Sougya : Le folio achève la question de l'ordre des deux décrets sur les mains : on a d'abord décrété sur les mains qui touchent un Sefer Tora, puis sur toutes les mains. La guemara reprend ensuite la liste des décrets de la michna.
Le tevoul yom est retiré du compte des dix-huit choses, car il invalide la terouma de par la Tora. Les aliments rendus impurs par des liquides visent des liquides devenus impurs par les mains ; les ustensiles rendus impurs par des liquides visent des liquides devenus impurs par un cheretz.
Enfin, la guemara demande qui a décrété l'impureté des mains : les disciples de Chammai et Hillel, Chammai et Hillel eux-mêmes, ou déjà le roi Chlomo ? Réponse partielle : Chammai et Hillel ont décrété sans être suivis, leurs disciples ont décrété et ont été suivis.
La réponse sur Chlomo se poursuit au folio 15a.
Puisqu'on a décrété celui-ci (les mains en général) en premier, à quoi bon encore celui-là (les mains qui ont touché un Sefer Tora) ? C'est donc celui-là qu'on a décrété en premier, et ensuite on a décrété sur toutes les mains.
Fin de la question ouverte en 14a : lequel des deux décrets sur les mains est venu en premier ? Si le décret sur toutes les mains était premier, celui sur les mains qui ont touché un Sefer Tora n'ajouterait rien, puisque ces mains sont déjà comprises dans le premier. L'ordre est donc : d'abord le Sefer Tora, ensuite toutes les mains.
Rachi et Tossefot précisent une différence : pour des mains ordinaires, celui qui vient de se laver les mains et n'a pas détourné son attention reste pur ; pour les mains qui touchent le Sefer, le décret s'applique même juste après l'ablution. Tossefot explique qu'on n'aurait pas pris un décret spécial pour ce cas rare.
Et le tevoul yom (celui qui s'est trempé au mikve le jour même, avant le coucher du soleil) ? Le tevoul yom (invalide la terouma) de par la Tora, car il est écrit : « et le soleil se couche et il est pur » !
Retiré d'ici le tevoul yom.
Le tevoul yom est celui qui s'est trempé au mikve mais attend encore le coucher du soleil pour être complètement pur. La Tora dit déjà qu'il ne peut manger de terouma qu'après le coucher du soleil, et Rachi montre qu'il l'invalide aussi par simple contact. Un décret rabbinique serait donc inutile.
La guemara conclut : sami mi-kan, « retire d'ici ». Selon Tossefot, le texte de la michna reste en place ; on retire seulement le tevoul yom du compte des dix-huit choses décrétées ce jour-là.
Et les aliments devenus impurs par des liquides : par des liquides de quoi ? Si l'on dit par des liquides devenus impurs à cause d'un cheretz (reptile impur), ils sont (impurs) de par la Tora, car il est écrit : « et tout liquide qui se boit (dans tout récipient sera impur) ».
C'est donc par des liquides devenus impurs à cause des mains, et c'est un décret à cause des liquides devenus impurs à cause d'un cheretz.
Rappel des degrés d'impureté : l'av ha-tou'ma (source, ici le cheretz) rend rishon (1er degré) ce qu'il touche ; le rishon rend cheni (2e degré) ; un cheni rend la terouma chelichi, c'est-à-dire passoul (invalide).
Un liquide touché par un cheretz est rishon de par la Tora ; l'aliment qu'il touche devient cheni et invalide la terouma. Il n'y a donc rien à décréter. La michna parle d'un liquide touché par des mains non lavées, qui ne sont que cheni par décret. Les Sages ont décrété que ce liquide devient tehila (rishon), de peur qu'on le confonde avec le liquide touché par un cheretz.
Rachi explique pourquoi cette sévérité vise les liquides et pas les aliments : les liquides reçoivent l'impureté sans hekhcher (préparation par contact avec l'eau), les aliments en ont besoin.
Et les ustensiles devenus impurs par des liquides : des ustensiles devenus impurs par des liquides de quoi ? Si l'on dit par des liquides du zav (homme atteint d'écoulement), ils sont (impurs) de par la Tora, car il est écrit : « et si le zav crache sur un (homme) pur » — ce qui est dans la main de l'homme pur, je te l'ai déclaré impur.
C'est donc par des liquides devenus impurs à cause d'un cheretz, et c'est un décret à cause des liquides du zav.
Principe de base : de par la Tora, un ustensile (keli) ne devient impur qu'au contact d'un av ha-tou'ma. Les liquides qui sortent du zav (salive, urine) sont eux-mêmes av ha-tou'ma : ils rendent l'ustensile impur de par la Tora.
Un liquide touché par un cheretz n'est que rishon ; de par la Tora il ne rend pas un ustensile impur. Les Sages ont décrété qu'il le rende impur pour la terouma, à cause de sa ressemblance avec les liquides du zav. Tossefot ajoute que la guemara a choisi cet exemple pour montrer que même un liquide impur de par la Tora n'atteint l'ustensile que par décret.
Et les mains : ce sont les disciples de Chammai et Hillel qui ont décrété ? Ce sont Chammai et Hillel (eux-mêmes) qui ont décrété !
Car il est enseigné (dans une baraita) : Yossi ben Yoezer de Tsereda et Yossi ben Yo'hanan de Jérusalem ont décrété l'impureté sur la terre des nations et sur les ustensiles de verre. Chimon ben Chetah a institué la ketouba pour la femme et a décrété l'impureté sur les ustensiles de métal.
Chammai et Hillel ont décrété l'impureté sur les mains !
La michna (13b) attribue le décret sur les mains aux disciples de Chammai et Hillel, le jour des dix-huit choses. Une baraita énumère les décrets des Zougot (paires de maîtres successifs) et attribue le décret sur les mains à Chammai et Hillel eux-mêmes. Il faut concilier les deux sources.
Tossefot : on ne peut pas répondre que Chammai et Hillel ont décrété seulement sur les mains qui touchent le Sefer, car la baraita parle des mains sans restriction.
Et si tu dis (qu'il s'agit de) Chammai et son groupe et Hillel et son groupe, Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Chmouel : ils ont décrété dix-huit choses, et sur (ces) dix-huit ils étaient en désaccord ; alors que Hillel et Chammai n'ont été en désaccord qu'en trois endroits, car Rav Houna a dit : en trois endroits ils ont été en désaccord, et pas plus. Et si tu dis : eux sont venus et ont décrété de (laisser la terouma) en suspens, et leurs disciples sont venus et ont décrété de (la) brûler, Ilfa n'a-t-il pas dit : les mains, des le début de leur décret, (c'était) pour brûler !
C'est donc : eux sont venus et ont décrété, et on ne l'a pas accepté d'eux ; leurs disciples sont venus, ont décrété, et on l'a accepté d'eux.
La guemara essaie deux conciliations et les rejette :
1. Chammai et Hillel avec leurs groupes étaient présents le jour des dix-huit choses. Rejeté : les dix-huit choses ont fait l'objet d'une controverse, or Chammai et Hillel eux-mêmes n'ont été en désaccord qu'en trois endroits.
2. Deux niveaux de décret : Chammai et Hillel auraient décrété que la terouma touchée par des mains reste en suspens (teloua : ni mangée ni brûlée), les disciples qu'elle soit brûlée. Rejeté par Ilfa : dès le début, le décret imposait de la brûler.
Conclusion : le même décret a été pris deux fois. Chammai et Hillel l'ont promulgué sans que le peuple l'accepte ; leurs disciples l'ont renouvelé et il a été accepté.
Et encore : c'est Chlomo (le roi Salomon) qui a décrété ! Car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : au moment où Chlomo a institué les erouvin et l'ablution des mains (netilat yadayim), une voix céleste (bat kol) est sortie et a dit : « Mon fils, si ton cœur est sage, mon cœur à moi aussi se réjouira » ; « Sois sage, mon fils, et réjouis mon cœur, et je pourrai répondre à qui m'outrage ». — Il est venu
Nouvelle difficulté : le décret sur les mains remonte déjà au roi Chlomo, qui a institué les erouvin et la netilat yadayim. Rachi rattache ces institutions au verset « il écouta (ve-izen) » : Chlomo a donné des « anses » (oznayim) à la Tora, des barrières qui éloignent de l'interdit.
Le folio s'arrête sur le mot « Il est venu ». La réponse se lit en 15a : Chlomo a décrété pour les kodachim (choses consacrées), puis Chammai et Hillel ont étendu le décret à la terouma.
Le Ben Yehoyada demande pourquoi la bat kol n'a loué Chlomo qu'après la netilat yadayim. Les erouvin allègent le Chabbat et pouvaient passer pour une commodité personnelle ; la netilat yadayim est une charge. Elle montre que ses institutions étaient faites pour le Ciel, et justifie aussi les erouvin.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).