Sougya : Le daf achรจve la discussion sur le pรฉtrissage du son et de la chetita le Chabbat : la baraita suit Rabbi Yossi bar Yehouda, et le geste n'est permis qu'avec une modification (chinouy), dont la Guemara donne plusieurs formes. Les carnets (pinkassim) de Zeiri et de Levi rapportent des dรฉcisions de Rabbi Hiya et de Rabbi.
Le carnet de Rabbi Yehochoua ben Levi ouvre ensuite une longue aggada : le caractรจre dรฉpend du jour de naissance ; Rabbi Hanina rรฉpond qu'il dรฉpend de la planรจte de l'heure. Le daf se termine sur la mahloket : y a-t-il un mazal pour Israรซl ?
Rabbi Yo'hanan et Rav le nient, en s'appuyant sur Yirmeyahou et sur l'histoire d'Avraham.
C'est (l'avis de) Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda. Et cela seulement quand on modifie.
Comment modifie-t-on ? Rav Hisda dit : petit ร petit (al yad al yad).
Fin de la baraita de 155b : on pรฉtrit le son (morsan) le Chabbat. La Guemara l'attribue ร Rabbi Yossi bar Yehouda, pour qui l'interdit de lach (pรฉtrir) n'existe qu'au moment du pรฉtrissage lui-mรชme, et non dรจs l'ajout de l'eau. Il permet donc de pรฉtrir, mais avec un chinouy (modification du geste). Rav Hisda : on pรฉtrit al yad al yad, par petites portions.
Le Roch rรฉsume toute la sougya de ce daf et tranche comme Oula (seg. 4).
Et ils sont d'accord qu'on remue la chetita le Chabbat et qu'on boit le zitom รฉgyptien. Mais tu as dit : on ne pรฉtrit pas !
Ce n'est pas difficile : l'une (la rรจgle interdisant) concerne un mรฉlange รฉpais, l'autre (celle qui permet) un mรฉlange liquide. Et cela seulement quand on modifie.
La chetita est une farine de grains grillรฉs dรฉlayรฉe (voir 155b). Le zitom รฉgyptien est une boisson ร base d'orge, de sel et de safran. La Guemara distingue : un mรฉlange ava (รฉpais) est un pรฉtrissage, un mรฉlange rakha (liquide) ne l'est pas. Mรชme le liquide demande un chinouy.
Comment modifie-t-on ? Rav Yossef dit : en semaine, on met le vinaigre et ensuite on met la chetita ; le Chabbat, on met la chetita et ensuite on met le vinaigre.
Levi fils de Rav Houna bar Hiya trouva le pรฉtrisseur de la maison de ses parents qui pรฉtrissait (du son) et le donnait ร manger ร son bลuf. Il le frappa.
Son pรจre vint et le trouva ; il lui dit : ainsi a dit le pรจre de ta mรจre au nom de Rav - et qui est-ce ? Rabbi Yirmeya bar Abba - : on pรฉtrit mais on ne gave pas ; et celui qui ne prend pas avec sa langue, on lui met (la nourriture) en bouche.
Et cela seulement quand on modifie.
Premier exemple de chinouy : inverser l'ordre habituel des ingrรฉdients. Puis un rรฉcit : Levi croit que le pรฉtrissage est interdit ร tous et frappe le serviteur. Son pรจre lui rappelle l'enseignement de son grand-pรจre maternel : on peut pรฉtrir (avec modification), mais on ne gave pas l'animal (ein mamirin) ; un veau qui ne sait pas encore manger seul, on peut lui mettre la nourriture dans la bouche.
Comment modifie-t-on ? Rav Yeimar bar Chelamya dit au nom d'Abaye : en long et en large (chti va-erev).
Mais cela ne mรฉlange pas bien ! Rav Yehouda dit : on le secoue dans un rรฉcipient.
Deuxiรจme forme de chinouy pour le son : au lieu de tourner en rond, on remue en traits droits croisรฉs (comme la chaรฎne et la trame d'un tissu). Objection : le mรฉlange sera mauvais. Rav Yehouda : on transvase et on secoue, le mรฉlange se fait alors seul.
Il รฉtait รฉcrit dans le carnet (pinkas) de Zeiri : j'ai dit devant mon maรฎtre - et qui est-ce ? Rabbi Hiya - : peut-on pรฉtrir ?
Il a dit : c'est interdit. Peut-on vider (lefarek) ?
Il a dit : c'est permis. Rav Menachya dit : une devant une, deux devant deux, c'est permis ; trois devant deux, c'est interdit.
Rav Yossef dit : un kav, et mรชme deux kav. Oula dit : un kor, et mรชme deux kor.
Lefarek : selon Rachi, dรฉplacer la nourriture d'une bรชte ร une autre ; selon le Ri (Tossefot), transvaser le mรฉlange d'un rรฉcipient ร l'autre pour le pรฉtrir - ce qui rejoint la modification de Rav Yehouda au seg. 3.
Puis la mesure de nourriture qu'on peut mettre devant les bรชtes. Rav Menachya interdit plus que la quantitรฉ habituelle (tirha, peine inutile). Rav Yossef et Oula รฉlargissent : un kav, un kor (30 seas), et mรชme le double. Le Roch tranche comme Oula.
Il รฉtait รฉcrit dans le carnet de Levi : j'ai dit devant mon maรฎtre - et qui est-ce ? Notre saint maรฎtre - au sujet de ceux qui pรฉtrissaient la chetita ร Bavel ; et mon maรฎtre criait (contre cela) - et qui est-ce ?
Notre saint maรฎtre, au sujet de ceux qui pรฉtrissaient la chetita -, mais personne ne l'รฉcoutait, et il n'avait pas le pouvoir de l'interdire, ร cause de (l'avis de) Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda.
Rabbi (Rabbi Yehouda Hanassi) est en dรฉsaccord avec Rabbi Yossi bar Yehouda (155b). Il protestait contre ceux qui pรฉtrissaient la chetita ร Bavel, mais l'usage suivait Rabbi Yossi bar Yehouda, et un avis tannaitique รฉtabli ne pouvait pas รชtre annulรฉ.
Il รฉtait รฉcrit dans le carnet de Rabbi Yehochoua ben Levi : celui (qui est nรฉ) le premier jour de la semaine sera un homme et il n'y aura pas 'une' en lui.
Transition : aprรจs les carnets de Zeiri et de Levi, un troisiรจme pinkas, celui de Rabbi Yehochoua ben Levi, cite une sรฉrie d'enseignements aggadiques sur l'influence du jour de naissance. Chaque trait est rattachรฉ ร ce qui fut crรฉรฉ ce jour-lร lors du maasse berechit.
Que signifie 'il n'y aura pas une en lui' ? Si l'on dit : pas une (qualitรฉ) pour le bien - mais Rav Achi a dit : moi, je suis nรฉ le premier jour de la semaine !
Mais alors : pas une pour le mal - or Rav Achi a dit : moi et Dimi bar Kakouzta, nous sommes nรฉs le premier jour de la semaine ; moi je suis devenu roi, et lui est devenu chef de voleurs ! Mais (cela signifie) : ou bien entiรจrement pour le bien, ou bien entiรจrement pour le mal.
Quelle en est la raison ? Parce que la lumiรจre et les tรฉnรจbres ont รฉtรฉ crรฉรฉes ce jour-lร .
La Guemara teste deux lectures de 'pas une en lui' par le tรฉmoignage de Rav Achi, nรฉ un dimanche, devenu 'roi' (chef de la yechiva de Soura). Conclusion : le nรฉ du dimanche est tout d'une piรจce, entiรจrement bon ou entiรจrement mauvais, comme le premier jour oรน furent crรฉรฉes la lumiรจre et les tรฉnรจbres. Rachi ajoute : il sera 'chef' dans un sens ou dans l'autre.
Celui (qui est nรฉ) le deuxiรจme jour de la semaine sera un homme colรฉrique. Quelle en est la raison ?
Parce que les eaux y ont รฉtรฉ sรฉparรฉes. Celui (qui est nรฉ) le troisiรจme jour de la semaine sera un homme riche et dรฉbauche.
Quelle en est la raison ? Parce que les herbes y ont รฉtรฉ crรฉรฉes.
Celui (qui est nรฉ) le quatriรจme jour de la semaine sera un homme sage et lumineux. Quelle en est la raison ?
Parce que les luminaires y ont รฉtรฉ suspendus.
Mรชme schรฉma pour chaque jour : un trait et une raison tirรฉe du maasse berechit. Lundi : la sรฉparation des eaux supรฉrieures et infรฉrieures donne la division, la colรจre. Mardi : les herbes, abondantes et mรฉlangรฉes, donnent richesse et absence de limites. Mercredi : les luminaires donnent la sagesse, comparรฉe ร la lumiรจre.
Celui (qui est nรฉ) le cinquiรจme jour de la semaine sera un homme qui fait des actes de bontรฉ (gomel hassadim). Quelle en est la raison ?
Parce que les poissons et les oiseaux y ont รฉtรฉ crรฉรฉs. Celui (qui est nรฉ) la veille du Chabbat sera un homme qui recherche (hazran).
Rav Nahman bar Yitshak dit : qui recherche les mitsvot. Celui qui (est nรฉ) le Chabbat mourra le Chabbat, parce qu'on a profane pour lui le grand jour du Chabbat.
Rava bar Rav Chila dit : et il sera appelรฉ grand saint.
Jeudi : poissons et oiseaux vivent de la bontรฉ divine, d'oรน le 'hessed. Vendredi : hazran, que Rav Nahman bar Yitshak prรฉcise : il recherche les mitsvot, comme on court le vendredi pour prรฉparer le Chabbat. Le nรฉ du Chabbat mourra un Chabbat, car on a profane le Chabbat pour lui (pour l'accouchement). Rava bar Rav Chila ajoute un trait positif : il sera appelรฉ kadicha raba, grand saint.
Le Ben Yehoyada explique pourquoi Rav Nahman doit prรฉciser : sans cela, 'hazran' pourrait dรฉsigner le mendiant qui fait le tour des portes le vendredi.
Rabbi Hanina leur dit : sortez et dites au fils de Levi : ce n'est pas le mazal du jour qui dรฉtermine, c'est le mazal de l'heure qui dรฉtermine. Celui (qui est nรฉ) sous le soleil sera un homme rayonnant ; il mangera du sien et boira du sien, et ses secrets seront dรฉcouverts ; s'il vole, il ne rรฉussira pas.
Celui (qui est nรฉ) sous l'รฉtoile Noga (Vรฉnus) sera un homme riche et dรฉbauche. Quelle en est la raison ?
Parce que le feu y est nรฉ. Celui (qui est nรฉ) sous Kokhav (Mercure) sera un homme lumineux et sage, parce que c'est le scribe du soleil.
Celui (qui est nรฉ) sous la lune sera un homme qui supporte les maux, qui bรขtit et dรฉtruit, dรฉtruit et bรขtit ; il mangera ce qui n'est pas ร lui et boira ce qui n'est pas ร lui, et ses secrets seront cachรฉs ; s'il vole, il rรฉussira. Celui (qui est nรฉ) sous Chabtai (Saturne) sera un homme dont les projets รฉchouent ; et certains disent : tout ce qu'on projette contre lui รฉchoue.
Celui (qui est nรฉ) sous Tsedek (Jupiter) sera un homme juste (tsadkan). Rav Nahman bar Yitshak dit : juste dans les mitsvot.
Celui (qui est nรฉ) sous Maadim (Mars) sera un homme qui verse le sang. Rav Achi dit : ou saigneur, ou voleur, ou boucher, ou mohel.
Rabba dit : moi, je suis nรฉ sous Maadim. Abaye (lui) dit : le maรฎtre aussi punit et met ร mort.
Rabbi Hanina conteste le carnet : le caractรจre dรฉpend de la planรจte qui gouverne l'heure de naissance. Rachi donne l'ordre des sept planรจtes par le moyen mnรฉmotechnique Chatsam Hanakhal : Chabtai (Saturne), Tsedek (Jupiter), Maadim (Mars), Hama (soleil), Noga (Vรฉnus), Kokhav (Mercure), Levana (lune). Chaque trait dรฉcoule de la nature de l'astre : le soleil brille par lui-mรชme et se voit de tous ; la lune emprunte sa lumiรจre, croรฎt et dรฉcroรฎt.
Pour Maadim (Mars, 'le rouge'), Rav Achi prรฉcise que la tendance ร verser le sang peut s'exercer dans un mรฉtier permis : saigneur, boucher, mohel. Rabba, juge, fait de mรชme en punissant.
Il a รฉtรฉ dit : Rabbi Hanina dit : le mazal rend sage, le mazal rend riche, et il y a un mazal pour Israรซl. Rabbi Yo'hanan dit : il n'y a pas de mazal pour Israรซl.
Et Rabbi Yo'hanan suit son raisonnement, car Rabbi Yo'hanan a dit : d'oรน (sait-on) qu'il n'y a pas de mazal pour Israรซl ? Car il est dit : 'Ainsi parle Hachem : n'apprenez pas la voie des nations, et ne soyez pas effrayรฉs par les signes du ciel, car les nations sont effrayรฉes par eux' (Yirmeyahou 10,2) : eux seront effrayรฉs, et non Israรซl.
La question de fond : le mazal dรฉtermine-t-il le sort d'un Juif ? Pour Rabbi Hanina, oui ; Rachi prรฉcise : la priรจre et la tsedaka ne le changent pas. Pour Rabbi Yo'hanan, non : le mรฉrite et la priรจre changent le mazal en bien. Preuve : le verset de Yirmeyahou, 'les nations' sont effrayรฉes par les signes du ciel, pas Israรซl.
Tossefot concilie avec Moed Katan 28a ('enfants, vie et subsistance dรฉpendent du mazal') : un grand mรฉrite change le mazal, mais pas toujours. Le Ben Yehoyada limite la position de Rabbi Hanina : un mazal mauvais peut รชtre annulรฉ, seul le bon ne se retire pas.
Rav aussi pense qu'il n'y a pas de mazal pour Israรซl, car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : d'oรน (sait-on) qu'il n'y a pas de mazal pour Israรซl ? Car il est dit : 'Il le fit sortir dehors' (Berechit 15,5).
Avraham dit devant le Saint bรฉni soit-Il : Maรฎtre du monde, 'celui qui est nรฉ dans ma maison hรฉritera de moi' (Berechit 15,3). Il lui dit : non, 'mais celui qui sortira de tes entrailles' (Berechit 15,4).
Deuxiรจme preuve, chez Rav : l'expression vayotsรฉ oto ha-houtsa, 'Il le fit sortir dehors', sera interprรฉtรฉe au segment suivant. Avraham pensait que son serviteur Eliezer hรฉriterait de lui ; Hachem lui promet un fils.
Il dit devant Lui : Maรฎtre du monde, j'ai regardรฉ dans mon astrologie (itstagninout), et je ne suis pas apte ร engendrer un fils. Il lui dit : sors de ton astrologie, car il n'y a pas de mazal pour Israรซl.
Quelle est ta pensรฉe ?
Le midrach lit 'Il le fit sortir dehors' comme : sors de ton astrologie. Selon les astres, Avraham ne devait pas avoir de fils ; Hachem lui rรฉpond que le mazal ne gouverne pas Israรซl. 'Quelle est ta pensรฉe ?' introduit la suite (156b).
Le Ben Yehoyada explique la question d'Avraham : il ne doutait pas de la promesse, mais il craignait de profiter d'un miracle (nehene mi-maasse nissim), ce qui diminue les mรฉrites. Rรฉponse : le mazal est changรฉ longtemps avant, et la naissance vient ensuite de faรงon naturelle.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).