Sougya : L'amud achรจve l'aggada sur Nevoukhadnetsar, puis ouvre la Michna du dernier chapitre des rรจgles de la parole le Chabbat : on n'engage pas d'ouvriers, on ne demande pas ร un autre de le faire, et on ne s'attarde pas ร la limite du tehoum pour une chose interdite ร dire. La Guemara รฉtablit, avec R.
Yehochoua ben Korha, que la parole (dibour) est interdite et la pensรฉe (hirhour) permise, confronte ce principe aux lois de la Torah dans un lieu impur, puis montre que les affaires de mitsva (heftsei chamayim) sont permises ร la parole. Elle termine sur les calculs permis et interdits.
(... la nation qui disait :) 'Mesure et apporte.' Et certains disent : (la nation) qui disait : 'Apporte beaucoup, beaucoup, sans mesure.'
Fin de l'aggada commencรฉe au 149b sur le verset d'Isaie 14,4 (chavat madhรฉva) : la citรฉ de Nevoukhadnetsar a cessรฉ. Le mot rare madhรฉva est lu comme meded ve-havรฉ : 'mesure et apporte', soit l'exigence de tributs en or (Rachi), ou 'apporte sans mesure'.
Le Ben Yehoyada propose une autre lecture : 'mesure' renvoie ร la muraille de Jรฉrusalem que Nevouzaradan mesurait chaque jour, signe que la ville lui รฉtait livrรฉe.
'Et une grandeur supplรฉmentaire m'a รฉtรฉ ajoutรฉe' (Daniel 4,33) : Rav Yehouda a dit au nom de Rav Yirmeya bar Abba : cela enseigne qu'il chevauchait un lion mรขle et attachait un serpent (tanin) ร sa tรชte, pour accomplir ce qui est dit : 'Et mรชme les bรชtes des champs, Je les lui ai donnรฉes pour le servir' (Jรฉrรฉmie 27,6).
Derniรจre piรจce de l'aggada : la 'grandeur ajoutรฉe' que Nevoukhadnetsar revendique aprรจs ses sept annรฉes de folie est sa domination sur les bรชtes sauvages, qui accomplit Jรฉrรฉmie 27,6.
MICHNA. On n'engagera pas d'ouvriers le Chabbat.
Et on ne dira pas ร son prochain de nous engager des ouvriers. On ne s'attarde pas jusqu'ร la tombรฉe de la nuit ร la limite du tehoum (la limite de dรฉplacement du Chabbat) pour engager des ouvriers ou rapporter des fruits ; mais on peut s'y attarder jusqu'ร la nuit pour garder (ses fruits), et il rapporte des fruits dans sa main.
Abba Chaoul a รฉnoncรฉ une rรจgle gรฉnรฉrale : tout ce que j'ai le droit de dire, j'ai le droit de m'attarder jusqu'ร la nuit ร son sujet.
Ouverture du chapitre Mahchikhin (le dernier de Chabbat, 23e). Trois interdits : engager des ouvriers, le demander ร un autre, et la hahchakha : aller le Chabbat jusqu'au bord du tehoum (2000 coudรฉes) pour y attendre la nuit et partir aussitรดt faire une chose interdite le Chabbat.
La source est Isaie 58,13 (mimetso hefetskha). Garder ses fruits est permis le Chabbat dans son tehoum, donc on peut attendre la nuit pour cela ; les fruits rapportรฉs au passage sont permis car ils n'รฉtaient pas le but (Rachi). Abba Chaoul gรฉnรฉralise : on peut attendre la nuit pour tout ce qu'on peut dire le Chabbat.
GUEMARA. C'est รฉvident !
Quelle diffรฉrence entre lui et son prochain ? Rav Papa a dit : 'son prochain' dรฉsigne un non-Juif.
Rav Achi objecte : dire ร un non-Juif (de faire un travail) est un chevout (interdit rabbinique) !
La Guemara s'รฉtonne de la redondance : si moi je ne peux pas engager, un autre Juif non plus. Rav Papa propose que 'son prochain' soit un non-Juif. Rav Achi rejette : amira le-nokhri (demander ร un non-Juif) est dรฉjร un chevout connu ; la Michna n'avait pas besoin de l'enseigner.
Rav Achi a donc dit : tu peux mรชme dire que 'son prochain' est un Juif ; (la Michna) vient nous apprendre ceci : on ne dira pas ร son prochain : 'Engage-moi des ouvriers', mais on peut dire ร son prochain : 'Crois-tu que tu seras avec moi ce soir ?' Et de qui est notre Michna ? De R.
Yehochoua ben Korha, car il est enseignรฉ (dans une baraita) : on ne dira pas ร son prochain : 'Crois-tu que tu seras avec moi ce soir ?' R. Yehochoua ben Korha dit : on peut dire ร son prochain : 'Crois-tu que tu seras avec moi ce soir ?'
Rav Achi lit la Michna par sa prรฉcision : c'est la demande explicite qui est interdite. Une allusion ('crois-tu que tu seras avec moi ce soir ?') reste permise, mรชme si les deux comprennent qu'il s'agit d'une embauche. C'est la position de R. Yehochoua ben Korha, contre le Tanna kamma de la baraita.
Tossefot discute l'identitรฉ de Korha : Rabbenou Tam refuse d'y voir R. Akiva, pour des raisons de respect et de chronologie.
Rabba bar bar Hana a dit au nom de R. Yo'hanan : la halakha est selon R.
Yehochoua ben Korha. Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de R.
Yo'hanan : quelle est la raison de R. Yehochoua ben Korha ?
Car il est รฉcrit : 'En ne trouvant pas ton affaire et en ne disant pas de parole' (Isaie 58,13) : la parole (dibour) est interdite, la pensรฉe (hirhour) est permise.
Le verset vise ve-daber davar : c'est l'acte de parler qui est interdit. Penser ร ses affaires (hirhour) est permis. L'allusion, qui n'รฉnonce pas l'affaire, reste du cรดtรฉ permis.
Rav Aha bar Rav Houna a opposรฉ ร Rava : R. Yo'hanan a-t-il dit : 'la parole est interdite, la pensรฉe est permise' ?
Il en ressort que la pensรฉe n'est pas comme la parole. Or Rabba bar bar Hana a dit au nom de R.
Yo'hanan : en tout lieu il est permis de penser (aux paroles de Torah), sauf au bain et aux toilettes ! Lร -bas c'est diffรฉrent, car il faut (accomplir) 'et ton camp sera saint' (Devarim 23,15), et cela n'est pas le cas.
Contradiction : pour la Torah dans un lieu impur, R. Yo'hanan interdit mรชme la pensรฉe, donc la pensรฉe vaudrait la parole. Rรฉponse : la Torah a une exigence spรฉcifique, ve-haya mahanekha kadoch, qui porte sur la saintetรฉ du lieu ; elle n'est pas liรฉe ร la parole.
Ici aussi il est รฉcrit : 'Et qu'Il ne voie pas en toi une nuditรฉ de chose (ervat davar)' ? Ce verset est nรฉcessaire pour (l'enseignement) de Rav Yehouda, car Rav Yehouda a dit : face ร un non-Juif nu, il est interdit de lire le Chema.
Objection : le mรชme passage dit ervat davar ; 'davar' รฉvoque la parole, donc seule la parole de Torah serait visรฉe dans un lieu indรฉcent. Rรฉponse : ce membre de phrase enseigne une autre loi, celle de Rav Yehouda : ne pas lire le Chema face ร une nuditรฉ. Lร , c'est bien la lecture (parole) qui est interdite.
Pourquoi parler prรฉcisรฉment d'un non-Juif ? Mรชme un Juif aussi !
Il le dit sur le mode 'il n'est pas besoin' : il n'est pas besoin (de dire) qu'un Juif est interdit ; mais un non-Juif, puisqu'il est รฉcrit ร son sujet : 'dont la chair est une chair d'รขnes' (Ezechiel 23,20), je dirais que c'est permis ; (Rav Yehouda) nous apprend (que non).
Disons qu'il en est bien ainsi ! Le verset dit : 'Et la nuditรฉ de leur pรจre, ils ne l'ont pas vue' (Berechit 9,23).
Le verset emploie le mot erva pour Noah, qui n'รฉtait pas juif : le corps d'un ben Noah est donc une nuditรฉ au sens de la halakha.
Et la parole est-elle interdite ? Or Rav Hisda et Rav Hamnouna disent tous deux : les calculs de mitsva, il est permis de les calculer le Chabbat.
Et R. Elazar a dit : on fixe la tsedaka pour les pauvres le Chabbat.
Et R. Yaakov bar Idi a dit au nom de R.
Yo'hanan : on s'occupe de pikouah nefech (sauver une vie) et de pikouah rabbim (affaires de la collectivitรฉ) le Chabbat, et on va aux synagogues pour s'occuper des affaires de la collectivitรฉ le Chabbat.
Nouvelle question : si le verset interdit la parole, comment permet-on tant d'activitรฉs de parole le Chabbat ? Calculs de mitsva, fixer la tsedaka, s'occuper de pikouah nefech et des affaires publiques. Selon Tossefot, la question suppose qu'un interdit de la Torah serait en jeu.
Et R. Chmouel bar Nahmani a dit au nom de R.
Yo'hanan : on va dans les thรฉรขtres, les cirques et les basiliques pour s'occuper des affaires de la collectivitรฉ le Chabbat. Et il a รฉtรฉ enseignรฉ dans l'รฉcole de Menachรฉ : on fait des arrangements pour fiancer des enfants le Chabbat, et pour un enfant, pour lui apprendre le livre (la lecture) et lui apprendre un mรฉtier !
Le verset dit : 'En ne trouvant pas ton affaire (hefetskha) et en ne disant pas de parole' : tes affaires sont interdites, les affaires du Ciel (heftsei chamayim) sont permises.
Rรฉponse : le verset dit hefetskha, 'ton affaire'. Le Chabbat interdit de parler de ses affaires privรฉes ; les heftsei chamayim (affaires du Ciel : mitsvot, collectivitรฉ, รฉducation, mariage) restent permises ร la parole. Apprendre un mรฉtier ร son enfant est comptรฉ comme mitsva (Rachi).
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : les calculs 'mallakh' (que t'importe) et 'ma bekhakh' (quelle importance), il est permis de les calculer le Chabbat. Il a รฉtรฉ enseignรฉ de mรชme : les calculs de ce qui est passรฉ et de ce qui doit arriver, il est interdit de les calculer.
(Ceux) 'mallakh'...
Deux catรฉgories permises : mallakh (Rachi : calcul qui ne te concerne pas) et ma bekhakh (calcul sans consรฉquence pratique). Les calculs utiles, sur le passรฉ ou l'avenir, sont interdits : ils relรจvent de tes affaires. La phrase se poursuit au 150b.
Le Roch rapporte la suite de la sougya : un calcul du passรฉ est interdit tant qu'il reste des salaires ร payer (calcul encore utile), permis sinon.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).