Sougya : La premiรจre partie du daf achรจve la sougya de l'influence des astres : aprรจs Avraham, trois rรฉcits (Chmouel et l'astrologue Avlat, la fille de Rabbi Akiva, Rav Nahman bar Yits'hak) montrent que le destin annoncรฉ par les astres change par la tsedaka et la priรจre ; d'oรน le principe : la tsedaka sauve de la mort elle-mรชme. La michna suivante permet de couper des courges devant l'animal et une charogne devant les chiens le Chabbat ; Rabbi Yehouda l'interdit si la bรชte n'รฉtait pas encore morte la veille, car elle n'รฉtait pas prรฉvue (mouktse).
La Guemara recense les Amoraim de chaque camp : Oula, Rav et Levi avec Rabbi Yehouda ; Chmouel, Zeeiri et Rabbi Yo'hanan avec Rabbi Chimon, ce dernier point รฉtant contestรฉ ร partir d'une michna anonyme.
[Hachem dit ร Avraham : quelle est ta pensรฉe ?] Parce que Tsedek (Jupiter) se tient ร l'ouest ? Je le ramรจne et je le place ร l'est.
C'est ce qui est รฉcrit : 'Qui a suscitรฉ de l'orient celui que la justice (tsedek) appelle ร sa suite (le-ragleo) ?' (Isaie 41, 2).
Fin de la rรฉponse de Hachem ร Avraham, commencรฉe en 156a. Avraham avait lu dans les astres qu'il n'aurait pas d'enfant. Tsedek dรฉsigne la planรจte Jupiter ; selon Rachi, sa position ร l'ouest, cรดtรฉ froid, indiquait la stรฉrilitรฉ. Hachem dรฉplace l'astre : le destin astral est soumis ร Sa volontรฉ.
Le verset d'Isaie est lu ainsi : tsedek (Jupiter) est appelรฉ de l'orient le-ragleo, pour lui, c'est-ร -dire pour Avraham.
Et de ce qui est arrivรฉ ร Chmouel aussi on apprend qu'il n'y a pas d'astre (mazal) pour Israรซl. Chmouel et Avlat รฉtaient assis, et des gens passaient en allant vers le marais.
Avlat dit ร Chmouel : cet homme-lร va partir et ne reviendra pas ; un serpent le mordra et il mourra. Chmouel lui dit : si c'est un Juif, il partira et reviendra.
Pendant qu'ils รฉtaient assis, il partit et revint.
Deuxiรจme preuve de ein mazal le-Israรซl. Avlat, astrologue non-juif, prรฉdit la mort d'un passant. Chmouel affirme que pour un Juif la prรฉdiction astrale n'est pas dรฉfinitive. Rachi prรฉcise la raison : la priรจre et les actes peuvent changer ce qui est annoncรฉ.
Avlat se leva, jeta ร terre le fardeau de l'homme et y trouva un serpent coupรฉ et tombe en deux morceaux. Chmouel lui dit : qu'as-tu fait ?
Il lui dit : chaque jour, nous mettons notre pain en commun et nous mangeons. Aujourd'hui, l'un d'entre nous n'avait pas de pain et il avait honte.
Je leur ai dit : c'est moi qui me lรจve et qui collecte. Quand je suis arrivรฉ ร lui, j'ai fait semblant de prendre de sa part, pour qu'il n'ait pas honte.
Il lui dit : tu as accompli une mitsva. Chmouel sortit et enseigna : 'Et la tsedaka sauve de la mort' (Proverbes 10, 2) : non seulement d'une mort รฉtrange, mais de la mort elle-mรชme.
L'homme avait tranchรฉ le serpent sans le savoir en coupant des roseaux (Rachi). Son mรฉrite : il a pris sur sa part pour qu'un compagnon dรฉmuni ne soit pas humiliรฉ. Le soin d'รฉviter la honte du pauvre fait partie de la tsedaka.
Chmouel en tire la lecture de Vetsedaka tatsil mimavet : la tsedaka sauve de la mort elle-mรชme, pas seulement d'une mita mechouna (mort anormale) en laissant une mort ordinaire.
Le second commentaire du Ben Yehoyada s'accorde au fรฉminin ('que tu as donnรฉ', 'elle'), car il vise aussi le rรฉcit suivant, celui de la fille de Rabbi Akiva.
Et de Rabbi Akiva aussi on apprend qu'il n'y a pas d'astre pour Israรซl. Rabbi Akiva avait une fille.
Les Kasdim (astrologues chaldรฉens) lui dirent : le jour oรน elle entrera sous le dais nuptial, un serpent la mordra et elle mourra. Il s'en inquiรฉtait beaucoup.
Ce jour-lร , elle prit son รฉpingle et la planta dans le mur ; il se trouva qu'elle s'enfonรงa dans l'ลil du serpent. Le matin, quand elle la retira, le serpent vint avec elle, traรฎne derriรจre.
Troisiรจme preuve. Les Kasdim (Chaldรฉens) sont des astrologues, comme l'รฉtablit Tossefot contre une autre explication de Rachi. L'รฉpingle (makhbanta) plantรฉe dans une fente du mur transperce par hasard l'ลil du serpent cachรฉ.
Son pรจre lui dit : qu'as-tu fait ? Elle lui dit : le soir, un pauvre est venu, il a appelรฉ ร la porte ; tout le monde รฉtait occupรฉ par le festin et personne ne l'a entendu.
Je me suis levรฉe, j'ai pris la portion que tu m'avais donnรฉe et je la lui ai donnรฉe. Il lui dit : tu as accompli une mitsva.
Rabbi Akiva sortit et enseigna : 'Et la tsedaka sauve de la mort' : non seulement d'une mort รฉtrange, mais de la mort elle-mรชme.
La fille de Rabbi Akiva donne sa propre portion du festin ร un pauvre que personne n'entendait. Rabbi Akiva tire du fait le mรชme enseignement que Chmouel : la tsedaka sauve de la mort elle-mรชme.
Et de Rav Nahman bar Yits'hak aussi on apprend qu'il n'y a pas d'astre pour Israรซl. Les Kasdim dirent ร la mรจre de Rav Nahman bar Yits'hak : ton fils sera un voleur.
Elle ne le laissa pas dรฉcouvrir sa tรชte. Elle lui dit : couvre ta tรชte, afin que la crainte du Ciel soit sur toi, et demande la misรฉricorde.
Il ne savait pas pourquoi elle lui disait cela. Un jour, il รฉtait assis et รฉtudiait sous un palmier ; son manteau tomba de sa tรชte ; il leva les yeux et vit le palmier ; son penchant le domina ; il monta et coupa une grappe de dattes avec ses dents.
Quatriรจme preuve. L'astre annonรงait un penchant au vol. La mรจre ne combat pas la prรฉdiction par la rรฉsignation : elle impose un rappel constant de la crainte du Ciel (la tรชte couverte) et la priรจre. Le seul jour oรน la tรชte se dรฉcouvre, le penchant reprend le dessus : preuve que la protection agissait et que l'astre ne dรฉcidait pas seul.
MICHNA. On coupe les courges devant l'animal, et la charogne (nevela) devant les chiens.
Rabbi Yehouda dit : si elle n'รฉtait pas une charogne dรจs la veille du Chabbat, c'est interdit, car elle n'est pas du 'prรฉparรฉ' (mouhan).
Nouvelle michna. Couper des courges ou une charogne pour les animaux est permis le Chabbat. Le cas discutรฉ est celui d'une bรชte morte pendant le Chabbat : au crรฉpuscule (bein hachmachot) elle รฉtait vivante, donc non destinรฉe aux chiens.
Pour Rabbi Yehouda, un objet non prรฉvu ร l'entrรฉe du Chabbat est mouktse (mis ร part) pour tout le jour. Le premier Tanna, anonyme, suit Rabbi Chimon, qui ne retient pas ce mouktse.
Tossefot discute le fondement exact de l'interdit de Rabbi Yehouda : mouktse d'intention (ein mouhan) ou mouktse d'interdit.
GUEMARA. Il a รฉtรฉ dit : (moyen mnรฉmotechnique : ayin, rech, lamed, chin, 'het, zayin.) Oula dit : la halakha est comme Rabbi Yehouda.
(Et Chmouel dit : la halakha est comme Rabbi Chimon.)
Les mots entre parenthรจses sont un siman (moyen mnรฉmotechnique) : chaque lettre renvoie ร un Amora citรฉ ensuite (ayin : Oula, rech : Rav, lamed : Levi, chin : Chmouel, zayin : Zeeiri ; le 'het renvoie vraisemblablement ร Rabbi Yo'hanan).
Le Roch conclut : halakha comme Rabbi Chimon pour le mouktse le Chabbat, avec les exceptions discutรฉes par Rav A'ha et Ravina ; il ajoute qu'il n'y a pas de distinction entre Chabbat et Yom tov en cette matiรจre.
Rav aussi pense que la halakha est comme Rabbi Yehouda. [On le sait] par les nattes des bateaux (karkhei dezouzei), que Rav interdit et que Chmouel permet.
Levi aussi pense que la halakha est comme Rabbi Yehouda, selon ce qui suit : quand on apportait devant Levi une bรชte au statut douteux (tereifa) un jour de Yom tov, il ne l'examinait qu'assis prรจs du tas d'ordures. Car il disait : peut-รชtre ne sera-t-elle pas dรฉclarรฉe cachere, et mรชme pour les chiens elle ne sera pas propre.
Rav interdit de dรฉplacer les nattes des bateaux, qui ne servent qu'ร couvrir la marchandise : il retient le mouktse, comme Rabbi Yehouda.
Levi examinait une bรชte abattue ร Yom tov, au statut douteux, sur le tas d'ordures. Si elle รฉtait dรฉclarรฉe tereifa, elle devenait interdite ร l'homme ; destinรฉe ร l'homme au dรฉbut du jour, elle n'รฉtait pas prรฉvue pour les chiens, donc mouktse et impossible ร dรฉplacer. Il la laissait donc sur place, ร l'endroit oรน on la jette.
Et Chmouel dit : la halakha est comme Rabbi Chimon. Zeeiri aussi pense que la halakha est comme Rabbi Chimon, comme nous l'avons appris : une bรชte qui est morte, on ne la dรฉplace pas de sa place ; et Zeeiri l'a expliquรฉe : d'une bรชte consacrรฉe (kodachim) ; mais pour une bรชte profane (houlin), c'est bien permis.
Rabbi Yo'hanan aussi a dit que la halakha est comme Rabbi Chimon. Mais Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ?
Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : la halakha suit la michna anonyme (setam michna) ; et nous avons appris :
Camp de Rabbi Chimon. Zeeiri limite une michna interdisant de dรฉplacer une bรชte morte au cas d'une bรชte consacrรฉe, interdite ร tout profit et donc inutilisable pour les chiens ; pour une bรชte profane, il permet, ce qui revient ร rejeter le mouktse de Rabbi Yehouda.
La Guemara conteste ensuite l'avis attribuรฉ ร Rabbi Yo'hanan : il suit en principe la setam michna (michna anonyme), et une michna anonyme (citรฉe en 157a : on ne fend pas de bois des poutres ร Yom tov) suit Rabbi Yehouda.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).