Shabbat 18b — La crainte d'attiser les braises (chema yehate) et la vente au non-Juif la veille de Chabbat

Shabbat 18b

Sougya : Le folio achève la discussion sur le repos des ustensiles : l'encens et le soufre sont posés à terre, et la cuve, la lampe, la marmite et la broche sont déclarés sans propriétaire (hefker). La guemara cite ensuite une baraita qui interdit de mettre au four, à la tombée de la nuit, des légumineuses ou un tonneau d'eau : même selon Beit Hillel, c'est une guezera de peur qu'on n'attise les braises.

Elle examine les cas où cette crainte n'existe pas (encens, lin, chaudron retiré et scellé), puis en tire des règles pratiques : marmite crue ou cuite, viande de chevreau ou de bélier, four scellé ou non, avec le désaccord entre Rav Achi et Rav Yirmeya de Difti en deux versions. Le folio se termine sur la vente d'un objet ou du hamets à un non-Juif, entre Beit Chammai, Beit Hillel et Rabbi Akiva.

Peut-on mettre une marmite au four la veille de Chabbat à la tombée de la nuit ? Critère : risque-t-il d'attiser les braises ? (guezera chema yehate begehalim) Marmite crue pas mangeable le soir : il en détourne son esprit Marmite cuite cuite complètement : rien à hâter, pas besoin d'attiser À moitié cuite presque prête pour le soir : il voudra hâter la cuisson + un os cru jeté dans la marmite : il ne compte plus la manger le soir Permis Permis Interdit Permis Cas où la crainte n'existe pas Encens et soufre : attiser ferait monter la fumée et abîmerait les habits. Bottes de lin : le vent leur nuit, on ne découvre pas le four. Chaudron : retiré du feu et scellé.
La guezera de peur qu'on n'attise les braises : quelles marmites peut-on laisser au four à la tombée de la nuit.
Viande au four à la tombée de la nuit : les deux versions 1re version 2e version (itta deamri) Four : scellé non scellé scellé non scellé Chevreau Permis Discute R. Achi / R. Yirmeya Permis Permis Bélier Discute R. Achi / R. Yirmeya Interdit Permis Discute R. Achi / R. Yirmeya Logique : deux facteurs qui retiennent d'ouvrir le four pour attiser Chevreau : le vent abîme la viande. Four scellé à l'argile : l'ouvrir demande un effort. Baraita : on ne grille pas viande, oignon, œuf sans temps suffisant avant la nuit. Pour R. Achi : 1re version = bélier non scellé ; 2e version = viande sur les braises.
Chevreau ou bélier, four scellé ou non : les deux versions du désaccord entre Rav Achi et Rav Yirmeya de Difti.
1
מֻוגְמָר וְגָפְרִית מַאי טַעְמָא שָׁרוּ בֵּית שַׁמַּאי? הָתָם מַנַּח אַאַרְעָא. גִּיגִית וְנֵר וּקְדֵרָה וְשַׁפּוּד מַאי טַעְמָא שָׁרוּ בֵּית שַׁמַּאי? דְּמַפְקַר לְהוּ אַפְּקוּרֵי.

L'encens (mougmar) et le soufre, pour quelle raison Beit Chammai les permettent-ils ? Là-bas, on les pose à même le sol.

La cuve (guiguit), la lampe, la marmite et la broche (chapoud), pour quelle raison Beit Chammai les permettent-ils ? Parce qu'on les déclare sans propriétaire (mafkir lehou afkourei).

📜 Rachi (4)
מֻוגְמָר וְגָפְרִית מ"ט שָׁרוּ הָא מַנְּחִי בְּכֵלִים:
L'encens et le soufre, pour quelle raison les permettent-ils : ils sont pourtant posés dans des ustensiles !
כְּגוֹן דְּמַנְּחִי מֻוגְמָר וְגָפְרִית בְּאַרְעָא וְלֹא בִּכְלִי:
Par exemple quand on pose l'encens et le soufre à terre : et non dans un ustensile.
גִּיגִית שֶׁהַשָּׂכָר בְּתוֹכוֹ וְאִי אֶפְשָׁר לְשָׁופְכוֹ לָאָרֶץ וְהַשְּׂעוֹרִין נִשְׁוָרִין כָּל הַשַּׁבָּת יוֹתֵר מֹחַ' יָמִים וְהַשַּׁבָּת בִּכְלָל וְכֵן נֵר הַדּוֹלֵק בְּשַׁבָּת וְכֵן קְדֵרָה שֶׁעַל גַּבֵּי כִּירָה שֶׁאִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא תִּצְטַמֵּק בְּשַׁבָּת וְכֵן שְׁפוּד הַמֻּונָּח בַּתַּנּוּר כְּדִתְנַן (דַּף יט:) מְשַׁלְשְׁלִין אֶת הַפֶּסַח וְלָא פְּלִיגִי ב"ש:
Cuve : dans laquelle se trouve la bière, et il est impossible de la verser à terre ; l'orge y trempe plus de huit jours, Chabbat compris. De même la lampe qui brûle pendant Chabbat, de même la marmite sur le fourneau (kira), qui ne peut manquer de continuer à réduire pendant Chabbat, et de même la broche posée dans le four, comme nous l'avons appris (19b) : on descend l'agneau pascal (dans le four) ; et Beit Chammai ne sont pas en désaccord.
בִּדְמַפְקַר לְהוּ לְכֵלִים וְשׁוּב אֵינוֹ מְצֻוֶּוה עַל שְׁבִיתָתָן:
Parce qu'il les déclare sans propriétaire : les ustensiles ; dès lors il n'est plus ordonné sur leur repos.
🗂️ Tossefot (1)
דְּמַפְקְרָא לְהוּ אַפְּקוּרֵי אע"ג דְּאָמַר בִּנְדָרִים (דַּף מה.) דְּבָעֵינַן הֶפְקֵר בִּפְנֵי ג' הָכָא לָא בָּעֵינַן דְּמִסְּתָמָא מַפְקִיר לְהוּ וְאֵין לִסְמֹוךְ עַל זֶה לְהַשְׂכִּיר סוּס לְנָכְרִי וּלְהַפְקִיר דְּהָכָא שָׁאנֵי מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר בְּעִנְיָן אַחֵר וְעוֹד שֶׁאֵין הַדָּבָר מְפֻורְסָם:
Parce qu'il les déclare sans propriétaire : bien qu'il soit dit dans Nedarim (45a) qu'il faut un abandon (hefker) devant trois personnes, ici cela n'est pas requis, car on présume qu'il les abandonne. On ne peut pas s'appuyer sur cela pour louer un cheval à un non-Juif et le déclarer hefker : ici le cas est différent, car il n'y a pas d'autre moyen ; de plus, la chose n'est pas publique.
💡 Explication

Suite de la discussion de 18a : selon Beit Chammai, le repos des ustensiles (chevitat kelim) s'applique même à un ustensile qui n'accomplit pas lui-même l'action. La guemara explique donc les cas de la michna que Beit Chammai permettent.

Encens et soufre : ils sont posés à même le sol, aucun ustensile n'est concerné. Cuve, lampe, marmite, broche : le propriétaire les déclare hefker (sans propriétaire) ; l'obligation de repos ne porte que sur les ustensiles d'un Juif. Tossefot précisent que cet abandon est présumé, sans déclaration devant trois personnes, et qu'on ne peut pas en tirer un procédé général pour louer une bête à un non-Juif.

2
מַאן תְּנָא לְהָא דְּתָנוּ רַבָּנַן: לֹא תְּמַלֵּא אִשָּׁה קְדֵרָה עֲסָסִיּוֹת וְתֻורְמְסִין וְתַנִּיחַ לְתוֹךְ הַתַּנּוּר עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁכָה, וְאִם נְתָנָן — לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת אֲסוּרִין בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ. כַּיּוֹצֵא בוֹ: לֹא יְמַלֵּא נַחְתּוֹם חָבִית שֶׁל מַיִם וְיַנִּיחַ לְתוֹךְ הַתַּנּוּר עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁכָה, וְאִם עָשָׂה כֵּן — לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת אֲסוּרִין בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ. לֵימָא בֵּית שַׁמַּאי הִיא וְלָא בֵּית הִלֵּל? אֲפִילּוּ תֵּימָא בֵּית הִלֵּל, גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְחַתֶּה בַּגֶּחָלִים.

Qui est le Tanna de ce que nos Maîtres ont enseigné : Une femme ne remplira pas une marmite de assissiot et de lupins (tourmossin) pour la placer dans le four la veille de Chabbat à la tombée de la nuit ; et si elle les y a mis, à la sortie de Chabbat ils sont interdits le temps nécessaire pour les préparer (bikhdei cheyeassou). De même : un boulanger ne remplira pas un tonneau d'eau pour le placer dans le four la veille de Chabbat à la tombée de la nuit ; et s'il l'a fait, à la sortie de Chabbat ils sont interdits le temps nécessaire pour les préparer.

Dirons-nous que c'est Beit Chammai et non Beit Hillel ? Même si tu dis Beit Hillel, c'est une guezera (mesure de précaution) : de peur qu'il n'attise les braises.

📜 Rachi (3)
עֲסָסִיּוֹת וְתוּרְמְסִין מִינֵי קִטְנִיּוֹת וּצְרִיכִין בִּישּׁוּל יוֹתֵר:
Assissiot et lupins : des espèces de légumineuses, qui demandent une cuisson plus longue.
בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יֵהָנֶה מִמְּלֶאכֶת שַׁבָּת:
Le temps nécessaire pour les préparer : afin qu'il ne tire pas profit d'un travail fait pendant Chabbat.
יְחַתֶּה בְּגֶחָלִים לְמַהֵר בִּישּׁוּלָן:
Qu'il n'attise les braises : pour hâter leur cuisson.
🗂️ Tossefot (2)
לֹא יְמַלֵּא נַחְתּוֹם כו' כִּדְמַסִּיק גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְחַתֶּה אַף ע"פ שֶׁיֵּשׁ שְׁהוּת הַרְבֵּה לְהִתְחַמֵּם חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יִצְטַנֵּן לְפִי שֶׁרְגִילִים לְחַמֵּם עַל אֵשׁ רָפֶה וִיהֵא צָרִיךְ לַחְתּוֹת:
Un boulanger ne remplira pas, etc. : comme la guemara le conclut, c'est une guezera de peur qu'il n'attise. Bien qu'il reste beaucoup de temps pour que (l'eau) chauffe, on craint qu'elle ne refroidisse, car on a l'habitude de chauffer sur un feu faible, et il aurait besoin d'attiser.
גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְחַתֶּה וְאִם תֹּאמַר מֵעִיקָּרָא דְּלָא יָדַע הַאי טַעְמָא תִּקְשֵׁי לֵיהּ מַתְנֵי' דְּבָשָׂר בָּצָל וּבֵיצָה וַחֲרָרָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם יָדַע שַׁפִּיר דְּהָוֵי טַעְמָא מִשּׁוּם שֶׁמָּא יְחַתֶּה שֶׁאֵין דָּבָר מַפְסִיק בֵּינוֹ לַגֶּחָלִים:
Guezera de peur qu'il n'attise : et si tu demandes : au début, quand (la guemara) ne connaissait pas cette raison, elle aurait dû objecter la michna de la viande, de l'oignon, de l'œuf et de la galette (harara) ! On peut répondre : là, elle savait bien que la raison était la crainte qu'il n'attise, car rien ne sépare (l'aliment) des braises.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר לֹא תְּמַלֵּא אִשָּׁה קְדֵירָה עֲסָסִיּוֹת וְתֻורְמְסִין וְתַנִּיחַ לְתוֹךְ הַתַּנּוּר ע"ש עִם חֲשֵׁיכָה וְאִם נְתָנָתַן לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת אֲסוּרִין בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ מ"ט גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְחַתֶּה בַּגֶּחָלִים כַּיּוֹצֵא בּוֹ לֹא יְמַלֵּא נַחְתּוֹם חָבִית שֶׁל מַיִם וְיַנִּיחַ לְתוֹךְ הַתַּנּוּר ע"ש עִם חֲשֵׁיכָה וְאִם עָשָׂה כֵּן לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת אֲסוּרִין בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְחַתֶּה כִּי עֲסָסִיּוֹת וְתוּרְמְסִין צְרִיכִים בִּשּׁוּל רַב וְלֹא יַסְפִּיק לָהֶם לְהִתְבַּשֵּׁל עַד מוֹצָאֵי שַׁבָּת אִם לֹא יְחַתֶּה בָּהֶם וְחָבִית שֶׁל מַיִם שֶׁמָּא תִּתְקָרֵר סָמוּךְ לַחֲשֵׁיכָה בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְיַחְתֶּה בְּגֶחָלִים כְּדֵי שֶׁיֹּאפֶה לְאַלְתַּר מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ אִי אָמְרַתְּ הָכִי מֻוגְמָר וְגָפְרִית מ"ט לָא גָּזְרִינַן הָתָם לָא מַחֲתִי דְּאִי מְחַתֵּי סָלֵיק בְּהוּ קֻוטְרָא וְאוּנִין שֶׁל פִּשְׁתָּן נָמֵי לָא גָּזְרִינַן כֵּיוָן דְּקָשֵׁי לְהוּ זִיקָא לָא מְגַלֵּי לְהוּ צֶמֶר לְיוֹרֶה נָמֵי לָא גָּזְרִינַן בְּיוֹרָה עֲקוּרָה וְטוּחָה דְּלֵיכָּא לְמִיחַשׁ לֹא לְאַחְתּוּיֵי וְלָא לְמֵיגַס בָּהּ אֲבָל עֲקוּרָה וְלֹא טוּחָה חָיְישִׁינַן דִּילְמָא מֵגִיס בָּהּ ופרש"י וה"ל מְבַשֵּׁל אע"פ שֶׁעֲקוּרָה מִן הָאוּר בְּעוֹדָהּ רוֹתַחַת הַמֵּגִיס בָּהּ הוּא מְבַשֵּׁל וכ"ש שֶׁאָסוּר לְהַכְנִיס כַּף בִּקְדֵרָה בְּעוֹדָהּ עַל הַכִּירָה:
Nos Maîtres ont enseigné : une femme ne remplira pas une marmite de assissiot et de lupins pour la placer dans le four la veille de Chabbat à la tombée de la nuit ; et si elle les y a mis, à la sortie de Chabbat ils sont interdits le temps nécessaire pour les préparer. Quelle en est la raison ? Une guezera de peur qu'il n'attise les braises. De même, un boulanger ne remplira pas un tonneau d'eau pour le placer dans le four la veille de Chabbat à la tombée de la nuit ; et s'il l'a fait, à la sortie de Chabbat c'est interdit le temps nécessaire pour les préparer : guezera de peur qu'il n'attise. Car les assissiot et les lupins demandent une longue cuisson et n'auront pas le temps de cuire avant la sortie de Chabbat s'il n'attise pas ; et le tonneau d'eau, (on craint) qu'il ne refroidisse vers la tombée de la nuit à la sortie de Chabbat et qu'il n'attise les braises pour pouvoir cuire aussitôt la nuit tombée. S'il en est ainsi, l'encens et le soufre, pourquoi ne décrétons-nous pas ? La, on n'attise pas, car si l'on attisait, la fumée monterait sur eux. Pour les bottes de lin non plus nous ne décrétons pas : puisque le vent leur nuit, on ne les découvre pas. Pour la laine dans le chaudron (yora) non plus nous ne décrétons pas : (il s'agit) d'un chaudron retiré (du feu) et scellé à l'argile, où il n'y a lieu de craindre ni qu'on attise ni qu'on remue. Mais (s'il est) retiré et non scellé, nous craignons qu'il ne remue ; et Rachi explique : cela revient à cuire, car bien qu'il soit retiré du feu, celui qui remue alors qu'il bout encore cuit. À plus forte raison il est interdit d'introduire une louche dans la marmite quand elle est encore sur le fourneau.
💡 Explication

La guemara vient d'établir que Beit Hillel ne retiennent pas le repos des ustensiles. D'où la question : une baraita interdit de mettre au four, juste avant la nuit, une marmite de légumineuses ou un tonneau d'eau ; serait-elle selon Beit Chammai seulement ?

Réponse : elle vaut aussi selon Beit Hillel, pour une autre raison. C'est une guezera (décret rabbinique) : ce qui cuit lentement et que l'on veut manger vite pousse à attiser les braises (lehatot begehalim) pendant Chabbat, ce qui est un travail interdit. La sanction bikhdei cheyeassou interdit même après Chabbat le temps qu'aurait pris la cuisson, pour ne pas tirer profit du travail.

3
אִי הָכִי מֻוגְמָר וְגָפְרִית נָמֵי לִגְזֹור! הָתָם לָא מְחַתֵּי לְהוּ, דְּאִי מְחַתֵּי סָלֵיק בְּהוּ קֻוטְרָא, וְקָשֵׁי לְהוּ. אֻונִּין שֶׁל פִּשְׁתָּן נָמֵי לִיגְזוֹר! הָתָם, כֵּיוָן דְּקָשֵׁי לְהוּ זִיקָא, לָא מְגַלּוּ לֵיהּ: צֶמֶר לַיּוֹרָה לִיגְזֹור! אָמַר שְׁמוּאֵל: בְּיוֹרָה עֲקוּרָה. וְנֵיחוּשׁ שֶׁמָּא מֵגִיס בָּהּ! בַּעֲקוּרָה וְטוּחָה.

S'il en est ainsi, pour l'encens et le soufre aussi décrétons ! Là, on ne les attise pas, car si l'on attisait, la fumée monterait sur eux, et cela leur nuit.

Pour les bottes de lin (ounin chel pichtan) aussi décrétons ! Là, puisque le vent leur nuit, on ne les découvre pas.

Pour la laine dans le chaudron (yora), décrétons ! Chmouel a dit : (il s'agit) d'un chaudron retiré (du feu).

Mais craignons qu'il ne remue ! (Il s'agit d'un chaudron) retiré et scellé.

📜 Rachi (6)
סָלֵיק בְּהוּ קֻוטְרָא שֶׁל עֵצִים וּמַשְׁחִיר הַבְּגָדִים וַעֲשַׁן הָעֵצִים קָשֶׁה לָהֶם וְכֵן בְּגָפְרִית:
La fumée monterait sur eux : celle du bois ; elle noircit les vêtements, la fumée du bois leur nuit ; de même pour le soufre.
לָא מְגַלֵּי מִשֶּׁטַח פִּי תַּנּוּר וְלֵיכָּא לְמִגְזַר שֶׁמָּא יְחַתֶּה בְּגֶחָלִים:
On ne découvre pas : on scelle à l'argile l'ouverture du four, et il n'y a pas lieu de décréter de peur qu'il n'attise les braises.
לִגְזֹור שֶׁמָּא יְחַתֶּה בַּגֶּחָלִים:
Décrétons : de peur qu'il n'attise les braises.
עֲקוּרָה מֵעַל הָאוֹר:
Retiré : du feu.
מֵגִיס מְהַפֵּךְ בָּהּ וּבִמְבֻושָּׁל הָוֵי בִּישּׁוּל:
Remuer : le retourner ; et dans ce qui est (déjà) cuit, cela constitue une cuisson.
וְטוּחָה מְכֻוסָּה בְּכִיסּוּי שֶׁלָּהּ וְטוּחָה בְּטִיט סָבִיב דְּכֻולֵּי הַאי לָא טָרַח וּמִידְּכַר:
Et scellé : couvert de son couvercle et scellé à l'argile tout autour ; on ne se donne pas tant de peine, et on se souvient (que c'est Chabbat).
🗂️ Tossefot (2)
בְּיוֹרָה עָקוּר' וְטוּחָה וְאֵין לָחוּשׁ שֶׁמָּא יְגַלֶּה וְיָגִיס שֶׁאֵין דֶּרֶךְ לְהָגִיס כְּמוֹ לַחְתּוֹת וְעוֹד דְּשֶׁמָּא מִיהַדַּק טְפֵי:
Dans un chaudron retiré et scellé : il n'y a pas lieu de craindre qu'il ne le découvre et ne remue, car on n'a pas l'habitude de remuer comme d'attiser ; de plus, (le couvercle) est peut-être serré davantage.
דִּילְמָא מֵגִיס בָּהּ וְהָוֵי צוֹבֵעַ:
De peur qu'il ne remue : et ce serait (le travail de) teindre.
⚖️ Rosh (1)
וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ לְעֵיל גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַרְתִּיחַ קְדֵירָה שֶׁנִּצְטַנְּנָה כְּשֶׁיִּרְצֶה לְהַטְמִינָהּ וְיַרְתִּיחֶנָּה בַּתְּחִלָּה בָּאוּר וְנִמְצָא מְבַשֵּׁל בְּשַׁבָּת וּפָרִיךְ אִי הָכִי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת נָמֵי נִגְזַר דְּהָא שְׁבוּת מְעַלְּיָא הָוֵי דְּהָא אִיכָּא גְּזֵירַת אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא וְכֵן לְעֵיל בְּפֶרֶק קַמָּא דַּף יח: גַּבֵּי יוֹרָה עֲקוּרָה דְּפָרִיךְ וַהֲלֹא מֵגִיס וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י וּבִמְבֻושָּׁל הָוֵי בִּשּׁוּל מִדְּרַבָּנָן לָמַדְנוּ שֶׁאַף בְּתַבְשִׁיל שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל וְנִצְטַנֵּן שַׁיָּיךְ בֵּיהּ בִּישּׁוּל כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מַשְׁקֶה וְהָא דְּאָמְרִינַן כֹּל שֶׁבָּא בְּחַמִּין לִפְנֵי הַשַּׁבָּת שׁוֹרִין אוֹתוֹ בְּחַמִּין בְּשַׁבָּת הַייְנוּ דָּבָר יָבֵשׁ כְּגוֹן תַּרְנְגוֹלְתָּא דְּרַבִּי אַבָּא לְקַמָּן בְּפֶרֶק חָבִית (שַׁבָּת דַּף קמה:) וְנִרְאֶה לִי לְהָבִיא רְאָיָה לִדְבָרָיו מֵהָא דְּתַנְיָא בְּמַסֶּכֶת יו"ט בְּפֶרֶק הַמֵּבִיא יַיִן ת"ר אֶחָד מֵבִיא הָאוּר וְאֶחָד מֵבִיא הָעֵצִים וְאֶחָד שׁוֹפֵת אֶת הַקְּדֵירָה וְאֶחָד נוֹתֵן לְתוֹכָהּ מַיִם וְאֶחָד נוֹתֵן לְתוֹכָהּ תַּבְלִין אֶחָד מֵגִיס בָּהּ כֻּולָּן חַייָּבִין אע"פ שֶׁאוֹתוֹ שֶׁנָּתַן לְתוֹכָהּ מַיִם נִתְחַיֵּיב מִשּׁוּם מְבַשֵּׁל הַמֵּגִיס בָּהּ נָמֵי חַיָּיב מִשּׁוּם מְבַשֵּׁל אַלְמָא יֵשׁ בִּישּׁוּל אַחַר בִּישּׁוּל ואע"פ שֶׁהִרְתִּיחַ וְאִיכָּא לְמִידְחֵי דְּעַד שֶׁלֹּא נִתְבַּשֵּׁל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי כָּל הַמְקָרֵב בִּישּׁוּלוֹ חַייָּב וְאַחַר שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי אֶפְשָׁר דְּאֵין בִּישּׁוּל אַחַר בִּישּׁוּל וּמִסְתַּבְּרָא דְּעַד שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי כָּל הַמְקָרֵב בִּישּׁוּלוֹ חַייָּב וְאַחַר שֶׁהִגִּיעַ לְמַאֲכַל בֶּן דְּרוּסַאי אִם נִצְטַנֵּן וְהִרְתִּיחוֹ חַייָּב כִּדְפֵי' רַשִׁ"י לְעֵיל גַּבֵּי שֶׁמָּא יַרְתִּיחַ וְהָא דְּפָרִיךְ בְּפֶרֶק קַמָּא וַהֲלֹא מֵגִיס אֲפִילּוּ בְּיוֹרָה רוֹתַחַת אִיכָּא לְמֵימַר סַמָּנִין לִצְבֹּועַ בָּהֶן צָרִיךְ בִּישּׁוּל לְעוֹלָם אִי נָמֵי לָאו מִשּׁוּם בִּישּׁוּל פָּרִיךְ אֶלָּא מִשּׁוּם צוֹבֵעַ כְּשֶׁהוּא מֵגִיס מַכְנִיס הַסַּמְמָנִין בַּצֶּמֶר. ה"ד יָד סוֹלֶדֶת בּוֹ אָמַר רַחֲבָא כָּל שֶׁכְּרֵיסוֹ שֶׁל קָטָן נִכְוֵית מִמֶּנּוּ א"ר יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי אַחַר רַבִּי לְבֵית הַמֶּרְחָץ וּבִקַּשְׁתִּי לְהַנִּיחַ פַּךְ שֶׁמֶן בְּאַמְבָּטִי אָמַר לִי טוֹל בִּכְלִי שֵׁנִי וְתֵן שְׁמַע מִינַּהּ תְּלָת שְׁמַע מִינַּהּ שֶׁמֶן יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם בִּישּׁוּל וּשְׁמַע מִינַּהּ כְּלִי שֵׁנִי אֵין בּוֹ מִשּׁוּם בִּישּׁוּל וּשְׁמַע מִינַּהּ הֶפְשֵׁירוֹ לֹא זֶהוּ בִּישּׁוּלוֹ:
Rachi a expliqué plus haut : guezera de peur qu'il ne fasse bouillir une marmite qui a refroidi, quand il voudra l'enfouir (hatmana) : il la ferait d'abord bouillir sur le feu et se trouverait cuire pendant Chabbat. Et (la guemara) objecte : s'il en est ainsi, décrétons aussi pendant bein hachmachot, car c'est un chevout important, puisqu'il s'agit d'une guezera (pour éviter) un interdit de la Torah. De même plus haut, au premier chapitre (18b), à propos du chaudron retiré, où (la guemara) objecte : mais il remue !, Rachi a expliqué : et dans ce qui est cuit, cela constitue une cuisson. Nous en apprenons que même pour un plat qui a été cuit et a refroidi, la notion de cuisson s'applique, puisqu'il contient du liquide. Et ce que l'on dit : tout ce qui est venu dans l'eau chaude avant Chabbat, on peut le tremper dans l'eau chaude pendant Chabbat, concerne une chose sèche, comme la poule de Rabbi Abba plus loin, au chapitre Havit (Chabbat 145b). Il me semble qu'on peut apporter une preuve à ses paroles de ce qu'on enseigne dans le traité Yom Tov, au chapitre Hamevi yayin : Nos Maîtres ont enseigné : l'un apporte le feu, l'autre apporte le bois, un autre pose la marmite, un autre y met de l'eau, un autre y met les épices, un autre remue : tous sont coupables. Bien que celui qui y a mis l'eau soit déjà devenu coupable de cuisson, celui qui remue est lui aussi coupable de cuisson : il y a donc cuisson après cuisson, même après qu'on a fait bouillir. On peut rejeter (cette preuve) : tant que (l'aliment) n'est pas cuit comme la nourriture de Ben Drossai, quiconque rapproche sa cuisson est coupable ; mais après qu'il est cuit comme la nourriture de Ben Drossai, il se peut qu'il n'y ait pas de cuisson après cuisson. Il est raisonnable (de dire) : tant qu'il n'a pas atteint (le stade de) la nourriture de Ben Drossai, quiconque rapproche sa cuisson est coupable ; et après qu'il l'a atteint, s'il a refroidi et qu'on l'a fait bouillir, on est coupable, comme Rachi l'a expliqué plus haut à propos de : de peur qu'il ne fasse bouillir. Et ce que (la guemara) objecte au premier chapitre : mais il remue !, même dans un chaudron bouillant, on peut dire que les ingrédients de teinture ont toujours besoin de cuisson ; ou bien l'objection ne porte pas sur la cuisson mais sur (le travail de) teindre : en remuant, il fait pénétrer les ingrédients dans la laine. Qu'est-ce que (la chaleur dont) la main se retire (yad soledet bo) ? Rahava a dit : tout ce dont le ventre d'un petit enfant est brûlé. Rabbi Itshak bar Avdimi a dit : une fois je suis entré derrière Rabbi aux bains et j'ai voulu poser une fiole d'huile dans la baignoire ; il m'a dit : prends (de l'eau) dans un second récipient (keli cheni) et mets-la. On en déduit trois choses : on en déduit que l'huile est soumise à (l'interdit de) cuisson ; on en déduit que le second récipient ne cuit pas ; et on en déduit que la tiédir n'est pas sa cuisson.
💡 Explication

La guemara teste la nouvelle raison (crainte d'attiser) sur les cas que la michna permet même à la tombée de la nuit. Pour chacun, un élément concret retient la personne d'attiser : la fumée abîmerait les habits parfumés ou l'argent soufré ; le vent abîmerait le lin, donc on laisse le four fermé.

Pour la laine au chaudron, Chmouel précise qu'il s'agit d'un chaudron retiré du feu. Reste la crainte qu'il ne remue (mégis), ce qui hâte la cuisson ou, selon Tossefot, constitue le travail de teindre. D'où la précision finale : chaudron retiré et scellé à l'argile.

🖼️ Schéma
Pourquoi ne pas décréter aussi pour les cas de la michna ? Cas Pourquoi il n'attisera pas Encens et soufre La fumée du bois monterait et abîmerait habits et argent Bottes de lin au four Le vent leur nuit : on ne découvre pas le four Laine au chaudron Chmouel : chaudron retiré du feu, rien à attiser Et s'il remue ? Chaudron retiré ET scellé à l'argile : on ne l'ouvre pas
Chaque objection et l'élément qui empêche d'attiser.
4
וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר מָר גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְחַתֶּה בַּגֶּחָלִים, הַאי קְדֵרָה חַיְּיתָא שְׁרֵי לְאַנּוּחַהּ עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁיכָה בְּתַנּוּרָא. מַאי טַעְמָא? — כֵּיוָן דְּלָא חֲזֵי לְאוּרְתָּא, אַסּוֹחֵי מַסַּח דַּעְתֵּיהּ מִינֵּיהּ וְלָא אָתֵי לְחַתּוֹיֵי גֶּחָלִים. וּבְשִׁיל — שַׁפִּיר דָּמֵי. בְּשִׁיל וְלָא בְּשִׁיל — אֲסִיר. וְאִי שְׁדָא בֵּיהּ גַּרְמָא חַייָּא — שַׁפִּיר דָּמֵי.

Et maintenant que le Maître a dit : c'est une guezera de peur qu'il n'attise les braises, cette marmite (de viande) crue, il est permis de la placer dans le four la veille de Chabbat à la tombée de la nuit. Quelle en est la raison ?

Puisqu'elle n'est pas bonne pour le soir, il en détourne son esprit et ne viendra pas attiser les braises. Et (une marmite) cuite, c'est permis.

Cuite et pas (entièrement) cuite, c'est interdit. Et s'il y a jeté un os cru, c'est permis.

📜 Rachi (4)
וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר מַר דְּהַנָּחַת קְדֵרָה לָא אֲסִירָא אֶלָּא מִשּׁוּם חֲתִיָּיה:
Et maintenant que le Maître a dit : que poser la marmite n'est interdit qu'à cause de l'attisement.
הַאי קֵדָר' חַייְתָא שַׁפִּיר דָּמֵי לְהַשְׁהוֹתָהּ לְכַתְּחִלָּה מִבְּעוֹד יוֹם בַּתַּנּוּר וְהִיא מִתְבַּשֶּׁלֶת כָּל הַלַּיְלָה דְּוַדַּאי חַיְיתָא לָאו אַדַּעְתָּא לְמֵיכְלֵהּ לְאֻורְתָּא אַנְּחָהּ הָתָם וּמִשּׁוּם לְמָחָר לָא אָתֵי לְחַתּוּיֵי שֶׁהֲרֵי יֵשׁ לָהּ שְׁהוּת גָּדוֹל וְלָא דָּמֵי לַעֲסָסִיּוֹת וְתוּרְמְסִין שֶׁאֵין כָּל הַלַּיְלָה וְהַיּוֹם דַּי לָהֶן:
Cette marmite crue, c'est permis : de la laisser à priori, alors qu'il fait encore jour, dans le four, et elle cuit toute la nuit ; car certainement, une marmite crue, il ne l'a pas posée là dans l'intention de la manger le soir ; et pour le lendemain, il ne viendra pas attiser, puisqu'il dispose pour elle d'un long délai. Ce n'est pas comparable aux assissiot et aux lupins, pour lesquels toute la nuit et le jour ne suffisent pas.
וּבְשִׁיל שַׁפִּיר דָּמֵי מְבֻושֶּׁלֶת כָּל צָרְכָהּ שַׁפִּיר דָּמֵי לְהַנִּיחָהּ דְּלָא בָּעֵי חִיתּוּי:
Et cuite, c'est permis : cuite complètement, il est permis de la poser, car elle n'a pas besoin d'être attisée.
שְׁדָא בֵּיהּ גַּרְמָא חַיָּיא דְּלָאו דַּעְתֵּיהּ לְמֵיכְלֵיהּ לְאֻורְתָּא:
S'il y a jeté un os cru : car il n'a pas l'intention de la manger le soir.
🗂️ Tossefot (1)
בְּשִׁיל וְלָא בְּשִׁיל אָסוּר צ"ל דְּלָא הָוֵי כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי דְּאִי הֲוָה כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי שָׁרֵי לְהַשְׁהוֹתוֹ עַל גַּבֵּי כִּירָה אע"פ שֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה וּקְטוּמָה:
Cuite et pas cuite, c'est interdit : il faut dire qu'il ne s'agit pas (d'une cuisson atteignant) la nourriture de Ben Drossai ; car si elle était comme la nourriture de Ben Drossai, il serait permis de la laisser sur le fourneau même s'il n'est ni balayé (garouf) ni couvert de cendres (katoum).
⚖️ Rosh (1)
יֵשׁ מְקוֹמוֹת שֶׁבְּמָקוֹם שֶׁמַּסִּיקִין הָאוּר וּבִשְּׁלוּ הַקְּדֵרוֹת כָּל הַיּוֹם לְעֵת עֶרֶב מְסַלְּקִין אֶת הָאֵשׁ וְגוֹרְפִין הָרֶמֶץ וְנוֹתְנִין הַקְּדֵירָה לְצֹורֶךְ מָחָר וּמְכַסִּין אוֹתָהּ בְּאֵפֶר צוֹנֵן. וְיֵשׁ לִתְמֹוהַּ עַל מִנְהָגָם דְּאַסִּירָנָא הָכָא לָתֵת קֻופָּה שֶׁטָּמַן עַל גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים דְּמַסְּקִי הַבְלָא וְאֵין לְךָ מוֹסִיף הֶבֶל יוֹתֵר מִן הַמָּקוֹם שֶׁבִּשְּׁלוּ שָׁם כָּל הַיּוֹם. וְיֵשׁ לָתֵת טַעַם לְמִנְהָגָם דְּשָׁאנֵי הָתָם שֶׁנָּתְנוּ הַקְּדֵירָה לַקֻּופָּה לְשֵׁם הַטְמָנָה וְגַם רָאוּי לְהַטְמִין בְּתוֹךְ גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים הִלְכָּךְ אִיכָּא לְמֵיחַשׁ דִּילְמָא אָתֵי לְמֵימַר מַה לִי לִיתֵּן גֶּפֶת תַּחַת הַקְּדֵרָה מַה לִי לְהַטְמִין בְּתוֹכוֹ אֲבָל בְּמָקוֹם שֶׁבִּשְּׁלוּ שָׁם הַקְּדֵירָה כָּל הַיּוֹם תְּחִלַּת נְתִינַת הַקְּדֵירָה שָׁם לֹא הָיְתָה לְשֵׁם הַטְמָנָה וְגַם אֵין רָאוּי לְהַטְמִין בְּתוֹךְ הַקַּרְקַע הִלְכָּךְ לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ. אֲבָל זֶה ק"ק עַל מִנְהָגָם שֶׁגּוֹרְפִין וּמְסַלְּקִין אֶת הַקְּדֵירָה וְאֵין מְדַקְדְּקִים הֵיכָן מַנִּיחִין אוֹתָהּ וּלְחַד לִישָּׁנָא דְּרַב חִזְקִיָּה מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבַּיֵּי דָּיְיקִינַן מִינָּהּ לְעֵיל פ' כִּירָה (שַׁבָּת דַּף לח:) דְּאִם הִנִּיחַ עַל גַּבֵּי קַרְקַע אע"פ שֶׁדַּעְתּוֹ לְהַחֲזִיר אָסוּר וַאֲפִילּוּ בע"ש נָמֵי אָסוּר לְהַחֲזִיר כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל. וְשֶׁמָּא כְּאִידָךְ לִישָּׁנָא סְבִירָא לְהוּ דְּשָׁרֵי הִנִּיחַ עַל גַּבֵּי קַרְקַע אִם דַּעְתּוֹ לְהַחֲזִיר. וְעוֹדָן בְּיָדוֹ אַפֵּי' אֵין דַּעְתּוֹ לְהַחֲזִיר דִּבְשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל. ור"ח פֵּירֵשׁ מִשּׁוּם חוּמְרָא דְּשַׁבָּת חֲשִׁיבָא כְּשֶׁל תּוֹרָה וְאָזְלִינַן לְחוּמְרָא ונ"ל דְּלָא אָסְרִינַן חֲזָרָה מִבְּעוֹד יוֹם אֶלָּא הֵיכָא דְּנִטְּלָה מֵעַל גַּבֵּי כִּירָה שֶׁעָתִיד לְהַשְׁהוֹת עָלֶיהָ וּלְהַחֲזִירָהּ עָלֶיהָ מִשּׁוּם שְׁהִיָּיה. שֶׁאִם אַתָּה מַתִּיר לְהַחֲזִירָהּ מִבְּעוֹד יוֹם אָתֵי לְהַחֲזִירָהּ מִשֶּׁחָשֵׁיכָה. אֲבָל אִם הֶחֱזִירָהּ לְשֵׁם הַטְמָנָה לָא אָסְרִינַן. וְיֵשׁ מְקוֹמוֹת הַרְבֵּה שֶׁנָּהֲגוּ לַעֲשׂוֹת חֲפִירָה גְּדוֹלָה אֵצֶל מְקוֹם הָאֵשׁ מְרֻוצֶּפֶת בִּלְבֵנִים סָבִיב וּמְחַמְּמִין אוֹתָהּ וְגוֹרְפִין אוֹתָהּ וּמַטְמִינִין בָּהּ הַקְּדֵירָה וּמְכַסִּין אוֹתָהּ וּמְבִיאִין רְאָיָה לְהַתִּיר מִנְהָגָם מֵהָא דְּאָמַר בפ"ק דַּף יח: דְּקִדְרָא חַיְיתָא וּבְשִׁיל שַׁפִּיר דָּמֵי לִיתֵּן לְתוֹךְ הַתַּנּוּר. וְלָא דָּמֵי כֻּולֵּי הַאי דְּהָתָם הוּא בְּתוֹרַת שְׁהִייָּה וְהָכָא הוּא בְּתוֹרַת הַטְמָנָה. וּבְדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל יֵשׁ לְחַלֵּק דְּהָא דְּאָסְרִי הַטְמָנָה בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל הַיְינוּ מִשּׁוּם גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַטְמִין בְּרֶמֶץ וְהַיְינוּ דַּווְקָא כְּעֵין הַטְמָנָה בְּרֶמֶץ שֶׁהָרֶמֶץ מַגִּיעַ לַקְּדֵירָה סָבִיב. אֲבָל בְּתַנּוּר וְכֵן בַּחֲפִירָה זוֹ שֶׁיֵּשׁ אֲוִיר הַרְבֵּה בֵּין הַדְּפָנוֹת לִקְדֵירָה לָא דָּמִי' לְהַטְמָנָה וְאֵין לְהַחְמִיר בָּהּ יוֹתֵר מַשְׁהֶה עַל גַּבֵּי כִּירָה. וְרַשְׁבָּ"ם הָיָה מַתִּיר לָתֵת פֵּירוֹת סְבִיב הַקְּדֵירָה אע"פ שֶׁאִי אֶפְשָׁר לָהֶם לִצְלוֹת קֹודֶם חֲשֵׁיכָה. דקי"ל כַּחֲנַנְיָא דְּכֹל שֶׁהוּא כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי וְכוּ' וּפֵירוֹת כֵּיוָן דְּנֶאֱכָלִים חַיִּין חֲשִׁיבֵי טְפֵי מִמַּאֲכַל בֶּן דְּרוּסַאי וְיוֹתֵר הֵם טוֹבִים בְּלֹא בִּשּׁוּל כְּלָל מִמַּאֲכַל בֶּן דְּרוּסַאי עַד שֶׁיִּתְבַּשֵּׁל. וְלָא דָּמֵי לְבָצָל וּבֵיצָה דְּאָסְרִינַן לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף יט:) אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם. דְּבֵיצָה אֵין דֶּרֶךְ לְגָומְעָהּ. וּבָצָל אַף עַל פִּי שֶׁאוֹכְלִין אוֹתוֹ חַי לִפְעָמִים אֵין טוֹב לְאָוכְלוֹ חַי כְּמוֹ תַּפּוּחִים וּכְשֶׁנּוֹתֵן פֵּירוֹת סְבִיב הַקְּדֵירָה יִזָּהֵר שֶׁלֹּא יַחֲזִיר הַכִּיסּוּי אִם צָלוּ מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה וְלֹא יוֹסִיף עָלָיו עוֹד עַד שֶׁיְּצוּלוֹ מִשּׁוּם דִּמְמַהֵר לִגְרֹום בִּשּׁוּלוֹ בְּשַׁבָּת:
Il y a des endroits où, la où l'on allume le feu et où les marmites ont cuit toute la journée, vers le soir on retire le feu, on balaie les braises (remets), on y place la marmite pour le lendemain et on la couvre de cendre froide. Leur coutume est étonnante, car nous avons interdit ici de mettre une caisse dans laquelle on a enfoui (un plat) sur du marc d'olives (gefet), parce qu'il fait monter la chaleur ; et rien n'ajoute plus de chaleur que l'endroit où l'on a cuit toute la journée. On peut donner une raison à leur coutume : là-bas le cas est différent, car on a mis la marmite dans la caisse en vue de l'enfouissement (hatmana), et il est aussi usuel d'enfouir dans du marc d'olives ; c'est pourquoi il y a lieu de craindre qu'on en vienne à dire : quelle différence y a-t-il entre mettre du marc sous la marmite et enfouir dedans ? Mais à l'endroit où l'on a cuit la marmite toute la journée, la mise initiale de la marmite n'était pas en vue de l'enfouissement, et il n'est pas non plus usuel d'enfouir dans le sol ; c'est pourquoi il n'y a pas lieu de craindre. Il y a cependant une petite difficulté sur leur coutume : ils balaient et retirent la marmite sans prêter attention à l'endroit où ils la posent ; or selon une version de Rav Hizkiya au nom d'Abaye, nous avons déduit plus haut, au chapitre Kira (Chabbat 38b), que si on l'a posée à terre, même avec l'intention de la remettre, c'est interdit ; et même la veille de Chabbat il est interdit de la remettre, comme je l'ai expliqué plus haut. Peut-être suivent-ils l'autre version, selon laquelle c'est permis s'il l'a posée à terre avec l'intention de la remettre ; et si elle est encore dans sa main, même sans intention de la remettre, car dans une (règle) des Sofrim on suit l'avis le plus souple. Rabbenou Hananel a expliqué qu'en raison de la gravité de Chabbat, c'est considéré comme (une règle) de la Torah, et on suit l'avis strict. Il me semble qu'on n'interdit de remettre (la marmite) alors qu'il fait encore jour que lorsqu'on l'a retirée d'un fourneau sur lequel on compte la laisser et sur lequel on compte la remettre, à cause de la chehiya (laisser sur le feu) : si l'on permettait de la remettre quand il fait encore jour, on en viendrait à la remettre après la tombée de la nuit. Mais s'il l'a remise en vue de l'enfouissement, on ne l'interdit pas. Il y a beaucoup d'endroits où l'on a coutume de faire une grande fosse près de l'emplacement du feu, pavée de briques tout autour ; on la chauffe, on la balaie, on y enfouit la marmite et on la couvre ; et ils apportent une preuve pour permettre leur coutume de ce qui est dit au premier chapitre (18b) : une marmite crue ou cuite, il est permis de la placer dans le four. Mais ce n'est pas tout à fait comparable, car là il s'agit de chehiya et ici d'enfouissement. Pour ce qui ajoute de la chaleur, on peut distinguer : l'interdit d'enfouir dans ce qui ajoute de la chaleur est une guezera de peur qu'on n'enfouisse dans les cendres chaudes (remets), et cela vaut seulement pour un cas semblable à l'enfouissement dans les cendres chaudes, où celles-ci entourent la marmite. Mais dans le four, de même que dans cette fosse, où il y a beaucoup d'air entre les parois et la marmite, ce n'est pas comparable à l'enfouissement, et il n'y a pas lieu d'être plus strict que pour (une marmite) laissée sur le fourneau. Le Rachbam permettait de mettre des fruits autour de la marmite, bien qu'ils ne puissent pas griller avant la tombée de la nuit, car nous tenons selon Hanania que tout ce qui est (cuit) comme la nourriture de Ben Drossai, etc. ; or les fruits, puisqu'ils se mangent crus, valent plus que la nourriture de Ben Drossai, et ils sont meilleurs sans aucune cuisson que la nourriture de Ben Drossai avant qu'elle soit cuite. Ce n'est pas comparable à l'oignon et à l'œuf, que nous avons interdits plus haut (Chabbat 19b) sauf s'il y a le temps de les griller quand il fait encore jour : l'œuf, on n'a pas l'habitude de le gober (cru) ; et l'oignon, bien qu'on le mange parfois cru, il n'est pas bon à manger cru comme les pommes. Quand on met des fruits autour de la marmite, qu'on prenne garde, s'ils grillent après la tombée de la nuit, de ne pas remettre le couvercle, et de ne rien ajouter dessus jusqu'à ce qu'ils aient grillé, car on hâte (ainsi) leur cuisson pendant Chabbat.
💡 Explication

Conséquence pratique de la raison chema yehate : tout dépend de l'envie de manger le plat le soir même.

Crue (hayta) : elle ne sera pas prête le soir, il n'y pense plus ; pour le lendemain il a le temps. Cuite (bechil) : rien à hâter. À moitié cuite : c'est le cas dangereux, il voudra hâter la cuisson pour le repas du soir. L'os cru jeté dans la marmite transforme le plat en plat du lendemain.

Tossefot : ce plat à moitié cuit n'a pas atteint le stade de la nourriture de Ben Drossai (un tiers de cuisson) ; au-delà, on pourrait même le laisser sur un fourneau non préparé. Le Roch applique ces règles aux usages de son temps (hatmana, fosses chauffées, fruits autour de la marmite).

5
וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר מָר כָּל מִידֵּי דְּקָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא לָא מְגַלּוּ לֵיהּ, הַאי בִּשְׂרָא דְּגַדְיָא וּשְׁרִיק — שַׁפִּיר דָּמֵי. דְּבַרָחָא וְלָא שְׁרִיק — אֲסִיר. דְּגַדְיָא וְלָא שְׁרִיק, דְּבַרָחָא וּשְׁרִיק — רַב אָשֵׁי שָׁרֵי וְרַב יִרְמְיָה מִדִּיפְתִּי אָסַר. וּלְרַב אַשִּׁי דְּשָׁרֵי, וְהָתַנְיָא אֵין צוֹלִין בָּשָׂר בָּצָל וּבֵיצָה אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם! הָתָם דְּבַרְחָא וְלָא שְׁרִיק.

Et maintenant que le Maître a dit : tout ce à quoi le vent nuit, on ne le découvre pas, cette viande de chevreau (gadya) dans un (four) scellé (chariq), c'est permis. De bélier (barha) et non scellé, c'est interdit.

De chevreau et non scellé, de bélier et scellé : Rav Achi permet et Rav Yirmeya de Difti interdit. Et selon Rav Achi, qui permet, n'a-t-on pas enseigné : on ne fait pas griller viande, oignon et œuf, sauf (s'il y a le temps) qu'ils grillent quand il fait encore jour ?

La, (il s'agit de viande) de bélier dans un (four) non scellé.

📜 Rachi (4)
גַּדְיָא קָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא:
Chevreau : le vent lui nuit.
שָׂרִיק פִּי הַתַּנּוּר בְּטִיט סָבִיב כִּיסּוּי אֵינוֹ מוּכָן לַחְתּוֹת:
Scellé : l'ouverture du four (scellée) à l'argile tout autour du couvercle ; il n'est pas prêt à attiser.
בַּרָחָא אַיִל גָּדוֹל לָא קַשְׁיָא לֵיהּ זִיקָא וְאָתֵי לְגַלּוֹיֵי פִּי הַתַּנּוּר לִיטֹּול כִּיסּוּיוֹ לַחְתּוֹת:
Bélier : un grand bélier ; le vent ne lui nuit pas, et il en viendra à découvrir l'ouverture du four, à en retirer le couvercle pour attiser.
דְּגַדְיָא וְלָא שְׁרִיק אִיכָּא חֲדָא לְאִיסּוּרָא וַחֲדָא לְהֶיתֵּרָא:
De chevreau et non scellé : il y a un (facteur) d'interdit et un (facteur) de permission.
🗂️ Tossefot (1)
הַאי בִּישְׂרָא דְּגַדְיָא וּשְׁרִיק מְפָרֵשׁ בה"ג דְּמִכָּאן וְאֵילָךְ אַייְרֵי בְּצָלִי וְכֵן מַשְׁמַע מִדְּמַיְיתֵי עֲלָהּ אֵין צוֹלִין בָּשָׂר בָּצָל וּבֵיצָה וּלְקַמָּן בְּפִרְקִין נָמֵי מַיְיתֵי לָהּ אַמְּשַׁלְשְׁלִים אֶת הַפֶּסַח וּלְהָכִי בַּרָחָא וְלָא שָׂרִיק אָסוּר אַפֵּי' בְּחַיָּיא כֵּיוָן דְּמַיְירֵי בְּצָלִי רָאוּי לְאוֹכְלָהּ בַּלַּיְלָה וְאָתֵי לְחַתּוֹיֵי:
Cette viande de chevreau dans un four scellé : le Baal Halakhot Guedolot explique qu'à partir d'ici on parle de grillade (tsli) ; c'est aussi ce qui ressort du fait qu'on y rapporte : on ne fait pas griller viande, oignon et œuf ; et plus loin dans notre chapitre aussi on la rapporte à propos de : on descend l'agneau pascal (dans le four). C'est pourquoi (la viande) de bélier dans un four non scellé est interdite même crue : puisqu'on parle de grillade, elle est bonne à manger le soir, et il en viendra à attiser.
💡 Explication

Deuxième conséquence, tirée de la raison du lin : ce que le vent abîme, on n'ouvre pas le four pour attiser. Deux facteurs retiennent la personne : la viande de chevreau (tendre, le vent l'abîme) et un four scellé à l'argile. Deux facteurs : permis. Aucun : interdit. Un seul : Rav Achi permet, Rav Yirmeya de Difti interdit.

La baraita qui exige que viande, oignon et œuf grillent avant la nuit est ramenée, selon Rav Achi, au cas du bélier dans un four ouvert.

6
אִיכָּא דְאָמְרִי: דְּגַדְיָא בֵּין שְׁרִיק בֵּין לָא שְׁרִיק — שַׁפִּיר דָּמֵי. דְּבַרָחָא נָמֵי וּשְׁרִיק — שַׁפִּיר דָּמֵי. כִּי פְּלִיגִי דְּבַרְחָא וְלָא שְׁרִיק — דְּרַב אָשֵׁי שָׁרֵי וְרַב יִרְמְיָה מִדִּפְתִּי אָסַר. וּלְרַב אַשִּׁי דְּשָׁרֵי, וְהָתַנְיָא אֵין צוֹלִין בָּשָׂר בָּצָל וּבֵיצָה אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם! הָתָם בְּבִשְׂרָא אַגֻּומְרֵי. אָמַר רָבִינָא: הַאי קְרָא חַיָּיא — שַׁפִּיר דָּמֵי, כֵּיוָן דְּקָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא כְּבִשְׂרָא דְגַדְיָא דָּמֵי.

Certains disent : (la viande) de chevreau, que (le four) soit scellé ou non, c'est permis. De bélier aussi, dans un (four) scellé, c'est permis.

Ils sont en désaccord pour (la viande) de bélier dans un (four) non scellé : Rav Achi permet et Rav Yirmeya de Difti interdit. Et selon Rav Achi, qui permet, n'a-t-on pas enseigné : on ne fait pas griller viande, oignon et œuf, sauf (s'il y a le temps) qu'ils grillent quand il fait encore jour ?

La, (il s'agit) de viande sur les braises. Ravina a dit : cette courge (qara) crue, c'est permis : puisque le vent lui nuit, elle est semblable à la viande de chevreau.

📜 Rachi (1)
בְּבִשְׂרָא אַגֻּומְרֵי שֶׁאֵינוֹ בְּתַנּוּר דַּאֲפִילּוּ כִּיסּוּי לֵיכָּא וּמוּכָן לַהֲפֹוךְ בּוֹ וְלַחְתּוֹת:
Viande sur les braises : qui n'est pas dans le four, où il n'y a même pas de couvercle, et il est prêt à la retourner et à attiser.
🗂️ Tossefot (1)
הָתָם בְּבִשְׂרָא אַגֻּומְרֵי וא"ת לְרַב אַשִּׁי דְּשָׁרֵי בַּרָחָא וְלָא שְׁרִיק וְלֹא אָסַר אֶלָּא בִּשְׂרָא אַגֻּומְרֵי תִּיקְשֵׁי לֵיהּ מַתְנֵי' דְּאֵין נוֹתְנִין הַפַּת בְּתוֹךְ הַתַּנּוּר (דַּף יט.) וְעוֹד מְשַׁלְשְׁלִין אֶת הַפֶּסַח אָמְרִי' מַאי טַעְמָא מִשּׁוּם דִּבְנֵי חֲבוּרָה זְרִיזִין הֵן כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן (שַׁבָּת דַּף כ:) וְהָא בְּלָאו הָכִי נָמֵי שָׁרֵי וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמַיְירֵי שֶׁהַתַּנּוּר פָּתוּחַ דְּהָוֵי כְּמוֹ בִּשְׂרָא אַגֻּומְרֵי וְנִרְאֶה דְּאֵין הֲלָכָה כְּרַב אַשִּׁי בְּהַאי לִישָּׁנָא דְּשָׁרֵי בַּרָחָא וְלָא שְׁרִיק דְּסֻוגְיָא דִּלְעֵיל דְּקָאָמַר כֵּיוָן דְּקָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא לָא מְגַלֶּה לָהּ לָא אָתְיָה כְּוָותֵיהּ וְכֵן סֻוגְיָא דִּלְקַמָּן גַּבֵּי בְּנֵי חֲבוּרָה דִּזְרִיזִין הֵם דִּמְשַׁנֵּי הַאי מְנַתֵּחַ פִּי' וְקָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא וְהַאי לָא מְנַתֵּחַ וּלְרַב אַשִּׁי אַפֵּי' הֵיכָא דְּלָא קָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא שָׁרִי:
Là, de la viande sur les braises : et si tu demandes : selon Rav Achi, qui permet (la viande) de bélier dans un four non scellé et n'interdit que la viande sur les braises, la michna : on ne met pas le pain dans le four (19a) lui poserait difficulté ! De plus, (à propos de) : on descend l'agneau pascal, nous disons : quelle en est la raison ? parce que les membres d'une confrérie (bnei havoura) sont diligents, comme on l'explique plus loin (20b) ; or, même sans cela, ce serait permis ! On peut répondre qu'il s'agit d'un four ouvert, qui équivaut à de la viande sur les braises. Il semble que la halakha n'est pas selon Rav Achi dans cette version, où il permet (la viande) de bélier dans un four non scellé : la sougya précédente, qui dit : puisque le vent lui nuit, il ne le découvre pas, ne va pas selon lui ; de même la sougya suivante, à propos des membres de la confrérie qui sont diligents, où l'on répond : celui-ci est découpé (menatah), c'est-à-dire que le vent lui nuit, et celui-là n'est pas découpé ; or selon Rav Achi, c'est permis même là où le vent ne lui nuit pas.
💡 Explication

Seconde version (itta deamri), plus souple : un seul facteur suffit à permettre. Le désaccord ne porte que sur le cas sans aucun facteur, bélier dans un four ouvert, que Rav Achi permet encore. La baraita est alors ramenée à la viande posée directement sur les braises, sans four ni couvercle.

Ravina assimile la courge crue au chevreau, car le vent l'abîme aussi. Tossefot concluent que la halakha ne suit pas Rav Achi dans cette seconde version, puisque les sougyot voisines s'appuient sur le critère du vent.

7
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים אֵין מוֹכְרִין. תָּנוּ רַבָּנַן, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֹא יִמְכֹּור אָדָם חֶפְצוֹ לְגוֹי, וְלֹא יַשְׁאִילֶנּוּ, וְלֹא יַלְוֶנּוּ, וְלֹא יִתֵּן לוֹ בְּמַתָּנָה אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לְבֵיתוֹ. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לַבַּיִת הַסָּמוּךְ לַחוֹמָה. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּדֵי שֶׁיֵּצֵא מִפֶּתַח בֵּיתוֹ. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה: הֵן הֵן דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא, הֵן הֵן דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל — לֹא בָּא רַבִּי עֲקִיבָא אֶלָּא לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי בֵּית הִלֵּל.

Beit Chammai disent : on ne vend pas (michna). Nos Maîtres ont enseigné : Beit Chammai disent : un homme ne vendra pas son objet à un non-Juif, ne le lui prêtera pas, ne lui fera pas de prêt (d'argent) et ne le lui donnera pas en cadeau, sauf (s'il y a le temps) qu'il arrive à sa maison.

Et Beit Hillel disent : (le temps) qu'il arrive à la maison voisine de la muraille. Rabbi Akiva dit : (le temps) qu'il sorte de l'entrée de sa maison.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda a dit : ce sont bien là les paroles de Rabbi Akiva, ce sont bien là les paroles de Beit Hillel ; Rabbi Akiva n'est venu que pour expliquer les paroles de Beit Hillel.

📜 Rachi (5)
לֹא יִשְׁאָלֶנּוּ שְׁאֵלָה דָּבָר הַחוֹזֵר בְּעַיִן הַלְוָאָה בְּדָבָר הַנִּיתָּן לְהוֹצָאָה:
Ne le lui prêtera pas : cheela (prêt d'usage), pour une chose qui revient telle quelle ; halvaa (prêt de consommation), pour une chose donnée pour être dépensée.
אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ הַנָּכְרִי לְבֵיתוֹ מִבְּעוֹד יוֹם ואע"ג דִּבְדִידֵיהּ קָטָרַח מַחְמִירִין ב"ש דְּמִיחַלַּף בִּשְׁלוּחוֹ:
Sauf qu'il arrive : le non-Juif, à sa maison quand il fait encore jour ; et bien qu'il se donne de la peine pour ce qui lui appartient, Beit Chammai sont stricts, car on le confondrait avec son mandataire (chalia'h).
בַּיִת הַסָּמוּךְ לַחוֹמָה שֶׁל עִיר אַחֶרֶת שֶׁהַנָּכְרִי דָּר שָׁם שֶׁהֲרֵי יָכוֹל לְהַנִּיחוֹ שָׁם:
La maison voisine de la muraille : de l'autre ville où habite le non-Juif, car il peut l'y déposer.
מִפֶּתַח בֵּיתוֹ שֶׁל יִשְׂרָאֵל:
De l'entrée de sa maison : de (la maison) du Juif.
הֵן הֵן דִּבְרֵי כו' לֹא בָּא ר"ע לַחֲלֹוק עַל ב"ה אֶלָּא לַחֲלֹוק עַל תַּנָּא בֶּן מַחֲלֻוקְתּוֹ שֶׁאָמַר אַלִּיבָּא דב"ה לַבַּיִת הַסָּמוּךְ לַחוֹמָה וּבָא ר"ע לוֹמַר לֹא אָמְרוּ ב"ה כֵּן אֶלָּא כו':
Ce sont bien là les paroles, etc. : Rabbi Akiva n'est pas venu contester Beit Hillel, mais contester le Tanna son contradicteur, qui avait dit selon Beit Hillel : jusqu'à la maison voisine de la muraille ; et Rabbi Akiva est venu dire : Beit Hillel n'ont pas dit cela, mais, etc.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא יַשְׁאִילֶנּוּ כו' אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לְבֵיתוֹ לָא מַייְרֵי בְּכֵלִים דְּאָסוּר לב"ש מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דַּאֲפִילּוּ בָּרְבִיעִי אוֹ בַּחֲמִישִׁי נָמֵי אֶלָּא כְּגוֹן חָלוּק וּשְׁאָר דְּבָרִים וְטַעְמָא מִשּׁוּם הוֹצָאָה וְנִרְאֶה כִּשְׁלוּחוֹ כִּדְפֵ"ה:
Ne le lui prêtera pas, etc., sauf qu'il arrive à sa maison : il ne s'agit pas d'ustensiles, qui sont interdits selon Beit Chammai à cause du repos des ustensiles même le mercredi ou le jeudi, mais par exemple d'une tunique et d'autres choses ; la raison est le transport (hotsaa), car il paraîtrait être son mandataire, comme Rachi l'a expliqué.
💡 Explication

Retour à la michna de 17b : vendre, prêter ou donner un objet à un non-Juif la veille de Chabbat. Le souci est l'apparence : si le non-Juif transporte l'objet pendant Chabbat, on pourrait croire qu'il agit comme mandataire (chalia'h) du Juif.

Trois mesures de temps : Beit Chammai, qu'il arrive chez lui ; le premier Tanna selon Beit Hillel, qu'il arrive à la maison voisine de la muraille de sa ville ; Rabbi Akiva, qu'il sorte de chez le Juif. Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda tranche : Rabbi Akiva rapporte l'avis authentique de Beit Hillel.

🖼️ Schéma
Vendre ou prêter à un non-Juif la veille de Chabbat : combien de temps doit-il rester ? Maison du Juif Maison du non-Juif muraille Rabbi Akiva = vrai avis de Beit Hillel sortir de chez le Juif Beit Hillel (1er Tanna) maison voisine de la muraille Beit Chammai arriver chez lui avant la nuit
Jusqu'où le non-Juif doit-il pouvoir arriver avant la nuit, selon chaque avis.
8
תָּנוּ רַבָּנַן, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֹא יִמְכֹּור אָדָם חֲמֵצוֹ לְגוֹי אֶלָּא אִם כֵּן יוֹדֵעַ בּוֹ שֶׁיִּכְלֶה קֹודֶם הַפֶּסַח, דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: כָּל זְמַן שֶׁמֻּותָּר לְאָוכְלוֹ — מֻותָּר לְמָוכְרוֹ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר:

Nos Maîtres ont enseigné : Beit Chammai disent : un homme ne vendra pas son hamets à un non-Juif, à moins qu'il ne sache qu'il sera consommé avant Pessa'h ; ce sont les paroles de Beit Chammai. Et Beit Hillel disent : tant qu'il est permis de le manger, il est permis de le vendre.

Rabbi Yehouda dit :

💡 Explication

Même structure pour le hamets la veille de Pessa'h : Beit Chammai exigent que le hamets soit consommé avant la fête ; Beit Hillel permettent de le vendre tant qu'il est encore permis de le manger. Dès la vente, il n'appartient plus au Juif. La phrase de Rabbi Yehouda se poursuit en 19a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).