Shabbat 154b — Décharger l'animal le Chabbat ; tsdadin et tsdéi tsdadin

Shabbat 154b

Sougya : L'amud conclut d'abord que le méhamer (conduire un animal chargé) n'entraîne pas de flagellation, puis revient à la michna : arrivé à la cour extérieure, comment décharger l'animal ? Rav Houna permet de glisser des coussins sous des objets en verre mouktse, dans le cas de petits paquets ; une baraita sur des plaques de verre et l'histoire de l'âne de Rabban Gamliel, mort sous sa charge de miel, précisent la limite.

Rabba fait glisser son fils sur le flanc d'un âne : il soutient que l'usage des tsdadin (côtés) d'un animal n'a pas été interdit. Abaye le conteste à partir de la michna de la souka adossée à un arbre, puis Abaye et Rava interprètent la mahloket des Tannaim sur les tsdéi tsdadin.

Arrivé à la cour extérieure : comment décharger l'animal ? Objets permis à déplacer on les retire à la main (michna) Objets interdits (mouktse) on détache les cordes, les sacs tombent (michna) Verre fragile et mouktse Rav Houna : coussins dessous, puis on détache (seg. 1) Condition petits paquets : le coussin reste retirable (seg. 3) Plaques de verre (koulsa) on détache, même si elles se brisent (seg. 4-5) Tevel en grain (chélif) R. Chimon b. Yohai : il déplace avec la tête (seg. 6) Miel tourné (R. Gamliel) ni chute, ni coussins : l'âne reste chargé (seg. 7-8)
Décharger un animal à l'entrée de Chabbat : les cas du daf (segments 1-8).
Utiliser un animal ou un arbre : tsdadin et tsdéi tsdadin L'animal / l'arbre lui-même (monter dessus) Tsdadin (côtés) s'appuyer sur ses flancs Tsdéi tsdadin ce qui repose sur un appui Rabba (seg. 9) interdit permis permis Abaye : Tanna kamma (seg. 15) interdit interdit interdit Abaye : R. Meir (seg. 15) interdit interdit permis Rava : camp qui interdit (seg. 16) interdit interdit interdit Rava : camp qui permet (seg. 16) interdit permis permis
Tsdadin et tsdéi tsdadin : positions de Rabba, Abaye et Rava (segments 9-16).
1
ואפילו למאן דאמר לוקין, ליכתוב רחמנא ״לא תעשה כל מלאכה ובהמתך״, ״אתה״ למה לי? הוא ניהו דמיחייב, בבהמתו לא מיחייב.

Et même selon celui qui dit qu'on est flagellé [pour un lav qui avertit d'une peine capitale], que Rahmana (la Torah) écrive : Tu ne feras aucun travail... ni ton bétail. Pourquoi ai-je besoin de toi ?

C'est lui qui est passible ; pour son animal, il n'est pas passible.

📜 Rachi (2)
ואפי' למ"ד דלוקין במסכת מכות (דף יג:) הכא אפי' לאו ליכא דאי לאזהורי אמלאכה שעל ידו וע"י בהמתו אתא כגון מחמר ליכתוב לא תעשה כל מלאכה ובהמתך מאי אתה משמע אתה לבדך ובהמתך לבדה:
Et même selon celui qui dit qu'on est flagellé : au traité Makkot (13b). Ici il n'y a même pas de lav : car s'il venait avertir contre le travail fait par lui et par son animal, comme le méhamer, qu'il écrive Tu ne feras aucun travail... ni ton bétail. Que signifie toi ? Toi seul, et ton bétail seul.
בהמתו במלאכה הנעשית ע"י בהמתו לא מיחייב לאו גמור ללקות עליו:
Son animal : pour le travail fait par son animal, il n'est pas passible d'un lav complet pour être flagellé à cause de lui.
💡 Explication

La guemara achève la discussion sur le méhamer (conduire un animal chargé le Chabbat). Même selon l'avis qui flagellé pour un lav servant d'avertissement à une peine capitale (Makkot 13b), le méhamer échappe à la malkout (flagellation) : le mot ata (toi) du verset limite la responsabilité au travail fait par l'homme lui-même.

2
הגיע לחצר החיצונה. אמר רב הונא: היתה בהמתו טעונה כלי זכוכית, מביא כרים וכסתות ומניח תחתיה, ומתיר החבלים והשקין נופלים.

Il est arrivé à la cour extérieure [il détache les cordes et les sacs tombent]. Rav Houna a dit : si son animal était chargé d'objets en verre, il apporte des coussins et des couvertures, les place dessous, détache les cordes, et les sacs tombent.

📜 Rachi (1)
טעונה כלי זכוכית שאין ניטלין בידו להניחן לארץ:
Chargée d'objets en verre : qu'il ne peut pas prendre en main pour les poser à terre.
⚖️ Rosh (1)
גמ' מ"ט שרו רבנן למיתב כיסו לנכרי קים להו לרבנן דאין אדם מעמיד עצמו על ממונו ואי לא שרית ליה אתי לאתויי ד' אמות בר"ה. אמר רבא דווקא כיסו אבל מציאה לא. ואם אין עמו נכרי וכו' טעמא דאין עמו נכרי הא יש עמו נכרי יהיב ליה. מ"ט. חמור אתה מצווה על שביתתו נכרי אי אתה מצווה על שביתתו. חמור וחרש שוטה וקטן אחמור מנח ליה. לחרש שוטה וקטן לא יהיב ליה. מ"ט הני אדם וחמור לאו אדם. חרש ושוטה לשוטה יהיב ליה לחרש לא יהיב ליה. שוטה וקטן לשוטה יהיב ליה לקטן לא יהיב ליה. איבעיא להו חרש וקטן מאי. איכא דאמרי לחרש יהיב ליה ואיכא דאמרי לקטן. וכיון דלא איפסיק בהדיא הלכתא דעביד כי האי לישנא עביד ודעביד כי האי לישנא עביד. אין עמו לא נכרי ולא חמור ולא חרש שוטה וקטן מאי. אמר ר' יצחק עוד אחרת היתה ולא רצו חכמים לגלותה. מוליכו פחות פחות מארבע אמות. אמר מר אין עמו נכרי וכו' והלא מחמר ורחמנא אמר לא תעשה כל מלאכה. אמר רב אדא בר אהבה מניחו עליה כשהיא מהלכת סוף סוף אי אפשר דלא קיימא פורתא להשתין מים ולהטיל גללים וקאתי למיעבד עקירה והנחה. תנא כשהיא מהלכת מניחו עליה וכשהיא עומדת נוטלו הימנה. אמר רב אדא בר אהבה היתה חבילתו מונחת על כתיפו רץ תחתיה עד שמגיע לביתו. ודוקא רץ אבל קלי קלי לא. מאי טעמא כיון דלית ליה היכירא אתי למיעבד עקירה והנחה. סוף סוף כי מטי לביתיה אי אפשר דלא קאי וקמעייל מר"ה לרה"י דזריק ליה כלאחר יד. הגיע לחצר החיצונה כו' אמר רב הונא היתה בהמתו טעונה כלי זכוכית כגון קרני דאומנא דאסור לטלטלן בשבת משום דלא חזיין מביא כרים וכסתות ומניח תחתיהן ומתיר את החבלים והשקים נופלין. ודוקא בשליפי זוטרי דאי בעי שמיט להו לכרים וכסתות מתותיה ולא קא מבטל כלי מהיכנו. מהא שמעינן דלית הלכתא כר' יצחק דאמר בפרק כירה (שבת דף מג.) דאין כלי ניטל אלא לדבר הניטל דהא אוקימנא בקרני דאומנא דלא חזיין וקאמר דמביא כרים וכסתות ומניח תחתיהן. תניא רבי שמעון בן יוחי אומר היתה בהמתו טעונה שליף של תבואה מכניס ראשו תחתיה ומסלקו לצד אחד והוא נופל מאליו. אביי אשכחיה לרבה דקמשפשף לבריה אגבא דחמרא. א"ל והא קא משתמש מר בבעלי חיים. אמר ליה צדדין נינהו וצדדין. לא גזרו בהו רבנן. ואסיקנא והלכתא צדדין אסורין. צדי צדדין מותרין:
Guemara. Pourquoi les Sages ont-ils permis de donner sa bourse à un non-Juif ? Les Sages savaient qu'un homme ne se retient pas quand il s'agit de son argent, et si tu ne le lui permets pas, il en viendra à la porter quatre amot dans le domaine public. Rava a dit : cela vaut précisément pour sa bourse, mais pas pour un objet trouvé. Et s'il n'y a pas de non-Juif avec lui, etc. : la raison est qu'il n'y a pas de non-Juif avec lui ; mais s'il y a un non-Juif avec lui, il la lui donne. Quelle en est la raison ? L'âne, tu es commandé sur son repos ; le non-Juif, tu n'es pas commandé sur son repos. Un âne et un sourd-muet, un chote (fou) ou un mineur : il la pose sur l'âne ; au sourd-muet, au chote ou au mineur, il ne la donne pas. Pourquoi ? Ceux-là sont des hommes, et l'âne n'est pas un homme. Un sourd-muet et un chote : il la donne au chote, il ne la donne pas au sourd-muet. Un chote et un mineur : il la donne au chote, il ne la donne pas au mineur. On a demandé : un sourd-muet et un mineur, qu'en est-il ? Certains disent : il la donne au sourd-muet ; d'autres disent : au mineur. Et puisque la halakha n'a pas été tranchée explicitement, celui qui agit selon cette version a bien agi, et celui qui agit selon l'autre version a bien agi. S'il n'y a avec lui ni non-Juif, ni âne, ni sourd-muet, chote ou mineur, qu'en est-il ? Rabbi Yitshak a dit : il y avait encore une autre [solution], et les Sages n'ont pas voulu la révéler : il la porte par étapes de moins de quatre amot. Le maître a dit : s'il n'y a pas de non-Juif avec lui, etc. Mais n'est-il pas méhamer, alors que la Torah (Rahmana) a dit : Tu ne feras aucun travail ? Rav Adda bar Ahava a dit : il la pose sur l'animal pendant qu'il marche. Mais finalement, il est impossible qu'il ne s'arrête pas un peu pour uriner ou déposer ses excréments, et il en viendra à faire une akira (soulèvement) et une hanaha (dépôt) ? On a enseigné : pendant qu'il marche, il la pose sur lui ; quand il s'arrête, il la lui retire. Rav Adda bar Ahava a dit : si son paquet était posé sur son épaule, il court avec jusqu'à ce qu'il arrive à sa maison. Et cela vaut précisément en courant, mais pas en marchant lentement. Quelle en est la raison ? Puisqu'il n'a pas de signe distinctif, il en viendra à faire une akira et une hanaha. Mais finalement, quand il arrive à sa maison, il est impossible qu'il ne s'arrête pas, et il fait entrer du domaine public au domaine privé ? Il la jette de manière inhabituelle (kelahar yad). Il est arrivé à la cour extérieure, etc. Rav Houna a dit : si son animal était chargé d'objets en verre, comme les cornes d'un saigneur, qu'il est interdit de déplacer le Chabbat parce qu'elles ne sont bonnes à rien, il apporte des coussins et des couvertures, les place dessous, détache les cordes et les sacs tombent. Et cela vaut précisément pour de petits paquets : s'il le veut, il retire les coussins et les couvertures de dessous, et il ne prive pas un ustensile de sa disponibilité. De là nous apprenons que la halakha n'est pas comme Rabbi Yitshak, qui a dit au chapitre Kira (Chabbat 43a) qu'on ne déplace un ustensile que pour une chose qu'on peut déplacer : car nous l'avons établi pour les cornes du saigneur, qui ne sont bonnes à rien, et il est dit qu'il apporte des coussins et des couvertures et les place dessous. On a enseigné : Rabbi Chimon ben Yohai dit : si son animal était chargé d'un chélif (chargé) de grain, il met sa tête dessous, le pousse d'un côté, et il tombe de lui-même. Abaye trouva Rabba qui faisait glisser son fils sur le dos d'un âne. Il lui dit : le maître fait usage d'un animal ! Il lui répondit : ce sont des tsdadin (côtés), et pour les tsdadin les Sages n'ont pas décrété. Et nous avons conclu, et la halakha est : les tsdadin sont interdits, les tsdéi tsdadin (côtés des côtés) sont permis.
💡 Explication

La michna (153b) enseigne qu'arrivé à la cour extérieure, on retire à la main les objets qu'on peut déplacer ; pour les objets mouktse, on détache les cordes et les sacs tombent d'eux-mêmes. Rav Houna ajoute un cas : des objets en verre qui se briseraient en tombant. On place des coussins dessous pour amortir la chute.

Le Roch résume ici toute la sougya de 153a-154b et en tire deux décisions : la halakha ne suit pas Rabbi Yitshak (43a) sur le déplacement d'un ustensile pour un objet mouktse, et les tsdadin sont interdits, les tsdéi tsdadin permis.

3
והאנן תנן: נוטל את הכלים הניטלין בשבת?

Mais n'avons-nous pas appris : il retire les objets qu'on peut déplacer le Chabbat ?

📜 Rachi (1)
והאנן תנן נוטל את הכלים הניטלין וכלי זכוכית ניטלין הן ולמה לי מתיר את החבלים:
Mais n'avons-nous pas appris : il retire les objets qu'on peut déplacer : or les objets en verre peuvent être déplacés ; pourquoi a-t-il besoin de détacher les cordes ?
💡 Explication

Objection : un ustensile en verre est un kli ordinaire, qu'on peut déplacer le Chabbat. Il suffit de le retirer à la main, selon la première partie de la michna.

4
כי קאמר רב הונא, בקרני דאומנא, דלא חזיא ליה. והא קא מבטל כלי מהיכנו! בשליפי זוטרי.

Quand Rav Houna l'a dit, c'était pour les cornes du saigneur, qui ne lui servent à rien. Mais il prive un ustensile de sa disponibilité !

[Il s'agit] de petits paquets.

📜 Rachi (3)
דאומני מקיז דם שאין ראויין בשבת לכלום לפי שמאוסים:
Du saigneur : celui qui pratique la saignée ; elles ne sont bonnes à rien le Chabbat, car elles sont répugnantes.
והא מבטל כלי כרים וכסתות כשמניחן תחת דבר שאין ניטל מבטלן מהיכנן דשוב לא יטלם משם ודמי לסותר:
Mais il prive un ustensile : les coussins et les couvertures, quand il les place sous une chose qu'on ne déplace pas, il les prive de leur disponibilité, car il ne les retirera plus de là ; et cela ressemble à démolir.
בשליפי זוטרי משואות קטנים ששומט הכר מתחתיהם ונופלין על הכר השני וכן עד שמגיען לארץ:
Petits paquets : de petites charges ; il retire le coussin de dessous elles, et elles tombent sur le second coussin, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il les amène à terre.
🗂️ Tossefot (1)
והא מבטל כלי מהיכנו פירשנו למעלה בפרק כירה (שבת דף מג.):
Mais il prive un ustensile de sa disponibilité : nous l'avons expliqué plus haut au chapitre Kira (Chabbat 43a).
💡 Explication

Rav Houna parle des karnei deoumana, les ventouses en corne du saigneur : répugnantes, elles sont mouktse et ne peuvent pas être retirées à la main.

Nouvelle objection : poser un coussin sous un objet mouktse rend le coussin lui-même indéplaçable. C'est bitoul kli me-hekhano (priver un ustensile de sa disponibilité), interdit par les Sages. Réponse : il s'agit de petits paquets ; on peut encore retirer le coussin et le paquet tombe sur le suivant.

5
מיתיבי: היתה בהמתו טעונה טבל ועששיות — מתיר את החבלים והשקין נופלין, ואף על פי שמשתברין. התם בכולסא. דיקא נמי, דקתני דומיא דטבל. מה טבל — דלא חזי ליה, אף הכא נמי לא חזי ליה.

On a objecté : si son animal était chargé de tevel et d'achachiot, il détache les cordes et les sacs tombent, même s'ils se brisent. Là, il s'agit de koulsa (plaques de verre).

C'est aussi la lecture précise, puisqu'il l'enseigne à la manière du tevel : de même que le tevel ne lui est pas utilisable, ici aussi, ce n'est pas utilisable pour lui.

📜 Rachi (3)
עששיות של זכוכית מש"ש בלע"ז ואע"פ שהעששיות משתברין אלמא אסור להניח כרים וכסתות תחתיהן:
Achachiot de verre : [un mot] en la'az ; et même si les achachiot se brisent : on en déduit qu'il est interdit de placer des coussins et des couvertures dessous.
בכולסא חתיכות רחבות של זכוכית שאינם כלים ועושין מהן חלונות וכיון דליכא פסידא בשבירתן וסופן להחתך בחתיכות קטנות לא שרו להביא כרים ולהניח תחתיהן:
Koulsa : de larges morceaux de verre qui ne sont pas des ustensiles, dont on fait des fenêtres ; et puisqu'il n'y a pas de perte à les briser, et qu'ils finiront coupés en petits morceaux, on n'a pas permis d'apporter des coussins et de les placer dessous.
[טבל לא חזי ליה דמוקצה הוא ואפילו לכהנים לא חזי]:
[Le tevel ne lui est pas utilisable : car il est mouktse, et il n'est pas utilisable même pour les Cohanim.]
💡 Explication

Une baraita semble interdire les coussins : on laisse tomber le verre même s'il se brise. Réponse : il s'agit de koulsa, des plaques de verre brut destinées à être découpées. Leur bris ne cause presque aucune perte, donc on n'autorise pas les coussins. Le rapprochement avec le tevel (produit non prélevé, inutilisable) confirme cette lecture.

6
ומאי ״אף על פי שמשתברין״ — מהו דתימא להפסד מועט נמי חששו, קא משמע לן.

Et que signifie : même s'ils se brisent ? On aurait pu dire qu'on s'est soucié aussi d'une perte minime ; il nous enseigne [que non].

📜 Rachi (2)
ומאי אף על פי שמשתברין הא ליכא פסידא:
Et que signifie : même s'ils se brisent : il n'y a pourtant pas de perte !
מהו דתימא להפסד מועט נמי חששו ויביא כרים ויניח תחתיהם דהא ודאי אי אפשר בלא הפסד מועט שניצוצות ניתזין בשבירתן שאינם ראוין לכלום:
On aurait pu dire qu'on s'est soucié aussi d'une perte minime : et qu'il apporte des coussins et les place dessous, car il est certainement impossible [de les briser] sans une perte minime : des éclats sont projetés quand ils se brisent, qui ne servent à rien.
💡 Explication

Si les plaques sont faites pour être coupées, pourquoi dire même s'ils se brisent ? La baraita précise que la perte minime (les éclats perdus) ne suffit pas à permettre les coussins.

7
תניא, רבי שמעון בן יוחי אומר: היתה בהמתו טעונה שליף של תבואה — מניח ראשו תחתיה, ומסלקו לצד אחר, והוא נופל מאליו.

On a enseigné : Rabbi Chimon ben Yohai dit : si son animal était chargé d'un chelif de grain, il met sa tête dessous, le déplace vers l'autre côté, et il tombe de lui-même.

📜 Rachi (1)
שליף משוי של תבואה של טבל:
Chelif : une charge de grain de tevel.
💡 Explication

Le grain de tevel est mouktse. Rabbi Chimon ben Yohai permet de le déplacer avec la tête, manière inhabituelle (kelahar yad), jusqu'à ce qu'il bascule de l'autre côté.

8
חמורו של רבן גמליאל היתה טעונה דבש ולא רצה לפורקה עד מוצאי שבת, למוצאי שבת מתה. והאנן תנן נוטל כלים הניטלין? כשהדביש. הדביש למאי חזי? לכתיתא דגמלי.

L'âne de Rabban Gamliel était chargé de miel, et il ne voulut pas le décharger avant la sortie du Chabbat ; à la sortie du Chabbat, il mourut. Mais n'avons-nous pas appris : il retire les objets qu'on peut déplacer ?

Quand [le miel] avait tourné. À quoi sert le miel tourné ?

Aux plaies des chameaux.

📜 Rachi (4)
והא אנן תנן כו' ודבש ניטל בשבת ואמאי לא רצה לפורקה:
Mais n'avons-nous pas appris, etc. : or le miel se déplace le Chabbat ; pourquoi n'a-t-il pas voulu le décharger ?
כשהדביש החמיץ:
Quand il avait tourné : il était devenu aigre.
למאי חזי ואמאי אייתי רבן גמליאל:
À quoi sert-il : et pourquoi Rabban Gamliel l'avait-il apporte ?
לכתיתא דגמלי לכתית של גמלים רדויישדוד"א:
Aux plaies des chameaux : pour les plaies des chameaux ; en la'az : [un mot].
💡 Explication

Le miel ordinaire peut être retiré à la main. Rabban Gamliel ne l'a pas fait parce que ce miel avait tourné : impropre à la consommation, il était mouktse. On l'utilisait comme onguent pour les plaies des chameaux, un usage qui n'a pas lieu le Chabbat.

9
ויתיר חבלים ויפלו שקין! מיצטרו זיקי. ויביא כרים וכסתות ויניח תחתיהן! מטנפי, וקמבטל כלי מהיכנו. והאיכא צער בעלי חיים! קסבר: צער בעלי חיים דרבנן.

Qu'il détache les cordes et que les sacs tombent ! Les outres se seraient fendues.

Qu'il apporte des coussins et des couvertures et les place dessous ! Ils se seraient salis, et il prive un ustensile de sa disponibilité.

Mais il y a là tsaar baalei 'hayim (la souffrance des animaux) ! Il pense que tsaar baalei 'hayim est d'ordre rabbinique.

📜 Rachi (4)
ויתיר החבלים ויפלו שקים דהכי תנן במתניתין בדבר שאינו ניטל ומשני מצטרו זיקי נבקעים הנודות בנפילתן לארץ:
Qu'il détache les cordes et que les sacs tombent : car c'est ce que nous avons appris dans la michna pour une chose qu'on ne déplace pas. Et il répond : les outres se seraient fendues, elles éclatent en tombant à terre.
מטנפי בדבר הנשפך עליהם וקא מבטל כלי מהיכנו דשוב אין ראויין לבו ביום לכלום:
Ils se seraient salis : par ce qui se répand sur eux ; et il prive un ustensile de sa disponibilité, car ils ne sont plus bons à rien ce jour-là.
והא איכא צער בעלי חיים וליתי דאורייתא ולידחי דרבנן ביטול כלי מהיכנו:
Mais il y a tsaar baalei 'hayim : qu'il vienne, [lui qui est] de la Torah, et qu'il repousse [l'interdit] rabbinique de priver un ustensile de sa disponibilité.
קסבר ר"ג צער בעלי חיים דרבנן ופלוגתא היא באלו מציאות (ב"מ לב:):
Il pense : Rabban Gamliel, que tsaar baalei 'hayim est rabbinique ; et c'est une discussion au chapitre Elou metsiot (Bava Metsia 32b).
💡 Explication

Trois solutions sont écartées : laisser tomber les outres (elles éclateraient), poser des coussins (ils seraient souillés, donc bitoul kli me-hekhano). Reste l'argument de tsaar baalei 'hayim : s'il était de la Torah, il l'emporterait sur un interdit rabbinique. Rabban Gamliel tient qu'il est lui aussi derabbanan, et un interdit rabbinique ne repousse pas un autre interdit rabbinique.

10
אביי אשכחיה ליה לרבה דקא משפשף ליה לבריה אגבא דחמרא. אמר ליה: קא משתמש מר בבעלי חיים! אמר ליה: צדדין הן, וצדדין לא גזרו בהו רבנן. מנא תימרא — דתנן: מתיר חבלים והשקין נופלין. מאי לאו — בחבר גוולקי, דהוו להו צדדין וצדדין, לא גזרו בהו רבנן.

Abaye trouva Rabba qui faisait glisser son fils sur le dos d'un âne. Il lui dit : le maître fait usage d'un animal !

Il lui répondit : ce sont des tsdadin (côtés), et pour les tsdadin les Sages n'ont pas décrété. D'où le dis-tu ?

De ce que nous avons appris : il détache les cordes et les sacs tombent. N'est-ce pas avec hibour guvalki, où il y a des tsdadin ; et pour les tsdadin, les Sages n'ont pas décrété ?

📜 Rachi (4)
דמשפשף לבריה אגבא דחמרא בשבת לשעשע התינוק:
Qui faisait glisser son fils sur le dos d'un âne : le Chabbat, pour amuser l'enfant.
קא משתמש מר בבעלי חיים ותנן (ביצה דף לו.) לא רוכבין על גבי בהמה וה"ה לכל תשמיש:
Le maître fait usage d'un animal : et nous avons appris (Beitsa 36a) : on ne monte pas sur un animal ; et il en va de même pour tout usage.
צדדין שאינו מרכיבו עליו אלא משפשפו על צדי גבו ואין זה דרך תשמישו ורבנן לא גזרו בה:
Tsdadin : il ne le fait pas monter dessus, il le fait glisser sur les côtés de son dos ; ce n'est pas la manière de l'utiliser, et les Sages n'ont pas décrété à ce sujet.
מאי לאו בחבר גוולקי דהוו להו צדדין גוואלקי עשקנ"ס חבר גוואלקי שתים מחוברות יחד ברצועות ומרכיבין על החמור זו מכאן וזו מכאן וצריך לסלקן יחד וליקרב אצל החמור ומשפשף עצמו ונשען גופו בצדי החמור:
N'est-ce pas avec hibour guvalki, où il y a des tsdadin : guvalki, en la'az [un mot] ; hibour guvalki : deux [sacs] reliés ensemble par des courroies, que l'on place sur l'âne, l'un de ce côté-ci et l'autre de ce côté-là ; il doit les retirer ensemble et s'approcher de l'âne, et il se frotte et son corps s'appuie sur les flancs de l'âne.
🗂️ Tossefot (1)
בחיבור גוולקי שני שקין אחד בימין החמור ואחד משמאלו ובראש כל אחד מן השקין רצועה אחת וקושרין אותן שתי הרצועות יחד ועכשיו מונח הקשר כנגד גבו של החמור והשקין מכבידין לכאן ולכאן ואי אפשר להתיר הקשר אם לא יגביהו השקין מעט ונסמכין שתי השקין בכריסו של החמור והוו להו כצדדים:
Avec hibour guvalki : deux sacs, l'un à droite de l'âne et l'autre à sa gauche ; en haut de chaque sac une courroie, et l'on attache les deux courroies ensemble. Le nœud se trouve alors contre le dos de l'âne, et les sacs pèsent de chaque côté ; il est impossible de défaire le nœud sans soulever un peu les sacs, et les deux sacs s'appuient contre le ventre de l'âne : c'est comme des tsdadin.
💡 Explication

Les Sages ont interdit d'utiliser un animal le Chabbat (monter dessus), de peur qu'on ne coupe une branche pour le mener. Rabba distingue les tsdadin, les flancs de l'animal : cet usage secondaire n'a pas été interdit. Preuve : la michna permet de détacher les sacs, ce qui oblige, avec les guvalki, à s'appuyer contre l'animal.

🖼️ Schéma
Détacher les sacs : faut-il s'appuyer sur l'âne ? Hibour guvalki deux sacs liés par des courroies sur le dos : on les soulève en s'appuyant aux flancs = tsdadin (Rabba) Agalvaki anneau de métal et petite cheville : on tire, les sacs se séparent pas de tsdadin (Abaye) Lakhta anneaux de corde et petit bois courbe : on le retire, les sacs tombent pas de tsdadin (Abaye)
Trois façons d'attacher les sacs : seul le hibour guvalki oblige à s'appuyer sur les flancs.
11
לא — באבר גוולקי, דלא הוו צדדין. אי נמי, בלכתא.

Non : avec agalvaki, où il n'y a pas de tsdadin. Ou bien avec lakhta.

📜 Rachi (2)
בחבר אגלווקי שתים שאין מחוברות יחד אלא על ידי טבעת מתכת שבראש הרצועה ובו מסמר קטן כעין שעושין לחבק שקורין צינגל"א שאינו צריך אלא למשוך מעט והמסמר יוצא והן מתנתקות זו מזו:
Avec agalvaki : deux [sacs] qui ne sont reliés que par un anneau de métal en haut de la courroie, avec une petite cheville, comme on en fait pour une sangle, appelée [en la'az] cingle ; il suffit de tirer un peu, la cheville sort et ils se séparent l'un de l'autre.
אי נמי בלכתא כעין שעושין לדרדור יין שיש בהן טבעות של חבל לכל אחד ואחד ומכניס טבעת בטבעת ונוטל עץ כפוף קטן ומכניסו בפנימי ושוב אינו יוצא מחברו וכשבא לסלקו מושך העץ אליו והן מתנתקין זה מזה ונופלין:
Ou bien avec lakhta : comme on en fait pour [transporter] le vin : chacun a des anneaux de corde ; on passe un anneau dans l'autre, on prend un petit bois recourbé et on l'introduit dans l'anneau intérieur, et il ne sort plus de l'autre. Quand on veut les retirer, on tire le bois vers soi, ils se séparent l'un de l'autre et tombent.
💡 Explication

Abaye rejette la preuve : la michna peut parler d'attaches qu'on défait d'un geste, sans toucher l'animal (agalvaki, anneau et cheville ; lakhta, anneaux de corde et petit bois).

12
איתיביה: שתים בידי אדם, ואחת באילן — כשרה, ואין עולין לה ביום טוב. מאי לאו, דחק ביה באילן [וסכיך ביה] דהוו להו צדדין, וצדדין אסורין!

Il lui objecta : deux [murs] faits par l'homme et un dans l'arbre : [la souka] est kachera, et on n'y monte pas le jour de fête. N'est-ce pas qu'il a enfoncé [des roseaux] dans l'arbre [et a posé le schakh dessus], ce qui est un usage des tsdadin ; et les tsdadin sont interdits !

📜 Rachi (2)
שתים בידי אדם ואחת באילן גבי סוכה תנן שכשירה בג' דפנות ואם עשה שתים כהלכתן והשלישי עשה באילן כשירה דפנות לא איכפת לן אם מחוברות הם וה"ה אם כולן נקבעות באילן והא דנקט שתים בידי אדם רבותא אשמועינן דאפילו הכי אין עולין לה לאכול ולישן באותה סוכה בי"ט מפני שסככה קשור בדופניה ונשען עליה והוא משתמש על סככה ונותן כליו ונמצא משתמש באילן כל כניסה דסוכה נקיט בלשון עלייה במסכת סוכה לפי שרובן עושין סוכותיהן בראש גגן דבכמה דוכתין תנן בה הכי אין מטריחין אותו לעלות אמר להם העלום לסוכה אבל מוריד הוא את הכלים וכן הרבה:
Deux faits par l'homme et un dans l'arbre : à propos de la souka, nous avons appris qu'elle est kachera avec trois murs ; et s'il en a fait deux selon la règle et le troisième dans un arbre, elle est kachera, car pour les murs peu nous importe qu'ils soient attachés au sol ; et il en va de même si tous sont fixés dans l'arbre. Et s'il dit deux faits par l'homme, c'est pour nous apprendre une nouveauté : même ainsi, on n'y monte pas pour manger et dormir dans cette souka le jour de fête, parce que son schakh est attaché à ses murs et s'appuie sur [l'arbre] ; or il utilise le schakh et y pose ses objets, et il se trouve faire usage de l'arbre. Toute entrée dans la souka est exprimée dans le traité Souka par le terme monter, parce que la plupart faisaient leurs soukot sur leur toit ; en plusieurs endroits nous avons appris ainsi : on ne lui impose pas de monter ; il leur dit : montez-les a la souka ; mais il descend les objets ; et bien d'autres.
מאי לאו דחק ביה באילן ואותיב ביה קנים של דפנות בנקבים שנקב הרבה בגופו של אילן וסיכך שוב על אותן דפנות ומ"מ אין כאן תשמיש אלא בצדי אילן:
N'est-ce pas qu'il a enfoncé dans l'arbre : et il y a placé les roseaux des murs dans des trous nombreux qu'il a percés dans le tronc de l'arbre, puis il a posé le schakh sur ces murs ; de toute façon, il n'y a là qu'un usage des côtés de l'arbre.
🗂️ Tossefot (1)
שתים בידי אדם ואחת באילן בסוכה בפ"ב (דף כב: ושם) תנן העושה סוכתו בראש האילן יש לפרש בשני ענינים העושה סוכתו בראש האילן כגון שהסכך של סוכה על גבי האילן והאילן סומך אותה שאין יכול לעלות על אותו סכך אלא אם כן ישתמש באילן שרגילין היו לתת כליהן על הסכך א"נ יש לפרש שהתקרה סמוכה באילן שבנאה בגובה ותחתיה על האילן דהשתא כל שעה שהוא מהלך בסוכה משתמש באילן:
Deux faits par l'homme et un dans l'arbre : dans Souka, au deuxième chapitre (22b), nous avons appris : celui qui fait sa souka au sommet d'un arbre. On peut l'expliquer de deux manières. Celui qui fait sa souka au sommet d'un arbre : par exemple le schakh de la souka est sur l'arbre et l'arbre le soutient, si bien qu'on ne peut monter sur ce schakh sans faire usage de l'arbre, car on avait l'habitude de poser ses objets sur le schakh. Ou bien on peut expliquer que le toit est soutenu par l'arbre : il l'a construit en hauteur, avec [la souka] au-dessous, sur l'arbre ; ainsi, à chaque instant où il marche dans la souka, il fait usage de l'arbre.
💡 Explication

L'interdit d'utiliser un arbre le Chabbat et à Yom Tov est de même nature que celui de l'animal. Abaye cite la michna de Souka (22b) : une souka dont un des trois murs nécessaires est dans un arbre est kachera, mais on ne peut pas y entrer à Yom Tov. Selon lui, il s'agit de roseaux plantés dans le tronc, qui portent le schakh : un usage des tsdadin, qui serait donc interdit.

13
לא, דכפייה לאילן ואנח סיכוך עילויה, דקמשתמש באילן. אי הכי, אימא סיפא: שלש בידי אדם ואחת באילן כשרה, ועולין לה ביום טוב. ואי דכפייה לאילן — אמאי עולין לה ביום טוב?

Non : il a plié l'arbre et posé le schakh dessus, et il fait usage de l'arbre. S'il en est ainsi, dis la fin : trois faits par l'homme et un dans l'arbre, elle est kachera, et on y monte le jour de fête.

Et s'il a plié l'arbre, pourquoi y monte-t-on le jour de fête ?

📜 Rachi (2)
דכפייה לאילן לענפיו העליונים הטה לצד אילן אחר וכן של זה לזה וקשרן אלו עם אלו ומהן נעשה הדופן:
Il a plié l'arbre : il a incliné ses branches supérieures vers un autre arbre, et de même celles de celui-ci vers celui-là, et il les a attachées les unes aux autres ; et c'est d'elles qu'il a fait le mur.
אמאי עולין לה בי"ט הרי הסכך נשען עליו והוא משתמש בו:
Pourquoi y monte-t-on le jour de fête : le schakh s'appuie pourtant sur lui, et il en fait usage.
💡 Explication

Rabba répond que la michna parle d'un arbre plié qui porte directement le schakh : un usage de l'arbre lui-même. Abaye objecte par la fin de la michna : avec trois murs humains et un quatrième dans l'arbre, on y entre à Yom Tov. Si l'arbre plié porte le schakh, pourquoi serait-ce permis ?

🖼️ Schéma
Souka avec un arbre : peut-on y entrer le jour de fête ? 2 murs humains + 1 arbre kachera, on n'y entre pas à Yom Tov 3 murs humains + 1 arbre kachera, on y entre à Yom Tov Abaye : roseaux plantés dans l'arbre, schakh dessus = usage des tsdadin donc tsdadin interdits Rabba : arbre plié, schakh posé dessus = usage de l'arbre lui-même Abaye : alors pourquoi permis ici ? Conclusion : gavza parsekhna (branches étalées) l'arbre sert de simple mur, le schakh n'y repose pas. Règle : si la souka tient sans l'arbre, on y entre.
La souka adossée à un arbre : objections et conclusion (segments 11-13).
14
ואלא מאי, צדדין אסורין? סוף סוף אמאי עולין לה ביום טוב? אלא: התם בגואזא פרסכנא, דאילן גופיה דופן בעלמא הוא דשוויה. דיקא נמי — דקתני: זה הכלל, כל שאילו ינטל האילן ויכולה לעמוד — עולין לה ביום טוב. שמע מינה.

Mais alors quoi, les tsdadin sont interdits ? Finalement, pourquoi y monte-t-on le jour de fête ?

Plutôt : là, il s'agit de gavza parsekhna (branches étalées), où il a fait de l'arbre lui-même un simple mur. C'est aussi la lecture précise, puisqu'il enseigne : voici la règle, tout cas où, si l'on enlevait l'arbre, elle pourrait tenir, on y monte le jour de fête.

Déduis-en.

📜 Rachi (1)
ה"ג אלא מאי צדדין אסורין סוף סוף אמאי עולין לה בי"ט אלא התם בגווזא פרסכנא שאילן גופיה דופן בעלמא שווייה. גווזא פרסכנא אילן שענפים הרבה יוצאין מצדדין ומתפשטין לכאן ולכאן ושוינהו דופן בעלמא לסוכה ולא סמך הסכך עליהן ולהכי נקט גווזא פרסכנא ולא שבקיה כדקא ס"ד בדכפייה ולישני כגון דלא סמך הסכך עליה משום דכיון דדופן רביעי הוא שאינו צריך לסוכה דהא בג' כשירה והסכך נמי לא סמך עליה לא טרח למעבד לו דופן להכי אוקמא בגווזא פרסכנא וממילא הוא בלא טרחא:
Voici la bonne version : Mais alors quoi, les tsdadin sont interdits ? Finalement, pourquoi y monte-t-on le jour de fête ? Plutôt : là, il s'agit de gavza parsekhna, où il a fait de l'arbre lui-même un simple mur. Gavza parsekhna : un arbre dont de nombreuses branches sortent des côtés et s'étalent de-ci de-là ; il en a fait un simple mur pour la souka et n'a pas appuyé le schakh sur elles. C'est pourquoi on a dit gavza parsekhna, au lieu de garder le cas de l'arbre plié, comme on le pensait, en répondant : par exemple, il n'a pas appuyé le schakh dessus. En effet, puisque c'est un quatrième mur, dont la souka n'a pas besoin, car elle est kachera avec trois, et que le schakh non plus ne s'appuie pas dessus, il ne se serait pas donné la peine d'en faire un mur. C'est pourquoi on l'a établi dans le cas de gavza parsekhna, qui [forme un mur] de lui-même, sans effort.
💡 Explication

Rabba retourne l'objection : même si les tsdadin sont interdits, la fin de la michna reste difficile. La solution commune : dans la fin, l'arbre est un gavza parsekhna, aux branches étalées, qui sert de simple mur sans porter le schakh. La règle finale de la michna le confirme : si la souka tient sans l'arbre, on peut y entrer à Yom Tov.

15
לימא כתנאי, אין עולין לה ביום טוב. רבי שמעון בן אלעזר אומר משום רבי מאיר: עולין לה ביום טוב. מאי לאו, בהא קמיפלגי: דמר סבר צדדין אסורין, ומר סבר מותרין?

Disons que c'est comme [une discussion de] Tannaim : on n'y monte pas le jour de fête ; Rabbi Chimon ben Elazar dit au nom de Rabbi Meir : on y monte le jour de fête. N'est-ce pas sur ceci qu'ils discutent : l'un pense que les tsdadin sont interdits, et l'autre pense qu'ils sont permis ?

📜 Rachi (1)
מאי לאו בהא קמיפלגי כו' וכגון דחק באילן ומותיב קנים בצדדין וסיכך עליהן דהוה ליה משתמש בצדדין כשמשתמשין על ידי סככה דאי לא בהא פליגי במאי מוקמא פלוגתייהו דהא כולי עלמא סברי אסור להשתמש באילן:
N'est-ce pas sur ceci qu'ils discutent, etc. : par exemple, il a enfoncé dans l'arbre, placé des roseaux dans les côtés et posé le schakh dessus ; il fait donc usage des côtés quand on utilise [la souka] par son schakh. Car s'ils ne discutaient pas de cela, dans quel cas établirait-on leur discussion ? Tout le monde pense qu'il est interdit de faire usage de l'arbre [lui-même].
💡 Explication

La guemara propose de voir dans la discussion de Rabba et Abaye une mahloket de Tannaim : le Tanna kamma interdit d'entrer dans la souka, Rabbi Meir le permet. La discussion porterait sur les tsdadin, car l'usage direct de l'arbre est interdit selon tous.

16
אמר אביי: לא, דכולי עלמא צדדין אסורין, והכא בצדי צדדין קמיפלגי: מר סבר צדי צדדין אסורין, ומר סבר צדי צדדין מותרין.

Abaye dit : non ; tout le monde pense que les tsdadin sont interdits, et ici ils discutent des tsdei tsdadin (côtés des côtés) : l'un pense que les tsdei tsdadin sont interdits, et l'autre pense que les tsdei tsdadin sont permis.

📜 Rachi (1)
אמר אביי א"נ בהכי פליגי ליכא למימר דסבירא ליה (לת"ק) צדדין מותרין דהני לאו צדדין נינהו אלא צדי צדדים שהקנים הנתונים בנקבים צדדין והסיכוך הנתון על גבן צדי צדדים ובצדי צדדים פליגי:
Abaye dit : ou bien, ils discutent ainsi : on ne peut pas dire qu'il (le Tanna kamma) pense que les tsdadin sont permis, car ce ne sont pas des tsdadin mais des tsdei tsdadin : les roseaux placés dans les trous sont les tsdadin, et le schakh posé sur eux, ce sont les tsdei tsdadin ; et c'est sur les tsdei tsdadin qu'ils discutent.
💡 Explication

Abaye maintient sa position : les tsdadin sont interdits selon tous. Les roseaux plantés dans l'arbre sont les tsdadin ; le schakh posé sur eux, ce sont les tsdei tsdadin. Les Tannaim discutent seulement de ce second degré.

17
רבא אמר: מאן דאסר בצדדין — אסר נמי בצדי צדדין, מאן דשרי בצדי צדדין — שרי נמי בצדדין. איתיביה רב משרשיא לרבא: נעץ

Rava dit : celui qui interdit les tsdadin interdit aussi les tsdei tsdadin ; celui qui permet les tsdei tsdadin permet aussi les tsdadin. Rav Mecharchia objecta à Rava : [s'il] a planté...

💡 Explication

Rava refuse la distinction d'Abaye : les tsdadin et les tsdei tsdadin suivent la même règle. Les Tannaim discutent donc des tsdadin eux-mêmes, comme Rabba et Abaye. L'objection de Rav Mecharchia se poursuit en 155a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).