Shabbat 17a — L'aiguillon du laboureur et la vendange : deux des dix-huit décrets

Shabbat 17a

Sougya : Le folio poursuit l'énumération des dix-huit décrets pris le jour où Beit Chammai l'emportèrent sur Beit Hillel. Rabbi Tarfon jure que l'enseignement sur l'aiguillon (mardea) qui transmet l'impureté a été tronqué par un auditeur ; Rabbi Akiva le rectifie en distinguant trois cas : le porteur, l'objet lui-même et les autres hommes et ustensiles.

Rabbi Yannai précise qu'il s'agit d'un décret sur la circonférence d'un tefah à cause de l'épaisseur d'un tefah. Pour Rabbi Tarfon, le compte des dix-huit est complété par le décret sur les filles des Koutim.

Vient ensuite le décret sur la vendange destinée au pressoir : Chammai et Hillel s'opposent, une épée est plantée dans la maison d'étude, et la guemara cherche la raison du décret (paniers impurs, paniers enduits de poix, grappes qui se mordent).

L'aiguillon (mardea) au-dessus d'une tombe : qui devient impur ? Qui ? Taille requise Impureté Source L'homme qui porte l'aiguillon épaisseur de l'aiguillon (circonférence 1 tefah) 7 jours avec aspersion décret des Sages (Torah : jusqu'au soir) L'objet mobile lui-même toute taille impur, comme un ustensile qui couvre le mort Torah Autres hommes et ustensiles dessous ouverture d'un tefah (poté'ah tefah) impurs seulement si vraie tente (ohel) Torah Rectification de Rabbi Akiva (seg. 1), avec le décret expliqué par Rabbi Yannai (seg. 2).
La rectification de Rabbi Akiva : trois cas pour l'objet mobile qui couvre une tombe.
Raisins vendangés pour le pressoir : sont-ils rendus susceptibles ? Chammai houkhchar : susceptible Hillel lo houkhchar : non susceptible Objection : alors pourquoi pas les olives ? Vote : décret selon Chammai (vendange en pureté) Pourquoi le jus qui s'écoule rend-il susceptible ? 1. Zeiri (1re version) paniers impurs : l'ustensile impur donne importance au jus rejeté selon un avis 2. Zeiri (2e version) paniers enduits de poix : le jus ne se perd pas, il le veut 3. Rava grappes qui se mordent ou grappe pressée pour tester la maturité
Le décret sur la vendange et les trois explications proposées par la guemara.
1
אֲקַפֵּחַ אֶת בָּנַי שֶׁזּוֹ הֲלָכָה מְקֻופַּחַת, שֶׁשָּׁמַע הַשּׁוֹמֵעַ, וְטָעָה: הָאִיכָּר עוֹבֵר וּמַרְדְּעוֹ עַל כְּתֵפוֹ וְאִיהֵל צִדּוֹ אֶחָד עַל הַקֶּבֶר — טִימְּאוּ אוֹתוֹ, מִשּׁוּם כֵּלִים הַמַּאֲהִילִים עַל הַמֵּת.

(Rabbi Tarfon dit :) Que j'enterre mes fils (formule de serment) : cette halakha est tronquée ; celui qui l'a entendue a entendu et s'est trompé. (Le cas était :) le laboureur passait, son aiguillon (mardea) sur l'épaule, et l'une de ses extrémités couvrit (ihil) la tombe ; on l'a déclaré impur au titre des ustensiles qui couvrent le mort.

📜 Rachi (3)
אֲקַפַּח אֶת בְּנֵי מְצַעֵר הָיָה עַל תּוֹרָה הַמִּשְׁתַּכַּחַת וּמְקַלֵּל אֶת עַצְמוֹ:
Il se désolait de la Torah qui s'oubliait, et il se maudissait lui-même.
אֲקַפַּח אֶקְבְּרֵם לְשׁוֹן חִיתּוּךְ וְקִיצּוּר:
Akapah (j'enterrerai) : je les enterrerai ; terme qui exprime la coupure et le raccourcissement.
שֶׁשָּׁמַע הַשּׁוֹמֵעַ כְּשֶׁנִּשְׁאֲלָה הַשְּׁאֵלָה עַל יְדֵי מַעֲשֶׂה בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ וְשָׁמַע שֶׁטִּמְּאוּהוּ וְטָעָה וְלֹא יָדַע מִשּׁוּם מַה טִמְּאוּהוּ הֵם טִמְּאוּ אֶת הַמַּרְדֵּעַ מִשּׁוּם כֵּלִים הַמַּאֲהִילִים עַל הַמֵּת שֶׁהַכְּלִי עַצְמוֹ הַמַּאֲהִיל טָמֵא בְּכָל שָׁהוּ דְּלָא בָּעֵינַן פּוֹתֵחַ טֶפַח אֶלָּא לְשַׁוְויָה אֹהֶל לְהָבִיא טֻומְאָה תַּחַת רֹאשׁוֹ הַשֵּׁנִי לְהָבִיא טֻומְאָה עַל אֲחֵרִים אֲבָל לְגַבֵּי דִּידֵיהּ בְּכָל שָׁהוּ וְטִמְּאוּהוּ לָאִיכָּר טֻומְאַת עֶרֶב מִשּׁוּם שֶׁנָּגַע בְּאוֹתוֹ כְּלִי שֶׁהוּא אַב הַטֻּומְאָה וְזֶה שֶׁנָּגַע בּוֹ רִאשׁוֹן וְהַשּׁוֹמֵעַ טָעָה לוֹמַר שֶׁעֲשָׂאוּהוּ לָאִיכָּר אַב הַטֻּומְאָה לְטַמֵּא ז' וְלִטְעֹון הַזָּיָיה:
Celui qui a entendu : lorsque la question fut posée à la maison d'étude à propos d'un cas concret, il entendit qu'on l'avait déclaré impur, se trompa et ne sut pas pour quelle raison on l'avait déclaré impur. Eux avaient déclaré impur l'aiguillon au titre des ustensiles qui couvrent le mort : l'ustensile qui couvre est lui-même impur quelle que soit sa taille, car on n'exige une ouverture d'un tefah (poté'ah tefah) que pour en faire une tente (ohel), afin qu'il amène l'impureté sous son autre extrémité, sur d'autres ; mais pour lui-même, toute taille suffit. Et ils déclarèrent le laboureur impur jusqu'au soir (toumat erev) parce qu'il avait touché cet ustensile, qui est un av hatouma (source primaire d'impureté), et celui qui le touche devient rishon (impur au premier degré). L'auditeur se trompa en pensant qu'on avait fait du laboureur un av hatouma, impur sept jours et soumis à l'aspersion (haza'a).
🗂️ Tossefot (2)
אֲקַפַּח אֶת כו' לְשׁוֹן שְׁבוּעָה הוּא כְּלוֹמַר אֲקַפֵּחַ אֶת בָּנַי אִם אֵין זֶה דְּבַר אֱמֶת שֶׁהֲלָכָה זוֹ מְקֻופַּחַת וּכְעִנְיָן זֶה מָצִינוּ בַּמִּקְרָא ' (בְּרַאֲסִית מב) חֵי פַרְעֹה אִם תֵּצְאוּ מִזֶּה כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא תֵּצְאוּ מִזֶּה:
C'est une formule de serment, c'est-à-dire : j'enterrerai mes fils si ce n'est pas vrai que cette halakha est tronquée. On trouve un cas semblable dans le verset (Berechit 42, 15) : « par la vie de Pharaon, si vous sortez d'ici », c'est-à-dire : vous ne sortirez pas d'ici.
שֶׁשָּׁמַע הַשּׁוֹמֵעַ וְטָעָה כו' טִמְּאוּהוּ מִשּׁוּם כֵּלִים הַמַּאֲהִילִים עַל הַמֵּת פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס טִמְּאוּהוּ לָאִיכָּר טֻומְאַת עֶרֶב מִשּׁוּם דְּנָגַע בַּכֵּלִים הַמַּאֲהִילִים שֶׁהֵן טְמֵאִין טֻומְאַת ז' כְּדִין הַנּוֹגֵעַ בִּטְמֵא מֵת דְּטָמֵא טֻומְאַת עֶרֶב מִדְּאוֹרַייְתָּא וְקָשֶׁה לָמָּה טָעָה הַשּׁוֹמֵעַ וְהָיָה סָבוּר שֶׁטִּמְּאוּהוּ טֻומְאַת ז' כֵּיוָן דְּדָבָר פָּשׁוּט הוּא שֶׁאָדָם הַנּוֹגֵעַ בִּטְמֵא מֵת דְּטָמֵא טֻומְאַת עֶרֶב וְעוֹד דְּמִן הַתּוֹרָה הָאִיכָּר טָמֵא טֻומְאַת ז' מִשּׁוּם טֻומְאָה בְּחִבּוּרִים דְּיִקְרַב בִּדְיִקְרַב בְּחִבּוּרִים טָמֵא ז' מַדְאוֹרַיי' כִּדְאָמַר בפ"ב דע"ז (דַּף ל': וְשָׁם) וַאֲפִילּוּ בְּחִבּוּרִים עַל יְדֵי אֹהֶל טָמֵא טֻומְאַת ז' כִּדְמוֹכַח בְּרֵישׁ אֹהָלוֹת (פ"א מ"ג) לְכָךְ נִרְאֶה שֶׁטִּמְּאוּהוּ לָאִיכָּר טֻומְאַת ז' מִשּׁוּם טֻומְאָה בְּחִבּוּרִים וְהַשּׁוֹמֵעַ טָעָה לְפִי שֶׁאֵינוֹ פָּשׁוּט כ"כ דִּין טֻומְאָה בְּחִבּוּרִים וְהָיָה סָבוּר דְּמִשּׁוּם אֹהֶל טִמְּאוּהוּ כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ בְּהֶקֵּיפוֹ טֶפַח לְכָךְ שָׁנָה כָּל הַמִּטַּלְטְלִין מְבִיאִין טֻומְאָה לְטַמֵּא כָּל אֲשֶׁר תַּחְתָּיו מִשּׁוּם אֹהֶל בְּעֹובִי הַמַּרְדֵּעַ:
Le Kountres (Rachi) explique qu'on a déclaré le laboureur impur jusqu'au soir parce qu'il a touché les ustensiles qui couvrent (le mort), lesquels sont impurs sept jours, selon la règle de celui qui touche un impur-de-mort, qui est impur jusqu'au soir selon la Torah. Difficulté : pourquoi l'auditeur s'est-il trompé en croyant qu'on l'avait déclaré impur sept jours, alors qu'il est évident que l'homme qui touche un impur-de-mort est impur jusqu'au soir ? De plus, selon la Torah, le laboureur est impur sept jours au titre de l'impureté par connexion (touma bechiburim) : celui qui touche celui qui a touché, tant qu'ils sont encore reliés, est impur sept jours selon la Torah, comme il est dit au deuxième chapitre d'Avoda Zara ; et même lorsque la connexion passe par une tente, il est impur sept jours, comme cela ressort du début d'Ohalot (1, 3). Il semble donc qu'on ait déclaré le laboureur impur sept jours au titre de l'impureté par connexion ; l'auditeur s'est trompé parce que la règle de l'impureté par connexion n'est pas si connue, et il a cru qu'on l'avait déclaré impur au titre de la tente, puisque (l'aiguillon) a une circonférence d'un tefah. C'est pourquoi il a enseigné : tous les objets mobiles amènent l'impureté sur tout ce qui est dessous, au titre de la tente, à partir de l'épaisseur de l'aiguillon.
💡 Explication

Rabbi Tarfon conteste un enseignement qui circulait : tout objet mobile (metaltelin) de l'épaisseur d'un aiguillon ferait office de tente (ohel) et transmettrait l'impureté du mort à ce qui est dessous. Selon lui, cet enseignement provient d'un cas mal compris : un laboureur portait son mardea (aiguillon à bœufs), dont une extrémité passa au-dessus d'une tombe.

Selon Rachi, on avait déclaré impur l'aiguillon lui-même, qui devient av hatouma par le seul fait de couvrir le mort, et le laboureur impur jusqu'au soir par simple contact. L'auditeur a cru que le laboureur était impur sept jours, comme sous une tente. Tossefot objectent et proposent que le laboureur était bien impur sept jours, au titre de la touma bechiburim (impureté par connexion), règle peu connue, ce qui explique l'erreur de l'auditeur.

2
אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא, אֲנִי אֲתַקֵּן שֶׁיְּהוּ דִּבְרֵי חֲכָמִים קַיָּימִים: שֶׁיְּהוּ כָּל הַמִּטַּלְטְלִים מְבִיאִין אֶת הַטֻּומְאָה עַל הָאָדָם שֶׁנּוֹשֵׂא אוֹתָן בְּעֹובִי הַמַּרְדֵּעַ, וְעַל עַצְמָן בְּכָל שֶׁהֵן. וְעַל שְׁאָר אָדָם וְכֵלִים — בְּפוֹתֵחַ טֶפַח.

Rabbi Akiva dit : Moi, je rectifierai (l'enseignement) pour que les paroles des Sages restent valables : tous les objets mobiles amènent l'impureté sur l'homme qui les porte, à partir de l'épaisseur de l'aiguillon ; sur eux-mêmes, quelle que soit leur taille ; et sur les autres hommes et les ustensiles, à partir d'une ouverture d'un tefah (poté'ah tefah).

📜 Rachi (1)
אֲנִי אֲתַקֵּן שֶׁיְּהוּ דִּבְרֵי חֲכָמִים שֶׁאוֹמְרִים עֹובִי הַמַּרְדֵּעַ מֵבִיא טֻומְאָה קַייָּמִין יֵשׁ דָּבָר שֶׁמְּבִיאִין עָלָיו טֻומְאָה מַמָּשׁ לִטְעוֹן הַזָּייָה מִדִּבְרֵיהֶם כְּגוֹן עַל הָאָדָם הַנּוֹשְׂאָן שֶׁטָּמֵא בּוֹ טֻומְאַת מַגָּע מִן הַתּוֹרָה גָּזְרוּ עָלָיו בְּעֹובִי הַמַּרְדֵּעַ לִיטָּמֵא טֻומְאַת אֹהֶל מִדִּבְרֵיהֶם גְּזֵירָה הֶקֵּיפוֹ מִשּׁוּם עָבְיוֹ דְּכֵיוָן דִּמְטַמֵּאת לֵיהּ עַל כָּרְחָךְ טֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא לְאַצְרוֹכֵיהּ הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ וְהוּא לֹא נָגַע בַּמֵּת כְּסָבוּר שֶׁמִּשּׁוּם אֹהֶל אַתָּה מְטַמְּאוֹ וּמִשּׁוּם שֶׁיֵּשׁ בְּהֶיקֵּפוֹ טֶפַח וְכֵיוָן דְּלָא מְטַמֵּאת לֵיהּ טֻומְאַת ז' אָתֵי לְמֵימַר בְּאֹהֶל גָּמוּר נָמֵי טֻומְאַת עֶרֶב אֲבָל שְׁאָר אָדָם וְכֵלִים שֶׁאֵין נוֹגְעִין בּוֹ וְאֵין עָלֶיךָ לְטַמְּאָן כְּלָל אֵין מְבִיאִין שׁוּם טֻומְאָה אֶלָּא בְּפוֹתֵחַ טֶפַח ר"ע מִילְּתַייְהוּ דְּרַבָּנָן פָּרֵישׁ:
Je rectifierai pour que restent valables les paroles des Sages, qui disent que l'épaisseur de l'aiguillon amène l'impureté : il existe un cas où ils amènent véritablement l'impureté, au point d'exiger l'aspersion, de par leurs paroles. Ainsi, sur l'homme qui les porte, qui est impur par contact selon la Torah, ils ont décrété, à partir de l'épaisseur de l'aiguillon, qu'il soit impur de l'impureté de la tente, de par leurs paroles. C'est un décret sur la circonférence à cause de l'épaisseur : puisque tu le rends de toute façon impur d'une impureté de la Torah, au point de lui imposer d'attendre le coucher du soleil, alors qu'il n'a pas touché le mort, il pensera que c'est au titre de la tente que tu le rends impur, parce que (l'aiguillon) a une circonférence d'un tefah ; et puisque tu ne le rends pas impur sept jours, il en viendra à dire que même sous une vraie tente l'impureté ne dure que jusqu'au soir. Mais les autres hommes et ustensiles, qui ne le touchent pas et que tu n'as aucune raison de rendre impurs, ne reçoivent aucune impureté, sauf avec une ouverture d'un tefah. Rabbi Akiva explique ainsi les paroles des Sages.
🗂️ Tossefot (2)
אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא אֲנִי אֲתַקֵּן שֶׁיְּהוּ דִּבְרֵי חֲכָמִים קַיָּימִין שֶׁיְּהוּ כָל הַמִּטַּלְטְלִין מְבִיאִין טֻומְאָה עַל הָאָדָם הַנּוֹשְׂאָן בְּעֹובִי הַמַּרְדֵּעַ מִשּׁוּם אֹהֶל לְטַמְּאוֹ טֻומְאַת שִׁבְעָה אַפֵּי' הֵיכָא דְּלָא שַׁיָּיךְ טֻומְאָה בְּחִבּוּרִים כְּגוֹן שֶׁיֵּשׁ סוּדָר מַפְסִיק בֵּין הַמַּרְדֵּעַ לִבְשָׂרוֹ שֶׁהַסּוּדָר טָמֵא טֻומְאַת שִׁבְעָה מִשּׁוּם חִבּוּרִים דְּהַייְנוּ חִבּוּרֵי אָדָם בְּמֵת וְהָאָדָם אֵינוֹ טָמֵא אַפֵּי' מִדְּרַבָּנָן אֶלָּא טֻומְאַת עֶרֶב דְּטָמֵא מִדְּאוֹרַייְתָּא כִּדְמוֹכַח בְּפֶ' ג' מִינִין (נָזִיר דַּף מב: וְשָׁם) גָּזְרוּ שֶׁיְּהֵא אָדָם טָמֵא טֻומְאַת ז' מִשּׁוּם אֹהֶל שֶׁלֹּא יִטְעוּ אוֹתָם שֶׁאֵין יוֹדְעִים דִּין טֻומְאָה בְּחִבּוּרִים וְיֹאמְרוּ שֶׁטָּמֵא טֻומְאַת עֶרֶב מִשּׁוּם אֹהֶל כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ בְּהֶיקֵּפוֹ טֶפַח א"כ אָתֵי לְמֵימַר שֶׁאֵין בָּאֹהֶל אֶלָּא טֻומְאַת עֶרֶב לְכָךְ גָּזְרוּ שֶׁיְּהֵא טָמֵא ז' כְּאָדָם הַמִּיטַּמֵּא בְּאֹהֶל שֶׁלֹּא חִלְּקוּ אֲפִילּוּ יְהֵא מַפְסִיק בֵּינוֹ לְבֵין הַמַּרְדֵּעַ שְׁלֹשָׁה סוּדָרִים אוֹ ד' וִיהֵא אָדָם רְבִיעִי אוֹ חֲמִישִׁי אוֹ יוֹתֵר וְאַפֵּי' אִם הַמִּטַּלְטְלִין פְּשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ שֶׁאֵינָן בְּנֵי קַבּוּלֵי טֻומְאָה דְּלָא שַׁיְיכָא בָּהֶם טֻומְאָה בְּחִבּוּרִים וְדַוְקָא בְּעֹובִי הַמַּרְדֵּעַ שֶׁיֵּשׁ בְּהֶיקֵּפוֹ טֶפַח אֲבָל בְּפָחוֹת מִכֵּן לֵיכָּא לְמִטְעֵי כְּלָל שֶׁהִיא מִשּׁוּם אֹהֶל וְאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא יָדְעוּ טֻומְאָה בְּחִבּוּרִים לֹא יִטְעוּ אֶלָּא יִשְׁאֲלוּ הַטַּעַם:
(Sur l'homme qui les porte, à partir de l'épaisseur de l'aiguillon :) au titre de la tente, pour le rendre impur sept jours, même là où l'impureté par connexion ne s'applique pas, par exemple quand un foulard (soudar) s'interpose entre l'aiguillon et sa chair. Le foulard est impur sept jours au titre de la connexion, c'est-à-dire la connexion de l'homme au mort, tandis que l'homme n'est impur, même rabbiniquement, que jusqu'au soir, impureté qui vient de la Torah, comme cela ressort du chapitre Chlocha minim (Nazir 42b). Ils ont décrété que l'homme soit impur sept jours au titre de la tente, pour que ne se trompent pas ceux qui ne connaissent pas la règle de l'impureté par connexion : ceux-ci diraient qu'il n'est impur que jusqu'au soir au titre de la tente, puisque la circonférence est d'un tefah, et en viendraient à dire qu'une tente n'entraîne qu'une impureté jusqu'au soir. C'est pourquoi ils ont décrété qu'il soit impur sept jours comme un homme rendu impur par une tente, sans faire de distinction, même s'il y a entre lui et l'aiguillon trois ou quatre foulards, même s'il est le quatrième homme, le cinquième ou plus, et même si les objets mobiles sont des ustensiles de bois plats (pechoutei kelei ets), qui ne reçoivent pas l'impureté et auxquels l'impureté par connexion ne s'applique pas. Et cela seulement à partir de l'épaisseur de l'aiguillon, dont la circonférence est d'un tefah ; en deçà, on ne risque pas du tout de se tromper en pensant que c'est au titre de la tente : même ceux qui ne connaissent pas l'impureté par connexion ne se tromperont pas, ils demanderont la raison.
וְעַל שְׁאָר אָדָם וְכֵלִים בְּפוֹתֵחַ טֶפַח כֵּיוָן דְּלֵיכָּא בָּהֶן שׁוּם טֻומְאָה בְּחִבּוּרִין בָּעֵי אֹהֶל חָשׁוּב כְּבִשְׁאָר דְּבָרִים וא"ת לָמָּה טִמְּאוּהוּ ז' מִשּׁוּם חִבּוּרִים לֵר' טֵרָפוֹן וְהָא מַרְדֵּעַ פְּשׁוּטֵי כְלֵי עֵץ הוּא וְלֹא מְקַבֵּל טֻומְאָה דְּהָא ע"כ אַייְרֵי שֶׁאֵין הַדָּרְבָן בְּתוֹךְ הַמַּרְדֵּעַ שֶׁאִם יֵשׁ דְּרַבָּן בְּתוֹכוֹ הָיָה מְטַמֵּא אֲפִילּוּ בְּכָל שֶׁהוּא כָּל מַה שֶׁתַּחְתָּיו דְּחֶרֶב הֲרֵי הוּא כְּחָלָל אַפֵּי' ע"י אֹהֶל כִּדְמוֹכַח בְּרֵישׁ אֹהָלוֹת וְכָל הַפָּסוּק דִּבְחָלָל חֶרֶב דָּרְשִׁינַן לֵיהּ בְּטֻומְאַת אֹהֶל בְּנָזִיר פ' כ"ג (דַּף נג:) ואור"ת דַּחֲשִׁיב בֵּית קִבּוּל מָקוֹם שֶׁנּוֹתְנִין דְּרַבָּן בְּמַרְדַּעַת וְלָא הָוֵי בֵּית קִיבּוּל הֶעָשׂוּי לְמַלּאוֹת שֶׁאֵין קוֹבְעִין אוֹתוֹ שָׁם אֶלָּא פְּעָמִים מַנִּיחִין וּפְעָמִים מְסִירִין וְכֵן מוּכָח בְּמַסֶּכֶת כֵּלִים דַּחֲשִׁיב בֵּית קִבּוּל דִּתְנַן הַמַּרְדֵּעַ יֶשׁ לוֹ אֲחוֹרַיִם וָתוֹךְ וְהָא דִּתְנַן בפ"ט דְּכֵלִים (מִשְׁנָה ו) כּוּשׁ שֶׁבָּלַע צִינּוֹרָא וּמְלַמֵּד שֶׁבָּלַע דְּרַבָּן כו' הָיוּ טְהוֹרִים וְנִכְנְסוּ לָאֹהֶל נִטְמָא פִּי' הַדָּרְבָן לְבַדּוֹ נָגַע בָּהֶן כִּכָּר שֶׁל תְּרוּמָה טָהוֹר מַשְׁמַע דִּמְלַמֵּד חָשׁוּב פְּשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ לְכָךְ טָהוֹר כִּכָּר שֶׁל תְּרוּמָה שֶׁנָּגַע בַּמַּלְמָד שֶׁהַמַּלְמָד לֹא קִיבֵּל טֻומְאָה מִן הַדָּרְבָן וּמְלַמֵּד וּמַרְדֵּעַ מִסְּתָמָא הַכֹּל אֶחָד ואור"י דְּאִיכָּא לְאוֹקְמֵי בכה"ג שא"א לְהוֹצִיא הַדָּרְבָן אא"כ יְשַׁבֵּר בֵּית קִבּוּלוֹ וּלְכָךְ לָא חֲשִׁיב תּוּ בֵּית קִבּוּל:
Et sur les autres hommes et ustensiles, à partir d'une ouverture d'un tefah : puisqu'il n'y a pour eux aucune impureté par connexion, il faut une tente d'importance, comme pour les autres choses. Et si tu demandes : pourquoi, selon Rabbi Tarfon, l'a-t-on déclaré impur sept jours au titre de la connexion ? L'aiguillon est un ustensile de bois plat et ne reçoit pas l'impureté ! En effet, on est forcé de dire qu'il s'agit du cas où la pointe de fer (dorban) n'est pas dans l'aiguillon, car si le dorban y était, il rendrait impur tout ce qui est dessous, même de taille minime, car l'épée est comme le cadavre, même par le moyen d'une tente, comme cela ressort du début d'Ohalot ; et tout le verset « par le cadavre de l'épée » est interprété à propos de l'impureté de la tente, en Nazir, chapitre Kohen gadol (53b). Rabbenou Tam dit : l'endroit où l'on place le dorban dans l'aiguillon est considéré comme un réceptacle (beit kibboul), et ce n'est pas un réceptacle destiné à être comblé, car on ne l'y fixe pas : parfois on l'y met, parfois on l'enlève. Cela ressort aussi du traité Kelim, qui le considère comme réceptacle, puisqu'il y est enseigné : l'aiguillon a un dos et un intérieur. Quant à ce qui est enseigné au chapitre 9 de Kelim (michna 6) : une quenouille qui a avalé une aiguille, un aiguillon (malmad) qui a avalé un dorban, etc., étaient purs et sont entrés dans une tente (de mort) : est devenu impur (explication : le dorban seul) ; si une miche de terouma les touche, elle est pure. Il en ressort que le malmad est considéré comme un ustensile de bois plat ; c'est pourquoi la miche de terouma qui a touché le malmad est pure, car le malmad n'a pas reçu l'impureté du dorban ; or malmad et mardea sont vraisemblablement la même chose. Le Ri dit qu'on peut l'expliquer dans le cas où l'on ne peut retirer le dorban qu'en brisant son réceptacle ; c'est pourquoi celui-ci n'est plus considéré comme un réceptacle.
💡 Explication

Rabbi Akiva conserve la formule des Sages (épaisseur de l'aiguillon) mais en limite la portée. Il distingue trois cas :

1) Le porteur de l'objet : impur sept jours à partir de l'épaisseur de l'aiguillon. C'est un décret rabbinique : selon la Torah il n'est impur que jusqu'au soir (Rachi). 2) L'objet lui-même : impur quelle que soit sa taille, comme tout ustensile qui couvre un mort. 3) Les autres hommes et ustensiles situés dessous : impurs seulement si l'objet forme une vraie tente, avec un espace d'un tefah sur un tefah (poté'ah tefah).

Raison du décret sur le porteur : celui qui voit le porteur déclaré impur jusqu'au soir croirait qu'il s'agit d'une impureté de tente, et en conclurait qu'une tente n'impose qu'une impureté d'un jour. Les Sages ont donc aligné son statut sur celui de la tente.

3
וְאָמַר רַבִּי יַנַּאי: וּמַרְדֵּעַ שֶׁאָמְרוּ, אֵין בְּעָבְיוֹ טֶפַח וְיֵשׁ בְּהֶיקֵּפוֹ טֶפַח — וְגָזְרוּ עַל הֶיקֵּפוֹ מִשּׁוּם עָבְיוֹ.

Et Rabbi Yannai dit : l'aiguillon dont ils ont parlé est celui dont l'épaisseur n'atteint pas un tefah mais dont la circonférence atteint un tefah ; ils ont décrété sur sa circonférence à cause de son épaisseur.

📜 Rachi (3)
וא"ר יַנַּאי גָּרְסִינַן:
On lit (la version) : « Et Rabbi Yannai dit ».
מַרְדֵּעַ שֶׁאָמְרוּ דְּמֵבִיא אֶת הַטֻּומְאָה עַל נוֹשְׂאוֹ לְטַמְּאוֹ שִׁבְעָה מִדִּבְרֵיהֶם:
L'aiguillon dont ils ont parlé : qui amène l'impureté sur celui qui le porte, pour le rendre impur sept jours de par leurs paroles.
אֵין בְּעָבְיוֹ טֶפַח דְּאִם כֵּן הָוֵי אֹהֶל דְּאוֹרָיְיתָא:
Dont l'épaisseur n'atteint pas un tefah : car sinon ce serait une tente de la Torah.
💡 Explication

Un objet d'une épaisseur (largeur) d'un tefah constitue une tente selon la Torah. L'aiguillon n'a qu'une circonférence d'un tefah, soit un diamètre d'environ un tiers de tefah. Les Sages ont décrété sur la circonférence à cause de l'épaisseur (gazrou al hekefo michoum oveyo), de peur qu'on ne confonde les deux mesures. Ce décret fait partie des dix-huit.

🖼️ Schéma
Épaisseur ou circonférence d'un tefah ? Aiguillon (mardea) circonférence = 1 tefah diamètre = environ 1/3 tefah 1 tefah Épaisseur = 1 tefah tente (ohel) de la Torah décret : de peur qu'on confonde
La circonférence d'un tefah (aiguillon) a été assimilée par décret à l'épaisseur d'un tefah (tente de la Torah).
4
וּלְרַבִּי טַרְפוֹן דְּאָמַר אֲקַפֵּחַ אֶת בָּנַי שֶׁהֲלָכָה זוֹ מְקֻופַּחַת — בְּצַרוּ לְהוּ! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אַף בְּנוֹת כּוּתִים נִדּוֹת מֵעֲרִיסָתָן, בּוֹ בַּיּוֹם גָּזְרוּ. וּבְאִידַּךְ סְבִירָא לֵיהּ כְּרַבִּי מֵאִיר.

Et selon Rabbi Tarfon, qui a dit : « Que j'enterre mes fils : cette halakha est tronquée », il leur en manque (pour arriver à dix-huit) ! Rav Nahman bar Yitshak dit : (le décret selon lequel) les filles des Koutim (Samaritains) sont niddot dès leur berceau, ils l'ont également décrété ce jour-là.

Et pour l'autre (décret), il est de l'avis de Rabbi Meir.

📜 Rachi (3)
וְלֵר' טַרְפוֹן דְּאָמַר לֹא גָּזְרוּ שׁוּם גְּזֵירָה אֶלָּא בְּדִין תּוֹרָה דְּלָא טִמְּאוּהוּ אֶלָּא טֻומְאַת עֶרֶב מִשּׁוּם מַגָּע בָּצְרִי לְהוּ י"ח: בְּנוֹת כּוּתִים כו':
Et selon Rabbi Tarfon : qui a dit qu'ils n'ont pris ici aucun décret, mais (ont appliqué) la loi de la Torah, puisqu'ils ne l'ont déclaré impur que jusqu'au soir au titre du contact, il leur en manque pour arriver à dix-huit. Les filles des Koutim, etc.
וּבְאִידָךְ דְּמַנִּיחַ כֵּלִים:
Et pour l'autre : (le décret de) celui qui dépose des ustensiles (sous la gouttière).
סָבַר לָהּ ר' טִרְפוֹן כְּר' מֵאִיר דְּחָשֵׁיב לֵיהּ בי"ח דָּבָר וְאַפֵּיק הָא וְעָייֵל הַךְ דִּבְנוֹת כּוּתִים:
Il est de l'avis : Rabbi Tarfon partage l'avis de Rabbi Meir, qui le compte parmi les dix-huit choses ; il retire celui-ci (l'aiguillon) et fait entrer celui des filles des Koutim.
💡 Explication

Pour Rabbi Tarfon, l'aiguillon ne fait l'objet d'aucun décret : le laboureur n'était impur que jusqu'au soir, selon la Torah. Il manque donc un décret pour atteindre le total de dix-huit. Rav Nahman bar Yitshak le complète par le décret sur les filles des Koutim, considérées comme niddot dès le berceau.

Quant au décret sur celui qui dépose des ustensiles sous la gouttière (vu en 16b), que certains ne comptent pas parmi les dix-huit, Rabbi Tarfon suit Rabbi Meir, qui l'y inclut. Ainsi son compte est complet.

5
וְאִידָךְ — הַבּוֹצֵר לַגַּת, שַׁמַּאי אוֹמֵר: הֻוכְשַׁר, הִלֵּל אוֹמֵר: לֹא הֻוכְשַׁר. אָמַר לוֹ הִלֵּל לְשַׁמַּאי: מִפְּנֵי מַה בּוֹצְרִין בְּטָהֳרָה וְאֵין מוֹסְקִין בְּטָהֳרָה?

Un autre (des décrets) : celui qui vendange pour le pressoir. Chammai dit : (le raisin) est rendu susceptible (houkhchar, à recevoir l'impureté) ; Hillel dit : il n'est pas rendu susceptible.

Hillel dit à Chammai : pourquoi vendange-t-on en pureté, et ne récolte-t-on pas les olives en pureté ?

📜 Rachi (1)
מִפְּנֵי מַה בּוֹצְרִין בְּטָהֳרָה מִפְּנֵי מָה אַתָּה מַצְרִיךְ לִבְצֹור בְּכֵלִים טְהוֹרִים דְּקָאָמְרַתְּ הֻוכְשַׁר וְאֵין אַתָּה מַצְרִיךְ לִמְסֹוק זֵיתִים בְּכֵלִים טְהוֹרִים:
Pourquoi vendange-t-on en pureté : pourquoi exiges-tu de vendanger avec des ustensiles purs, puisque tu dis qu'il est rendu susceptible, alors que tu n'exiges pas de récolter les olives avec des ustensiles purs ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר לֵיהּ הִלֵּל לְשַׁמַּאי: מִפְּנֵי מַה בּוֹצְרִין בְּטָהֳרָה, וְאֵין מוֹסְקִין בְּטָהֳרָה? אֲמַר לֵיהּ: אִם תַּקְנִיטֵנִי, גּוֹזְרַנִי טֻמְאָה אַף עַל הַמְּסִיקָה. קַשָּׁא מִמַּה נַפְשָׁךְ אִם רוֹאֶה לְפִי שׁוּרַת הַדִּין שֶׁצָּרִיךְ לִגְזֹור גַּם עַל מְסִיקָה לָמָּה לֹא גָּזַר, וְאִם לֹא נִרְאֶה לוֹ כֵּן לְפִי שׁוּרַת הַדִּין הֲיִתָּכֵן שֶׁיְּחַדֵּשׁ דִּין וּגְזֵרָה בִּשְׁבִיל שֶׁמַּקְנִיטוֹ, וְכִי חָס וְחָלִילָה דִבְרֵי תוֹרָה הֵם כְּמִילֵי דְּעָלְמָא שֶׁיִּתְחַדֵּשׁ בָּהֶם דָּבָר שֶׁאֵינוֹ רָאוּי מֵחֲמַת כַּעַס וְהַקְפָּדָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי לֹא הָיָה נִרְאֶה לוֹ לִגְזֹור עַל מַסִּיקָהּ מִשּׁוּם דַּעֲנָבִים לְחוּד וְזֵתִים לְחוּד וּלְכָךְ לֹא גָּזַר מֵעִיקָּרָא, אַךְ אִם הִלֵּל עוֹמֵד כְּנֶגְדּוֹ וּמַחְלִיט הַדָּבָר הַזֶּה לוֹמַר לָא שְׁנָא זֵתִים מֵעֲנָבִים וְאֵין לְחַלֵּק בֵּינֵיהֶם, אָז אַף עַל פִּי שֶׁשַּׁמַּאי לֹא נִרְאִין לוֹ דִּבְרֵי הִלֵּל אֵלּוּ וּלְדִידֵיהּ שַׁנְיָא הָא מֵהָא, מִכָּל מָקוֹם כֵּיוָן דְּהִלֵּל כָּךְ הוּא דַּעְתּוֹ וַדַּאי יִמְצָא עוֹד כַּמָּה וְכַמָּה שֶׁדַּעְתָּם כְּהִלֵּל, וּלְפִי זֶה עַתָּה צָרִיךְ לִגְזֹור עַל הַמְּסִיקָה גַּם כֵּן כְּדֵי שֶׁלֹּא יִטְעוּ לְהַתִּיר גַּם בַּעֲנָבִים שֶׁיֹּאמְרוּ אֵין לְחַלֵּק בֵּינֵיהֶם וְכִדְסָבַר הִלֵּל. וְלָכֵן אֲמַר לֵיהּ: אִם תַּקְנִיטֵנִי רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁתַּעֲמֹוד בְּדִבּוּרְךָ זֶה אָז צָרִיךְ אֲנִי לָחוּשׁ שֶׁלֹּא יִטְעוּ גַּם אֲחֵרִים בְּכָךְ וְלָכֵן צָרִיךְ אֲנִי לִגְזֹור עַל מְסִיקָה גַּם כֵּן! וּבָזֶה נִיחָא נָמֵי דְּהָא מָצִינוּ כְּשֶׁעָמְדוּ אַחֲרֵי זֶה לְמִנְיָן לֹא גָּזְרוּ אֶלָּא עַל בְּצִירָה.
« Hillel dit à Chammai : pourquoi vendange-t-on en pureté, et ne récolte-t-on pas les olives en pureté ? Il lui dit : si tu me provoques, je décréterai l'impureté aussi sur la récolte des olives. » Difficulté, dans les deux cas (mimma nafchakh) : s'il voit, selon la stricte règle, qu'il faut aussi décréter sur la récolte des olives, pourquoi ne l'a-t-il pas décrété ? Et s'il ne le juge pas ainsi selon la stricte règle, est-il concevable qu'il innove une loi et un décret parce qu'on le provoque ? Les paroles de la Torah seraient-elles, à D.ieu ne plaise, comme les affaires du monde, où l'on innove une chose qui n'est pas convenable sous l'effet de la colère et de l'irritation ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'assurément il ne lui paraissait pas juste de décréter sur la récolte des olives, car les raisins sont une chose et les olives une autre ; c'est pourquoi il n'a pas décrété au départ. Mais si Hillel se dresse contre lui et tranche en disant qu'il n'y a pas de différence entre olives et raisins et qu'on ne peut les distinguer, alors, bien que ces paroles de Hillel ne paraissent pas justes à Chammai, et que pour lui l'un diffère de l'autre, néanmoins, puisque telle est l'opinion de Hillel, il se trouvera certainement encore beaucoup d'autres dont l'opinion sera comme celle de Hillel. Dès lors, il faut maintenant décréter aussi sur la récolte des olives, afin qu'on ne se trompe pas en permettant aussi les raisins, en disant qu'il n'y a pas de différence entre eux, comme le pense Hillel. C'est pourquoi il lui dit : « si tu me provoques », c'est-à-dire : si tu maintiens cette parole, je dois alors craindre que d'autres aussi ne se trompent ainsi, et je dois donc décréter aussi sur la récolte des olives. Ainsi se comprend également que, lorsqu'ils se levèrent ensuite pour le vote, ils ne décrétèrent que sur la vendange.
💡 Explication

Un aliment ne devient apte à recevoir l'impureté (hekhcher) qu'après avoir été mouillé par un liquide, à condition que ce mouillage soit voulu par le propriétaire (ki youtan, Vayikra 11, 38). Les raisins vendangés pour le pressoir laissent s'écouler du jus pendant la récolte.

Chammai : ce jus rend les raisins susceptibles, il faut donc vendanger avec des ustensiles purs. Hillel : ce jus, qui se perd, n'est pas voulu et ne rend pas susceptible. Hillel objecte : les olives aussi laissent couler un liquide à la récolte, et pourtant on ne les récolte pas en pureté.

6
אָמַר לוֹ: אִם תַּקְנִיטֵנִי, גּוֹזְרַנִי טֻומְאָה אַף עַל הַמְּסִיקָה. נָעֲצוּ חֶרֶב בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, אָמְרוּ: הַנִּכְנָס — יִכָּנֵס, וְהַיּוֹצֵא — אַל יֵצֵא. וְאוֹתוֹ הַיּוֹם הָיָה הִלֵּל כָּפוּף וְיוֹשֵׁב לִפְנֵי שַׁמַּאי כְּאֶחָד מִן הַתַּלְמִידִים. וְהָיָה קָשֶׁה לְיִשְׂרָאֵל כַּיּוֹם שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ הָעֵגֶל. וּגְזוּר שַׁמַּאי וְהִלֵּל וְלָא קַבִּלוּ מִינַּייְהוּ, וַאֲתוֹ תַּלְמִידַיְיהוּ גְּזוּר וְקַבִּלוּ מִינַּייְהוּ.

(Chammai) lui dit : si tu me provoques, je décréterai l'impureté aussi sur la récolte des olives. Ils plantèrent une épée dans la maison d'étude et dirent : celui qui entre, qu'il entre ; celui qui sort, qu'il ne sorte pas.

Ce jour-là, Hillel était courbé et assis devant Chammai comme l'un des élèves. Et ce jour fut aussi pénible pour Israël que le jour où fut fait le veau (d'or).

Chammai et Hillel décrétèrent, et on ne l'accepta pas d'eux ; leurs élèves vinrent, décrétèrent, et on l'accepta d'eux.

📜 Rachi (4)
יִכָּנֵס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ:
Qu'il entre : dans la maison d'étude.
וְהַיּוֹצֵא אַל יֵצֵא לְפִי שֶׁהָיוּ רוֹצִין לַעֲמֹוד בְּמִנְיָן:
Celui qui sort, qu'il ne sorte pas : car ils voulaient procéder au vote.
קָשֶׁה לְפִי שֶׁהִלֵּל נָשִׂיא וְעַנְוְותָן:
Pénible : parce que Hillel était le Nassi (prince) et humble.
וּגְזוּר שַׁמַּאי וְהִלֵּל וְלָא קַבִּלוּ מִינַּייְהוּ וַאֲתוֹ תַּלְמִידַייְהוּ וּגְזוּר וְקִבְּלוּ מִינַּייְהוּ:
Chammai et Hillel décrétèrent : et on ne l'accepta pas d'eux ; leurs élèves vinrent, décrétèrent, et on l'accepta d'eux.
🗂️ Tossefot (1)
גּוֹזְרַנִי טֻומְאָה אַף עַל הַמְּסִיקָה פִּי' הר"ר פּוֹרָת דִּלְהָכִי לֹא גָּזְרוּ עַל הַמְּסִיקָה דִּגְזֵירָה שֶׁמָּא יִבְצְרֶנּוּ בְּקֻופּוֹת מְזֻופָּפוֹת לֹא שַׁייָּךְ בְּזֵיתִים דְּמוֹהַל הַיּוֹצֵא מֵהֶם לָא חֲשִׁיב מַשְׁקֶה וְהָא דִּתְנַן בְּמַס' מַכְשִׁירִין (פ"ו מ"ה) מוֹהֵל הַשֶּׁמֶן כְּשֶׁמֶן י"ל דְּהַיְינוּ בְּמֹוהַל הַיּוֹצֵא לְאַחַר אֲצִיצָהּ לְאַחַר שֶׁעָמְדוּ בְּכֹומֶר ב' יָמִים אוֹ ג' וְאָתְיָא כַּר' יַעֲקֹב דְּרֵישׁ חָבִית (לְקַמָּן שַׁבָּת קמד:) אֲבָל מֹוהַל הַיּוֹצֵא ע"י מְסִיקָה אַפֵּי' רַבִּי יַעֲקֹב מוֹדֶה דְּטָהוֹר וְכֵן גְּזֵירָה דְּנוֹשְׁכוֹת וּפְעָמִים שֶׁאָדָם יוֹצֵא לְכַרְמוֹ לֵידַע אִם הִגִּיעוּ עֲנָבָיו לִבְצֹור נָמֵי לֹא שַׁייָּךְ בָּהֶן וְהַשְׁתָּא אָתֵי שַׁפִּיר דְּתַנְיָא לְקַמָּן בְּרֵישׁ חָבִית (שַׁבָּת דַּף קמה. וְשָׁם) הַמְפַצֵּעַ בְּזֵיתִים לֵידַע אִם הִגִּיעוּ זֵיתָיו לִמְסֹוק אִם לָאו לֹא הֻוכְשַׁר:
Je décréterai l'impureté aussi sur la récolte des olives : le Rav Porat explique que si l'on n'a pas décrété sur la récolte des olives, c'est que le décret « de peur qu'il ne vendange dans des paniers enduits de poix » ne s'applique pas aux olives, car le liquide aqueux (mohal) qui en sort n'est pas considéré comme un liquide (machke). Et quant à ce qui est enseigné dans le traité Makhchirin (6, 5) : « le mohal de l'huile est comme l'huile », on peut répondre qu'il s'agit du mohal qui sort après l'entassement (atsitsa), après qu'elles sont restées dans la cuve (koumar) deux ou trois jours, et cela suit Rabbi Yaakov, au début du chapitre Havit (plus loin, Chabbat 144b) ; mais le mohal qui sort lors de la récolte, même Rabbi Yaakov reconnaît qu'il est pur. De même, le décret des (grappes) qui se mordent, et le cas où un homme sort parfois dans sa vigne pour savoir si ses raisins sont mûrs pour la vendange, ne s'appliquent pas non plus aux olives. Ainsi se comprend bien ce qui est enseigné plus loin, au début de Havit (Chabbat 145a) : celui qui écrase des olives pour savoir si ses olives sont mûres pour la récolte ou non, (elles) ne sont pas rendues susceptibles.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאוֹתוֹ הַיּוֹם הָיָה הִלֵּל כָּפוּף וְיוֹשֵׁב לִפְנֵי שַׁמַּאי כְּאֶחָד מִן הַתַּלְמִידִים, וְהָיָה קָשֶׁה לְיִשְׂרָאֵל, כַּיּוֹם שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ הָעֵגֶל. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי בָּעֵגֶל הִגְבִּירוּ מִדַּת הַגְּבוּרָה בַּעֲשׂוֹתָם תַּבְנִית שׁוֹר, וְיָדוּעַ מ"ש בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ הִלֵּל חֶסֶד וְשַׁמַּאי גְּבוּרָה. וְנִרְאֶה לִי מֵחֲמַת שֶׁהָיָה הִלֵּל כָּפוּף לָא אִסְתַּיְּיעָא מִלְּתָא שֶׁתִּהְיֶה גְּזֵרָתָם קַייֶּמֶת כִּדְמַסִּיק אִינְהוּ גְּזוּר וְלָא קִבּוּל מִנַּייְהוּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי מ"ש כַּיּוֹם שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ הָעֵגֶל דְּאִיתָא בְּלִיקּוּטֵי תּוֹרָה לְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁהִלֵּל הָיָה מִבְּחִינַת רָחֵל וְשַׁמַּאי הָיָה מִבְּחִינַת לֵאָה, גַּם יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (בע"ח ושה"פ) שֶׁבַּעֲוֹן הָעֵגֶל פְּגָמוֹ בִּבְחִינַת רָחֵל בְּסוֹד וְאֶמְחֶה אֶת שְׁמָם עַיֵּין שָׁם. וְלָכֵן אוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁהָיָה הִלֵּל שֶׁהוּא בְּחִינַת רָחֵל כָּפוּף הָיָה קָשֶׁה עֲלֵיהֶם כְּיוֹם הָעֵגֶל.
« Ce jour-là, Hillel était courbé et assis devant Chammai comme l'un des élèves, et ce fut aussi pénible pour Israël que le jour où fut fait le veau. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est que, lors du veau, ils renforcèrent l'attribut de la rigueur (guevoura) en faisant la forme d'un bœuf ; or on connaît ce qui est écrit dans le saint Zohar : Hillel est 'hessed (bonté) et Chammai guevoura (rigueur). Et il me semble que, parce que Hillel était courbé, l'affaire ne fut pas assistée (du Ciel) pour que leur décret se maintienne, comme la guemara le conclut : eux décrétèrent et on ne l'accepta pas d'eux. Il me semble encore, à propos de « comme le jour où fut fait le veau », qu'il est rapporté dans les Likoutei Torah de notre maître le Ari z.l. que Hillel était de l'aspect (behina) de Rachel et Chammai de l'aspect de Léa ; on connaît aussi ce qu'a écrit notre maître le Ari z.l. (Ets Haim et Chaar Hapesoukim) : par la faute du veau, ils portèrent atteinte à l'aspect de Rachel, selon le sod (secret) de « j'effacerai leur nom » ; voir là-bas. C'est pourquoi ce jour où Hillel, qui est l'aspect de Rachel, était courbé fut aussi pénible pour eux que le jour du veau.
💡 Explication

Chammai répond qu'il est prêt à étendre le décret aux olives. Pour trancher, on procède à un vote (minyan) : une épée est plantée à l'entrée pour que personne ne quitte la salle. Les élèves de Chammai étant majoritaires ce jour-là, Hillel, pourtant Nassi, siège comme un élève devant Chammai.

Le décret, pris d'abord par Chammai et Hillel eux-mêmes, ne fut pas accepté par le peuple ; il ne le fut que lorsque leurs élèves le reprirent ce jour-là. Tossefot (Rav Porat) expliquent pourquoi les olives n'ont finalement pas été incluses : le liquide qui en sort à la récolte (mohal) n'a pas statut de liquide (machke).

7
מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבִּי זְעֵירִי אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִבְצְרֶנּוּ בְּקֻופּוֹת טְמֵאוֹת.

Quelle est la raison ? Rabbi Zeiri dit au nom de Rabbi Hanina : c'est un décret, de peur qu'il ne vendange dans des paniers impurs.

📜 Rachi (2)
מ"ט הֻוכְשַׁר הָא לָא נִיחָא לֵיהּ בְּהַהִיא מַשְׁקֶה דְּנָפֵיק וְקָאֲזִיל לְאִיבּוּד:
Quelle est la raison (pour laquelle il est) rendu susceptible ? Il ne tient pas à ce liquide qui sort et se perd !
בְּקֻופּוֹת טְמֵאוֹת דְּאָתְיָא טֻומְאַת הַכְּלִי וּמַחְשָׁבָה לֵיהּ לְמַשְׁקֶה לְהַכְשִׁיר הוֹאִיל וְטֻומְאָתוֹ וְהֶכְשֵׁרוֹ כְּאַחַת:
Dans des paniers impurs : car l'impureté de l'ustensile vient donner au liquide une importance qui le rend apte à rendre susceptible, puisque son impureté et sa mise en susceptibilité surviennent ensemble.
💡 Explication

La guemara s'étonne : le jus qui coule des raisins se perd, le vendangeur n'en veut pas. Pourquoi rendrait-il les raisins susceptibles ? Première réponse : on craint qu'il ne vendange dans des paniers impurs. Un ustensile impur donnerait au liquide qui s'y trouve une importance (kli tame hochev machkin) et rendrait ainsi les raisins susceptibles et impurs du même coup.

8
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר כְּלִי טָמֵא חוֹשֵׁב מַשְׁקִין — שַׁפִּיר, אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר אֵין כְּלִי טָמֵא חוֹשֵׁב מַשְׁקִין — מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? אֶלָּא אָמַר זְעֵירִי אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִבְצְרֶנּוּ בְּקֻופּוֹת מְזֻופָּפוֹת.

Cela va bien selon celui qui dit qu'un ustensile impur donne de l'importance aux liquides ; mais selon celui qui dit qu'un ustensile impur ne donne pas d'importance aux liquides, que peut-on dire ? Plutôt, Zeiri dit au nom de Rabbi Hanina : c'est un décret, de peur qu'il ne vendange dans des paniers enduits de poix (mezoupafot).

📜 Rachi (3)
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר לָא יָדַעְנָא הֵיכָא:
Cela va bien selon celui qui dit : je ne sais pas où (se trouve cet avis).
חוֹשֵׁב מַשְׁקֶה לְהַכְשִׁיר אֹוכֶל שֶׁבְּתוֹכוֹ וְאַף עַל גַּב דְּלָא אַחֲשַׁבְיָה הוּא:
Donne de l'importance au liquide : pour rendre susceptible l'aliment qui s'y trouve, bien que lui-même n'y ait pas attaché d'importance.
מְזֻופָּפוֹת כֵּיוָן דְּלָא אָזֵיל לְאִיבּוּד. נִיחָא לֵיהּ לִיצִיאָתוֹ:
Enduits de poix : puisque (le liquide) ne se perd pas, sa sortie lui convient.
🗂️ Tossefot (1)
הָנִיחָא לְמ"ד כְּלִי טָמֵא חוֹשֵׁב מַשְׁקֶה [בַּתּוֹסֶפְתָּא] דְּמַכְשִׁירִין (פ"ד מ"ה) גַּבֵּי עֲרֵיבָה שֶׁיָּרַד דֶּלֶף לְתוֹכָהּ ב"ש אוֹמֵר הֲרֵי זֶה בְּכִי יֻותַּן כו' בד"א בִּטְהוֹרָה אֲבָל בִּטְמֵאָה הַכֹּל מוֹדִים הֲרֵי זֶה בְּכִי יֻותַּן דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר ר' יוֹסֵי אוֹמֵר אַחַת טְמֵאָה וְאַחַת טְהוֹרָה ב"ש אוֹמְרִים בְּכִי יֻותַּן וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים אֵינוֹ בְּכִי יֻותַּן:
Cela va bien selon celui qui dit qu'un ustensile impur donne de l'importance au liquide : [dans la Tossefta] de Makhchirin (4, 5), à propos d'un pétrin dans lequel est tombée l'eau d'une fuite (delef) : Beit Chammai disent qu'il est sous (la loi de) « ki youtan » (s'il est mis), etc. Quand cela ? Pour un (pétrin) pur ; mais pour un impur, tous reconnaissent qu'il est sous « ki youtan » ; paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : qu'il soit impur ou pur, Beit Chammai disent : sous « ki youtan », et Beit Hillel disent : pas sous « ki youtan ».
💡 Explication

La première explication dépend d'une discussion (Tossefta Makhchirin, rapportée par Tossefot) : selon Rabbi Meir, un ustensile impur confère au liquide le statut de liquide voulu ; selon Rabbi Yossi, non. D'où une seconde version : on craint qu'il ne vendange dans des paniers enduits de poix (mezoupafot), étanches. Le jus ne s'y perd pas, le vendangeur est content qu'il s'écoule, et ce liquide voulu rend les raisins susceptibles.

9
רָבָא אָמַר: גְּזֵירָה מִשּׁוּם הַנּוֹשְׁכוֹת. דְּאָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: פְּעָמִים שֶׁאָדָם הוֹלֵךְ לְכַרְמוֹ לֵידַע אִם הִגִּיעוּ עֲנָבִים לִבְצִירָה אוֹ לֹא, וְנוֹטֵל אֶשְׁכּוֹל עֲנָבִים לְסָוחֳטוֹ, וּמְזַלֵּף עַל גַּבֵּי עֲנָבִים — וּבִשְׁעַת בְּצִירָה עֲדַיִין מַשְׁקֶה טוֹפֵחַ עֲלֵיהֶם.

Rava dit : c'est un décret à cause des (grappes) qui se mordent (nochkhot). Car Rav Nahman dit au nom de Rabba bar Avouh : parfois un homme va dans sa vigne pour savoir si les raisins sont mûrs pour la vendange ou non ; il prend une grappe pour la presser et en asperge les raisins ; et au moment de la vendange, le liquide est encore humide (tofeah) sur eux.

📜 Rachi (1)
הַנּוֹשְׁכוֹת אֶשְׁכּוֹלוֹת הַנּוֹשְׁכוֹת זוֹ אֶת זוֹ וּכְשֶׁבָּא לְהַפְרִידָן נִסְחָט הַמַּשְׁקֶה עֲלֵיהֶן וְכֵיוָן דַּעֲבַד בְּיָדַיִם וְלֹא אֶפְשָׁר בְּלֹא סְחִיטָה מַכְשַׁר:
Qui se mordent : des grappes qui s'accrochent l'une à l'autre ; quand il vient à les séparer, le jus est exprimé sur elles ; et puisqu'il l'a fait de ses mains et que c'est impossible sans exprimer (de jus), cela rend susceptible.
💡 Explication

Rava propose une autre raison. Des grappes serrées l'une contre l'autre (nochkhot) laissent couler du jus quand on les sépare ; ce jus a été exprimé de la main du vendangeur, qui ne pouvait l'éviter, et il rend donc les raisins susceptibles. Rav Nahman ajoute le cas du propriétaire qui presse une grappe pour tester la maturité et en asperge les autres raisins : le jus, versé volontairement, peut encore être humide (tofeah) au moment de la vendange.

10
וְאִידָךְ, אָמַר

Et l'autre (décret) ? (Un tel) dit :

💡 Explication

La guemara passe au décret suivant de la liste ; la suite se trouve en 17b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).