Shabbat 18a — Le pétrissage de l'encre et le repos des ustensiles (chevitat kelim)

Shabbat 18a

Sougya : Le folio termine la michna (Rabban Chimon ben Gamliel et le linge blanc donné au blanchisseur non-juif trois jours avant Chabbat ; accord sur le pressoir à huile et à vin) puis ouvre la guemara. Rav Yossef attribue à Rabbi l'idée que verser de l'eau sur l'encre équivaut à la pétrir ; Abaye objecte à partir de Rabbi Yossi, et la guemara discute cendre (efer) et terre (afar).

Une baraita permet de lancer la veille de Chabbat des processus qui se poursuivent seuls, sauf le moulin à eau. Rabba explique l'interdit par le bruit, Rav Yossef par le repos des ustensiles (chevitat kelim) ; la guemara distingue l'ustensile qui accomplit une action de celui qui n'en accomplit pas, puis cite Rav Ochaya : le repos des ustensiles de la Torah est l'avis de Beit Chammai seulement.

Pourquoi ne pas laisser moudre le moulin à eau pendant Chabbat ? Question Rabba Rav Yossef Raison Le moulin fait du bruit : atteinte à l'honneur de Chabbat Chevitat kelim : l'ustensile d'un Juif doit se reposer Source Raison nouvelle, sans verset (rabbinique) Baraita : "Et dans tout ce que Je vous ai dit..." (Chemot 23,13) Selon qui ? La baraita suit Beit Hillel (qui n'ont pas chevitat kelim) D'abord : Beit Hillel aussi Après Rav Ochaya : Beit Chammai (chevitat kelim de la Torah = Beit Chammai) Halakha (Tossefot, Roch) Rabbenou Hananel, Roch : halakha selon Rabba moulin interdit (bruit) Rabbenou Tam : halakha selon Rav Yossef Beit Hillel : moulin permis
Le moulin à eau : la raison du bruit (Rabba) face au repos des ustensiles (Rav Yossef), et la halakha chez les décisionnaires.
Chevitat kelim : l'ustensile "fait-il une action" ? Cas L'ustensile agit ? B. Hillel selon Rav Yossef (1er temps) Beit Chammai (Rav Ochaya) Beit Hillel (Rav Ochaya) Soufre / encens sous les vêtements non (posé au sol) permis interdit permis Bottes de lin dans le four non (le four repose) permis interdit permis Hameçon, nasse (lahi, kokri) non (immobiles) permis interdit permis Piège qui se referme oui interdit interdit permis Moulin à eau oui (il tourne) interdit interdit permis * * au titre de chevitat kelim ; selon Rabba, le moulin reste interdit à cause du bruit.
Le critère de l'ustensile qui accomplit une action, avant et après l'enseignement de Rav Ochaya.
1
הַשֶּׁמֶשׁ. אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: נוֹהֲגִין הָיוּ בֵּית אַבָּא שֶׁהָיוּ נוֹתְנִין כְּלֵי לָבָן לְכוֹבֵס גּוֹי שְׁלֹשָׁה יָמִים קֹודֶם לַשַּׁבָּת. וְשָׁוִין אֵלּוּ וְאֵלּוּ, שֶׁטּוֹעֲנִין קוֹרַת בֵּית הַבַּד וְעִגּוּלֵי הַגַּת.

(... tant qu'il y a) le soleil. Rabban Chimon ben Gamliel dit : la maison de mon père avait coutume de donner les vêtements blancs à un blanchisseur non-juif trois jours avant Chabbat.

Et les uns et les autres (Beit Chammai et Beit Hillel) reconnaissent qu'on charge la poutre du pressoir à huile et les cercles du pressoir à vin.

📜 Rachi (3)
עִם הַשֶּׁמֶשׁ בְּעוֹד הַחַמָּה זוֹרַחַת:
Avec le soleil : tant que le soleil brille encore.
כְּלֵי לָבָן שֶׁהוּא קָשֶׁה לְכַבֵּס וְצָרִיךְ ג' יָמִים וּמַחְמִירִין עַל עַצְמָן כב"ש:
Vêtements blancs : ils sont difficiles à laver et demandent trois jours ; et ils étaient stricts envers eux-mêmes, selon Beit Chammai.
שֶׁטּוֹעֲנִין אֶת הַזֵּיתִים בְּקוֹרוֹת בֵּית הַבַּד וְאֶת הָעֲנָבִים בְּעִיגּוּלֵי הַגַּת שֶׁלֹּא הָיוּ עוֹצְרִין אוֹתָן בַּגַּלְגַּל כְּמוֹ שֶׁלָּנוּ אֶלָּא טוֹעֲנִין אוֹתָן בְּקוֹרוֹת כְּבֵדִין וְהָנֵי דְּגַת קָרֵי עִיגּוּלִין שֶׁהָיוּ דַּפִּין עָבִין עִשּׂוּיַן כְּעִיגּוּלִין וְשָׁוִין שֶׁטּוֹעֲנִין אוֹתָן מִבְּעוֹד יוֹם וְהַמַּשְׁקֶה הוֹלֵךְ וְזָב כָּל הַשַּׁבָּת וּבַגְּמָרָא (דַּף יט.) פָּרִיךְ מַאי שְׁנָא דְּלָא פְּלִיגִי ב"ש בְּהָא וּמְפָרֵשׁ מִשּׁוּם דְּאִי נָמֵי עֲבִיד לְהוּ בְּשַׁבָּת לֵיכָּא חִיּוּב חַטָּאת דְּכִי אָמְרִי' סְחִיטַת זֵיתִים וַעֲנָבִים אַב מְלָאכָה בְּפֶ' חָבִית שֶׁנִּשְׁבְּרָה (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קמג:) הָנֵי מִילֵּי בְּזֵיתִים וַעֲנָבִים שֶׁלֹּא רִיסְּקָן מִבְּעוֹד יוֹם דַּהֲוָה לֵיהּ מְפָרֵק דָּבָר מִמַּשָּׂאוֹ הַגָּדֵל בְּתוֹכוֹ וְהִיא תּוֹלָדָה דְּדָשׁ אֲבָל הָכָא אֵין נוֹתְנִין קוֹרָה עַל גַּבֵּי זֵיתִים עַד שֶׁטּוֹחֲנִין תְּחִלָּה בָּרֵיחַיִם וְכֵן עֲנָבִים דּוֹרְכִין אוֹתָן תְּחִלָּה בָּרֶגֶל וּבְלָאו קוֹרָה נָמֵי מַשְׁקֶה נָפֵיק מִמֵּילָא אֶלָּא דְּלָא נָפֵיק שַׁפִּיר כִּי הַשְׁתָּא וְלָא דָּמֵי לְדָשׁ:
Qu'on charge : les olives avec les poutres du pressoir à huile, et les raisins avec les cercles du pressoir à vin. On ne les pressait pas avec une roue comme les nôtres, on les chargeait de lourdes poutres ; et celles du pressoir à vin sont appelées « cercles », car c'étaient des planches épaisses faites en forme de cercles. Et ils reconnaissent qu'on les charge pendant qu'il fait encore jour, et le liquide continue de couler tout le Chabbat. Dans la guemara (19a), on demande : en quoi ce cas diffère-t-il, que Beit Chammai n'y soient pas en désaccord ? Et on explique : parce que même s'il le faisait le Chabbat, il n'y aurait pas d'obligation de sacrifice expiatoire (hatat). Car lorsque nous disons, au chapitre « Havit chenichbera » (plus loin 143b), que presser olives et raisins est un travail principal, cela ne vaut que pour des olives et des raisins qu'on n'a pas broyés la veille ; il extrait alors une chose de l'enveloppe où elle a poussé, dérivé (tolada) du battage (dach). Mais ici, on ne met pas la poutre sur les olives avant de les avoir d'abord moulues à la meule ; de même les raisins, on les foule d'abord au pied ; et le liquide sortirait de lui-même sans la poutre, sauf qu'il ne sortirait pas aussi bien que maintenant. Cela ne ressemble donc pas au battage.
💡 Explication

Fin de la michna. Rabban Chimon ben Gamliel rapporte que la maison du Nassi, bien qu'issue de Beit Hillel, se montrait stricte comme Beit Chammai : le linge blanc, long à laver, était confié au blanchisseur non-juif trois jours avant Chabbat.

Les deux écoles s'accordent pour le pressoir : on peut poser la poutre sur les olives (ou les planches sur les raisins) la veille, et le liquide coule pendant Chabbat. Rachi explique que les fruits sont déjà broyés : la poutre améliore seulement l'écoulement, ce qui ne constitue pas le travail de dach (battage).

2
גְּמָ׳ מַאן תְּנָא נְתִינַת מַיִם לִדְיוֹ זוֹ הִיא שְׁרִייָּתָן? אָמַר רַב יוֹסֵף: רַבִּי הִיא. דְּתַנְיָא: אֶחָד נוֹתֵן אֶת הַקֶּמַח וְאֶחָד נוֹתֵן אֶת הַמַּיִם — הָאַחֲרוֹן חַיָּיב, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבִּי יוֹסִי אוֹמֵר: אֵינוֹ חַיָּיב עַד שֶׁיְּגַבֵּל.

Guemara. Qui est le Tanna (qui enseigne que) mettre de l'eau dans l'encre, c'est la faire tremper ?

Rav Yossef dit : c'est Rabbi. Car il est enseigné : l'un met la farine et l'autre met l'eau, le dernier est coupable ; paroles de Rabbi.

Rabbi Yossi dit : il n'est coupable que lorsqu'il pétrit.

📜 Rachi (3)
גְּמ' מַאי שְׁנָא בְּכוּלְּהוּ כו' ל"ג לָהּ הָכָא אֶלָּא לְקַמָּן בַּמִּשְׁנָה וְשָׁוִין שֶׁטּוֹעֲנִין:
Guemara. En quoi diffèrent tous les autres cas, etc. : nous ne lisons pas cela ici, mais plus loin, sur la michna « et ils reconnaissent qu'on charge ».
מַאן תְּנָא נְתִינַת מַיִם לִדְיוֹ ואע"פ שֶׁלֹּא גִּיבֵּל הַדְּיוֹ זוֹ הִיא שְׁרִיָּיתָן וְהָוֵי לִישָׁה דִּידֵיהּ בְּהָכִי וּמִיחַייַּב מִשּׁוּם לָשׁ דְּהָא מַתְנֵי' לֵיכָּא גְּבוּל וְאִפְּלִיגוּ בָּהּ מִבְּעוֹד יוֹם מִכְּלָל דִּבְשַׁבָּת חַיָּיב חַטָּאת הוּא:
Qui est le Tanna (qui dit que) mettre l'eau dans l'encre : bien qu'il n'ait pas pétri l'encre, c'est là le trempage, et c'est ainsi que se fait son pétrissage, et il est coupable au titre de pétrir (lach). Car dans notre michna il n'y a pas de pétrissage, et ils ont discuté (l'interdit) dès la veille ; on en déduit que le Chabbat, il est passible d'un sacrifice expiatoire.
הָאַחֲרוֹן חַיָּיב מִשּׁוּם לָשׁ שֶׁהוּא אַב מְלָאכָה:
Le dernier est coupable : au titre de pétrir, qui est un travail principal.
💡 Explication

La michna (17b) interdisait selon Beit Chammai de faire tremper l'encre la veille de Chabbat. Cela suppose que le simple ajout d'eau, sans malaxer, est déjà un acte de lach (pétrir), puni le Chabbat. Rav Yossef y voit l'avis de Rabbi : celui qui verse l'eau sur la farine est coupable, même sans pétrir. Rabbi Yossi exige un pétrissage effectif (guibboul).

🖼️ Schéma
Verser l'eau suffit-il pour être coupable de pétrissage (lach) ? Matière Pétrissable ? Rabbi R. Yossi / R. Yossi b. R. Yehouda Farine (kemah) oui coupable dès l'eau coupable s'il pétrit Cendre (efer) non coupable dès l'eau coupable s'il pétrit Terre (afar) oui (mortier) coupable dès l'eau coupable s'il pétrit Encre (dyo) non = notre michna ? Guemara : "efer" pourrait être une variante de "afar" (deux baraitot distinctes, transmises séparément).
Le débat sur le pétrissage : faut-il pétrir effectivement, ou verser l'eau suffit-il ?
3
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְדִילְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי אֶלָּא בְּקֶמַח, דְּבַר גִּיבּוּל הוּא. אֲבָל דְּיוֹ דְּלָאו בַּר גִּיבּוּל הוּא, אֵימָא לִיחַייֵּב! לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דְּתַנְיָא: אֶחָד נוֹתֵן אֶת הָאֵפֶר וְאֶחָד נוֹתֵן אֶת הַמַּיִם — הָאַחֲרוֹן חַיָּיב, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁיְּגַבֵּל.

Abaye lui dit : peut-être Rabbi Yossi ne l'a-t-il dit que pour la farine, qui se pétrit ; mais l'encre, qui ne se pétrit pas, dis qu'il est coupable (dès l'eau) ! Ne pense pas ainsi, car il est enseigné : l'un met la cendre et l'autre met l'eau, le dernier est coupable ; paroles de Rabbi.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit : (il n'est coupable que) lorsqu'il pétrit.

🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל דְּיוֹ דְּלָאו בַּר גִּיבּוּל הוּא וְהָא דְּאָמַר בְּבַמֶּה מַדְלִיקִין (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף כג. וְשָׁם) כָּל הַשְּׁמָנִים יָפִים לִדְיוֹ אִיבַּעְיָא לְהוּ לְגַבֵּל אוֹ לְעַשֵּׁן לָאו דַּוְקָא גִּיבּוּל אֶלָּא הַאי גִּיבּוּל הַיְינוּ עֵירוּב בְּעָלְמָא וְאִם תֹּאמַר וְהָא מֻורְסָן דְּאָמַר בְּפֶרֶק בָּתְרָא (דַּף קְנֵה: וְשָׁם) דְּלָאו בַּר גִּיבּוּל הוּא וְקָאָמַר הָתָם ר' יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אֵינוֹ חַייָּב עַד שֶׁיְּגַבֵּל וְי"ל דְּהָתָם לְגַבֵּי קֶמַח קָאָמַר דְּאֵינוֹ בַּר גִּיבּוּל אֲבָל בַּר גִּיבּוּל הוּא טְפֵי מִדְּיוֹ וּלְהָכֵי לָא מַיְיתֵי מִינֵּיהּ הָכָא אַדְּיוֹ וּמִכָּאן קָשֶׁה עַל הַמְפָרֵשׁ אַהָא דְּאָמַר בְּבֵיצָה בְּפֶרֶק הַמֵּבִיא (דַּף לב: וְשָׁם) קִיטְמָא שָׁרִי הַייְנוּ כְּשֶׁנּוֹתְנִין מַיִם לְתוֹכוֹ לִשְׁרוֹק הַתַּנּוּר סָבִיב הוֹאִיל וְלָאו בַּר גִּיבּוּל הוּא וְהָכָא מַשְׁמַע דְּאַדְּרַבָּה דְּמִידִי דְּלָאו בַּר גִּיבּוּל הוּא חַייָּב טְפֵי אֶלָּא יֵשׁ לְפָרֵשׁ קִיטְמָא שָׁרִי בְּלֹא מַיִם לִשְׁרוֹק הַתַּנּוּר סְבִיבָיו וקמ"ל דְּלָא גָזְרִינַן שֶׁמָּא יְגַבֵּל בי"ט:
Mais l'encre, qui ne se pétrit pas : et ce qui est dit au chapitre « Bamé madlikin » (plus loin 23a) : « toutes les huiles sont bonnes pour l'encre », et on s'est demandé : pour la pétrir ou pour la fumée (noir de fumée) ? Il ne s'agit pas au sens strict de pétrissage ; ce « pétrissage » est un simple mélange. Et si tu demandes : le son (moursan), dont il est dit au dernier chapitre (155b) qu'il ne se pétrit pas, et là il est dit que Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda n'est coupable que lorsqu'il pétrit ? On peut répondre : là, on dit qu'il ne se pétrit pas par rapport à la farine ; mais il se pétrit davantage que l'encre, c'est pourquoi on ne l'apporte pas ici pour l'encre. D'ici une difficulté contre le commentateur qui explique, sur ce qui est dit dans Beitsa au chapitre « Hamevi » (32b) « la cendre (kitma) est permise », qu'il s'agit du cas où l'on y met de l'eau pour enduire le four tout autour, puisqu'elle ne se pétrit pas ; or ici il ressort au contraire que pour une chose qui ne se pétrit pas, on est coupable davantage. Il faut plutôt expliquer : « la cendre est permise » sans eau, pour enduire le four tout autour, et on nous apprend qu'on ne décrète pas (l'interdit) de crainte qu'il ne pétrisse, le jour de fête.
💡 Explication

Abaye distingue : Rabbi Yossi exige le pétrissage pour la farine, matière qui se pétrit ; pour l'encre, qui ne se pétrit pas, l'ajout d'eau serait l'acte complet. La guemara répond par une autre baraita sur la cendre (efer), qui ne se pétrit pas : Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda y exige aussi le pétrissage.

Tossefot en tire que, pour une matière non pétrissable, l'ajout d'eau tend plutôt à rendre coupable, puisque c'est la sa seule forme de pétrissage.

4
וְדִילְמָא מַאי ״אֵפֶר״ — עָפָר דְּבַר גִּיבּוּל הוּא?! וְהָתַנְיָא ״אֵפֶר״, וְהָתַנְיָא ״עָפָר״! מִידֵּי גַּבֵּי הֲדָדֵי תַּנְיָא?

Et peut-être que signifie « cendre » (efer) ? De la terre (afar), qui se pétrit !

Or il est enseigné « cendre », et il est enseigné « terre » ! Les a-t-on enseignées l'une à côté de l'autre ?

📜 Rachi (4)
אֵפֶר לָאו בַּר גִּיבּוּל הוּא:
Cendre : elle ne se pétrit pas.
עָפָר בַּר גִּיבּוּל הוּא לְטִיט שֶׁל בִּנְיָן:
Terre : elle se pétrit, pour le mortier de construction.
וְהָא תַּנְיָא תַּרְתֵּי מַתְנִיתָא חֲדָא דְּאֵפֶר וַחֲדָא דְּעָפָר:
Or il est enseigné : deux baraitot, l'une sur la cendre et l'autre sur la terre.
מִידִי גַּבֵּי הֲדָדֵי תְּנִינְהוּ חֲדָא תַּנְיָא ר' חַייָּא וַחֲדָא תַּנְיָא רַבִּי אוֹשַׁעְיָא וַחֲדָא מִינַּייְהוּ תַּנְיָא לְעָפָר בִּלְשׁוֹן אֵפֶר:
Les a-t-on enseignées l'une à côté de l'autre ? L'une, Rabbi Hiya l'a enseignée, et l'autre, Rabbi Ochaya ; et l'un d'eux a enseigné « terre » avec le mot « cendre ».
💡 Explication

On peut soupçonner que efer (cendre) soit une variante de afar (terre), matière qui se pétrit. La guemara objecte qu'il existe deux baraitot, l'une avec « cendre », l'autre avec « terre ». La réponse : elles n'ont pas été enseignées ensemble. Selon Rachi, l'une vient de Rabbi Hiya et l'autre de Rabbi Ochaya ; l'un d'eux a pu dire « efer » en pensant à la terre. La preuve contre Abaye reste donc incertaine.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: פּוֹתְקִין מַיִם לַגִּינָּה עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁיכָה וּמִתְמַלֵּאת וְהוֹלֶכֶת כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ, וּמַנִּיחִין מֻוגְמָר תַּחַת הַכֵּלִים עֶרֶב שַׁבָּת וּמִתְגַּמְּרִין וְהוֹלְכִין כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ, וּמַנִּיחִין גָּפְרִית תַּחַת הַכֵּלִים עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁיכָה וּמִתְגַּפְּרִין וְהוֹלְכִין כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ, וּמַנִּיחִין קִילוֹר עַל גַּבֵּי הָעַיִן וְאִיסְפְּלָנִית עַל גַּבֵּי מַכָּה עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁיכָה וּמִתְרַפֵּאת וְהוֹלֶכֶת כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ. אֲבָל אֵין נוֹתְנִין חִטִּין לְתוֹךְ הָרֵיחַיִם שֶׁל מַיִם אֶלָּא בִּכְדֵי שֶׁיִּטָּחֲנוּ מִבְּעוֹד יוֹם.

Les Rabbanan ont enseigné : on ouvre (un canal) d'eau vers le jardin la veille de Chabbat à la tombée de la nuit, et il continue de se remplir toute la journée ; on pose l'encens (moughmar) sous les vêtements la veille de Chabbat, et ils continuent d'être parfumés toute la journée ; on pose le soufre (gofrit) sous les ustensiles la veille de Chabbat à la tombée de la nuit, et ils continuent d'être soufrés tout le Chabbat ; on pose un collyre (kilor) sur l'œil et un emplâtre (ispelanit) sur la plaie la veille de Chabbat à la tombée de la nuit, et (la blessure) continue de guérir toute la journée. Mais on ne met pas de blé dans le moulin à eau, sauf de manière qu'il soit moulu pendant qu'il fait encore jour.

📜 Rachi (7)
פּוֹתְקִין פּוֹתְחִין עוֹשִׂין נֶגֶר קָטָן מִשְּׂפַת הַמַּעְיָן לַגִּנָּה:
On ouvre (potkin) : on ouvre, on fait une petite rigole depuis le bord de la source vers le jardin.
מֻוגְמָר לְבוֹנָה וּמִינֵי בְּשָׂמִים נוֹתְנִין עַל הָאֵשׁ וּמְעַשְּׁנִין הַבְּגָדִים שֶׁיְּהֵא רֵיחָן נוֹדֵף:
Moughmar : de l'encens et des sortes d'aromates qu'on met sur le feu, et on enfume les vêtements pour que leur odeur se répande.
גָּפְרִית תַּחַת כְּלֵי כֶּסֶף שֶׁמְּצַייְּרִין בָּהֶם פְּרָחִים וְצוּרוֹת בְּחֶרֶט וּמְעַשְּׁנָן בְּגָפְרִית וְהֵן מַשְׁחִירוֹת וְנִיכָּרוֹת וְקוֹרִין נייל"ר:
Soufre : sous des ustensiles d'argent sur lesquels on dessine des fleurs et des figures au burin ; on les enfume au soufre, elles noircissent et deviennent visibles ; on appelle cela « nieller ».
קִילוֹר תַּחְבֹּושֶׁת שֶׁקּוֹרִין לוז"א:
Kilor : un bandage appelé (en vieux français) « loze ».
וְאִסְפְּלָנִית רְטִיָּיה:
Et ispelanit : un emplâtre.
בְּרֵחַייִם שֶׁל מַיִם וכ"ש בְּרֵחַייִם שֶׁל יָד וְשֶׁל חֲמוֹר דְּאָדָם מְצֻוֶּוה עַל שְׁבִיתַת בְּהֶמְתּוֹ:
Dans le moulin à eau : et à plus forte raison dans un moulin à main ou à âne, car l'homme est tenu au repos de sa bête.
שֶׁיִּטָּחֲנוּ מִבְּעוֹד יוֹם מִפְּנֵי שֶׁמַּשְׁמַעַת אֶת הַקּוֹל וְאָוְושָׁא מִילְּתָא בְּשַׁבָּת וְאִיכָּא זִילוּתָא:
Qu'il soit moulu de jour : parce qu'il fait entendre du bruit, la chose se remarque le Chabbat et il y a là une atteinte (à son honneur).
🗂️ Tossefot (1)
וּמִתְרַפֵּאת וְהוֹלֶכֶת כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ וְאִם תֹּאמַר הָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קח:) שׁוֹרִין קִילוֹרִין מע"ש וּמַנִּיחַ תַּחַת הָעַיִן בְּשַׁבָּת וא"כ בְּשַׁבָּת נָמֵי שָׁרִי לְהַנִּיחַ וְיֵשׁ לוֹמַר דִּלְקַמָּן מַיְירֵי בְּאָדָם בָּרִיא וְאֵינוֹ מַנִּיחַ בְּעַיִן לִרְפוּאָה אֶלָּא תַּחַת הָעַיִן לְתַעֲנוּג וְלֵיכָּא לְמִיחַשׁ לִשְׁחִיקַת סַמְמָנִים וְהָכָא מַנִּיחַ בְּעַיִן לִרְפוּאָה וְלָא שָׁרְיָא אֶלָּא מֵעֶרֶב שַׁבָּת:
Et elle continue de guérir tout le Chabbat : et si tu demandes : ce qui est dit au chapitre « Chemona cheratsim » (plus loin 108b) : on fait tremper les collyres la veille de Chabbat et on les pose sous l'œil le Chabbat ; il est donc permis de les poser même le Chabbat ? On peut répondre : là-bas il s'agit d'un homme en bonne santé, qui ne le pose pas dans l'œil pour se soigner mais sous l'œil pour son agrément, et il n'y a pas à craindre le broyage des ingrédients ; ici il le pose dans l'œil pour se soigner, et ce n'est permis que depuis la veille de Chabbat.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר פּוֹתְקִין מַיִם לַגִּנָּה עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁיכָה וּמִתְמַלֵּאת וְהוֹלֶכֶת כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ וּמַנִּיחַ אֶת הַמֻּוגְמָר תַּחַת הַכֵּלִים וּמִתְגַּמְּרִין וְהוֹלְכִין כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ וּמַנִּיחִין קִלּוֹר עַל גַּבֵּי הָעַיִן וְאִיסְפְּלָנִית עַל גַּבֵּי הַמַּכָּה וּמִתְרַפֵּאת וְהוֹלֶכֶת כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ. וּמַייְרֵי בְּקִילוֹר שֶׁהוּא עָב דֻּומְיָא דְּאִסְפְּלָנִית הִלְכָּךְ דַּוְקָא מֵעֶרֶב שַׁבָּת אֲבָל בְּשַׁבָּת אָסוּר לְהַנִּיחוֹ עַל הָעַיִן מִשּׁוּם גְּזֵירַת שְׁחִיקַת סַמְמָנִים אוֹ גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְמָרֵחַ. אֲבָל קֵלוֹר צָלוּל אַף בְּשַׁבָּת מֻותָּר לְהַנִּיחוֹ עַל גַּב הָעַיִן כִּדְאָמַר פֶּרֶק שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים דַּף קח: שׁוֹרִין קָלוֹרִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת וּמַנִּיחָן עַל גַּבֵּי הָעַיִן בְּשַׁבָּת דְּכֵיוָן דְּהוּא צָלוּל אֵינוֹ אֶלָּא כְּרוֹחֵץ עֵינָיו וְלֵיכָּא לְמִיגְזַר מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמְמָנִין. וְאֵין נוֹתְנִין חִטִּין לְתוֹךְ רֵיחַיִם שֶׁל מַיִם אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּטְחֲנוּ מִבְּעוֹד יוֹם. מַאי טַעְמָא אָמַר רַבָּה מִפְּנֵי שֶׁמַּשְׁמִיעוֹת אֶת הַקּוֹל אֲמַר לֵיהּ רַב יוֹסֵף וְלֵימָא מָר מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּתַנְיָא וּבְכֹל אֲשֶׁר אָמַרְתִּי אֲלֵיכֶם תִּשָּׁמֵרוּ לְרַבּוֹת שְׁבִיתַת כֵּלִים. אֶלָּא אָמַר רַב בְּיוֹסֵף מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים וְהַשְׁתָּא דַּאֲמַרְתְּ לב"ה אִית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים מֻוגְמָר מ"ט שָׁרוּ וְכוּ' וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא אָמַר רַב אַסִּי מַאן תְּנָא שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּאוֹרָיְיתָא ב"ש הוּא דְּאִי ב"ה אַף עַל גַּב דְּקָעָבֵיד מַעֲשֶׂה שָׁרוּ וְכוּ' פָּסַק ר"ח דְּהִלְכְתָא כְּרַבָּה דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁמַּשְׁמִיעוֹת אֶת הַקּוֹל וְכֵן מַשְׁמַע לִכְאוֹרָה דקי"ל רַבָּה וְרַב יוֹסֵף הֲלָכָה כְּרַבָּה. ור"ת אוֹמֵר הֲלָכָה כְּרַב יוֹסֵף מִשּׁוּם דְּקָאֵי רַב אוֹשַׁעְיָא כְּוָותֵיהּ מִדְּקָאָמַר הַשְׁתָּא דְּאָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא אָמַר רַב אַסִּי מַאן תְּנָא שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּאוֹרָיְיתָא ב"ש הִיא וְאִם אִית לֵיהּ לְרַב אוֹשַׁעְיָא טַעְמָא דְּהַשְׁמָעַת קוֹל לָמָּה הֻוצְרַךְ לְהַעֲמִיד הַבָּרַייְתָא כב"ש יַעֲמִידֶנָּה כב"ה וּמִשּׁוּם הַשְׁמָעַת קוֹל אֶלָּא וַדַּאי לֵית לִי' טַעְמָא דְּהַשְׁמָעַת קוֹל וּלְכָךְ הֻוצְרַךְ לְהַעֲמִידָהּ כב"ש וְאִם כֵּן מֻותָּר לָתֵת חִטִּין בְּרֵיחַיִם מִבְּעוֹד יוֹם וְיִטְחֲנוּ בְּשַׁבָּת כב"ה דְּלֵית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים וְאֵינָהּ רְאָיָה דְּהָא דְּקָאָמַר וְהַשְׁתָּא דַּאֲמַרְתְּ לב"ה אִית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים וְכוּ' וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא מַאן תְּנָא שְׁבִיתַת כֵּלִים כו' סֻוגְיָא דְּהַשַּׁ"ס קָאָמַר וְאֵינוֹ לֹא דִּבְרֵי רַב יוֹסֵף וְלֹא דִּבְרֵי רַב אוֹשַׁעְיָא אֶלָּא מֵעִיקָּרָא סָלֵיק אַדַּעְתַּייְהוּ שֶׁל בְּנֵי הַיְּשִׁיבָה הָא דִּמְפָרֵשׁ רַב יוֹסֵף טַעְמָא דְּבָרַיְיתָא מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים הַייְנוּ אַלִּיבָּא דב"ה עַד שֶׁשָּׁמְעוּ דִּבְרֵי רַב אוֹשַׁעְיָא רָאמַר דב"ה לֵית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים אָז אָמְרוּ דְּוַדַּאי אוֹקִימְתָּא דְּרַב יוֹסֵף כְּבֵית שַׁמַּאי וּלְעוֹלָם רַב אוֹשַׁעְיָא אֶפְשָׁר דְּמוּקֵי בָּרַייְתָא כב"ה וּמִשּׁוּם הַשְׁמָעַת קוֹל וְכִדְאוֹקְמָה רַבָּה וא"ת כֵּיוָן דְּאוֹקִימְתָּא דְּרַב יוֹסֵף כב"ש אַמַּאי אָמַר רַב יוֹסֵף לְרַבָּה וְלֵימָא מָר מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּוַדַּאי נִיחָא לְרַבָּה לְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם הַשְׁמָעַת קוֹל וְתַיְתֵי כב"ה וי"ל דְּאִית לֵיהּ לְרַב יוֹסֵף דְּנִיחָא טְפֵי לְאוֹקְמָה כב"ש וּמִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּאַשְׁכְּחַן בַּבָּרַיְיתָא מִלְּאוֹקְמָא כב"ה מִטַּעְמָא גְּרִיע דְּהַשְׁמָעַת הַקּוֹל וּמִלְּתָא חַדְתָּא דְּלָא אַשְׁכְּחַן בְּשׁוּם דֻּוכְתָּא וְגַם נִרְאֶה דְּרַבָּה לָא סְבִירָא לֵיהּ כִּבְנֵי הַיְשִׁיבָה דִּמְפָרְשִׁין טַעְמָא דְּמַתְנִיתִין דְּאָסְרִי ב"ש מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּא"כ אַמַּאי אָמַר רַב יוֹסֵף וְלֵימָא מָר מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים אַמַּתְנִיתִין כִּדְתַנְיָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר כִּדְמוֹדֵית לִי דב"ש אִית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים אֶלָּא וַדַּאי רַבָּה סָבַר דְּטַעֲמָא דְּמַתְנִיתִין לב"ש כְּדִמְפָרֵשׁ הַשַּׁ"ס לְקַמָּן (שַׁבָּת דַּף יט.) הָנֵי דְּאִי עָבֵיד לְהוּ בְּשַׁבָּת מִיחַייַּב חַטָּאת גְּזַרוּ ב"ש עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁיכָה וְאִי תִּיקְשֵׁי לָן מַאי צְרִיכְנָא מֵהַאי טַעְמָא דִּלְקַמָּן תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּאָסוּר דְּאוֹרָייְתָא לב"ש מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּחָזֵינָא בְּהַךְ בָּרַיְיתָא וי"ל דס"ל לְהַשַּׁ"ס דְּלָא אָסְרוּ ב"ש אֶלָּא מִילֵּי דַּעֲבִיד מַעֲשֶׂה כְּגוֹן רֵיחַיִם אֲבָל אוּנִין לְתוֹךְ תַּנּוּר וְצֶמֶר לְתוֹךְ יוֹרֶה דְּלָא עָבֵיד מַעֲשֶׂה לֹא אָסְרוּ ב"ש אֶלָּא מִשּׁוּם גְּזֵירָה וּמֵהַךְ סֻוגְיָא דִּלְקַמָּן נָמֵי רְאָיָה דַּהֲלָכָה כְּרַבָּה הִלְכָּךְ אָסוּר לָתֵת חִטִּין לְתוֹךְ רֵחַיִם אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּטְחֲנוּ מִבְּעוֹד יוֹם מִשּׁוּם הַשְׁמָעַת קוֹל וְלֵית לְהוּ לב"ה שְׁבִיתַת כֵּלִים וַאֲפִילּוּ בִּדְעָבִיד הַכְּלִי מַעֲשֶׂה וּמֻותָּר לָתֵת גֶּחָלִים בִּכְלִי בַּרְזֶל הֶעָשׂוּי לְכָךְ וְהוֹלְכִין וְדוֹלְקִים בְּשַׁבָּת. גִּיגִית נֵר וּקְדֵירָה וְשַׁפּוּד לב"ש אַפְּקוּרֵי מַפְקַר לְהוּ ואע"ג דְּהֶפְקֵר דַּוְקָא בִּפְנֵי ג' הַיְינוּ מִדְּרַבָּנָן כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּרְסֵם הַדָּבָר אֲבָל מִדְּאוֹרַיְיתָּא אֲפִילּוּ בֵּינוֹ לְבֵין עַצְמוֹ הֶפְקֵר וְיֵשׁ שֶׁמְּקִילִּין לְהַשְׂכִּיר וּלְהַשְׁאִיל בְּהֶמְתָן לְנָכְרִי וּמַפְקִירִין אוֹתָן וְלָאו שַׁפִּיר עָבְדִי דְּהָנֵי דַּוְקָא דְּלָא סַגִּי לֵיהּ בְּלָאו הָכִי וְעוֹד שֶׁאֵין הַהֶפְקֵר יָדוּעַ וּמְפֻורְסָם וּשְׂכִירַת הַבְּהֵמָה יָדוּעַ וּמִיהוּ גִּיגִית נֵר וּקְדֵירָה וְשַׁפּוּד אֵין צָרִיךְ לְהַפְקִיר דְּקַייְמָא לָן כב"ה דְּלֵית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים:
Guemara. Les Rabbanan ont enseigné : on ouvre (un canal) d'eau vers le jardin la veille de Chabbat à la tombée de la nuit, et il continue de se remplir tout le Chabbat ; on pose l'encens (moughmar) sous les vêtements, et ils continuent d'être parfumés tout le Chabbat ; on pose un collyre (kilor) sur l'œil et un emplâtre (ispelanit) sur la plaie, et (la blessure) continue de guérir tout le Chabbat. Il s'agit d'un collyre épais, semblable à l'emplâtre ; c'est pourquoi (il n'est permis) que depuis la veille de Chabbat ; le Chabbat il est interdit de le poser sur l'œil, à cause du décret sur le broyage des ingrédients (chehikat samemanim), ou du décret de crainte qu'il n'étale (mireah). Mais un collyre limpide, même le Chabbat il est permis de le poser sur l'œil, comme il est dit au chapitre « Chemona cheratsim » (108b) : on fait tremper les collyres la veille de Chabbat et on les pose sur l'œil le Chabbat ; puisqu'il est limpide, c'est comme s'il se lavait les yeux, et il n'y a pas lieu de décréter à cause du broyage des ingrédients. « Et on ne met pas de blé dans un moulin à eau, sauf de manière qu'il soit moulu de jour. » Quelle est la raison ? Rabba dit : parce qu'il fait entendre du bruit. Rav Yossef lui dit : que le maître dise plutôt : à cause du repos des ustensiles (chevitat kelim), comme il est enseigné : « Et dans tout ce que Je vous ai dit, vous prendrez garde », pour inclure le repos des ustensiles. Rav Yossef dit donc : à cause du repos des ustensiles. « Et maintenant que tu dis que Beit Hillel admettent le repos des ustensiles, l'encens, pourquoi l'ont-ils permis ? etc. » « Et maintenant que Rav Ochaya a dit au nom de Rav Assi : qui est le Tanna (selon qui) le repos des ustensiles est de la Torah ? C'est Beit Chammai ; car selon Beit Hillel, même si (l'ustensile) accomplit une action, c'est permis, etc. » Rabbenou Hananel a tranché que la halakha suit Rabba, qui dit : parce qu'il fait entendre du bruit ; et c'est ce qui ressort à première vue, puisque nous tenons (que dans un débat entre) Rabba et Rav Yossef, la halakha suit Rabba. Rabbenou Tam dit que la halakha suit Rav Yossef, parce que Rav Ochaya se range à son avis, puisqu'on dit : « et maintenant que Rav Ochaya a dit au nom de Rav Assi : qui est le Tanna (selon qui) le repos des ustensiles est de la Torah ? C'est Beit Chammai ». Or si Rav Ochaya admettait la raison du bruit, pourquoi aurait-il eu besoin d'établir la baraita selon Beit Chammai ? Qu'il l'établisse selon Beit Hillel, pour la raison du bruit ! Il est donc certain qu'il n'admet pas la raison du bruit, et c'est pourquoi il a dû l'établir selon Beit Chammai. Dès lors, il serait permis de mettre du blé dans le moulin pendant le jour, pour qu'il soit moulu le Chabbat, selon Beit Hillel qui n'admettent pas le repos des ustensiles. Mais cela ne constitue pas une preuve : ce qui est dit « et maintenant que tu dis que Beit Hillel admettent le repos des ustensiles etc. » et « et maintenant que Rav Ochaya a dit : qui est le Tanna du repos des ustensiles etc. », c'est le déroulement de la guemara (souguia dehachass) qui le dit, et ce ne sont ni les paroles de Rav Yossef ni celles de Rav Ochaya. Au départ, les membres de la yechiva pensaient que Rav Yossef expliquait la raison de la baraita par le repos des ustensiles selon Beit Hillel, jusqu'à ce qu'ils entendent les paroles de Rav Ochaya, qui dit que Beit Hillel n'admettent pas le repos des ustensiles ; alors ils ont dit que l'établissement (okimta) de Rav Yossef est certainement selon Beit Chammai. Mais en réalité, il est possible que Rav Ochaya établisse la baraita selon Beit Hillel, pour la raison du bruit, comme l'a établie Rabba. Et si tu demandes : puisque l'établissement de Rav Yossef est selon Beit Chammai, pourquoi Rav Yossef a-t-il dit à Rabba « que le maître dise plutôt : à cause du repos des ustensiles », alors qu'il convient certainement mieux à Rabba d'expliquer par le bruit, pour que (la baraita) suive Beit Hillel ? On peut répondre : Rav Yossef estime préférable de l'établir selon Beit Chammai, pour la raison du repos des ustensiles que nous trouvons dans une baraita, plutôt que de l'établir selon Beit Hillel pour une raison plus faible, celle du bruit, chose nouvelle que nous ne trouvons nulle part. Il semble aussi que Rabba ne partage pas l'avis des membres de la yechiva, qui expliquent la raison de notre michna, où Beit Chammai interdisent, par le repos des ustensiles ; car s'il en était ainsi, pourquoi Rav Yossef a-t-il dit « que le maître dise : à cause du repos des ustensiles », en s'appuyant sur la baraita (« comme il est enseigné ») ? Il aurait dû dire : « puisque tu m'accordes que Beit Chammai admettent le repos des ustensiles ». Il est donc certain que Rabba tient que la raison de notre michna selon Beit Chammai est celle qu'explique la guemara plus loin (19a) : « ces (travaux) pour lesquels, s'il les faisait le Chabbat, il serait passible d'un sacrifice expiatoire (hatat), Beit Chammai les ont interdits par décret la veille de Chabbat à la tombée de la nuit ». Et s'il t'est difficile : pourquoi avons-nous besoin de cette raison (exposée) plus loin ? Déduis-le de ce que c'est interdit par la Torah selon Beit Chammai, à cause du repos des ustensiles, que nous voyons dans cette baraita ! On peut répondre que la guemara tient que Beit Chammai n'ont interdit (à ce titre) que les cas où (l'ustensile) accomplit une action, comme le moulin ; mais les bottes de lin dans le four et la laine dans le chaudron, où il n'accomplit pas d'action, Beit Chammai ne les ont interdits que par décret. De ce passage plus loin aussi, on a une preuve que la halakha suit Rabba. C'est pourquoi il est interdit de mettre du blé dans un moulin, sauf de manière qu'il soit moulu de jour, à cause du bruit ; Beit Hillel n'admettent pas le repos des ustensiles, même lorsque l'ustensile accomplit une action ; et il est permis de mettre des braises dans un ustensile de fer fait pour cela, et elles continuent de brûler le Chabbat. Le baquet, la lampe, la marmite et la broche : selon Beit Chammai, on les déclare abandonnés (hefker) ; et bien que l'abandon ne vaille qu'en présence de trois (personnes), c'est une exigence rabbinique, afin que la chose soit publique ; selon la Torah, même seul avec soi-même, l'abandon est valable. Certains se montrent indulgents pour louer ou prêter leur bête à un non-Juif en la déclarant hefker ; ils n'agissent pas bien, car ces (cas) ne valent que là où l'on ne peut faire autrement ; de plus, cet abandon n'est ni connu ni public, alors que la location de la bête est connue. Toutefois, le baquet, la lampe, la marmite et la broche n'ont pas besoin d'être déclarés hefker, car nous tenons selon Beit Hillel, qui n'admettent pas le repos des ustensiles.
💡 Explication

Cette baraita suit Beit Hillel : on peut lancer avant Chabbat un processus qui se poursuit seul (irrigation, parfum, soufre, soin médical). Le moulin à eau fait exception : le blé doit être moulu avant la nuit.

Pour le collyre, Tossefot et le Roch distinguent : le soin médical le Chabbat est interdit par crainte du broyage des ingrédients (chehikat samemanim), décret rabbinique ; un collyre limpide ou un usage de simple agrément reste permis.

6
מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבָּה: מִפְּנֵי שֶׁמַּשְׁמַעַת קוֹל. אֲמַר לֵיהּ רַב יוֹסֵף: וְלֵימָא מָר מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים! דְּתַנְיָא: ״וּבְכֹל אֲשֶׁר אָמַרְתִּי אֲלֵיכֶם תִּשָּׁמֵרוּ״ — לְרַבּוֹת שְׁבִיתַת כֵּלִים. אֶלָּא אָמַר רַב יוֹסֵף: מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים.

Quelle est la raison ? Rabba dit : parce qu'il fait entendre du bruit.

Rav Yossef lui dit : que le maître dise plutôt : à cause du repos des ustensiles (chevitat kelim) ! Car il est enseigné : « Et dans tout ce que Je vous ai dit, vous prendrez garde » (Chemot 23,13), pour inclure le repos des ustensiles.

Rav Yossef dit donc : à cause du repos des ustensiles.

📜 Rachi (1)
לְרַבּוֹת שְׁבִיתַת כֵּלִים דִּכְתִיב לְעֵיל מִינָּהּ לְמַעַן יָנוּחַ שׁוֹרְךָ וַחֲמֹורֶךָ וְגוֹ':
Pour inclure le repos des ustensiles : car il est écrit juste avant : « afin que se reposent ton bœuf et ton âne », etc.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֵימָא מָר מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים וְאִם תֹּאמַר לְמַאי דְּמַסִּיק מַאן תְּנָא שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּאוֹרָייְתָא ב"ש מַאי פָּרִיךְ רַב יוֹסֵף וְלֵימָא מָר מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים וְכִי אֵינוֹ יוֹתֵר טוֹב כְּמוֹ שֶׁמְּפָרֵשׁ רַבָּה שֶׁמַּשְׁמַעַת הַקּוֹל וְאָתֵי כב"ה וי"ל דְּלָא סְבִירָא לֵיהּ לְרַב יוֹסֵף טַעְמָא דְּהַשְׁמָעַת הַקּוֹל כְּלָל וּמִסְתַּבְּרָא לֵיהּ טְפֵי לְאוֹקְמָה כב"ש מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים וְנִרְאֶה דְּרַבָּה סָבַר דְּטַעֲמָא דב"ש לָאו מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים הוּא אֶלָּא סָבַר דְּטַעֲמָא דב"ש דְּגָזְרִינַן דִּילְמָא אָתֵי לְמֶעְבַּד בְּשַׁבָּת דְּאִי לְרַבָּה נָמֵי טַעְמָא דְב"ש מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים לָמָּה הָיָה צָרִיךְ רַב יוֹסֵף לְהָבִיא הַבָּרַיְיתָא וְהָא מַתְנִי' הִיא דְּאָסְרִי בֵּית שַׁמַּאי מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים וְעוֹד דְּאָמַר לְקַמָּן (שַׁבָּת דַּף יט.) הָנֵי דְּאִי עָבֵיד לְהוּ בְּשַׁבָּת חַייָּב חַטָּאת גָּזְרוּ בֵּית שַׁמַּאי עִם חֲשֵׁכָה מַשְׁמַע דְּטַעֲמָא דְּבֵית שַׁמַּאי מִשּׁוּם גְּזֵירָה וְלֹא מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים וּלְרַב יוֹסֵף לֹא תִּקְשֶׁה אַמַּאי [לָא] אָסְרִי בֵּית שַׁמַּאי טְעִינַת קוֹרָה מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּהָתָם אָתֵי מִמֵּילָא טְפֵי מִכָּל הָנָךְ דְּמַתְנִיתִין וְאִם תֹּאמַר לְרַבָּה הַךְ בָּרַיְיתָא דִּשְׁבִיתַת כֵּלִים אַמַּאן תִּרְמְיֵיהּ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּרַבָּה סָבַר דְּבָרַייְתָא דִּשְׁבִיתַת כֵּלִים בֵּית שַׁמַּאי הִיא וְהֵיכָא דַּעֲבִיד מַעֲשֶׂה אֲבָל הֵיכָא דְלָא עָבֵיד מַעֲשֶׂה כִּי הָנָךְ דְּמַתְנִי' טַעְמַיְיהוּ מִשּׁוּם גְּזֵירָה וּמְצוּדוֹת דְּמַתְנִי' בְּלֶחִי וְקוּקָרֵי:
Que le maître dise plutôt : à cause du repos des ustensiles : et si tu demandes : selon la conclusion « qui est le Tanna du repos des ustensiles de la Torah ? Beit Chammai », quelle objection Rav Yossef soulève-t-il (en disant) « que le maître dise : à cause du repos des ustensiles » ? L'explication de Rabba, par le bruit, n'est-elle pas meilleure, puisqu'elle suit Beit Hillel ? On peut répondre que Rav Yossef n'admet pas du tout la raison du bruit, et qu'il lui paraît plus raisonnable de l'établir selon Beit Chammai, à cause du repos des ustensiles. Et il semble que Rabba tienne que la raison de Beit Chammai n'est pas le repos des ustensiles, mais un décret de crainte qu'on en vienne à le faire le Chabbat. Car si, pour Rabba aussi, la raison de Beit Chammai était le repos des ustensiles, pourquoi Rav Yossef aurait-il du apporter la baraita ? C'est une michna, où Beit Chammai interdisent à cause du repos des ustensiles ! De plus, il est dit plus loin (19a) : « ces (travaux) pour lesquels, s'il les faisait le Chabbat, il serait passible d'un sacrifice expiatoire, Beit Chammai les ont interdits par décret à la tombée de la nuit » ; il en ressort que la raison de Beit Chammai est un décret, et non le repos des ustensiles. Et pour Rav Yossef, il n'y a pas de difficulté (à demander) pourquoi Beit Chammai n'interdisent pas de charger la poutre à cause du repos des ustensiles : là, (le liquide) vient de lui-même davantage que dans tous les cas de notre michna. Et si tu demandes : selon Rabba, à qui attribuer cette baraita du repos des ustensiles ? On peut répondre que Rabba tient que la baraita du repos des ustensiles est de Beit Chammai, là où (l'ustensile) accomplit une action ; mais là où il n'accomplit pas d'action, comme dans les cas de notre michna, leur raison est un décret ; et les pièges de notre michna sont l'hameçon et la nasse.
💡 Explication

Deux raisons pour le moulin. Rabba : le bruit du moulin se remarque et porte atteinte à l'honneur de Chabbat, interdit rabbinique. Rav Yossef : le repos des ustensiles (chevitat kelim), déduit du verset « Et dans tout ce que Je vous ai dit, vous prendrez garde » ; les ustensiles d'un Juif ne doivent pas effectuer de travail le Chabbat, comme sa bête (chevitat behemto).

7
וְהַשְׁתָּא דְּאָמְרַתְּ לְבֵית הִלֵּל אִית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּאוֹרָיְיתָא, גָּפְרִית וּמֻוגְמָר מַאי טַעְמָא שָׁרוּ? מִשּׁוּם דְּלָא קָעָבֵיד מַעֲשֶׂה. אֻונִּין שֶׁל פִּשְׁתָּן מַאי טַעְמָא שָׁרוּ — מִשּׁוּם דְּלָא עָבֵיד מַעֲשֶׂה, וּמֵינַח נַייְחָא. מְצוּדַת חַיָּה וְעוֹף וְדָגִים דְּקָא עָבֵיד מַעֲשֶׂה, מַאי טַעְמָא שָׁרוּ? הָתָם נָמֵי בְּלֶחִי וְקוּקְרֵי דְּלָא קָעָבֵיד מַעֲשֶׂה.

Et maintenant que tu dis que Beit Hillel admettent le repos des ustensiles de la Torah, le soufre et l'encens, pourquoi les ont-ils permis ? Parce que (l'ustensile) n'accomplit pas d'action.

Les bottes de lin, pourquoi les ont-ils permises ? Parce qu'il n'accomplit pas d'action et reste en repos.

Les pièges pour la bête, l'oiseau et les poissons, qui accomplissent une action, pourquoi les ont-ils permis ? La aussi (il s'agit) de l'hameçon (lahi) et de la nasse (kokri), qui n'accomplissent pas d'action.

📜 Rachi (6)
וְהַשְׁתָּא דַּאֲמַרְתְּ בֵּית הִלֵּל אִית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּהָא עַל כְּרִחְיָךְ הַאי מַתְנִיתָא בֵּית הִלֵּל מִדְּשָׁרֵי בְּהָנָךְ וְקָתָנֵי דְּרֵחַיִים אָסוּר מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים:
Et maintenant que tu dis que Beit Hillel admettent le repos des ustensiles : car cette baraita est forcément de Beit Hillel, puisqu'elle permet ces cas-là, et elle enseigne que le moulin est interdit à cause du repos des ustensiles.
מֻוגְמָר וְגָפְרִית אַמַּאי שָׁרוּ וה"ה לְכָל הָנָךְ דְּמַתְנִי' הֲרֵי הַמֻּוגְמָר מֻונָּח בְּעַרְדַּסְקָאוֹת וְנִמְצָא כְּלִי עוֹשֶׂה מְלָאכָה:
L'encens et le soufre, pourquoi les ont-ils permis ? Et de même pour tous les cas de notre michna ; l'encens est posé dans des récipients (ardeskaot), et l'ustensile se trouve accomplir un travail.
לָא קָא עָבֵיד הַכְּלִי שׁוּם מַעֲשֶׂה אֶלָּא מֻונָּח עַל הָאָרֶץ וְהֵן בְּתוֹכוֹ אֲבָל הָרֵחַיִים עָבְדִי מַעֲשֶׂה ולב"ש כֵּיוָן דְּמֻונָּחִין בְּגַוַּוהּ הַייְנוּ מַעֲשֶׂה דִּילֵיהּ:
L'ustensile n'accomplit aucune action : il est posé à terre et (les matières) sont dedans ; mais le moulin accomplit une action. Et pour Beit Chammai, puisqu'elles sont posées dedans, c'est son action à lui.
מְצוּדוֹת דְּקָא עָבְדִי מַעֲשֶׂה שֶׁהַפַּח נִקְשָׁר וְתוֹפֵס הָעוֹף וְכֵן יָקוּשׁ שֶׁפּוֹשְׁטִים לְחַיּוֹת לְלָוכְדָן בָּרְגָלִים כְּשֶׁנּוֹגְעִין בּוֹ קוֹפֵץ וּמִתְחַבֵּר מֵאֵלָיו וְלוֹכֵד:
Les pièges, qui accomplissent une action : le filet se referme et saisit l'oiseau ; de même le collet qu'on tend aux bêtes pour les prendre par les pattes : quand elles le touchent, il bondit, se referme de lui-même et capture.
בְּלֶחִי חַכָּה שֶׁקּוֹרִין איימ"א שֶׁהַדָּג בּוֹלְעוֹ וּמְהַדְּקוֹ וְהַכְּלִי אֵינוֹ זָז מִמְּקוֹמוֹ:
Lahi : un hameçon, appelé « aime » (en vieux français) ; le poisson l'avalé, il le serre, et l'ustensile ne bouge pas de sa place.
וְקוּקָרֵי שֶׁעוֹשִׂין סַלִּים פִּיהָ אֶחָד רָחָב וּפִיהָ הַשֵּׁנִי קָצָר מְאֹד וְהַדָּג (ס"א וְהַחַיָּה) נִכְנָס שָׁם וּמוֹצִיא רֹאשׁוֹ בְּפִי הַקָּצָר וְאֵין גּוּפוֹ יָכוֹל לָצֵאת וּכְשֶׁבָּא לְהַחֲזִיר רֹאשׁוֹ לִפְנִים רָאשֵׁי קְרוּמוֹת נִכְנָסִין לוֹ תַּחַת לֶחְיוֹ דְּהַשְׁתָּא לָא עֲבִיד כְּלִי מִידֵּי:
Et kokri : on fait des paniers dont une ouverture est large et l'autre très étroite ; le poisson (autre version : la bête) y entre et sort la tête par l'ouverture étroite, et son corps ne peut pas sortir ; et quand il veut ramener la tête à l'intérieur, les pointes des baguettes lui entrent sous la mâchoire ; ainsi l'ustensile ne fait rien.
🗂️ Tossefot (1)
אֻונִּין שֶׁל פִּשְׁתָּן מַאי טַעְמָא שָׁרוּ הָא דְּנָקֵיט אוּנִין טְפֵי מִדְּיוֹ וְסַמְמָנִין וְכַרְשִׁינִין מִשּׁוּם דְּהָתָם פְּשִׁיטָא דְּלֵיכָּא מַעֲשֶׂה כְּלָל אֲבָל בְּאוּנִין הַתַּנּוּר עוֹשֶׂה קְצָת מַעֲשֶׂה כְּשֶׁמְּחַמְּמוֹ וְעוֹד דִּבְהָנָךְ לֹא הִזְכִּיר כְּלִי אֲבָל גַּבֵּי אוּנִין הֻוזְכַּר הַתַּנּוּר:
Les bottes de lin, pourquoi les ont-ils permises ? S'il mentionne les bottes plutôt que l'encre, les teintures et les vesces, c'est que là il est évident qu'il n'y a aucune action ; mais pour les bottes, le four accomplit une certaine action lorsqu'il les chauffe. De plus, pour ces cas-là on n'a pas mentionné d'ustensile, alors que pour les bottes le four est mentionné.
💡 Explication

Si Beit Hillel admettent la chevitat kelim de la Torah, pourquoi permettent-ils les autres cas, où un ustensile participe aussi ? La guemara pose le critère : l'interdit porte sur l'ustensile qui accomplit une action (avid maasse). Le récipient d'encens ou de soufre est posé au sol ; le four reste immobile. Pour les pièges, seuls ceux qui ne se referment pas sont permis : l'hameçon (lahi) et la nasse (kokri), où l'animal se prend de lui-même.

8
וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא אָמַר רַב אַסִּי: מַאן תְּנָא שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּאוֹרָיְיתָא — בֵּית שַׁמַּאי הִיא וְלָא בֵּית הִלֵּל, לְבֵית שַׁמַּאי בֵּין קָעָבֵיד מַעֲשֶׂה בֵּין דְּלָא קָעָבֵיד מַעֲשֶׂה — אָסוּר. לְבֵית הִלֵּל אַף עַל גַּב דְּקָעָבֵיד מַעֲשֶׂה — שָׁרִי. וְהַשְׁתָּא דְּאָמְרַתְּ דִּלְבֵית שַׁמַּאי אַף עַל גַּב דְּלָא עָבֵיד מַעֲשֶׂה — אָסוּר, אִי הָכִי,

Et maintenant que Rav Ochaya a dit au nom de Rav Assi : qui est le Tanna (selon qui) le repos des ustensiles est de la Torah ? C'est Beit Chammai, et non Beit Hillel ; selon Beit Chammai, qu'il accomplisse une action ou non, c'est interdit ; selon Beit Hillel, même s'il accomplit une action, c'est permis.

Et maintenant que tu dis que selon Beit Chammai, même s'il n'accomplit pas d'action, c'est interdit, s'il en est ainsi,

📜 Rachi (1)
וְהַשְׁתָּא דַּאֲמַרְתְּ כו' ב"ש הִיא וְהָא דְּרֵיחַיִם ב"ש וב"ש לָא שָׁנֵי לְהוּ בֵּין הֵיכָא דַּעֲבִיד כְּלִי מַעֲשֶׂה בֵּין הֵיכָא דְלָא עָבֵיד דְּהָא אָסְרִי בְּאוּנִין דְּמַתְנִי' וְכֵיוָן דב"ש הִיא:
Et maintenant que tu dis, etc., c'est Beit Chammai : et (la baraita) du moulin est de Beit Chammai ; et Beit Chammai ne distinguent pas entre le cas où l'ustensile accomplit une action et celui où il n'en accomplit pas, puisqu'ils interdisent les bottes de notre michna ; et puisque c'est Beit Chammai...
🗂️ Tossefot (2)
וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא הָא מַנִּי ב"ש הִיא אוֹמֵר ר"ת דְּהִלְכְתָא כְּרַב יוֹסֵף דְּמוּקִי בָּרַיְיתָא כב"ש דְּהָא רַב אוֹשַׁעְיָא קָאֵי כְּוָותֵיהּ ולפ"ז רֵיחַיִם מֻותָּרִים דִּלְדִידֵיהּ לב"ה שָׁרִי אַפֵּי' הֵיכָא דְּקָעֲבִיד מַעֲשֶׂה וְלָא חָייֵשׁ לְהַשְׁמָעַת קוֹל וְלִי נִרְאֶה דְּרַב אוֹשַׁעְיָא לָא מוּקִי לָהּ כב"ש אֶלָּא הַשַּׁ"ס הוּא דְּקָאָמַר הָכִי הָא מַנִּי ב"ש הִיא אַלִּיבָּא דְרַב יוֹסֵף דְּמוּקִי לָהּ מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים אֲבָל לְרַב אוֹשַׁעְיָא מָצֵינַן לְמֵימַר דְּמוּקִי לָהּ כב"ה וְאִית לֵיהּ הַשְׁמָעַת קוֹל כְּרַבָּה וְכֵן פָּסַק ר"ח דְּטַעֲמָא דְּרֵיחַיִם מִשּׁוּם הַשְׁמָעַת קוֹל וְאָתֵי כב"ה וְעוֹד דְּסֻוגְיָא דִּלְקַמָּן לָא מִיתּוֹקְמָא אֶלָּא כְּרַבָּה. כִּדְפֵי' וקי"ל כְּרַב אוֹשַׁעְיָא דְּמַאן תַּנָּא שְׁבִיתַת כֵּלִים בֵּית שַׁמַּאי הִיא וּמֻותָּר לְהַשְׁאִיל כֵּלִים לְנָכְרִי וְאֵין לָחוּשׁ בַּמֶּה שֶׁיַּעֲשֶׂה בּוֹ הַנָּכְרִי מְלָאכָה אֲבָל בְּהֶמְתּוֹ אָסוּר לְהַשְׁאִיל דִּשְׁבִיתַת בְּהֶמְתּוֹ עָלָיו דְּאוֹרָיְיתָא:
Et maintenant que Rav Ochaya a dit : de qui est-ce ? De Beit Chammai : Rabbenou Tam dit que la halakha suit Rav Yossef, qui établit la baraita selon Beit Chammai, puisque Rav Ochaya se range à son avis ; des lors, le moulin est permis, car selon lui, pour Beit Hillel, c'est permis même là où (l'ustensile) accomplit une action, et on ne se soucie pas du bruit. Mais il me semble que Rav Ochaya ne l'établit pas selon Beit Chammai ; c'est la guemara qui dit « de qui est-ce ? de Beit Chammai », selon Rav Yossef qui l'explique par le repos des ustensiles. Mais pour Rav Ochaya, on peut dire qu'il l'établit selon Beit Hillel et admet la raison du bruit, comme Rabba. C'est aussi ce qu'a tranché Rabbenou Hananel : la raison du moulin est le bruit, et cela suit Beit Hillel ; de plus, le passage plus loin ne s'explique que selon Rabba, comme je l'ai expliqué. Et nous tenons selon Rav Ochaya que le Tanna du repos des ustensiles est Beit Chammai ; il est donc permis de prêter des ustensiles à un non-Juif, et il n'y a pas lieu de craindre que le non-Juif y fasse un travail ; mais il est interdit de prêter sa bête, car le repos de sa bête lui incombe de par la Torah.
וּלְבֵית שַׁמַּאי אַף עַל גַּב דְּלָא קָעֲבִיד מַעֲשֶׂה וְכוּ' הַשְׁתָּא דְּטַעֲמָא דב"ש מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים הָנָךְ ג' בָּבוֹת קַמַּיְיתָא אֵין שׁוֹרִין דְּיוֹ וְסַמְמָנִים וְאוּנִין וּמְצוּדוֹת הָווּ מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים שֶׁהַמְּלָאכָה נַעֲשֵׂית בְּתוֹךְ הַכְּלִי וְנִמְצָא שֶׁהַכְּלִי עוֹשֶׂה הַמְּלָאכָה אֲבָל מוֹכְרִין לְנָכְרִי וְעוֹרוֹת לָעַבְּדָן וְכֵלִים לַכּוֹבֵס לָא הָוֵי מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דִּבְמַה שֶׁהָעוֹרוֹת מִתְעַבְּדִין אֵין הָעוֹר עוֹשֶׂה הַמְּלָאכָה אֶלָּא הָאָדָם הַמְעַבֵּד עוֹשֶׂה הַמְּלָאכָה וְכֵן בֶּגֶד הַמִּתְלַבֵּן הָאָדָם הַמְלַבְּנוֹ עוֹשֶׂה הַמְּלָאכָה אֶלָּא טַעְמָא דְּאָסְרִי בֵּית שַׁמַּאי מִשּׁוּם דְּמִיחַלַּף בִּשְׁלוּחוֹ וּלְהָכִי נָמֵי מֻוגְמָר וְגָפְרִית דְּמוּקֵי בְּסָמוּךְ דְּמַנְּחִי אַאַרְעָא אַף עַל גַּב שֶׁהַכֵּלִים הָעֶלְיוֹנִים מִתְגַּפְּרִים וְנִצְבָּעִים לֹא שַׁיָּיךְ שְׁבִיתַת כֵּלִים כִּדְפָרֵישִׁי' שֶׁהַכְּלִי שֶׁאֵין הַמְּלָאכָה נַעֲשֵׂית בּוֹ אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים:
Et selon Beit Chammai, même s'il n'accomplit pas d'action, etc. : maintenant que la raison de Beit Chammai est le repos des ustensiles, les trois premiers cas (de la michna), on ne fait pas tremper l'encre et les teintures, les bottes et les pièges, relèvent du repos des ustensiles, car le travail se fait à l'intérieur de l'ustensile, et l'ustensile se trouve accomplir le travail. Mais vendre à un non-Juif, les peaux au tanneur et les vêtements au blanchisseur ne relèvent pas du repos des ustensiles : quand les peaux sont tannées, la peau n'accomplit pas le travail, c'est l'homme qui tanne qui l'accomplit ; de même le vêtement blanchi, c'est l'homme qui le blanchit qui accomplit le travail. La raison pour laquelle Beit Chammai interdisent est qu'on pourrait confondre avec son mandataire. C'est pourquoi aussi, pour l'encens et le soufre, dont on établit plus bas qu'ils sont posés à terre, bien que les ustensiles au-dessus soient soufrés et colorés, le repos des ustensiles ne s'applique pas, comme nous l'avons expliqué : l'ustensile dans lequel le travail ne se fait pas n'est pas soumis au repos des ustensiles.
💡 Explication

Rav Ochaya au nom de Rav Assi renverse la lecture : la chevitat kelim de la Torah est l'avis de Beit Chammai seulement, et ils l'appliquent même à un ustensile qui n'agit pas. Beit Hillel la rejettent entièrement, même pour un ustensile qui agit.

Tossefot rapportent la discussion sur la halakha : Rabbenou Tam suit Rav Yossef (moulin permis selon Beit Hillel) ; Rabbenou Hananel et Tossefot suivent Rabba (moulin interdit à cause du bruit). Conséquence retenue : on peut prêter un ustensile à un non-Juif, mais pas sa bête. La phrase se poursuit en 18b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).