Sougya : L'amud poursuit la section aggadique ouverte par la michna sur les soins au mort. La Guemara lit Kohelet 12 comme une description du corps qui vieillit : dents, yeux, jambes, sommeil, désir.
Elle rapporte des réparties de Sages sur leur grand âge (R. Yehochoua ben Hanania devant l'empereur, R.
Chimon ben Halafta devant Rabbi) et l'échange mordant entre R. Yehochoua ben Qorha et un eunuque.
Rav et Rava discutent le cas de Barzilaï, puis une baraita distingue la vieillesse des sages de celle des ignorants. La fin traite du sort du mort : demeure selon son rang, douleur des vers, deuil de l'âme pendant sept jours, et dix personnes qui s'assoient à la place du mort sans endeuillés.
Et celles (les larmes) des toilettes sont mauvaises. Celles d'un remède, du rire et des fruits sont bonnes.
Fin de la baraita des six sortes de larmes commencée au 151b : trois abîment les yeux, trois leur font du bien. Les larmes provoquées par un remède, par le rire ou par un fruit piquant (la moutarde, selon Rachi) sont bénéfiques.
"Le jour où trembleront les gardiens de la maison, où se courberont (les hommes vaillants), etc." "Le jour où trembleront les gardiens de la maison" : ce sont les flancs et les côtés. "Où se courberont les hommes vaillants" : ce sont les jambes.
"Où cesseront les meunières" : ce sont les dents. "Où s'obscurciront celles qui regardent par les fenêtres" : ce sont les yeux.
La Guemara reprend l'explication de Kohelet 12, qui décrit la vieillesse par images. Chaque terme du verset 3 désigne une partie du corps qui s'affaiblit : les côtés protègent les organes comme des gardiens, les jambes portent la force, les dents broient, les yeux regardent au-dehors. Voir le tableau de synthèse en haut de page.
L'empereur dit à R. Yehochoua ben Hanania : Pourquoi n'es-tu pas venu à la maison d'Avidan ?
Il lui répondit : La montagne est neige, ses alentours sont glacés ; ses chiens n'aboient pas ; ses meules ne moulent pas. À l'école de Rav, on dit (qu'il ajouta) : Ce que je n'ai pas perdu, je le cherche.
Illustration de la lecture précédente : un Sage décrit sa propre vieillesse par des images semblables à celles de Kohelet. Cheveux et barbe blancs (neige et glace), voix faible (les chiens n'aboient plus), dents tombées (les meules). La maison d'Avidan est, selon Rachi, un lieu de controverse avec les Sadducéens : R. Yehochoua explique qu'il n'a plus les forces pour y débattre.
La phrase de l'école de Rav décrit le vieillard courbé, qui semble chercher par terre un objet qu'il n'a pas perdu.
Il est enseigné (dans une baraita) : R. Yossi bar Qisma dit : Deux valent mieux que trois.
Malheur à l'une qui s'en va et ne revient pas. Qu'est-ce ?
Rav Hisda dit : La jeunesse. Quand Rav Dimi vint (d'Erets Israël), il dit : La jeunesse est une couronne de roses, la vieillesse une couronne d'épines.
On a enseigné au nom de R. Meir : Broie avec tes dents et tu le trouveras dans tes pas, ainsi qu'il est dit : "Nous étions rassasiés de pain, nous étions bien et nous ne voyions pas de malheur".
Chmouel dit à Rav Yehouda : Homme aux grandes dents, ouvre ton sac et fais entrer ton pain. Jusqu'à quarante ans, la nourriture est profitable ; à partir de là, la boisson est profitable.
Série de proverbes sur les âges de la vie. 'Deux valent mieux que trois' : les deux jambes du jeune homme valent mieux que les deux jambes et le bâton du vieillard. Ce qui 's'en va et ne revient pas', selon Rav Hisda, c'est la jeunesse.
Conseils de santé : bien manger donne de la force pour marcher (R. Meir). Chmouel appelle Rav Yehouda chinena, littéralement 'aux grandes dents', terme d'affection pour un élève aigu. La règle finale : avant quarante ans, privilégier la nourriture ; ensuite, la boisson.
Un eunuque dit à R. Yehochoua ben Qorha : D'ici à Qarhina, combien y a-t-il ?
Il lui répondit : Autant que d'ici à Gozenia. (L'eunuque) lui dit : Un bouc chauve (se vend) quatre.
Il lui dit : Un mouton châtré (se vend) huit.
Joute verbale. Selon Rachi, l'interlocuteur est un eunuque sadducéen qui se moque de la calvitie de R. Yehochoua ben Qorha (son nom évoque qereah, chauve). Chaque pique reçoit une réponse du même ordre sur la castration de l'eunuque.
Le bouc (sans laine, donc 'chauve') vaut quatre pièces ; l'agneau châtré, engraissé, vaut huit. Le Sage renvoie ainsi à l'eunuque son propre défaut.
Il vit qu'il n'avait pas mis ses chaussures. Il lui dit : Celui qui (monte) sur un cheval est un roi, celui qui (monte) sur un âne est un homme libre, et celui qui a des chaussures aux pieds est un homme.
Celui qui n'a ni ceci ni cela, celui qui est enterré dans une fosse vaut mieux que lui. Il lui répondit : Eunuque, eunuque, tu m'as dit trois choses, entends-en trois : la splendeur du visage, c'est la barbe ; la joie du cœur, c'est l'épouse ; "l'héritage de Hachem, ce sont les enfants".
Béni soit le Maqom qui t'a privé de tous. Il lui dit : Un chauve qui cherche querelle ?!
Il lui dit : Un châtré qui fait des reproches !
Deuxième manche. L'eunuque se moque du Sage qui marche pieds nus : il le place au-dessous du simple homme. R. Yehochoua répond par trois choses dont l'eunuque est privé pour toujours : la barbe, l'épouse, les enfants (verset de Tehilim 127,3). Le terme Maqom (le Lieu) désigne Hachem.
Les deux dernières répliques reprennent le jeu du segment précédent : chauve contre châtré. Voir le schéma de synthèse en haut de page.
Rabbi dit à R. Chimon ben Halafta : Pourquoi ne t'avons-nous pas reçu pendant la fête, comme mes pères recevaient tes pères ?
Il lui répondit : Les rochers sont devenus hauts, les proches sont devenus lointains, deux sont devenus trois, et celui qui met la paix dans la maison a cessé.
Rabbi (R. Yehouda ha-Nassi) demande poliment à R. Chimon ben Halafta pourquoi il n'est pas venu le voir. La réponse décrit la vieillesse en quatre traits : les petits cailloux paraissent des rochers, les distances s'allongent, il faut un bâton (deux jambes + un), et le désir a cessé (Rachi : l'organe qui 'met la paix dans la maison').
"Les portes sur la rue se fermeront, etc." : ce sont les orifices de l'homme. "Quand baisse le bruit de la meule" : à cause de l'estomac (qorqeban) qui ne broie pas.
"On se lèvera à la voix de l'oiseau" : même un oiseau le réveille de son sommeil. "Toutes les filles du chant s'abaisseront" : même la voix des chanteurs et des chanteuses lui semble une simple conversation.
Suite de la lecture de Kohelet 12,4. Les 'portes' sont les orifices du corps qui fonctionnent mal ; la 'meule' est l'estomac qui digère mal ; le vieillard dort d'un sommeil léger et n'a plus de plaisir à la musique.
Barzilaï le Guiladite aussi dit à David : "J'ai aujourd'hui quatre-vingts ans, puis-je discerner entre le bien et le mal ?" : de là (on apprend) que l'esprit des vieillards change. "Ton serviteur peut-il goûter ce que je mange et ce que je bois ?" : de là, que les lèvres des vieillards se gercent.
"Puis-je encore entendre la voix des chanteurs et des chanteuses ?" : de là, que les oreilles des vieillards s'alourdissent.
Un exemple biblique confirme la description : Barzilaï refuse de suivre David à Jérusalem en invoquant ses quatre-vingts ans (II Samuel 19,36). De ses trois phrases, la Guemara tire trois effets de l'âge : le jugement, le goût, l'ouïe.
Rav dit : Barzilaï le Guiladite était un menteur. Car il y avait une servante dans la maison de Rabbi, âgée de quatre-vingt-douze ans, et elle goûtait les marmites.
Rava dit : Barzilaï le Guiladite était livré à la débauche, et quiconque est livré à la débauche, la vieillesse fond sur lui. Il est enseigné : R.
Yichmael, fils de R. Yossi, dit : Les talmidei hakhamim, plus ils vieillissent, plus la sagesse s'ajoute en eux, ainsi qu'il est dit : "Chez les vieillards est la sagesse, et la longueur des jours (donne) l'intelligence".
Et les amei ha-arets (ignorants), plus ils vieillissent, plus la sottise s'ajoute en eux, ainsi qu'il est dit : "Il ôte la parole aux hommes sûrs et il enlève le discernement aux vieillards".
Mahloket entre Rav et Rava sur Barzilaï. Pour Rav, à quatre-vingts ans on goûte encore les plats (preuve par la servante de Rabbi, 92 ans) : Barzilaï cherchait un prétexte. Pour Rava, Barzilaï disait vrai, mais sa conduite l'avait vieilli avant l'âge.
La baraita concilie deux versets de Job qui semblent se contredire : l'un parle des sages, dont la sagesse croît avec l'âge ; l'autre des amei ha-arets, dont le jugement baisse (Rachi).
"On craindra aussi ce qui est élevé" : même une petite butte lui semble comme les plus hautes des montagnes. "Et des frayeurs sur le chemin" : lorsqu'il marche sur la route, il lui vient des frayeurs.
"L'amandier fleurira" : c'est l'os de la hanche (qalibousset). "La sauterelle se traînera" : ce sont les fesses.
"Et l'aviyona (le câprier) cessera" : c'est le désir.
Lecture de Kohelet 12,5. La 'sauterelle' (hagav) est lue comme agavot (les fesses) par permutation du het et du ayin ; elle 'se traîne' (yistabel) comme sous un fardeau (sevel). L'aviyona, baie du câprier réputée exciter l'appétit, désigne le désir qui disparaît.
Rav Kahana récitait les versets devant Rav. Arrivé à ce verset, (Rav) soupira et gémit.
(Rav Kahana) dit : On en déduit que le désir de Rav a cessé. Rav Kahana dit : Que signifie ce qui est écrit : "Car Il a dit et cela fut" ?
C'est la femme. "Il a ordonné et cela se maintint" : ce sont les enfants.
Il est enseigné : La femme est une outre pleine d'excréments, sa bouche est pleine de sang, et tous courent après elle.
Anecdote : en lisant le verset sur l'aviyona, Rav soupire ; son élève Rav Kahana en conclut que Rav, âgé, ressent ce qui est décrit.
Rav Kahana lit Tehilim 33,9 : le désir pour la femme et l'attachement aux enfants existent parce que Hachem 'a dit' et 'a ordonné'. Rachi : sans ce décret, rien dans le corps ne rendrait la femme désirable ; la baraita crue qui suit illustre cette idée.
"Car l'homme s'en va vers sa maison éternelle" : R. Yitshaq dit : Cela enseigne qu'à chaque juste on donne une demeure selon son honneur.
Parabole d'un roi qui entre dans une ville avec ses serviteurs : lorsqu'ils entrent, tous entrent par une même porte ; lorsqu'ils passent la nuit, à chacun on donne une demeure selon son honneur.
Fin de Kohelet 12,5. R. Yitshaq s'appuie sur le possessif : 'sa' maison éternelle, et non 'la' maison éternelle. Chacun reçoit au monde futur une demeure propre, selon son mérite. La parabole : l'entrée commune correspond à la mort, identique pour tous ; le logement attribué correspond à la récompense, différente pour chacun.
R. Yitshaq dit encore : Que signifie ce qui est écrit : "Car l'enfance et la jeunesse (ha-chaharout) sont vanité" ?
Les choses que l'homme fait dans son enfance noircissent (machhirim) son visage au temps de sa vieillesse.
Jeu de mots entre chaharout (jeunesse, de chahor, noir : les cheveux noirs) et machhirim (noircissent). Rachi l'applique à l'excès de relations, qui use les forces ; le lien avec l'avis de Rava sur Barzilaï (segment 9) est net.
R. Yitshaq dit encore : Le ver est aussi pénible pour le mort qu'une aiguille dans la chair du vivant, ainsi qu'il est dit : "Mais sa chair souffre sur lui".
Rav Hisda dit : L'âme de l'homme est en deuil sur lui pendant les sept (jours), ainsi qu'il est dit : "Et son âme est en deuil sur lui", et il est écrit : "Il fit pour son père un deuil de sept jours".
Le verset de Job 14,22 est lu au sujet du mort : sa chair ressent encore la douleur des vers, et son âme (nefech) est en deuil sur lui. Rav Hisda fixe la durée de ce deuil à sept jours par rapprochement avec le deuil de Yossef pour Yaaqov (Berechit 50,10), source des sept jours de chiva.
Rav Yehouda dit : Un mort qui n'a pas de consolateurs, dix personnes vont s'asseoir à sa place. Un homme mourut dans le voisinage de Rav Yehouda, il n'avait pas de consolateurs,
Conséquence pratique du segment précédent : puisque l'âme du mort est en deuil sept jours, il faut que quelqu'un reçoive les condoléances à sa place. Si le mort n'a pas d'avelim (endeuillés), un minyan de dix personnes s'assoit à l'endroit du décès. Le récit se poursuit au 152b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).