Sougya : Le daf termine la discussion sur la prรฉparation de la nourriture animale (courges, charogne, paille, luzerne). La michna รฉnumรจre ensuite ce qu'on peut faire pour nourrir les animaux le Chabbat : on ne gave pas le chameau, on ne fait pas de hamraa aux veaux mais on peut faire la halata, on peut donner ร manger aux poules et mettre de l'eau sur le son sans le pรฉtrir.
Rav Yehouda et Rav Hisda discutent de la diffรฉrence entre hamraa et halata ; la Guemara introduit le critรจre des animaux dont les vivres sont ร notre charge, puis cite l'enseignement de Rabbi Yona sur le chien. Elle identifie enfin l'auteur de la michna : Rabbi Yossi bar Yehouda.
...les courges devant l'animal et la charogne (nevela) devant les chiens. N'est-ce pas que les courges sont comparables ร la charogne : de mรชme que la charogne est tendre, de mรชme les courges sont tendres ; on voit donc qu'on se donne de la peine pour de la nourriture, et c'est une rรฉfutation de Rav Yehouda !
Rav Yehouda te rรฉpondra : non, la charogne est comparable aux courges : de mรชme que les courges sont dures, de mรชme la charogne est dure. Et comment trouver un tel cas ?
Avec de la chair d'รฉlรฉphant. Ou bien, avec de petits chiots.
Suite de la discussion de 155a : Rav Yehouda interdit de se donner de la peine pour prรฉparer une nourriture dรฉjร consommable (tirha be-okhla). La michna permet de couper courges et charogne. Si elles รฉtaient tendres, ce serait une peine superflue, d'oรน l'objection.
Rav Yehouda rรฉpond qu'il s'agit d'aliments durs, que l'animal ne pourrait pas manger sans dรฉcoupe : la coupe les rend consommables. Chair d'รฉlรฉphant, ou viande ordinaire donnรฉe ร de petits chiots.
Viens et entends, car Rav Hanan de Nehardea a enseignรฉ : on รฉmiette la paille et la luzerne et on les mรฉlange. On voit donc qu'on se donne de la peine pour de la nourriture !
[Rรฉponse :] la paille, c'est de la paille pourrie ; la luzerne, pour de jeunes รขnons.
Nouvelle preuve contre Rav Yehouda, rejetรฉe de la mรชme maniรจre : la paille pourrie ne serait pas mangรฉe seule, et les jeunes รขnes ne mangent la luzerne qu'en petits morceaux. Le travail crรฉe donc un aliment.
Rachi prรฉcise que la paille totalement pourrie sert au mortier : elle est mouktse. Il s'agit d'une paille abรฎmรฉe mais encore consommable avec prรฉparation.
MICHNA. On ne gave pas le chameau et on ne lui enfonce pas [la nourriture], mais on peut faire la halata.
On ne fait pas la hamraa aux veaux, mais on peut faire la halata. On peut donner la becquรฉe (mehalketin) aux poules.
On met de l'eau sur le son, mais on ne le pรฉtrit pas. On ne met pas d'eau devant les abeilles ni devant les pigeons du colombier, mais on en met devant les oies, les poules et les pigeons hardisiens.
La michna distingue plusieurs degrรฉs de nourrissage forcรฉ. Le principe gรฉnรฉral : on peut aider l'animal ร manger, sans tirha (effort excessif) ni gavage. Les termes hamraa, halata et mehalketin sont dรฉfinis dans la Guemara.
Pour le son (moursan), verser l'eau est permis mais le pรฉtrir relรจve de la melakha de lach (pรฉtrir). Pour l'eau, on distingue selon que l'animal dรฉpend ou non de l'homme.
GUEMARA. Que signifie 'on ne gave pas' ?
Rav Yehouda dit : on ne lui fait pas une mangeoire (evous) dans son ventre. Existe-t-il une telle chose ?
Oui, comme l'a dit Rav Yirmeya de Difti : j'ai vu moi-mรชme un Arabe qui lui fit manger un kor et lui chargea un kor [sur le dos].
Le mot ovsin vient de evous, la mangeoire : on remplit l'estomac du chameau comme une mangeoire, en rรฉserve pour un long voyage. Le kor est une grande mesure de capacitรฉ.
On ne fait pas la hamraa. Qu'est-ce que la hamraa et qu'est-ce que la halata ?
Rav Yehouda dit : la hamraa, [c'est introduire la nourriture] jusqu'ร un endroit d'oรน [l'animal] ne peut pas la rejeter ; la halata, jusqu'ร un endroit d'oรน il peut la rejeter. Rav Hisda dit : l'un et l'autre [vont] jusqu'ร un endroit d'oรน il ne peut pas la rejeter ; la hamraa se fait avec un ustensile, la halata ร la main.
Deux critรจres pour distinguer le geste interdit (hamraa) du geste permis (halata) :
Rav Yehouda : la profondeur. Au-delร du point oรน l'animal peut rejeter la nourriture, c'est un nourrissage forcรฉ. Rav Hisda : l'instrument. Mรชme au-delร de ce point, la main est permise ; l'ustensile (louche) est interdit, car l'effort est plus grand.
Le Roch reprend la baraita du seg. 12, qui soutient Rav Yehouda, et tranche pour le kali selon Rabbi Yossi bar Yehouda.
Rav Yosef objecta : on donne la becquรฉe (mehalketin) aux poules, et il va sans dire qu'on peut faire malkitin. On ne fait pas malkitin aux pigeons du colombier ni aux pigeons du grenier, et il va sans dire qu'on ne fait pas mehalketin.
Que sont mehalketin et malkitin ? Si l'on dit que mehalketin, c'est lui donner ร la main, et malkitin, c'est jeter devant eux, il en dรฉcoule que pour les pigeons du colombier et du grenier, mรชme jeter devant eux n'est pas [permis] ?
Rav Yosef cite une baraita qui prรฉsente deux gestes : mehalketin (plus fort) et malkitin (plus lรฉger). Si malkitin signifie simplement jeter la nourriture devant les oiseaux, l'interdit pour les pigeons semble incomprรฉhensible : cela ne demande aucune peine.
Mais n'est-ce pas plutรดt : mehalketin, jusqu'ร un endroit d'oรน il ne peut pas rejeter ; malkitin, jusqu'ร un endroit d'oรน il peut rejeter. On en dรฉduit que la hamraa se fait avec un ustensile, et c'est une rรฉfutation de Rav Yehouda !
Rav Yosef propose la seconde lecture : mehalketin va au-delร du point de rejet, et la michna le permet pour les poules. Donc le critรจre de profondeur ne peut pas dรฉfinir la hamraa interdite. Il reste le critรจre de Rav Hisda : l'ustensile.
Rav Yehouda te rรฉpondra : en rรฉalitรฉ, mehalketin, c'est lui donner ร la main, et malkitin, jeter devant eux. Et ce qui te posait difficultรฉ, que pour les pigeons du colombier et du grenier mรชme jeter devant eux n'est pas [permis] : ceux-lร , leurs vivres sont ร ta charge ; ceux-ci, leurs vivres ne sont pas ร ta charge.
Comme on l'a enseignรฉ : on donne des vivres devant un chien, et on ne donne pas de vivres devant un porc. Quelle diffรฉrence entre eux ?
Celui-ci, ses vivres sont ร ta charge ; celui-lร , ses vivres ne sont pas ร ta charge.
Rav Yehouda garde la premiรจre lecture et explique l'interdit par un principe nouveau : on ne se donne de la peine le Chabbat que pour les animaux dont on a la charge (mezonotav alekha). Les pigeons du colombier se nourrissent seuls dans les champs ; le porc n'est pas รฉlevรฉ par un Juif. Le chien, lui, dรฉpend de l'homme.
Rav Achi dit : la michna aussi le laisse entendre : on ne met pas d'eau devant les abeilles ni devant les pigeons du colombier, mais on en met devant les oies, les poules et les pigeons hardisiens. Quelle en est la raison ?
N'est-ce pas parce que ceux-lร , leurs vivres sont ร ta charge, et ceux-ci, leurs vivres ne sont pas ร ta charge ?
Rav Achi soutient Rav Yehouda par la michna elle-mรชme : poser de l'eau devant l'animal est le geste le plus simple, et il est pourtant interdit pour les abeilles et les pigeons du colombier. La raison serait donc le critรจre de dรฉpendance.
Et selon ton raisonnement, pourquoi prรฉcisรฉment l'eau ? Mรชme le blรฉ et l'orge devraient aussi รชtre [interdits] !
C'est plutรดt que l'eau est diffรฉrente, car on la trouve dans les รฉtangs.
La preuve de Rav Achi est รฉcartรฉe : si le critรจre รฉtait la dรฉpendance gรฉnรฉrale, la michna aurait interdit aussi le grain. Elle mentionne l'eau seulement, parce que l'eau est accessible dans les รฉtangs (agam). La michna ne prouve donc rien pour la nourriture.
Rabbi Yona expliqua ร l'entrรฉe de la maison du Nassi : que signifie ce qui est รฉcrit : 'Le juste connaรฎt la cause des pauvres' (Proverbes 29, 7) ? Le Saint bรฉni soit-Il sait que le chien a peu de nourriture ; c'est pourquoi sa nourriture reste dans ses entrailles trois jours.
Comme nous l'avons appris : combien de temps la nourriture reste-t-elle dans ses entrailles pour รชtre [encore] impure ? Chez le chien, trois jours de vingt-quatre heures ; chez les oiseaux et les poissons, le temps qu'elle tombe dans le feu et se consume.
Passage aggadique liรฉ au chien. Le verset parle du tsaddik qui connaรฎt la cause des pauvres ; Rabbi Yona l'applique ร Hachem, qui a prรฉvu une digestion lente pour le chien, peu nourri par les hommes.
La preuve vient des lois de toumat met : la chair d'un mort avalรฉe reste impure tant qu'elle n'est pas digรฉrรฉe. Chez le chien, ce dรฉlai est de trois jours.
Rav Hamnouna dit : on en dรฉduit que c'est une bonne conduite de jeter un morceau de viande au chien. Et combien ?
Rav Mari dit : la mesure de son oreille, et un bรขton derriรจre lui. Cela vaut aux champs, mais pas en ville, car il viendrait ร le suivre.
Rav Papa dit : il n'y a pas plus pauvre que le chien, ni plus riche que le porc.
Consรฉquence pratique de l'enseignement de Rabbi Yona : il est bien de nourrir un chien errant, mais peu (la mesure de son oreille) et en le tenant ร distance, pour qu'il ne s'attache pas. En ville, on s'abstient, car le chien suivrait la personne et causerait des dommages.
Le Ben Yehoyada propose deux lectures : historique (la Perse, royaume bref ; Edom, royaume long) et morale (le mรฉdisant perd ses mรฉrites ; celui qui fait le tour pour la tsedaka les multiplie).
On a enseignรฉ conformรฉment ร Rav Yehouda : qu'est-ce que la hamraa et qu'est-ce que la halata ? La hamraa : il couche [l'animal], lui ouvre la bouche de force et lui fait manger de la vesce et de l'eau en mรชme temps.
La halata : il le fait manger debout, le fait boire debout, et lui donne la vesce ร part et l'eau ร part.
La baraita dรฉcrit les gestes concrets. Dans la hamraa, l'animal couchรฉ, la bouche maintenue ouverte, et l'eau entraรฎne la vesce (karchinin) dans le gosier : il ne peut plus rejeter. Dans la halata, l'animal debout garde la possibilitรฉ de rejeter. C'est le critรจre de Rav Yehouda, et le Roch retient cette baraita.
On donne la becquรฉe aux poules, etc. Abaye dit : je l'ai dit devant le maรฎtre : de qui est la michna ?
Il m'a rรฉpondu : c'est Rabbi Yossi bar Yehouda. Comme on l'a enseignรฉ : l'un met la farine et l'autre y met l'eau, le second est coupable ; ce sont les paroles de Rabbi.
Rabbi Yossi bar Yehouda dit : il n'est coupable que lorsqu'il pรฉtrit.
La michna permet de verser l'eau sur le son (moursan) et interdit de pรฉtrir. Selon Rabbi, verser l'eau sur la farine suffit dรฉjร pour la melakha de lach (pรฉtrir). Selon Rabbi Yossi bar Yehouda, seul le pรฉtrissage effectif rend coupable. La michna suit donc ce dernier. Le maรฎtre d'Abaye est Rabba.
Peut-รชtre Rabbi Yossi bar Yehouda n'a-t-il parlรฉ, lร -bas, que de la farine, qui est susceptible d'รชtre pรฉtrie ; mais pour le son, qui n'est pas susceptible d'รชtre pรฉtri, mรชme Rabbi Yossi bar Yehouda reconnaรฎtrait [l'interdit] ? Cela ne peut pas venir ร l'esprit, car on a enseignรฉ explicitement : on ne met pas d'eau sur le son, ce sont les paroles de Rabbi ; Rabbi Yossi bar Yehouda dit : on met de l'eau sur le son.
Hypothรจse : pour le son, qui ne forme pas une vraie pรขte, le simple ajout d'eau serait dรฉjร son pรฉtrissage, et Rabbi Yossi bar Yehouda l'interdirait. Une baraita explicite รฉcarte cette hypothรจse : il permet l'eau sur le son.
Nos maรฎtres ont enseignรฉ : on ne pรฉtrit pas le kali ; et certains disent : on le pรฉtrit. Qui sont ces 'certains' ?
Rav Hisda dit :
Le kali est une farine de grains grillรฉs. La rรฉponse de Rav Hisda se poursuit en 156a ; le Roch (seg. 4) la rapporte : c'est Rabbi Yossi bar Yehouda, et la halakha est comme lui.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).