Sougya : L'amud achève la michna des besoins du mort : on attache sa mâchoire et on étaie une poutre brisée pour empêcher l'aggravation, sans rétablir l'état initial. La Guemara justifie l'onction du mort malgré l'interdit d'oindre le sol du bain, puis inclut d'autres soins (ustensiles froids, orifices bouchés).
La michna suivante interdit de fermer les yeux du mort le Chabbat et, en tout temps, au moment où l'âme sort. Suit une longue aggada : le vivant et le mort (nourrisson, David, Og), la tsedaka à faire tant qu'on le peut, la mahloket entre Rabbi Chimon ben Elazar et Chmouel sur les jours du Machiah, la roue de la pauvreté, et la lecture de Kohelet 12 sur la vieillesse et les larmes.
... afin qu'il se conserve (litt. qu'il attende). On attache la mâchoire (du mort), non pour qu'elle remonte, mais pour qu'elle ne s'ouvre pas davantage.
De même, une poutre qui s'est brisée : on l'étaie avec un banc ou avec les longs montants du lit, non pour qu'elle remonte, mais pour qu'elle ne s'affaisse pas davantage.
Fin de la michna commencée au 151a. Le principe commun aux deux cas : le Chabbat, on peut empêcher une dégradation en cours, sans rétablir l'état antérieur.
Pour le mort, refermer la bouche obligerait à déplacer un membre, ce que la michna interdit (le corps est mouktse). Pour la poutre, la relever serait bonè (construire), l'une des trente-neuf melakhot ; le banc et les montants du lit ont statut de kli et peuvent être déplacés.
Guemara. Mais Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Chmouel : il arriva qu'un disciple de Rabbi Meir entra derrière lui dans la maison de bains (le Chabbat).
Il voulut rincer le sol ; (Rabbi Meir) lui dit : on ne rince pas. (Il voulut) oindre le sol ; il lui dit : on n'oint pas.
(Réponse :) un sol peut être confondu avec un (autre) sol ; un mort ne peut pas être confondu avec un sol.
La Guemara oppose à la michna (on oint et on rince le mort) un récit : Rabbi Meir a interdit à son disciple de rincer et d'oindre le sol du bain. On pourrait en déduire que ce qui est mouktse ne doit pas être oint.
Réponse : l'interdit du sol vient d'une guezera. Sur un sol de terre, rincer ou oindre revient à aplanir des creux (achvouyei goumot, une forme de bonè). Les Sages ont étendu l'interdit au sol dallé, qu'on pourrait confondre avec un sol de terre. Un corps ne se confond pas avec un sol : aucune raison d'interdire.
(Le mot) 'tous' (les besoins du mort), que vient-il inclure ? Il vient inclure ce qu'ont enseigné les Rabbanan : on apporte des ustensiles qui refroidissent et des ustensiles de métal, et on les pose sur son ventre afin qu'il ne gonfle pas ; et on bouche ses orifices afin que l'air n'y pénètre pas.
Méthode classique : un mot apparemment superflu de la michna (kol, tous) sert à inclure un cas supplémentaire (leatouyei). Ici, des soins qui retardent la décomposition : poser sur le ventre des objets froids ou métalliques, boucher les orifices.
Le Roch rassemble dans une seule glose toute la suite aggadique et halakhique de l'amud ; il attribue à Rabbi Chimon ben Elazar ce que notre texte attribue à Rabban Chimon ben Gamliel.
Et Chelomo aussi a dit dans sa sagesse : 'Avant que ne se rompe le cordon d'argent' - c'est la moelle épinière. 'Et que ne se brise le vase (goulat) d'or' - c'est le membre. 'Et que la cruche ne se casse à la source' - c'est le ventre. 'Et que la roue (galgal) ne tombe brisée dans la fosse' - ce sont les excréments.
La Guemara cite Kohelet 12, 6 pour appuyer la baraita précédente : le ventre du mort gonfle et éclate. Chaque image du verset est lue sur une partie du corps. Rachi explique chaque correspondance par la forme ou par un jeu de racines : goula / source, galgal / gelal (excrément).
Et il est dit de même : 'Je répandrai des excréments sur vos visages, les excréments de vos fêtes' (Malakhi 2, 3). Rav Houna a dit, et certains disent que c'est Rav Haga qui a dit : ce sont les gens qui délaissent les paroles de Torah et font de tous leurs jours comme des fêtes.
Rabbi Levi a dit au nom de Rav Papi, au nom de Rabbi Yehochoua : après trois jours, son ventre éclate, tombe sur son visage et lui dit : 'Reprends ce que tu as mis en moi.'
Le verset de Malakhi relie les excréments aux fêtes : ceux qui vivent dans le plaisir (Rachi) en délaissant la Torah. L'image du ventre qui éclate après trois jours et reproche au mort ce qu'il y a mis prolonge la même idée.
Le Ben Yehoyada lit les lettres : chefer (beauté, la Torah) inverse donne perech (excrément).
Michna. On ne ferme pas (les yeux du) mort le Chabbat, ni en semaine au moment où l'âme sort.
Celui qui (les) ferme au moment où l'âme sort, voici qu'il verse le sang.
Deux interdits distincts. Le Chabbat, même après la mort, fermer les yeux revient à déplacer un membre du corps (mouktse). En tout temps, pendant l'agonie (yetsiat hanefech), le geste peut hâter la mort : celui qui le fait est considéré comme chofekh damim (verseur de sang).
Guemara. Les Rabbanan ont enseigné : celui qui (lui) ferme (les yeux) au moment où l'âme sort, voici qu'il verse le sang.
C'est comparable à une lampe qui va en s'éteignant : si un homme pose son doigt dessus, elle s'éteint aussitôt. Il a été enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : celui qui veut que les yeux du mort se ferment lui souffle du vin dans le nez, met de l'huile entre ses cils et saisit ses deux gros orteils, et ils se ferment d'eux-mêmes.
La lampe illustre la michna : la flamme s'éteindrait d'elle-même un peu plus tard, mais le doigt l'éteint tout de suite. Le mourant a encore un moment de vie ; le toucher l'abrège.
Rabban Chimon ben Gamliel donne une méthode indirecte pour fermer les yeux sans les toucher.
Il a été enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : pour un nourrisson d'un jour vivant, on profane le Chabbat ; pour David, roi d'Israël, mort, on ne profane pas le Chabbat. Pour un nourrisson d'un jour vivant on profane le Chabbat : la Torah a dit : profane pour lui un Chabbat afin qu'il garde de nombreux Chabbats.
Pour David, roi d'Israël, mort, on ne profane pas (le Chabbat) : dès qu'un homme est mort, il est dispensé des mitsvot. C'est ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan : 'Parmi les morts, libre' (Tehilim 88, 6) : dès qu'un homme meurt, il devient libre des mitsvot.
Contraste voulu : le plus faible des vivants et le plus grand des morts. La vie, même celle d'un nourrisson d'un jour, justifie de profaner le Chabbat (pikouah nefech) ; le corps de David, roi d'Israël, ne le justifie pas.
La raison donnée : la profanation est justifiée par les Chabbats que le vivant gardera ensuite. Le mort est hofchî (libre) des mitsvot : cette raison ne s'applique plus à lui.
Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : un nourrisson d'un jour vivant, il n'est pas nécessaire de le garder de la belette et des souris ; mais Og, roi du Bachan, mort, il faut le garder de la belette et des souris, comme il est dit : 'La crainte de vous et l'effroi de vous (hitkhem) seront (sur tout animal de la terre)' (Berechit 9, 2) : tant que l'homme est vivant, sa crainte pèse sur les créatures ; dès qu'il est mort, sa crainte disparaît.
Même structure que la baraita précédente, appliquée aux animaux. Rachi lit hitkhem (votre effroi) comme hayoutkhem (votre vie) : la crainte que l'homme inspire aux animaux dépend de sa vie. Og, géant célèbre, ne l'inspire plus une fois mort.
Rav Papa a dit : nous tenons (pour établi) qu'un lion ne se jette pas sur deux (personnes). Mais nous voyons qu'il se jette (sur eux) !
Cela (s'explique) selon Rami bar Abba, car Rami bar Abba a dit : une bête ne domine un homme que lorsqu'il lui apparaît comme un animal, comme il est dit : 'L'homme dans sa dignité ne demeure pas ; il est comparé aux bêtes, il leur ressemble' (Tehilim 49, 13). Rabbi Hanina a dit : il est interdit de dormir seul dans une maison, et quiconque dort seul dans une maison, Lilit s'empare de lui.
Rav Papa déduit du pluriel de Berechit 9, 2 qu'un lion n'attaque pas deux hommes. L'expérience le contredit ; la Guemara répond avec Rami bar Abba : une bête ne domine que celui qui lui apparaît comme un animal. Rachi : il s'agit de celui dont la mort a été décrétée.
Le verset de Tehilim joue sur nimchal (comparé) et mochel (dominer). La fin du segment (dormir seul) ouvre une série d'enseignements de mise en garde.
Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : agis tant que tu trouves (à qui donner), que tu en as les moyens, et que (cela) est encore en ta main. Et Chelomo aussi a dit dans sa sagesse : 'Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse, avant que ne viennent les jours mauvais' - ce sont les jours de la vieillesse ; 'et qu'arrivent les années dont tu diras : je n'y ai pas de plaisir' (Kohelet 12, 1) - ce sont les jours du Machiah, où il n'y a ni mérite ni culpabilité.
Rachi lit les trois conditions de Rabbi Chimon ben Elazar sur la tsedaka : un pauvre à qui donner, de l'argent pour donner, la vie pour agir. Chacune peut disparaître.
Les années 'sans plaisir' de Kohelet sont les jours du Machiah : sans pauvres, la mitsva de tsedaka n'offre plus ni zekhout (mérite) ni hova (culpabilité pour avoir refusé).
Et cela s'oppose à (l'avis de) Chmouel, car Chmouel a dit : il n'y a de différence entre ce monde et les jours du Machiah que l'asservissement aux royaumes seulement, comme il est dit : 'Car le pauvre ne cessera pas du milieu du pays' (Devarim 15, 11).
Mahloket : selon Chmouel, l'ère messianique change la situation politique d'Israël (chiboud malkhouyot), sans modifier l'ordre économique du monde. Le verset 'le pauvre ne cessera pas' est pris à la lettre et pour toujours.
Il a été enseigné : Rabbi Elazar Hakapar dit : que l'homme demande toujours miséricorde au sujet de cette condition (la pauvreté), car si elle ne vient pas (sur) lui, elle vient (sur) son fils, et si elle ne vient pas (sur) son fils, elle vient (sur) le fils de son fils, comme il est dit : 'Car à cause (biglal) de cette chose' (Devarim 15, 10). Il a été enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : c'est une roue (galgal) qui tourne dans le monde.
Rav Yossef a dit : nous tenons (pour établi) qu'un érudit (tsourba merabanan) ne s'appauvrit pas. Mais nous voyons qu'il s'appauvrit !
Même s'il s'appauvrit, il ne fait pas le tour des portes (pour mendier).
Le verset 'biglal hadavar hazeh' (à cause de cette chose) est lu comme galgal (roue) : la richesse et la pauvreté tournent d'une génération à l'autre. D'où la prière constante, et le don au pauvre.
Rav Yossef précise sa règle après l'objection : l'érudit peut s'appauvrir, mais il ne sera pas réduit à mendier aux portes.
Dans le Ben Yehoyada, chaque lettre de galgal (g-l-g-l) précède d'un rang dans l'alphabet celle de dam dam (d-m-d-m).
Rabbi Hiya dit à sa femme : quand vient un pauvre, présente-lui vite du pain, afin qu'on en présente vite à tes enfants. Elle lui dit : tu les maudis ?!
Il lui dit : c'est un verset qui est écrit : 'Car à cause (biglal) de cette chose', et il a été enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : c'est une roue (galgal) qui tourne dans le monde. Il a été enseigné : Rabbi Gamliel, fils de Rabbi, dit : 'Il te donnera la miséricorde, il aura pitié de toi et te multipliera' (Devarim 13, 18) : quiconque a pitié des créatures, on a pitié de lui du Ciel ; et quiconque n'a pas pitié des créatures, on n'a pas pitié de lui du Ciel.
La femme de Rabbi Hiya comprend sa phrase comme une malédiction : elle suppose que ses enfants auront un jour besoin qu'on leur donne du pain. Rabbi Hiya répond par le verset : la pauvreté est une roue, et le don d'aujourd'hui prépare la miséricorde pour les descendants.
Rabbi Gamliel lit Devarim 13, 18 : Hachem 'te donnera la miséricorde', c'est-à-dire la capacité d'avoir pitié ; en retour, on a pitié de toi. Mida keneged mida (mesure pour mesure).
'Avant que ne s'obscurcissent le soleil et la lumière' - ce sont le front et le nez ; 'et la lune' - c'est l'âme (nechama) ; 'et les étoiles' - ce sont les joues ; 'et que les nuages reviennent après la pluie' (Kohelet 12, 2) - c'est la lumière des yeux de l'homme, qui s'en va après les pleurs. Chmouel a dit : cette larme, jusqu'à quarante ans (la vue) revient ; à partir de là, elle ne revient plus.
Retour à Kohelet 12, lu cette fois sur le visage du vieillard. Chmouel en tire une observation : après quarante ans, les pleurs affaiblissent la vue de manière durable.
Et Rav Nahman a dit : ce khôl (fard médicinal pour les yeux), jusqu'à quarante ans, il améliore (la vue) ; à partir de là, même (si l'on en met avec un bâton) épais comme l'ensouple des tisserands, il maintient (la vue), il ne l'améliore pas. Que nous apprend-il ?
Que plus le bâton à khôl est épais, meilleur c'est.
Le khôl était un fard appliqué aux paupières avec un bâton (mikhol), reconnu pour ses vertus sur la vue. Après quarante ans, il conserve la vue sans l'améliorer. La question 'que nous apprend-il ?' porte sur l'image de l'ensouple : elle indique qu'en général, plus on en met, mieux cela vaut.
La fille de Rabbi Hanina mourut, et il ne pleurait pas sur elle. Sa femme lui dit : est-ce une poule que tu as fait sortir de ta maison ?!
Il lui dit : (faudrait-il) deux (malheurs) : le deuil et la cécité ? Il pensait comme ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Yossi ben Katsarta : il y a six (sortes de) larmes, trois bonnes et trois mauvaises.
Celles de la fumée et celles des pleurs ...
Rabbi Hanina ne pleure pas sa fille : il applique l'enseignement de Chmouel (seg. 14) sur les larmes après quarante ans. Pleurer ajouterait au deuil (tikhla) la perte de la vue (iwra).
L'enseignement des six larmes commence ici et se poursuit au 152a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).