Sougya : Le folio conclut la discussion sur l'impureté des mains : Chelomo l'avait décrétée pour les kodachim (choses consacrées), et les disciples de Chammai et Hillel l'ont étendue à la terouma. La guemara revient ensuite sur deux enseignements cités plus haut.
Chmouel : ce jour-là on a décrété dix-huit mesures et on a été en désaccord, le lendemain on s'est accordé. Rav Houna : Chammai et Hillel n'ont été en désaccord qu'en trois endroits (la mesure de pâte soumise à la halla, la quantité d'eau puisée qui invalide le mikve, le temps d'impureté rétroactive d'une femme qui voit du sang) ; la guemara écarte la semikha et le cas de celui qui vendange pour le pressoir.
Enfin, elle s'interroge sur l'attribution du décret sur la terre des peuples et les ustensiles de verre à Yossi ben Yoezer et Yossi ben Yo'hanan, alors qu'une tradition de Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi le date de quatre-vingts ans avant la destruction du Temple.
Chelomo a décrété (l'impureté des mains) pour les kodachim (choses consacrées), et eux (les disciples de Chammai et Hillel) sont venus et ont décrété aussi pour la terouma.
Conclusion de la discussion du folio 14b : il y a deux strates dans le décret sur les mains. Chelomo l'a institué pour les kodachim (sacrifices et choses consacrées) ; les disciples de Chammai et Hillel l'ont étendu à la terouma. Les deux attributions ne se contredisent donc pas.
Tossefot confronte cette réponse à la discussion de Pessahim 19b, où Rabba suppose que les mains et les ustensiles ont été décrétés le même jour, et propose que Rabbi Akiva y parle des dix-huit mesures.
Revenons au sujet (goufa) : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : ils ont décrété dix-huit (choses), et sur dix-huit ils ont été en désaccord. Mais il est enseigné (dans une baraita) : ils se sont accordés !
Ce jour-là ils ont été en désaccord, et le lendemain ils se sont accordés.
La guemara reprend (goufa, « le sujet lui-même ») l'enseignement de Chmouel cité plus haut. Deux sources semblent se contredire : l'une dit que les maîtres étaient en désaccord (nehlekou) sur les dix-huit mesures, l'autre qu'ils se sont accordés (houchvou). Réponse : il s'agit de deux moments. Le jour du vote il y avait désaccord ; le lendemain, selon Rachi, Beit Hillel se sont rangés.
Revenons au sujet : Rav Houna a dit : en trois endroits Chammai et Hillel ont été en désaccord. Chammai dit : à partir d'un kav, (on est soumis à) la halla.
Et Hillel dit : à partir de deux kav. Et les Sages disent : ni selon les paroles de celui-ci, ni selon les paroles de celui-là, mais un kav et demi est soumis à la halla.
Lorsque les mesures furent agrandies, ils dirent : cinq quarts de farine sont soumis à la halla. Rabbi Yossi dit : cinq, exemptés ; cinq et un peu plus (vaod), soumis.
Première controverse : la quantité minimale de pâte soumise au prélèvement de la halla. Toutes les positions partent du verset « les prémices de vos pâtes » (Bamidbar 15, 20), compris comme la pâte du désert : un omer par personne, soit un dixième d'epha.
Selon Tossefot (au nom du Yerouchalmi), Hillel compte ce dixième comme deux kav ; Chammai le divise en deux repas, d'où un kav. Les Hakhamim fixent un kav et demi (six log de Jérusalem, d'après le calcul de Rachi). Quand la mesure du kav fut agrandie (mesure de Tsippori), le même volume s'exprima en cinq quarts. Rabbi Yossi exige « un peu plus » (vaod).
Et l'autre : Hillel dit : un plein hin d'eau puisée (mayim cheouvim) invalide le mikve — car un homme est tenu de parler dans la langue de son maître. Chammai dit : neuf kav.
Et les Sages disent : ni selon les paroles de celui-ci, ni selon les paroles de celui-là ; jusqu'à ce que vinrent deux tisserands de la porte des Ordures (Chaar haAchpot) à Jérusalem, qui témoignèrent au nom de Chemaya et Avtalyon que trois log d'eau puisée invalident le mikve, et les Sages confirmèrent leurs paroles.
Deuxième controverse : un mikve doit contenir quarante sea d'eau non puisée. Si de l'eau puisée (mayim cheouvim, versée à partir d'un récipient) y tombe avant que les quarante sea soient atteintes, elle l'invalide. La question est la quantité : un hin (douze log) pour Hillel, neuf kav pour Chammai.
Hillel emploie le terme biblique « hin » parce qu'il rapporte la formule de ses maîtres. La halakha est fixée à trois log sur le témoignage de deux tisserands ; Rachi souligne qu'on a retenu leur témoignage malgré la condition modeste de leur métier et de leur quartier.
Et l'autre : Chammai dit : toutes les femmes, il leur suffit de leur moment (dayyan chaatan). Et Hillel dit : de vérification en vérification (mipekida lipekida), même (si cela couvre) de nombreux jours.
Et les Sages disent : ni selon les paroles de celui-ci, ni selon les paroles de celui-là, mais : vingt-quatre heures (mee'et lee'et) réduisent la durée de vérification en vérification, et de vérification en vérification réduit la durée de vingt-quatre heures.
Troisième controverse : une femme constate un flux de sang (nidda) sans savoir quand il a commencé. Faut-il considérer comme impurs, rétroactivement, les aliments purs (tahorot) qu'elle a touchés auparavant ?
Chammai : non, l'impureté commence au moment où elle voit. Hillel : on remonte jusqu'à sa dernière pekida (vérification) où elle était pure. Les Hakhamim retiennent le plus court des deux intervalles : vingt-quatre heures, ou le temps écoulé depuis la dernière vérification s'il est plus court.
Et il n'y en a pas d'autres ? Mais il y a (le cas où) Hillel dit de poser les mains (lismokh), et Chammai dit de ne pas poser les mains !
Quand Rav Houna l'a dit, (il parlait des cas) où il n'y a pas, en même temps qu'eux, de controverse des maîtres (antérieurs).
La guemara objecte : Chammai et Hillel ont aussi discuté de la semikha (poser les mains sur la tête d'un sacrifice) le yom tov. Réponse : Rav Houna ne compte que les controverses propres à Chammai et Hillel. La semikha est une controverse ancienne, déjà débattue par toutes les paires (zougot) depuis Yossi ben Yoezer (Haguiga 16a).
Mais il y a (le cas de) celui qui vendange pour le pressoir : Chammai dit : (les raisins) sont rendus réceptifs (houkhchar), et Hillel dit : ils ne sont pas rendus réceptifs ! Excepté celle-là, car là Hillel s'est tu devant Chammai.
Hekhcher : un aliment ne devient réceptif à l'impureté qu'après avoir été mouillé par un liquide, avec l'accord de son propriétaire. Le jus qui coule des raisins destinés au pressoir est-il voulu ? Chammai : oui (Rachi : par décret) ; Hillel : non.
Rav Houna ne compte pas ce cas, parce que Hillel s'est tu et a fini par accepter la position de Chammai (17a).
Yossi ben Yoezer, homme de Tsereda, et Yossi ben Yo'hanan, homme de Jérusalem, ont décrété l'impureté sur la terre des peuples et sur les ustensiles de verre. Mais ce sont les Sages des quatre-vingts ans (avant la destruction) qui l'ont décrété !
Car Rav Kahana a dit : Lorsque Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi tomba malade, on lui envoya (dire) : Rabbi, dis-nous deux ou trois choses que tu nous as dites au nom de ton père.
La guemara revient à une autre affirmation du folio 14b : le décret d'impureté sur la terre des peuples (erets haamim, le sol hors d'Israël) et sur les ustensiles de verre est attribué à la première paire, Yossi ben Yoezer et Yossi ben Yo'hanan. Elle l'oppose à une tradition transmise par Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi, citée au segment suivant.
Il leur envoya : Ainsi a dit mon père : cent quatre-vingts ans avant que le Temple ne fût détruit, le royaume impie s'étendit sur Israël. Quatre-vingts ans avant que le Temple ne fût détruit, on décréta l'impureté sur la terre des peuples et sur les ustensiles de verre.
Quarante ans avant que le Temple ne fût détruit, le Sanhédrin s'exila et siégea dans les boutiques (hanouyot). Pour quelle halakha (est-ce dit) ?
Rabbi Yitshak bar Avdimi a dit : pour dire qu'ils ne jugeaient plus les affaires d'amendes (dinei kenassot). Les affaires d'amendes, cela te vient à l'esprit ?!
Dis plutôt : qu'ils ne jugeaient plus les affaires capitales (dinei nefachot).
Rabbi Yossi transmet trois dates, comptées à partir de la destruction du Temple : l'emprise du royaume impie (-180 ans), le décret sur la terre des peuples et le verre (-80 ans), et l'exil du Sanhédrin hors de la lichkat hagazit (-40 ans).
La guemara cherche la portée halakhique de la troisième date. Les amendes (kenassot) ont été jugées bien après la destruction ; la conséquence porte donc sur les affaires capitales, qui exigent que le Sanhédrin siège à sa place. Tossefot demande d'où l'on tire cette exigence, puisque le verset « tu monteras au lieu » ne concerne que le zaken mamre.
Et si tu dis que, pendant les quatre-vingts ans, eux aussi existaient : mais il est enseigné (dans une baraita) : Hillel et Chimon, Gamliel et Chimon ont exercé leur présidence (nessiout) du temps du Temple (pendant) cent ans. Alors que Yossi ben Yoezer, homme de Tsereda, et Yossi ben Yo'hanan étaient bien antérieurs !
La guemara ferme l'échappatoire : on ne peut pas supposer que les deux Yossi vivaient encore quatre-vingts ans avant la destruction. La dynastie de Hillel (quatre générations de nessiim) couvre les cent dernières années du Temple, et les deux Yossi, première paire citée dans Avot, sont antérieurs à Hillel de plusieurs générations. La contradiction reste ouverte ; la réponse vient au folio 15b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).