Shabbat 19a — Le non-Juif, les lettres, le bateau et la règle des trois jours avant Chabbat

Shabbat 19a

Sougya : Le folio conclut la série de baraitot sur les rapports avec le non-Juif à l'approche de Chabbat et de Pessa'h : vente du koutah avant Pessa'h, nourriture donnée au chien et au non-Juif dans la cour, location d'ustensiles et envoi de lettres la veille de Chabbat. La baraita sur la lettre confiée à un non-Juif distingue le prix fixe (kitsouts) et la présence d'une maison du courrier (bei doar) dans la ville ; Rav Chechet explique le désaccord de Beit Chammai et Beit Hillel.

Viennent ensuite la règle des trois jours avant Chabbat pour prendre la mer et pour assiéger une ville, puis la coutume de la maison de Rabban Gamliel pour le linge blanc et le linge teint, et l'anecdote d'Abaye avec le blanchisseur. La guemara explique enfin pourquoi Beit Chammai n'ont pas décrété pour le pressoir : leur décret ne vise que ce qui rendrait passible d'un hatat le Chabbat.

Elle cherche le Tanna qui permet ce qui se fait de soi-même : Rabbi Yichmael.

Quand est-ce permis avant Chabbat ? (baraitot de 19a) Dimanche-mardi Mercredi-jeudi Vendredi (erev Chabbat) Louer ses ustensiles à un non-Juif permis interdit Envoyer une lettre par un non-Juif permis selon prix fixe / bei doar Prendre la mer (affaire facultative) permis interdit (moins de 3 jours) Prendre la mer (mitsva) permis (Rabbi : avec clause 'à condition de s'arrêter') De Tyr à Sidon (un jour) permis même le vendredi Assiéger une ville non-juive commencer : permis ne pas commencer ; si commence, on continue Linge blanc au blanchisseur maison de R. Gamliel ils s'en abstenaient (coutume) Linge teint au blanchisseur même le vendredi
Les baraitot du folio classées selon le moment de la semaine : ce qui est permis, interdit ou laissé à la coutume.
Confier une lettre à un non-Juif la veille de Chabbat A-t-il fixé un prix ? oui (kitsouts) non Permis (Beit Hillel) il travaille pour son propre salaire Bei doar établi en ville ? oui non Permis s'il a le temps d'arriver : Beit Chammai : à la maison du destinataire (Rachi : à la maison du doar) Beit Hillel : à la maison proche de la muraille de la ville Interdit il devrait le chercher le Chabbat
La lettre confiée à un non-Juif : prix fixe, maison du courrier (bei doar) et désaccord de Beit Chammai et Beit Hillel selon Rav Chechet.
Le critère du décret de Beit Chammai Si on faisait l'acte le Chabbat, serait-on passible d'un hatat ? oui non Décret de Beit Chammai interdit dès la veille à la tombée du jour encre et teinture à tremper lin dans le four, laine dans le chaudron pièges tendus aux animaux Pas de décret permis même selon Beit Chammai charger la poutre du pressoir à huile et les cercles du pressoir à vin : le liquide coule de lui-même
Pourquoi Beit Chammai n'ont pas interdit de charger le pressoir : leur décret ne vise que les actes passibles d'un hatat le Chabbat.
1
כֻּותָּח הַבַּבְלִי וְכָל מִינֵי כֻּותָּח אָסוּר לִמְכּוֹר שְׁלֹשִׁים יוֹם קֹודֶם הַפֶּסַח.

Le koutah babylonien et toutes sortes de koutah, il est interdit de les vendre (à un non-Juif) trente jours avant Pessa'h.

📜 Rachi (2)
כּוּתָח הַבַּבְלִי נוֹתְנִין בּוֹ חָמֵץ כִּדְאָמְרִי' בְּאֵלּוּ עוֹבְרִין וְאֵינוֹ עָשׂוּי לֶאֱכֹול יַחַד אֶלָּא לִטְבֹּול בּוֹ וְאֵינוֹ כָּלֶה עַד זְמַן מְרֻובֶּה:
Koutah babylonien : on y met du hamets, comme nous le disons (au chapitre) Elou overin ; il n'est pas fait pour être mangé d'un coup, mais pour y tremper (les aliments), et il ne s'épuise qu'au bout d'un long temps.
שְׁלֹשִׁים יוֹם מִשֶּׁמַּתְחִילִין לִדְרוֹשׁ בְּהִלְכוֹת הַפֶּסַח חָלָה אַזְהָרַת פֶּסַח עָלָיו:
Trente jours : à partir du moment où l'on commence à exposer les lois de Pessa'h, l'avertissement de Pessa'h s'applique à lui.
💡 Explication

Le koutah est une sauce où l'on met du pain (hamets). On ne la consomme que par petites quantités, en y trempant les aliments : elle dure longtemps. Si on la vend à un non-Juif dans les trente jours avant Pessa'h, elle risque d'être encore là à Pessa'h.

Rachi explique le chiffre de trente jours : c'est la période où l'on étudie les lois de Pessa'h, et l'obligation liée à la fête est déjà en vigueur.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: נוֹתְנִין מְזוֹנוֹת לִפְנֵי הַכֶּלֶב בֶּחָצֵר. נְטָלוֹ וְיָצָא — אֵין נִזְקָקִין לוֹ.

Les Rabbanan ont enseigné : on donne de la nourriture devant le chien dans la cour. S'il l'a prise et est sorti, on ne s'en occupe pas.

📜 Rachi (1)
כֶּלֶב רָמֵי עֲלֵיהּ לְזוּנוֹ:
Chien : il lui incombe de le nourrir.
💡 Explication

Le Chabbat, on peut poser de la nourriture devant son chien dans la cour. S'il l'emporte dans le domaine public, on n'a pas à l'en empêcher : le chien n'est pas soumis aux lois de Chabbat, et on ne lui a pas donné la nourriture pour qu'il la sorte.

3
כַּיּוֹצֵא בוֹ: נוֹתְנִין מְזוֹנוֹת לִפְנֵי הַגּוֹי בֶּחָצֵר. נְטָלוֹ וְיָצָא — אֵין נִזְקָקִין לוֹ. הָא תּוּ לָמָּה לִי, הַיְינוּ הָךְ. מַהוּ דְתֵימָא: הַאי רָמֵי עֲלֵיהּ, וְהַאי לָא רְמֵי עֲלֵיהּ — קָא מַשְׁמָע לַן.

De même : on donne de la nourriture devant le non-Juif dans la cour. S'il l'a prise et est sorti, on ne s'en occupe pas.

Pourquoi ai-je besoin de cela encore ? C'est la même chose !

On aurait pu dire : pour celui-ci (le chien), (sa nourriture) lui incombe, et pour celui-là (le non-Juif), elle ne lui incombe pas ; (la baraita) nous enseigne (que c'est permis).

🗂️ Tossefot (1)
נוֹתְנִין מְזוֹנוֹת לְנָכְרִי בֶּחָצֵר בְּשַׁבָּת אֲפִילּוּ לְב"ש דְּרָגִיל לְאוֹכְלוֹ מִיָּד וְדַוְקָא מְזוֹנוֹת אֲבָל שְׁאָר חֲפָצִים אֲסוּרִים אֲפִילּוּ לְב"ה דְּלָא שָׁרֵי ב"ה אֶלָּא בע"ש אֲבָל בְּשַׁבָּת לֹא וא"ת וְאַמַּאי נוֹתְנִין מְזוֹנוֹת לְנָכְרִי בְּשַׁבָּת הָא כֵּיוָן דְּאֵין מְזוֹנוֹתֵיהֶן עָלֶיךָ כִּדְאָמְרִינַן הָכָא ובפ"ב דְּבֵיצָה (דַּף כא:) דְּמוֹצִיא אֲנִי אֶת הַנָּכְרִי שֶׁאֵין מְזוֹנוֹתֵיהֶן עָלֶיךָ לִיתְּסַר כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (דַּף קָנָה:) דְּאָסוּר לִטְרֹוחַ בְּשַׁבָּת לָתֵת מְזוֹנוֹת לִפְנֵי חַיָּה מִשּׁוּם דְּאֵין מְזוֹנוֹתַי' עָלֶיךָ ה"נ ה"ל לְמֵיסַר בְּנָכְרִי וְיֵשׁ לוֹמַר כֵּיוָן דִּמְפַרְנְסִים עֲנִיֵּי נָכְרִים עִם עֲנִיֵּי יִשְׂרָאֵל מִשּׁוּם דַּרְכֵי שָׁלוֹם חֲשִׁיב קְצָת מְזוֹנוֹתָיו עָלֶיךָ לְעִנְיַן אִיסּוּר טֹורַח שְׁבוּת דְּרַבָּנָן אֲבָל לְעִנְיַן עֲשִׂיַּית מְלָאכָה בי"ט דְּהָוֵי אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא לָא חֲשִׁיב מְזוֹנוֹתָיו עָלֶיךָ: כָּתוּב בא"ז שפ"א חָלָה נָכְרִי וְשָׁלַח לִיהוּדִי א' בי"ט שֶׁיִּשְׁלַח לוֹ מִיֵּינוֹ וְאִם לֹא יִשְׁלַח לוֹ יָמוּת וְהַנָּכְרִי הָיָה מֻוחְזָק בָּעִיר וְהִתִּיר לִשְׁלֹוחַ לוֹ ע"י נָכְרִי מִשּׁוּם דַּרְכֵי שָׁלוֹם וְשָׁלַח אֶל רַבֵּינוּ שִׂמְחָה וְהִתִּיר לוֹ אֲבָל לֹא ע"י יִשְׂרָאֵל ולה"ר יִצְחָק נִרְאֶה דְּהוּא הַדִּין בְּשַׁבָּת אִם הָיָה הָעִנְיָן כָּךְ שֶׁהָיָה דָּבָר שֶׁשַּׁיָּיךְ דַּרְכֵי שָׁלוֹם כְּגוֹן שֶׁהָיָה הַנָּכְרִי אַלָּם נִרְאֶה שֶׁמֻּותָּר לִשְׁלֹוחַ לוֹ עַל יְדֵי נָכְרִי לְדִידַן דְּלֵית לָן הַשְׁתָּא רְשׁוּת הָרַבִּים דְּאוֹרָיְיתָא [תּוֹס' יְשָׁנִים]:
On donne de la nourriture au non-Juif dans la cour : le Chabbat, même selon Beit Chammai, car il a l'habitude de la manger tout de suite. Et seulement de la nourriture ; mais les autres objets sont interdits même selon Beit Hillel, car Beit Hillel ne permettent que la veille de Chabbat, et pas le Chabbat. Et si tu demandes : pourquoi donne-t-on de la nourriture au non-Juif le Chabbat ? Puisque sa nourriture ne t'incombe pas, comme nous le disons ici et au deuxième chapitre de Beitsa (21b) : 'j'exclus le non-Juif, dont la nourriture ne vous incombe pas', cela devrait être interdit, comme nous le disons au dernier chapitre (155b) : il est interdit de se donner de la peine le Chabbat pour donner de la nourriture devant un animal sauvage, parce que sa nourriture ne t'incombe pas ; de même il aurait fallu l'interdire pour le non-Juif. On peut répondre : puisqu'on entretient les pauvres non-Juifs avec les pauvres d'Israël à cause des voies de la paix (darkhei chalom), on considère que sa nourriture t'incombe un peu, pour l'interdit de la peine (tirha), qui est un chevout rabbinique ; mais pour l'accomplissement d'un travail le Yom tov, qui est un interdit de la Torah, on ne considère pas que sa nourriture t'incombe. Il est écrit dans le Or Zaroua qu'une fois un non-Juif tomba malade et envoya dire à un Juif, le Yom tov, de lui envoyer de son vin, faute de quoi il mourrait ; ce non-Juif était un homme influent dans la ville. On permit de le lui envoyer par l'intermédiaire d'un non-Juif, à cause des voies de la paix ; on consulta Rabbenou Simha, qui le permit, mais pas par l'intermédiaire d'un Juif. Et à Rabbi Yitshak il semble qu'il en va de même le Chabbat, si l'affaire relevait des voies de la paix, par exemple si le non-Juif était un homme violent : il semble permis de le lui envoyer par un non-Juif, pour nous qui n'avons plus aujourd'hui de domaine public de la Torah [Tossefot Yechanim].
⚖️ Rosh (1)
יְצִיאוֹת הַשַּׁבָּת שְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע בִּפְנִים וּשְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע בַּחוּץ. כֵּיצַד הֶעָנִי עוֹמֵד בַּחוּץ וּבַעַל הַבַּיִת בִּפְנִים. פָּשַׁט הֶעָנִי אֶת יָדוֹ לִפְנִים וְנָתַן לְתוֹךְ יָדוֹ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת אוֹ שֶׁנָּטַל מִתּוֹכָהּ וְהוֹצִיא הֶעָנִי חַיָּיב וּבַעַל הַבַּיִת פָּטוּר. פָּשַׁט בַּעַל הַבַּיִת אֶת יָדוֹ לַחוּץ וְנָתַן לְתוֹךְ יָדוֹ שֶׁל עָנִי אוֹ שֶׁנָּטַל מִתּוֹכָהּ וְהִכְנִיס בעה"ב חַייָּב וְהֶעָנִי פָּטוּר. פָּשַׁט הֶעָנִי אֶת יָדוֹ לִפְנִים וְנָטַל בַּעַל הַבַּיִת מִתּוֹכָהּ אוֹ שֶׁנָּתַן לְתוֹכָהּ וְהוֹצִיא שְׁנֵיהֶם פְּטוּרִין. פָּשַׁט בעה"ב אֶת יָדוֹ לַחוּץ וְנָטַל הֶעָנִי מִתּוֹכָהּ אוֹ שֶׁנָּתַן לְתוֹכָהּ וְהִכְנִיס שְׁנֵיהֶן פְּטוּרִין. הָנֵי תְּרֵי בָּבֵי בָּתְרָיְיתָא דְּקָתָנֵי בָּהֶן שְׁנֵיהֶן פְּטוּרִין פָּטוּר אֲבָל אָסוּר קָאָמַר דְּהָוֵי שְׁנַיִם שֶׁעֲשָׂאוֹ זֶה עוֹקֵר וְזֶה מַנִּיחַ וְאָסוּר מִדְּרַבָּנָן. וּתְרֵי בָּבֵי קַמַּיְיתָא דְּקָתָנֵי בָּהֶן בעה"ב פָּטוּר וְהֶעֱנִי פָּטוּר מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא דַּף ג. דְּפָטוּר וּמֻותָּר לְגַמְרֵי מִשּׁוּם דְּלָאו מִידִי קָעֲבִיד. וְקָשֶׁה וְהֵיכִי קָאָמַר דְּפָטוּר וּמֻותָּר לְגַמְרֵי וְהָא קָעָבַר מִשּׁוּם לִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול וּכְמוֹ מוֹשִׁיט כּוֹס יַיִן לְנָזִיר וְאֵבֶר מִן הַחַי לִבְנֵי נֹחַ. וְאֵין לוֹמַר דְּהָכָא מַיְירֵי בכה"ג דַּאֲפִילּוּ אִם לֹא הָיָה נוֹתְנוֹ בְּיָדוֹ הָיָה יָכוֹל לִיטְלוֹ דְּהַשְׁתָּא לֵיכָּא מִשּׁוּם לִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול כִּדְמוֹכַח פ"ק דַּע"ז דַּף ו: דְּמוּקֵי לְהָא דְּנוֹתֵן כּוֹס יַיִן לְנָזִיר וְאֵבֶר מִן הַחַי לִבְנֵי נֹחַ דְּקָיְימִי בִּתְרֵי עֶבְרֵי דְּנַהֲרָא וְלֹא הָיָה יָכוֹל לִיטְלוֹ אִם לֹא שֶׁהוֹשִׁיט לוֹ דמ"מ אִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן אִיכָּא דַּאֲפִילּוּ קָטָן אוֹכֵל נְבֵילוֹת ב"ד מְצֻווִּין לְהַפְרִישׁוֹ כ"ש גָּדוֹל שֶׁלֹּא יְסַיֵּיעַ לוֹ. וְכִי תֵּימָא דְּהָכָא מַיְירֵי בְּנָכְרִי דְּלָא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ לִפְנֵי עִוֵּר וְהָא דְּקָתָנֵי הֶעָנִי חַייָּב לְסִימָנָא בְּעָלְמָא אִם הָיָה יִשְׂרָאֵל הָיָה חַיָּיב מ"מ אִיסּוּר דְּרַבָּנָן אִיכָּא דְּתַנְיָא בְּשִׁילְהֵי פִּרְקִין דַּף יט. נוֹתְנִין מְזוֹנוֹת לִפְנֵי הַנָּכְרִי בֶּחָצֵר נְטָלוֹ וְיָצָא אֵין נִזְקָקִין לוֹ וּמַשְׁמַע דַּוְקָא כְּשֶׁהַנָּכְרִי בֶּחָצֵר אֲבָל אִם הָיָה עוֹמֵד בַּחוּץ וּפָשַׁט יָדוֹ לִפְנִים אָסוּר דְּנִרְאֶה כְּנוֹתֵן לוֹ עַל מְנָת לְהוֹצִיא. וְי"ל דְּהָכָא מַיְירֵי כְּשֶׁהַחֵפֶץ שֶׁל הַנָּכְרִי וכה"ג לֵיכָּא אִיסּוּר אֲפִילּוּ נִרְאֶה כְּנוֹתֵן לוֹ עַל מְנָת לְהוֹצִיא כֵּיוָן שֶׁאֵין הַחֵפֶץ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת וּבְאַשְׁכְּנַז רָאִיתִי מוֹרִין לְאִיסּוּר אַף בְּחֵפֶץ שֶׁל עו"ג וְכֵן מִסְתַּבֵּר כֵּיוָן שֶׁאָסוּר הוּא מִשּׁוּם מַרְאִית הָעַיִן כִּי הָרוֹאֶה סָבוּר שֶׁנּוֹתֵן לוֹ עַל מְנָת לְהוֹצִיא אֵין לְחַלֵּק כִּי הָרוֹאֶה אֵינוֹ מַכִּיר שֶׁל מִי הַחֵפֶץ. וְכָל זֶה הַדִּקְדּוּק אֵינוֹ נִרְאֶה לִי דִּלְעוֹלָם בְּיִשְׂרָאֵל מַיְירֵי ואע"ג דְּאִיכָּא אִיסּוּרָא דְּלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול לָא אַייְרִינַן הָכָא אֶלָּא בְּאִיסּוּרֵי שַׁבָּת וְקָרֵי לֵיהּ פָּטוּר וּמֻותָּר כֵּיוָן דְּלֵיכָּא אִיסּוּרָא מִשּׁוּם שַׁבָּת:
Les sorties de Chabbat sont deux qui sont quatre à l'intérieur, et deux qui sont quatre à l'extérieur. Comment ? Le pauvre se tient dehors et le maître de maison dedans. Le pauvre tend la main à l'intérieur et donne dans la main du maître de maison, ou prend de sa main et sort : le pauvre est coupable et le maître de maison exempt. Le maître de maison tend la main dehors et donne dans la main du pauvre, ou prend de sa main et rentre : le maître de maison est coupable et le pauvre exempt. Le pauvre tend la main à l'intérieur et le maître de maison y prend, ou y donne, et il sort : tous deux sont exempts. Le maître de maison tend la main dehors et le pauvre y prend, ou y donne, et il rentre : tous deux sont exempts. Ces deux derniers cas, où il est enseigné que tous deux sont exempts, signifient exempt mais interdit : ce sont deux personnes qui ont fait (le travail), l'une arrache (akira) et l'autre dépose (hanaha), et c'est interdit de rang rabbinique. Et les deux premiers cas, où il est enseigné que le maître de maison est exempt ou que le pauvre est exempt, la Guemara (3a) expliqué qu'il est exempt et entièrement permis, parce qu'il n'a rien fait. Mais c'est difficile : comment dire qu'il est exempt et entièrement permis, alors qu'il transgresse 'devant un aveugle, ne mets pas d'obstacle' (lifnei iver), comme celui qui tend une coupe de vin à un nazir ou un membre d'animal vivant à un descendant de Noé ? On ne peut pas dire qu'il s'agit ici d'un cas où, même s'il ne le lui avait pas donné en main, (l'autre) aurait pu le prendre, de sorte qu'il n'y a pas 'devant un aveugle', comme il ressort du premier chapitre d'Avoda zara (6b), qui situe le cas de celui qui donne une coupe de vin à un nazir ou un membre d'animal vivant à un descendant de Noé quand ils se tiennent sur les deux rives d'un fleuve et qu'il n'aurait pas pu le prendre sans qu'on le lui tende ; car de toute façon il y a un interdit rabbinique : même un enfant qui mange des neveilot, le tribunal a le devoir de l'en séparer, à plus forte raison ne faut-il pas aider un adulte. Et si tu dis qu'il s'agit ici d'un non-Juif, à qui 'devant un aveugle' ne s'applique pas, et que 'le pauvre est coupable' est un simple repère (s'il était juif, il serait coupable), il y a de toute façon un interdit rabbinique, comme il est enseigné à la fin de notre chapitre (19a) : on donne de la nourriture devant le non-Juif dans la cour ; s'il l'a prise et est sorti, on ne s'en occupe pas. Cela implique : seulement quand le non-Juif est dans la cour ; mais s'il se tenait dehors et tendait la main à l'intérieur, c'est interdit, car on semble lui donner pour qu'il sorte (l'objet). On peut répondre qu'il s'agit ici d'un objet appartenant au non-Juif ; dans ce cas il n'y a pas d'interdit, même si l'on semble lui donner pour qu'il le sorte, puisque l'objet n'appartient pas au maître de maison. En Achkenaz, j'ai vu qu'on enseignait l'interdit même pour un objet appartenant au non-Juif, et c'est logique : puisque c'est interdit à cause de l'apparence (marit ha-ayin), celui qui voit pensant qu'il lui donne pour qu'il sorte (l'objet), il n'y a pas lieu de distinguer, car celui qui voit ne sait pas à qui appartient l'objet. Mais toute cette analyse ne me paraît pas juste : en réalité il s'agit d'un Juif, et bien qu'il y ait l'interdit de 'devant un aveugle, ne mets pas d'obstacle', nous ne traitons ici que des interdits de Chabbat ; on l'appelle 'exempt et permis' puisqu'il n'y a pas d'interdit au titre de Chabbat.
💡 Explication

La guemara s'étonne de la répétition : le chien et le non-Juif ne sont ni l'un ni l'autre soumis aux lois de Chabbat. Réponse : pour le chien, sa nourriture incombe à son maître (rami alei) ; pour le non-Juif, elle ne lui incombe pas. On aurait pu penser qu'il ne faut pas lui donner à manger quand il risque de sortir l'aliment ; la baraita enseigne que c'est permis.

Tossefot justifient la permission : puisqu'on nourrit les pauvres non-Juifs à cause des darkhei chalom (voies de la paix), leur nourriture est considérée comme nous incombant un peu, pour un interdit rabbinique.

Le Roch cite ici la michna des sorties de Chabbat (2a) et se sert de cette baraita pour discuter l'interdit de lifnei iver et l'apparence (marit ha-ayin).

4
תָּנוּ רַבָּנַן: לֹא יַשְׂכִּיר אָדָם כֵּלָיו לְגוֹי בְּעֶרֶב שַׁבָּת, בָּרְבִיעִי וּבַחֲמִישִׁי מֻותָּר. כַּיּוֹצֵא בוֹ, אֵין מְשַׁלְּחִין אִיגְּרוֹת בְּיַד גּוֹי בְּעֶרֶב שַׁבָּת, בָּרְבִיעִי וּבַחֲמִישִׁי — מֻותָּר. אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי יוֹסֵי הַכֹּהֵן, וְאָמְרִי לַהּ עַל רַבִּי יוֹסֵי הֶחָסִיד, שֶׁלֹּא נִמְצָא כְּתַב יָדוֹ בְּיַד גּוֹי מֵעוֹלָם.

Les Rabbanan ont enseigné : un homme ne louera pas ses ustensiles à un non-Juif la veille de Chabbat ; le mercredi et le jeudi, c'est permis. De même, on n'envoie pas de lettres par un non-Juif la veille de Chabbat ; le mercredi et le jeudi, c'est permis.

On a dit de Rabbi Yossi le Cohen, et certains disent de Rabbi Yossi le Hassid, qu'on n'a jamais trouvé un écrit de sa main dans la main d'un non-Juif.

📜 Rachi (2)
לֹא יַשְׂכִּיר אָדָם כֵּלָיו לַעֲשׂוֹת בָּהֶן מְלָאכָה בע"ש דְּנִרְאֶה שֶׁמַּשְׂכִּירוֹ לוֹ לְצֹורֶךְ הַשַּׁבָּת:
Un homme ne louera pas ses ustensiles : pour y faire un travail, la veille de Chabbat, car il semble les lui louer pour les besoins du Chabbat.
שֶׁלֹּא נִמְצָא כְּתַב יָדוֹ שֶׁלֹּא יוֹלִיכֶנּוּ בְּשַׁבָּת:
Qu'on n'a pas trouvé un écrit de sa main : de peur qu'il ne le porte le Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא יַשְׂכִּיר אֵין לְפָרֵשׁ מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים וכב"ש דא"כ אַפֵּי' בָּרְבִיעִי וּבַחֲמִישִׁי נָמֵי אֶלָּא כב"ה הִיא דְּלֵית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים אוֹ בְּחָלוּק וְטַלִּית וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן אַיְירֵי דְּלָא שַׁייָּךְ שְׁבִיתַת כֵּלִים וְאָסוּר לְפִי שֶׁנִּרְאֶה כְּנוֹטֵל שְׂכַר שַׁבָּת אַף עַל פִּי שֶׁמַּשְׂכִּירוֹ יַחַד חֹדֶשׁ אוֹ שָׁבוּעַ דְּאִם מַשְׂכִּירוֹ לְיוֹם אֲפִילּוּ בָּרְבִיעִי וּבַחֲמִישִׁי אָסוּר כִּדְמַשְׁמַע בְּסוֹף הַזָּהָב (בּ"מ דַּף נח.) גַּבֵּי שׂוֹכֵר פּוֹעֲלִים לִשְׁמוֹר פָּרָה אוֹ תִּינוֹק וְדַוְקָא לְשָׂוכְרוֹ דְּמִיחְזֵי כְּנוֹטֵל שְׂכַר שַׁבָּת אֲבָל שְׁאֵלָה שָׁרְיָא:
Il ne louera pas : on ne peut pas expliquer que c'est à cause du repos des ustensiles (chevitat kelim) et selon Beit Chammai, car alors (ce serait interdit) même le mercredi et le jeudi. C'est plutôt selon Beit Hillel, qui ne retiennent pas le repos des ustensiles ; ou bien il s'agit d'une tunique, d'un manteau et semblables, auxquels le repos des ustensiles ne s'applique pas. C'est interdit parce qu'il semble toucher un salaire du Chabbat (sekhar Chabbat), bien qu'il le loue en bloc pour un mois ou une semaine ; car s'il le loue à la journée, c'est interdit même le mercredi et le jeudi, comme il ressort de la fin du chapitre Ha-zahav (Bava Metsia 58a) au sujet de celui qui engage des ouvriers pour garder une vache ou un enfant. Cela ne vaut que pour la location, qui ressemble à un salaire du Chabbat ; mais le prêt est permis.
💡 Explication

Deux interdits de la veille de Chabbat, permis en milieu de semaine : louer ses ustensiles à un non-Juif, et lui confier une lettre. Loin de Chabbat, on ne peut pas penser que le Juif fait travailler le non-Juif pour lui le Chabbat.

Tossefot écartent la raison de la chevitat kelim (elle interdirait aussi le mercredi) et retiennent l'apparence de sekhar Chabbat, le salaire perçu pour le Chabbat.

Rabbi Yossi, par piété, ne laissait jamais une lettre de sa main chez un non-Juif, même en semaine.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מְשַׁלְּחִין אִיגֶּרֶת בְּיַד גּוֹי עֶרֶב שַׁבָּת, אֶלָּא אִם כֵּן קוֹצֵץ לוֹ דָּמִים. בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לְבֵיתוֹ, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לַבַּיִת הַסָּמוּךְ לַחוֹמָה.

Les Rabbanan ont enseigné : on n'envoie pas de lettre par un non-Juif la veille de Chabbat, à moins de lui fixer un prix. Beit Chammai disent : (s'il a le temps) d'arriver à sa maison ; et Beit Hillel disent : (s'il a le temps) d'arriver à la maison proche de la muraille.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא אִם כֵּן קָצַץ לוֹ דָּמִים דְּכֵיוָן דְּקוֹצֵץ לוֹ דָּמִים בְּדִידֵיהּ טָרַח וב"ש לָא מוֹדוֹ בְּקָצַץ דַּאֲפִילּוּ בְּקָצַץ פְּלִיגִי דְּהָא לֹא עָדִיף מִמּוֹכֵר וּמַשְׁאִיל וְנוֹתֵן מַתָּנָה אֶלָּא מִילְּתָא דב"ה אַשְׁמְעִינַן דְּבִדְלָא קוֹצֵץ לָא פְלִיגִי דְּאָסוּר:
À moins de lui fixer un prix : puisqu'il lui fixe un prix, il se donne de la peine pour lui-même. Et Beit Chammai n'admettent pas (la permission) quand il a fixé (le prix), car même quand il a fixé ils sont en désaccord, puisque ce n'est pas mieux que celui qui vend, prête ou donne un cadeau. C'est l'avis de Beit Hillel que (la baraita) nous enseigne ; et quand il n'a pas fixé (le prix), ils ne sont pas en désaccord : c'est interdit.
לְבֵיתוֹ שֶׁל מִי שֶׁנִּשְׁתַּלֵּחַ לוֹ:
Sa maison : (la maison) de celui à qui (la lettre) est envoyée.
לַבַּיִת הַסָּמוּךְ לְחוֹמַת הָעִיר שֶׁנִּשְׁתַּלֵּחַ שָׁם:
La maison proche : de la muraille de la ville où elle est envoyée.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אִם כֵּן קוֹצֵץ לוֹ דָּמִים מַתְנֵי נָמֵי דְּנוֹתְנִים כֵּלִים לְכוֹבֵס וְעוֹרוֹת לָעַבְּדָן אַיְירֵי נָמֵי בְּקוֹצֵץ וְהָא דְּפָרִיךְ וַהֲלֹא קָצַץ לב"ה פָּרִיךְ:
À moins de lui fixer un prix : la michna aussi, (qui permet de donner) des vêtements au blanchisseur et des peaux au tanneur, traite également du cas où il a fixé (le prix). Et la question 'n'a-t-il pas fixé (le prix) ?' est posée selon Beit Hillel.
💡 Explication

Quand le Juif fixe un prix pour la course (kitsouts damim), le non-Juif travaille pour gagner son salaire, et non comme mandataire du Juif.

La baraita semble ensuite rapporter un désaccord sur le temps nécessaire : Beit Chammai exigent que le messager puisse atteindre la maison du destinataire avant Chabbat, Beit Hillel qu'il puisse atteindre la première maison après la muraille de la ville de destination. Le segment suivant pose la difficulté.

6
וַהֲלֹא קָצַץ? אָמַר רַב שֵׁשֶׁת, הָכִי קָאָמַר: וְאִם לֹא קָצַץ — בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: עַד שֶׁיַּגִּיעַ לְבֵיתוֹ, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: עַד שֶׁיַּגִּיעַ לַבַּיִת הַסָּמוּךְ לַחוֹמָה.

Mais n'a-t-il pas fixé (le prix) ? Rav Chechet dit : voici ce qu'il dit : et s'il n'a pas fixé (le prix), Beit Chammai disent : jusqu'à ce qu'il arrive à sa maison ; et Beit Hillel disent : jusqu'à ce qu'il arrive à la maison proche de la muraille.

📜 Rachi (1)
וַהֲלֹא קָצַץ וְאַמַּאי אָסְרִי ב"ה הָא אִינְהוּ שָׁרוּ לְעֵיל:
Mais n'a-t-il pas fixé : pourquoi Beit Hillel interdisent-ils ? Eux-mêmes permettaient plus haut.
💡 Explication

La question : si le prix est fixé, Beit Hillel permettent sans condition de temps. Rav Chechet lit donc la baraita en deux parties : le prix fixe permet l'envoi ; sans prix fixe, Beit Chammai et Beit Hillel discutent du temps de trajet nécessaire avant Chabbat.

7
וְהָאָמְרַתְּ רֵישָׁא אֵין מְשַׁלְּחִין? לָא קַשְׁיָא: הָא דִּקְבִיעַ בֵּי דַוָּאר בְּמָתָא, וְהָא דְּלָא קְבִיעַ בֵּי דַוָּאר בְּמָתָא.

Mais tu as dit dans la première partie : on n'envoie pas ! Ce n'est pas difficile : ici, quand il y a une maison du courrier (bei doar) établie dans la ville ; là, quand il n'y a pas de maison du courrier établie dans la ville.

📜 Rachi (3)
וְהָא אָמְרַתְּ רֵישָׁא אֵין מְשַׁלְּחִין אא"כ. קָצַץ:
Mais tu as dit dans la première partie : on n'envoie pas : à moins qu'il ait fixé (le prix).
דֹּואַר שִׁלְטוֹן הָעִיר וְלוֹ רְגִילִין לִשְׁלֹוחַ אִיגְּרוֹת:
Doar : le gouverneur de la ville ; c'est à lui qu'on avait l'habitude d'envoyer les lettres.
שְׁכִיחָא בְּמָתָא מְשַׁלְּחִין בְּלֹא קוֹצֵץ בִּכְדֵי שֶׁיַּגִּיעַ הַשָּׁלִיחַ לְמַר לְבֵית הַדַּוָּאר וּלְמַר לַבַּיִת הַסָּמוּךְ לַחוֹמָה וְרֵישָׁא דְּאֵין מְשַׁלְּחִין בְּלֹא קוֹצֵץ כְּלָל דְּלָא קְבִיעַ בְּמָתָא וְאִם לֹא יִמְצָאֶנּוּ יְהֵא צָרִיךְ לֵילֵךְ אַחֲרָיו בְּשַׁבָּת:
Présent dans la ville : on envoie sans fixer (le prix), à condition que le messager ait le temps d'arriver, selon l'un à la maison du doar, selon l'autre à la maison proche de la muraille. Et la première partie, (qui dit) qu'on n'envoie pas du tout sans fixer (le prix), (traite du cas) où il n'est pas établi dans la ville : s'il ne le trouve pas, il devra le chercher le Chabbat.
💡 Explication

Nouvelle difficulté : le début de la baraita interdit tout envoi sans prix fixe, alors que la suite le permet sous condition de temps. Réponse : tout dépend de l'existence d'un bei doar, un bureau fixe ou l'on dépose le courrier.

S'il existe, le messager le trouve sans chercher, et il suffit qu'il puisse y arriver avant Chabbat. S'il n'existe pas, le messager devrait chercher le destinataire pendant Chabbat : sans prix fixe, c'est interdit. Voir le schéma de synthèse.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מַפְלִיגִין בִּסְפִינָה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה יָמִים קֹודֶם לַשַּׁבָּת. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — לִדְבַר הָרְשׁוּת, אֲבָל לִדְבַר מִצְוָה — שַׁפִּיר דָּמֵי. וּפוֹסֵק עִמּוֹ עַל מְנָת לִשְׁבּוֹת, וְאֵינוֹ שׁוֹבֵת — דִּבְרֵי רַבִּי. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ. וּמִצּוֹר לְצִידֹן — אֲפִילּוּ בְּעֶרֶב שַׁבָּת מֻותָּר.

Les Rabbanan ont enseigné : on ne prend pas la mer en bateau moins de trois jours avant Chabbat. De quoi parle-t-on ?

D'une affaire facultative (devar ha-rechout) ; mais pour une affaire de mitsva, c'est permis. Et il convient avec lui (le non-Juif) à condition de s'arrêter, et il ne s'arrête pas : ce sont les paroles de Rabbi.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : ce n'est pas nécessaire. Et de Tyr à Sidon, même la veille de Chabbat, c'est permis.

📜 Rachi (3)
מַפְלִיגִין מַפְרִישִׁין מִן הַיַּבָּשָׁה לַיָּם וְזֶהוּ לְשׁוֹן [הַפְלָגַת] סְפִינָה עַל שֵׁם שֶׁמַּפְלִיג עַצְמוֹ מִן הַייִּשּׁוּב וּמֵרַבֵּינוּ יַעֲקֹב שָׁמַעְתִּי בְּעֵירוּבִין שֶׁאֶמְצָעִיתוֹ שֶׁל יָם נִקְרָא פֵּילָגוּס וְאַף בִּלְשׁוֹן לַעַז פִּילְגְּס:
Mafliguin : s'éloigner de la terre ferme vers la mer ; c'est l'expression [haflagat] ha-sefina, parce que (le bateau) s'éloigne (maflig) des lieux habités. Et j'ai entendu de Rabbenou Yaakov, à propos d'Erouvin, que le milieu de la mer s'appelle pilgos, et de même en langue vernaculaire (laaz), pilgos.
וּפוֹסֵק עִם הַנָּכְרִי ע"מ לִשְׁבּוֹת וְאֵין צָרִיךְ לִשְׁבּוֹת:
Et il convient : avec le non-Juif, à condition de s'arrêter ; et il n'est pas nécessaire de s'arrêter.
וּמִצּוֹר לְצִידֹן אֵין אֶלָּא מַהֲלַךְ יוֹם ובע"ש הָיָה שָׁם יוֹם הַשּׁוּק כִּדְאָמְרִינַן בִּפְסָחִים בְּמָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים דַּף נ:):
Et de Tyr à Sidon : il n'y a qu'une journée de trajet, et la veille de Chabbat c'était là le jour de marché, comme nous le disons dans Pessahim, (chapitre) Bimkom che-nahagou (Pessahim 50b).
🗂️ Tossefot (1)
אֵין מַפְלִיגִין בִּסְפִינָה אֲפִילּוּ תּוֹךְ הַתְּחוּם אָסוּר מִשּׁוּם שָׁט כִּדְמוֹכַח בְּפֶ' תּוֹלִין (לְקַמָּן שַׁבָּת קלט: וְשָׁם) גַּבֵּי הַהוּא צוּרְבָּא מִדְּרַבָּנָן דְּאָמַר לְמֵינַם בָּעֵינָא וְאָזֵיל לְאִידָךְ גִּיסָא וְשָׁמַר פֵּירֵי מַשְׁמַע דְּתוֹךְ הַתְּחוּם הָיָה וְאַפֵּ"ה בְּלֹא הַעֲרָמָה אָסוּר:
On ne prend pas la mer en bateau : même à l'intérieur de la limite (tehoum), c'est interdit à cause de la navigation (chat), comme il ressort du chapitre Tolin (plus loin, Chabbat 139b) au sujet de ce disciple des sages qui dit 'je veux dormir', passa de l'autre côté et garda des fruits : cela implique que c'était à l'intérieur de la limite, et malgré cela, sans ruse (haarama), c'était interdit.
💡 Explication

On ne s'embarque pas pour un voyage facultatif moins de trois jours avant Chabbat (la raison est discutée par les commentateurs, voir le Roch sur le segment suivant). Pour une mitsva, c'est permis.

Selon Rabbi, le passager doit convenir avec le capitaine non-juif qu'il s'arrêtera le Chabbat, même si en fait il ne s'arrête pas ; Rabban Chimon ben Gamliel dispense de cette clause. Le trajet court de Tyr à Sidon est permis même le vendredi.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין צָרִין עַל עֲייָרוֹת שֶׁל גּוֹיִם פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה יָמִים קֹודֶם לַשַּׁבָּת. וְאִם הִתְחִילוּ — אֵין מַפְסִיקִין. וְכֵן הָיָה שַׁמַּאי אוֹמֵר: ״עַד רִדְתָּהּ״, אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת.

Les Rabbanan ont enseigné : on n'assiège pas des villes de non-Juifs moins de trois jours avant Chabbat. Et s'ils ont commencé, on n'interrompt pas.

Et ainsi Chammai disait : 'jusqu'à sa chute' (Devarim 20,20), même le Chabbat.

⚖️ Rosh (3)
ת"ר נוֹתְנִין מְזוֹנוֹת לַכֶּלֶב בֶּחָצֵר וְאִם נָטַל וְיָצָא אֵין נִזְקָקִין לוֹ כַּיּוֹצֵא בּוֹ נוֹתְנִין מְזוֹנוֹת לִפְנֵי הַנָּכְרִי בֶּחָצֵר וְאִם נְטָלוֹ וְיָצָא אֵין נִזְקָקִין לוֹ. ת"ר לֹא יַשְׂכִּיר אָדָם כֵּלָיו לְנָכְרִי בע"ש וּבִרְבִיעִי וּבַחֲמִישִׁי מֻותָּר רַב אִלְפָּס זַ"ל לֹא הֱבִיאָהּ בְּהִלְכוֹתָיו נִרְאֶה דס"ל טַעְמָא מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים וַאֲנַן קי"ל כב"ה וְקָשֶׁה דְּאִי טַעְמָא מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים אֲפִילּוּ בַּד' וּבָהּ' נָמֵי אָסוּר וי"מ דִּשְׁבִיתַת כֵּלִים כִּי הַאי שֶׁאֵין מְלֶאכֶת יִשְׂרָאֵל נַעֲשֶׂה בָּהֶם אֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן הִלְכָּךְ לָא אַחְמוּר בַּד' וּבָהּ' וְלָא נְהִירָא דְּאִי כב"ש אָתְיָא הֲוָה לֵיהּ לְהַשַּׁ"ס לְמֵימַר הָא מַנִּי ב"ש הִיא וּמִדְּקָבְעָה בַּגְּמָרָא בִּסְתָם מַשְׁמַע דְּאַלִּיבָּא דְּהִלְכְתָא הִיא וְעוֹד מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא כַּיּוֹצֵא בּוֹ אֵין מְשַׁלְּחִין אִיגְּרוֹת בְּיַד נָכְרִי בע"ש וְאִי ב"ש צְרִיכָא לְמֵימַר דְּהַשְׁתָּא מְכִירָה וּנְתִינָה אָסְרִי ב"ש שְׁלִיחוּת מִבַּעְיָא ופר"י דְּאָסוּר דְּמִתְחֲזֵי כְּנוֹטֵל שְׂכַר שַׁבָּת וּמַיְירֵי בִּשְׂכִיר שַׁבָּת אוֹ בִּשְׂכִיר חֹודֶשׁ אֲבָל בִּשְׂכִיר יוֹם אַפֵּי' בַּד' וּבָהּ' אָסוּר מִידֵּי דַּהֲוָה אַשְּׂכִירוּת פּוֹעֵל לִשְׁמוֹר פָּרָה וְתִינוֹק בְּפֶרֶק הַזָּהָב (בָּבָא מְצִיעָא דַּף נח) וְאַפֵּ"ה אָסְרִי בע"ש מִפְּנֵי מַרְאִית הָעַיִן אע"ג דִּלְיִשְׂרָאֵל מֻותָּר בְּהַבְלָעָה דְּשַׁבָּת אוֹ חֹדֶשׁ לְנָכְרִי אָסוּר והר"י זַ"ל פִּי' דְּאִי אַיְירֵי בְּכֵלִים שֶׁאֵין עוֹשִׂין בָּהֶן מְלָאכָה לָא מִיסְתַּבֵּר לְמֵיסַר בְּנָכְרִי טְפֵי מִבְּיִשְׂרָאֵל דְּמַה שַׁייָּךְ מַרְאִית הָעַיִן בְּנָכְרִי טְפֵי מִבְּיִשְׂרָאֵל וּפִי' דְּמַייְרֵי בְּכֵלִים דְּעוֹשִׂין בָּהֶן מְלָאכָה כְּגוֹן רֵחַיִם וּמֵחֲרִישָׁה וּשְׁאָר כְּלֵי אֻומָּנוּת מִשּׁוּם דְּמִיחְזֵי מְלָאכָה שֶׁעוֹשִׂין בָּהֶן הַנָּכְרִי בְּשַׁבָּת כִּשְׁלוּחוֹ שֶׁל יִשְׂרָאֵל ואע"ג דְּשָׁרוּ ב"ה עוֹרוֹת לָעַבְּדָן עִם חֲשֵׁיכָה דְּנָכְרִי לְנַפְשֵׁיהּ קָעֲבִיד כֵּיוָן דְּקָצַץ לוֹ דָּמִים שָׁאנֵי הָתָם שֶׁאֵין רִיוַּח לְיִשְׂרָאֵל בְּמַה שֶׁהַנָּכְרִי עוֹשֶׂה בְּשַׁבָּת אֲבָל בִּשְׂכִירוּת כֵּלִים יָדוּעַ הוּא וַאֲפִילּוּ בְּהַבְלָעָה אִם יַשְׂכִּירֵם לוֹ חוּץ מִשַּׁבָּתוֹת לֹא יִתֵּן לוֹ כָּל שְׂכִירוֹתָיו הִלְכָּךְ כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ רִיוַּח לְיִשְׂרָאֵל בְּמַה שֶׁהַכֵּלִים נִשְׂכָּרִים אֵצֶל הַנָּכְרִי מִיחְזֵי מְלָאכָה שֶׁנָּכְרִי עוֹשֶׂה בָּהֶן בְּשַׁבָּת כִּשְׁלוּחוֹ שֶׁל יִשְׂרָאֵל. כַּיּוֹצֵא בּוֹ אֵין מְשַׁלְּחִין אִיגְּרוֹת בְּיַד נָכְרִי בְּעֶרֶב שַׁבָּת וּבַד' וּבָהּ' מֻותָּר דְּהַייְנוּ נָמֵי מִשּׁוּם דְּמִיחְזֵי כִּשְׁלוּחוֹ שֶׁל יִשְׂרָאֵל דְּדַוְקָא בע"ש מִיחְזֵי כְּאוֹמֵר לוֹ שֶׁיֵּלֵךְ לְמָחָר בִּשְׁלִיחוּתוֹ וַאֲמִירָה לְנָכְרִי שְׁבוּת וַאֲפִילּוּ אִם אָמַר לוֹ מע"ש עֲשֵׂה זֶה בְּשַׁבָּת אֲבָל מֻופְלָג לִפְנֵי הַשַּׁבָּת לָא מִיחְזֵי כְּאוֹמֵר לוֹ עֲשֵׂה מְלַאכְתִּי בְּשַׁבָּת וְכֵן עוֹרוֹת לָעַבְּדָן וְכֵלִים לַכּוֹבֵס בַּד' וּבָהּ' מֻותָּר אע"פ שֶׁלֹּא קָצַץ. אָמְרוּ עָלָיו עַל יוֹסֵף הַכֹּהֵן וְאָמְרִי לֵיהּ יוֹסֵף הֶחָסִיד שֶׁלֹּא נִמְצָא כְּתַב יָדוֹ בְּיַד נָכְרִי מֵעוֹלָם:
Les Rabbanan ont enseigné : on donne de la nourriture au chien dans la cour ; s'il l'a prise et est sorti, on ne s'en occupe pas. De même, on donne de la nourriture devant le non-Juif dans la cour ; s'il l'a prise et est sorti, on ne s'en occupe pas. Les Rabbanan ont enseigné : un homme ne louera pas ses ustensiles à un non-Juif la veille de Chabbat ; le mercredi et le jeudi, c'est permis. Rav Alfas (le Rif) ne l'a pas cité dans ses Halakhot ; il semble qu'il pense que la raison est le repos des ustensiles, et nous tenons selon Beit Hillel. Mais c'est difficile : si la raison était le repos des ustensiles, ce serait interdit même le mercredi et le jeudi. Certains expliquent qu'un repos des ustensiles comme celui-ci, où le travail d'un Juif n'est pas fait avec eux, n'est interdit que de rang rabbinique ; c'est pourquoi on n'a pas été strict le mercredi et le jeudi. Mais cela n'est pas satisfaisant : si cela suivait Beit Chammai, le Talmud aurait dû dire 'qui est (l'auteur) ? Beit Chammai' ; et puisqu'il l'a fixé dans la Guemara sans attribution, cela implique que c'est conforme à la halakha. De plus, puisqu'il est enseigné à la suite : 'de même, on n'envoie pas de lettres par un non-Juif la veille de Chabbat', si c'était Beit Chammai, fallait-il le dire ? Puisque Beit Chammai interdisent la vente et le don, à plus forte raison l'envoi (chelihout) ! Le Ri explique que c'est interdit parce que cela ressemble à toucher un salaire du Chabbat, et il s'agit d'une location à la semaine ou au mois ; mais pour une location à la journée, c'est interdit même le mercredi et le jeudi, comme pour l'engagement d'un ouvrier pour garder une vache ou un enfant, au chapitre Ha-zahav (Bava Metsia 58). Et malgré cela on l'interdit la veille de Chabbat à cause de l'apparence (marit ha-ayin) : bien que pour un Juif ce soit permis par inclusion (havlaa) du Chabbat dans la semaine ou le mois, pour un non-Juif c'est interdit. Et le Ri z.l. a expliqué : s'il s'agissait d'ustensiles avec lesquels on ne fait pas de travail, il n'est pas logique d'être plus strict avec un non-Juif qu'avec un Juif, car quelle apparence y aurait-il plus pour un non-Juif que pour un Juif ? Il a donc expliqué qu'il s'agit d'ustensiles avec lesquels on fait un travail, comme un moulin, une charrue et les autres outils d'artisan, parce que le travail que le non-Juif fait avec eux le Chabbat paraît fait comme mandataire du Juif. Et bien que Beit Hillel permettent (de donner) des peaux au tanneur à la tombée du jour, parce que le non-Juif agit pour lui-même puisqu'on lui a fixé un prix, là c'est différent : le Juif ne tire aucun profit de ce que le non-Juif fait le Chabbat. Mais dans la location d'ustensiles, c'est connu : même par inclusion, s'il les lui louait en excluant les Chabbats, il ne lui paierait pas toute la location ; c'est pourquoi, puisque le Juif tire profit de ce que les ustensiles sont loués chez le non-Juif, le travail que le non-Juif fait avec eux le Chabbat paraît fait comme mandataire du Juif. De même, on n'envoie pas de lettres par un non-Juif la veille de Chabbat, et le mercredi et le jeudi c'est permis : c'est aussi parce que cela paraît fait comme mandataire du Juif ; car seulement la veille de Chabbat cela ressemble à lui dire d'aller demain faire sa commission, et dire (quelque chose) à un non-Juif (amira le-nokhri) est un chevout, même s'il lui a dit dès la veille de Chabbat 'fais cela le Chabbat' ; mais longtemps avant le Chabbat, cela ne paraît pas comme lui dire 'fais mon travail le Chabbat'. De même, les peaux au tanneur et les vêtements au blanchisseur, le mercredi et le jeudi, c'est permis même s'il n'a pas fixé (de prix). On a dit de Yossef le Cohen, et certains disent Yossef le Hassid, qu'on n'a jamais trouvé un écrit de sa main dans la main d'un non-Juif.
ת"ר אֵין מְשַׁלְּחִין אִיגְּרוֹת בְּיַד נָכְרִי ע"ש אֶלָּא א"כ קָצַץ לוֹ דָּמִים ב"ש אוֹמְרִים כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לְבֵיתוֹ וב"ה אוֹמְרִים כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לַבַּיִת הַסָּמוּךְ לַחוֹמָה וַהֲלֹא קָצַץ אָמַר רַב אַשִּׁי ה"ק אִם לֹא קָצַץ ב"ש אוֹמְרִים כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לְבֵיתוֹ וב"ה אוֹמְרִים כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לַבַּיִת הַסָּמוּךְ לַחוֹמָה וְהָא אָמְרַתְּ רֵישָׁא אֵין מְשַׁלְּחִין לָא קַשְׁיָא הָא דִּקְבִיעַ דִּוּוּר בְּמָתָא וְהָא דְּלָא קְבִיעַ דִּוּוּר בְּמָתָא. שָׁמְעִינַן הַשְׁתָּא דְּהֵיכָא דְּקָצַץ לוֹ דָּמִים מְשַׁלְּחִין בֵּין מַגִּיעַ בֵּין לֹא מַגִּיעַ וְהֵיכָא דְּלָא קָצַץ לוֹ דָּמִים אִי קְבִיעַ דִּוּוּר בְּמָתָא מְשַׁלְּחִין בִּכְדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לַבַּיִת הַסָּמוּךְ לַחוֹמָה וְאִי לָא קְבִיעַ דִּוּוּר בְּמָתָא אֵין מְשַׁלְּחִין כְּלָל אֶלָּא א"כ קָצַץ פֵּירוּשׁ בֵּי דִּוּוּר אִישׁ יָדוּעַ שֶׁכָּל כְּתָב אֵלָיו יוֹבֵל וְהוּא מַשְׂכִּיר וּמְשַׁלֵּחַ כָּל אִגֶּרֶת לְמִי שֶׁנִּשְׁתַּלְּחָה לוֹ:
Les Rabbanan ont enseigné : on n'envoie pas de lettres par un non-Juif la veille de Chabbat, à moins de lui fixer un prix. Beit Chammai disent : (s'il a le temps) d'arriver à sa maison ; Beit Hillel disent : d'arriver à la maison proche de la muraille. Mais n'a-t-il pas fixé (le prix) ? Rav Achi dit : voici ce qu'il dit : s'il n'a pas fixé, Beit Chammai disent : d'arriver à sa maison ; Beit Hillel disent : d'arriver à la maison proche de la muraille. Mais tu as dit dans la première partie : on n'envoie pas ! Ce n'est pas difficile : ici, quand un courrier (davar) est établi dans la ville ; là, quand aucun courrier n'est établi dans la ville. Nous apprenons donc : lorsqu'il a fixé le prix, on envoie, qu'il puisse arriver ou non ; lorsqu'il n'a pas fixé le prix, si un courrier est établi dans la ville, on envoie (s'il a le temps) d'arriver à la maison proche de la muraille ; et si aucun courrier n'est établi dans la ville, on n'envoie pas du tout, à moins d'avoir fixé (le prix). Explication : bei davar, un homme connu à qui tout écrit est apporté ; il engage (des porteurs) et envoie chaque lettre à celui à qui elle est destinée.
ת"ר אֵין מַפְלִיגִין בִּסְפִינָה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה יָמִים קֹודֶם הַשַּׁבָּת בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים לִדְבַר הָרְשׁוּת אֲבָל לִדְבַר מִצְוָה מֻותָּר וּפוֹסֵק עִמּוֹ עַל מְנָת לִשְׁבּוֹת וְאֵינוֹ שׁוֹבֵת דִּבְרֵי ר' רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר אֵינוֹ צָרִיךְ וּמִצֹּור לְצִידוֹן אֲפִילּוּ בע"ש מֻותָּר. יֵשׁ מִי שֶׁאוֹמֵר הָא דְּאֵין מַפְלִיגִין בִּסְפִינָה פָּחוֹת מִג' יָמִים בִּזְמַן שֶׁהַסְּפִינָה גּוֹשֶׁשֶׁת וְאֵין בַּמַּיִם י' טְפָחִים וּמִשּׁוּם גְּזֵרוֹת תְּחוּמִים נָגְעוּ בָּהּ אֲבָל לְמַעְלָה מִי' טְפָחִים לֹא גָּזְרוּ מִשּׁוּם הָכִי נָהֲגוּ הָעָם לְהַפְלִיג בַּיָּם הַגָּדוֹל וְהַאי טַעְמָא פְּרִיכָא דְּאִי מֵהַאי טַעְמָא הוּא דְּאֵין מַפְלִיגִין הו"ל לְמִתְנֵי אֵין מַפְלִיגִין בִּסְפִינָה קְטַנָּה אַמַּאי תָּנֵי סְפִינָה סְתָם דְּמַשְׁמַע בֵּין גְּדוֹלָה בֵּין קְטַנָּה. וְעוֹד מַאי שְׁנָא שְׁלֹשָׁה יָמִים אַפֵּי' טְפֵי נָמֵי וְעוֹד לִדְבַר מִצְוָה אַמַּאי שָׁרִי וְהָא הַעֲמִידוּ דִּבְרֵיהֶם בִּמְקוֹם עֲשֵׂה כְּדִתְנַן פְּסָחִים צֵא. אוֹנֵן טוֹבֵל וְאוֹכֵל פִּסְחוֹ לָעֶרֶב אֲבָל לֹא לְקָדָשִׁים וְאָמְרִינַן עֲלָהּ שָׁם צב. גַּבֵּי פֶּסַח לֹא הֶעֱמִידוּ דִּבְרֵיהֶם בִּמְקוֹם כָּרֵת גַּבֵּי תְּרוּמָה וְקָדָשִׁים הַעֲמִידוּ דִּבְרֵיהֶם בִּמְקוֹם עֲשֵׂה אֶלָּא הַיְינוּ טַעְמָא דְּאֵין מַפְלִיגִין פָּחוֹת מִי' יָמִים קֹודֶם לְשַׁבָּת מִשּׁוּם בִּטּוּל עֹונֶג שַׁבָּת דְּכָל שְׁלֹשָׁה יָמִים הֲוָה לֵיהּ שִׁנּוּי ווֶסֶת מִנִּעְנוּעַ הַסְּפִינָה כְּדִכְתִיב יָחוֹגּוּ וְיָנוּעוּ כְּשִׁיכּוֹר וְלָא יָכְלִי לְמֶיעְבַּד עֹונֶג שַׁבָּת וְהַייְנוּ טַעְמָא דְּלִדְבַר מִצְוָה שָׁרֵי מִשּׁוּם דְּפָטוּר מִמִּצְוַת עֹונֶג דְּאָמַר מַר סֻוכָּה כה. הָעוֹסֵק בְּמִצְוֹת פָּטוּר מִן הַמִּצְוָה וּתְנַן שָׁם שְׁלוּחֵי מִצְוָה פְּטוּרִין מִן הַסֻּוכָּה וּלְהָכִי נָמֵי שָׁם מד. אָסוּר לְהַלֵּךְ בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת יוֹתֵר מִשְּׁלֹשָׁה פַּרְסָאוֹת דְּאִינּוּן שְׁנֵים עָשָׂר מִיל מִשּׁוּם דִּמְבַטֵּל לֵיהּ לְמִצְוַת עֹונֶג כְּדִמְפָרֵשׁ בְּהֶדְיָא וְהַייְנוּ טַעְמָא נָמֵי דְּאֵין צָרִין עַל עֲייָרוֹת שֶׁל נָכְרִים פָּחוֹת מִג' יָמִים קֹודֶם לְשַׁבָּת מִשּׁוּם טִירְחָא דְּלָא מִיתְהֲנֵי לֵיהּ אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה מִשּׁוּם טִירְחָא וּפַחְדָּא דְּלִיבָּא עַד בָּתַר תְּלָתָא יוֹמִין דְּפָרַח פַּחְדַּיְיהוּ וּמְקַייְּמֵי לֵיהּ לְעֹונֶג שַׁבָּת וּמִשְּׁמֵיהּ דְּרַשְׁבָּ"ם אָמְרוּ דְּהָא מַנִּי ב"ש הִיא דְּאָסַר קֹודֶם הַשַּׁבָּת מְלָאכָה הַנַּעֲשֵׂית מֵאֵלֶיהָ בְּשַׁבָּת כְּגוֹן הִלּוּךְ הַסְּפִינָה חוּץ לַתְּחוּם בְּשַׁבָּת וְכֵיוָן דְּקַיְימָא לָן כב"ה מֻותָּר לְהַפְלִיג בע"ש אֲבָל בְּשַׁבָּת אָסוּר וּמִסְתַּייֵּעַ לְהַךְ סְבָרָא מֵהָא דְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא אֵין מַפְלִיגִין בִּסְפִינָה שְׁלֹשָׁה יָמִים קֹודֶם הַשַּׁבָּת ב"ש אוֹסְרִים אַף בַּד' וב"ה מַתִּירִין וְקָא בָּעֵי לְמֵימַר דב"ה מַתִּירִין אֲפִילּוּ בע"ש דְּאִי אָמְרַתְּ ב"ה מַתִּירִין בַּד' קָאָמַר הַיְינוּ ת"ק וְלָא נְהִירָא דָּר' וְרַשְׁבָּ"ג דְּאַיְירֵי בְּהַךְ בָּרַייְתָא לֹא מִסְתַּבְּרָא דְּסָבְרִי כב"ש דאע"ג דְּאַסְהִיד עַל בֵּית אַבָּא שֶׁהָיוּ נוֹתְנִין כְּלֵי לָבָן שֶׁלָּהֶן לַכּוֹבֵס ג' יָמִים קֹודֶם לְשַׁבָּת מַחְמִירִין עַל עַצְמָן הָיוּ וְלֹא לְהוֹרוֹת לַאֲחֵרִים כָּךְ וְעוֹד כֵּיוָן דִּתְחוּמִין דְּרַבָּנָן לָא הֲוָה לְהוּ לב"ש לְמֵיסַר דְּהָא לָא אָסְרִי ב"ש לְהַתְחִיל קֹודֶם הַשַּׁבָּת מְלָאכָה הָאֲסוּרָה מִדְּרַבָּנָן שֶׁנַּעֲשֵׂית מֵאֵלֶיהָ כְּדִתְנַן וְשָׁוִין שֶׁטּוֹעֲנִין בְּקוֹרוֹת בֵּית הַבַּד וּבְעִיגּוּלֵי הַגַּת וְהָא דְּקָתָנֵי בַּתּוֹסֶפְתָּא בִּירוּשַׁלְמִי ב"ה מַתִּירִין אַרְבִיעִי קָאֵי וְלֹא קָשֶׁה הַיְינוּ ת"ק דה"ק דָּבָר זֶה מַחֲלֹוקֶת ב"ש וב"ה וא"נ מְפָרְשִׁין דב"ה מַתִּירִין בע"ש קָאָמַר לָא שָׁבְקִינַן בָּרַייְתָא דִּגְמָרָא דִּידַן דְּקָא אָסְרִי בָּהּ תַּנָּאֵי בָּתְרָאֵי וּמִסְּתָמָא לָא פְלִיגִי אב"ה אֶלָּא קָאָמְרִי דְּלָא נֶחְלְקוּ ב"ש וב"ה בְּדָבָר זֶה: גָּרְסִינַן בְּפֶרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מד:) אָמַר אַיְּבוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּר' אֱלִיעֶזֶר בַּר' צָדוֹק אַל יְהַלֵּךְ אָדָם בע"ש יוֹתֵר מג' פַּרְסָאוֹת. אָמַר רַב כָּהֲנָא לָא אֲמַרַן אֶלָּא לְבֵיתֵיהּ אֲבָל לְאֻושְׁפִּיזָא אַמַּאי דְּנָקֵיט סְמִיךְ אִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רַב כָּהֲנָא לָא נִצְרְכָה דַּאֲפִילּוּ לְבֵיתֵיהּ. אָמַר רַב כָּהֲנָא בְּדִידִי הֲוָה עוֹבָדָא וַאֲפִילּוּ כָּסָא דְהַרְסָנָא לָא אַשְׁכַּחִי: ת"ר אֵין צָרִין עַל עֲיָירוֹת שֶׁל נָכְרִים פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה יָמִים קֹודֶם לַשַּׁבָּת וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת. וְגָרְסִינַן בְּעֵירוּבִין דַּף מה. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב נָכְרִי שֶׁיָּצְאוּ לָצוּר עַל עֲיָירוֹת שֶׁל יִשְׂרָאֵל אֵין יוֹצְאִין עֲלֵיהֶן בִּכְלֵי זַייִן וְאֵין מְחַלְּלִין עֲלֵיהֶן אֶת הַשַּׁבָּת. וּבָעִיר הַסְּמוּכָה לַסְּפָר אֲפִילּוּ לֹא בָּאוּ אֶלָּא עַל עִסְקֵי תֶּבֶן וָקַשׁ יוֹצְאִין עֲלֵיהֶן בִּכְלֵי זַיִין וּמְחַלְּלִין עֲלֵיהֶן אֶת הַשַּׁבָּת:
Les Rabbanan ont enseigné : on ne prend pas la mer en bateau moins de trois jours avant Chabbat. De quoi parle-t-on ? D'une affaire facultative ; mais pour une affaire de mitsva, c'est permis. Et il convient avec lui à condition de s'arrêter, et il ne s'arrête pas : paroles de Rabbi. Rabban Chimon ben Gamliel dit : ce n'est pas nécessaire. Et de Tyr à Sidon, même la veille de Chabbat, c'est permis. Certains disent que l'interdit de prendre la mer moins de trois jours (avant Chabbat) vaut quand le bateau racle (le fond) et qu'il n'y a pas dix tefahim d'eau, et que c'est à cause des décrets des limites (tehoumin) qu'on y a touché ; mais au-dessus de dix tefahim on n'a pas décrété ; c'est pourquoi les gens ont coutume de prendre la Grande Mer. Mais cette raison se réfute : si c'était pour cette raison qu'on ne prend pas la mer, il aurait fallu enseigner 'on ne prend pas la mer en petit bateau' ; pourquoi enseigner 'bateau' sans précision, ce qui implique grand comme petit ? De plus, pourquoi trois jours ? Même davantage ! De plus, pourquoi est-ce permis pour une affaire de mitsva ? (Les Sages) ont maintenu leurs paroles face à un commandement positif (ase), comme nous l'avons appris (Pessahim 91b) : l'onen se trempe et mange son (sacrifice de) Pessa'h le soir, mais pas les (autres) choses saintes ; et nous disons à ce sujet (92a) : pour le Pessa'h, ils n'ont pas maintenu leurs paroles face à (une faute passible de) karet ; pour la terouma et les choses saintes, ils ont maintenu leurs paroles face à un commandement positif. La raison pour laquelle on ne prend pas la mer moins de trois jours (le texte porte : dix) avant Chabbat est plutôt l'annulation du plaisir du Chabbat (oneg Chabbat) : pendant trois jours, on subit un dérangement (chinouy veset) dû au balancement du bateau, comme il est écrit : 'ils tournoient et chancellent comme un homme ivre' (Tehilim 107,27), et on ne peut pas accomplir le oneg Chabbat. C'est aussi la raison pour laquelle c'est permis pour une affaire de mitsva : on est exempt de la mitsva du oneg, car le maître a dit (Soukka 25a) : celui qui est occupé à une mitsva est exempt d'une (autre) mitsva ; et nous avons appris là-bas : les envoyés pour une mitsva sont exempts de la soukka. C'est aussi pour cela que là-bas (44b) il est interdit de marcher la veille de Chabbat plus de trois parsaot, soit douze mil, parce qu'on annule ainsi la mitsva du oneg, comme cela est expliqué explicitement. Et c'est aussi la raison pour laquelle on n'assiège pas des villes de non-Juifs moins de trois jours avant Chabbat : à cause de l'effort, (les soldats) ne profitent pas de la nourriture et de la boisson, à cause de l'effort et de la peur du cœur, jusqu'après trois jours, quand leur peur s'est dissipée, et ils accomplissent alors le oneg Chabbat. Au nom du Rachbam, on a dit que (cette baraita) est selon Beit Chammai, qui interdisent (de commencer) avant le Chabbat un travail qui se fait de lui-même le Chabbat, comme la marche du bateau hors de la limite le Chabbat ; et puisque nous tenons selon Beit Hillel, il est permis de prendre la mer la veille de Chabbat, mais le Chabbat c'est interdit. Il appuie cette opinion sur ce qui est enseigné dans la Tossefta : on ne prend pas la mer en bateau trois jours avant Chabbat ; Beit Chammai interdisent même le mercredi, et Beit Hillel permettent ; il veut dire que Beit Hillel permettent même la veille de Chabbat, car si tu dis que Beit Hillel permettent le mercredi, c'est (l'avis du) premier Tanna. Mais cela n'est pas satisfaisant : pour Rabbi et Rabban Chimon ben Gamliel, qui parlent dans cette baraita, il n'est pas logique qu'ils pensent comme Beit Chammai ; car bien que (Rabban Chimon ben Gamliel) ait témoigné sur la maison de son père qu'ils donnaient leurs vêtements blancs au blanchisseur trois jours avant Chabbat, ils étaient stricts pour eux-mêmes et n'enseignaient pas ainsi aux autres. De plus, puisque les limites (tehoumin) sont de rang rabbinique, Beit Chammai n'auraient pas dû interdire, car Beit Chammai n'interdisent pas de commencer avant le Chabbat un travail interdit de rang rabbinique qui se fait de lui-même, comme nous l'avons appris : 'et ils s'accordent qu'on charge les poutres du pressoir à huile et les cercles du pressoir à vin'. Et ce qui est enseigné dans la Tossefta du Yerouchalmi, 'Beit Hillel permettent', se rapporte au mercredi, et l'objection 'c'est le premier Tanna' ne se pose pas, car il veut dire : cette chose est l'objet d'un désaccord entre Beit Chammai et Beit Hillel. Et même si l'on explique que 'Beit Hillel permettent' se dit de la veille de Chabbat, nous ne délaissons pas la baraita de notre Guemara, où des Tannaim tardifs interdisent, et vraisemblablement ils ne sont pas en désaccord avec Beit Hillel ; ils disent plutôt que Beit Chammai et Beit Hillel n'étaient pas en désaccord sur ce point. Nous lisons au chapitre Loulav va-arava (Soukka 44b) : Ivo a dit au nom de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadok : un homme ne marchera pas la veille de Chabbat plus de trois parsaot. Rav Kahana a dit : nous ne l'avons dit que pour (aller) chez lui ; mais pour (aller) à une auberge, il compte sur ce qu'il emporte. Certains disent que Rav Kahana a dit : cela n'était nécessaire que (pour dire que c'est interdit) même pour (aller) chez lui. Rav Kahana a dit : cela m'est arrivé, et je n'ai même pas trouvé un plat de petits poissons (harsana). Les Rabbanan ont enseigné : on n'assiège pas des villes de non-Juifs moins de trois jours avant Chabbat, et s'ils ont commencé, on n'interrompt pas, même le Chabbat. Et nous lisons dans Erouvin (45a) : Rav Yehouda a dit au nom de Rav : des non-Juifs sortis assiéger des villes d'Israël, on ne sort pas contre eux avec des armes et on ne profane pas le Chabbat à cause d'eux. Mais dans une ville proche de la frontière, même s'ils ne sont venus que pour de la paille et du chaume, on sort contre eux avec des armes et on profane le Chabbat à cause d'eux.
💡 Explication

Même règle des trois jours pour le siège d'une ville non-juive (dans une guerre permise). Une fois le siège commencé, on le poursuit même le Chabbat : Chammai l'apprend du verset 'jusqu'à sa chute' (ad ridtah), qui ne connaît pas d'interruption.

Le Roch, placé ici, reprend toutes les baraitot du folio. Pour le bateau et le siège, il réfute l'explication par les limites (tehoumin) et retient celle du oneg Chabbat : les trois premiers jours de mer ou de combat empêchent de jouir du Chabbat ; celui qui part pour une mitsva en est exempt.

10
אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: נוֹהֲגִין הָיוּ וְכוּ׳. תַּנְיָא אָמַר רַבִּי צָדוֹק: כָּךְ הָיָה מִנְהָגוֹ שֶׁל בֵּית רַבָּן גַּמְלִיאֵל, שֶׁהָיוּ נוֹתְנִין כְּלֵי לָבָן לְכוֹבֵס שְׁלֹשָׁה יָמִים קֹודֶם לַשַּׁבָּת, וּצְבוּעִים אֲפִילּוּ בְּעֶרֶב שַׁבָּת. וּמִדִּבְרֵיהֶם לָמַדְנוּ שֶׁהַלְּבָנִים קָשִׁים לְכַבְּסָן יוֹתֵר מִן הַצְּבוּעִין.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : (la maison de mon père) avait coutume, etc. Il a été enseigné : Rabbi Tsadok dit : telle était la coutume de la maison de Rabban Gamliel : ils donnaient les vêtements blancs au blanchisseur trois jours avant Chabbat, et les (vêtements) teints même la veille de Chabbat.

Et de leurs paroles nous avons appris que les blancs sont plus difficiles à laver que les teints.

📜 Rachi (1)
וּמִדִּבְרֵיהֶם לָמַדְנוּ כו' וְנָפְקָא מִינָּהּ לִשְׂכַר הַכּוֹבֵס:
Et de leurs paroles nous avons appris, etc. : la conséquence pratique concerne le salaire du blanchisseur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמִדִּבְרֵיהֶם לָמַדְנוּ, שֶׁהַלְּבָנִים קָשִׁים לְכַבְּסָן. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וּמִמִּנְהָגָם לָמַדְנוּ וְכַמָּה שֶׁכָּתַב רַבִּי צָדוֹק כָּךְ הָיָה מִנְהָגוֹ שֶׁל בֵּית רַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְהָכִי נָמֵי אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל בְּמַתְנִיתִין נוֹהֲגִין הָיוּ בֵּית אַבָּא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מ"ש וּמִדִּבְרֵיהֶם לָמַדְנוּ אֵינָם דִּבְרֵי ר' צָדוֹק אֶלָּא הֵם דִּבְרֵי הַשַּׁ"ס, דְּקָאָמַר וּמִדִּבְרֵיהֶם שֶׁל רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי צָדוֹק שֶׁבָּאוּ לְהוֹדִיעַ לָנוּ מִנְהָגָן שֶׁל בֵּית רַבָּן גַּמְלִיאֵל בָּזֶה לָמַדְנוּ דָּבָר שֶׁהוּא נוֹגֵעַ לְעִנְיַן דִּינָא בְּדִינֵי מָמוֹנוֹת, בְּדִין וּדְבָרִים שֶׁיִּפְּלוּ בֵּין הַכּוֹבֵס וּבֵין בַּעֲלֵי הַכֵּלִים דְּהַדִּין הוּא דִּשְׂכַר לְבֵנִים הָוֵי טְפֵי מִשְּׂכַר צִבְעוֹנִין, וּמִשּׁוּם הַאי דִּינָא נָחֲתוּ רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי צָדוֹק לְהוֹדִיעַ לָנוּ מִנְהָג הַנִּזְכָּר וְאֵין כַּוָּנָתָם לְלַמְּדֵנוּ עַל הִלְכוֹת שַׁבָּת שֶׁנִּהְיֶה גַּם אֲנַחְנוּ צְרִיכִין לִנְהֹוג בְּחֻומְרָא זוֹ, דְּבֶאֱמֶת חֻומְרָה תִּירָה הִיא זוֹ.
Et de leurs paroles nous avons appris que les blancs sont difficiles à laver. On peut objecter : il aurait fallu dire 'et de leur coutume nous avons appris', conformément à ce qu'a dit Rabbi Tsadok, 'telle était la coutume de la maison de Rabban Gamliel', et de même Rabban Chimon ben Gamliel dit dans la michna : 'la maison de mon père avait coutume'. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que 'et de leurs paroles nous avons appris' ne sont pas les paroles de Rabbi Tsadok mais celles du Talmud (ha-Chas), qui dit : des paroles de Rabban Chimon ben Gamliel et de Rabbi Tsadok, venus nous faire connaître la coutume de la maison de Rabban Gamliel en ce domaine, nous avons appris une chose qui touche au droit, dans les lois monétaires, pour un litige qui surgirait entre le blanchisseur et les propriétaires des vêtements : la règle est que le salaire pour les blancs est plus élevé que le salaire pour les teints. C'est pour cette règle que Rabban Chimon ben Gamliel et Rabbi Tsadok sont venus nous faire connaître la coutume en question ; leur intention n'était pas de nous enseigner les lois de Chabbat, pour que nous aussi adoptions cette rigueur, car en vérité c'est une rigueur superflue.
💡 Explication

La maison de Rabban Gamliel donnait le linge blanc au blanchisseur non-juif trois jours avant Chabbat, pour qu'il ne soit pas encore en travail pendant Chabbat, et le linge teint même le vendredi. On en déduit que le blanc demande plus de travail.

Rachi indique la conséquence : le salaire du blanchisseur. Le Ben Yehoyada en tire que la guemara rapporte cette coutume pour une règle de droit monétaire, et non pour imposer cette rigueur sur Chabbat.

11
אַבָּיֵי הֲוָה יָהֵיב לֵיהּ הַהוּא מָנָא דִצְבִיעָא לְקַצָּרָא. אֲמַר לֵיהּ: כַּמָּה בָּעֵית עִילָּוֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: כִּדְחִיוָּרָא. אֲמַר לֵיהּ: כְּבָר קְדָמוּךְ רַבָּנָן. אָמַר אַבַּיֵּי: הַאי מַאן דְּיָהֵיב מָנָא לְקַצָּרָא, בְּמִשְׁחָא נִיתֵּיב לֵיהּ וּבְמִשְׁחָא נִשְׁקוֹל מִינֵּיהּ. דְּאִי טְפֵי — אַפְּסֵדֶיהָ דְּמִתְחַיֶּה. וְאִי בְּצִיר — אַפְּסֵדֶיהָ דְּכַוְּוצֵיהּ.

Abaye donna un vêtement teint au blanchisseur. Il lui dit : combien veux-tu pour cela ?

Il lui dit : comme pour un blanc. Il lui dit : les Rabbanan t'ont déjà devancé.

Abaye dit : celui qui donne un vêtement au blanchisseur, qu'il le lui donne mesuré et le reprenne mesuré : s'il est plus long, il l'a abîmé en l'étirant ; s'il est plus court, il l'a abîmé en le rétrécissant.

📜 Rachi (5)
לְקַצָּרָא כּוֹבֵס:
Le katsra : le blanchisseur.
כַּמָּה בָּעֵית עִלָּוֵיהּ בִּשְׂכַר כִּיבּוּס:
Combien veux-tu pour cela : comme salaire du lavage.
כְּבָר קְדָמוּךְ רַבָּנַן שֶׁלִּמְּדוּנוּ שֶׁהַלְּבָנִים קָשִׁים לְכַבְּסָן יוֹתֵר מִן הַצְּבוּעִים:
Les Rabbanan t'ont déjà devancé : ils nous ont appris que les blancs sont plus difficiles à laver que les teints.
לִימְשְׁחֵיהּ יִמְדְּדֶנּוּ בִּנְתִינָתוֹ וּבַחֲזִירָתוֹ:
Qu'il le mesure : qu'il le mesure quand il le donne et quand il le récupère.
דְּכִוּוּצֵי בְּרוֹתְחִין:
Il l'a rétréci : dans l'eau bouillante.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כַּמָּה בָּעֵית עִלָּוֵיהּ? אֲמַר לֵיהּ: כִּדְחִיוָּרָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דְּאִם הָיָה לִלְבֵנִים שׁוּמָא יְדוּעָה וַדַּאי גַּם לַצִּבְעוֹנִין הָיָה שׁוּמָא יְדוּעָה, וְאֵין צָרִיךְ לִשְׁאֹל כַּמָּה בָּעֵית דְּמַשְׁמַע עַתָּה רוֹצֶה לַעֲשׂוֹת עִמּוֹ הֶפְסֵק חָדָשׁ בְּשׁוּמָא? עַל כֵּן וַדַּאי מֵאַחַר דְּשָׁאַל הָכִי מַשְׁמַע דְּלָא הֲוָה שׁוּמָא יְדוּעָה בְּאוֹתוֹ מָקוֹם לְכָל מִין שֶׁיִּהְיֶה, וְאִם כֵּן מָה הוֹעִיל הַכּוֹבֵס בִּתְשׁוּבָה זוֹ שֶׁהֵשִׁיב כִּדְחִיוָּרָא דְּ'עַרְבָּךְ עָרְבָא צָרִיךְ' שֶׁאֵינוֹ יוֹדִיעַ כַּמָּה יִטֹּול עַל חִיוָּרָא כְּדֵי שֶׁיִּתֵּן לוֹ עַל זֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַכְשָׁיו לָא נְחִית הַכּוֹבֵס לְפָרֵשׁ לוֹ הַסַּךְ שֶׁל הַשָּׂכָר כַּמָּה הוּא, אֶלָּא רָצָה בִּדְבָרִים אֵלּוּ לְהוֹדִיעוֹ שֶׁשְּׂכַר צִבְעוֹנִין הוּא יוֹתֵר יָקָר מְלַבְּנִים וְרַק בַּעֲבוּר כְּבוֹדוֹ הוּא מִתְרַצֶּה לִיקַּח עַל הַצִּבְעוֹנִין כִּדְחָוְורָא וְשִׁיקֵּר בְּכָךְ כְּדֵי שֶׁיַּחֲזִיק לוֹ טוֹבָה, וְהֵשִׁיב לוֹ אַבַּיֵּי כְּבָר קְדָמוּךְ רַבָּנָן לְהוֹדִיעֵנוּ שֶׁשְּׂכַר הַלְּבָנִים יוֹתֵר, וְאִם אֶתֵּן כִּדְחִיוָּרָא צָרִיךְ שֶׁאַתָּה תַּחְזִיק לִי טוֹבָה וְלֹא כְּמוֹ שֶׁאָמַרְתָּ שֶׁצָּרִיךְ אֲנִי לְהַחְזִיק לְךָ טוֹבָה.
Combien veux-tu pour cela ? Il lui dit : comme pour un blanc. On peut objecter : s'il y avait un tarif connu pour les blancs, il y en avait certainement aussi un pour les teints, et il n'était pas nécessaire de demander 'combien veux-tu', ce qui implique qu'il voulait maintenant conclure avec lui un nouvel accord sur le tarif. Puisqu'il a demandé ainsi, il n'y avait certainement pas en ce lieu de tarif connu, pour aucune sorte (de vêtement). Mais alors, à quoi servait la réponse du blanchisseur, 'comme pour un blanc' ? 'Ton garant a lui-même besoin d'un garant', puisqu'il ne lui fait pas savoir combien il prendra pour un blanc, afin qu'il le lui paie ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le blanchisseur ne cherchait pas alors à lui préciser le montant du salaire ; il voulait par ces mots lui faire savoir que le salaire des teints est plus cher que celui des blancs, et que c'est seulement par égard pour lui qu'il consentait à prendre pour les teints comme pour un blanc ; il mentait en cela, pour qu'Abaye lui en soit reconnaissant. Abaye lui répondit : les Rabbanan t'ont déjà devancé pour nous faire savoir que le salaire des blancs est plus élevé ; si je te donne comme pour un blanc, c'est toi qui dois m'être reconnaissant, et non moi, comme tu l'as dit.
💡 Explication

Application pratique de la baraita : le blanchisseur demande pour un vêtement teint le prix d'un blanc. Abaye lui rappelle que les Sages ont établi que le blanc est plus difficile à laver, donc plus cher.

Conseil d'Abaye : mesurer le vêtement (bemichha) à la remise et à la reprise. Plus long, il a été étiré ; plus court, il a rétréci dans l'eau bouillante ; dans les deux cas le blanchisseur l'a abîmé.

12
וְשָׁוִין אֵלּוּ וְאֵלּוּ, שֶׁטּוֹעֲנִין כו׳: מַאי שְׁנָא כֻּולְּהוּ דִּגְזַרוּ בְּהוּ בֵּית שַׁמַּאי, וּמַאי שְׁנָא קוֹרוֹת בֵּית הַבַּד וְעִיגּוּלֵי הַגַּת דְּלָא גְּזַרוּ? הָנָךְ דְּאִי עָבֵיד לְהוּ בְּשַׁבָּת מִיחַייַּב חַטָּאת — גְּזַרוּ בְּהוּ בֵּית שַׁמַּאי עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁכָה. קוֹרוֹת בֵּית הַבַּד וְעִיגּוּלֵי הַגַּת דְּאִי עָבֵיד לְהוּ בְּשַׁבָּת לָא מִיחַייַּב חַטָּאת — לֹא גָּזְרוּ.

'Et ceux-ci comme ceux-là s'accordent qu'on charge, etc.' En quoi diffèrent tous ces cas, pour lesquels Beit Chammai ont décrété, des poutres du pressoir à huile et des cercles du pressoir à vin, pour lesquels ils n'ont pas décrété ? Ces (cas-là), si on les fait le Chabbat, on est passible d'un (sacrifice) hatat : Beit Chammai ont décrété à leur sujet la veille de Chabbat à la tombée de la nuit.

Les poutres du pressoir à huile et les cercles du pressoir à vin, si on les fait le Chabbat, on n'est pas passible d'un hatat : ils n'ont pas décrété.

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר פּוֹתְקִין מַיִם לַגִּנָּה עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁיכָה וּמִתְמַלֵּאת וְהוֹלֶכֶת כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ וּמַנִּיחַ אֶת הַמֻּוגְמָר תַּחַת הַכֵּלִים וּמִתְגַּמְּרִין וְהוֹלְכִין כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ וּמַנִּיחִין קִלּוֹר עַל גַּבֵּי הָעַיִן וְאִיסְפְּלָנִית עַל גַּבֵּי הַמַּכָּה וּמִתְרַפֵּאת וְהוֹלֶכֶת כָּל הַשַּׁבָּת כֻּולָּהּ. וּמַייְרֵי בְּקִילוֹר שֶׁהוּא עָב דֻּומְיָא דְּאִסְפְּלָנִית הִלְכָּךְ דַּוְקָא מֵעֶרֶב שַׁבָּת אֲבָל בְּשַׁבָּת אָסוּר לְהַנִּיחוֹ עַל הָעַיִן מִשּׁוּם גְּזֵירַת שְׁחִיקַת סַמְמָנִים אוֹ גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְמָרֵחַ. אֲבָל קֵלוֹר צָלוּל אַף בְּשַׁבָּת מֻותָּר לְהַנִּיחוֹ עַל גַּב הָעַיִן כִּדְאָמַר פֶּרֶק שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים דַּף קח: שׁוֹרִין קָלוֹרִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת וּמַנִּיחָן עַל גַּבֵּי הָעַיִן בְּשַׁבָּת דְּכֵיוָן דְּהוּא צָלוּל אֵינוֹ אֶלָּא כְּרוֹחֵץ עֵינָיו וְלֵיכָּא לְמִיגְזַר מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמְמָנִין. וְאֵין נוֹתְנִין חִטִּין לְתוֹךְ רֵיחַיִם שֶׁל מַיִם אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּטְחֲנוּ מִבְּעוֹד יוֹם. מַאי טַעְמָא אָמַר רַבָּה מִפְּנֵי שֶׁמַּשְׁמִיעוֹת אֶת הַקּוֹל אֲמַר לֵיהּ רַב יוֹסֵף וְלֵימָא מָר מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּתַנְיָא וּבְכֹל אֲשֶׁר אָמַרְתִּי אֲלֵיכֶם תִּשָּׁמֵרוּ לְרַבּוֹת שְׁבִיתַת כֵּלִים. אֶלָּא אָמַר רַב בְּיוֹסֵף מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים וְהַשְׁתָּא דַּאֲמַרְתְּ לב"ה אִית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים מֻוגְמָר מ"ט שָׁרוּ וְכוּ' וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא אָמַר רַב אַסִּי מַאן תְּנָא שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּאוֹרָיְיתָא ב"ש הוּא דְּאִי ב"ה אַף עַל גַּב דְּקָעָבֵיד מַעֲשֶׂה שָׁרוּ וְכוּ' פָּסַק ר"ח דְּהִלְכְתָא כְּרַבָּה דְּאָמַר מִפְּנֵי שֶׁמַּשְׁמִיעוֹת אֶת הַקּוֹל וְכֵן מַשְׁמַע לִכְאוֹרָה דקי"ל רַבָּה וְרַב יוֹסֵף הֲלָכָה כְּרַבָּה. ור"ת אוֹמֵר הֲלָכָה כְּרַב יוֹסֵף מִשּׁוּם דְּקָאֵי רַב אוֹשַׁעְיָא כְּוָותֵיהּ מִדְּקָאָמַר הַשְׁתָּא דְּאָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא אָמַר רַב אַסִּי מַאן תְּנָא שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּאוֹרָיְיתָא ב"ש הִיא וְאִם אִית לֵיהּ לְרַב אוֹשַׁעְיָא טַעְמָא דְּהַשְׁמָעַת קוֹל לָמָּה הֻוצְרַךְ לְהַעֲמִיד הַבָּרַייְתָא כב"ש יַעֲמִידֶנָּה כב"ה וּמִשּׁוּם הַשְׁמָעַת קוֹל אֶלָּא וַדַּאי לֵית לִי' טַעְמָא דְּהַשְׁמָעַת קוֹל וּלְכָךְ הֻוצְרַךְ לְהַעֲמִידָהּ כב"ש וְאִם כֵּן מֻותָּר לָתֵת חִטִּין בְּרֵיחַיִם מִבְּעוֹד יוֹם וְיִטְחֲנוּ בְּשַׁבָּת כב"ה דְּלֵית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים וְאֵינָהּ רְאָיָה דְּהָא דְּקָאָמַר וְהַשְׁתָּא דַּאֲמַרְתְּ לב"ה אִית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים וְכוּ' וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא מַאן תְּנָא שְׁבִיתַת כֵּלִים כו' סֻוגְיָא דְּהַשַּׁ"ס קָאָמַר וְאֵינוֹ לֹא דִּבְרֵי רַב יוֹסֵף וְלֹא דִּבְרֵי רַב אוֹשַׁעְיָא אֶלָּא מֵעִיקָּרָא סָלֵיק אַדַּעְתַּייְהוּ שֶׁל בְּנֵי הַיְּשִׁיבָה הָא דִּמְפָרֵשׁ רַב יוֹסֵף טַעְמָא דְּבָרַיְיתָא מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים הַייְנוּ אַלִּיבָּא דב"ה עַד שֶׁשָּׁמְעוּ דִּבְרֵי רַב אוֹשַׁעְיָא רָאמַר דב"ה לֵית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים אָז אָמְרוּ דְּוַדַּאי אוֹקִימְתָּא דְּרַב יוֹסֵף כְּבֵית שַׁמַּאי וּלְעוֹלָם רַב אוֹשַׁעְיָא אֶפְשָׁר דְּמוּקֵי בָּרַייְתָא כב"ה וּמִשּׁוּם הַשְׁמָעַת קוֹל וְכִדְאוֹקְמָה רַבָּה וא"ת כֵּיוָן דְּאוֹקִימְתָּא דְּרַב יוֹסֵף כב"ש אַמַּאי אָמַר רַב יוֹסֵף לְרַבָּה וְלֵימָא מָר מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּוַדַּאי נִיחָא לְרַבָּה לְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם הַשְׁמָעַת קוֹל וְתַיְתֵי כב"ה וי"ל דְּאִית לֵיהּ לְרַב יוֹסֵף דְּנִיחָא טְפֵי לְאוֹקְמָה כב"ש וּמִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּאַשְׁכְּחַן בַּבָּרַיְיתָא מִלְּאוֹקְמָא כב"ה מִטַּעְמָא גְּרִיע דְּהַשְׁמָעַת הַקּוֹל וּמִלְּתָא חַדְתָּא דְּלָא אַשְׁכְּחַן בְּשׁוּם דֻּוכְתָּא וְגַם נִרְאֶה דְּרַבָּה לָא סְבִירָא לֵיהּ כִּבְנֵי הַיְשִׁיבָה דִּמְפָרְשִׁין טַעְמָא דְּמַתְנִיתִין דְּאָסְרִי ב"ש מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּא"כ אַמַּאי אָמַר רַב יוֹסֵף וְלֵימָא מָר מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים אַמַּתְנִיתִין כִּדְתַנְיָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר כִּדְמוֹדֵית לִי דב"ש אִית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים אֶלָּא וַדַּאי רַבָּה סָבַר דְּטַעֲמָא דְּמַתְנִיתִין לב"ש כְּדִמְפָרֵשׁ הַשַּׁ"ס לְקַמָּן (שַׁבָּת דַּף יט.) הָנֵי דְּאִי עָבֵיד לְהוּ בְּשַׁבָּת מִיחַייַּב חַטָּאת גְּזַרוּ ב"ש עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁיכָה וְאִי תִּיקְשֵׁי לָן מַאי צְרִיכְנָא מֵהַאי טַעְמָא דִּלְקַמָּן תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּאָסוּר דְּאוֹרָייְתָא לב"ש מִשּׁוּם שְׁבִיתַת כֵּלִים דְּחָזֵינָא בְּהַךְ בָּרַיְיתָא וי"ל דס"ל לְהַשַּׁ"ס דְּלָא אָסְרוּ ב"ש אֶלָּא מִילֵּי דַּעֲבִיד מַעֲשֶׂה כְּגוֹן רֵיחַיִם אֲבָל אוּנִין לְתוֹךְ תַּנּוּר וְצֶמֶר לְתוֹךְ יוֹרֶה דְּלָא עָבֵיד מַעֲשֶׂה לֹא אָסְרוּ ב"ש אֶלָּא מִשּׁוּם גְּזֵירָה וּמֵהַךְ סֻוגְיָא דִּלְקַמָּן נָמֵי רְאָיָה דַּהֲלָכָה כְּרַבָּה הִלְכָּךְ אָסוּר לָתֵת חִטִּין לְתוֹךְ רֵחַיִם אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּטְחֲנוּ מִבְּעוֹד יוֹם מִשּׁוּם הַשְׁמָעַת קוֹל וְלֵית לְהוּ לב"ה שְׁבִיתַת כֵּלִים וַאֲפִילּוּ בִּדְעָבִיד הַכְּלִי מַעֲשֶׂה וּמֻותָּר לָתֵת גֶּחָלִים בִּכְלִי בַּרְזֶל הֶעָשׂוּי לְכָךְ וְהוֹלְכִין וְדוֹלְקִים בְּשַׁבָּת. גִּיגִית נֵר וּקְדֵירָה וְשַׁפּוּד לב"ש אַפְּקוּרֵי מַפְקַר לְהוּ ואע"ג דְּהֶפְקֵר דַּוְקָא בִּפְנֵי ג' הַיְינוּ מִדְּרַבָּנָן כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּרְסֵם הַדָּבָר אֲבָל מִדְּאוֹרַיְיתָּא אֲפִילּוּ בֵּינוֹ לְבֵין עַצְמוֹ הֶפְקֵר וְיֵשׁ שֶׁמְּקִילִּין לְהַשְׂכִּיר וּלְהַשְׁאִיל בְּהֶמְתָן לְנָכְרִי וּמַפְקִירִין אוֹתָן וְלָאו שַׁפִּיר עָבְדִי דְּהָנֵי דַּוְקָא דְּלָא סַגִּי לֵיהּ בְּלָאו הָכִי וְעוֹד שֶׁאֵין הַהֶפְקֵר יָדוּעַ וּמְפֻורְסָם וּשְׂכִירַת הַבְּהֵמָה יָדוּעַ וּמִיהוּ גִּיגִית נֵר וּקְדֵירָה וְשַׁפּוּד אֵין צָרִיךְ לְהַפְקִיר דְּקַייְמָא לָן כב"ה דְּלֵית לְהוּ שְׁבִיתַת כֵּלִים:
Guemara. Les Rabbanan ont enseigné : on ouvre (un canal d')eau vers un jardin la veille de Chabbat à la tombée de la nuit, et il continue à se remplir tout le Chabbat ; on pose l'encens (mougmar) sous les vêtements, et ils continuent à s'imprégner tout le Chabbat ; on pose un collyre (kilor) sur l'œil et un emplâtre (ispelanit) sur la plaie, et la guérison se poursuit tout le Chabbat. Il s'agit d'un collyre épais, semblable à l'emplâtre ; c'est pourquoi (c'est permis) seulement dès la veille de Chabbat, mais le Chabbat il est interdit de le poser sur l'œil, à cause du décret sur le broyage des ingrédients (chehikat samemanim), ou du décret de peur qu'on n'étale. Mais un collyre liquide, même le Chabbat il est permis de le poser sur l'œil, comme il est dit au chapitre Chemona cheratsim (108b) : on fait tremper les collyres la veille de Chabbat et on les pose sur l'œil le Chabbat ; puisqu'il est liquide, c'est comme se laver les yeux, et il n'y a pas lieu de décréter à cause du broyage des ingrédients. Et on ne met pas de blé dans un moulin à eau, sauf (s'il a le temps) d'être moulu pendant qu'il fait encore jour. Quelle en est la raison ? Rabba a dit : parce qu'ils font du bruit. Rav Yossef lui dit : que le maître dise plutôt : à cause du repos des ustensiles (chevitat kelim), comme il est enseigné : 'et dans tout ce que Je vous ai dit, gardez-vous', pour inclure le repos des ustensiles. Rav Yossef dit donc : à cause du repos des ustensiles. 'Et maintenant que tu dis que Beit Hillel retiennent le repos des ustensiles, l'encens, pourquoi le permettent-ils ?' etc. 'Et maintenant que Rav Ochaya a dit au nom de Rav Assi : qui est le Tanna du repos des ustensiles de la Torah ? C'est Beit Chammai, car selon Beit Hillel, même s'il accomplit une action, ils permettent', etc. Rabbenou Hananel a tranché que la halakha suit Rabba, qui dit : parce qu'ils font du bruit ; et c'est ce qui ressort à première vue, puisque nous tenons, (entre) Rabba et Rav Yossef, que la halakha suit Rabba. Rabbenou Tam dit que la halakha suit Rav Yossef, parce que Rav Ochaya le soutient, puisqu'il est dit : 'et maintenant que Rav Ochaya a dit au nom de Rav Assi : qui est le Tanna du repos des ustensiles de la Torah ? C'est Beit Chammai'. Si Rav Ochaya retenait la raison du bruit, pourquoi aurait-il eu besoin d'établir la baraita selon Beit Chammai ? Il l'aurait établie selon Beit Hillel, à cause du bruit. Il ne retient donc certainement pas la raison du bruit, et c'est pourquoi il a dû l'établir selon Beit Chammai. S'il en est ainsi, il est permis de mettre du blé dans le moulin pendant qu'il fait jour et qu'il soit moulu le Chabbat, selon Beit Hillel, qui ne retiennent pas le repos des ustensiles. Mais ce n'est pas une preuve : ce qui est dit 'et maintenant que tu dis que Beit Hillel retiennent le repos des ustensiles', etc., et 'et maintenant que Rav Ochaya a dit : qui est le Tanna du repos des ustensiles', etc., c'est la sougya du Talmud qui le dit, et ce ne sont ni les paroles de Rav Yossef ni celles de Rav Ochaya. Au début, les membres de la yechiva pensaient que Rav Yossef expliquait la raison de la baraita par le repos des ustensiles selon Beit Hillel, jusqu'à ce qu'ils entendent les paroles de Rav Ochaya, qui dit que Beit Hillel ne retiennent pas le repos des ustensiles ; alors ils dirent que l'établissement (okimta) de Rav Yossef est certainement selon Beit Chammai. Mais Rav Ochaya lui-même peut très bien établir la baraita selon Beit Hillel, à cause du bruit, comme l'a établie Rabba. Et si tu demandes : puisque l'établissement de Rav Yossef est selon Beit Chammai, pourquoi Rav Yossef a-t-il dit à Rabba 'que le maître dise plutôt : à cause du repos des ustensiles' ? Rabba préfère certainement expliquer la raison par le bruit, afin que (la baraita) suive Beit Hillel. On peut répondre que Rav Yossef pense qu'il est préférable de l'établir selon Beit Chammai et à cause du repos des ustensiles, que nous trouvons dans une baraita, plutôt que de l'établir selon Beit Hillel par une raison plus faible, celle du bruit, qui est une idée nouvelle que nous ne trouvons nulle part ailleurs. Il semble aussi que Rabba ne pense pas comme les membres de la yechiva, qui expliquent par le repos des ustensiles la raison de la michna où Beit Chammai interdisent ; sinon, pourquoi Rav Yossef a-t-il dit 'que le maître dise plutôt : à cause du repos des ustensiles, comme il est enseigné' ? Il aurait dû dire, au sujet de la michna : 'puisque tu m'accordes que Beit Chammai retiennent le repos des ustensiles'. Rabba pense donc certainement que la raison de la michna selon Beit Chammai est celle qu'explique le Talmud plus loin (Chabbat 19a) : ces (cas), si on les fait le Chabbat, on est passible d'un hatat ; Beit Chammai ont décrété la veille de Chabbat à la tombée de la nuit. Et si tu objectes : pourquoi avons-nous besoin de cette raison (donnée) plus loin ? On en déduirait que c'est interdit par la Torah selon Beit Chammai à cause du repos des ustensiles, que nous voyons dans cette baraita ! On peut répondre que le Talmud pense que Beit Chammai n'ont interdit (au titre de la Torah) que les choses où (l'ustensile) accomplit une action, comme le moulin ; mais les mèches de lin dans le four et la laine dans le chaudron, où (l'ustensile) n'accomplit pas d'action, Beit Chammai ne les ont interdites que par décret (guezera). Et de cette sougya plus loin, on a aussi une preuve que la halakha suit Rabba. C'est pourquoi il est interdit de mettre du blé dans un moulin, sauf (s'il a le temps) d'être moulu pendant qu'il fait jour, à cause du bruit ; Beit Hillel ne retiennent pas le repos des ustensiles, même quand l'ustensile accomplit une action ; et il est permis de mettre des braises dans un récipient en fer fait pour cela, et elles continuent à brûler le Chabbat. La cuve, la lampe, la marmite et la broche, selon Beit Chammai, on les abandonne (hefker) ; et bien que l'abandon ne se fasse qu'en présence de trois (personnes), c'est de rang rabbinique, afin que la chose soit rendue publique ; mais selon la Torah, même seul avec soi-même, c'est un abandon. Certains sont indulgents pour louer et prêter leur bête à un non-Juif en l'abandonnant, et ils n'agissent pas bien : (cet abandon) ne vaut que pour ces (cas) où l'on ne peut pas faire autrement ; de plus, l'abandon n'est pas connu et public, alors que la location de la bête est connue. Toutefois, pour la cuve, la lampe, la marmite et la broche, il n'est pas nécessaire d'abandonner, puisque nous tenons selon Beit Hillel, qui ne retiennent pas le repos des ustensiles.
💡 Explication

Retour à la michna (17b-18a) : Beit Chammai interdisent de commencer la veille de Chabbat des processus qui se poursuivent seuls (encre, teinture, lin dans le four...), mais admettent qu'on charge le pressoir. Pourquoi cette différence ?

Critère : Beit Chammai n'ont décrété que sur les actes qui, faits le Chabbat, rendraient passible d'un hatat (travail interdit de la Torah). Charger la poutre du pressoir ne l'est pas, car le liquide coule de lui-même : pas de décret. Voir le schéma.

Le Roch, placé ici, porte sur la baraita du moulin (18a) et tranche avec Rabbenou Hananel selon Rabba (raison du bruit), en s'appuyant sur ce passage.

🖼️ Schéma
Le critère du décret de Beit Chammai Si on faisait l'acte le Chabbat, serait-on passible d'un hatat ? oui non Décret de Beit Chammai interdit dès la veille à la tombée du jour encre et teinture à tremper lin dans le four, laine dans le chaudron pièges tendus aux animaux Pas de décret permis même selon Beit Chammai charger la poutre du pressoir à huile et les cercles du pressoir à vin : le liquide coule de lui-même
Le décret de Beit Chammai ne porte que sur les actes passibles d'un hatat s'ils étaient faits le Chabbat.
13
מַאן תַּנָּא דְּכֹל מִידֵּי דְּאָתֵי מִמֵּילָא, שַׁפִּיר דָּמֵי? אָמַר רַבִּי יוֹסֵי (בַּר) [בְּרַבִּי] חֲנִינָא: רַבִּי יִשְׁמָעֵאל הִיא, דִּתְנַן: הַשּׁוּם וְהַבֹּוסֶר וְהַמְּלִילוֹת שֶׁרִסְּקָן מִבְּעוֹד יוֹם, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: יִגְמֹור מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ, וְרַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר:

Qui est le Tanna (selon lequel) tout ce qui se fait de soi-même est permis ? Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina dit : c'est Rabbi Yichmael, comme nous l'avons appris : l'ail, le verjus (bosser) et les épis non mûrs (mélilot) qu'on a écrasés pendant qu'il faisait jour, Rabbi Yichmael dit : il terminera après la tombée de la nuit ; et Rabbi Akiva dit :

📜 Rachi (4)
דְּאָתֵי מִמֵּילָא כְּגוֹן מַשְׁקִין הַלָּלוּ שֶׁנִּסְחָטִים מֵאֲלֵיהֶם וּבִלְבַד שֶׁיַּתְחִיל מִבְּעוֹד יוֹם:
Qui se fait de soi-même : comme ces liquides, qui s'extraient d'eux-mêmes, à condition d'avoir commencé pendant qu'il faisait jour.
בֹּוסֶר עֲנָבִים בִּתְחִילָּתָן כְּשֶׁהֵן דַּקִּים מוֹצִיא מֵהֶן מַשְׁקִין לְטַבֵּל בּוֹ בָּשָׂר לְפִי שֶׁהוּא חָזָק וְקָרוֹב לְהַחְמִיץ:
Bosser : raisins à leur début, quand ils sont petits ; on en extrait un liquide pour y tremper la viande, car il est fort et proche de l'aigre.
מְלִילוֹת שִׁבֳּולִין שֶׁלֹּא בָּשְׁלוּ כָּל צָרְכָן מְרַסְּקָן וְטוֹעֲנָן בַּאֲבָנִים וּמַשְׁקֶה זָב מֵהֶן וּמְטַבֵּל בּוֹ:
Mélilot : épis qui n'ont pas mûri entièrement ; on les écrase, on les charge de pierres, un liquide en coule, et on y trempe (les aliments).
יִגְמֹור מֵאַחַר שֶׁרִסְּקָן וּצְבָרָם בְּכֹובֶד יַנִּיחֵם בְּכֵלִים וְיָצְאוּ מֵעַצְמָן וּמֻותָּר לְכַתְּחִילָּה:
Il terminera : après les avoir écrasés et entassés sous un poids, il les place dans des récipients et (les liquides) sortent d'eux-mêmes ; et c'est permis à priori.
🗂️ Tossefot (2)
הַשּׁוּם וְהַבֹּוסֶר וְהַמְּלִילוֹת לְמַאי דְּקָאָמַר בְּרֵישׁ חָבִית (לְקַמָּן שַׁבָּת קמג:) מוֹדִים חֲכָמִים לְר' יְהוּדָה בִּשְׁאָר פֵּירוֹת וּמַייְתִי מִדְּתַנְיָא סוֹחֲטִין בִּפְגָעִין וְעוּזְרָדִין אֲבָל לֹא בְּרִמּוֹנִים צ"ל דְּשׁוּם וּבֹוסֶר יוֹתֵר עִשּׂוּיַן לְמַשְׁקִין מִפְּגָעִין וְעוּזְרָדִין וּמִיהוּ הָתָם מַסִּיק דִּתְרָדִין אע"ג דְּלָאו בְּנֵי סְחִיטָה נִינְהוּ הוֹאִיל וְאַחְשְׁבִינְהוּ ה"ל מַשְׁקִין ולפ"ז הָא דְּקָתָנֵי סוֹחֲטִין בִּפְגָעִים לָאו סְחִיטָה גְּמוּרָה קָאָמַר אֶלָּא מִיתּוּק בְּעָלְמָא:
L'ail, le verjus et les épis non mûrs : selon ce qui est dit au début (du chapitre) Havit (plus loin, Chabbat 143b), que les Sages accordent à Rabbi Yehouda pour les autres fruits, et on cite ce qui est enseigné : 'on presse les coings (pagin) et les azeroles (ouzrarin), mais pas les grenades', il faut dire que l'ail et le verjus sont davantage destinés au liquide que les coings et les azeroles. Toutefois, là-bas on conclut que les betteraves, bien qu'elles ne soient pas faites pour être pressées, puisqu'on leur a donné de l'importance, (leur jus) est considéré comme un liquide ; et selon cela, ce qui est enseigné 'on presse les coings' ne parle pas d'un pressage complet, mais d'un simple adoucissement.
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר יִגְמֹור פִּי' אֵינוֹ צָרִיךְ לְסַלֵּק הַטְּעִינָה סָמוּךְ לַחֲשֵׁכָה אֶלָּא מַנִּיחָן כָּל הַשַּׁבָּת קָשֶׁה לְרִ"י הֵיכִי מוּכָח דְּסָבַר ר' יִשְׁמָעֵאל כֹּל דְּאָתֵי מִמֵּילָא אַפֵּי' עֲבִיד בְּשַׁבָּת לֵיכָּא חִיּוּב חַטָּאת דִּילְמָא ר' יִשְׁמָעֵאל סָבַר כב"ה דְּשָׁרוּ אַפֵּי' בְּהָנָךְ דְּלָא אָתֵי מִמֵּילָא וְהָא דִּנְקַט רִיסְּקָן מִשּׁוּם רְבוּתָא דר"ע וְעוֹד תֵּימַהּ דר"ע דְּאָמַר לֹא יִגְמֹור לֹא כב"ש וְלֹא כב"ה וְנִרְאֶה לר"י דְּיִגְמֹור הַייְנוּ דְּיִגְמֹור וְיֹאכַל בְּשַׁבָּת וְלָא דָּמֵי לְמַשְׁקִין שֶׁזָּבוּ שֶׁאֲסוּרִין דְּגָזְרִינַן שֶׁמָּא יִסְחֹוט דְּהָכָא אֲפִילּוּ יִסְחֹוט לֵיכָּא אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא מִשּׁוּם דְּאָתֵי מִמֵּילָא וְהַשְׁתָּא מַיְיתֵי שַׁפִּיר דְּקָסָבַר ר' יִשְׁמָעֵאל כָּל דְּאָתֵי מִמֵּילָא ש"ד אַפֵּי' לב"ש כֵּיוָן דְּאִי עֲבִיד לֵיהּ בְּשַׁבָּת לָא מִיחַייַּב ור"ע דְּאָמַר לֹא יִגְמֹור לֹא שֶׁצָּרִיךְ לְהָסִיר הַקּוֹרָה דְּסָבַר כב"ה אֶלָּא שֶׁלֹּא יִגְמֹור כְּדֵי לֶאֱכֹול מִשֶּׁקָּדַשׁ הַיּוֹם דַּאֲסוּרִין אַפֵּי' לב"ה כִּשְׁאָר מַשְׁקִין שֶׁזָּבוּ דַּאֲסוּרִין דְּהַךְ סְחִיטָה נָמֵי דְּאוֹרָיְיתָא אע"ג דְּאָתֵי מִמֵּילָא ועי"ל דְּיִגְמֹור בְּיָדַיִם מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ דְּלָא דָּמֵי לְמִתְנֵי' דְּלָא שָׁרוּ ב"ה אֶלָּא טְעִינַת קוֹרָה אֲבָל בְּיָדַיִם לֹא דְּהָכָא כְּשֶׁאֵין מְחֻוסָּרִין דִּיכָה כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ וְהַשְׁתָּא מַיְיתֵי שַׁפִּיר דְּכֵיוָן דְּשָׁרֵי ר' יִשְׁמָעֵאל לִסְחֹוט בְּיָדַיִם וְלֹא גָּזַר אַטּוּ מְחֻוסְּרֵי דִּיכָה א"כ בִּמְחֻוסְּרֵי דִּיכָה נָמֵי סָבַר דְּלָא מִיחַייַּב וּבָתַר הָכִי קָאָמַר דִּלְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בִּמְחֻוסְּרֵי דִּיכָה מִיחַייַּב וְאַפֵּ"ה כְּשֶׁאֵין מְחֻוסָּרִין שָׁרִי בְּיָדַיִם וְלֹא גָּזַר אַטּוּ מְחֻוסָּרִין אֲבָל כר"ע לָא אָתְיָא כֵּיוָן דְּאָסַר בְּשֶׁאֵין מְחֻוסָּרִין דִּיכָה אַטּוּ מְחֻוסָּרִין דִּיכָה מִכְּלָל דִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה מִיחַייַּב וא"כ אָסוּר עִם חֲשֵׁכָה לב"ש:
Rabbi Yichmael dit : il terminera. Explication : il n'a pas besoin d'enlever la charge à l'approche de la nuit, mais il les laisse tout le Chabbat. Le Ri trouve cela difficile : comment prouver que Rabbi Yichmael pense que, pour tout ce qui se fait de soi-même, même si on le fait le Chabbat, on n'est pas passible d'un hatat ? Peut-être Rabbi Yichmael pense-t-il comme Beit Hillel, qui permettent même pour les cas qui ne se font pas d'eux-mêmes, et il a pris le cas 'il les a écrasés' pour souligner la nouveauté de (l'avis de) Rabbi Akiva. Et il est encore étonnant que Rabbi Akiva, qui dit 'il ne terminera pas', ne soit ni selon Beit Chammai ni selon Beit Hillel. Il semble au Ri que 'il terminera' signifie : il terminera et mangera le Chabbat ; ce n'est pas comparable aux liquides qui ont coulé, qui sont interdits parce que nous décrétons de peur qu'il ne presse, car ici, même s'il pressait, il n'y aurait pas d'interdit de la Torah, puisque cela se fait de soi-même. Maintenant la preuve est bien apportée : Rabbi Yichmael pense que tout ce qui se fait de soi-même est permis, même selon Beit Chammai, puisque si on le fait le Chabbat on n'est pas passible. Et Rabbi Akiva, qui dit 'il ne terminera pas', (ne veut) pas (dire) qu'il doit enlever la poutre, car il pense comme Beit Hillel, mais qu'il ne terminera pas pour manger après l'entrée du jour saint, car (ces liquides) sont interdits même selon Beit Hillel, comme les autres liquides qui ont coulé, qui sont interdits, car ce pressage aussi est (interdit) de la Torah bien qu'il se fasse de soi-même. On peut encore expliquer que 'il terminera' (signifie) avec les mains, après la tombée de la nuit ; ce n'est pas comparable à notre michna, où Beit Hillel ne permettent que le chargement de la poutre, mais pas avec les mains, car ici il s'agit du cas où (les fruits) ne manquent plus de pilage (mehousarin dikha), comme il est dit plus loin. Maintenant la preuve est bien apportée : puisque Rabbi Yichmael permet de presser avec les mains et ne décrète pas à cause de ceux qui manquent de pilage, il en découle que même pour ceux qui manquent de pilage il pense qu'on n'est pas passible. Ensuite (la Guemara) dit que selon Rabbi Yichmael, pour ceux qui manquent de pilage, on est passible ; et malgré cela, quand ils n'en manquent pas, il permet avec les mains et ne décrète pas à cause de ceux qui en manquent. Mais cela ne peut pas suivre Rabbi Akiva, puisqu'il interdit ceux qui ne manquent pas de pilage à cause de ceux qui en manquent ; cela implique que pour ceux qui manquent de pilage on est passible, et donc c'est interdit à la tombée de la nuit selon Beit Chammai.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' מַאן תַּנָּא דְּכֹל מִידֵּי דְּאָתֵי מִמֵּילָא שַׁפִּיר דָּמֵי אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא רַבִּי יִשְׁמָעֵאל הִיא דִּתְנַן הַשּׁוּם וְהַבֹּוסֶר וְהַמְּלִילוֹת שֶׁרִיסְּקָן מִבְּעוֹד יוֹם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר יִגְמֹור מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ ר"ע אוֹמֵר לֹא יִגְמֹור וְאִיתָמָר עֲלַהּ אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה כ"ע לָא פְּלִיגִי דַּאֲסִיר כִּי פְּלִיגִי בִּמְחֻוסָּרִין שְׁחִיקָה הוֹרָה ר"י בַּר חֲנִינָא כְּר' יִשְׁמָעֵאל ואע"ג דְּאָמַר בַּגְּמָרָא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר לָא מוּקֵי מַתְנֵי' כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל מִשּׁוּם הָא דְּאָמַר ר"י בִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה כ"ע לָא פְלִיגִי דַּאֲסִיר אַלְמָא מַתְנֵי' חֲשִׁיב כִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה צ"ל דר"י בַּר חֲנִינָא אִית לֵיהּ דְּמַתְנִי' לָא חֲשִׁיב כִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה: שֶׁמֶן שֶׁל בַּדָּדִין וּמַחְצָלוֹת שֶׁל בַּדָּדִין רַב אָסַר וּשְׁמוּאֵל שָׁרֵי פֵּירוּשׁ שֶׁמֶן שֶׁיּוֹצֵא מִתַּחַת קוֹרוֹת בֵּית הַבַּד בְּשַׁבָּת וּמַחְצָלוֹת שֶׁל בַּדָּדִין הֵם הַמַּחְצָלוֹת הַמֻּוקְצוֹת לְבֵית הַבַּד. הָנֵי כָּרְכִי דְּזוּגֵי רַב אָסַר וּשְׁמוּאֵל שָׁרֵי פֵּירוּשׁ מַחְצָלוֹת כְּרוּכוֹת וּמֻונָּחוֹת לִסְחוֹרָה וְנִקְשָׁרוֹת שְׁתַּיִם שְׁתַּיִם וְנִקְרָאִים זוּגֵי וְהִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל דְּקָאֵי כר"ש דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה. אָמַר רַב נַחְמָן עֵז לַחֲלָבָהּ וְרָחֵל לְגִיזָּתָהּ וְתַרְנְגֹולֶת לְבֵיצָתָהּ וְתַמְרֵי דְּעִיסְקָא וְתוֹרֵי דְּרִידְיָא פְּלֻוגְתָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה וְר"ש דְּר' יְהוּדָה אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה ור"ש לֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה וקי"ל כר"ש לְעִנְיַן שַׁבָּת דְּהָא אִיפְּסִיק כְּוָותֵיהּ בְּהֶדְיָא בְּסוֹף מִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ וְהָכָא נָמֵי אָמַר הַהוּא תַּלְמִידָא דְּאוֹרִי בְּחַרְתָּא דְאַרְגֵּיז כר"ששמתיה רַב הַמְנוּנָא וְהָא כר"ש ס"ל אַתְרֵיהּ דְּרַב הֲוָה וְלָא הֲוָה לֵיהּ לְמֶעְבַּד וְשָׁמְעִינַן מִינָּהּ דְּהִלְכְתָא כר"ש:
Guemara. Qui est le Tanna selon lequel tout ce qui se fait de soi-même est permis ? Rabbi Yossi bar Hanina dit : c'est Rabbi Yichmael, comme nous l'avons appris : l'ail, le verjus et les épis non mûrs qu'on a écrasés pendant qu'il faisait jour, Rabbi Yichmael dit : il terminera après la tombée de la nuit ; Rabbi Akiva dit : il ne terminera pas. Et il a été dit à ce sujet : Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : pour ceux qui manquent de pilage (dikha), tous s'accordent que c'est interdit ; le désaccord porte sur ceux qui manquent de broyage (chehika). Rabbi Yossi bar Hanina a enseigné (la halakha) selon Rabbi Yichmael. Et bien qu'il soit dit dans la Guemara que Rabbi Eleazar n'établit pas la michna selon Rabbi Yichmael, à cause de ce que Rabbi Yo'hanan a dit, que pour ceux qui manquent de pilage tous s'accordent que c'est interdit, ce qui montre que (le cas de) la michna est considéré comme manquant de pilage, il faut dire que Rabbi Yossi bar Hanina pense que (le cas de) la michna n'est pas considéré comme manquant de pilage. L'huile des pressoirs et les nattes des pressoirs : Rav interdit et Chmouel permet. Explication : l'huile qui sort de sous les poutres du pressoir le Chabbat ; et les nattes des pressoirs sont les nattes réservées au pressoir. Ces rouleaux de paires (karkhei de-zougei) : Rav interdit et Chmouel permet. Explication : des nattes roulées et posées pour la vente, attachées deux par deux, qu'on appelle zougei. La halakha suit Chmouel, qui suit Rabbi Chimon, lequel ne retient pas (l'interdit de) mouktse. Rav Nahman a dit : la chèvre (gardée) pour son lait, la brebis pour sa toison, la poule pour ses œufs, les dattes (destinées) au commerce et les bœufs de labour : c'est le désaccord entre Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, car Rabbi Yehouda retient le mouktse et Rabbi Chimon ne le retient pas. Et nous tenons selon Rabbi Chimon pour Chabbat, car il a été tranché explicitement selon lui à la fin de (chapitre) Mi che-hehchikh ; et ici aussi (il est rapporté) : ce disciple qui enseigna à Harta de-Argiz selon Rabbi Chimon, Rav Hamnouna l'excommunia. Or Rav Hamnouna ne pensait-il pas comme Rabbi Chimon ? C'était le lieu de Rav, et il n'aurait pas dû le faire. Nous en apprenons que la halakha suit Rabbi Chimon.
💡 Explication

La guemara cherche la source du principe implicite chez Beit Chammai : ce qui se fait de soi-même (ati mimeila) et n'entraîne pas de hatat est permis à l'approche de Chabbat. Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina l'attribue à Rabbi Yichmael.

Cas : ail, verjus (bosser) ou épis encore verts (mélilot) écrasés avant la nuit et placés sous un poids ; le jus continue de couler. Rabbi Yichmael permet de laisser le processus se terminer la nuit ; l'avis de Rabbi Akiva se poursuit en 19b.

🖼️ Schéma
Ail, verjus et épis écrasés avant la nuit Tanna Rabbi Yichmael Rabbi Akiva Position il terminera après la nuit il ne terminera pas (suite en 19b) Principe ce qui se fait de soi-même (ati mimeila) est permis la guemara ne tire pas ce principe de son avis
Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva sur les fruits écrasés avant Chabbat.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).