Shabbat 16b — L'impureté ancienne des ustensiles de métal et le décompte des dix-huit décrets

Shabbat 16b

Sougya : Rav Achi clôt la discussion sur le verre : il ressemble à la terre cuite, mais il devient impur par son extérieur parce que son intérieur se voit à travers ses parois. La guemara revient ensuite au décret de Chimon ben Chatah sur les ustensiles de métal : puisque leur impureté est de la Torah, le décret porte sur l'impureté ancienne (touma yechana), qui revient à l'ustensile brisé puis refondu, comme dans l'épisode de la reine Chel Tsion.

Trois raisons sont proposées : protéger la loi des eaux de purification, la crainte d'un trou insuffisant (Abaye) et la crainte qu'on croie à l'efficacité d'une immersion le jour même (Rava). La guemara poursuit le décompte des dix-huit décrets : les ustensiles oubliés sous la gouttière (divergence de Beit Chamai et Beit Hillel sur l'annulation de l'intention), les filles des Koutim, niddot dès leur berceau, et l'impureté de tente transmise par un objet de l'épaisseur d'un aiguillon.

Pourquoi l'ustensile de métal refondu revient-il à son impureté ? Ustensile impur (par un mort) Brisé Torah : devient pur Soudé / refondu ustensile neuf Impur de nouveau décret : touma yechana Trois raisons du décret Gader mei hatat Sinon on briserait l'ustensile au lieu d'attendre 7 jours : la loi des eaux de purification serait oubliée. Vaut pour l'impureté du mort seule Abaye De crainte qu'il ne perce pas le trou requis (taille d'une grenade) : l'ustensile resterait impur de la Torah. Vaut pour toutes les impuretés Rava De crainte qu'on dise : une immersion du jour même suffit (sans coucher du soleil). Vaut pour toutes les impuretés Nafka mina : il a entièrement écrasé l'ustensile (ritsfinhou mirtsaf) Rachi, 1re version : Abaye : plus de crainte (le trou est certain) / Rava : crainte maintenue Rachi, 2e version : Abaye : crainte maintenue / Rava : plus de crainte (on voit qu'il est neuf) Rachi préfère la 2e version.
Le décret de l'impureté ancienne sur les ustensiles de métal : les trois raisons proposées et la différence pratique entre Abaye et Rava.
Le compte des dix-huit décrets selon Rabbi Meir et Rabbi Yossi Ustensiles oubliés sous la gouttière : Beit Chamai (eau invalide) contre Beit Hillel (pure) Rabbi Meir On compta les voix : Beit Chamai l'emportèrent ce jour-là. Compte comme un des 18 décrets Rabbi Yossi La divergence demeure : halakha selon Beit Hillel. Pas un décret : il en manque un Rav Nahman bar Yitshak Les filles des Koutim, niddot dès leur berceau : décrété ce jour-là
Pourquoi, selon Rabbi Yossi, il faut un autre décret pour atteindre dix-huit : les filles des Koutim.
1
רַב אַשִּׁי אָמַר: לְעוֹלָם לִכְלֵי חֶרֶס דָּמוּ, וּדְקָא קַשְׁיָא לָךְ לָא לִיטַּמּוּ מִגַּבָּן? — הוֹאִיל וְנִרְאֶה תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ.

Rav Achi dit : en réalité, ils (les ustensiles de verre) ressemblent aux ustensiles de terre cuite. Et ce qui te posait difficulté : qu'ils ne deviennent pas impurs par leur extérieur (gav) ! — (Ils le deviennent) puisque leur intérieur se voit comme leur extérieur.

📜 Rachi (2)
לְעוֹלָם לִכְלֵי חֶרֶס דָּמוּ הוֹאִיל וּבְרִייָּתָן מִן הַחוֹל הִלְכָּךְ פְּשׁוּטֵיהֶן טְהוֹרִין וְאֵין בָּהֶן טֻומְאָה [יְשָׁנָה]:
En réalité, ils ressemblent aux ustensiles de terre cuite : puisqu'ils sont faits de sable. C'est pourquoi leurs ustensiles plats (pechoutim) sont purs, et ils n'ont pas d'impureté ancienne (touma yechana).
הוֹאִיל וְנִרְאֶה תּוֹכוֹ מִבַּחוּץ דֶּרֶךְ דָּפְנוֹתָיו לָא חֲשִׁיב גַּב אֶלָּא תּוֹךְ:
Puisque son intérieur se voit : de l'extérieur, à travers ses parois ; (l'extérieur) n'est donc pas considéré comme un dos (gav), mais comme un intérieur (tokh).
🗂️ Tossefot (1)
רַב אָשֵׁי אָמַר לְעוֹלָם לִכְלֵי חֶרֶס דָּמוּ הָכָא לֵית לֵיהּ לְרַב אַשִּׁי טַעְמָא הוֹאִיל וְכִי נִשְׁבְּרוּ יֵשׁ לָהֶם תַּקָּנָה שַׁוִּינְהוּ כו' וּמִיהוּ לְעִנְיַן לְהַצְרִיכָן טְבִילָה כְּשֶׁהֵן חֲדָשִׁים אִית לֵיהּ לְרַב אַשִּׁי הַאי טַעְמָא בְּהֶדְיָא בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף עה:):
Rav Achi dit : en réalité, ils ressemblent aux ustensiles de terre cuite — Ici, Rav Achi n'adopte pas le motif « puisque, lorsqu'ils sont brisés, ils ont un remède, (les Sages) les ont assimilés, etc. ». Toutefois, pour exiger leur immersion (tevila) lorsqu'ils sont neufs, Rav Achi retient explicitement ce motif, au dernier chapitre du traité Avoda Zara (75b).
💡 Explication

Rav Achi propose une autre solution au problème de 16a. Le verre ressemble entièrement à la terre cuite (tous deux viennent du sable) : ses pechoutim sont purs et il n'a pas de touma yechana. Reste la difficulté : la terre cuite ne devient pas impure par son gav (extérieur), le verre si.

Réponse : le verre est transparent. On voit l'intérieur depuis l'extérieur ; l'extérieur est donc traité comme tokh (intérieur). Tossefot précise que Rav Achi, ici, n'a plus besoin de l'assimilation au métal, mais qu'il la retient pour l'obligation de tevila des ustensiles neufs achetés à un non-Juif.

🖼️ Schéma
Rav Achi : pourquoi l'extérieur du verre compte comme intérieur intérieur Terre cuite (opaque) extérieur = gav : pas impur intérieur visible Verre (transparent) extérieur = tokh : impur regard
Selon Rav Achi, la transparence du verre fait de son extérieur un intérieur.
2
שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטַח תִּיקֵּן כְּתֻובָּה לָאִשָּׁה וְגָזַר טֻומְאָה עַל כְּלֵי מַתָּכוֹת. כְּלֵי מַתָּכוֹת דְּאוֹרָיְיתָא נִינְהוּ! דִּכְתִיב: ״אַךְ אֶת הַזָּהָב וְאֶת הַכָּסֶף וְגוֹ׳״. לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְטֻומְאָה יְשָׁנָה, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מַעֲשֶׂה בְּשֶׁל צִיּוֹן הַמַּלְכָּה שֶׁעָשְׁתָה מִשְׁתֶּה לִבְנָהּ וְנִטְמְאוּ כָּל כֵּלֶיהָ, וְשִׁבְּרָתַן וּנְתָנָתַן לְצוֹרֵף וְרִיתְּכָן וְעָשָׂה מֵהֶן כֵּלִים חֲדָשִׁים. וְאָמְרוּ חֲכָמִים: יַחְזְרוּ לְטֻומְאָתָן יְשָׁנָה.

(On a enseigné :) Chimon ben Chatah institua la ketouba (contrat de mariage) pour la femme et décréta l'impureté sur les ustensiles de métal. — Les ustensiles de métal (sont impurs) de la Torah ! Car il est écrit : « Seulement l'or et l'argent, etc. » (Nombres 31,22). — (Ce décret) n'était nécessaire que pour l'impureté ancienne (touma yechana).

Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il arriva à Chel Tsion la reine, qui fit un festin pour son fils, que tous ses ustensiles devinrent impurs. Elle les brisa et les donna à l'orfèvre, qui les souda et en fit des ustensiles neufs.

Et les Sages dirent : ils reviennent à leur impureté ancienne.

📜 Rachi (3)
בְּשֶׁל צִיּוֹן בִּימֵי שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטַח הָיְתָה:
Chel Tsion : elle vivait à l'époque de Chimon ben Chatah.
כָּל כֵּלֶיהָ בְּמֵת שֶׁהָיְתָה צְרִיכָה לְהַמְתִּין הַזָּאַת שְׁלִישִׁי וּשְׁבִיעִי לְפִיכָךְ שִׁבְּרָתַן לְמַהֵר טָהֳרָתָן לִבּוֹ בַּיּוֹם:
Tous ses ustensiles : (devinrent impurs) par un mort. Elle aurait dû attendre l'aspersion (haza'a) du troisième et du septième jour ; c'est pourquoi elle les brisa, pour hâter leur purification le jour même.
וְרִיתְּכָן שולד"י בְּלַעַ"ז שֶׁמְּחַבֵּר כֶּסֶף בִּמְקוֹם שֶׁבֶר:
Il les souda : soldi (souder) en langue vernaculaire (la'az) ; il joint de l'argent à l'endroit de la cassure.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאָמַר רַב יְהוּדָה מַעֲשֶׂה בְּשֶׁל צִיּוֹן הַמַּלְכָּה וּמַייְתִי רְאָיָה דְּבִימֵי שִׁמְעוֹן בֶּן שֶׁטַח גָּזְרוּ טֻומְאָה עַל כְּלֵי מַתָּכוֹת דְּיַחְזְרוּ לְטֻומְאָתָן יְשָׁנָה דְּהוּא הָיָה בִּימֵי שֶׁל צִיּוֹן הַמַּלְכָּה כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק ג' דְּתַעֲנִית (דַּף כג:) דְּאָמַר מַעֲשֶׂה בִּימֵי ר"ש בֶּן שֶׁטַח וְשֶׁל צִיּוֹן הַמַּלְכָּה שֶׁהָיוּ גְּשָׁמִים יוֹרְדִים מע"ש לע"ש וְכוּ':
Car Rav Yehouda a dit : il arriva à Chel Tsion la reine — Il apporte une preuve qu'à l'époque de Chimon ben Chatah on décréta sur les ustensiles de métal qu'ils reviennent à leur impureté ancienne : il vivait à l'époque de Chel Tsion la reine, comme on le trouve au troisième chapitre de Taanit (23b), où il est dit : « Il arriva à l'époque de Rabbi Chimon ben Chatah et de Chel Tsion la reine que les pluies tombaient d'une veille de Chabbat à l'autre », etc.
💡 Explication

L'impureté des ustensiles de métal est écrite dans la Torah (Nombres 31). Le décret de Chimon ben Chatah porte donc sur un point précis : la touma yechana (impureté ancienne). Selon la Torah, un ustensile brisé devient pur. Les Sages ont décrété que, s'il est refondu ou soudé pour devenir un ustensile neuf, il retrouve son impureté d'avant.

L'épisode de la reine Chel Tsion (Salomé Alexandra, sœur de Chimon ben Chatah) montre le problème : pour éviter sept jours d'attente et l'aspersion du 3e et du 7e jour, elle fait briser et ressouder ses ustensiles. Tossefot note que l'épisode situe le décret à l'époque de Chimon ben Chatah.

3
מַאי טַעְמָא? מִשּׁוּם גֶּדֶר מֵי חַטָּאת נָגְעוּ בָּהּ.

Quelle en est la raison ? À cause de la clôture (gader) des eaux de purification (mei hatat), ils y ont touché.

📜 Rachi (1)
גֶּדֶר מֵי חַטָּאת נִמְצְאוּ מֵי חַטָּאת בְּטֵלִים שֶׁאֵין לְךָ אָדָם מַמְתִּין ז' יָמִים אֶלָּא שׁוֹבְרָן וְתִשְׁתַּכַּח תּוֹרַת מֵי חַטָּאת:
La clôture des eaux de purification : (sinon) les eaux de purification tomberaient en désuétude, car personne n'attendrait sept jours ; on briserait (l'ustensile), et la loi des eaux de purification serait oubliée.
💡 Explication

Première raison : protéger la loi des mei hatat, l'eau mêlée aux cendres de la vache rousse, aspergée le 3e et le 7e jour sur ce qui a été rendu impur par un mort. Si briser l'ustensile suffisait, chacun le ferait et cette loi serait oubliée. Le décret est une gader (clôture) autour d'une loi de la Torah.

4
הַנִּיחָא לְמַאן דְּאָמַר לֹא לְכָל הַטֻּומְאוֹת אָמְרוּ, אֶלָּא לְטֻומְאַת הַמֵּת בִּלְבַד אָמְרוּ — שַׁפִּיר.

Cela va bien selon celui qui dit : ils ne l'ont pas dit pour toutes les impuretés, ils ne l'ont dit que pour l'impureté du mort — c'est cohérent.

📜 Rachi (2)
לָמֶ"ד כו' לָא יָדַעְנָא הֵיכָא:
Selon celui qui dit, etc. : je ne sais pas où (se trouve cette opinion).
אָמְרוּ שֶׁיַּחְזְרוּ:
Ils ont dit : qu'ils reviennent (à leur impureté ancienne).
🗂️ Tossefot (1)
הָנִיחָא לְמ"ד דְּלָא לְכָל הַטֻּומְאוֹת אָמְרוּ רַשְׁבָּ"ג סְבִירָא לֵיהּ הָכִי (בַּתּוֹסֶפְתָּא) דְּכֵלִים (פי"א) גַּבֵּי הַהוּא דְּמַייְתִי לְעֵיל (כְּלֵי עֵץ וּכְלֵי עוֹר כו') וּפְלִיג את"ק דְּאָמַר סְתָמָא יַחְזְרוּ לְטֻומְאָתָן יְשָׁנָה וְטַעֲמָא מִשּׁוּם דְּטֻומְאַת מֵת הִיא זְמַן מְרֻובֶּה וְיִשָּׁבֵר וְלֹא יִרְצֶה לְהַמְתִּין:
Cela va bien selon celui qui dit : ils ne l'ont pas dit pour toutes les impuretés — Rabban Chimon ben Gamliel est de cet avis dans la (Tossefta de) Kelim (chap. 11), à propos de celle qui a été citée plus haut (« ustensiles de bois et ustensiles de cuir », etc.). Il s'oppose au Tanna kamma, qui dit sans distinction : ils reviennent à leur impureté ancienne. La raison est que l'impureté du mort dure longtemps : on brisera (l'ustensile) et on ne voudra pas attendre.
💡 Explication

La raison de la gader mei hatat ne vaut que pour l'impureté du mort, seule à exiger l'aspersion. Elle convient donc à l'opinion qui limite le décret à cette impureté. Rachi ne connaît pas la source de cette opinion ; Tossefot la trouve dans la Tossefta de Kelim, chez Rabban Chimon ben Gamliel.

5
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר לְכָל הַטֻּומְאוֹת אָמְרוּ, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? אָמַר אַבַּיֵּי: גְּזֵירָה שֶׁמָּא לֹא יִקֳּבֶנּוּ בִּכְדֵי טָהֳרָתוֹ.

Mais selon celui qui dit : ils l'ont dit pour toutes les impuretés, que peut-on dire ? Abaye dit : c'est un décret, de crainte qu'il ne le perce pas de la mesure (requise) pour sa purification.

📜 Rachi (1)
בִּכְדֵי טָהֳרָתוֹ כְּמוֹצִיא רִמּוֹן:
De la mesure de sa purification : (un trou) laissant passer une grenade (kemotsi rimon).
💡 Explication

Pour les autres impuretés, il suffit d'une tevila et du coucher du soleil ; personne ne briserait un ustensile pour s'en dispenser. Il faut donc une autre raison. Abaye : un ustensile de métal n'est pur qu'avec un trou de la taille d'une grenade. Celui qui tient à son ustensile risque de faire un trou trop petit ; l'ustensile resterait alors impur de la Torah. Le décret écarte ce risque.

6
רָבָא אָמַר: גְּזֵירָה שֶׁמָּא יֹאמְרוּ טְבִילָה בַּת יוֹמָא עוֹלָה לָהּ. מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּרַצְפִינְהוּ מִרְצָף.

Rava dit : c'est un décret, de crainte qu'on ne dise : une immersion du jour même (tevila bat yoma) est efficace pour lui. Quelle différence entre eux ?

Il y a une différence entre eux dans le cas où il les a entièrement écrasés (ritsfinhou mirtsaf).

📜 Rachi (3)
בַּת יוֹמָא בְּלֹא הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ שֶׁהָרוֹאֶה שֶׁנִּטְמְאוּ וּמִשְׁתַּמְּשִׁין בָּהֶן בּוֹ בַּיּוֹם וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ שֶׁנִּשְׁבְּרוּ סוֹבֵר שֶׁהִטְבִּילוּם:
Du jour même : sans le coucher du soleil (haarev chemech). Celui qui voit que (les ustensiles) sont devenus impurs, et qu'on s'en sert le jour même, sans savoir qu'ils ont été brisés, pense qu'on les a immergés.
עוֹלֶה מוֹעֶלֶת:
Est efficace (ola) : sert (mo'ila).
דְּרַצְפִינְהוּ מְרֻצָּף הָרֵיקָן וּשְׁבָרָן כֻּולָּן כְּמוֹ מַאֲכֹולֶת רְצוּפָה שֶׁמָּא לֹא יִקְּבֶנּוּ לֵיכָּא וְשֶׁמָּא יֹאמְרוּ אִיכָּא וְאִיכָּא דְּאָמְרִי שֶׁמָּא לֹא יִקְּבֶנּוּ אִיכָּא שֶׁמָּא יֹאמְרוּ כו' לֵיכָּא דְּהָא מִינְּכַר עֲשִׂייָּה שֶׁנִּתְחַדֵּשׁ כֻּולּוֹ וְזֶה נִרְאֶה בְּעֵינַי:
Il les a entièrement écrasés : il les a broyés et brisés en entier, comme (l'expression) « nourriture écrasée » (makholet retsoufa). (Dans ce cas,) « de crainte qu'il ne le perce pas » ne s'applique pas, mais « de crainte qu'on ne dise » s'applique. Certains disent : « de crainte qu'il ne le perce pas » s'applique, et « de crainte qu'on ne dise » ne s'applique pas, car la fabrication se remarque, (l'ustensile) ayant été entièrement renouvelé. Et cette (seconde version) me paraît juste.
💡 Explication

Rava : un observateur voit l'ustensile impur utilisé le jour même. Il ignore qu'il a été brisé et refondu ; il croit qu'on l'a simplement immergé. Il en conclura qu'une tevila suffit sans attendre le coucher du soleil, contrairement à la Torah.

La nafka mina (conséquence pratique) : l'ustensile a été entièrement écrasé. Rachi rapporte deux versions (voir le schéma de synthèse) et préfère la seconde : l'ustensile refait à neuf se remarque, donc la crainte de Rava tombe ; celle d'Abaye demeure.

7
וְאִידָךְ מַאי הִיא? דִּתְנַן: הַמַּנִּיחַ כֵּלִים תַּחַת הַצִּינּוֹר לְקַבֵּל בָּהֶן מֵי גְּשָׁמִים — אֶחָד כֵּלִים גְּדוֹלִים וְאֶחָד כֵּלִים קְטַנִּים, וַאֲפִילּוּ כְּלֵי אֲבָנִים וּכְלֵי אֲדָמָה וּכְלֵי גְלָלִים — פּוֹסְלִין אֶת הַמִּקְוֶה. אֶחָד הַמַּנִּיחַ וְאֶחָד הַשּׁוֹכֵחַ, דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. וּבֵית הִלֵּל מְטַהֲרִין בַּשּׁוֹכֵחַ. אָמַר רַבִּי מֵאִיר: נִמְנוּ וְרַבּוּ בֵּית שַׁמַּאי עַל בֵּית הִלֵּל. וּמוֹדִים בֵּית שַׁמַּאי בַּשּׁוֹכֵחַ בֶּחָצֵר, שֶׁהוּא טָהוֹר. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: עֲדַיִין מַחֲלֹוקֶת בִּמְקוֹמָהּ עוֹמָדֶת.

Et l'autre (décret), quel est-il ? Car nous avons appris (dans une michna) : celui qui place des ustensiles sous la gouttière (tsinor) pour y recueillir l'eau de pluie — qu'il s'agisse de grands ou de petits ustensiles, et même d'ustensiles de pierre, d'ustensiles de terre ou d'ustensiles de bouse (guelalim) — ils rendent le mikve invalide.

Qu'il les ait placés ou oubliés (le résultat est le même) : ce sont les paroles de Beit Chamai. Et Beit Hillel déclarent pur dans le cas de l'oubli.

Rabbi Meir dit : on compta les voix, et Beit Chamai l'emportèrent en nombre sur Beit Hillel. Et Beit Chamai reconnaissent, pour celui qui oublie (des ustensiles) dans la cour, que (l'eau) est pure.

Rabbi Yossi dit : la divergence demeure encore à sa place.

📜 Rachi (8)
תַּחַת הַצִּינּוֹר שֶׁקְּבָעוֹ וּלְבַסּוֹף חֲקָקוֹ לְהַמְשִׁיךְ מַיִם לַמִּקְוֶה דְּשׁוּב אֵינוֹ פּוֹסֵל אֲבָל הַכֵּלִים פּוֹסְלִים מִשּׁוּם שְׁאִיבָה:
Sous la gouttière : qu'on a fixée et ensuite creusée pour conduire l'eau au mikve ; elle ne rend donc plus invalide. Mais les ustensiles rendent invalide au titre de l'eau puisée (cheiva).
וְאֶחָד כֵּלִים קְטַנִּים דְּלָא תֵּימָא לָא חֲשִׁיבִי:
Et aussi les petits ustensiles : pour que tu ne dises pas qu'ils ne comptent pas.
וַאֲפִילּוּ כְּלֵי גְּלָלִים שֶׁאֵינָם קָרַוְיִין כֵּלִים לְעִנְיַן קַבָּלַת טֻומְאָה הָווּ כֵּלִים לְעִנְיַן שְׁאִיבָה:
Et même des ustensiles de bouse : qui ne sont pas appelés ustensiles pour recevoir l'impureté ; ils sont des ustensiles pour l'eau puisée.
גְּלָלִים שַׁייִשׁ:
Guelalim : du marbre (chayich).
כְּלֵי אֲדָמָה דְּלָאו ע"י גִּיבּוּל הוּא כִּכְלֵי נֶתֶר וּכְלֵי חֶרֶס:
Ustensiles de terre : qui ne sont pas faits par pétrissage, à la différence des ustensiles de neter et de terre cuite.
מְטַהֲרִין דְּשׁוֹכֵחַ לָא חֲשִׁיבָה שְׁאִיבָה הוֹאִיל וְלֹא לְכָךְ נִתְכַּוֵּון:
Déclarent pur : car l'oubli n'est pas considéré comme un puisage, puisqu'il n'en avait pas l'intention.
בֶּחָצֵר שֶׁלֹּא תַּחַת הַצִּינּוֹר וְנִתְמַלֵּא מִן הַנּוֹטְפִין וְנָפְלוּ לַמִּקְוֶה שֶׁהוּא טָהוֹר דִּבְמַנִּיחַ תַּחַת הַצִּינּוֹר וּכְשֶׁהִנִּיחָן בִּשְׁעַת קִישּׁוּר עָבִים וְאַחַ"כּ נִתְפַּזְּרוּ וְשֶׁכְּחֵן כִּדְמוּקֵי לְקַמָּן הוּא דִּפְלִיגִי בֵּיהּ דְּגַלִּי דַּעְתֵּיהּ שֶׁרָצָה שֶׁיִּפְּלוּ לְתוֹכוֹ וּמִשּׁוּם פִּזּוּר עָבִים לֹא בָּטְלָה מַחְשַׁבְתּוֹ רִאשׁוֹנָה אֲבָל בְּמֻונָּח בֶּחָצֵר וְאַפֵּי' בִּשְׁעַת קִישּׁוּר וְנִתְפַּזְּרוּ לָא מוֹכְחָא מַחְשָׁבָה קַמַּיְיתָא שַׁפִּיר מֵעִיקָּרָא הִלְכָּךְ בָּטְלָה:
Dans la cour : ailleurs que sous la gouttière ; (l'ustensile) s'est rempli de l'eau qui tombe goutte à goutte, et (cette eau) est tombée dans le mikve : il est pur. Car la divergence porte sur celui qui les place sous la gouttière, les ayant posés au moment du rassemblement des nuages, qui ensuite se sont dispersés, et il les a oubliés, comme on l'établit plus loin : il a manifesté son intention, qu'il voulait que (la pluie) y tombe, et la dispersion des nuages n'annule pas sa première intention. Mais pour (un ustensile) posé dans la cour, même au moment du rassemblement (des nuages), qui ensuite se sont dispersés, la première intention n'était pas clairement manifestée dès le début ; c'est pourquoi elle est annulée.
בִּמְקוֹמָהּ עוֹמֶדֶת בְּמַנִּיחַ תַּחַת הַצִּינּוֹר בְּקִישּׁוּר עָבִים לֹא נִמְנוּ וְרַבּוּ עָלֶיהָ לְבַטֵּל דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל דְּלָא חָזְרוּ בָּהֶן:
Demeure à sa place : pour celui qui place (les ustensiles) sous la gouttière au rassemblement des nuages, on n'a pas compté les voix pour annuler l'avis de Beit Hillel, car ils ne se sont pas rétractés.
🗂️ Tossefot (1)
אֶחָד כֵּלִים גְּדוֹלִים שֶׁמֵּרֹוב גָּודְלָן אֵינָן מְקַבְּלִים טֻומְאָה כְּגוֹן כְּלֵי עֵץ שֶׁהֵן יְתֵרִים עַל אַרְבָּעִים סְאָה שֶׁאֵינָן מִיטַּלְטְלִים מָלֵא וְרֵיקָן אַפֵּ"ה מִיקְּרֵי שְׁאִיבָה וְאֶחָד כֵּלִים קְטַנִּים כְּדִתְנַן בְּמַס' כֵּלִים (פ"ב מ"ב) וּמַיְיתִי לָהּ בְּפֶ' אֵלּוּ טְרֵיפוֹת (ח לִין דַּף נד:) הַדַּקִּין שֶׁבִּכְלִי חֶרֶס הֵן וְקַרְקְרוֹתֵיהֶן וְדָפְנוֹתֵיהֶם יוֹשְׁבִין שֶׁלֹּא מְסֻומָּכִים שִׁעוּרָן מִכְּדֵי סִיכַת קָטָן וְעַד לֹוג אֲבָל בְּצִיר מֵהָכִי טְהוֹרִים:
Qu'il s'agisse de grands ustensiles — qui, a cause de leur grande taille, ne reçoivent pas l'impureté, comme les ustensiles de bois contenant plus de quarante sea, qu'on ne déplace ni pleins ni vides ; malgré cela, (leur eau) est appelée eau puisée. Et aussi les petits ustensiles, comme nous avons appris dans le traité Kelim (2,2), cité au chapitre Elou terefot (Houlin 54b) : « Les plus fins des ustensiles de terre cuite, leurs fonds et leurs parois, qui tiennent debout sans appui, leur mesure va de (la quantité d'huile pour) oindre un petit (enfant) jusqu'à un log » ; mais en dessous de cela, ils sont purs.
💡 Explication

La guemara poursuit le compte des dix-huit décrets édictés le jour où Beit Chamai l'emportèrent en nombre. Un mikve doit être formé d'eau non puisée. L'eau passée par un ustensile devient maim cheouvim (eau puisée) et, en quantité suffisante, rend le mikve passoul. Cela vaut pour tout ustensile, même ceux qui ne reçoivent pas l'impureté (pierre, terre, bouse).

La question porte sur l'ustensile oublié : Beit Chamai le traitent comme un puisage, Beit Hillel non. Selon Rabbi Meir, ce jour-là, Beit Chamai l'emportèrent par le vote : c'est donc un des dix-huit décrets. Selon Rabbi Yossi, la divergence n'a pas été tranchée par ce vote.

8
אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא: דְּבֵי רַב אָמְרִי: הַכֹּל מוֹדִים כְּשֶׁהִנִּיחָם בִּשְׁעַת קִישּׁוּר עָבִים, טְמֵאִים. בִּשְׁעַת פִּיזּוּר עָבִים — דִּבְרֵי הַכֹּל טְהוֹרִין. לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא שֶׁהִנִּיחָם בִּשְׁעַת קִישּׁוּר עָבִים, וְנִתְפַּזְּרוּ, וְחָזְרוּ וְנִתְקַשְּׁרוּ. מָר סָבַר בָּטְלָה מַחְשַׁבְתּוֹ, וּמָר סָבַר לֹא בָּטְלָה מַחְשַׁבְתּוֹ.

Rav Micharchiya dit : ceux de l'école de Rav disent : tous reconnaissent que, s'il les a placés au moment du rassemblement des nuages (kichour avim), (l'eau) est impure. Au moment de la dispersion des nuages (pizour avim), de l'avis de tous (elle est) pure.

Ils ne divergent que lorsqu'il les a placés au moment du rassemblement des nuages, que (ceux-ci) se sont dispersés, puis se sont de nouveau rassemblés. L'un pense que son intention (mahshava) est annulée, et l'autre pense que son intention n'est pas annulée.

📜 Rachi (3)
הִנִּיחָן תַּחַת הַצִּינּוֹר בִּשְׁעַת קִישּׁוּר עָבִים וְאִיחֲרוֹ גְּשָׁמִים לָבוֹא וְיָצָא לִמְלַאכְתּוֹ וְשֶׁכְּחֵן דִּבְרֵי הַכֹּל הוֹאִיל וּמִתְּחִלָּה לְכָךְ נִתְכַּוֵּון לֹא בָּטְלָה מַחְשַׁבְתּוֹ בְּשִׁכְחָתוֹ:
Il les a placés : sous la gouttière, au moment du rassemblement des nuages ; la pluie a tardé à venir, il est parti à son travail et les a oubliés. De l'avis de tous, puisqu'au début telle était son intention, son intention n'est pas annulée par son oubli.
דִּבְרֵי הַכֹּל טְהוֹרִים דְּלֵיכָּא גְּלוּיֵי דַּעְתָּא:
De l'avis de tous, purs : car il n'y a pas de manifestation d'intention.
בָּטְלָה מַחְשַׁבְתּוֹ דְּכִי נִתְפַּזְּרוּ אַסַּח דַּעְתֵּיהּ דְּסָבַר לֹא יֵרְדוּ גְּשָׁמִים עוֹד:
Son intention est annulée : car lorsqu'ils se sont dispersés, il en a détourné son esprit, pensant qu'il ne pleuvrait plus.
💡 Explication

L'école de Rav délimite la divergence. Le critère est la mahshava (intention) de recueillir l'eau. Poser l'ustensile quand les nuages se rassemblent montre qu'on veut la pluie ; le poser quand ils se dispersent ne montre rien.

Cas discuté : l'intention a existé, puis les nuages se sont dispersés. Pour Beit Hillel, la dispersion l'a fait renoncer (batla mahshavto) ; pour Beit Chamai, l'intention première subsiste.

🖼️ Schéma
Ustensiles posés sous la gouttière : trois cas (école de Rav) Cas Déroulement Eau 1 posé au rassemblement des nuages -> pluie invalide (avis de tous) 2 posé à la dispersion des nuages -> rassemblement -> pluie valide (avis de tous) 3 posé au rassemblement -> dispersion -> nouveau rassemblement -> pluie l'intention (mahshava) est-elle annulée par la dispersion ? B. Chamai : invalide B. Hillel : valide
Les trois cas distingués par l'école de Rav ; seul le troisième est discuté.
9
וּלְרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר מַחֲלֹוקֶת עֲדַייִן בִּמְקוֹמָהּ עוֹמֶדֶת, בָּצְרִי לְהוּ! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אַף בְּנוֹת כּוּתִים נִדּוֹת מֵעֲרִיסָתָן — בּוֹ בַּיּוֹם גָּזְרוּ.

Et selon Rabbi Yossi, qui dit que la divergence demeure encore à sa place, il leur en manque (un pour arriver à dix-huit) ! Rav Nahman bar Yitshak dit : (le décret selon lequel) les filles des Koutim sont niddot dès leur berceau, ce jour-là aussi ils le décrétèrent.

📜 Rachi (2)
בָּצְרִי לְהוּ י"ח דָּבָר שֶׁאֵין זוֹ מִן הַמִּנְיָן דְּכָל זְמַן שֶׁלֹּא נִמְנוּ וְרַבּוּ הָוְיָא הֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל וְטָהוֹר:
Il leur en manque : (pour arriver aux) dix-huit choses, car celle-ci ne fait pas partie du compte : tant qu'on n'a pas compté les voix et que (Beit Chamai) ne l'ont pas emporté, la halakha est selon Beit Hillel, et (l'eau) est pure.
נִדּוֹת מֵעֲרִיסָתָן מִיּוֹם שֶׁנּוֹלְדָה דְּגָזְרִינַן דִּילְמָא חֲזַאי נִדּוֹת דִּקְטַנָּה בַּת יוֹמָא מְטַמְּאָה בְּנִדָּה דְּתַנְיָא אֵין לִי אֶלָּא אִשָּׁה תִּינֹוקֶת בַּת יוֹם אֶחָד לְנִדָּה מִנַּיִן תַּלְמוּד לוֹמַר וְאִשָּׁה וְכוּתִים אֵין דּוֹרְשִׁין מִדְרָשׁ זֶה וְכִי חָזְיָין לָא מַפְרְשִׁי לָהּ הִלְכָּךְ גְּזוּר בְּהוּ רַבָּנָן:
Niddot dès leur berceau : dès le jour de leur naissance. Nous décrétons de peur qu'elles n'aient vu (du sang), car une petite fille âgée d'un jour devient impure en tant que nidda, comme il est enseigné : « Je n'aurais que la femme ; d'où (sait-on qu'une) fillette âgée d'un jour (est concernée) par (l'impureté de) nidda ? Le verset dit : ve-icha (et une femme). » Or les Koutim ne font pas ce derach, et lorsqu'elles voient (du sang), ils ne les mettent pas à part. C'est pourquoi les Sages ont décrété à leur sujet.
🗂️ Tossefot (1)
אַף בְּנוֹת כּוּתִים תֵּימַהּ לר"י דִּבְרֵישׁ בְּנוֹת כּוּתִים (נִדָּה דל"ב. וְשָׁם) מוּקֵי לָהּ כְּר"מ דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּטָא וְהַאי טַעְמָא לֹא שַׁייָּךְ אֶלָּא לְמ"ד כּוּתִים גֵּרֵי אֱמֶת הֵן וְאִם רָאֲתָה טְמֵאָה מִדְּאוֹרַיְיתָּא אֲבָל לְמ"ד כּוּתִים גֵּרֵי אֲרָיוֹת הֵן לֹא שַׁייָּךְ הַאי טַעְמָא דְּאַפֵּי' אִם רָאֲתָה טְהוֹרָה מִדְּאוֹרַייְתָּא דעו"ג לָא מְטַמְּאוֹ בְּזִיבָה וּבִשְׁמַעְתִּין מוּכָח דלכ"ע בְּנוֹת כּוּתִים הָוֵי מי"ח דָּבָר וּלְמַאן דְּלָא חָיֵישׁ לְמִיעוּטָא אוֹ לָמֶ"ד גֵּרֵי אֲרָיוֹת הֵן הֵיכִי מָנֵי לָהּ בי"ח דָּבָר וְעוֹד דְּר' יוֹסֵי אִית לֵיהּ דְּגֵרֵי אֲרָיוֹת הֵן בִּמְנָחוֹת בְּפֶרֶק רַבִּי יִשְׁמָעֵאל (מְנָחוֹת דַּף סו: וְשָׁם) דְּאִית לֵיהּ תּוֹרְמִין מִשֶּׁל עו"ג עַל שֶׁל כּוּתִים וּמִשֶּׁל כּוּתִים עַל שֶׁל עו"ג וְהָכָא חֲשִׁיב אַלִּיבִּי' בְּנוֹת כּוּתִים בי"ח דָּבָר וי"ל דִּבְנוֹת כּוּתִים אָתְיָא לכ"ע וְגָזְרוּ עֲלֵיהֶן שֶׁיִּהְיוּ נִדּוֹת שֶׁלֹּא יִטָּמְעוּ בָּהֶן וְהָא דְּמוֹקֵי הָתָם מַתְנֵי' כר"מ מִשּׁוּם דְּסֵיפָא מוֹכְחָא דְּלָא הָוֵי מִשּׁוּם טִימּוּעַ דְּקָתָנֵי הַכּוּתִים מְטַמְּאִין מִשְׁכָּב הַתַּחְתּוֹן כָּעֶלְיוֹן מִפְּנֵי שֶׁהֵן בּוֹעֲלֵי נִדּוֹת מִסָּפֵק וּמְסַיֵּים וְאֵין שׂוֹרְפִין עֲלֵיהֶן אֶת הַתְּרוּמָה מִפְּנֵי שֶׁטֻּומְאָתָן סָפֵק מַשְׁמַע דְּקָאֵי אַף אַקְּטַנּוֹת דְּאַייְרֵי בָּהֶן וְהָא דְּקָאָמַר הָתָם רַבִּי יוֹסֵי מַעֲשֶׂה הָיָה בְּעֵינְבּוּל וְהִטְבִּילוּהָ קֹודֶם לְאַמָּה לָאו מִשּׁוּם דְּחָיֵישׁ לְמִיעוּט מַייְתֵי רְאָיָה דְּמִיעוּט דִּשְׁכִיחַ הוּא דְּהָא טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי מִשּׁוּם טִימּוּעַ אֶלָּא לְכָךְ מַייְתֵי רְאָיָה דְּאִי לָאו דִּשְׁכִיחַ הוּא לֹא הָוֵי לָן לְמִיגְזַר שֶׁיְּהוּ נִדּוֹת מֵעֲרִיסוֹתֵיהֶם מִשּׁוּם טִימּוּעַ דְּלָא לֶיהֱוֵי כְּחוּכָא וְאִיטְלוּלָא וא"ת הֵיכִי חֲשִׁיב לֵיהּ לְר"מ בי"ח דָּבָר וַהֲלֹא בְּלָאו הָכִי בְּכָל מָקוֹם חָיֵישׁ ר' מֵאִיר לְמִיעוּטָא וְי"ל דְּהָכָא הֻוצְרְכוּ לִגְזֹור מִשּׁוּם דְּדָמֵי לַחֲזָקָה וְרֻובָּא שֶׁלֹּא רָאֲתָה דְּמִסְּתָמָא עִם יְצִיאָתָהּ לְעוֹלָם לֹא רָאֲתָה וְאוֹקֵמִי אַחֲזָקָה וְסָמוּךְ רֻובָּא לַחֲזָקָה וְאִיתְּרַע לֵיהּ מִיעוּטָא וְלָא הֲוָה חָייֵשׁ רַבִּי מֵאִיר אִי לָאו דְּגָזְרוּ לֵיהּ בי"ח דָּבָר דַּהֲוָה לֵיהּ מִיעוּטָא דְּמִיעוּטָא כִּדְמוֹכַח בְּרֵישׁ פֶּרֶק בָּתְרָא דִּיבָמוֹת (דַּף קיט.) וא"ת לָמֶ"ד בפ"ב דְּמַסֶּכְתָּא ע"ז (דַּף לו:) גָּזְרוּ עַל בְּנוֹתֵיהֶן מִשּׁוּם דָּבָר אַחֵר הַייְנוּ שֶׁיְּהוּ נִדּוֹת מֵעֲרִיסוֹתָן אַמַּאי חֲשִׁיב לְהוּ בָּתַרְתִּי גְּזֵרוֹת בְּנוֹתֵיהֶן וּבְנוֹת כּוּתִים וי"ל דִּצְרִיכִי דְּאִי גָּזְרוּ בעו"ג הֵ"א מִשּׁוּם דַּאֲדוֹקֵי בַּעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים טְפֵי אֲבָל בְּנוֹת כּוּתִים לֹא וְאִי גָּזְרוּ בְּכוּתִים מִשּׁוּם דִּרְגִילִין וְשָׁיְיכִי טְפֵי גַּבֵּי יִשְׂרָאֵל מֵעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים אֲבָל עַכּוּ"ם לֹא:
Aussi les filles des Koutim — Le Ri s'étonne : au début (du chapitre) Benot Koutim (Nidda 32a), on établit (cette michna) selon Rabbi Meir, qui tient compte de la minorité. Or ce motif ne vaut que pour celui qui dit que les Koutim sont de vrais convertis (guerei émet) : si elle a vu (du sang), elle est impure de la Torah. Mais pour celui qui dit que les Koutim sont des « convertis (par peur) des lions » (guerei arayot), ce motif ne s'applique pas : même si elle a vu, elle est pure de la Torah, puisque les non-Juifs ne deviennent pas impurs par l'écoulement (ziva). Or notre passage montre que, selon tous, les filles des Koutim font partie des dix-huit choses. Selon celui qui ne tient pas compte de la minorité, ou selon celui qui dit qu'ils sont des convertis (par peur) des lions, comment les compte-t-il parmi les dix-huit choses ? De plus, Rabbi Yossi tient qu'ils sont des convertis (par peur) des lions, dans Menahot, au chapitre Rabbi Yichmael (66b), puisqu'il estime qu'on prélève la terouma de (la récolte) d'un non-Juif pour celle des Koutim, et de celle des Koutim pour celle d'un non-Juif ; et ici on compte, selon lui, les filles des Koutim parmi les dix-huit choses ! On peut répondre : (le décret sur) les filles des Koutim vaut selon tous ; on a décrété qu'elles seraient niddot afin qu'on ne se mêle pas à eux (par le mariage). Si l'on établit là-bas la michna selon Rabbi Meir, c'est parce que sa fin montre qu'il ne s'agit pas (là) de la crainte du mélange, car elle enseigne : « Les Koutim rendent impure la couche inférieure comme la supérieure, car ils ont des rapports avec des niddot par doute », et elle conclut : « et on ne brûle pas la terouma à cause d'eux, car leur impureté est un doute ». Cela implique que (cette conclusion) porte aussi sur les petites filles, dont elle traite. Et ce que dit là-bas Rabbi Yossi : « Il arriva à Einboul qu'on l'immergea avant sa mère » : il n'apporte pas cette preuve (que la minorité est fréquente) parce qu'il tiendrait compte de la minorité, puisque la raison de Rabbi Yossi est la crainte du mélange. Il l'apporte parce que, si ce (cas) n'était pas fréquent, nous n'aurions pas dû décréter, au titre du mélange, qu'elles soient niddot dès leur berceau, pour que (le décret) ne soit pas un objet de moquerie (hukha ve-itloula). Et si tu demandes : comment le compte-t-il, selon Rabbi Meir, parmi les dix-huit choses, alors que, même sans cela, Rabbi Meir tient partout compte de la minorité ? On peut répondre : ici, il a fallu décréter parce que (ce cas) ressemble à une présomption (hazaka) et à une majorité (rouba) qu'elle n'a pas vu (de sang) : selon toute vraisemblance, à sa sortie au monde, elle n'avait pas vu ; on la maintient dans sa présomption, la majorité s'ajoute à la présomption, et la minorité en est affaiblie. Rabbi Meir n'en aurait pas tenu compte si on ne l'avait pas décrété parmi les dix-huit choses, car c'est une minorité de minorité (mi'outa de-mi'outa), comme il ressort au début du dernier chapitre de Yevamot (119a). Et si tu demandes : selon celui qui dit, au deuxième chapitre du traité Avoda Zara (36b), qu'on a décrété sur leurs filles (des idolâtres) au titre de « l'autre chose », c'est-à-dire qu'elles soient niddot dès leur berceau, pourquoi compte-t-on deux décrets, leurs filles et les filles des Koutim ? On peut répondre : les deux sont nécessaires. Si l'on avait décrété sur les idolâtres, j'aurais dit que c'est parce qu'ils sont plus attachés à l'idolâtrie, mais non sur les filles des Koutim. Et si l'on avait décrété sur les Koutim, (j'aurais dit que) c'est parce qu'ils sont plus habitués aux Juifs et plus proches d'eux que les idolâtres, mais non sur les idolâtres.
💡 Explication

Selon Rabbi Yossi, le décret des ustensiles sous la gouttière n'a pas été adopté ; il manque donc un décret pour arriver à dix-huit. Rav Nahman bar Yitshak le fournit : les filles des Koutim (Samaritains) sont considérées niddot dès leur naissance.

Rachi : une fillette d'un jour peut déjà être nidda ; les Koutim ne tiennent pas compte de ce derach et ne l'écartent pas. Tossefot objecte que cette raison suppose que les Koutim sont de vrais convertis et qu'on tient compte de la minorité. Il propose une raison valable pour tous : éviter le mélange par le mariage (timoua).

10
וְאִידָךְ מַאי הִיא? דִּתְנַן: כָּל הַמִּטַּלְטְלִין מְבִיאִין אֶת הַטֻּומְאָה בְּעֹובִי הַמַּרְדֵּעַ. אָמַר רַבִּי טַרְפוֹן:

Et l'autre (décret), quel est-il ? Car nous avons appris (dans une michna) : tous les objets mobiles (mitaltelin) transmettent l'impureté (par la tente) (s'ils ont) l'épaisseur d'un aiguillon (mardea).

Rabbi Tarfon dit :

📜 Rachi (2)
כָּל הַמִּטַּלְטְלִין מְבִיאִין אֶת הַטֻּומְאָה מִשּׁוּם אֹהֶל שֶׁאִם אִיהֵל רֹאשׁוֹ אֶחָד עַל הַמֵּת וְרֹאשׁוֹ אֶחָד עַל הַכֵּלִים מְבִיאִין לָהֶן טֻומְאַת אֹהֶל הַמֵּת לִיטָּמֵא ז' יָמִים וְלִהְיוֹת אַב הַטֻּומְאָה כְּדִין אֹהֶל טָמֵא:
Tous les objets mobiles transmettent l'impureté : au titre de la tente (ohel). Si une de leurs extrémités couvre le mort et l'autre extrémité couvre des ustensiles, ils leur transmettent l'impureté de la tente du mort : (les ustensiles sont) impurs sept jours et deviennent av hatouma (source d'impureté), selon la loi d'une tente impure.
בְּעֹובִי הַמַּרְדֵּעַ אֲפִילּוּ אֵין בָּהֶן פּוֹתֵחַ טֶפַח אֶלָּא כְּעֹובִי הַמַּרְדֵּעַ וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ יֵשׁ בְּהֶיקֵּפוֹ טֶפַח חוּט טֶפַח צָרִיךְ לְהַקִּיפוֹ וְאַף עַל גַּב דְּאֹהֶל דְּאוֹרָייְתָא פָּחוֹת מִטֶּפַח לָא הָוֵי דַּהֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הוּא כִּשְׁאָר כָּל הַשִּׁיעוּרִין הָכָא גְּזוּר רַבָּנַן הֶיקֵּפוֹ מִשּׁוּם עָבְיוֹ:
De l'épaisseur d'un aiguillon : même s'ils n'ont pas une ouverture d'un tefah (poteah tefah), seulement l'épaisseur d'un aiguillon. Plus loin on explique : sa circonférence comporte un tefah ; il faut un fil d'un tefah pour l'entourer. Bien qu'une tente de la Torah ne soit pas (constituée) avec moins d'un tefah, car c'est une halakha le-Moche mi-Sinaï comme toutes les autres mesures, ici les Sages ont décrété (en tenant compte de) sa circonférence, à cause de son épaisseur.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הַמִּטַּלְטְלִין נְקַט מְטַלְטְלִין מִשּׁוּם שֶׁלֹּא גָּזְרוּ טֻומְאַת אֹהֶל בְּעֹובִי הַמַּרְדֵּעַ אֶלָּא עַל הָאָדָם הַנּוֹשְׂאָן אֲבָל בְּפוֹתֵחַ טֶפַח אֲפִילּוּ בִּמְחֻובָּרִים נָמֵי מְבִיאִין אֶת הַטֻּומְאָה דְּדַוְקָא זְרָעִים וִירָקוֹת לְפִי שֶׁאֵין בָּהֶן מַמָּשׁ קָתָנֵי הָתָם דְּלָא מְבִיאִין וְלֹא חוֹצְצִים דְּהָוֵי כְּמוֹ טִיפַּת הַבָּרָד וְהַשֶּׁלֶג וּכְפוֹר וְהַגְּלִיד וְהַמֶּלַח אֲבָל אִילָן הַמֵּיסֵךְ עַל הָאָרֶץ קָתָנֵי הָתָם דְּמֵבִיא אֶת הַטֻּומְאָה:
Tous les objets mobiles — Il mentionne les objets mobiles parce qu'on n'a décrété l'impureté de tente à l'épaisseur d'un aiguillon que sur l'homme qui les porte. Mais avec une ouverture d'un tefah, même (des choses) attachées au sol transmettent l'impureté. Car c'est seulement des graines et des légumes, qui n'ont pas de consistance, que (la michna) enseigne là-bas qu'ils ne transmettent (l'impureté) ni ne font écran : ils sont comme la goutte de grêle, la neige, le givre, la glace et le sel. Mais l'arbre qui couvre le sol, elle enseigne là-bas qu'il transmet l'impureté.
💡 Explication

Autre décret : l'impureté de tente (ohel). Selon la Torah, un objet qui couvre à la fois un mort et des ustensiles transmet l'impureté à ceux-ci, à condition d'avoir une largeur d'un tefah (poteah tefah), mesure transmise comme halakha le-Moche mi-Sinaï.

Les Sages ont étendu cette loi aux objets mobiles de l'épaisseur d'un mardea (aiguillon pour les bœufs), dont la circonférence atteint un tefah. Tossefot : le décret vise l'homme qui porte un tel objet ; la suite, avec Rabbi Tarfon, est au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).