Shabbat 15b — Les étapes du décret sur la terre des peuples, et l'impureté des ustensiles de verre

Shabbat 15b

Sougya : Le folio résout la contradiction laissée ouverte en 15a : le décret sur la terre des peuples a été pris par étapes. La guemara propose trois reconstructions successives.

La première (Yossi et Yossi : brulement pour la motte ; Sages des quatre-vingts ans : suspension pour l'air) est écartée par Ilfa, selon qui seules les mains ont été frappées d'emblée du brulement. La deuxième est écartée par la michna des six doutes, instituée à Oucha selon Oulla.

La reconstruction finale compte trois étapes : Yossi et Yossi, les Sages des quatre-vingts ans, puis Oucha. La guemara passe ensuite aux ustensiles de verre : Rabbi Yo'hanan au nom de Reich Lakich explique qu'on les a assimilés aux ustensiles de terre cuite parce que le verre vient du sable ; elle en examine les conséquences (purification au mikve, impureté par l'extérieur).

Terre des peuples : les trois reconstructions du décret Proposition Yossi et Yossi (début du second Temple) Sages des 80 ans (avant la destruction) Oucha (après la destruction) 1. (seg. 0) rejetée par Ilfa : seules les mains d'emblée au brulement motte : brûler air : rien air : suspendre - 2. (seg. 2) rejetée par Oulla : les six doutes datent d'Oucha motte : suspendre air : rien motte : brûler air : suspendre - 3. (seg. 5) conclusion retenue motte : suspendre air : rien motte : suspendre air : suspendre motte : brûler air : reste suspendu Suspendre (tolin) = la terouma n'est ni mangée ni brûlée. Brûler = impureté tenue pour certaine.
Les trois reconstructions du décret sur la terre des peuples ; la troisième, en trois étapes jusqu'à Oucha, est retenue.
Ustensiles de verre : le raisonnement de la guemara Reich Lakich le verre vient du sable : assimilé à la terre cuite Objection la terre cuite n'a pas de mikve, or on immerge le verre (michna) Réponse verre percé bouche au plomb, selon Rabbi Meir Rabbi Meir : tout suit ce qui maintient (hamaamid) -> statut de métal -> mikve Hakhamim : purs (selon la Torah) Nouvelle objection (seg. 8) si le verre = terre cuite, il ne devrait pas être impur par son extérieur La terre cuite contracte l'impureté par son espace intérieur (avir), jamais par l'extérieur (gav). La suite de la discussion est au folio 16a.
Le fil de la discussion sur les ustensiles de verre : assimilation à la terre cuite, objections et réponse.
1
אֶלָּא: אֲתוֹ אִינְהוּ גְּזוּר אַגֻּושָּׁא לִשְׂרֹוף וְאַאַוֵּירָא וְלֹא כְלוּם, וַאֲתוֹ רַבָּנַן דִּשְׁמֹנִים שָׁנָה גְּזוּר אַאַוֵּירָא לִתְלוֹת.

Mais (il faut dire) : eux (Yossi ben Yoezer et Yossi ben Yo'hanan) sont venus et ont décrété sur la motte (de terre des peuples) de brûler (la terouma), et sur l'air, rien ; puis sont venus les Sages des quatre-vingts ans, et ils ont décrété sur l'air de suspendre.

📜 Rachi (3)
אָתוּ אִינְהוּ יוֹסִי וְיוֹסֵי:
Eux sont venus : Yossi et Yossi.
גְּזוּר אַגֻּושָּׁא לִשְׂרֹוף תְּרוּמָה הַנּוֹגַעַת בְּגוּשׁ הֶעָפָר:
Ils ont décrété sur la motte de brûler : la terouma qui touche une motte de terre (de la terre des peuples).
וְאַאֲוִירָא לִתְלוֹת תְּרוּמָה הַנִּכְנֶסֶת בַּאֲוִירָא וְאֵין דָּבָר מַפְסִיק בֵּינְתַיִם כְּגוֹן שִׁידָּה פְּרוּצָה מִתַּחְתֶּיהָ:
Et sur l'air de suspendre : la terouma qui entre dans l'air (de la terre des peuples) sans que rien ne fasse séparation entre les deux, par exemple une caisse (chida) ouverte par dessous.
🗂️ Tossefot (1)
אֲתוֹ אִינְהוּ גְּזוּר אַגֻּושָּׁא לִשְׂרֹוף כּוּ' וְקָשֶׁה דְּמִכְּלִי זְכוּכִית לֹא תֵּירֵץ כְּלוּם אַפֵּי' לְפִי הַמַּסְּקָנָא דְּהָא לֵיכָּא לְמֵימַר דְּמֵעִיקָּרָא גְּזוּר אַזְּכוּכִית לִתְלוֹת וּלְבַסּוֹף גְּזוּר לִשְׂרֹוף כִּדְמַסְּקִינַן אַגֻּושָּׁא דְּאָכְלִי זְכוּכִית לֹא שׂוֹרְפִים כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן דַּעֲבוּד רַבָּנָן הֶיכֵּרָא דְּלָא לִישְׂרֹוף עָלֶיהָ תְּרוּמָה וְקָדָשִׁים וְי"ל דְּדַוְקָא בְּטֻומְאַת גַּבָּן אָמַר לְקַמָּן דְּאֵין שׂוֹרְפִין תְּרוּמָה וְקָדָשִׁים דְּאֵינוֹ טָמֵא אֶלָּא מִשּׁוּם דִּמְדַמֵּי לְהוּ לִכְלֵי מַתָּכוֹת אֲבָל שְׁאָר טֻומְאוֹת הַמְטַמְּאִין מִתּוֹרַת כְּלִי חֶרֶס שַׁפִּיר שׂוֹרְפִים תְּרוּמָה וְקָדָשִׁים דְּהָא דָּמוּ לְגַמְרֵי לִכְלִי חֶרֶס וְכֵן בְּלָאו הָכִי צָרִיךְ לְפָרֵשׁ כֵּן לְקַמָּן וְלִסְפָרִים דְּגָרְסִי הָכָא אֶלָּא מֵעִיקָּרָא גְּזוּר וְלָא קַבִּלוּ מִינַּייְהוּ וַאֲתוֹ רַבָּנַן דִּשְׁמֹונִים שָׁנָה וְגָזְרוּ וְקִבְּלוּ מִינַּייְהוּ לְמֵימְרָא דַּחֲדָא גְּזֵרָה הֲוַאי לִשְׂרֹוף וְהָאָמַר אִילְפָא כו' אָתֵי שַׁפִּיר דִּכְלֵי זְכוּכִית נָמֵי בְּשִׁינּוּיָא קַמָּא תֵּירֵץ:
Eux sont venus et ont décrété sur la motte de brûler, etc. : Il est difficile (de comprendre) que pour les ustensiles de verre, (la guemara) n'ait rien répondu, même selon la conclusion. On ne peut pas dire en effet qu'au début on a décrété sur le verre de suspendre et à la fin de brûler, comme nous concluons pour la motte, car pour les ustensiles de verre on ne brûle pas, comme nous le disons plus loin : les Sages ont fait une distinction (hekker) pour qu'on ne brûle pas à cause d'eux la terouma et les kodachim. On peut répondre : c'est seulement pour l'impureté de leur extérieur (gav) qu'il est dit plus loin qu'on ne brûle pas la terouma et les kodachim, parce qu'ils ne sont impurs (de cette façon) que parce qu'on les a comparés aux ustensiles de métal ; mais pour les autres impuretés, celles qui rendent impur selon la loi des ustensiles de terre cuite, on brûle bien la terouma et les kodachim, puisqu'ils ressemblent entièrement aux ustensiles de terre cuite. Et il faut de toute façon expliquer ainsi plus loin. Et selon les livres qui lisent ici : « Mais au début ils ont décrété et on ne l'a pas accepté d'eux ; puis sont venus les Sages des quatre-vingts ans, ils ont décrété et on l'a accepté d'eux », (puis) « est-ce à dire que c'était un seul décret, de brûler ? Mais Ilfa a dit, etc. », cela va bien, car pour les ustensiles de verre aussi, (la guemara) a répondu par la première réponse.
💡 Explication

Première tentative pour concilier les deux dates du décret (15a) : il a été pris en deux temps. Yossi et Yossi ont frappé la motte (gouch) de terre des peuples d'une impureté certaine, qui entraîne le brulement de la terouma ; les Sages des quatre-vingts ans ont ajouté l'air (avir), avec une impureté douteuse : la terouma est suspendue (tolin), ni mangée ni brûlée.

Tossefot relève que le décret sur le verre, daté lui aussi des deux Yossi et des quatre-vingts ans, ne reçoit pas d'explication par étapes, et discute dans quels cas on brûle la terouma à cause du verre.

2
לְמֵימְרָא דַּחֲדָא גְּזֵירְתָא הֲוָה לִשְׂרֵיפָה? וְהָאָמַר אִילְפָא: יָדַיִם תְּחִלַּת גְּזֵירָתָן לִשְׂרֵיפָה! יָדַיִם הוּא דִּתְחִלַּת גְּזֵירָתָן לִשְׂרֵיפָה, הָא מִידִּי אַחֲרִינָא — לֹא.

Est-ce à dire que c'était d'emblée un décret de brulement ? Mais Ilfa a dit : les mains, le début de leur décret était (déjà) pour le brulement !

(On en déduit que) ce sont les mains dont le début du décret était pour le brulement ; une autre chose, non.

💡 Explication

Objection à partir d'Ilfa : le cas des mains est présenté comme une exception, le seul décret qui a commencé directement par le degré le plus sévère (brulement). Pour tout autre décret, dont la terre des peuples, les Sages ont commencé par une mesure plus légère. La première reconstruction, qui fait commencer la motte par le brulement, est donc rejetée.

3
אֶלָּא: אֲתוֹ אִינְהוּ גְּזוּר אַגֻּושָּׁא לִתְלוֹת וְאַאַוֵּירָא וְלֹא כְלוּם, וַאֲתוֹ רַבָּנַן דִּשְׁמֹנִים שָׁנָה גְּזוּר אַגֻּושָּׁא לִשְׂרֹוף וְאַאַוֵּירָא לִתְלוֹת.

Mais (il faut dire) : eux sont venus et ont décrété sur la motte de suspendre, et sur l'air, rien ; puis sont venus les Sages des quatre-vingts ans, et ils ont décrété sur la motte de brûler et sur l'air de suspendre.

🗂️ Tossefot (1)
וְאַאֲוִירָא לִתְלוֹת תֵּימַהּ דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת אֹהָלוֹת (כ"ב מ"ג) אֵלּוּ מְטַמְּאִין בְּמַגָּע וּבְמַשָּׂא וְלֹא בְּאֹהֶל עֶצֶם כַּשְּׂעֹורָה וְאֶרֶץ הָעַמִּים וְי"ל דְּהָתָם מַיְירֵי כְּגוֹן שֶׁהֵבִיא עָפָר מֵאֶרֶץ הָעַמִּים לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אִי נָמֵי כְּר' שִׁמְעוֹן דְּאָמַר קִבְרֵי עַכּוּ"ם אֵין מְטַמְּאִין בְּאֹהֶל דְּלָא הֶחְמִירוּ בְּאֶרֶץ הָעַמִּים יוֹתֵר מִקִּבְרֵיהֶם וְעוֹד תֵּירֵץ דְּהַהִיא מִשְׁנָה נִשְׁנֵית קֹודֶם גְּזֵירָה שֶׁגָּזְרוּ עַל אֲוִירָהּ אֶלָּא עַל גֻּושָּׁא בִּלְבַד וְכֵן מַשְׁמַע מִדְּקָאָמַר עַל גֻּושָּׁא לִתְלוֹת וְעַל אֲוִירָהּ וְלֹא כְלוּם וְאַמַּאי קָאָמַר וְעַל אֲוִירָהּ וְלֹא כְלוּם לֵימָא דְּמֵעִיקָּרָא גָּזְרוּ עַל תַּרְוַייְהוּ לִתְלוֹת וּלְבַסּוֹף גָּזְרוּ עַל גֻּושָּׁא לִשְׂרֹוף וְעַל אֲוִירָהּ כִּדְקָאֵי קָאֵי אֶלָּא מִשּׁוּם דְּמוּכָח מִמַּתְנִיתִין דְּאֹהָלוֹת דְּמִתְּחִלָּה כְּשֶׁגָּזְרוּ עַל גֻּושָּׁא לֹא גָּזְרוּ עַל אֲוִירָהּ וְהָא דְּבָעֵי בְּנָזִיר בְּפֶרֶק כֹּהֵן גָּדוֹל (נָזִיר דַּף נד: וְשָׁם) אֶרֶץ הָעַמִּים מִשּׁוּם אֲוִירָהּ גָּזְרוּ עָלֶיהָ אוֹ מִשּׁוּם גֻּושָּׁא גָּזְרוּ עָלֶיהָ הָא פְּשִׁיטָא דְּאַאֲוִירָה נָמֵי גָּזְרוּ כִּדְקָאָמַר הָכָא אֶלָּא הָתָם ה"פ מִשּׁוּם אֲוִירָהּ גָּזְרוּ עָלֶיהָ שֶׁלֹּא יִכָּנֵס בַּאֲוִיר אֶרֶץ הָעַמִּים בְּשׁוּם עִנְיָן אַפֵּי' ע"י שִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל אוֹ מִשּׁוּם גֻּושָּׁא שֶׁהוּא מַאֲהִיל עַל הַגּוּשׁ אֲבָל כְּשֶׁאֵינוֹ מַאֲהִיל עַל הַגּוּשׁ כְּגוֹן ע"י שִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל טָהוֹר:
Et sur l'air de suspendre : C'est étonnant, car nous avons appris dans le traité Ohalot (2, 3) : « Voici ce qui rend impur par contact et par port, mais non par tente (ohel) : un os de la taille d'un grain d'orge, et la terre des peuples. » On peut répondre que là-bas il s'agit du cas où l'on a apporté de la terre de la terre des peuples en terre d'Israël. Ou encore (la michna suit) Rabbi Chimon, qui dit que les tombes des idolâtres ne rendent pas impur par tente, car on n'a pas été plus sévère pour la terre des peuples que pour leurs tombes. On a aussi répondu que cette michna a été enseignée avant le décret qu'on a pris sur son air, (quand on avait décrété) seulement sur la motte. C'est aussi ce qui ressort de ce qu'il dit : « sur la motte de suspendre, et sur son air, rien ». Pourquoi dit-il en effet « et sur son air, rien » ? Qu'il dise qu'au début on a décrété sur les deux de suspendre, et à la fin sur la motte de brûler, tandis que l'air est resté comme il était ! C'est donc parce qu'il est prouvé par la michna d'Ohalot qu'au début, quand on a décrété sur la motte, on n'a pas décrété sur l'air. Quant à la question posée dans Nazir, au chapitre Kohen gadol (Nazir 54b) : « La terre des peuples, est-ce à cause de son air qu'on a décrété sur elle, ou à cause de sa motte ? », il est évident qu'on a décrété aussi sur l'air, comme il est dit ici. Là-bas il faut expliquer ainsi : est-ce à cause de son air qu'on a décrété sur elle, (c'est-à-dire) qu'on n'entre en aucune manière dans l'air de la terre des peuples, même au moyen d'une caisse (chida), d'un coffre (teva) ou d'une armoire (migdal) ; ou bien à cause de la motte, (c'est-à-dire) quand il fait tente au-dessus de la motte, mais quand il ne fait pas tente au-dessus de la motte, par exemple au moyen d'une caisse, d'un coffre ou d'une armoire, il est pur.
💡 Explication

Deuxième reconstruction, plus progressive : Yossi et Yossi ne prononcent qu'une suspension pour la motte ; les Sages des quatre-vingts ans aggravent d'un degré (motte : brulement ; air : suspension). Elle respecte la règle d'Ilfa.

Tossefot s'appuie sur une michna d'Ohalot selon laquelle la terre des peuples ne rend pas impur par tente (ohel), et en déduit que cette michna précède le décret sur l'air.

4
וְאַכַּתִּי, בְּאָוְשָׁא גְּזוּר! דִּתְנַן: עַל שִׁשָּׁה סְפֵקוֹת שׂוֹרְפִין אֶת הַתְּרוּמָה: עַל סְפֵק בֵּית הַפְּרָס, וְעַל סְפֵק עָפָר הַבָּא מֵאֶרֶץ הָעַמִּים, וְעַל סְפֵק בִּגְדֵי עַם הָאָרֶץ, וְעַל סְפֵק כֵּלִים הַנִּמְצָאִין, וְעַל סְפֵק הָרֻוקִּין, וְעַל סְפֵק מֵי רַגְלֵי אָדָם שֶׁכְּנֶגֶד מֵי רַגְלֵי בְּהֵמָה — עַל וַדַּאי מַגָּעָן וְעַל סְפֵק טֻומְאָתָן שׂוֹרְפִין אֶת הַתְּרוּמָה.

Et pourtant, c'est à Oucha qu'on a décrété (le brulement pour la motte) ! Car nous avons appris : « Pour six doutes on brûle la terouma : pour le doute d'un beit haperas (champ où une tombe a été labourée), pour le doute de la terre venue de la terre des peuples, pour le doute des habits d'un am haarets, pour le doute d'ustensiles trouvés, pour le doute des crachats, et pour le doute de l'urine d'homme qui se trouve près de l'urine d'animal.

Pour leur contact certain et leur impureté douteuse, on brûle la terouma. »

📜 Rachi (9)
וְאַכַּתִּי אַגֻּושָּׁא לִשְׂרֹוף בְּאָוְשָׁא גְּזוּר:
Et pourtant : (le décret) sur la motte, de brûler, a été pris à Oucha.
עַל סְפֵק בֵּית הַפְּרָס כְּלוֹמַר עַל סְפֵקוֹ שֶׁל בֵּית הַפְּרָס כְּגוֹן תְּרוּמָה שֶׁנִּכְנֶסֶת לְבֵית הַפְּרָס דְּהוּא שָׂדֶה שֶׁאָבַד בָּהּ קֶבֶר הַיְינוּ סָפֵק דְּלָא יָדְעִינַן אִם הֶאֱהִילָה עַל הַקֶּבֶר אִם לָאו:
Pour le doute d'un beit haperas : c'est-à-dire pour le doute d'un beit haperas, par exemple une terouma qui entre dans un beit haperas, un champ dans lequel une tombe a été perdue. Voilà le doute : nous ne savons pas si (la terouma) a fait tente au-dessus de la tombe ou non.
וְעַל סְפֵיקוֹ שֶׁל עֲפַר אֶרֶץ הָעַמִּים דְּכָל עֲפַר אֶרֶץ הָעַמִּים מְסַפְּקָא לָן בְּקֶבֶר שֶׁל מֵת:
Et pour le doute de la terre de la terre des peuples : car pour toute la terre de la terre des peuples, nous avons un doute sur (la présence) d'une tombe de mort.
וְעַל סְפֵיקוֹ שֶׁל בִּגְדֵי עַם הָאָרֶץ דְּכוּלְּהוּ מְסַפְּקָא לָן שֶׁמָּא יָשְׁבָה עֲלֵיהֶם אִשְׁתּוֹ נִדָּה כְּדִתְנַן (חֲגִיגָה דַּף יח:) בִּגְדֵי ע"ה מִדְרָס לִפְרוּשִׁים:
Et pour le doute des habits d'un am haarets : car pour tous nous avons un doute : peut-être sa femme nidda s'est-elle assise dessus, comme nous l'avons appris (Haguiga 18b) : « Les habits d'un am haarets sont midras (impurs comme siège d'un zav) pour les perouchim. »
וְעַל סָפֵק כֵּלִים הַנִּמְצָאִים דְּלָא יָדְעִינַן אִם טְמֵאִים הֵן:
Et pour le doute d'ustensiles trouvés : car nous ne savons pas s'ils sont impurs.
סָפֵק רוּקִּין כָּל רוּקִּין מְסַפְּקָא לָן דְּדִילְמָא דְּזָב נִינְהוּ:
Le doute des crachats : pour tous les crachats nous avons un doute : peut-être sont-ils ceux d'un zav.
וְעַל סְפֵק מֵי רַגְלֵי אָדָם הַךְ סָפֵק לָא דָּמֵי לְהָנָךְ דִּלְעֵיל אֶלָּא אַפֵּי' מְסַפְּקָא לָן אִם מֵי רַגְלֵי אָדָם הֵן אִם מֵי רַגְלֵי בְּהֵמָה הֵן דְּאִיכָּא תְּרֵי סְפֵיקֵי לְקֻולָּא דְּאִם תִּמְצֵי לוֹמַר דְּאָדָם שֶׁמָּא טָהוֹר:
Et pour le doute de l'urine d'homme : ce doute ne ressemble pas aux précédents ; ici, même si nous doutons que ce soit de l'urine d'homme ou de l'urine d'animal, ce qui fait deux doutes dans le sens de l'indulgence, car même si tu dis qu'elle est d'un homme, peut-être est-il pur, (on brûle quand même).
שֶׁכְּנֶגֶד מֵי רַגְלֵי בְּהֵמָה רְבוּתָא אַשְׁמְעִינַן דְּלָא תֵּימָא מִדְּהָנֵי דִּבְהֵמָה הָנֵי נָמֵי דִּבְהֵמָה:
Qui se trouve près de l'urine d'animal : il nous apprend une nouveauté : ne dis pas que puisque celles-là sont d'un animal, celles-ci aussi sont d'un animal.
וַדַּאי מַגָּעָן וּסְפֵק טֻומְאָתָן יוֹדֵעַ וַדַּאי שֶׁנָּגַע בָּהֶן תְּרוּמָה אֲבָל אֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם הֵם טְמֵאִים אִם לָאו כְּדִמְפָרֵשׁ בְּכוּלְּהוּ:
Leur contact certain et leur impureté douteuse : il sait avec certitude que la terouma les a touchés, mais il ne sait pas s'ils sont impurs ou non, comme il l'explique pour chacun.
🗂️ Tossefot (4)
עַל שִׁשָּׁה סְפֵקוֹת שׂוֹרְפִין אוֹמֵר רִ"י דְּאַפֵּי' אִיכָּא סְפֵקוֹת יוֹתֵר שֶׁשּׂוֹרְפִין אֶת הַתְּרוּמָה עֲלֵיהֶן כְּגוֹן סְכָכוֹת וּפְרָעוֹת וְכַיּוֹצֵא בְּאֵלּוּ הָכָא לָא חָשֵׁיב אֶלָּא הָנְהוּ דְּתַקִּינוּ בְּאָוְשָׁא:
Pour six doutes on brûle : Le Ri dit que même s'il existe davantage de doutes pour lesquels on brûle la terouma, comme les sekhakhot et les peraot (branches qui avancent au-dessus du chemin) et d'autres semblables, (la michna) ne compte ici que ceux qui ont été institués à Oucha.
עַל סְפֵק בֵּית הַפְּרָס נִרְאֶה לְרִ"י דְּמַיְירֵי בְּשָׂדֶה שֶׁנֶּחְרַשׁ בָּהּ קֶבֶר דְּטָהוֹר מִדְּאוֹרַיְיתָּא וְלָא חָייְשִׁינַן לְעֶצֶם כִּשְׂעוֹרָה וְלָא הָוֵי אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן אֲבָל שָׂדֶה שֶׁאָבַד בָּהּ קֶבֶר הָוֵי סְפֵיקָא דְּאוֹרָייְתָא כִּדְמוֹכַח במ"ק (ד' ה:) וא"כ לַחֲכָמִים אַמַּאי קָאָמְרִי אַף סְפֵק מַגָּע בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד תּוֹלִין וְהִתְנָן בְּפֶ' ו' דִּטְהָרוֹת דְּכָל סְפֵקוֹת בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד טָמֵא:
Pour le doute d'un beit haperas : Il semble au Ri qu'il s'agit d'un champ dans lequel une tombe a été labourée, qui est pur selon la Torah : on ne craint pas un os de la taille d'un grain d'orge, et (l'impureté) n'est que d'ordre rabbinique. Mais un champ dans lequel une tombe a été perdue est un doute d'ordre toranique, comme il est prouvé dans Moed katan (5b). Et s'il en était ainsi, pourquoi les Sages disent-ils : « même pour un doute de contact en domaine privé, on suspend » ? Nous avons pourtant appris au chapitre 6 de Taharot que tous les doutes en domaine privé sont impurs !
וְעַל בִּגְדֵי עַם הָאָרֶץ דְּגָזְרוּ עֲלֵיהֶם שֶׁיִּהְיוּ כְּזָבִין לְכָל דִּבְרֵיהֶם וַאֲפִילּוּ רוֹק שֶׁלּוֹ טָמֵא דְּאָמַר בְּפֶ' בָּתְרָא דַּחֲגִיגָה (ד' כג.) גְּזֵירָה מִשּׁוּם צִינּוֹרָא דְּעַם הָאָרֶץ וַאֲפִילּוּ טְמֵא מֵת רוֹק שֶׁלּוֹ אֵינוֹ טָמֵא אֶלָּא שֶׁעֲשָׂאוּהוּ כְּזָב לְבַד מֵהֶיסֵּט וּמִדְרָס שֶׁלֹּא גָּזְרוּ עָלָיו כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת טְהָרוֹת (פ"ז מִשְׁנָה ו) דְּקָתָנֵי הָתָם בְּגַנָּבִים שֶׁנִּכְנְסוּ לַבַּיִת אֵין טָמֵא אֶלָּא מְקוֹם רַגְלֵי הַגַּנָּבִים וּמָה הֵן מְטַמְּאִין אֳוכָלִים וּמַשְׁקִין אֲבָל כְּלִי חֶרֶס הַמֻּוקָּף צָמִיד פָּתִיל וּמִשְׁכָּבוֹת וּמוֹשָׁבוֹת טָהוֹר וְאִם יֵשׁ עִמָּהֶן נָכְרִי אוֹ אִשָּׁה הַכֹּל טָמֵא וּבְהַנִּיזָּקִין (גַּמִּין דַּף סא. וְשֵׁשׁ) מַשְׁמַע נָמֵי הָכִי דְּפָרִיךְ וּלְיָחוּשׁ שֶׁמָּא תְּסִיטֵם אִשְׁתּוֹ נִדָּה מַשְׁמַע דְּהוּא אֵינוֹ מְטַמֵּא בְּהֶיסֵּט וְעַל סְפֵק רוּקִּין נָמֵי דְּקָאָמַר דְּחָיְישִׁינַן שֶׁמָּא שֶׁל עַם הָאָרֶץ הֵן שֶׁרֻוקּוֹ טָמֵא הַיְינוּ כִּדְפָרֵישִׁית וְלֹא כְּפֵ"ה דְּפֵירֵשׁ דְּבֶגֶד ע"ה טָמֵא דְּחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יָשְׁבָה עָלָיו אִשְׁתּוֹ נִדָּה:
Et pour les habits d'un am haarets : car on a décrété sur eux (les amei haarets) qu'ils soient comme des zavim pour tout ce qui les concerne, et même leur crachat est impur, comme il est dit au dernier chapitre de Haguiga (23a) : « c'est un décret à cause de l'aiguille (tsinora) de l'am haarets ». Or même un impur de mort, son crachat n'est pas impur ; on l'a donc fait comme un zav, sauf pour le déplacement (hesset) et le midras, pour lesquels on n'a pas décrété sur lui. Comme nous l'avons appris dans le traité Taharot (7, 6), où il est enseigné au sujet de voleurs entrés dans une maison : « Seul l'endroit des pieds des voleurs est impur. Et que rendent-ils impur ? Les aliments et les liquides ; mais un ustensile de terre cuite fermé par un couvercle scellé, les couches et les sièges sont purs. Et s'il y a avec eux un non-Juif ou une femme, tout est impur. » Et au chapitre Hanizakin (Guittin 61a), il ressort aussi la même chose, puisqu'on y objecte : « Qu'on craigne que sa femme nidda ne les déplace ! » ; il en ressort que lui-même ne rend pas impur par déplacement. Et pour le doute des crachats aussi, où il dit que nous craignons qu'ils soient ceux d'un am haarets, dont le crachat est impur, c'est comme je l'ai expliqué, et non selon l'explication de Rachi, qui a expliqué que l'habit d'un am haarets est impur parce que nous craignons que sa femme nidda se soit assise dessus.
וְעַל סְפֵק מֵי רַגְלֵי אָדָם שֶׁכְּנֶגֶד מֵי רַגְלֵי בְּהֵמָה פ"ה דִּסְפֵק סְפֵיקָא הוּא וְקָשֶׁה דִּבְפֶרֶק בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה דָּן לג: וְשָׁם) תְּנַן דְּאֵין שׂוֹרְפִין עֲלֵיהֶן תְּרוּמָה מִפְּנֵי שֶׁטֻּומְאָתָן בְּסָפֵק וּרְמִינְהוּ עַל ו' סְפֵקוֹת שׂוֹרְפִין כּוּ' וּמְשַׁנֵּי דְּמַתְנִי' דְּהָתָם מַיְירֵי דְּאִיכָּא סְפֵק סְפֵיקָא ומש"ה אֵין שׂוֹרְפִין וּלְפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס הָא עַל סְפֵק מֵי רַגְלֵי אָדָם שׂוֹרְפִין אע"ג דְּהָוֵי סְפֵק סְפֵיקָא וְנִרְאֶה לר"י דִּנְקַט מֵי רַגְלֵי בְּהֵמָה מִשּׁוּם דִּכְשֶׁהֵן זֶה אֵצֶל זֶה הֵן נִיכָּרוֹת טְפֵי שֶׁהֵן שֶׁל אָדָם וְלֵיכָּא אֶלָּא סָפֵק אֶחָד:
Et pour le doute de l'urine d'homme qui se trouve près de l'urine d'animal : Rachi a expliqué que c'est un double doute (sfek sfeka). C'est difficile, car au chapitre Benot Koutim (Nidda 33b) nous avons appris qu'on ne brûle pas la terouma à cause d'eux, parce que leur impureté est douteuse ; on a opposé (la michna) : « Pour six doutes on brûle, etc. », et on a répondu que la michna de là-bas traite d'un double doute, et c'est pourquoi on ne brûle pas. Or selon l'explication de Rachi, pour le doute de l'urine d'homme on brûle, bien que ce soit un double doute ! Il semble au Ri qu'on a mentionné l'urine d'animal parce que, lorsqu'elles sont l'une près de l'autre, on reconnaît mieux qu'elles sont d'un homme, et il n'y a qu'un seul doute.
💡 Explication

Nouvelle objection : une michna (Taharot 4, 5) énumère six doutes pour lesquels on brûle la terouma, dont la terre des peuples. Selon Oulla (seg. 5), ces six doutes ont été institués à Oucha, bien après la destruction du Temple. Le brulement pour la motte ne peut donc pas remonter aux Sages des quatre-vingts ans.

Condition commune : le contact est certain, seule l'impureté de l'objet est douteuse. Rachi et Tossefot discutent la nature exacte de chaque doute (beit haperas, am haarets, urine).

🖼️ Schéma
Les six doutes pour lesquels on brûle la terouma (Oucha) 1. Beit haperas champ où une tombe a été labourée / perdue 2. Terre des peuples doute de tombe de mort (la motte : notre sujet) 3. Habits d'am haarets peut-être touchés par une nidda 4. Ustensiles trouvés purs ou impurs ? 5. Crachats peut-être d'un zav 6. Urine humaine près d'urine animale peut-être d'un zav Contact certain + impureté douteuse : on brûle Contact douteux : R. Yossi -> brûler en domaine privé Hakhamim -> privé : suspendre ; public : pur
Les six doutes de la michna ; la terre des peuples y figure, ce qui situe le brulement de la motte à Oucha.
5
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אַף עַל סְפֵק מַגָּעָן בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד — שׂוֹרְפִין. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד תּוֹלִין, בִּרְשׁוּת הָרַבִּים — טְהוֹרִין.

Rabbi Yossi dit : même pour le doute de leur contact en domaine privé, on brûle. Et les Sages disent : en domaine privé on suspend, en domaine public ils sont purs.

📜 Rachi (1)
שׂוֹרְפִים וְהַייְנוּ אַגֻּושָּׁא:
On brûle : et c'est le cas de la motte.
💡 Explication

Suite de la michna : que faire si le contact lui-même est douteux ? Rabbi Yossi applique la règle toranique du domaine privé (reshout hayahid), où le doute est tranché vers l'impureté : on brûle. Les Sages, s'agissant d'une impureté rabbinique, sont plus indulgents : suspension en domaine privé, pureté en domaine public.

6
וְאָמַר עֻולָּא: אֵלּוּ שִׁשָּׁה סְפֵיקוֹת בְּאוּשָׁא הִתְקִינוּ! אֶלָּא אֲתוֹ אִינְהוּ גְּזוּר אַגֻּושָּׁא לִתְלוֹת וְאַאַוֵּירָא וְלֹא כְלוּם, וַאֲתוֹ רַבָּנַן דִּשְׁמֹנִים שָׁנָה גְּזוּר אִידֵּי וְאִידֵּי לִתְלוֹת, וַאֲתוֹ בְּאוּשָׁא גְּזוּר אַגֻּושָּׁא לִשְׂרֹוף, וְאַאֲוִירָא — כִּדְקָאֵי קָאֵי.

Et Oulla a dit : ces six doutes, c'est à Oucha qu'on les a institués ! Mais (il faut dire) : eux sont venus et ont décrété sur la motte de suspendre, et sur l'air, rien ; puis sont venus les Sages des quatre-vingts ans, et ils ont décrété sur l'un et l'autre de suspendre ; puis on est venu à Oucha, et on a décrété sur la motte de brûler ; et l'air est resté comme il était.

📜 Rachi (1)
בְּאָוְשָׁא הִתְקִינוּ כַּמָּה שָׁנִים אַחַר חֻורְבַּן כִּדְאָמְרִינַן בר"ה (פ"ד דַּף לא.) גַּבֵּי י' מַסָּעוֹת נָסְעָה שְׁכִינָה:
C'est à Oucha qu'on les a institués : plusieurs années après la destruction, comme nous le disons dans Roch hachana (chapitre 4, 31a) au sujet des dix déplacements qu'a faits la Chekhina.
💡 Explication

Reconstruction finale, en trois étapes :

1. Yossi et Yossi : motte, suspension ; air, rien. 2. Sages des quatre-vingts ans : motte et air, suspension. 3. Oucha (après la destruction, lors de l'exil du Sanhédrin) : motte, brulement ; l'air reste en suspension.

Chaque étape n'aggrave que d'un degré, ce qui respecte la règle d'Ilfa et la datation d'Oulla.

7
כְּלֵי זְכוּכִית — מַאי טַעְמָא גְּזוּר בְּהוּ רַבָּנַן טֻומְאָה? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: הוֹאִיל וּתְחִלַּת בְּרִייָּתָן מִן הַחוֹל שַׁוִּינְהוּ רַבָּנַן כִּכְלֵי חֶרֶס. אֶלָּא, מֵעַתָּה לֹא תְּהֵא לָהֶן טָהֳרָה בְּמִקְוֶה. אַלְּמָה תְּנַן: וְאֵלּוּ חוֹצְצִין בְּכֵלִים — הַזֶּפֶת וְהַמֹּור בִּכְלֵי זְכוּכִית!

Les ustensiles de verre : pour quelle raison les Sages ont-ils décrété sur eux l'impureté ? Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Reich Lakich : puisque le début de leur fabrication est à partir du sable, les Sages les ont assimilés aux ustensiles de terre cuite.

Mais alors, qu'ils n'aient pas de purification au mikve ! Pourquoi donc avons-nous appris : « Voici ce qui fait séparation (hotsets) sur les ustensiles : la poix et la myrrhe sur les ustensiles de verre » ?

📜 Rachi (2)
וְאֵלּוּ חוֹצְצִין לְגַבֵּי טְבִילָה: הַזֶּפֶת וְהַמּוֹר גָּרְסִינַן:
Et voici ce qui fait séparation : pour l'immersion. On lit : « la poix et la myrrhe ».
בִּכְלֵי זְכוּכִית שֶׁהֵן חֲלָקִין וְאֵין אָדָם מַקְפִּיד עַל טִיט וְדָבָר אַחֵר הַנִּדְבָּק בָּהֶן לְפִי שֶׁנּוֹפֵל מֵאֵילָיו וְהָנֵי הוּא דְּמִדַּבְּקִי טוּבָא וְקָפֵיד עֲלַייְהוּ וְאֵין חוֹצֵץ אֶלָּא דָּבָר הַמַּקְפִּיד עָלָיו:
Sur les ustensiles de verre : qui sont lisses ; on n'est pas pointilleux sur la boue et d'autres choses qui y collent, parce qu'elles tombent d'elles-mêmes. Mais celles-ci (la poix et la myrrhe) collent fortement, et l'on est pointilleux à leur sujet ; or seule fait séparation une chose sur laquelle on est pointilleux.
🗂️ Tossefot (1)
אַלְּמָה תְּנַן אֵלּוּ חוֹצְצִין בְּכֵלִים וְלֵיכָּא לְמֵימַר דְּהַהִיא טְבִילָה בְּכֵלִים חֲדָשִׁים מַייְרֵי כְּשֶׁקּוֹנִים מִן הַנָּכְרִים כִּדְאָמַר בְּסוֹף מַסֶּכֶת ע"ז (דַּף עה:) דִּצְרִיכִי טְבִילָה דְּהָא קָתָנֵי סֵיפָא בפ"ט דְּמַסֶּכֶת מִקְוָואוֹת (מִשְׁנָה ה) עַל הַשֻּׁלְחָן וְעַל הַטַּבְלָא וְעַל הַדַּרְגָּשׁ (וְעַל הַדֻּולְבְּקִי) חוֹצְצִין:
Pourquoi donc avons-nous appris : voici ce qui fait séparation sur les ustensiles : On ne peut pas dire que cette immersion concerne des ustensiles neufs, quand on les achète aux non-Juifs, dont il est dit à la fin du traité Avoda zara (75b) qu'ils ont besoin d'immersion, car la fin (de cette michna), au chapitre 9 du traité Mikvaot (michna 5), enseigne : « Sur la table, sur la planche (tavla) et sur le banc (dargach) (et sur le doulbeki), (ces choses) font séparation. »
💡 Explication

La guemara passe au second décret attribué à Yossi et Yossi : l'impureté des ustensiles de verre. Le verre ne figure pas parmi les matériaux que la Torah déclare susceptibles d'impureté. Reich Lakich explique que les Sages l'ont assimilé à la terre cuite (kli hères), car le verre est fait de sable.

Objection : un ustensile de terre cuite impur n'a aucune purification par mikve ; il doit être brisé. Or une michna de Mikvaot parle de ce qui fait séparation (hatsitsa) lors de l'immersion du verre, preuve qu'on peut l'immerger. Tossefot montre que la michna parle bien d'une immersion pour purifier de l'impureté, et non de l'immersion des ustensiles achetés aux non-Juifs.

8
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן? — כְּגוֹן שֶׁנִּיקְּבוּ וְהִטִּיף לְתוֹכָן אֲבָר. וְרַבִּי מֵאִיר הִיא, דְּאָמַר הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר הַמַּעֲמִיד. דְּתַנְיָא: כְּלֵי זְכוּכִית שֶׁנִּקְּבוּ וְהִטִּיף לְתוֹכָן אֲבָר, אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: רַבִּי מֵאִיר מְטַמֵּא וַחֲכָמִים מְטַהֲרִין.

De quoi s'agit-il ici ? Par exemple, (d'ustensiles) qui ont été percés et dans lesquels on a fait couler du plomb.

Et c'est (l'avis de) Rabbi Meir, qui a dit : tout suit ce qui maintient (hamaamid). Car il est enseigné (dans une baraita) : « Des ustensiles de verre qui ont été percés et dans lesquels on a fait couler du plomb, Rabban Chimon ben Gamliel a dit : Rabbi Meir les déclare impurs, et les Sages les déclarent purs. »

📜 Rachi (3)
כְּגוֹן שֶׁנִּקְּבוּ וְטִהֲרוֹ מִתּוֹרַת כְּלִי חֶרֶס דִּכְלִי חֶרֶס שְׁבִירָתוֹ מְטַהַרְתּוֹ:
Par exemple, qui ont été percés : et ils sont devenus purs selon la loi des ustensiles de terre cuite, car pour un ustensile de terre cuite, sa brisure le purifie.
וְהִטִּיף לְתוֹכוֹ אֵבָר דַּחֲשִׁיב לֵיהּ כִּכְלֵי מַתָּכוֹת דְּכָל קַבָּלַת טֻומְאָתוֹ מִשּׁוּם אֵבֶר הַמַּעֲמִידוֹ הִלְכָּךְ אִית לֵיהּ טָהֳרָה בְּמִקְוֶה:
Et on a fait couler dans celui-ci du plomb : (Rabbi Meir) le considère comme un ustensile de métal, car toute sa capacité à recevoir l'impureté vient du plomb qui le maintient ; c'est pourquoi il a une purification au mikve.
מְטַמֵּא וְלָא אָמְרִינַן בְּטִיל לֵיהּ מִתּוֹרַת כְּלִי כִּשְׁאָר כְּלִי חֶרֶס הַנִּשְׁבָּר דְּקָסָבַר הָלַךְ אַחַר הַמַּעֲמִיד וְתוֹרַת כְּלִי מַתָּכוֹת עָלָיו:
Déclare impur : et on ne dit pas qu'il a perdu son statut d'ustensile, comme les autres ustensiles de terre cuite brisés, car il pense qu'on suit ce qui maintient, et la loi des ustensiles de métal s'applique à lui.
🗂️ Tossefot (2)
וְרַבִּי מֵאִיר הִיא דְּאָמַר הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר הַמַּעֲמִיד וּבְפֶרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף נט:) דְּקָתָנֵי שֶׁהָיָה רַבִּי נְחֶמְיָה אוֹמֵר בְּטַבַּעַת הַלֵּךְ אַחַר חוֹתָמָהּ בְּעֹול הַלֵּךְ אַחַר סִמְלוֹנָיו בְּסֻולָּם הַלֵּךְ אַחַר שְׁלִיבוֹתָיו כו' וַחֲכָמִים אוֹמְרִים הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר הַמַּעֲמִיד לָא מַיְיתֵי הָכָא דְּהָכָא קָרֵי מַעֲמִיד זֶה מַה שֶׁנּוֹתְנִין לְתוֹכָם וְהָתָם קָרֵי מַעֲמִיד דָּבָר הַמַּעֲמִיד כְּלִי עַצְמוֹ כְּגוֹן עַמּוּדֵי סֻולָּם שֶׁמְּחַבְּרִים אֶת הַשְּׁלִיבוֹת:
Et c'est Rabbi Meir, qui a dit : tout suit ce qui maintient : Et (la michna) du chapitre Bameh icha (plus loin, Chabbat 59b), qui enseigne que Rabbi Nehemia disait : « pour l'anneau, on suit son sceau ; pour le joug, on suit ses garnitures (simlonav) ; pour l'échelle, on suit ses barreaux, etc. », et les Sages disent : « tout suit ce qui maintient », (la guemara) ne l'apporte pas ici, car ici on appelle « ce qui maintient » ce qu'on met à l'intérieur (des ustensiles), tandis que là-bas on appelle « ce qui maintient » la chose qui maintient l'ustensile lui-même, comme les montants de l'échelle qui relient les barreaux.
וַחֲכָמִים מְטַהֲרִין וְאִם תֹּאמַר וְהֵיכִי מוֹכַח מֵהָכָא דְּרַבִּי מֵאִיר סָבַר הַכֹּל הוֹלֵךְ כו' דִּילְמָא הָא דִּמְטַמֵּא ר' מֵאִיר מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיב סְתִימָה מְעַלַּיְיתָא וּמְטַמֵּא מִדִּין כְּלִי זְכוּכִית וְלֹא מִדִּין כְּלִי מַתָּכוֹת וַחֲכָמִים לָא חָשְׁבוּ לֵיהּ סְתִימָה מְעַלַּיְיתָא וּלְכָךְ מְטַהֲרִים לְגַמְרֵי וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמִסְתַּבֵּר לֵיהּ דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא הָוֵי סְתִימָה מְעַלַּיְיתָא וּפְלִיגִי דְּר' מֵאִיר מְטַמֵּא טֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא מִדִּין כְּלִי מַתָּכוֹת דְּסָבַר הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר הַמַּעֲמִיד וַחֲכָמִים מְטַהֲרִין מִדְּאוֹרַייְתָּא אֲבָל מִדְּרַבָּנָן מִיהָא טָמֵא לְפִי שֶׁגָּזְרוּ עַל כְּלֵי זְכוּכִית דִּסְתִימָה מְעַלַּיְיתָא הִיא אֲבָל אֵין לְפָרֵשׁ דְּרַבָּנָן מְטַהֲרִין לְגַמְרֵי מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיבִי לְהוּ כִּכְלֵי חֶרֶס דְּאָמְרִי' בַּתּוֹסֶפְתָּא כְּלִי חֶרֶס שֶׁטִּיהֵר שָׁעָה אַחַת שׁוּב אֵין לוֹ טֻומְאָה לְעוֹלָם דא"כ מִנָּלַן דְּרַבִּי מֵאִיר אָזֵיל בָּתַר מַעֲמִיד דִּילְמָא לָאו מִדִּין כְּלִי מַתָּכוֹת מְטַמֵּא לֵיהּ אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאָזֵיל לְטַעְמֵיהּ דְּאִית לֵיהּ בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּכֵלִים דִּכְלִי חֶרֶס שֶׁטִּיהֵר שׁוּב יֵשׁ לוֹ טֻומְאָה דְּתַנְיָא הָתָם שׁוּלֵי הַמְּחָצִין וְשׁוּלֵי הַפְּחָתִים וְקַרְקְרוֹת הַכֵּלִים וְדָופְנוֹתֵיהֶן כו' שִׁיפָּן וַעֲשָׂאָן כֵּלִים מְמַלְּאִין בָּהֶן כוּ' וּמְקַבְּלִים טֻומְאָה מִכָּאן וּלְהַבָּא דִּבְרֵי ר' מֵאִיר וַחֲכָמִים אוֹמְרִים כָּל כְּלִי חֶרֶס שֶׁטִּיהֵר שָׁעָה אַחַת שׁוּב כו' וְרַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל גָּרֵיס ור"מ הִיא דַּחֲשִׁיב סְתִימָה מְעַלַּיְיתָא וְלָא גָּרֵיס דְּאָמַר הַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר הַמַּעֲמִיד וּמְפָרֵשׁ דִּפְלִיגִי ר"מ וְרַבָּנָן בְּהָכִי דר"מ חֲשִׁיב לֵיהּ סְתִימָה מְעַלַּיְיתָא וְרַבָּנָן לָא חֲשִׁיבִי לְהוּ סְתִימָה מְעַלַּיְיתָא הִלְכָּךְ מְטַהֲרִים לְגַמְרֵי ודכ"ע אִי הֲוָה סְתִימָה מְעַלַּיְיתָא הֲוָה אָזְלִינַן בָּתַר מַעֲמִיד הִלְכָּךְ לר"מ יֵשׁ לוֹ טָהֳרָה בַּמִּקְוֶה:
Et les Sages déclarent purs : Et si tu dis : comment prouve-t-on d'ici que Rabbi Meir pense que tout suit, etc. ? Peut-être Rabbi Meir déclare-t-il impur parce qu'il considère (le plomb) comme un bouchage valable (setima meality), et (l'ustensile) est impur selon la loi des ustensiles de verre, et non selon la loi des ustensiles de métal ; et les Sages ne le considèrent pas comme un bouchage valable, et c'est pourquoi ils le déclarent entièrement pur ? On peut répondre qu'il lui paraît logique que, selon tous, c'est un bouchage valable, et qu'ils sont en désaccord ainsi : Rabbi Meir le déclare impur d'une impureté toranique selon la loi des ustensiles de métal, car il pense que tout suit ce qui maintient ; et les Sages le déclarent pur selon la Torah, mais selon les Sages il est tout de même impur, puisqu'on a décrété sur les ustensiles de verre, car c'est un bouchage valable. Mais on ne peut pas expliquer que les Sages le déclarent entièrement pur parce qu'ils les considèrent comme des ustensiles de terre cuite, puisque nous disons dans la Tossefta : « un ustensile de terre cuite qui a été pur un seul instant n'a plus jamais d'impureté » ; car s'il en était ainsi, d'où savons-nous que Rabbi Meir suit ce qui maintient ? Peut-être ne le déclare-t-il pas impur selon la loi des ustensiles de métal, mais parce qu'il suit sa propre opinion, puisqu'il pense, dans la Tossefta de Kelim, qu'un ustensile de terre cuite qui a été pur a de nouveau une impureté. Car il est enseigné là-bas : « Les fonds des grandes jarres (mehatsin), les fonds des cruches (pahatim), les bases des ustensiles et leurs parois, etc., (si) on les a polis et qu'on en a fait des ustensiles, on remplit avec eux, etc., et ils reçoivent l'impureté à partir de maintenant : ce sont les paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : tout ustensile de terre cuite qui a été pur un seul instant n'a plus, etc. » Et Rabbenou Chmouel lit : « et c'est Rabbi Meir, qui considère (cela) comme un bouchage valable », et ne lit pas « qui a dit : tout suit ce qui maintient ». Il explique que Rabbi Meir et les Sages sont en désaccord sur ce point : Rabbi Meir le considère comme un bouchage valable, et les Sages ne le considèrent pas comme un bouchage valable ; c'est pourquoi ils le déclarent entièrement pur. Et selon tous, si c'était un bouchage valable, on suivrait ce qui maintient ; c'est pourquoi, selon Rabbi Meir, il a une purification au mikve.
💡 Explication

Réponse : la michna de Mikvaot parle d'un cas particulier. Un ustensile de verre percé perd son statut d'ustensile, comme une terre cuite brisée. Si l'on bouche le trou avec du plomb, l'objet redevient utilisable grâce au métal. Pour Rabbi Meir, hakol holekh ahar hamaamid : l'objet prend le statut du matériau qui lui permet de fonctionner, ici le métal, qui se purifie au mikve.

Tossefot discute la portée exacte du désaccord avec les Sages et cite la lecture de Rabbenou Chmouel, qui fait porter la controverse sur la validité du bouchage.

🖼️ Schéma
Verre percé bouche au plomb : Rabbi Meir et les Hakhamim Le trou annule le statut d'ustensile (comme une terre cuite brisée). Le plomb coule dans le trou rend l'objet de nouveau utilisable. Rabbi Meir : impur tout suit ce qui maintient (hamaamid) le plomb = métal -> statut d'ustensile de métal -> purification possible au mikve Hakhamim : pur on ne suit pas le plomb Tossefot : pur selon la Torah, impur d'ordre rabbinique (décret sur le verre)
Le verre percé et bouche au plomb : pour Rabbi Meir, l'objet suit le plomb et prend le statut de métal.
9
אֶלָּא מֵעַתָּה

Mais alors,

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מֵעַתָּה הוֹאִיל וְשַׁוִּינְהוּ כִּכְלִי חֶרֶס:
Mais alors : puisqu'on les a assimilés aux ustensiles de terre cuite.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא מֵעַתָּה לָא לִיטַמְּאוּ מִגַּבָּן וה"ה דה"מ לְמֵימַר וְלִיטַמְּאוּ מֵאֲוִירָן וְכִי מְשַׁנֵּי דְּהָא דְּמִיטַּמְּאוֹ מִגַּבָּן מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה תֹּוכֶן כְּבָרָן לָא מָצֵי לְמִיפְרַךְ אַכַּתִּי לִיטַמְּאוּ מֵאֲוִירָן דְּאִיכָּא לְמֵימַר אה"נ וְהָא דְּלָא תָּנֵי בַּהֲדֵי נֶתֶר וּכְלֵי חֶרֶס מִשּׁוּם דִּכְלֵי זְכוּכִית מִיטַּמֵּי מִגַּבָּן:
Mais alors, qu'ils ne soient pas impurs par leur extérieur : Et de la même façon, il aurait pu dire : « et qu'ils soient impurs par leur air (intérieur) » ; et quand il répond que s'ils deviennent impurs par leur extérieur, c'est parce que leur intérieur se voit comme leur extérieur, il ne pouvait pas objecter : « qu'ils soient encore impurs par leur air », car on peut dire : en effet, il en est ainsi ; et la raison pour laquelle (le verre) n'est pas enseigné avec le natron et la terre cuite est que les ustensiles de verre deviennent impurs par leur extérieur.
💡 Explication

Début d'une nouvelle objection, complétée au folio 16a : si le verre est assimilé à la terre cuite, il devrait suivre ses règles. Or la terre cuite ne contracte l'impureté que par son espace intérieur (avir), jamais par l'extérieur (gav). Tossefot anticipe la réponse : le verre est transparent, son intérieur se voit de l'extérieur.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).