Shabbat 153b — La bourse à l'entrée de Chabbat : sourd-muet ou mineur, les 18 décrets, le méhamèr

Shabbat 153b

Sougya : L'amud achève la discussion sur celui que Chabbat surprend en chemin avec sa bourse. Entre un sourd-muet et un mineur, la guemara ne tranche pas.

S'il n'y a personne, Rabbi Yitshak révèle une solution que les Sages avaient tué : porter la bourse par étapes de moins de quatre amot. Ce décret fait partie des dix-huit décrets, sur lesquels Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua s'opposent par deux paraboles.

La guemara justifie ensuite le recours à l'âne (Rav Adda bar Ahava, Rav Pappa), traite du paquet porté sur l'épaule, puis examine l'avis de Rami bar Hama sur le méhamèr, que Rava conteste par deux objections.

Surpris en chemin par Chabbat : à qui confier sa bourse ? 1. Un non-Juif présent on lui donne la bourse (il n'est pas soumis au Chabbat) 2. Pas de non-Juif : l'âne on pose la bourse sur l'âne pendant qu'il marche 3. Choté (fou) préféré au sourd-muet et au mineur 4. Sourd-muet ou mineur ? question non tranchée : deux versions (seg. 2) 5. Personne R. Yitshak : moins de 4 amot à la fois (non révélé) Chaque degré ne s'applique que si le précédent est absent.
Ordre de priorité pour sauver sa bourse à l'entrée de Chabbat (michna et guemara).
Rav Pappa : qui transporte ? (même acte, trois acteurs) Lui-même (bégoufo) hatat si chogueg interdit de la Torah Par son prochain (béhavéro) patour (exempt) mais interdit (derabbanan) Par son âne (bahamoro) permis lekhathila (pour la bourse) Condition : on pose la bourse sur l'âne pendant qu'il marche, et on la retire quand il s'arrête (pas d'akira ni de hanaha)
La règle de Rav Pappa : soi-même, son prochain, son âne (segment 8).
1
לא תצא לחולין, מפני שהוא ספק.

[la terouma] ne redevient pas profane (houlin), parce qu'il est un cas douteux.

📜 Rachi (2)
לא תצא לחולין והויא תרומה לאסור לזרים ויחזור ויתרום הפקח אחרת:
Ne redevient pas profane : elle est terouma, interdite aux non-kohanim, et le [propriétaire] sain d'esprit doit prélever à nouveau une autre [terouma].
שהוא ספק אי דעת צלולתא היא אי לא ולר' יצחק ודאי לקטן יהיב ליה דלאו בר מצות הוא ולא לחרש דספק חייב במצות הוא:
Parce qu'il est un cas douteux : [on ne sait pas] si son intelligence est lucide ou non. Et selon Rabbi Yitshak, il est certain qu'on donne [la bourse] au mineur, qui n'est pas soumis aux mitsvot, et non au sourd-muet, qui est peut-être soumis aux mitsvot.
💡 Explication

Fin d'une citation de Rabbi Eliezer (début au 153a) : la terouma prélevée par un 'herech (sourd-muet) garde un statut douteux. Pour Rabbi Eliezer, le sourd-muet a peut-être une daat (intelligence halakhique) ; il est donc plus proche de l'obligation que le mineur, et on confie la bourse au mineur.

2
כי תיבעי לך אליבא דרבנן, דתנן: חמשה לא יתרומו, ואם תרמו אין תרומתן תרומה, אלו הן: חרש שוטה וקטן, והתורם את שאינו שלו, וגוי שתרם את של ישראל אפילו ברשותו אין תרומתו תרומה.

La question se pose pour toi selon les Rabbanan, car nous avons appris [dans une michna] : Cinq ne prélèvent pas la terouma, et s'ils l'ont prélevée, leur terouma n'est pas terouma. Ce sont : le sourd-muet, le fou et le mineur, celui qui prélève [sur des produits] qui ne sont pas à lui, et le non-Juif qui a prélevé sur [les produits] d'un Juif, même avec sa permission : sa terouma n'est pas terouma.

📜 Rachi (3)
אליבא דרבנן דאמרי לאו דעתא צילתא היא ולענין מצות הרי הוא כקטן:
Selon les Rabbanan : qui disent que [le sourd-muet] n'a pas une intelligence lucide ; pour les mitsvot, il est comme un mineur.
ותורם את שאינו שלו בלא רשות דכתיב (דברים י״ד:כ״ב) תבואת זרעך וחרש שוטה וקטן דכתיב אשר ידבנו לבו שיש לו לב להתנדב בהש"ס ירושלמי:
Et celui qui prélève [sur des produits] qui ne sont pas à lui : sans permission, car il est écrit (Devarim 14,22) : le produit de ta semence. Et le sourd-muet, le fou et le mineur, car il est écrit : que son cœur incitera, [il faut] qu'il ait un cœur pour faire un don volontaire ; [cela se trouve] dans le Talmud Yerouchalmi.
אפילו ברשות דשליחות מהיכא אתרבי מכן תרימו גם אתם גם לרבות שלוחכם ומה אתם בני ברית אף שלוחכם בני ברית:
Même avec permission : car d'où tire-t-on le mandat (chelihout) ? De : ainsi vous prélèverez, vous aussi ; aussi [vient] inclure votre mandataire. De même que vous êtes membres de l'alliance, votre mandataire aussi [doit être] membre de l'alliance.
🗂️ Tossefot (1)
כי תבעי לך אליבא דרבנן הכא משמע דהלכה כרבנן ובמסכת יבמות פרק חרש (דף קיג.) משמע דהלכה כר"א דסבירא ליה לרב חייא בר אשי (ומר) שמואל כוותיה. מ"ר:
Ici on comprend que la halakha suit les Rabbanan, alors que dans le traité Yevamot, chapitre 'Herech (113a), on comprend que la halakha suit Rabbi Eliezer, car Rav Hiya bar Achi [le pense], et Chmouel est de son avis. [Ainsi l'a enseigné] mon maître.
💡 Explication

Selon les Rabbanan, sourd-muet et mineur sont au même niveau : aucun des deux n'a de daat. La question devient donc réelle : lequel des deux choisir ? La michna citée (Troumot 1,1) énumère cinq personnes dont la terouma n'a aucune valeur.

3
מאי? לחרש יהיב ליה, דקטן אתי לכלל דעת, או דילמא לקטן יהיב ליה, דחרש אתי לאחלופי בגדול פיקח. איכא דאמרי לחרש יהיב ליה, איכא דאמרי לקטן יהיב ליה.

Qu'en est-il ? Donne-t-on [la bourse] au sourd-muet, car le mineur parviendra à l'âge de raison, ou peut-être la donne-t-on au mineur, car le sourd-muet pourrait être confondu avec un adulte sain d'esprit ?

Certains disent : on la donne au sourd-muet ; d'autres disent : on la donne au mineur.

🗂️ Tossefot (1)
דחרש אתי לאיחלופי בגדול פקח תימה א"כ לעיל נמי אמאי קאמר שוטה וקטן לשוטה הא אמרינן אתא לאיחלופי בגדול פקח:
Car le sourd-muet pourrait être confondu avec un adulte sain d'esprit : c'est étonnant. S'il en est ainsi, pourquoi plus haut dit-on aussi : [entre] un fou et un mineur, [on donne] au fou ? Nous disons pourtant [du fou aussi] qu'il pourrait être confondu avec un adulte sain d'esprit.
⚖️ Rosh (1)
גמ' מ"ט שרו רבנן למיתב כיסו לנכרי קים להו לרבנן דאין אדם מעמיד עצמו על ממונו ואי לא שרית ליה אתי לאתויי ד' אמות בר"ה. אמר רבא דווקא כיסו אבל מציאה לא. ואם אין עמו נכרי וכו' טעמא דאין עמו נכרי הא יש עמו נכרי יהיב ליה. מ"ט. חמור אתה מצווה על שביתתו נכרי אי אתה מצווה על שביתתו. חמור וחרש שוטה וקטן אחמור מנח ליה. לחרש שוטה וקטן לא יהיב ליה. מ"ט הני אדם וחמור לאו אדם. חרש ושוטה לשוטה יהיב ליה לחרש לא יהיב ליה. שוטה וקטן לשוטה יהיב ליה לקטן לא יהיב ליה. איבעיא להו חרש וקטן מאי. איכא דאמרי לחרש יהיב ליה ואיכא דאמרי לקטן. וכיון דלא איפסיק בהדיא הלכתא דעביד כי האי לישנא עביד ודעביד כי האי לישנא עביד. אין עמו לא נכרי ולא חמור ולא חרש שוטה וקטן מאי. אמר ר' יצחק עוד אחרת היתה ולא רצו חכמים לגלותה. מוליכו פחות פחות מארבע אמות. אמר מר אין עמו נכרי וכו' והלא מחמר ורחמנא אמר לא תעשה כל מלאכה. אמר רב אדא בר אהבה מניחו עליה כשהיא מהלכת סוף סוף אי אפשר דלא קיימא פורתא להשתין מים ולהטיל גללים וקאתי למיעבד עקירה והנחה. תנא כשהיא מהלכת מניחו עליה וכשהיא עומדת נוטלו הימנה. אמר רב אדא בר אהבה היתה חבילתו מונחת על כתיפו רץ תחתיה עד שמגיע לביתו. ודוקא רץ אבל קלי קלי לא. מאי טעמא כיון דלית ליה היכירא אתי למיעבד עקירה והנחה. סוף סוף כי מטי לביתיה אי אפשר דלא קאי וקמעייל מר"ה לרה"י דזריק ליה כלאחר יד. הגיע לחצר החיצונה כו' אמר רב הונא היתה בהמתו טעונה כלי זכוכית כגון קרני דאומנא דאסור לטלטלן בשבת משום דלא חזיין מביא כרים וכסתות ומניח תחתיהן ומתיר את החבלים והשקים נופלין. ודוקא בשליפי זוטרי דאי בעי שמיט להו לכרים וכסתות מתותיה ולא קא מבטל כלי מהיכנו. מהא שמעינן דלית הלכתא כר' יצחק דאמר בפרק כירה (שבת דף מג.) דאין כלי ניטל אלא לדבר הניטל דהא אוקימנא בקרני דאומנא דלא חזיין וקאמר דמביא כרים וכסתות ומניח תחתיהן. תניא רבי שמעון בן יוחי אומר היתה בהמתו טעונה שליף של תבואה מכניס ראשו תחתיה ומסלקו לצד אחד והוא נופל מאליו. אביי אשכחיה לרבה דקמשפשף לבריה אגבא דחמרא. א"ל והא קא משתמש מר בבעלי חיים. אמר ליה צדדין נינהו וצדדין. לא גזרו בהו רבנן. ואסיקנא והלכתא צדדין אסורין. צדי צדדין מותרין:
Guemara : Pour quelle raison les Rabbanan ont-ils permis de donner sa bourse à un non-Juif ? Les Rabbanan savaient qu'un homme ne se retient pas face [à la perte de] son argent ; si tu ne le lui permets pas, il en viendra à la porter quatre amot dans le domaine public. Rava a dit : seulement sa bourse, mais pas un objet trouvé. Et s'il n'a pas de non-Juif avec lui, etc. : la raison est qu'il n'a pas de non-Juif avec lui ; mais s'il a un non-Juif avec lui, il la lui donne. Pour quelle raison ? L'âne, tu es commandé sur son repos ; le non-Juif, tu n'es pas commandé sur son repos. [Entre] un âne et un sourd-muet, un fou ou un mineur, il la pose sur l'âne ; au sourd-muet, au fou ou au mineur, il ne la donne pas. Pour quelle raison ? Ceux-ci sont des hommes, et l'âne n'est pas un homme. [Entre] un sourd-muet et un fou, il la donne au fou, il ne la donne pas au sourd-muet. [Entre] un fou et un mineur, il la donne au fou, il ne la donne pas au mineur. On a demandé : [entre] un sourd-muet et un mineur, qu'en est-il ? Certains disent : il la donne au sourd-muet ; d'autres disent : au mineur. Et puisque la halakha n'a pas été tranchée explicitement, celui qui agit selon une version agit [bien], et celui qui agit selon l'autre version agit [bien]. S'il n'a avec lui ni non-Juif, ni âne, ni sourd-muet, fou ou mineur, qu'en est-il ? Rabbi Yitshak a dit : il y avait encore une autre [solution] et les Sages n'ont pas voulu la révéler : il la porte par étapes de moins de quatre amot. Le Maître a dit : S'il n'a pas de non-Juif avec lui, etc. Mais il conduit [un animal chargé], et la Torah a dit : tu ne feras aucun travail ! Rav Adda bar Ahava a dit : il la pose sur [l'ânesse] pendant qu'elle marche. Finalement, il est impossible qu'elle ne s'arrête pas un peu pour uriner ou déposer ses excréments, et il en viendra à faire akira et hanaha (soulever et déposer). On a enseigné : pendant qu'elle marche, il la pose sur elle, et quand elle s'arrête, il la lui retire. Rav Adda bar Ahava a dit : si son paquet était posé sur son épaule, il court dessous jusqu'à ce qu'il arrive chez lui. Et seulement en courant, mais pas lentement. Pour quelle raison ? Puisqu'il n'a pas de signe distinctif, il en viendra à faire akira et hanaha. Finalement, quand il arrive chez lui, il est impossible qu'il ne s'arrête pas, et il fait entrer [l'objet] du domaine public au domaine privé ! [Réponse :] il le jette kelahar yad (de manière inhabituelle). Il arrive à la cour extérieure, etc. Rav Houna a dit : si son animal était chargé d'objets de verre, comme les cornes du saigneur, qu'il est interdit de déplacer le Chabbat parce qu'ils ne sont pas utilisables, il apporte des coussins et des couvertures, les place dessous, défait les cordes et les sacs tombent. Et cela seulement pour de petits sacs, car s'il le veut, il retire les coussins et les couvertures de dessous, et il n'annule pas un ustensile de sa disponibilité. De là nous apprenons que la halakha ne suit pas Rabbi Yitshak, qui dit au chapitre Kira (Chabbat 43a) qu'on ne déplace un ustensile que pour un objet lui-même déplaçable ; car nous avons établi [le cas] pour les cornes du saigneur, qui ne sont pas utilisables, et il est dit qu'il apporte des coussins et des couvertures et les place dessous. On a enseigné : Rabbi Chimon ben Yohai dit : si son animal était chargé d'un sac de grain, il passe sa tête dessous, le repousse d'un côté, et il tombe de lui-même. Abbayé trouva Rabba qui faisait glisser son fils sur le dos d'un âne. Il lui dit : Mais le Maître se sert d'un animal ! Il lui répondit : ce sont des côtés (tsedadin), et sur les côtés les Rabbanan n'ont pas décrété. Et nous avons conclu : la halakha est que les côtés sont interdits ; les côtés des côtés sont permis.
💡 Explication

Deux logiques s'opposent. Donner au 'herech protège le katan, futur adulte, d'une habitude de transgression (hinoukh). Donner au katan évite une confusion : le sourd-muet a l'apparence d'un adulte, et un observateur conclurait qu'on peut confier sa bourse à un adulte. La guemara rapporte les deux versions sans trancher.

Le Roch résume toute la sougya (153a-154b) et conclut : puisque rien n'est tranché, on peut suivre l'une ou l'autre version.

🖼️ Schéma
Sourd-muet ou mineur : les deux raisonnements On donne au sourd-muet car le mineur parviendra un jour à la daat (maturité) : ne pas l'habituer à la faute On donne au mineur car le sourd-muet risque d'être confondu avec un adulte sain (on croirait cela permis à un adulte) Pas de conclusion : ika deamri... ika deamri...
Sourd-muet ou mineur : les deux raisons, sans décision.
4
אין שם לא גוי ולא חמור ולא חרש ולא שוטה ולא קטן, מאי? אמר רבי יצחק: עוד אחרת היתה, ולא רצו חכמים לגלותה. מאי ״עוד אחרת היתה״? מוליכו פחות פחות מארבע אמות. אמאי לא רצו חכמים לגלותה? — משום ״כבוד א-להים הסתר דבר וכבוד מלכים חקור דבר״. והכא, מאי ״כבוד א-להים״ איכא? דילמא אתי לאתויי ארבע אמות ברשות הרבים.

S'il n'y a là ni non-Juif, ni âne, ni sourd-muet, ni fou, ni mineur, qu'en est-il ? Rabbi Yitshak a dit : Il y en avait encore une autre, et les Sages n'ont pas voulu la révéler.

Que signifie : il y en avait encore une autre ? Il la porte par étapes de moins de quatre amot.

Pourquoi les Sages n'ont-ils pas voulu la révéler ? À cause de [Michle 25,2] : La gloire d'Elokim est de cacher une chose, et la gloire des rois est d'approfondir une chose.

Et ici, quelle gloire d'Elokim y a-t-il ? Peut-être en viendra-t-il à la porter quatre amot dans le domaine public.

📜 Rachi (4)
עוד אחרת היתה תקנה לכיס להצילו:
Il y en avait encore une autre : une solution pour sauver la bourse.
ואמאי לא רצו לגלותה להעלים דברי תורה:
Et pourquoi n'ont-ils pas voulu la révéler : cacher des paroles de Torah ?
כבוד א-להים הסתר דבר מותר להסתיר דברי תורה לכבוד שמים:
La gloire d'Elokim est de cacher une chose : il est permis de cacher des paroles de Torah pour l'honneur du Ciel.
וכבוד מלכים חקור דבר אין להסתיר לכבוד עושר אדם וחשיבותו אלא שב ותחקרהו:
Et la gloire des rois est d'approfondir une chose : on ne cache pas [des paroles de Torah] pour l'honneur de la richesse d'un homme et de son importance ; au contraire, assieds-toi et approfondis-la.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אמאי לא רצו חכמים לגלותה? משום: (משלי כה, ב) "כבד א-להים הסתר דבר, וכבד מלכים חקר דבר". יש להקשות למה הביא סוף הפסוק כבד מלכים דאינו צריך לענין? ונראה לי בס"ד דלא תקשי על רבי יצחק אם החכמים לא רצו לגלותה איך הוא גילה? לכך הביא כבד מלכים חקר דבר 'מאן מלכים? רבנן!' וזה כבודן שתחקור על דבר שלהם כדי לפרשו ולבאר טעמו שלא יהיה סתום ותמוה בעיני השומעין, על כן ראה כאן רבי יצחק דתקנה זו של פחות מארבע אמות היא פשוטה וישיג כל אדם זה בשכלו, וכיון דלאו אמרוה רבנן במשנה יחשוב שנעלמה מהם, והוא השיג מה שלא השיגו הם וזה חסרון גדול בכבודם, לכך הוצרך לפרש ולומר גם הם השיגו תקנה זו, והא דלא אמרו אותה במשנה משום דחשו פן יצא תקלה ממנה שיעביר ד' אמות ברשות הרבים, ועל זה אמר דוד המלך ע"ה (תהלים קיט, יא) בלבי צפנתי אמרתך למען לא אחטא לך.
Pourquoi les Sages n'ont-ils pas voulu la révéler ? À cause de (Michle 25,2) : La gloire d'Elokim est de cacher une chose, et la gloire des rois est d'approfondir une chose. On peut demander : pourquoi a-t-il cite la fin du verset, la gloire des rois, qui n'est pas nécessaire au sujet ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu'il l'a citée] pour qu'on ne pose pas cette question à Rabbi Yitshak : si les Sages n'ont pas voulu la révéler, comment lui l'a-t-il révélée ? C'est pourquoi il a cité : la gloire des rois est d'approfondir une chose. Qui sont les rois ? Les Rabbanan ! Et leur honneur consiste à approfondir leur parole afin de l'expliquer et d'en clarifier la raison, pour qu'elle ne reste pas obscure et étonnante aux yeux des auditeurs. Rabbi Yitshak a vu ici que cette solution, moins de quatre amot, est simple et que tout homme la trouve par sa propre intelligence. Puisque les Rabbanan ne l'ont pas dite dans la michna, on penserait qu'elle leur a échappé, et que lui a compris ce qu'eux n'ont pas compris ; ce serait une grave atteinte à leur honneur. Il lui a donc fallu expliquer et dire qu'eux aussi connaissaient cette solution, et que s'ils ne l'ont pas dite dans la michna, c'est parce qu'ils craignaient qu'il en résulte une faute : qu'on transporte quatre amot dans le domaine public. Et à ce sujet le roi David, que la paix soit sur lui, a dit (Tehilim 119,11) : Dans mon cœur j'ai caché Ta parole, afin de ne pas fauter envers Toi.
💡 Explication

Porter un objet pâhout pâhout mi-arba amot (par étapes de moins de quatre coudées) n'est pas un interdit de la Torah dans le rechout harabim (domaine public). Les Sages l'ont passé sous silence : la méthode est facile à mal appliquer, et on finirait par franchir quatre amot d'un coup.

Le verset de Michle sert de source : cacher une chose peut être un honneur pour Hachem quand la cacher protège de la faute.

5
תניא, רבי אליעזר אומר: בו ביום גדשו סאה. רבי יהושע אומר: בו ביום מחקו סאה.

On a enseigné dans une baraita : Rabbi Eliezer dit : Ce jour-là, ils ont rempli la saa à ras bord. Rabbi Yehochoua dit : Ce jour-là, ils ont arasé la saa.

📜 Rachi (2)
בו ביום גדשו סאה ביום שעלו לעליית חנניה בן חזקיה וגזרו י"ח דבר וזו אחת מהן היתה כדאמרינן בפ"ק (דף יז:) נותן כיסו לנכרי בו ביום גזרו שלא יוליכנו פחות פחות מד"א אם יש שם נכרי אותו יום הרבו סייג לתורה במדה גדושה ויפה מדדו להרבות גדר בישראל:
Ce jour-là, ils ont rempli la saa à ras bord : le jour où ils montèrent à l'étage de Hanania ben Hizkia et décrétèrent dix-huit choses, dont celle-ci, comme nous le disons au premier chapitre (17b) : il donne sa bourse au non-Juif ; ce jour-là ils ont décrété qu'on ne la porte pas par étapes de moins de quatre amot s'il y a un non-Juif. Ce jour-là ils ont multiplié les barrières à la Torah avec une mesure débordante, et ils ont bien mesuré en multipliant les protections en Israël.
מחקו סאה במדה מחוקה מדדו בו ביום שהרבו לגזור יותר מדאי ואין יכולין לעמוד בגזירתם ומתוך כך עוברין על דברי תורה נמצאת מדתם מחוקה מטפיפתה וטוב היה להם להיות מדתם טפופה ולא תבא לידי מחק מרוב גודשה:
Ils ont arasé la saa : ils ont mesuré avec une mesure arasée ce jour-là, car ils ont trop décrété ; on ne peut pas se tenir à leurs décrets, et de ce fait on transgresse les paroles de la Torah. Leur mesure se trouve donc arasée de son comble ; il aurait mieux valu que leur mesure soit [simplement] pleine, et qu'elle n'arrive pas à être arasée à force de débordement.
🗂️ Tossefot (2)
בו ביום גדשו סאה כו' נותן לתוכה חרדל והיא מחזקת ה"נ כשגזרו י"ח דבר היתה חסרה גזירה זו של נותן כיסו לנכרי עד שגזרו עליה ומלאו הסאה לגמרי כמו שנתנו חרדל לתוכה: ר' יהושע אומר בו ביום מחקו סאה כו' נותן לתוכה אגוזים ורמונים והיא מקיאה. כמו כן קודם שגזרו על נתינת כיס לנכרי היו מותרין להוליכו פחות פחות מד' אמות מתוך כך אתי לאיתויי ד' אמות כעריבה שהיתה מקיאה עד שהסירו האגוזים והרמונים ואחר שהסירו האגוזים והרמונים שוב לא הקיאה יותר כך כשגזרו ליתן כיסו לנכרי אסרו נמי להוליך פחות פחות מד' אמות והשתא ר"א ורבי יהושע שניהם לשבח ולא כפירוש הקונטרס דפירש דרבי יהושע דאמר שלא עשו היטב שהרבו לגזור יותר מדאי דלא משמע הכי בירושלמי בפ"ק דמכילתין דאמר התם אמר ליה ר"א אלו היתה חסרה ומלאה יאות חבית שהיא מלאה אגוזים כל מה שאתה נותן לתוכה שומשמין היא מחזקת א"ל ר' יהושע אלו היתה מליאה וחסרוה יאות חבית שהיא מלאה שמן כל מה שאתה נותן לתוכה מים היא מפזרת השמן. מ"ר:
Ce jour-là ils ont rempli la saa, etc. : il y met de la moutarde et [le panier] la contient. De même, quand ils décrétèrent les dix-huit choses, il manquait ce décret de celui qui donne sa bourse au non-Juif, jusqu'à ce qu'ils l'aient décrété ; ils ont alors rempli la saa complètement, comme lorsqu'on y met de la moutarde. Rabbi Yehochoua dit : ce jour-là ils ont arasé la saa, etc. : il y met des noix et des grenades et [la bassine] déborde. De même, avant qu'ils décrètent sur le fait de donner la bourse au non-Juif, il était permis de la porter par étapes de moins de quatre amot ; de ce fait on en venait à la porter quatre amot, comme la bassine qui débordait jusqu'à ce qu'on retire les noix et les grenades ; après avoir retiré les noix et les grenades, elle ne débordait plus. De même, quand ils ont décrété qu'on donne sa bourse au non-Juif, ils ont aussi interdit de la porter par étapes de moins de quatre amot. Ainsi Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua [parlent] tous deux à la louange [des Sages], et non selon le commentaire du Kountrass (Rachi), qui explique que Rabbi Yehochoua dit qu'ils n'ont pas bien agi en décrétant trop. Ce n'est pas ce qui ressort du Yerouchalmi, au premier chapitre de notre traité, qui dit : Rabbi Eliezer lui dit : si elle était incomplète et qu'on l'a remplie, c'est bien ; un tonneau plein de noix, tout ce que tu y mets comme graines de sésame, il le contient. Rabbi Yehochoua lui dit : si elle était pleine et qu'on l'a diminuée, c'est bien ; un tonneau plein d'huile, tout ce que tu y mets comme eau, il répand l'huile. [Ainsi l'a enseigné] mon maître.
ואדרבה נ"ל שהירו' קשה לו דלא שייך למימר גבי מים כמו שמפר"י גבי נותן לתוכה אגוזים ורמונים:
Au contraire, il me semble que le Yerouchalmi fait difficulté pour lui (pour l'explication de mon maître), car on ne peut pas appliquer au cas de l'eau ce que Rabbenou Yitshak explique au sujet de : il y met des noix et des grenades.
💡 Explication

Le décret de donner sa bourse au non-Juif appartient aux dix-huit décrets (yod-het davar) votés à l'étage de Hanania ben Hizkia (Chabbat 17b). Rabbi Eliezer : la mesure fut gédoucha (comble), ce fut une bonne journée. Selon Rachi, Rabbi Yehochoua juge qu'on a trop décrété : la mesure déborde et se vide.

Tossefot (Ri) lit les deux avis comme des éloges : selon Rabbi Yehochoua, les Sages ont retiré la permission du pâhout pâhout mi-arba amot, qui menait à la faute. La seconde glose note que le Yerouchalmi ne cadre pas parfaitement avec cette lecture non plus.

6
תניא: משל דרבי אליעזר, למה הדבר דומה — לקופה מלאה קישואין ודילועין, אדם נותן לתוכה חרדל — והיא מחזקת. משל דרבי יהושע, למה הדבר דומה — לעריבה מלאה דבש, נותן לתוכה רימונים ואגוזים — והיא מקיאה.

On a enseigné : La parabole de Rabbi Eliezer, à quoi la chose ressemble-t-elle ? À un panier plein de concombres et de courges : un homme y met de la moutarde et il la contient.

La parabole de Rabbi Yehochoua, à quoi la chose ressemble-t-elle ? À une bassine pleine de miel : on y met des grenades et des noix, et elle déborde.

📜 Rachi (2)
והיא מחזקת את החרדל שנופל החרדל בין הקישואין אף כאן יפה תקנו והוסיפו דבר המתקיים:
Et il la contient : la moutarde, car la moutarde tombe entre les concombres ; ici aussi, ils ont bien réglé et ajoute une chose qui tient.
והיא מקיאה את הדבש שהיה בה ראשון אף אלו ע"י גזירתם גרמו לעבור דשמא לא יאמין את הנכרי והם לא התירו להוליכו פחות פחות מארבע ואדם אינו מעמיד עצמו על ממונו ואתי לאיתויי ד' אמות:
Et elle déborde : du miel qui s'y trouvait d'abord. Ceux-ci aussi, par leur décret, ont causé la transgression : peut-être ne fera-t-il pas confiance au non-Juif, et eux n'ont pas permis de la porter par étapes de moins de quatre [amot] ; or un homme ne se retient pas face [à la perte de] son argent, et il en viendra à la porter quatre amot.
💡 Explication

Les deux paraboles illustrent la baraita précédente. Le panier a encore des interstices : la moutarde y trouve place, le décret s'ajoute sans rien déloger. La bassine de miel est déjà pleine : les fruits ajoutés chassent le miel, le décret en trop fait perdre la Torah elle-même (lecture de Rachi).

🖼️ Schéma
Les 18 décrets : deux paraboles R. Eliezer : gadchou saa mesure débordante R. Yehochoua : mahakou saa mesure arasée Panier de concombres et courges + graines de moutarde : il les contient Bassine pleine de miel + grenades et noix : elle déborde Le décret tient et protège la Torah Trop de décrets : on finit par enfreindre la Torah
Les paraboles de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua (segments 4-5).
7
אמר מר אין עמו גוי מניחו על החמור. והלא מחמר, ורחמנא אמר ״לא תעשה כל מלאכה״!

Le Maître a dit : S'il n'a pas de non-Juif avec lui, il la pose sur l'âne. Mais il conduit [un animal chargé] (méhamèr), et la Torah a dit : Tu ne feras aucun travail !

📜 Rachi (2)
והלא מחמר מנהיג חמור טעונה קרוי מחמר:
Mais il conduit : celui qui mène un âne chargé est appelé méhamèr.
ורחמנא אמר לא תעשה כל מלאכה אתה ובהמתך ואיזוהי סתם מלאכה העשויה על ידי שניהם זו היא שהיא טעונה והוא מחמר:
Et la Torah a dit : tu ne feras aucun travail, toi et ton animal : et quel est le travail ordinaire fait par les deux ? C'est quand [l'animal] est chargé et que lui le conduit.
💡 Explication

Le méhamèr est celui qui conduit derrière lui un animal chargé. Le verset des Dix Commandements (Chemot 20,10) inclut ton animal dans l'interdit du travail. La michna semble donc permettre un interdit de la Torah.

8
אמר רב אדא בר אהבה: מניחו עליה כשהיא מהלכת. והא אי אפשר דלא קיימא להשתין מים ולהטיל גללים, ואיכא עקירה והנחה! כשהיא מהלכת — מניחו עליה, כשהיא עומדת — נוטלו הימנה. אי הכי, אפילו חברו נמי!

Rav Adda bar Ahava a dit : Il la pose sur [l'ânesse] pendant qu'elle marche. Mais il est impossible qu'elle ne s'arrête pas pour uriner ou déposer ses excréments, et il y a akira et hanaha !

Pendant qu'elle marche, il la pose sur elle ; quand elle s'arrête, il la lui retire. S'il en est ainsi, [ce serait permis] même [en la posant sur] son prochain !

📜 Rachi (4)
מניחו עליה כשהיא מהלכת לאחר שנעקרה ללכת דלאו עקירה היא כדאמר בפ"ק (דף ג.) גבי הטעינו חברו אוכלין ומשקין וכיון דאדם לא מיחייב בה חטאת כי האי גוונא כאן מותר דהכא נמי מלאכה כתיב והא לאו מלאכה היא:
Il la pose sur elle pendant qu'elle marche : après qu'elle s'est mise en route, car ce n'est pas une akira, comme on le dit au premier chapitre (3a) au sujet de celui que son prochain a chargé de nourriture et de boisson. Et puisqu'un homme n'est pas passible d'un hatat dans un tel cas, ici c'est permis, car ici aussi il est écrit travail, et ceci n'est pas un travail.
וקאתי למיעבד עקירה והנחה כשחוזרת ונעקרת ללכת אחר הטלת מים או גללים:
Et il en viendra à faire akira et hanaha : quand elle se remet en route après avoir urine ou déposé ses excréments.
נוטלו הימנה ולאחר שתחזור ותעקור רגל יניחנו:
Il la lui retire : et après qu'elle a de nouveau levé le pied, il la repose.
אי הכי אפילו על חברו יכול לעשות כן כיון דלאו איסורא דאורייתא היא גבי כיס שרי:
S'il en est ainsi, même sur son prochain : il pourrait agir ainsi, puisque ce n'est pas un interdit de la Torah ; pour la bourse, ce serait permis.
💡 Explication

Le transport (hotsaa) exige une akira (soulever l'objet de son lieu) et une hanaha (le déposer). Si l'animal est déjà en marche quand on pose la bourse, il n'y a pas d'akira. Pour éviter qu'un arrêt de l'animal ne crée une nouvelle akira, on retire la bourse à chaque arrêt.

Question : le même procédé devrait alors être permis avec un autre homme.

9
אמר רב פפא: כל שבגופו חייב חטאת — בחברו פטור אבל אסור, כל שחברו פטור אבל אסור — בחמורו מותר לכתחלה.

Rav Pappa a dit : Tout ce qui, [fait] par lui-même, rend passible d'un hatat, [fait] par son prochain est exempt mais interdit ; tout ce qui, [fait] par son prochain, est exempt mais interdit, [fait] par son âne est permis lekhathila (a priori).

📜 Rachi (1)
כל שבגופו חייב חטאת כי עביד ליה איהו כוליה כגון מעביר ד' אמות ברה"ר אפי' עקרו מן הארץ דרך הליכתו חייב דהא איכא עקירת חפץ בידים ולא בעינן עמידה אלא בטעון ועומד מבעוד יום או כשהטעינו חבירו דלא עקר ליה להאי חפץ אבל הכא הא עקר ליה הלכך כי עביד ליה חבריה הוי ליה שנים שעשאוה ואסור מדרבנן ולא שריוה גבי כיס:
Tout ce qui, par lui-même, rend passible d'un hatat : quand il fait lui-même tout [l'acte], par exemple s'il transporte quatre amot dans le domaine public ; même s'il a soulevé [l'objet] de terre en cours de marche, il est passible, car il y a une akira de l'objet de ses mains. On n'exige un arrêt que dans le cas où il était chargé et arrêté depuis la veille, ou quand son prochain l'a chargé, car alors il n'a pas soulevé cet objet ; mais ici, il l'a bien soulevé. Donc quand son prochain le fait, ce sont deux personnes qui l'ont fait, et c'est interdit derabbanan ; on ne l'a pas permis pour la bourse.
💡 Explication

Rav Pappa pose une échelle à trois degrés. Un acte qui, fait seul, rend passible d'un hatat (sacrifice expiatoire) devient patour aval assour (exempt mais interdit) s'il est accompli avec un autre homme : c'est un interdit derabbanan. Ce qui est patour aval assour avec un homme devient moutar lekhathila (permis d'emblée) avec son âne.

10
אמר רב אדא בר אהבה: היתה חבילתו מונחת לו על כתיפו — רץ תחתיה עד שמגיע לביתו. דוקא רץ, אבל קלי קלי — לא.

Rav Adda bar Ahava a dit : Si son paquet était posé sur son épaule, il court dessous jusqu'à ce qu'il arrive chez lui. Seulement en courant, mais lentement (kalei kalei), non.

📜 Rachi (3)
מונחת לו על כתיפו מבעו"י וקדש עליו היום:
Posé sur son épaule : pendant qu'il faisait encore jour, et le jour [de Chabbat] s'est sanctifié sur lui.
רץ תחתיה וכל כמה דלא עמד לפוש אין כאן עקירה לאיסור:
Il court dessous : et tant qu'il ne s'arrête pas pour se reposer, il n'y a pas d'akira interdite.
קלי קלי מעט מעט כלומר בנחת:
Kalei kalei : peu à peu, c'est-à-dire tranquillement.
💡 Explication

Le paquet était déjà sur l'épaule avant Chabbat : aucune akira n'a eu lieu pendant Chabbat. Tant qu'il marche sans s'arrêter, il ne commet pas d'interdit de la Torah. Rav Adda exige pourtant qu'il coure.

🖼️ Schéma
Paquet sur l'épaule à l'entrée de Chabbat Il court jusqu'à chez lui Il marche lentement (kalei kalei) : interdit À la maison : il le jette kelahar yad La course sert de rappel (hekeira) Sans rappel : il s'arrête = akira et hanaha Manière inhabituelle : pas d'interdit de la Torah
Le paquet sur l'épaule : courir, ne pas s'arrêter, le jeter en arrivant (segments 9-10).
11
מאי טעמא? — כיון דלית ליה היכירא, אתי למיעבד עקירה והנחה. סוף סוף, כי מטי לביתיה אי אפשר דלא קאי פורתא, וקמעייל מרשות הרבים לרשות היחיד! דזריק ליה כלאחר יד.

Pour quelle raison ? Puisqu'il n'a pas de signe distinctif (hekeira), il en viendra à faire akira et hanaha.

Finalement, quand il arrive chez lui, il est impossible qu'il ne s'arrête pas un peu, et il fait entrer [l'objet] du domaine public au domaine privé ! Il le jette kelahar yad (de manière inhabituelle).

📜 Rachi (2)
למיעבד עקירה והנחה כלומר דזימנין דקאי ולאו אדעתיה אבל רץ היכרא איכא:
Faire akira et hanaha : c'est-à-dire qu'il arrive qu'il s'arrête sans y faire attention ; mais quand il court, il y a un signe distinctif.
כלאחר יד שלא כדרך זריקה כגון מכתיפיו ולאחוריו:
Kelahar yad : pas de la manière habituelle de jeter, par exemple depuis ses épaules vers l'arrière.
🗂️ Tossefot (1)
סוף סוף כי מטי לביתיה א"א דלא קאי וקא מעייל מרשות הרבים לרשות היחיד תימה כדשרינן להוליכו פחות פחות מד' אמות תקשי ליה נמי הכי:
Finalement, quand il arrive chez lui, il est impossible qu'il ne s'arrête pas, et il fait entrer du domaine public au domaine privé : c'est étonnant. Selon [l'opinion] qui permet de la porter par étapes de moins de quatre amot, la même difficulté devrait se poser.
💡 Explication

La course est un hekeira (signe qui rappelle Chabbat) : elle l'empêche de s'arrêter distraitement. En arrivant, il fait passer le paquet du rechout harabim au rechout hayahid ; il le jette donc kelahar yad, d'une manière inhabituelle, qui n'est pas un travail interdit par la Torah.

12
אמר רמי בר חמא: המחמר אחר בהמתו בשבת, בשוגג — חייב חטאת, במזיד — חייב סקילה. מאי טעמא? אמר רבא: דאמר קרא: ״לא תעשה כל מלאכה אתה ובהמתך״ — בהמתו דומיא דידיה: מה הוא — בשוגג חייב חטאת, במזיד חייב סקילה. אף בהמתו נמי — בשוגג חייב חטאת, במזיד חייב סקילה.

Rami bar Hama a dit : Celui qui conduit son animal [chargé] le Chabbat, par inadvertance (chogueg) est passible d'un hatat, intentionnellement (mezid) est passible de lapidation. Pour quelle raison ?

Rava a dit : Le verset dit : Tu ne feras aucun travail, toi et ton animal. Son animal est semblable à lui-même : de même que lui, par inadvertance est passible d'un hatat et intentionnellement de lapidation, de même son animal : par inadvertance il est passible d'un hatat, intentionnellement de lapidation.

📜 Rachi (2)
בשוגג במלאכה שהוא עושה לבדו:
Par inadvertance : pour un travail qu'il fait lui-même.
אף בהמתו אף מלאכה שעושה על ידי בהמתו דהיינו מחמר אחר חמור טעונה:
De même son animal : de même un travail qu'il fait au moyen de son animal, c'est-à-dire qu'il conduit un âne chargé.
💡 Explication

Rami bar Hama considère le mehamer comme un travail complet. Rava explique sa source : le verset met toi et ton animal sur le même plan ; la sanction serait donc la même.

🖼️ Schéma
Le mehamer (conduire un animal chargé) : quelle sanction ? Rami bar Hama (expliqué par Rava) ton animal comme toi : chogueg = hatat, mezid = lapidation Objection 1 : torah ahat toute la Torah comparée à l'idolâtrie : il faut un acte du corps. Conduire = simple parole : pas de hatat Objection 2 : la michna de Sanhédrin un hilloul Chabbat sans hatat ni lapidation existe : n'est-ce pas le mehamer ? Rejetée : ce peut être les tehoumin (R. Akiva) ou l'allumage du feu (R. Yossi)
Rami bar Hama et les deux objections de Rava (segments 11-14).
13
אמר רבא, שתי תשובות בדבר: חדא, דכתיב: ״תורה אחת יהיה לכם לעושה בשגגה והנפש אשר תעשה ביד רמה״ — הוקשה כל התורה כולה לעבודה זרה: מה עבודה זרה דעביד מעשה בגופיה, הכא נמי עד דעביד מעשה בגופיה.

Rava a dit : Il y a deux réfutations à cela. L'une, car il est écrit : Une seule loi (torah) sera pour vous, pour celui qui agit par inadvertance... et l'âme qui agit à main levée [Bamidbar 15,29-30].

Toute la Torah est comparée à l'idolâtrie : de même que pour l'idolâtrie, [on n'est passible] que s'il accomplit un acte de son corps, ici aussi, [on n'est passible] que s'il accomplit un acte de son corps.

📜 Rachi (1)
חדא דכתיב תורה אחת יהיה לכם וגו' עד דעביד מעשה בגופיה כדכתיב לעושה בשגגה והכא לא קא עביד מלאכה אלא דבור בעלמא שמנהיג בקול הרי דבשוגג אינו חייב קרבן:
L'une, car il est écrit : une seule loi sera pour vous, etc., jusqu'à ce qu'il fasse un acte de son corps : comme il est écrit : pour celui qui agit par inadvertance. Or ici, il ne fait pas de travail, mais une simple parole, puisqu'il mène [l'animal] de la voix. Donc par inadvertance, il n'est pas passible d'un sacrifice.
💡 Explication

Rava conteste Rami bar Hama. Le passage de Bamidbar sur l'avoda zara (idolâtrie) énonce une torah ahat, une règle unique pour toute la Torah : le hatat n'est dû que pour un maasse (acte) accompli par le corps. Conduire un animal se fait par la voix : pas de hatat.

14
ועוד, תנן: המחלל את השבת בדבר שחייבין על שגגתו חטאת ועל זדונו סקילה. מכלל דאיכא מידי דאין חייבין על שגגתו חטאת ולא על זדונו סקילה,

Et de plus, nous avons appris [dans une michna] : Celui qui profane le Chabbat par une chose pour laquelle on est passible d'un hatat si c'est par inadvertance et de lapidation si c'est intentionnel. On en déduit qu'il existe une chose pour laquelle on n'est passible ni d'un hatat par inadvertance, ni de lapidation intentionnellement.

📜 Rachi (2)
ועוד דקאמרת נמי במזיד חייב סקילה קשיא דתנן בסנהדרין (דף נג.) גבי נסקלים המחלל את השבת נסקל אם חללו בדבר שחייבים על שגגתו חטאת ועל זדונו סקילה:
Et de plus : ce que tu dis aussi, qu'intentionnellement il est passible de lapidation, fait difficulté, car nous avons appris dans Sanhédrin (53a) au sujet des lapidés : celui qui profane le Chabbat est lapidé, s'il l'a profane par une chose pour laquelle on est passible d'un hatat par inadvertance et de lapidation intentionnellement.
מכלל דאיכא חילול דאין חייבין על שגגתו חטאת ולא על זדונו סקילה:
On en déduit qu'il existe : une profanation pour laquelle on n'est passible ni d'un hatat par inadvertance, ni de lapidation intentionnellement.
💡 Explication

Deuxième objection de Rava, tirée de la michna de Sanhédrin 53a. La précision de la michna (par une chose qui rend passible...) suppose qu'il existe un hilloul Chabbat de la Torah sans hatat ni sekila (lapidation).

15
ומאי ניהו, ״לאו״ דמחמר? לא, תחומין ואליבא דרבי עקיבא, והבערה אליבא דרבי יוסי.

Et quelle est-elle ? N'est-ce pas l'interdit du mehamer ?

Non : les tehoumin (limites de Chabbat), selon Rabbi Akiva, et l'allumage du feu, selon Rabbi Yossi.

📜 Rachi (2)
ואליבא דר"ע דאמר דאורייתא נינהו והוי מחלל ומיהו אין חייבין לא על שגגתו חטאת כו':
Et selon Rabbi Akiva : qui dit qu'ils sont de la Torah, et c'est donc une profanation ; toutefois on n'est passible ni d'un hatat par inadvertance, etc.
אליבא דר' יוסי דאמר בפרק כלל גדול (לעיל שבת דף ע.) הבערה ללאו יצאת:
Selon Rabbi Yossi : qui dit au chapitre Kelal gadol (plus haut, Chabbat 70a) : l'allumage du feu est sorti [du groupe] pour [être] un simple interdit (lav).
💡 Explication

La guemara réfute la seconde objection : l'exclusion de la michna peut viser les tehoumin (limites de déplacement), de la Torah selon Rabbi Akiva, ou la havara (allumer un feu), simple lav selon Rabbi Yossi. La première objection, celle de torah ahat, demeure.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).