Sougya : L'amud poursuit l'aggada sur le deuil commencée au 152a. Rav Yehouda installe un minyan à la place d'un mort sans endeuillés, et le défunt l'en remercie en rêve.
Rabbi Abahou enseigne que le mort sait ce qu'on dit devant lui ; Rabbi Hiya et Rabbi Chimon beRabbi discutent jusqu'à quand. Une baraita sur Kohelet 12,7 demande de rendre l'âme pure comme on l'a reçue, avec la parabole du roi qui distribue ses habits, puis décrit le sort des âmes des justes, des moyens et des méchants.
Suit le récit de Rav Ahai bar Yochiya, dont le corps est intact dans sa tombe, et la question d'un min sur la nécromancienne qui fit monter Chmouel.
Chaque jour, Rav Yehouda prenait dix [personnes], et elles s'asseyaient à sa place. Après sept jours, [le mort] apparut en rêve à Rav Yehouda et lui dit : Que ton esprit soit en repos, car tu as mis mon esprit en repos.
Suite du récit du 152à : le mort n'avait pas d'avelim (endeuillés). Rav Yehouda réunit un minyan chaque jour des sept jours de chiva à l'endroit du décès. Le rêve montre que l'âme du défunt en a tiré un apaisement.
Rabbi Abahou dit : Tout ce que l'on dit devant le mort, il le sait, jusqu'à ce que le golel soit scellé. Rabbi Hiya et Rabbi Chimon beRabbi sont en désaccord à ce sujet.
L'un dit : jusqu'à ce que le golel soit scellé ; l'autre dit : jusqu'à ce que la chair se décompose.
Le golel marque la fermeture de la tombe. Pour Rachi c'est le couvercle du cercueil ; pour Rabbenou Tam c'est la grande pierre posée sur la tombe (matseva). Tossefot développe ce désaccord à partir des lois d'impureté : golel et dofek rendent impur par ohel (tente).
Le point d'aggada : le mort perçoit ce qu'on dit devant lui. Les deux Amoraim fixent la limite soit à la fermeture de la tombe, soit à la décomposition de la chair.
Celui qui dit : jusqu'à ce que la chair se décompose, [s'appuie sur] ce qui est écrit : Sa chair souffre sur lui et son âme est en deuil sur lui (Job 14,22). Celui qui dit : jusqu'à ce que le golel soit scellé, [s'appuie sur] ce qui est écrit : La poussière retourne à la terre comme elle était, etc.
(Kohelet 12,7).
Chaque avis a son verset. Job lie la perception de l'âme à la présence de la chair. Kohelet enchaîne le retour du corps à la terre et le départ de l'esprit : une fois le corps enterré, l'esprit ne perçoit plus ce qui se passe autour de lui.
Nos Maîtres ont enseigné : L'esprit retourne à D.ieu qui l'a donné (Kohelet 12,7) : rends-le-Lui comme Il te l'a donné ; [Il te l'a donné] dans la pureté, toi aussi [rends-le] dans la pureté. Parabole d'un roi de chair et de sang qui distribua des habits royaux à ses serviteurs.
Les avisés parmi eux les plièrent et les déposèrent dans un coffre ; les sots parmi eux allèrent et firent du travail avec. Après un temps, le roi réclama ses habits.
Les avisés parmi eux les lui rendirent repassés, les sots parmi eux les lui rendirent salis. Le roi se réjouit à l'approche des avisés et se mit en colère à l'approche des sots.
Le mot acher netana (qui l'a donné) est lu comme une exigence : l'âme doit être rendue dans l'état de pureté où elle a été reçue. La parabole (machal) du roi illustre cette idée : les habits royaux représentent l'âme (et, selon le Ben Yehoyada, ses forces et ses vêtements).
Au sujet des avisés, il dit : Que mes habits soient donnés au trésor, et qu'eux rentrent chez eux en paix. Au sujet des sots, il dit : Que mes habits soient donnés au blanchisseur, et qu'eux soient enfermés en prison.
Rachi applique chaque détail : le trésor correspond au Trône de gloire, le blanchisseur au Guehinam, dont le rôle est d'épurer l'âme.
De même le Saint, béni soit-Il : au sujet du corps des justes, Il dit : Il viendra en paix, ils reposeront sur leurs couches (Yechaya 57,2) ; et au sujet de leur âme, Il dit : L'âme de mon seigneur sera liée dans le lien de la vie (Chmouel I 25,29). Au sujet du corps des méchants, Il dit : Il n'y a pas de paix, dit Hachem, pour les méchants (Yechaya 57,21) ; et au sujet de leur âme, Il dit : Et l'âme de tes ennemis, Il la lancera dans le creux de la fronde (Chmouel I 25,29).
Le nimchal (application de la parabole) : le corps et l'âme des justes ont chacun leur repos, le corps et l'âme des méchants n'en ont pas. Tserour hahayim (le lien de la vie) désigne la place des âmes des justes.
Il est enseigné dans une baraita : Rabbi Eliezer dit : Les âmes des justes sont gardées sous le Trône de gloire, comme il est dit : L'âme de mon seigneur sera liée dans le lien de la vie. Et celles des méchants sont entravées et vont ; [un ange se tient à une extrémité du monde, un autre ange se tient à l'autre extrémité du monde, et ils se lancent leurs âmes de l'un à l'autre,] comme il est dit : Et l'âme de tes ennemis, Il la lancera dans le creux de la fronde.
Rabbi Eliezer précise l'image de la fronde : les âmes des méchants n'ont pas de lieu fixe et sont renvoyées d'un bout à l'autre du monde. Rachi rattache zomemot à zamma, une muselière ou un anneau de fer : elles sont entravées.
Rabba dit à Rav Nahman : Et celles des moyens (beinonim), qu'en est-il ? Il lui dit : Si j'étais mort, je ne vous aurais pas dit cette chose.
Ainsi a dit Chmouel : Les unes et les autres sont remises à Douma. Celles-ci ont du repos, celles-là n'ont pas de repos.
Rav Mari dit : Les justes sont destinés à devenir poussière, comme il est écrit : La poussière retourne à la terre comme elle était.
Les beinonim (moyens), ni justes ni méchants, sont remis avec les méchants à Douma, l'ange préposé aux esprits des morts ; la différence est qu'ils ont du repos. Rav Mari ajoute que même le corps des justes retourne à la poussière : cette affirmation est discutée dans le récit qui suit.
Des fossoyeurs creusaient dans la terre de Rav Nahman. Rav Ahai bar Yochiya les rabroua.
Ils vinrent dire à Rav Nahman : Un homme nous a rabroués. Il vint et lui dit : Qui est le Maître ?
Il lui dit : Je suis Ahai bar Yochiya. Il lui dit : Rav Mari n'a-t-il pas dit : Les justes sont destinés à devenir poussière ?
Il lui dit : Et qui est Mari, que je ne connais pas ? Il lui dit : Mais c'est un verset qui est écrit : La poussière retourne à la terre comme elle était !
Le récit met en scène un tsadik dont le corps est resté intact dans sa tombe. Rav Nahman lui oppose l'enseignement de Rav Mari puis le verset de Kohelet ; Rav Ahai répond par un autre verset.
Il lui dit : Celui qui t'a fait lire Kohelet ne t'a pas fait lire Michle, où il est écrit : La jalousie est la pourriture des os (Michle 14,30). Quiconque a de la jalousie dans son cœur, ses os pourrissent ; quiconque n'a pas de jalousie dans son cœur, ses os ne pourrissent pas.
Rav Ahai limite le verset de Kohelet à celui qui a de la qin'a (jalousie). Le verset de Michle devient la clé de lecture de celui de Kohelet.
Il le tâta et vit qu'il avait de la substance. Il lui dit : Que le Maître vienne à la maison.
Il lui dit : Tu as révélé que tu n'as même pas lu les Prophètes, car il est écrit : Vous saurez que Je suis Hachem, quand J'ouvrirai vos tombes (Yehezqel 37,13).
Mechcha : substance, consistance de la chair. Rav Ahai refuse de quitter sa tombe : les morts n'en sortent que lorsque Hachem les en fait monter, à la tehiyat hametim (résurrection des morts).
Il lui dit : Mais il est écrit : Car tu es poussière et tu retourneras à la poussière (Berechit 3,19) ! Il lui dit : Cela [s'applique] une heure avant la résurrection des morts.
La malédiction d'Adam concerne tout le monde, justes compris. Rav Ahai l'accepte mais la situe une heure avant la résurrection : le corps du juste reste intact jusque-là.
Un min dit à Rabbi Abahou : Vous dites que les âmes des justes sont gardées sous le Trône de gloire. La nécromancienne aux ossements, comment a-t-elle fait monter Chmouel par sa sorcellerie ?
Il lui dit : Là, c'était dans les douze mois, car il est enseigné : Pendant douze mois, son corps subsiste et son âme monte et descend. Après douze mois, le corps cesse
Le min (hérétique) objecte le récit de la nécromancienne d'Ein Dor (Chmouel I 28). Rabbi Abahou distingue : pendant les douze mois qui suivent la mort, l'âme n'est pas encore fixée et peut revenir vers le corps. La phrase se poursuit au 153a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).