Hachem. La Guemara cherche un verset. Premiรจre tentative : l'รฉpisode d'Ahav et du prophรจte Mikhayhou (Rois I 22).
et nous avons dit : qu'est-ce que 'l'esprit' ? Rabbi Yo'hanan a dit : c'est l'esprit de Navot.
Et que (signifie) 'sors' ? Rav a dit : sors de Mon enceinte.
Mais peut-รชtre lร , voici la raison : car il est รฉcrit 'celui qui dit des mensonges ne se tiendra pas (devant Mes yeux)' (Tehilim 101,7) !
L'esprit est celui de Navot, tuรฉ par Ahav (Rois I 21), venu obtenir la punition de son meurtrier. 'Sors' signifie 'sors de Mon enceinte'. Rรฉfutation : l'esprit a รฉtรฉ รฉloignรฉ parce qu'il allait mentir, et non parce qu'il causait la punition d'Ahav.
Mais (on l'apprend) d'ici : 'Tu t'es rassasiรฉ de honte plus que d'honneur ; bois toi aussi et dรฉcouvre ton incirconcision (vehe-arel), etc.' (Habakouk 2,16). 'Tu t'es rassasiรฉ de honte plus que d'honneur' : c'est Nevoukhadnetsar. 'Bois toi aussi et dรฉcouvre ton incirconcision' : c'est Tsidkiyahou. (Rรฉfutation :) d'une part, tout le verset est รฉcrit ร propos de Nevoukhadnetsar.
Et de plus : Tsidkiyahou, le juste, que pouvait-il lui faire ? Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : au moment oรน ce mรฉchant voulut faire cela ร ce juste, etc.
Deuxiรจme tentative : Habakouk 2,16. 'Tu t'es rassasiรฉ de honte' viserait Nevoukhadnetsar, 'bois toi aussi' viserait Tsidkiyahou, qui serait puni pour avoir รฉtรฉ l'occasion de la punition de Nevoukhadnetsar. Deux rรฉfutations : le verset entier peut s'appliquer ร Nevoukhadnetsar ; et Tsidkiyahou รฉtait anous (contraint), on ne peut rien lui reprocher.
Mais (on l'apprend) d'ici : 'Punir aussi, pour le juste, n'est pas bien' (Michle 17,26) ; 'pas bien' n'est autre que le mal. Et il est รฉcrit : 'Car Tu n'es pas un D.ieu qui dรฉsire la mรฉchancetรฉ, le mal ne sรฉjourne pas auprรจs de Toi' (Tehilim 5,5) : Tu es juste, Hachem, et le mal ne sรฉjourne pas dans Ta demeure.
Source retenue, par un raisonnement en deux temps : (1) Michle qualifie de 'pas bien' le juste qui fait punir ; 'pas bien' รฉquivaut ร ra (mal) ; (2) Tehilim 5,5 : le ra ne sรฉjourne pas auprรจs de Hachem. Donc celui qui cause la punition d'autrui n'entre pas dans l'enceinte divine.
D'oรน dรฉduit-on que ce (mot) 'halachim' dรฉsigne le sort (pour) ? Car il est รฉcrit : 'Comment es-tu tombรฉ du ciel, astre brillant, fils de l'aurore, abattu ร terre, toi qui tirais au sort (holech) sur les nations, etc.' (Yechaya 14,12).
Rabba bar Rav Houna a dit : cela enseigne qu'il tirait au sort sur les grands du royaume pour savoir de qui c'รฉtait le jour de la relation masculine. Et il est รฉcrit : 'Tous les rois des nations, tous, etc.' (reposent dans l'honneur) (Yechaya 14,18) ; Rabbi Yo'hanan a dit : ils se reposรจrent de la relation masculine.
Retour ร la mishna : 'on tire au sort (halachim)'. Le mot vient de Yechaya 14,12, holech al goyim, dit du roi de Bavel. Rabba bar Rav Houna explique que Nevoukhadnetsar tirait au sort parmi les rois vaincus ; le verset 14,18 montre qu'ร sa mort ils furent dรฉlivrรฉs de cette humiliation.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : durant tous les jours de ce mรฉchant, on ne trouva pas de rire dans la bouche d'aucune crรฉature, ainsi qu'il est dit : 'Toute la terre est en repos, tranquille, ils รฉclatent en chants' (Yechaya 14,7) ; on en dรฉduit que jusque-lร il n'y avait pas de chant.
Et Rabbi Yitshak a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il est interdit de se tenir dans la maison de ce mรฉchant, ainsi qu'il est dit : 'et des dรฉmons (se'irim) y danseront' (Yechaya 13,21).
Rachi : le verset dรฉcrรจte que ce lieu sera habitรฉ par les se'irim ; la prรฉsence humaine ferait fuir les mazikin et contredirait ce dรฉcret.
Et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : au moment oรน ce mรฉchant voulut faire cela ร ce juste, son prรฉpuce s'allongea de trois cents coudรฉes et fit le tour de toute l'assemblรฉe (mesiba), ainsi qu'il est dit : 'Tu t'es rassasiรฉ de honte plus que d'honneur ; bois toi aussi et dรฉcouvre ton incirconcision (vehe-arel)' ; 'arel' vaut en guematria trois cents.
Enseignement annoncรฉ au segment 7. Le miracle a protรฉgรฉ Tsidkiyahou et couvert Nevoukhadnetsar de honte devant les rois prรฉsents. La guematria de 'arel' (ayin 70, resh 200, lamed 30) donne 300.
Et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : au moment oรน ce mรฉchant descendit au Guehinam, tous ceux qui รฉtaient descendus au Guehinam tremblรจrent. Ils dirent : vient-il pour rรฉgner sur eux, ou vient-il pour รชtre affaibli comme eux ?
Ainsi qu'il est dit : 'Toi aussi tu es devenu faible comme nous, tu es devenu semblable ร nous (elenou nimchalta)' (Yechaya 14,10). Une voix cรฉleste (bat kol) sortit et dit : 'Qui surpasses-tu en agrรฉment ?
Descends et couche-toi avec les incirconcis' (Ye'hezkel 32,19).
Double lecture de nimchalta : 'tu es devenu semblable' (mechal, comparaison) ou 'tu es venu rรฉgner' (memchala). La bat kol tranche : Nevoukhadnetsar n'a aucun privilรจge au Guehinam.
'Comment l'oppresseur a-t-il cessรฉ, ร cessรฉ (la citรฉ) madhรฉva !' (Yechaya 14,4). Rav Yehouda a dit au nom de Rav : elle a cessรฉ, cette nation qui disait :
Le mot rare madhรฉva sera expliquรฉ au daf suivant (150a), par un jeu sur les lettres : 'mesure et apporte' (mod ve-hava).
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).