Shabbat 15a — Les trois controverses de Chammai et Hillel, et la date du décret sur la terre des peuples

Shabbat 15a

Sougya : Le folio conclut la discussion sur l'impureté des mains : Chelomo l'avait décrétée pour les kodachim (choses consacrées), et les disciples de Chammai et Hillel l'ont étendue à la terouma. La guemara revient ensuite sur deux enseignements cités plus haut.

Chmouel : ce jour-là on a décrété dix-huit mesures et on a été en désaccord, le lendemain on s'est accordé. Rav Houna : Chammai et Hillel n'ont été en désaccord qu'en trois endroits (la mesure de pâte soumise à la halla, la quantité d'eau puisée qui invalide le mikve, le temps d'impureté rétroactive d'une femme qui voit du sang) ; la guemara écarte la semikha et le cas de celui qui vendange pour le pressoir.

Enfin, elle s'interroge sur l'attribution du décret sur la terre des peuples et les ustensiles de verre à Yossi ben Yoezer et Yossi ben Yo'hanan, alors qu'une tradition de Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi le date de quatre-vingts ans avant la destruction du Temple.

Rav Houna : les trois controverses de Chammai et Hillel Sujet Chammai Hillel Hakhamim (halakha) 1. Halla pâte soumise 1 kav 2 kav 1 kav et demi puis 5 quarts (mesure agrandie) R. Yossi : 5 quarts et un peu plus 2. Mikve eau puisée qui invalide 9 kav un hin plein (12 log) 3 log témoignage des deux tisserands au nom de Chemaya et Avtalyon 3. Nidda impureté rétroactive dayyan chaatan aucune : des le moment vu depuis la dernière vérification le plus court des deux : 24 heures ou depuis la vérification Dans les trois cas, les Sages disent : ni comme l'un, ni comme l'autre.
Les trois controverses retenues par Rav Houna, et la position des Sages qui fait halakha.
Qui a décrété l'impureté de la terre des peuples ? Le problème de chronologie Yossi ben Yoézer Yossi ben Yo'hanan première paire (zougot) bien avant Hillel -180 ans Rome s'étend sur Israël Hillel, Chimon, Gamliel, Chimon : 100 ans de nessiout -100 ans -80 ans décret : terre des peuples, ustensiles de verre -40 ans le Sanhédrin quitte la lichkat hagazit Hourban Si le décret date de -80 ans, il est postérieur au début de Hillel (-100) : comment l'attribuer aux deux Yossi, antérieurs de plusieurs générations ? (suite en 15b)
Chronologie selon la tradition de Rabbi Yossi : le décret sur la terre des peuples date de quatre-vingts ans avant la destruction, après le début de la dynastie de Hillel.
1
שְׁלֹמֹה גָּזַר לְקָדָשִׁים, וַאֲתוֹ אִינְהוּ וּגְזוּר אַף לִתְרוּמָה.

Chelomo a décrété (l'impureté des mains) pour les kodachim (choses consacrées), et eux (les disciples de Chammai et Hillel) sont venus et ont décrété aussi pour la terouma.

🗂️ Tossefot (2)
אֶלָּא שְׁלֹמֹה גָּזַר לְקָדָשִׁים תֵּימַהּ דִּבְפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף יט: וְשָׁם) קָאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא זָכִינוּ שֶׁאֵין טֻומְאַת יָדַיִם בַּמִּקְדָּשׁ וּפָרִיךְ וְלֵימָא שֶׁאֵין טֻומְאַת יָדַיִם וְכֵלִים בַּמִּקְדָּשׁ וּמְשַׁנֵּי רַב יְהוּדָה יָדַיִם קֹודֶם גְּזֵירַת כֵּלִים נִשְׁנֵית א"ל רַבָּה וְהָא תַּרְוַייְהוּ בּוֹ בַּיּוֹם גָּזְרוּ דִּתְנַן הַסֵּפֶר וְהַיָּדַיִם וְהַכֵּלִים כו' וְהַשְׁתָּא מַאי קָפָרֵיךְ רַבָּה וְהָא יָדַיִם דְּקֹדֶשׁ דְּמַייְרֵי הָתָם שְׁלֹמֹה גָּזַר וְכֵלִים גָּזְרוּ בי"ח דָּבָר וְיֵשׁ לוֹמַר דר"ע אי"ח דָּבָר קָאֵי שֶׁהָיָה מֵחָדָשׁ וה"ק זָכִינוּ שֶׁכְּשֶׁעָסְקוּ בי"ח דָּבָר בְּדִינֵי יָדַיִם שֶׁלֹּא רָצוּ לִגְזֹור טֻומְאַת יָדַיִם בַּמִּקְדָּשׁ וְרַב יְהוּדָה דִּשְׁנֵי יָדַיִם קֹודֶם גְּזֵרַת כֵּלִים נִשְׁנֵית דְּהַייְנוּ בִּימֵי שְׁלֹמֹה וּלְהָכֵי לָא נְקַט ר"ע אֶלָּא יָדַיִם מִשּׁוּם דִּלְעוֹלָם הָוֵי זֶה זְכוּת בַּמִּקְדָּשׁ אֲפִילּוּ בִּימֵי שְׁלֹמֹה אֲפִילּוּ הָכֵי חוֹזֵר וּמַקְשֶׁה לוֹ רַבָּה וְהָא תַּרְוַוייְהוּ כו' מִשּׁוּם דְּלָא מַשְׁמַע לֵיהּ לִישָּׁנָא הָכִי:
Mais Chelomo a décrété pour les kodachim : c'est étonnant. Au premier chapitre de Pessahim (19b), Rabbi Akiva dit : « Nous avons mérité qu'il n'y ait pas d'impureté des mains dans le Sanctuaire », et (la guemara) objecte : qu'il dise « qu'il n'y ait pas d'impureté des mains et des ustensiles dans le Sanctuaire » ! Rav Yehouda répond : (le cas des) mains a été enseigné avant le décret des ustensiles. Rabba lui dit : mais les deux ont été décrétés le même jour, comme nous l'avons appris : « le livre, les mains et les ustensiles », etc. Or maintenant, qu'objecte Rabba ? Les mains pour les kodachim, dont il est question là-bas, c'est Chelomo qui les a décrétées, alors que les ustensiles ont été décrétés dans les dix-huit mesures ! On peut répondre : Rabbi Akiva se réfère aux dix-huit mesures, qui étaient une nouveauté, et voici ce qu'il dit : nous avons mérité que, lorsqu'ils se sont occupés des lois des mains dans les dix-huit mesures, ils n'aient pas voulu décréter l'impureté des mains dans le Sanctuaire. Et Rav Yehouda, qui répond que les mains ont été enseignées avant le décret des ustensiles, (veut dire) aux jours de Chelomo ; c'est pourquoi Rabbi Akiva n'a mentionné que les mains, parce que cela a toujours été un mérite pour le Sanctuaire, même aux jours de Chelomo. Malgré cela, Rabba revient lui objecter « mais les deux, etc. », parce que la formulation ne lui semble pas avoir ce sens.
שְׁלֹמֹה גָּזַר כו' וְהַשְׁתָּא לָא הָוֵי צָרִיךְ לְשַׁנּוֹיֵי דְּאִינְהוּ גְּזוּר וְלָא קַבִּלוּ מִינַּייְהוּ אֶלָּא אִינְהוּ גְּזוּר לִתְלוֹת כו' וְאִילְפָא קָאָמַר דְּיָדַיִם דִּגְזוּר שְׁלֵמָה תְּחִלָּתָן לִשְׂרֵיפָה אֶלָּא מַשְׁמַע לֵיהּ דְּקָאֵי אִילְפָא אי"ח דָּבָר [ת"י]:
Chelomo a décrété, etc. : maintenant, on n'aurait pas eu besoin de répondre qu'ils ont décrété et qu'on ne l'a pas accepté d'eux, mais qu'ils ont décrété pour laisser (la terouma) en suspens, etc. Et Ilfa dit que les mains que Chelomo a décrétées (rendaient la terouma) au départ (passible) de brûlage ? Mais il lui semble qu'Ilfa se réfère aux dix-huit mesures [Tossefot Yechanim].
💡 Explication

Conclusion de la discussion du folio 14b : il y a deux strates dans le décret sur les mains. Chelomo l'a institué pour les kodachim (sacrifices et choses consacrées) ; les disciples de Chammai et Hillel l'ont étendu à la terouma. Les deux attributions ne se contredisent donc pas.

Tossefot confronte cette réponse à la discussion de Pessahim 19b, où Rabba suppose que les mains et les ustensiles ont été décrétés le même jour, et propose que Rabbi Akiva y parle des dix-huit mesures.

2
גּוּפָא, אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: שְׁמֹנָה עָשָׂר גָּזְרוּ וּבִשְׁמֹנָה עָשָׂר נֶחְלְקוּ. וְהָתַנְיָא הֻושְׁווּ! בּוֹ בַּיּוֹם נֶחְלְקוּ, וּלְמָחָר הֻושְׁווּ.

Revenons au sujet (goufa) : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : ils ont décrété dix-huit (choses), et sur dix-huit ils ont été en désaccord. Mais il est enseigné (dans une baraita) : ils se sont accordés !

Ce jour-là ils ont été en désaccord, et le lendemain ils se sont accordés.

📜 Rachi (1)
וּלְמָחָר הֻושְׁווּ שֶׁחָזְרוּ בָּהֶן ב"ה:
Et le lendemain ils se sont accordés : car Beit Hillel sont revenus sur leur position.
💡 Explication

La guemara reprend (goufa, « le sujet lui-même ») l'enseignement de Chmouel cité plus haut. Deux sources semblent se contredire : l'une dit que les maîtres étaient en désaccord (nehlekou) sur les dix-huit mesures, l'autre qu'ils se sont accordés (houchvou). Réponse : il s'agit de deux moments. Le jour du vote il y avait désaccord ; le lendemain, selon Rachi, Beit Hillel se sont rangés.

3
גּוּפָא, אָמַר רַב הוּנָא: בִּשְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת נֶחְלְקוּ שַׁמַּאי וְהִלֵּל. שַׁמַּאי אוֹמֵר: מִקַּב חַלָּה. וְהִלֵּל אוֹמֵר: מִקַּבַּיִים. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: לֹא כְּדִבְרֵי זֶה וְלֹא כְּדִבְרֵי זֶה, אֶלָּא קַב וּמֶחֱצָה חַיָּיב בַּחַלָּה. מִשֶּׁהִגְדִּילוּ הַמִּדּוֹת, אָמְרוּ חֲמֵשֶׁת רְבָעִים קֶמַח חַייָּבִין בַּחַלָּה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: חֲמִשָּׁה פְּטוּרִין, חֲמִשָּׁה וְעוֹד חַיָּיבִין.

Revenons au sujet : Rav Houna a dit : en trois endroits Chammai et Hillel ont été en désaccord. Chammai dit : à partir d'un kav, (on est soumis à) la halla.

Et Hillel dit : à partir de deux kav. Et les Sages disent : ni selon les paroles de celui-ci, ni selon les paroles de celui-là, mais un kav et demi est soumis à la halla.

Lorsque les mesures furent agrandies, ils dirent : cinq quarts de farine sont soumis à la halla. Rabbi Yossi dit : cinq, exemptés ; cinq et un peu plus (vaod), soumis.

📜 Rachi (4)
קַב וּמֶחֱצָה יְרוּשַׁלְמִי' שֶׁהֵן ז' לֻוגִּין וּבֵיצָה וְחֹומֶשׁ בֵּיצָה לְמִדָּה מִדְבָּרִית וְהוּא עֹומֶר לַגֻּלְגֹּולֶת עֲשִׂירִית הָאֵיפָה שֶׁחַייָּב בְּחַלָּה כְּדִכְתִיב עֲרִיסוֹתֵיכֶם כְּדֵי עִיסַּת מִדְבָּר וְהוֹסִיפוּ שְׁתוּת בִּירוּשָׁלַיִם נִמְצָא שֵׁשׁ מִדְבָּרִיּוֹת נִכְנָסוֹת בְּחָמֵשׁ יְרוּשַׁלְמִיּוֹת וְלֹוג הַנִּשְׁאָר וּבֵיצָה וְחֹומֶשׁ בֵּיצָה עוֹלִין לְלוֹג יְרוּשַׁלְמִי שֶׁהַלּוֹג מִדְבָּרִי שִׁשָּׁה בֵּיצִים נִכְנָסִין בַּחֲמִשָּׁה בֵּיצִים גְּדוֹלִים נִמְצָא הַלֹּוג חָסֵר בֵּיצָה גְּדוֹלָה תֵּן בֵּיצָה וְחֹומֶשׁ בֵּיצָה תַּחַת בֵּיצָה גְּדוֹלָה שֶׁהַחֹומֶשׁ הוּא שְׁתוּת מִלְּבַר [נוֹסָף] עַל הַבֵּיצָה נִמְצְאוּ שִׁשָּׁה בֵּיצִים גְּדוֹלִים שֶׁהֵן לוֹג גָּדוֹל הֲרֵי הֵן שִׁשָּׁה לֻוגִּים יְרוּשַׁלְמִי' דְּהֵן קַב וּמֶחֱצָה:
Un kav et demi : (en mesures) de Jérusalem, qui font sept log, un œuf et un cinquième d'œuf en mesure du désert. C'est l'omer par tête, le dixième d'epha, qui est soumis à la halla, comme il est écrit « vos pâtes » (arissotekhem) : la mesure de la pâte du désert. On a ajouté un sixième à Jérusalem : il se trouve que six (log) du désert entrent dans cinq de Jérusalem, et le log restant, avec l'œuf et le cinquième d'œuf, fait un log de Jérusalem. En effet le log du désert, six œufs, entre dans cinq grands œufs ; le log se trouve manquer d'un grand œuf ; mets un œuf et un cinquième d'œuf à la place du grand œuf, car le cinquième est un sixième compté de l'extérieur, (ajouté) à l'œuf. On obtient six grands œufs, qui font un grand log. Cela fait six log de Jérusalem, qui sont un kav et demi.
מִשֶּׁהִגְדִּילוּ הַמִּדּוֹת הִיא מִדַּת צִפּוֹרִי שׁעודפ' שְׁתוּת עַל יְרוּשַׁלְמִית נִמְצְאוּ הוֹ' לֻוגִּין ה':
Lorsque les mesures furent agrandies : c'est la mesure de Tsippori, qui dépasse d'un sixième celle de Jérusalem ; les six log deviennent cinq.
ה' רְבָעִים לֻוגִּין שֶׁהֵן רְבִיעִית הַקַּב:
Cinq quarts : (ce sont des) log, chacun étant le quart du kav.
חֲמִשָּׁה וְעוֹד חַיָּיבִין דְּסָבַר ר' יוֹסֵי מִדָּה מִדְבָּרִית הָיוּ בֵּיצִים גְּדוֹלִים מִשֶּׁלָּנוּ וְהָכִי נָמֵי א"ר יוֹסֵי בְּעֵירוּבִין בְּפֶרֶק כֵּיצַד מִשְׁתַּתְּפִין (עֵירוּבִין דַּף פג:) כַּמָּה שִׁיעוּר חֲצִי פְרָס שְׁנֵי בֵּיצִים שׂוֹחֲקוֹת וְהָתָם מְפָרֵשׁ הַאי וְעוֹד אֶחָד מכ' בְּבֵיצָה לְכָל בֵּיצָה:
Cinq et un peu plus sont soumis : car Rabbi Yossi estime que, dans la mesure du désert, les œufs étaient plus grands que les nôtres. De même Rabbi Yossi dit dans Erouvin, au chapitre Keitsad michtatfin (Erouvin 83b) : quelle est la mesure d'un demi-peras ? Deux œufs chohakot (un peu grands). Et là on explique ce « un peu plus » : un vingtième d'œuf pour chaque œuf.
🗂️ Tossefot (2)
שַׁמַּאי אוֹמֵר מִקַּב לְחַלָּה הִלֵּל אוֹמֵר מִקַּבַּיִים בִּירוּשַׁלְמִי מְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּשַׁמַּאי וְהִלֵּל מִשּׁוּם דְּאֵיפָה י"ח קַבִּים וַעֲשִׂירִית מִלְּבַר הַיְינוּ ב' קַבִּין וּבְאוֹתוֹ שִׁיעוּר צָרִיךְ לְהַפְרִישׁ חַלָּה לְהִלֵּל וְשַׁמַּאי סָבַר דְּצָרִיךְ ב' חַלּוֹת לָעֹומֶר שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין מִמֶּנּוּ ב' אֲכִילוֹת אַחַת בַּבֹּוקֶר וְאַחַת בָּעֶרֶב וּכְשִׁיעוּר אֲכִילָה אַחַת חֲשִׁיב שַׁמַּאי עִיסַּת מִדְבָּר:
Chammai dit : à partir d'un kav pour la halla ; Hillel dit : à partir de deux kav : dans le Yerouchalmi on explique la raison de Chammai et de Hillel. L'epha fait dix-huit kav, et le dixième compté de l'extérieur fait deux kav ; c'est à cette mesure qu'il faut prélever la halla selon Hillel. Chammai estime qu'il faut deux hallot pour un omer, car on en faisait deux repas, l'un le matin et l'autre le soir, et Chammai considère la mesure d'un repas comme « la pâte du désert ».
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר ה' פְּטוּרִין ה' וְעוֹד חַיָּיבִין דְּקָסָבַר רֵאשִׁית עֲרִיסוֹתֵיכֶם שֶׁכְּשֶׁיַּפְרִישׁ חַלָּה שֶׁעֲדַיִין יִשָּׁאֵר כְּדֵי עִיסַּת מִדְבָּר ואור"ת דְּאֵין לִמְחֹוק בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף עז.) וּבְפֶ' אֵלּוּ עוֹבְרִין (פְּסָחִים דַּף מח.) דְּמַיְיתִי הָתָם חֲמִשָּׁה רְבָעִים וְעוֹד חַיָּיבִין בְּחַלָּה דְּאָתְיָא כְּר' יוֹסֵי:
Rabbi Yossi dit : cinq, exemptés ; cinq et un peu plus, soumis : car il estime (d'après) « les prémices de vos pâtes » que, lorsqu'on prélève la halla, il doit encore rester la mesure de la pâte du désert. Et Rabbenou Tam dit qu'il ne faut pas effacer, au chapitre Kelal gadol (plus loin, Chabbat 77a) et au chapitre Elou overin (Pessahim 48a), (le passage) où l'on cite : « cinq quarts et un peu plus sont soumis à la halla », car cela suit Rabbi Yossi.
💡 Explication

Première controverse : la quantité minimale de pâte soumise au prélèvement de la halla. Toutes les positions partent du verset « les prémices de vos pâtes » (Bamidbar 15, 20), compris comme la pâte du désert : un omer par personne, soit un dixième d'epha.

Selon Tossefot (au nom du Yerouchalmi), Hillel compte ce dixième comme deux kav ; Chammai le divise en deux repas, d'où un kav. Les Hakhamim fixent un kav et demi (six log de Jérusalem, d'après le calcul de Rachi). Quand la mesure du kav fut agrandie (mesure de Tsippori), le même volume s'exprima en cinq quarts. Rabbi Yossi exige « un peu plus » (vaod).

🖼️ Schéma
Mesure de pâte soumise à la halla (en kav) 0 1 kav 1,5 kav 2 kav Chammai Hakhamim : 6 log de Jérusalem Hillel Base commune : l'omer du désert (1/10 d'epha), mesure de la pâte par personne dans le désert.
Les trois mesures de la halla ; la halakha suit les Hakhamim (un kav et demi).
4
וְאִידָךְ, הִלֵּל אוֹמֵר: מְלֹא הִין מַיִם שְׁאוּבִים פּוֹסְלִים אֶת הַמִּקְוֶה — שֶׁחַייָּב אָדָם לוֹמַר בִּלְשׁוֹן רַבּוֹ. שַׁמַּאי אוֹמֵר: תִּשְׁעָה קַבִּין. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: לֹא כְּדִבְרֵי זֶה וְלֹא כְּדִבְרֵי זֶה. עַד שֶׁבָּאוּ שְׁנֵי גַּרְדִּיִּים מִשַּׁעַר הָאַשְׁפָּה שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם וְהֵעִידוּ מִשּׁוּם שְׁמַעְיָה וְאַבְטַלְיוֹן שֶׁשְּׁלֹשָׁה לֻוגִּין מַיִם שְׁאוּבִין פּוֹסְלִים אֶת הַמִּקְוֶה, וְקִיְּימוּ חֲכָמִים אֶת דִּבְרֵיהֶם.

Et l'autre : Hillel dit : un plein hin d'eau puisée (mayim cheouvim) invalide le mikve — car un homme est tenu de parler dans la langue de son maître. Chammai dit : neuf kav.

Et les Sages disent : ni selon les paroles de celui-ci, ni selon les paroles de celui-là ; jusqu'à ce que vinrent deux tisserands de la porte des Ordures (Chaar haAchpot) à Jérusalem, qui témoignèrent au nom de Chemaya et Avtalyon que trois log d'eau puisée invalident le mikve, et les Sages confirmèrent leurs paroles.

📜 Rachi (4)
הִין י"ב לֹוג:
Hin : douze log.
פּוֹסְלִין אִם נָפְלוּ לְתוֹכָן קֹודֶם שֶׁנִּשְׁלַם אֲבָל אִם נִשְׁלַם שׁוּב אֵינוֹ נִפְסָל וַאֲפִילּוּ הִמְשִׁיךְ לְתוֹכָן אַחֲרֵי כֵן אֶלֶף סְאָה:
Invalident : s'ils y sont tombés avant que (le mikve) ne soit complet ; mais s'il est complet, il n'est plus invalidé, même si l'on y fait couler ensuite mille sea.
שֶׁחַייָּב אָדָם כוּ' כְּלוֹמַר הִין אֵינוֹ לְשׁוֹן מִשְׁנָה אֶלָּא לְשׁוֹן תּוֹרָה אֶלָּא כָּךְ שָׁמְעָה מִפִּי שְׁמַעְיָה וְאַבְטַלְיוֹן וְרַבּוֹתַי מְפָרְשִׁין [בִּלְשׁוֹן] מֹשֶׁה רַבֵּינוּ וְלִבִּי מְגַמְגֵּם שֶׁהֲרֵי בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת לֹא הִקְפִּיד עַל כָּךְ:
Car un homme est tenu, etc. : c'est-à-dire que « hin » n'est pas un terme de la Michna mais de la Tora ; mais c'est ainsi qu'il l'avait entendu de la bouche de Chemaya et Avtalyon. Mes maîtres expliquent (qu'il s'agit de la langue) de Moche Rabbenou, mais mon cœur hésite, car en de nombreux endroits on n'a pas été strict sur ce point.
שְׁנֵי גַרְדִּיִּים מִשַּׁעַר הָאַשְׁפּוֹת בְּמַסֶּכֶת עִדִּיּוֹת מְפָ' לָמָּה הֻוזְכַּר שֵׁם אֻומָּנוּתָם וְשֵׁם מְקוֹמָם לוֹמַר שֶׁלֹּא יִמְנַע אָדָם עַצְמוֹ מִבֵּית הַמִּדְרָשׁ שֶׁאֵין לְךָ אֻומָּנוּת פְּחוּתָה מִגַּרְדִּי שֶׁאֵין מַעֲמִידִין מִמֶּנּוּ לֹא כֹּהֵן גָּדוֹל וְלֹא מֶלֶךְ כִּדְאָמְרִינַן בְּקִדּוּשִׁין (דַּף פב.) וְאֵין שַׁעַר בִּירוּשָׁלַיִם פָּחוֹת מִשַּׁעַר הָאַשְׁפּוֹת וְהִכְרִיעוּ בְּעֵדוּתָן כָּל חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל:
Deux tisserands de la porte des Ordures : dans le traité Edouyot on explique pourquoi on a mentionné leur métier et leur lieu : pour dire qu'un homme ne doit pas s'écarter de la maison d'étude. Il n'y a pas de métier plus bas que celui de tisserand, parmi lesquels on ne nomme ni grand prêtre ni roi, comme nous le disons dans Kiddouchin (82a), et il n'y a pas de porte à Jérusalem plus basse que la porte des Ordures ; et (pourtant) tous les sages d'Israël ont tranché selon leur témoignage.
💡 Explication

Deuxième controverse : un mikve doit contenir quarante sea d'eau non puisée. Si de l'eau puisée (mayim cheouvim, versée à partir d'un récipient) y tombe avant que les quarante sea soient atteintes, elle l'invalide. La question est la quantité : un hin (douze log) pour Hillel, neuf kav pour Chammai.

Hillel emploie le terme biblique « hin » parce qu'il rapporte la formule de ses maîtres. La halakha est fixée à trois log sur le témoignage de deux tisserands ; Rachi souligne qu'on a retenu leur témoignage malgré la condition modeste de leur métier et de leur quartier.

5
וְאִידָךְ, שַׁמַּאי אוֹמֵר: כָּל הַנָּשִׁים דַּייָּן שְׁעָתָן. וְהִלֵּל אוֹמֵר: מִפְּקִידָה לִפְקִידָה, וַאֲפִילּוּ לְיָמִים הַרְבֵּה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: לֹא כְּדִבְרֵי זֶה וְלֹא כְּדִבְרֵי זֶה, אֶלָּא: מֵעֵת לְעֵת מְמַעֵט עַל יַד מִפְּקִידָה לִפְקִידָה, וּמִפְּקִידָה לִפְקִידָה מְמַעֵט עַל יָד מֵעֵת לְעֵת.

Et l'autre : Chammai dit : toutes les femmes, il leur suffit de leur moment (dayyan chaatan). Et Hillel dit : de vérification en vérification (mipekida lipekida), même (si cela couvre) de nombreux jours.

Et les Sages disent : ni selon les paroles de celui-ci, ni selon les paroles de celui-là, mais : vingt-quatre heures (mee'et lee'et) réduisent la durée de vérification en vérification, et de vérification en vérification réduit la durée de vingt-quatre heures.

📜 Rachi (5)
כָּל הַנָּשִׁים הָרוֹאוֹת דָּם:
Toutes les femmes : qui voient du sang.
דַּייָּן שְׁעָתָן לְטַמֵּא טְהָרוֹת מִשְּׁעַת רְאִיָּיתָן וְאֵילָךְ:
Il leur suffit de leur moment : (elles ne rendent impurs) les aliments purs (tahorot) qu'à partir du moment où elles ont vu, et au-delà.
מִפְּקִידָה לִפְקִידָה לְמַפְרֵעַ בָּדְקָה הַיּוֹם וּמְצָאַתָּה טְהוֹרָה וּבָדְקָה לְסוֹף שָׁבוּעַ וּמְצָאַתָּה טְמֵאָה חוֹשְׁשִׁין לְמַגָּעָהּ מִבְּדִיקָה רִאשׁוֹנָה וְאֵילָךְ שֶׁמָּא עִם סִילּוּק יָדֶיהָ רָאֲתָה:
De vérification en vérification : rétroactivement. Elle a vérifié aujourd'hui et s'est trouvée pure, et elle a vérifié à la fin de la semaine et s'est trouvée impure : on se préoccupe de ce qu'elle a touché depuis la première vérification, de peur qu'au moment où elle a retiré ses mains elle ait vu.
מֵעֵת לְעֵת מְמַעֵט עַל יַד מִפְּקִידָה לִפְקִידָה שְׁנֵי זְמַנִּים הֻוזְכְּרוּ בָּהּ לְמַפְרֵעַ לְהַלֵּךְ אַחַר הַקַּל שֶׁבָּהֶן אִם מִפְּקִידָה לִפְקִידָה יָתֵר עַל מֵעֵת לְעֵת הָלַךְ אַחַר מֵעֵת לְעֵת וְאִם מֵעֵת לְעֵת יָתֵר עַל מִפְּקִידָה לִפְקִידָה הָלַךְ אַחַר הַפְּקִידָה:
Vingt-quatre heures réduisent la durée de vérification en vérification : deux durées ont été mentionnées pour elle rétroactivement, et l'on suit la plus légère des deux. Si (l'intervalle) de vérification en vérification dépasse vingt-quatre heures, on suit les vingt-quatre heures ; et si les vingt-quatre heures dépassent (l'intervalle) de vérification en vérification, on suit la vérification.
מְמַעֵט עַל יַד מְמַעֵט אַחֲרָיו:
Réduit à côté : réduit après lui.
💡 Explication

Troisième controverse : une femme constate un flux de sang (nidda) sans savoir quand il a commencé. Faut-il considérer comme impurs, rétroactivement, les aliments purs (tahorot) qu'elle a touchés auparavant ?

Chammai : non, l'impureté commence au moment où elle voit. Hillel : on remonte jusqu'à sa dernière pekida (vérification) où elle était pure. Les Hakhamim retiennent le plus court des deux intervalles : vingt-quatre heures, ou le temps écoulé depuis la dernière vérification s'il est plus court.

🖼️ Schéma
Hakhamim : on remonte jusqu'au plus proche des deux repères Cas A : dernière vérification il y a 4 jours vérification (pure) impure rétroactivement : 24 h sang vu Cas B : dernière vérification il y a 6 heures -24 h (non retenu) impure depuis la vérification sang vu
Position des Hakhamim : l'impureté rétroactive remonte au repère le plus proche (24 heures ou dernière vérification).
6
וְתוּ לֵיכָּא? וְהָאִיכָּא הִלֵּל אוֹמֵר לִסְמֹוךְ, וְשַׁמַּאי אוֹמֵר שֶׁלֹּא לִסְמֹוךְ. כִּי קָאָמַר רַב הוּנָא, הֵיכָא דְּלֵיכָּא פְּלֻוגְתָּא דְּרַבְּוָותָא בַּהֲדַיְיהוּ.

Et il n'y en a pas d'autres ? Mais il y a (le cas où) Hillel dit de poser les mains (lismokh), et Chammai dit de ne pas poser les mains !

Quand Rav Houna l'a dit, (il parlait des cas) où il n'y a pas, en même temps qu'eux, de controverse des maîtres (antérieurs).

📜 Rachi (2)
לִסְמֹוךְ פְּלֻוגְתָּא הִיא דְּב"ש וּב"ה גַּבֵּי מְבִיאִין נְדָרִים וּנְדָבוֹת וְסוֹמְכִין בְּיוֹם טוֹב:
Poser les mains : c'est une controverse entre Beit Chammai et Beit Hillel, au sujet de (la michna) : on apporte des vœux et des dons volontaires et on pose les mains le yom tov.
כִּי קָאָמַר רַב הוּנָא הֵיכָא דְּלֵיכָּא פְּלֻוגְתָּא דְּרַבְּוָותָא שָׁלֹשׁ מְקוֹמוֹת שֶׁאָמַר רַב הוּנָא לֹא נֶחְלְקוּ בָּהֶן רַבּוֹתֵיהֶן הָרִאשׁוֹנִים אֲבָל סְמִיכָה כָּל הָאָבוֹת ב"ד וְהַנְּשִׂיאִים מִיּוֹסֵי בֶּן יוֹעֶזֶר עַד הִלֵּל נֶחְלְקוּ בָּהּ בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה:
Quand Rav Houna l'a dit, (il parlait des cas) où il n'y a pas de controverse des maîtres : les trois endroits dont parle Rav Houna, leurs maîtres antérieurs n'avaient pas été en désaccord à leur sujet ; mais la semikha, tous les pères du tribunal (av beit din) et les nessiim, depuis Yossi ben Yoezer jusqu'à Hillel, en ont discuté, dans le traité Haguiga.
💡 Explication

La guemara objecte : Chammai et Hillel ont aussi discuté de la semikha (poser les mains sur la tête d'un sacrifice) le yom tov. Réponse : Rav Houna ne compte que les controverses propres à Chammai et Hillel. La semikha est une controverse ancienne, déjà débattue par toutes les paires (zougot) depuis Yossi ben Yoezer (Haguiga 16a).

7
וְהָאִיכָּא הַבּוֹצֵר לַגַּת — שַׁמַּאי אוֹמֵר: הֻוכְשַׁר, וְהִלֵּל אוֹמֵר: לֹא הֻוכְשַׁר. בָּר מִינֵיהּ דְּהַהִיא, דְּהָתָם קָא שָׁתֵיק לֵיהּ הִלֵּל לְשַׁמַּאי.

Mais il y a (le cas de) celui qui vendange pour le pressoir : Chammai dit : (les raisins) sont rendus réceptifs (houkhchar), et Hillel dit : ils ne sont pas rendus réceptifs ! Excepté celle-là, car là Hillel s'est tu devant Chammai.

📜 Rachi (3)
הַבּוֹצֵר עֲנָבִים לְדָורְכָן בְּגַת דְּאִילּוּ הַבּוֹצֵר לְצִימּוּקִין מַשְׁקֶה הַיּוֹצֵא מֵהֶם אֵין מַכְשִׁירִים דְּלָא נִיחָא לֵיהּ:
Celui qui vendange : des raisins pour les fouler au pressoir ; alors que pour celui qui vendange (pour en faire) des raisins secs, le liquide qui en sort ne rend pas réceptif, car il n'en veut pas.
שַׁמַּאי אוֹמֵר הֻוכְשְׁרוּ בְּיַיִן הַנִּדְלָף מֵהֶן עַל גַּבֵּיהֶן ואע"ג דְּאָזֵיל לְאִיבּוּד לָאָרֶץ שֶׁשּׁוֹתֵת מִן הַסַּלִּים גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִבְצְרֶנּוּ בְּקֻופּוֹת מְזֻופָּפוֹת כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמֵּיהּ (דַּף יז.):
Chammai dit : ils sont rendus réceptifs : par le vin qui s'écoule d'eux sur eux ; et bien qu'il se perde à terre, car il s'écoule des paniers, (c'est) un décret de peur qu'on les vendange dans des paniers enduits de poix, comme on l'explique plus loin (17a).
הָא שְׁתֵיק לֵיהּ הִלֵּל וְלֹא עָמַד בְּמַחֲלֻוקְתּוֹ כִּדְתַנְיָא בְּפִרְקִין (שָׁם) אוֹתוֹ הַיּוֹם הָיָה הִלֵּל כָּפוּף כו':
Hillel s'est tu : et ne s'est pas maintenu dans son désaccord, comme il est enseigné dans notre chapitre (ibid.) : ce jour-là Hillel était courbé, etc.
💡 Explication

Hekhcher : un aliment ne devient réceptif à l'impureté qu'après avoir été mouillé par un liquide, avec l'accord de son propriétaire. Le jus qui coule des raisins destinés au pressoir est-il voulu ? Chammai : oui (Rachi : par décret) ; Hillel : non.

Rav Houna ne compte pas ce cas, parce que Hillel s'est tu et a fini par accepter la position de Chammai (17a).

8
יוֹסֵי בֶּן יוֹעֶזֶר אִישׁ צְרֵידָה וְיוֹסֵי בֶּן יוֹחָנָן אִישׁ יְרוּשָׁלַיִם גָּזְרוּ טֻומְאָה עַל אֶרֶץ הָעַמִּים וְעַל כְּלֵי זְכוּכִית. וְהָא רַבָּנַן דִּשְׁמֹנִים שָׁנָה גְּזוּר! דְּאָמַר רַב כָּהֲנָא: כְּשֶׁחָלָה רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי, שָׁלְחוּ לוֹ: רַבִּי, אֱמֹור לָנוּ שְׁנַיִם וּשְׁלוֹשָׁה דְּבָרִים שֶׁאָמַרְתָּ לָנוּ מִשּׁוּם אָבִיךָ.

Yossi ben Yoezer, homme de Tsereda, et Yossi ben Yo'hanan, homme de Jérusalem, ont décrété l'impureté sur la terre des peuples et sur les ustensiles de verre. Mais ce sont les Sages des quatre-vingts ans (avant la destruction) qui l'ont décrété !

Car Rav Kahana a dit : Lorsque Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi tomba malade, on lui envoya (dire) : Rabbi, dis-nous deux ou trois choses que tu nous as dites au nom de ton père.

💡 Explication

La guemara revient à une autre affirmation du folio 14b : le décret d'impureté sur la terre des peuples (erets haamim, le sol hors d'Israël) et sur les ustensiles de verre est attribué à la première paire, Yossi ben Yoezer et Yossi ben Yo'hanan. Elle l'oppose à une tradition transmise par Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi, citée au segment suivant.

9
שָׁלַח לָהֶם, כָּךְ אָמַר אַבָּא: מֵאָה וּשְׁמֹנִים שָׁנָה עַד שֶׁלֹּא חָרַב הַבַּיִת, פָּשְׁטָה מַלְכוּת הָרְשָׁעָה עַל יִשְׂרָאֵל. שְׁמֹנִים שָׁנָה עַד שֶׁלֹּא חָרַב הַבַּיִת גָּזְרוּ טֻומְאָה עַל אֶרֶץ הָעַמִּים וְעַל כְּלֵי זְכוּכִית. אַרְבָּעִים שָׁנָה עַד שֶׁלֹּא חָרַב הַבַּיִת גָּלְתָה לָהּ סַנְהֶדְרִין וְיָשְׁבָה לָהּ בַּחֲנוּיוֹת. לְמַאי הִילְכְתָא? אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי: לוֹמַר שֶׁלֹּא דָּנוּ דִּינֵי קְנָסוֹת. דִּינֵי קְנָסוֹת סָלְקָא דַּעְתָּךְ? אֶלָּא אֵימָא: שֶׁלֹּא דָּנוּ דִּינֵי נְפָשׁוֹת!

Il leur envoya : Ainsi a dit mon père : cent quatre-vingts ans avant que le Temple ne fût détruit, le royaume impie s'étendit sur Israël. Quatre-vingts ans avant que le Temple ne fût détruit, on décréta l'impureté sur la terre des peuples et sur les ustensiles de verre.

Quarante ans avant que le Temple ne fût détruit, le Sanhédrin s'exila et siégea dans les boutiques (hanouyot). Pour quelle halakha (est-ce dit) ?

Rabbi Yitshak bar Avdimi a dit : pour dire qu'ils ne jugeaient plus les affaires d'amendes (dinei kenassot). Les affaires d'amendes, cela te vient à l'esprit ?!

Dis plutôt : qu'ils ne jugeaient plus les affaires capitales (dinei nefachot).

📜 Rachi (2)
הַמַּלְכוּת הָרִשְׁעָה רוֹמִי:
Le royaume : l'impie, Rome.
פָּשְׁטָה הִתְחִילוּ לְכָובְשָׁן:
S'étendit : ils commencèrent à les conquérir.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא שֶׁלֹּא דָּנוּ דִּינֵי נְפָשׁוֹת תֵּימַהּ דּוּקָמַתְ וְעָלִיתָ אֶל הַמָּקוֹם דְּדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ (ס. הַדָּרִין יָד: פז.) מְלַמֵּד שֶׁהַמָּקוֹם גּוֹרֵם לָא כְּתִיב אֶלָּא בְּזָקֵן מַמְרֵא וּבְזָקֵן מַמְרֵא גּוּפֵיהּ לָא כְּתִיב אֶלָּא בְּהַמְרָאָתוֹ שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיַּמְרֶה עֲלֵיהֶם בִּמְקוֹמָן אֲבָל לְדוּנוֹ יָכוֹל אע"פ שֶׁאֵין בּ"ד הַגָּדוֹל בְּלִשְׁכַּת הַגָּזִית וְאֵין נִרְאֶה לוֹמַר דְּבָעֵינַן שֶׁיִּהְיוּ בִּמְקוֹמָן בִּשְׁעַת עֲבֵירָה כְּמוֹ בְּזָקֵן מַמְרֵא דְּהָא בְּזָקֵן מַמְרֵא לֹא עַל הַמְרָאָתוֹ לְבַד מִיחַייַּב אֶלָּא עַד שֶׁיַּחֲזֹור לְעִירוֹ וְעָשָׂה כְּהוֹרָאָתוֹ וְאַהָא לָא כְּתִיב מָקוֹם וְעוֹד דְּלָא מָצִינוּ בְּשׁוּם מָקוֹם שֶׁהָיוּ בּוֹדְקִין אִם הָיוּ ב"ד בְּלִשְׁכַּת הַגָּזִית בִּשְׁעַת עֲבֵירָה אִם לָאו:
Mais (dis) : qu'ils ne jugeaient plus les affaires capitales : c'est étonnant. (Le verset) « tu te lèveras et tu monteras au lieu », dont nous déduisons (Sanhédrin 14b, 87a) « cela enseigne que le lieu est déterminant », n'est écrit qu'à propos du zaken mamre (sage rebelle) ; et pour le zaken mamre lui-même, il n'est écrit qu'à propos de sa rébellion : il faut qu'il se rebelle contre eux lorsqu'ils sont à leur place. Mais pour le juger, on le peut, même si le grand tribunal n'est pas dans la lichkat hagazit (salle de la pierre taillée). Et il ne semble pas qu'on puisse dire qu'il faut qu'ils soient à leur place au moment de la faute, comme pour le zaken mamre : car le zaken mamre n'est pas coupable pour sa seule rébellion, mais seulement s'il retourne dans sa ville et agit selon son enseignement, et à ce sujet le lieu n'est pas écrit. De plus, nous ne trouvons nulle part qu'on vérifiait si le tribunal était dans la lichkat hagazit au moment de la faute ou non.
🪔 Ben Yehoyada (1)
ק''פ שָׁנָה עַד שֶׁלֹּא חָרַב הַבַּיִת פָּשְׁטָה מַלְכוּת אֱדוֹם עַל יִשְׂרָאֵל. פֵּירוּשׁ יָוָן שָׁלְטוּ ק"ף שָׁנָה בִּזְמַן בַּיִת שֵׁנִי וּמְפֹורָשׁ הַדָּבָר בַּגְּמָרָא דַּעֲבוֹדָה זָרָה (דַּף ח') יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהָיְתָה שְׁלִיטַת יָוָן ק"ף [180] שָׁנִים דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל גָּלוּת יָוָן הָיָה בִּשְׁבִיל מְכִירַת יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה, וְהֵם הָיוּ עֲשָׂרָה אַךְ רְאוּבֵן לֹא הָיָה עִמָּהֶם בַּמְּכִירָה נִשְׁאַר תִּשְׁעָה שֶׁמְּכָרוּהוּ בְּעֶשְׂרִים כֶּסֶף [20] , וְתִשְׁעָה פְּעָמִים עֶשְׂרִים הוּא ק"פ [9×20=180] לְכָךְ שָׁלְטָה ק"פ שָׁנִים, גַּם יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה אָחוּז בִּיסוֹד שֶׁהוּא אַוַּת צ' וְהוּא כָּפוּל וּב' פְּעָמִים צ' עוֹלֶה ק"פ [2×90=180] , לָכֵן נִפְרְעוּ בַּעֲבוּרוֹ בִּזְמַן בַּיִת שֵׁנִי שֶׁהוּא כְּנֶגֶד יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה, וְיָדוּעַ מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל (בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים פ' לֵךְ לְךָ) שֶׁיֵּשׁ שַׁיָּיכוּת לְיִצְחָק בְּיוֹסֵף בְּסוֹד ק"ף ח"י אוֹתִיּוֹת יִצְחָק יְעֻויַּן שָׁם. וּלְכָךְ הַפֵּרָעוֹן הָיָה בִּזְמַן בַּיִת שֵׁנִי וְגַם שָׁלְטָה ק"ף שָׁנִים כְּמִנְיַן שְׁנוֹתָיו שֶׁל יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה.
Cent quatre-vingts ans avant que le Temple ne fût détruit, le royaume d'Edom s'étendit sur Israël. Explication : Yavan (la Grèce) domina cent quatre-vingts ans à l'époque du second Temple ; la chose est expliquée dans la guemara d'Avoda zara (folio 8), voir là-bas. Il me semble, avec l'aide de D.ieu, que la raison pour laquelle la domination de Yavan fut de cent quatre-vingts ans est la suivante. Nos maîtres ont dit que l'exil de Yavan fut à cause de la vente de Yossef le juste. Ils étaient dix, mais Reouven n'était pas avec eux lors de la vente ; il en resta neuf, qui le vendirent pour vingt (pièces) d'argent, et neuf fois vingt font cent quatre-vingts (9 x 20 = 180) : c'est pourquoi (Yavan) domina cent quatre-vingts ans. De plus, Yossef le juste est attaché à (la sefira de) Yessod, qui est la lettre tsadi, et celle-ci est double ; deux fois tsadi font cent quatre-vingts (2 x 90 = 180). C'est pourquoi on a exigé paiement pour lui à l'époque du second Temple, qui correspond à Yitshak notre père. On connaît ce qu'a écrit notre maître (dans Chaar hapessoukim, paracha Lekh lekha) : il y a un lien entre Yitshak et Yossef, selon le sod de « kaf (180) haï », (forme des) lettres de Yitshak, voir là-bas. C'est pourquoi le paiement eut lieu à l'époque du second Temple, et (Yavan) domina aussi cent quatre-vingts ans, comme le nombre des années de Yitshak notre père.
💡 Explication

Rabbi Yossi transmet trois dates, comptées à partir de la destruction du Temple : l'emprise du royaume impie (-180 ans), le décret sur la terre des peuples et le verre (-80 ans), et l'exil du Sanhédrin hors de la lichkat hagazit (-40 ans).

La guemara cherche la portée halakhique de la troisième date. Les amendes (kenassot) ont été jugées bien après la destruction ; la conséquence porte donc sur les affaires capitales, qui exigent que le Sanhédrin siège à sa place. Tossefot demande d'où l'on tire cette exigence, puisque le verset « tu monteras au lieu » ne concerne que le zaken mamre.

10
וְכִי תֵּימָא בִּשְׁמֹנִים שָׁנָה נָמֵי אִינְהוּ הֲווֹ, וְהָתַנְיָא: הִלֵּל וְשִׁמְעוֹן, גַּמְלִיאֵל וְשִׁמְעוֹן, נָהֲגוּ נְשִׂיאוּתָן לִפְנֵי הַבַּיִת מֵאָה שָׁנָה. וְאִילּוּ יוֹסֵי בֶּן יוֹעֶזֶר אִישׁ צְרֵידָה וְיוֹסֵי בֶּן יוֹחָנָן הֲווֹ קָדְמִי טוּבָא!

Et si tu dis que, pendant les quatre-vingts ans, eux aussi existaient : mais il est enseigné (dans une baraita) : Hillel et Chimon, Gamliel et Chimon ont exercé leur présidence (nessiout) du temps du Temple (pendant) cent ans. Alors que Yossi ben Yoezer, homme de Tsereda, et Yossi ben Yo'hanan étaient bien antérieurs !

📜 Rachi (6)
הִלֵּל וְשִׁמְעוֹן רַבָּן שִׁמְעוֹן בְּנוֹ שֶׁל הִלֵּל הָיָה:
Hillel et Chimon : Rabban Chimon était le fils de Hillel.
וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל הוּא רַבָּן גַּמְלִיאֵל הַזָּקֵן:
Et Rabban Gamliel : c'est Rabban Gamliel l'Ancien.
וְשִׁמְעוֹן הוּא רַבִּי שִׁמְעוֹן הַנֶּהֱרָג עִם הֲרוּגֵי מַלְכוּת וְהוּא הָיָה אָבִיו שֶׁל ר"ג דְּצַעֲרֵיהּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה (בְּרָכוֹת פ"ד דַּף כז:) וְשֶׁעָשָׂה מַחֲלֹוקֶת עִם ר"א בֶּן הוֹרְקְנוֹס (ב"מ פ"ד דַּף נט:):
Et Chimon : c'est Rabbi Chimon, tué avec les martyrs du royaume (harouguei malkhout) ; il était le père de Rabban Gamliel, qui avait affligé Rabbi Yehochoua ben Hanania (Berakhot, chapitre 4, 27b) et qui fut en controverse avec Rabbi Eliezer ben Hourkanos (Bava Metsia, chapitre 4, 59b).
בִּפְנֵי הַבַּיִת בְּעוֹד הַבַּיִת קַיָּים:
Du temps du Temple : tant que le Temple existait.
ק' שָׁנָה אַחֲרוֹנִים שֶׁלִּפְנֵי הַחֻורְבָּן הִתְחִיל נְשִׂיאוּתוֹ שֶׁל הִלֵּל וּפִרְנְסוֹ אֵלּוּ אַרְבַּע דּוֹרוֹת ק' שָׁנָה אַלְמָא הִלֵּל קֹודֶם לַחֻורְבָּן ק' שָׁנָה:
Cent ans : les (cent) derniers avant la destruction. La présidence de Hillel commença, et ces quatre générations dirigèrent (le peuple) cent ans ; il en ressort que Hillel précède la destruction de cent ans.
וְאִילּוּ יוֹסֵי בֶּן יוֹעֶזֶר קָדִים לְהִלֵּל כַּמָּה דּוֹרוֹת בְּמַסֶּכֶת אָבוֹת:
Alors que Yossi ben Yoezer : il précède Hillel de plusieurs générations, (comme on le voit) dans le traité Avot.
💡 Explication

La guemara ferme l'échappatoire : on ne peut pas supposer que les deux Yossi vivaient encore quatre-vingts ans avant la destruction. La dynastie de Hillel (quatre générations de nessiim) couvre les cent dernières années du Temple, et les deux Yossi, première paire citée dans Avot, sont antérieurs à Hillel de plusieurs générations. La contradiction reste ouverte ; la réponse vient au folio 15b.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).