Shabbat 153a — Éloge funèbre, techouva de chaque jour, et la bourse à la tombée de Chabbat

Shabbat 153a

Sougya : La fin du chapitre Choel traite de l'éloge funèbre (hesped) : il révèle si le défunt est un ben olam haba, à condition qu'on s'efforce d'émouvoir l'assistance et qu'elle soit émue. Suit l'enseignement de Rabbi Eliezer, se repentir un jour avant sa mort, c'est-à-dire chaque jour, illustré par la parabole du festin du roi de Rabban Yo'hanan ben Zakai.

Le chapitre Mi chehehchikh s'ouvre ensuite : celui que la nuit de Chabbat surprend en chemin confie sa bourse à un non-Juif, ou à défaut la pose sur son âne. La Guemara explique la raison (l'homme ne se retient pas devant la perte de son argent), limite la permission à sa propre bourse, et établit un ordre de préférence entre non-Juif, âne, chote, 'herech et katan.

Chabbat surprend en route : à qui confier la bourse ? 1. Un non-Juif présent on lui donne la bourse On n'est pas commandé sur son repos absent 2. L'âne on pose la bourse sur lui Commande sur son repos, mais ce n'est pas un adam absent 3. Le chote (demeuré) aucune da'at Préfère au 'herech et au katan 4. 'Herech (sourd-muet) ou katan (mineur) ? question ouverte : suite au 153b Âne contre 'herech, chote ou katan : l'âne passe d'abord (eux sont des adam) Principe : les Sages permettent ces voies car l'homme ne se retient pas devant la perte de son argent. Sans elles, il porterait lui-même quatre amot dans le domaine public (interdit de la Torah). On choisit à chaque fois l'intermédiaire le moins grave.
Ordre de préférence pour confier la bourse quand la nuit de Chabbat tombe en chemin (Mishna et Guemara 153a).
Parabole du festin du roi (la mort sans date fixée) Les sages (pikhim) Les sots (tipchim) Leur raisonnement Rien ne manque au palais : l'appel peut venir à tout instant Pas de festin sans préparatifs : on a le temps Leur conduite Se parent, attendent à la porte Vont à leur travail À l'appel soudain Entrent parés Entrent sales R. Yo'hanan b. Zakai Assis : mangent et boivent Debout : regardent Gendre de R. Meir Assis : mangent, boivent Assis aussi, mais affamés et assoiffés (Is. 65,13)
La parabole de Rabban Yohanan ben Zakai et la version du gendre de Rabbi Meir.
1
ונשמתו עולה, ושוב אינה יורדת.

et son âme monte, et ne redescend plus.

🗂️ Tossefot (1)
ונשמתו עולה ושוב אינה יורדת אף על פי כן כשהיא רוצה היא יורדת כי ההיא דלעיל דרבי אחי בר יאשיה וכההיא מעשה דר' בנאה דחזקת הבתים (ב"ב דף נח. ושם) דהוה מציין מערתא כי מטא למערתא דאברהם אבינו אשכחיה לאליעזר עבד אברהם דקאי אבבא אמר ליה מאי קא עביד אברהם כו' אמר ליה ניעול וניתי כו' אע"פ שנשמתו היתה גנוזה מתחת כסא הכבוד. מ"ר:
Et son âme monte et ne redescend plus - Malgré cela, quand elle le veut, elle descend, comme dans le récit cité plus haut de Rabbi Ahai bar Yochiya, et comme dans le récit de Rabbi Benaa au chapitre Hezkat habatim (Bava Batra 58a) : il marquait les caveaux ; arrivé au caveau d'Avraham avinou, il trouva Eliezer, serviteur d'Avraham, qui se tenait à l'entrée. Il lui dit : que fait Avraham ? etc. Il lui répondit : j'entre et je reviens, etc. Et cela bien que son âme fût cachée sous le Trône de gloire. (Ainsi l'enseigne) mon maître.
💡 Explication

Fin d'une baraita commencée au 152b : l'âme du juste monte sous le Trône de gloire. Tossefot précise que ce séjour n'empêche pas l'âme de redescendre quand elle le veut, comme le montrent les récits de Rabbi Ahai et de Rabbi Benaa.

2
אמר רב יהודה בריה דרב שמואל בר שילת משמיה דרב: מהספדו של אדם ניכר אם בן העולם הבא הוא, אם לאו. איני? והאמר ליה רב לרב שמואל בר שילת: אחים בהספידא, דהתם קאימנא! לא קשיא: הא — דמחמו ליה וחאים. הא — דמחמו ליה ולא חאים.

Rav Yehouda, fils de Rav Chmouel bar Chilat, a dit au nom de Rav : à l'éloge funèbre (hesped) d'un homme, on reconnaît s'il est un ben olam haba (promis au monde futur) ou non. Est-ce vrai ?

Rav n'a-t-il pas dit à Rav Chmouel bar Chilat : échauffe (les cœurs) dans mon éloge, car je me tiendrai là ! Ce n'est pas difficile : ici (le cas de l'enseignement), on l'échauffe et il s'échauffe ; là (le cas de Rav), on l'échauffe et il ne s'échauffe pas.

📜 Rachi (4)
אם בן עוה"ב הוא שאם כשר היה הכל בוכין עליו ומורידין דמעות ומספרים שבחו:
S'il est un ben olam haba : car s'il était cacher (juste), tous pleurent sur lui, versent des larmes et racontent ses louanges.
אחים בהספידא דהתם קאימנא בשעת מיתתי התאמץ בהספד שלי שיתחממו ויכמרו רחמי העומדים ויבכו:
Échauffe dans mon éloge, car je me tiendrai là : au moment de ma mort, donne-toi de la peine dans mon éloge, pour que (les cœurs) s'échauffent, que la pitié des assistants s'éveille et qu'ils pleurent.
דהתם קאימנא בשעת הספד ואשמע איך תתחמם אלמא איצטריך לרב לאזהוריה אהספדא וכיון דרב גברא רבה ובן העולם הבא למה ליה לאזהוריה הא אמר מהספידו ניכר:
Car je me tiendrai là : au moment de l'éloge, et j'entendrai comment tu t'échauffes. On voit donc que Rav a eu besoin de l'avertir au sujet de l'éloge ; or Rav était un grand homme et un ben olam haba : pourquoi devait-il l'avertir, puisqu'il a dit qu'on le reconnaît à son éloge ?
הא דמחממי ליה להספידא ואחים כו' לעולם חמומי בעי שאין בני אדם נכמרים כל כך על זקן ומיהו לאדם חסיד כי מחממו בהספידא מחממי ובכו כולהו ולמי שאינו חסיד כל כך מחממו ליה ולא מחממו:
Ici, on l'échauffe : l'éloge, et il s'échauffe, etc. En tout cas, il faut échauffer (l'assistance), car les gens ne s'émeuvent pas tant pour un vieillard. Cependant, pour un homme hassid, quand on échauffe l'éloge, ils s'échauffent et pleurent tous ; et pour celui qui n'est pas si hassid, on l'échauffe et ils ne s'échauffent pas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מהספדו של אדם נכר, אם בן העולם הבא הוא אם לאו. נראה לי בס"ד על פי מה שכתב רבינו האר"י ז"ל כל שנאמר בו 'בן עולם הבא' אינו צריך סיוע מאחרים בעלייתו, אלא אדרבה הוא יהיה מסייע לאחרים להעלותם עמו, אבל הנאמר בו 'יש לו חלק לעולם הבא' הנה הוא צריך לסיוע מצדיקים אחרים בעלייתו בסוד הבינה הנקראת 'עולם הבא' ולכן נאמר בו 'יש לו חלק' והרוב הם מכת זו שאמור בם יש לו חלק לעולם הבא, לזה אמר התנא כל ישראל יש להם חלק לעולם הבא. ולזה אמר מהספדו של אדם נכר, אם 'בן העולם הבא' , רצונו לומר אם תראה אחרים בוכים עליו זה סימן שהוא הגיע למדרגת בן העולם הבא שיש ממנו סיוע והטבה לאחרים, לכן מדה כנגד מדה מתעוררת הבכיה באחרים לבכות עליו, וגם עוד נראה גם כן בודאי זה בחייו הטיב לאחרים, שהעלה תפילות ומצות שלהם למקום גבוה על ידי תפלה ומצות שלו ולכך בוכים עליו עתה דמזלייהו חזי. ובזה יובן המאמר שאחר זה דבעא רבי אלעזר מן רב איזה הוא בן העולם הבא? ואמר לו (ישעיהו ל, כא) ואזניך תשמענה דבר מאחריך וכו' ותמוה! אך כפי הנזכר מובן היטב, דהרוב הם מן כת שיש להם חלק לעולם הבא דאלו צריכין לצדיק אמצעי, ולכן ידמו לארבעה אצבעות שבהם שלשה פרקים שיש אמצעי בניהם, אך אותו שהוא בן העולם הבא אינו צריך לצדיק אחר אמצעי, וזה ידמה לגודל שהוא שני פרקים בלבד, ומין זה הם מועטים, כמו שאמר (סוכה מה:) 'ראיתי בני עליה והם מועטים' לכך נרמזו באצבע אחר שהוא הגודל, וידוע דהגודל נקרא בלשון תורה בהן, ואחרי אותיות 'אדם' יש אותיות 'בהן' שהוא הגודל הרומז על בני עולם הבא, וזה ששאל איזה הוא בן העולם הבא? והשיב ואזניך תשמענה דבר מ 'אחריך' דייקא, רצונו לומר שידמו אותך לבהן שהוא אחריך דהיינו אחר שם 'אדם' שיש לך, לאמר זה הדרך של 'בן עולם הבא' הרמוז כאן הוא אשר תלכו בו, שלא תהיו דוגמת שאר אצבעות שיש בהם פרק אמצעי.
À l'éloge funèbre d'un homme on reconnaît s'il est un ben olam haba ou non. Il me semble, avec l'aide du Ciel, (qu'on l'explique) d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari z.l. : celui dont on dit qu'il est 'ben olam haba' n'a pas besoin de l'aide d'autrui pour son élévation ; au contraire, c'est lui qui aide les autres à s'élever avec lui. Mais celui dont on dit qu'il 'a une part au monde futur' a besoin, pour son élévation, de l'aide d'autres justes, selon le sod de la Bina, appelée 'monde futur' ; c'est pourquoi on dit de lui 'il a une part'. La plupart sont de cette catégorie dont on dit qu'ils ont une part au monde futur ; c'est pourquoi le Tanna a dit : tout Israël a une part au monde futur. Et c'est pourquoi il dit : à l'éloge funèbre d'un homme on reconnaît s'il est 'ben olam haba', c'est-à-dire : si tu vois d'autres pleurer sur lui, c'est le signe qu'il a atteint le degré de ben olam haba, dont viennent aide et bienfait pour les autres ; c'est pourquoi, mesure pour mesure, les pleurs s'éveillent chez les autres pour pleurer sur lui. On voit encore qu'il a certainement fait du bien aux autres de son vivant : il a élevé leurs prières et leurs mitsvot vers un lieu élevé par sa prière et ses mitsvot, et c'est pourquoi ils pleurent maintenant sur lui, car leur mazal le voit. Ainsi se comprend l'enseignement qui suit, où Rabbi Elazar demande à Rav : qui est un ben olam haba ? et il lui répond : 'Tes oreilles entendront une parole derrière toi' (Isaie 30,21), ce qui est étonnant ! Mais d'après ce qui a été dit, cela se comprend bien : la plupart sont de la catégorie de ceux qui ont une part au monde futur, et ceux-là ont besoin d'un juste intermédiaire ; c'est pourquoi on les compare aux quatre doigts qui ont trois phalanges, avec une phalange intermédiaire entre elles. Mais celui qui est ben olam haba n'a pas besoin d'un autre juste intermédiaire ; il ressemble au pouce, qui n'a que deux phalanges. Ceux-là sont peu nombreux, comme il est dit (Soukka 45b) : 'j'ai vu les bnei aliya (hommes d'élévation), et ils sont peu nombreux'. C'est pourquoi ils sont évoqués par un doigt à part, le pouce. On sait que le pouce s'appelle, dans la langue de la Torah, bohen ; or après les lettres de 'adam' viennent les lettres de 'bohen' (alef-beit, dalet-hé, mem-noun), qui est le pouce évoquant les bnei olam haba. C'est ce qu'il demande : qui est un ben olam haba ? Et il répond : tes oreilles entendront une parole 'derrière toi', précisément ; c'est-à-dire qu'on te comparera au bohen, qui est 'derrière toi', c'est-à-dire après le nom 'adam' que tu portes, en disant : voici le chemin du 'ben olam haba' évoqué ici, suivez-le, pour ne pas être semblables aux autres doigts qui ont une phalange intermédiaire.
💡 Explication

Rav enseigne que l'émotion suscitée par un hesped révèle le niveau du défunt. Objection : Rav lui-même a demandé qu'on échauffe (ahim) son propre éloge, alors qu'un grand comme lui n'aurait pas dû en avoir besoin.

Réponse : l'orateur doit toujours faire effort pour émouvoir. Le signe se lit dans la réaction : si, malgré cet effort, l'assistance reste froide, le défunt n'était pas un juste de ce niveau. Rachi ajoute que pour un vieillard l'émotion vient moins d'elle-même, d'où la demande de Rav.

3
אמר ליה אביי לרבה: כגון מר דסנו ליה כולהו פומבדיתאי, מאן מחים הספידא? אמר ליה: מיסתאי את ורבה בר רב חנן.

Abaye dit à Rabba : pour quelqu'un comme le maître, que tous les habitants de Poumbedita détestent, qui échauffera l'éloge ? Il lui répondit : il me suffit de toi et de Rabba bar Rav Hanan.

📜 Rachi (1)
דסנו ליה כולהו פומבדיתאי משום דמוכח להו במילי דשמיא ובני פומבדיתאי רמאין הן כדאמרינן בשחיטת חולין (חולין קכז.) פומבדיתאי לוייך שני אושפיזך:
Que tous les habitants de Poumbedita détestent : parce qu'il leur faisait des reproches dans les choses du Ciel, et les gens de Poumbedita sont des trompeurs, comme nous le disons dans (le traité) Chehitat Houlin (Houlin 127a) : (si un habitant de) Poumbedita t'accompagne, change d'auberge.
💡 Explication

Rabba était mal aimé à Poumbedita parce qu'il reprenait ses habitants. Il répond que l'émotion de deux grands, Abaye et Rabba bar Rav Hanan, lui suffit : le critère tient à la qualité de ceux qui pleurent.

4
בעא מניה רבי אלעזר מרב: איזהו בן העולם הבא? אמר ליה: ״ואזניך תשמענה דבר מאחריך לאמר זה הדרך לכו בו כי תאמינו וכי תשמאילו״. רבי חנינא אמר: כל שדעת רבותינו נוחה הימנו. ״וסבבו בשוק הסופדים״, בני גלילא אמרי: עשה דברים לפני מטתך, בני יהודה אמרי: עשה דברים לאחר מטתך. ולא פליגי: מר כי אתריה, ומר כי אתריה.

Rabbi Elazar demanda à Rav : qui est un ben olam haba ? Il lui répondit : 'Tes oreilles entendront une parole derrière toi, disant : voici le chemin, suivez-le, quand vous irez à droite ou quand vous irez à gauche' (Isaie 30,21).

Rabbi Hanina dit : quiconque dont nos maîtres sont satisfaits. 'Et les pleureurs parcourent la rue' (Kohelet 12,5) : les gens de Galilée disent : fais des choses (à dire) devant ton lit funèbre ; les gens de Judée disent : fais des choses (à dire) derrière ton lit funèbre. Et ils ne sont pas en désaccord : chacun (parle) selon (l'usage de) son lieu.

📜 Rachi (4)
ואזניך תשמענה דבר מאחריך לאמר זה הדרך לכו בה מאחרי מטתך כשתמות תשמע כשיאמרו זה הדרך שהלך בה זה לכו בה מובטח שהוא בן העוה"ב:
Tes oreilles entendront une parole derrière toi, disant : voici le chemin, suivez-le : derrière ton lit funèbre, quand tu mourras, tu entendras qu'on dit : voici le chemin dans lequel celui-ci a marché, suivez-le. Il est assuré d'être un ben olam haba.
נוחה הימנו דעתם נוחה עליהם ממה ששומעין עליו ורואין בו:
Satisfaits de lui : leur esprit est satisfait d'eux par ce qu'ils entendent à son sujet et voient en lui.
עשה דברים שיאמרו לפני מטתך בהספדך:
Fais des choses : qu'on dira devant ton lit funèbre, dans ton éloge.
לאחר מטתך היא היא אלא שבגליל היו הספדנין לפני המטה וביהודה לאחר המטה:
Derrière ton lit funèbre : c'est la même chose, sauf qu'en Galilée les orateurs se tenaient devant le lit, et en Judée derrière le lit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בני גלילאה אמרי: עשה דברים לפני מטתך. בני יהודה אמרי: עשה דברים לאחר מטתך. נראה לי בס"ד יש עושה צוואה שיחלקו למנוחתו ממון ומזון לעניים בתוך השבעה, והחודש, והשנה, ויש מצווה שיביאו בעלי תורה ללמוד למנוחתו, ושני מיני צוואות אלו נרמזו באותיות הסמוכים ל 'מטה' כי מצד אחד יש אותיות חלד שמצווים לחלק ממון ומזון לעניים אשר זה הוא הנאה של עולם הזה הנקרא חלד, ומצד אחר יש אותיות נוי , זה רמז להמצווה שיביאו בעלי תורה לקשט נפש באור תורה, שהוא קשוט רוחני הנקרא בשם נוי, כמו שכתב באידרא זוטא 'נוי דנוקבא כולא מנוי דדכורא הוא' ועל מה שכתבו המקובלים בביאור נוי הנזכר. ואיתא בעירובין (דף נג) בני גלילאה לא היו בני תורה, אבל בני יהודה היו בני תורה יעוין שם, לכן בגלילאה דלא שכיחי בהו לומדי תורה הרבה כדי שיהיו באים לבית הנפטר לעסוק בתורה למנוחתו, לכך אומרים עשה דברים 'לפני ' מטתך , תצווה על הנאת החלד הרמוז לפני אותיות 'מטה' שיחלקו מזון וסעודה לעניים, אך בני יהודה שהיו בני תורה מצויים שם, אומרים עשה דברים 'אחר ' מטתך , שתצווה שיביאו בני תורה לעסוק בתורה שהיא נוי הנפש הרמוז אחר אותיות 'מטה'.
Les gens de Galilée disent : fais des choses devant ton lit funèbre ; les gens de Judée disent : fais des choses après ton lit funèbre. Il me semble, avec l'aide du Ciel : il y a celui qui fait un testament pour qu'on distribue, pour le repos (de son âme), argent et nourriture aux pauvres pendant les sept jours, le mois et l'année ; et il y a celui qui ordonne qu'on amène des hommes de Torah pour étudier pour le repos (de son âme). Ces deux sortes de testaments sont évoquées dans les lettres voisines de 'mita' (mem-têt-hé). D'un côté se trouvent les lettres de 'heled' (lamed-het-dalet) : cela vise celui qui ordonne de distribuer argent et nourriture aux pauvres, jouissance de ce monde, appelé heled. De l'autre côté se trouvent les lettres de 'noi' (noun-youd-vav) : cela évoque celui qui ordonne qu'on amène des hommes de Torah pour orner l'âme de la lumière de la Torah, qui est un ornement spirituel appelé noi (beauté), comme il est écrit dans l'Idra Zouta : 'la beauté de la noukva vient toute de la beauté du dekhoura', avec ce qu'ont écrit les mekoubalim pour expliquer ce noi. Et on trouve dans Erouvin (53a) que les gens de Galilée n'étaient pas des hommes de Torah, tandis que les gens de Judée étaient des hommes de Torah, voir là-bas. C'est pourquoi, en Galilée, où l'on ne trouvait pas beaucoup d'hommes d'étude pour venir dans la maison du défunt étudier pour le repos (de son âme), on dit : fais des choses 'devant' ton lit, ordonne la jouissance du heled, évoquée avant les lettres de 'mita', qu'on distribue nourriture et repas aux pauvres. Mais les gens de Judée, chez qui les hommes de Torah étaient nombreux, disent : fais des choses 'après' ton lit, ordonne qu'on amène des hommes de Torah pour étudier la Torah, qui est l'ornement de l'âme, évoqué après les lettres de 'mita'.
💡 Explication

Deux définitions du ben olam haba : Rav, celui dont on dira après sa mort 'voici le chemin, suivez-le' ; Rabbi Hanina, celui dont les Sages sont satisfaits.

La divergence apparente entre Galilée et Judée sur le verset de Kohelet porte seulement sur la place des orateurs (devant ou derrière la civière). Le fond est commun : agis de ton vivant de façon à mériter un éloge sincère.

5
תנן התם, רבי אליעזר אומר: שוב יום אחד לפני מיתתך. שאלו תלמידיו את רבי אליעזר: וכי אדם יודע איזהו יום ימות? אמר להן: וכל שכן, ישוב היום, שמא ימות למחר, ונמצא כל ימיו בתשובה. ואף שלמה אמר בחכמתו: ״בכל עת יהיו בגדיך לבנים ושמן על ראשך אל יחסר״.

Nous avons appris là-bas (Avot 2,10) : Rabbi Eliezer dit : repens-toi un jour avant ta mort. Ses élèves demandèrent à Rabbi Eliezer : un homme sait-il donc quel jour il mourra ?

Il leur dit : à plus forte raison ; qu'il se repente aujourd'hui, de peur de mourir demain, et ainsi tous ses jours se passeront en techouva. Et Chlomo aussi a dit dans sa sagesse : 'En tout temps, que tes vêtements soient blancs, et que l'huile ne manque pas sur ta tête' (Kohelet 9,8).

📜 Rachi (2)
וכ"ש שמפני שאינו יודע איזה יום ימות וטובה תשובה יום אחד לפני מיתתו נמצא כל ימיו בתשובה יהיו:
À plus forte raison : puisqu'il ne sait pas quel jour il mourra, et qu'il est bon de se repentir un jour avant sa mort, il se trouve que tous ses jours seront en techouva.
בגדיך לבנים נשמתך טהורה ונקיה:
Tes vêtements blancs : ton âme pure et nette.
🪔 Ben Yehoyada (3)
שוב יום אחד לפני מיתתך. נראה לי בס"ד כל כ"ד שעות נקרא יום אחד דכתיב (בראשית א, ה) ויהי ערב ויהי בקר יום אחד, ועיקר התיקון צריך לתקן בשם 'אדני' שיש בו כ"ד צירופים כנגד שיעור יום אחד שהוא כ"ד שעות. ולזה אומר שוב יום אחד לפני מיתתך.
Repens-toi un jour avant ta mort. Il me semble, avec l'aide du Ciel : chaque période de vingt-quatre heures est appelée 'un jour', comme il est écrit (Berechit 1,5) : 'il fut soir, il fut matin, un jour'. Or l'essentiel de la réparation (tikoun) doit se faire dans le Nom Adnout, qui comporte vingt-quatre combinaisons, correspondant à la durée d'un jour, qui est de vingt-quatre heures. C'est pourquoi il dit : repens-toi un jour avant ta mort.
ואף שלמה אמר בחכמתו: (קהלת ט, ח) "בכל עת יהיו בגדיך לבנים, ושמן על ראשך אל יחסר". פירוש דהאדם במותו מלבישים אותו תכריכין לבנים, וצריך לצייר בחייו במחשבתו בכל עת זמן זה של לבישת הלבנים כדי שיכנע לבבו מזכרון המות. ואז על ידי כך שמן, הוא החכמה הנקראת שמן אפילו על ראשך, רוצה לומר במחשבה שבראש לא יחסר שתהיה נקי וטהור גם מצד המחשבה שלא יוכל יצר הרע לטנפה, וכל שכן שלא יוכל לטנף דבור ומעשה שלך.
Et Chlomo aussi a dit dans sa sagesse : 'En tout temps, que tes vêtements soient blancs, et que l'huile ne manque pas sur ta tête' (Kohelet 9,8). Explication : à sa mort, on revêt l'homme de linceuls blancs ; il doit, de son vivant, se représenter en pensée à tout moment ce temps où il revêtira les (vêtements) blancs, afin que son cœur s'humilie au souvenir de la mort. Alors, par ce moyen, l''huile', qui est la sagesse appelée huile, ne manquera pas même 'sur ta tête', c'est-à-dire dans la pensée qui est dans la tête : tu seras net et pur aussi du côté de la pensée, que le yetser hara ne pourra souiller, et à plus forte raison il ne pourra souiller ta parole et tes actes.
דבר אחר: "בכל עת יהיו בגדיך לבנים", אלו ציצית. "ושמן על ראשך אל יחסר", אלו תפלין. נראה לי בס"ד דהציצית לובשו האדם בכל עת דנוהג גם בשבת ויום טוב, אבל תפילין אינו לובשו בשבת ויום טוב, אך עם כל זה הארתו לא תחסר ממך, כי האדם צריך לכוין בשבת ויום טוב בשבח נשמת כל חי, דתיבות כל חי [68] הוא מספר אהי"ה הוי"ה אהי"ה [68] , וזו הכונה היא תמורת התפילין דממשיך הארתם על ידי כונה זו. ועוד נראה לי בס"ד 'בכל עת יהיו בגדיך לבנים' אלו ציצית, דהלבן אינו נפסק וישנו בכל עת אפילו בזמן הזה מה שאין כן התכלת, ועוד אמר 'ושמן על ראשך אל יחסר' רצונו לומר אף על פי שחולצין התפילין אחר התפלה עם כל זה ישאר הרשימו שלהם וכמו שכתב רבינו האר"י ז"ל. או יובן בציצית אמרינן לעיל (דף לב) זוכה ומשמשין לו שני אלפים ות"ת [2800] עבדים שהם כנגד מספר האורות שכתב הרב"ש ז"ל, ובתפילין גם כן יש האורות כנגד מספר שני אלפים ות"ת הנזכרים, דבראש יש שני שי"ן שהם שבעה קוים כל קו נחשב כמאה, ויש מקום בראש להניח שני תפילין הרי אלף וארבע מאות, ויש בו ב' המשכות האחת מצד ההנחה והאחת מצד הברכה, בסוד 'אור פנימי ואור מקיף' נמצא יש כאן שני אלפים ושמונה מאות [2800] כמו סך הנמצא בציצית.
Autre explication : 'En tout temps, que tes vêtements soient blancs' : ce sont les tsitsit ; 'et que l'huile ne manque pas sur ta tête' : ce sont les tefilin. Il me semble, avec l'aide du Ciel : l'homme revêt les tsitsit en tout temps, car ils s'appliquent aussi le Chabbat et le Yom tov ; mais les tefilin, on ne les met pas le Chabbat et le Yom tov. Cependant, leur lumière ne te manquera pas, car l'homme doit avoir l'intention, le Chabbat et le Yom tov, dans la louange de Nichmat kol haï : les mots 'kol haï' (68) ont la valeur des Noms Ehye, Havaya, Ehye (68). Cette intention remplace les tefilin, car elle attire leur lumière. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel : 'en tout temps, que tes vêtements soient blancs', ce sont les tsitsit, car le blanc ne s'interrompt pas et existe en tout temps, même de nos jours, à la différence du tekhelet. Et il dit encore : 'que l'huile ne manque pas sur ta tête', c'est-à-dire : bien qu'on retire les tefilin après la prière, leur trace (rechimou) demeure, comme l'a écrit notre maître le Ari z.l. Ou bien on le comprend ainsi : à propos des tsitsit, nous avons dit plus haut (32b) qu'on mérite d'être servi par deux mille huit cents (2800) serviteurs, qui correspondent au nombre de lumières qu'a écrit le Rachach z.l. ; et dans les tefilin aussi il y a des lumières correspondant au nombre de deux mille huit cents mentionné : sur (le tefilin de) la tête il y a deux chin, qui font sept traits, chaque trait comptant pour cent ; et il y a sur la tête la place pour poser deux tefilin, cela fait mille quatre cents ; et il y a deux émanations, l'une du côté de la pose et l'autre du côté de la bénédiction, selon le sod de 'lumière intérieure et lumière englobante' : on a donc ici deux mille huit cents (2800), comme le total qui se trouve dans les tsitsit.
💡 Explication

Rabbi Eliezer (Avot 2,10) : se repentir un jour avant sa mort. Puisque nul ne connaît ce jour, la consigne revient à faire techouva chaque jour.

Le verset de Kohelet est lu dans le même sens : l'homme doit être prêt en permanence, ses 'vêtements blancs' figurant, selon Rachi, une âme pure.

6
אמר רבי יוחנן בן זכאי: משל למלך שזימן את עבדיו לסעודה, ולא קבע להם זמן. פיקחין שבהן קישטו את עצמן וישבו על פתח בית המלך, אמרו: כלום חסר לבית המלך? טיפשין שבהן הלכו למלאכתן, אמרו: כלום יש סעודה בלא טורח?

Rabban Yo'hanan ben Zakai a dit : c'est comparable à un roi qui invita ses serviteurs à un festin sans leur fixer d'heure. Les sages (pikhim) parmi eux se parèrent et s'assirent à l'entrée du palais ; ils disaient : manque-t-il quoi que ce soit à la maison du roi ?

Les sots (tipchim) parmi eux allèrent à leur travail ; ils disaient : y a-t-il un festin sans peine (de préparation) ?

📜 Rachi (2)
כלום חסר בית המלך בתמיה הכל מוכן ושמא יבהילנו לבא פתאום ואנו צריכין ליכנס לסעודה מקושטין:
Manque-t-il quoi que ce soit à la maison du roi : c'est une question rhétorique ; tout est prêt, et peut-être nous pressera-t-il de venir soudain, et nous devons entrer au festin parés.
כלום יש סעודה בלא טורח עדיין יצטרכו לטרוח לצורכי סעודה של בית המלך ויש לנו שהות הרבה להתקשט:
Y a-t-il un festin sans peine : il faudra encore se donner de la peine pour les besoins du festin de la maison du roi, et nous avons beaucoup de temps pour nous parer.
💡 Explication

La parabole illustre la consigne de Rabbi Eliezer. Le roi figure le Créateur, le festin le monde futur, l'heure non fixée le jour de la mort. Les sages se tiennent prêts ; les sots comptent sur un délai.

7
פתאום ביקש המלך את עבדיו. פיקחין שבהן נכנסו לפניו כשהן מקושטין, והטיפשים נכנסו לפניו כשהן מלוכלכין. שמח המלך לקראת פיקחים וכעס לקראת טיפשים. אמר: הללו שקישטו את עצמן לסעודה — ישבו ויאכלו וישתו, הללו שלא קישטו עצמן לסעודה — יעמדו ויראו.

Soudain, le roi demanda ses serviteurs. Les sages entrèrent devant lui parés, et les sots entrèrent devant lui sales.

Le roi se réjouit à la rencontre des sages et s'irrita à la rencontre des sots. Il dit : ceux-ci, qui se sont parés pour le festin, qu'ils s'asseyent, mangent et boivent ; ceux-là, qui ne se sont pas parés pour le festin, qu'ils restent debout et regardent.

📜 Rachi (1)
יעמדו ויראו ואף לעוה"ב צדיקים יושבים ואוכלים ורשעים עומדים ורואים:
Qu'ils restent debout et regardent : de même dans le monde futur, les justes sont assis et mangent, et les méchants sont debout et regardent.
8
חתנו של רבי מאיר משום רבי מאיר אמר: אף הן נראין כמשמשין. אלא אלו ואלו יושבין: הללו — אוכלין, והללו — רעבין. הללו — שותין, והללו — צמאים, שנאמר: ״כה אמר ה׳ הנה עבדי יאכלו ואתם תרעבו הנה עבדי ישתו ואתם תצמאו הנה עבדי ירונו מטוב לב ואתם תצעקו מכאב לב״.

Le gendre de Rabbi Meir a dit au nom de Rabbi Meir : ceux-là aussi paraîtraient être des serviteurs (de service). Les uns et les autres sont donc assis : ceux-ci mangent et ceux-là ont faim ; ceux-ci boivent et ceux-là ont soif, comme il est dit : 'Ainsi parle Hachem : voici, Mes serviteurs mangeront et vous aurez faim ; voici, Mes serviteurs boiront et vous aurez soif ; voici, Mes serviteurs chanteront de joie du cœur, et vous crierez de douleur du cœur' (Isaie 65,13-14).

📜 Rachi (1)
ר"מ אומר אין עומדין ורואין שא"כ אף הם היו נראים מן הקרואים ולשמש שכן דרך המשרתים עומדים ואין כאן בושה:
Rabbi Meir dit : ils ne restent pas debout à regarder, car alors ils paraîtraient eux aussi faire partie des invités, (venus) pour servir, puisque les serviteurs ont coutume de se tenir debout ; il n'y aurait là aucune honte.
💡 Explication

Rabbi Meir corrige la fin de la parabole : des gens debout ressembleraient à des serviteurs du festin, ce qui n'est pas humiliant. La punition consiste à être assis à la même table sans rien recevoir, comme le décrit le verset d'Isaie.

9
דבר אחר: ״בכל עת יהיו בגדיך לבנים״ — אלו ציצית, ״ושמן על ראשך אל יחסר״ — אלו תפילין.

Autre explication : 'En tout temps, que tes vêtements soient blancs' : ce sont les tsitsit ; 'et que l'huile ne manque pas sur ta tête' : ce sont les tefilin.

📜 Rachi (2)
זה ציצית שמלובן הבגד:
Ce sont les tsitsit : car le vêtement est blanchi.
אלו תפילין שהם שם משמן טוב דכתיב וראו כל עמי הארץ כי שם וגו' ותנא ר"א הגדול אומר אלו תפילין שבראש (ברכות דף ו.):
Ce sont les tefilin : qui sont appelés 'nom', (mot proche de) 'huile précieuse' (chemen tov), comme il est écrit : 'tous les peuples de la terre verront que le Nom (de Hachem) est appelé sur toi' (Devarim 28,10), et Rabbi Eliezer le Grand a enseigné : ce sont les tefilin de la tête (Berakhot 6a).
🪔 Ben Yehoyada (1)
דבר אחר: "בכל עת יהיו בגדיך לבנים", אלו ציצית. "ושמן על ראשך אל יחסר", אלו תפלין. נראה לי בס"ד דהציצית לובשו האדם בכל עת דנוהג גם בשבת ויום טוב, אבל תפילין אינו לובשו בשבת ויום טוב, אך עם כל זה הארתו לא תחסר ממך, כי האדם צריך לכוין בשבת ויום טוב בשבח נשמת כל חי, דתיבות כל חי [68] הוא מספר אהי"ה הוי"ה אהי"ה [68] , וזו הכונה היא תמורת התפילין דממשיך הארתם על ידי כונה זו. ועוד נראה לי בס"ד 'בכל עת יהיו בגדיך לבנים' אלו ציצית, דהלבן אינו נפסק וישנו בכל עת אפילו בזמן הזה מה שאין כן התכלת, ועוד אמר 'ושמן על ראשך אל יחסר' רצונו לומר אף על פי שחולצין התפילין אחר התפלה עם כל זה ישאר הרשימו שלהם וכמו שכתב רבינו האר"י ז"ל. או יובן בציצית אמרינן לעיל (דף לב) זוכה ומשמשין לו שני אלפים ות"ת [2800] עבדים שהם כנגד מספר האורות שכתב הרב"ש ז"ל, ובתפילין גם כן יש האורות כנגד מספר שני אלפים ות"ת הנזכרים, דבראש יש שני שי"ן שהם שבעה קוים כל קו נחשב כמאה, ויש מקום בראש להניח שני תפילין הרי אלף וארבע מאות, ויש בו ב' המשכות האחת מצד ההנחה והאחת מצד הברכה, בסוד 'אור פנימי ואור מקיף' נמצא יש כאן שני אלפים ושמונה מאות [2800] כמו סך הנמצא בציצית.
Autre explication : 'En tout temps, que tes vêtements soient blancs' : ce sont les tsitsit ; 'et que l'huile ne manque pas sur ta tête' : ce sont les tefilin. Il me semble, avec l'aide du Ciel : l'homme revêt les tsitsit en tout temps, car ils s'appliquent aussi le Chabbat et le Yom tov ; mais les tefilin, on ne les met pas le Chabbat et le Yom tov. Cependant, leur lumière ne te manquera pas, car l'homme doit avoir l'intention, le Chabbat et le Yom tov, dans la louange de Nichmat kol haï : les mots 'kol haï' (68) ont la valeur des Noms Ehye, Havaya, Ehye (68). Cette intention remplace les tefilin, car elle attire leur lumière. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel : 'en tout temps, que tes vêtements soient blancs', ce sont les tsitsit, car le blanc ne s'interrompt pas et existe en tout temps, même de nos jours, à la différence du tekhelet. Et il dit encore : 'que l'huile ne manque pas sur ta tête', c'est-à-dire : bien qu'on retire les tefilin après la prière, leur trace (rechimou) demeure, comme l'a écrit notre maître le Ari z.l. Ou bien on le comprend ainsi : à propos des tsitsit, nous avons dit plus haut (32b) qu'on mérite d'être servi par deux mille huit cents (2800) serviteurs, qui correspondent au nombre de lumières qu'a écrit le Rachach z.l. ; et dans les tefilin aussi il y a des lumières correspondant au nombre de deux mille huit cents mentionné : sur (le tefilin de) la tête il y a deux chin, qui font sept traits, chaque trait comptant pour cent ; et il y a sur la tête la place pour poser deux tefilin, cela fait mille quatre cents ; et il y a deux émanations, l'une du côté de la pose et l'autre du côté de la bénédiction, selon le sod de 'lumière intérieure et lumière englobante' : on a donc ici deux mille huit cents (2800), comme le total qui se trouve dans les tsitsit.
💡 Explication

Seconde lecture du verset de Kohelet, sur le plan des mitsvot : les vêtements blancs sont les tsitsit, l'huile sur la tête les tefilin. Rachi rattache l'huile (chemen) au 'Nom' (chem) appelé sur Israël, que Rabbi Eliezer le Grand identifie aux tefilin de la tête.

10
הדרן עלך שואל

Nous reviendrons vers toi, (chapitre) Choel.

💡 Explication

Formule de clôture du chapitre 23, Choel. Le chapitre 24, dernier du traité, Mi chehehchikh, commence.

11
מתני׳ מי שהחשיך בדרך — נותן כיסו לגוי, ואם אין עמו גוי — מניחו על החמור. הגיע לחצר החיצונה — נוטל את הכלים הניטלין בשבת. ושאינן ניטלין בשבת — מתיר החבלים, והשקין נופלין (מאיליהם).

MICHNA. Celui que la nuit (de Chabbat) a surpris en chemin donne sa bourse à un non-Juif ; et s'il n'y a pas de non-Juif avec lui, il la pose sur l'âne.

Arrivé à la cour extérieure, il prend les objets qu'on peut déplacer le Chabbat ; quant à ceux qu'on ne peut pas déplacer le Chabbat, il défait les cordes et les sacs tombent (d'eux-mêmes).

📜 Rachi (4)
מתני' מי שהחשיך. נותן כיסו לנכרי מבעוד יום:
Mishna. Celui que la nuit a surpris. Il donne sa bourse à un non-Juif : alors qu'il fait encore jour.
ואם אין עמו הא יש עמו לנכרי עדיף כדמפרש בגמרא:
Et s'il n'y a pas avec lui : donc, s'il y a un non-Juif avec lui, le non-Juif est préférable, comme on l'explique dans la Guemara.
לחצר החיצונה של עיר שהוא מקום המשתמר ראשון ובא לפרק מן החמור:
À la cour extérieure : de la ville, qui est le premier lieu gardé, et il vient décharger l'âne.
נוטל בידו מעליו כלים הניטלין בשבת ושאין ניטלין מתיר החבלים של אוכף שהן קשורים בהן והשקין נופלין:
Il prend : à la main, de sur (l'âne), les objets qu'on peut déplacer le Chabbat ; et pour ceux qu'on ne peut pas déplacer, il défait les cordes de la selle auxquelles ils sont attachés, et les sacs tombent.
🗂️ Tossefot (1)
מתני' מי שהחשיך כו' חרש שוטה וקטן אע"ג דאמר לעיל בפרק כל כתבי (שבת דף קכא.) גבי קטן שבא לכבות דקטן העושה לדעת אביו אסור מיהו הכא לא מיירי כגון דעביד הקטן עקירה והנחה אלא כדאמרינן לקמן גבי חמור כשהיא מהלכת מניחו עליה וכשהיא עומדת נוטל הימנה. מ"ר:
Mishna. Celui que la nuit a surpris, etc. Sourd-muet, fou et mineur - Bien qu'on ait dit plus haut, au chapitre Kol kitvei (Chabbat 121a), à propos du mineur qui vient éteindre (un incendie), qu'un mineur qui agit selon la volonté de son père est interdit, ici il ne s'agit pas d'un cas où le mineur fait akira (soulèvement) et hanaha (dépôt), mais comme on dit plus loin à propos de l'âne : quand il marche, on pose (la bourse) sur lui, et quand il s'arrête, on la retire. (Ainsi l'enseigne) mon maître.
⚖️ Rosh (1)
מי שהחשיך בדרך נותן כיסו לנכרי ואם אין שם נכרי מניחו על החמור. הגיע לחצר החיצונה נוטל את הכלים הניטלין בשבת. ושאינן ניטלין בשבת מתיר את החבלים והשקין נופלין. נותן כיסו כו' כתב רש"י מבעוד יום ולא נהירא לי. מדקאמר בגמרא אבל מציאה לא ואי מבעוד יום הרי כבר הגיע לידו ואף אם היא מונחת ע"ג קרקע יכול להגביה ולזכות בה. ועוד דומיא דנותן כיסו לנכרי איירי נמי אין עמו נכרי מניחו על החמור אם כן מאי פריך בגמרא והלא מחמר ושני עלה מניחו עליה כשהיא מהלכת בלאו הכי נמי אין כאן עקירה כיון שנתנו עליה מבעוד יום. הלכך נראה לפרש נותן כיסו לנכרי משתחשך והשתא ניחא מאי דפריך בגמרא מאי טעמא שרו ליה רבנן למיתב כיסו לנכרי. ואי מבעוד יום איירי מאי קבעי מ"ט והא ב"ה מתירין בכולן עם השמש וע"י קציצת שכר מותר:
Celui que la nuit a surpris en chemin donne sa bourse à un non-Juif, et s'il n'y a pas là de non-Juif, il la pose sur l'âne. Arrivé à la cour extérieure, il prend les objets qu'on peut déplacer le Chabbat ; et ceux qu'on ne peut pas déplacer le Chabbat, il défait les cordes et les sacs tombent. 'Il donne sa bourse', etc. : Rachi a écrit (qu'il la donne) alors qu'il fait encore jour, et cela ne me semble pas juste. En effet, la Guemara dit : 'mais pas un objet trouvé' ; or, s'il s'agissait d'alors qu'il fait encore jour, (l'objet) est déjà parvenu dans sa main, et même s'il est posé à terre il peut le soulever et l'acquérir. De plus, à l'image de 'il donne sa bourse à un non-Juif', le cas 's'il n'y a pas de non-Juif avec lui, il la pose sur l'âne' parle lui aussi (du même moment) ; s'il en est ainsi, quelle est l'objection de la Guemara : 'mais il conduit (l'âne) !', et sa réponse : 'il la pose sur lui quand il marche' ? Même sans cela il n'y aurait pas ici d'akira, puisqu'il l'a posée sur lui alors qu'il faisait encore jour. C'est pourquoi il semble qu'il faut expliquer : il donne sa bourse au non-Juif une fois la nuit tombée. On comprend alors bien la question de la Guemara : pour quelle raison les Sages lui ont-ils permis de donner sa bourse à un non-Juif ? Car s'il s'agissait d'alors qu'il fait encore jour, que demanderait-elle, 'quelle raison' ? Beit Hillel permettent tout cela jusqu'au coucher du soleil, et par une convention de salaire c'est permis.
💡 Explication

Début du chapitre 24. Un voyageur est surpris par l'entrée de Chabbat en chemin, loin de toute maison, avec sa bourse. Il ne peut la porter lui-même dans le domaine public.

Solutions graduées : la confier à un non-Juif ; à défaut la poser sur l'âne. Arrivé à la première cour gardée, il décharge : les objets permis au déplacement à la main, les objets mouktse en laissant tomber les sacs.

Rachi comprend que la bourse est remise avant la nuit ; le Roch conteste et explique qu'elle est remise après la tombée de la nuit, ce qui rend compte de la question de la Guemara.

12
גמ׳ מאי טעמא שרו ליה רבנן למיתב כיסיה לגוי? קים להו לרבנן דאין אדם מעמיד עצמו על ממונו, אי לא שרית ליה — אתי לאיתויי ארבע אמות ברשות הרבים.

GUEMARA. Pour quelle raison les Sages lui ont-ils permis de donner sa bourse à un non-Juif ?

Les Sages savent qu'un homme ne se retient pas devant (la perte de) son argent : si tu ne le lui permets pas, il viendra à la porter (lui-même) sur quatre amot dans le domaine public.

📜 Rachi (2)
גמ' מאי טעמא שרי ליה למיתב לנכרי והרי הוא שלוחו לישאנו בשבת:
Guemara. Pour quelle raison lui a-t-on permis de la donner à un non-Juif : alors que (le non-Juif) est son envoyé pour la porter le Chabbat.
מעמיד עצמו מלהציל ממונו:
Ne se retient pas : de sauver son argent.
💡 Explication

Charger un non-Juif d'un travail le Chabbat (amira le-akoum) est interdit par les Sages. Ils le permettent ici pour éviter un interdit plus grave : porter soi-même quatre amot dans le domaine public, interdit de la Torah. Ils savent qu'un homme ne se résout pas à abandonner son argent.

13
אמר רבא: דוקא כיסו, אבל מציאה — לא. פשיטא, ״כיסו״ תנן! מהו דתימא הוא הדין אפילו מציאה, והאי דקתני ״כיסו״ — אורחא דמילתא קתני, קא משמע לן. ולא אמרן, אלא דלא אתי לידיה, אבל אתי לידיה — ככיסיה דמי.

Rava a dit : seulement sa bourse, mais un objet trouvé (metsia), non. C'est évident : nous avons appris 'sa bourse' !

Tu aurais pu dire qu'il en va de même même pour un objet trouvé, et que (la Mishna) enseigne 'sa bourse' parce que c'est le cas habituel : il nous l'apprend. Et nous ne l'avons dit que lorsque (l'objet) n'est pas parvenu dans sa main ; mais s'il est parvenu dans sa main, il est comme sa bourse.

📜 Rachi (2)
דוקא כיסו דכיון דטרח בה שע"י טורח הוא משתכר חייס עלה ואי לא שרית ליה הא אתי לאיתויי:
Seulement sa bourse : puisqu'il s'est donné de la peine pour elle, qu'il la gagne par sa peine, il y tient ; et si tu ne le lui permets pas, il viendra à la porter.
ולא אמרן דמציאה לא אלא דלא אתיא לידה קודם שתחשך ולא הגביהה ולא זכה בה:
Et nous ne l'avons dit : que (pour) un objet trouvé (ce n'est) pas (permis), que lorsqu'il n'est pas parvenu dans sa main avant la nuit, qu'il ne l'a pas soulevé et ne l'a pas acquis.
💡 Explication

La permission repose sur l'attachement à l'argent. Pour sa bourse, gagnée par son travail, l'homme ne se retient pas. Pour une metsia (objet trouvé) qu'il n'a pas encore acquise, il peut y renoncer : pas de permission.

Si l'objet est déjà entré en sa possession avant Chabbat, il a le statut de sa bourse.

🖼️ Schéma
Rava : la bourse et l'objet trouvé Cas 1re version 2e version (ika de-amri) Sa propre bourse Permis au non-Juif Permis au non-Juif Objet trouvé non encore saisi Interdit Interdit Objet trouvé déjà entré dans sa main Comme sa bourse : permis Teikou (question restée ouverte)
Les deux versions de l'enseignement de Rava sur l'objet trouvé.
14
איכא דאמרי, בעי רבא: מציאה הבאה לידו מהו, כיון דאתי לידיה — ככיסיה דמי? או דילמא כיון דלא טרח בה — לאו ככיסיה דמי. תיקו.

Certains disent (autrement) : Rava a demandé : un objet trouvé parvenu dans sa main, qu'en est-il ? Puisqu'il est parvenu dans sa main, est-il comme sa bourse ?

Ou bien, puisqu'il ne s'est pas donné de peine pour lui, n'est-il pas comme sa bourse ? Teikou (la question reste ouverte).

💡 Explication

Seconde version (ika de-amri) : Rava ne tranche pas. Deux critères s'opposent : la possession (l'objet est à lui) et la peine (il ne l'a pas gagné par son effort). La question reste en suspens : teikou.

15
אין עמו גוי. טעמא דאין עמו גוי, הא יש עמו גוי — לגוי יהיב ליה. מאי טעמא? חמור — אתה מצווה על שביתתו, גוי — אי אתה מצווה על שביתתו.

'S'il n'y a pas de non-Juif avec lui.' La raison est qu'il n'y a pas de non-Juif avec lui ; mais s'il y a un non-Juif avec lui, il la donne au non-Juif. Pour quelle raison ?

L'âne, tu es commandé sur son repos ; le non-Juif, tu n'es pas commandé sur son repos.

💡 Explication

La Torah ordonne de faire reposer son animal le Chabbat (Chemot 23,12). Poser la bourse sur l'âne touche donc à une mitsva de la Torah. Aucune obligation de ce type ne porte sur le repos du non-Juif : il passe en premier.

16
חמור וחרש שוטה וקטן — אחמור מנח ליה, לחרש שוטה וקטן לא יהיב ליה. מאי טעמא? הני — אדם, האי — לאו אדם. חרש ושוטה — לשוטה. שוטה וקטן — לשוטה.

Un âne et un sourd-muet ('herech), un fou (chote) ou un mineur (katan) : il la pose sur l'âne, et ne la donne pas au sourd-muet, au fou ou au mineur. Pour quelle raison ?

Ceux-là sont des humains (adam), celui-ci n'est pas un humain. Un sourd-muet et un fou : au fou.

Un fou et un mineur : au fou.

📜 Rachi (2)
האי אדם ויש במינו שחייב במצות ואתי לאיחלופי:
Ceux-là sont des humains : et il y a dans leur espèce des gens obligés aux mitsvot, et on en viendrait à confondre.
לשוטה יהיב דלית ליה דעת כלל אבל חרש דעתא קלישתא אית ליה כדאמרי' ביבמות (דף קיג.):
Au fou : il la donne, car il n'a aucune da'at ; mais le sourd-muet a une da'at faible, comme nous le disons dans Yevamot (113a).
💡 Explication

Le 'herech, le chote et le katan ne sont pas astreints aux mitsvot, mais ce sont des humains : leur faire porter pourrait amener à confondre avec un adulte astreint. L'âne passe donc avant eux.

Entre eux, on préfère celui qui a le moins de da'at (discernement) : le chote, qui n'en a aucune, avant le 'herech, qui en a une faible, et avant le katan.

17
איבעיא להו: חרש וקטן מאי? אליבא דרבי אליעזר לא תיבעי לך, דתניא: רבי יצחק אומר משום רבי אליעזר: תרומת חרש,

Il leur fut demandé : un sourd-muet et un mineur, qu'en est-il ? Selon Rabbi Eliezer, ne le demande pas, car il a été enseigné : Rabbi Yitshak dit au nom de Rabbi Eliezer : la terouma d'un sourd-muet,

💡 Explication

Reste le cas du 'herech face au katan : lequel a le moins de da'at ? Selon Rabbi Eliezer, la réponse se tire de sa position sur la terouma prélevée par un 'herech. La baraita se poursuit au 153b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).