Shabbat 19b — Ce qui s'achève de soi-même, le mouktse selon Rav et Chmouel, et ce qui doit être cuit avant la nuit

Shabbat 19b

Sougya : Le folio achève la recherche du Tanna selon lequel tout ce qui se fait de soi-même pendant Chabbat est permis : Rabbi Yossi bar Hanina l'attribue à Rabbi Yichmael, Rabbi Elazar à Rabbi Elazar ben Chamoua ; la guemara explique pourquoi chacun rejette l'avis de l'autre. Elle cite ensuite plusieurs désaccords entre Rav et Chmouel sur le mouktse (huile et nattes du pressoir, nattes de bateau, animaux et dattes destinés à un autre usage), qui reprennent la controverse de Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, avec l'épisode de l'élève excommunié par Rav Hamnouna.

Le folio ouvre enfin une nouvelle michna : rôtir de la viande, un oignon ou un œuf, cuire du pain ou une galette la veille de Chabbat, avec deux exceptions, l'agneau pascal et le feu de la Beit hamoked.

Qui est le Tanna : tout ce qui se fait de soi-même pendant Chabbat est permis ? Rabbi Yossi bar Hanina = Rabbi Yichmael (ail, raisin vert : il achèvera) Rabbi Elazar (Amora) = Rabbi Elazar ben Chamoua (rayons de miel : permis) Pourquoi pas Rabbi Elazar ? Le miel : aliment au début, aliment à la fin. Olives et raisins : aliment puis liquide = vrai pressage (sehita). La baraita de Rav Hochaya : pas entendue. Pourquoi pas Rabbi Yichmael ? Rabbi Yo'hanan : s'il manque le pilage (dikha), tous interdisent ; désaccord seulement s'il manque le broyage (chehika). Notre cas = il manque le pilage. Rabbi Elazar ben Chamoua permet aussi olives et raisins (baraita de Rav Hochaya de Nehardea), avec Rabbi Chimon, contre le premier Tanna qui interdit. Pratique : Rabbi Yossi bar Hanina a tranché comme Rabbi Yichmael.
Les deux identifications du Tanna qui permet ce qui s'achève de soi-même, et les objections croisées.
Mouktse : Rav contre Chmouel Cas Rav (= R. Yehouda) Chmouel (= R. Chimon) Huile et nattes du pressoir interdit permis Nattes de bateau (karkhei de-zouzei) interdit permis Chèvre (lait), brebis (laine), poule (œufs) interdit permis Bœufs de labour, dattes de commerce interdit permis Halakha comme Rabbi Chimon (pas de mouktse) ; mais à Harta de-Arguiz, lieu de Rav, l'élève qui l'enseigna publiquement fut excommunié par Rav Hamnouna.
Les désaccords de Rav et Chmouel sur le mouktse, calqués sur Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon.
1
לֹא יִגְמֹור. וְרַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר: רַבִּי אֶלְעָזָר הִיא. דִּתְנַן: חַלּוֹת דְּבַשׁ שֶׁרִיסְּקָן בְּעֶרֶב שַׁבָּת וְיָצְאוּ מֵעַצְמָן — אָסוּר, וְרַבִּי אֶלְעָזָר מַתִּיר.

(Rabbi Akiva dit :) il n'achèvera pas. Et Rabbi Elazar a dit : c'est (l'avis de) Rabbi Elazar.

Car nous avons appris : des rayons de miel qu'on a écrasés la veille de Chabbat et (dont le miel) est sorti de lui-même : c'est interdit ; et Rabbi Elazar permet.

📜 Rachi (6)
לֹא יִגְמֹור אָסוּר לְהַנִּיחָם מִבְּעוֹד יוֹם תַּחַת כָּובְדָן כְּדֵי לִגְמֹור מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ:
Il n'achèvera pas : il est interdit de les poser de jour sous leur poids (la presse) pour achever (l'écoulement) après la tombée de la nuit.
וְר' אֶלְעָזָר אוֹמֵר הוּא ר' אֶלְעָזָר בֶּן פְּדָת דְּהוּא אָמוֹרָא:
Et Rabbi Elazar a dit : c'est Rabbi Elazar ben Pedat, qui est un Amora.
ר' אֶלְעָזָר הִיא הוּא ר' אֶלְעָזָר בֶּן שַׁמּוּעַ סְתָם ר' אֶלְעָזָר שֶׁל מִשְׁנָה וּבָרַיְיתָא:
C'est Rabbi Elazar : c'est Rabbi Elazar ben Chamoua, le Rabbi Elazar mentionné sans précision dans la michna et la baraita.
חַלּוֹת דְּבַשׁ שֶׁהַכַּווֶּרֶת רוֹדֶה וַעֲשׂוּיִין כְּמִין חַלּוֹת שֶׁל שַׁעֲוָה וְהַדְּבַשׁ בְּתוֹכָן:
Rayons de miel : que produit la ruche ; ils sont faits comme des gâteaux de cire, et le miel est dedans.
שֶׁרִיסְּקָן כֻּותַּתֶּן:
Qu'on a écrasés : qu'on a broyés.
אֲסוּרִין לְאוֹתוֹ שַׁבָּת בַּאֲכִילָה: דְּבַשׁ לְאַחַר שֶׁזָּב מִן הַחַלּוֹת נָמֵי אוּכְלָא הוּא הִלְכָּךְ לֵיכָּא לְמִיגְזַר בֵּיהּ שֶׁמָּא יִסְחֹוט מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ דְּלָא שַׁיְיכָא בֵּיהּ סְחִיטָה:
Interdits : à la consommation pour ce Chabbat. Le miel, après avoir coulé des rayons, est lui aussi un aliment ; c'est pourquoi il n'y a pas lieu de décréter à son sujet de peur qu'on ne presse après la tombée de la nuit, car la notion de pressage (sehita) ne s'y applique pas.
💡 Explication

Fin de la michna citée en 19a : l'ail, le raisin vert et les épis écrasés de jour. Rabbi Yichmael permet d'achever après la tombée de la nuit, Rabbi Akiva l'interdit. La question posée était : quel Tanna admet que tout ce qui se fait de soi-même (mimeila) pendant Chabbat est permis ?

Seconde réponse : l'Amora Rabbi Elazar (ben Pedat) l'attribue au Tanna Rabbi Elazar (ben Chamoua), qui permet le miel sorti de lui-même des rayons écrasés la veille. Rachi précise que l'interdit du premier Tanna ne vient pas de la crainte du pressage, puisque le miel est un aliment avant et après.

2
וְרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא מַאי טַעְמָא לָא אָמַר כְּרַבִּי אֶלְעָזָר? אָמַר לָךְ, הָתָם הוּא דְּמֵעִיקָּרָא אֹוכֶל וּלְבַסּוֹף אֹוכֶל, הָכָא מֵעִיקָּרָא אֹוכֶל וְהַשְׁתָּא מַשְׁקֶה. וְרַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר לָךְ: הָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי אֶלְעָזָר דַּאֲפִילּוּ זֵיתִים וַעֲנָבִים נָמֵי שָׁרֵי. דְּהָא כִּי אֲתָא רַב הוֹשַׁעְיָא מִנְּהַרְדְּעָא, אֲתָא וְאַיְיתִי מַתְנִיתָא בִּידֵיהּ: זֵיתִים וַעֲנָבִים שֶׁרִיסְּקָן מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְיָצְאוּ מֵעַצְמָן — אֲסוּרִין. רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּירִין. וְרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא בָּרָיְיתָא לָא שְׁמִיעַ לֵיהּ.

Et Rabbi Yossi bar Hanina, pour quelle raison n'a-t-il pas dit comme Rabbi Elazar ? Il te dirait : là-bas, au départ c'est un aliment et à la fin c'est un aliment ; ici, au départ c'est un aliment et maintenant c'est un liquide.

Et Rabbi Elazar te dirait : nous avons entendu de Rabbi Elazar que même les olives et les raisins sont permis aussi. Car lorsque Rav Hochaya est venu de Nehardea, il est venu et a apporté une baraita avec lui : des olives et des raisins qu'on a écrasés la veille de Chabbat et (dont le jus) est sorti de lui-même : ils sont interdits ; Rabbi Elazar et Rabbi Chimon permettent.

Et Rabbi Yossi bar Hanina n'avait pas entendu cette baraita.

📜 Rachi (1)
הָכָא זֵיתִים וַעֲנָבִים דְּמַתְנִי' דְּמֵעִיקָּרָא אוּכְלָא וְהַשְׁתָּא מַשְׁקֶה אִיכָּא לְמִיגְזַר שֶׁמָּא יִסְחֹוט מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ דְּהָא וַדַּאי סְחִיטָה הִיא:
Ici : les olives et les raisins de notre michna, qui au départ sont un aliment et maintenant un liquide : il y a lieu de décréter de peur qu'on ne presse après la tombée de la nuit, car c'est certainement un pressage.
💡 Explication

Objection à Rabbi Yossi bar Hanina : pourquoi ne pas s'appuyer sur Rabbi Elazar ? Réponse : le miel reste un aliment (okhel) du début à la fin ; les olives et les raisins passent de l'état d'aliment à celui de liquide (machke), ce qui est la définition du pressage. La permission du miel ne prouve donc rien pour les olives.

Rabbi Elazar réplique par une baraita où Rabbi Elazar ben Chamoua et Rabbi Chimon permettent aussi les olives et raisins. Conclusion : Rabbi Yossi bar Hanina ne connaissait pas cette baraita.

3
וְרַבִּי אֶלְעָזָר מַאי טַעְמָא לָא אָמַר כְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא? אָמַר לָךְ: לָאו אִיתְּמַר עֲלַהּ אָמַר רָבָא בַּר חֲנִינָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה — דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְלִיגִי, כִּי פְּלִיגִי בִּמְחֻוסָּרִין שְׁחִיקָה. וְהָנֵי נָמֵי כִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה דָּמוּ. הוֹרָה רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל.

Et Rabbi Elazar, pour quelle raison n'a-t-il pas dit comme Rabbi Yossi bar Hanina ? Il te dirait : n'a-t-il pas été dit à ce sujet : Rava bar Hanina a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quand il leur manque le pilage (dikha), tous s'accordent (à interdire) ; ils divergent quand il leur manque le broyage (chehika).

Et ceux-ci (de notre michna) sont semblables à ce qui manque le pilage. Rabbi Yossi bar Hanina a enseigné (en pratique) comme Rabbi Yichmael.

📜 Rachi (3)
וְר' יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא הַךְ בָּרַייְתָא דְּקָתָנֵי דִּפְלִיג ר' אֶלְעָזָר אַף בְּזֵיתִים וּבַעֲנָבִים לָא הֲוָה שְׁמִיעַ לֵיהּ וּמֵהַהִיא דְּחַלּוֹת דְּבַשׁ שֶׁהִיא מִשְׁנָה בְּפֶרֶק חָבִית שֶׁנִּשְׁבְּרָה לָא הָוֵי מָצֵי לִדְמוּיָה לְמִתְנֵי' מִשּׁוּם פִּירְכָא דִּלְעֵיל:
Et Rabbi Yossi bar Hanina : cette baraita qui enseigne que Rabbi Elazar diverge même au sujet des olives et des raisins, il ne l'avait pas entendue ; et celle des rayons de miel, qui est une michna du chapitre Havit chenichbera, il ne pouvait pas la comparer à notre michna à cause de la réfutation citée plus haut.
בִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה כ"ע לָא פְלִיגִי דַּאֲסִירִי דִּטְעִינָתָן הִיא גּוֹמֶרֶת וְנִמְצָא הַכֹּל עָשׂוּי בְּשַׁבָּת:
Quand il leur manque le pilage, tous s'accordent : qu'ils sont interdits, car c'est leur chargement (sous la presse) qui l'achève, et ainsi tout se trouve fait pendant Chabbat.
שְׁחִיקָה יוֹתֵר מִדִּיכָה לְשׁוֹן אוֹ דָּכוּ בִּמְדוֹכָה (בַּמִּדְבָּר י״א:ח׳) וְרַבּוֹתַי גּוֹרְסִין כִּי פְּלִיגִי בִּמְחֻוסָּרִין סְחִיטָה שֶׁנִּידּוֹכוּ יָפֶה וְאֵין טְעִינָתָן גּוֹמֶרֶת אֶלָּא סְחִיטָה וּלְמַאן דְּגָרֵיס שְׁחִיק' טְעִינָתָן שׁוֹחַקְתָּן וְהָנֵי דְּמַתְנִי' מְחֻוסָּרִין דִּיכָה הֵן וּטְעִינָתָן הִיא דִּיכָתָן הִיא שׁוֹחַקְתָּן הִיא סוֹחַטְתָּן וּבְהָא ר' יִשְׁמָעֵאל מוֹדֶה דְּאָסוּר:
Broyage (chehika) : davantage que le pilage ; terme de : "où ils le pilaient au mortier" (Bamidbar 11, 8). Et mes maîtres lisent : ils divergent quand il leur manque le pressage (sehita), c'est-à-dire qu'ils ont été bien pilés et que leur chargement ne les achève pas, mais les presse seulement. Et pour qui lit chehika : leur chargement les broie. Et ceux de notre michna manquent le pilage : leur chargement est à la fois leur pilage, leur broyage et leur pressage ; et en cela Rabbi Yichmael reconnaît que c'est interdit.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' מַאן תַּנָּא דְּכֹל מִידֵּי דְּאָתֵי מִמֵּילָא שַׁפִּיר דָּמֵי אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא רַבִּי יִשְׁמָעֵאל הִיא דִּתְנַן הַשּׁוּם וְהַבֹּוסֶר וְהַמְּלִילוֹת שֶׁרִיסְּקָן מִבְּעוֹד יוֹם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר יִגְמֹור מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ ר"ע אוֹמֵר לֹא יִגְמֹור וְאִיתָמָר עֲלַהּ אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה כ"ע לָא פְּלִיגִי דַּאֲסִיר כִּי פְּלִיגִי בִּמְחֻוסָּרִין שְׁחִיקָה הוֹרָה ר"י בַּר חֲנִינָא כְּר' יִשְׁמָעֵאל ואע"ג דְּאָמַר בַּגְּמָרָא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר לָא מוּקֵי מַתְנֵי' כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל מִשּׁוּם הָא דְּאָמַר ר"י בִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה כ"ע לָא פְלִיגִי דַּאֲסִיר אַלְמָא מַתְנֵי' חֲשִׁיב כִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה צ"ל דר"י בַּר חֲנִינָא אִית לֵיהּ דְּמַתְנִי' לָא חֲשִׁיב כִּמְחֻוסָּרִין דִּיכָה: שֶׁמֶן שֶׁל בַּדָּדִין וּמַחְצָלוֹת שֶׁל בַּדָּדִין רַב אָסַר וּשְׁמוּאֵל שָׁרֵי פֵּירוּשׁ שֶׁמֶן שֶׁיּוֹצֵא מִתַּחַת קוֹרוֹת בֵּית הַבַּד בְּשַׁבָּת וּמַחְצָלוֹת שֶׁל בַּדָּדִין הֵם הַמַּחְצָלוֹת הַמֻּוקְצוֹת לְבֵית הַבַּד. הָנֵי כָּרְכִי דְּזוּגֵי רַב אָסַר וּשְׁמוּאֵל שָׁרֵי פֵּירוּשׁ מַחְצָלוֹת כְּרוּכוֹת וּמֻונָּחוֹת לִסְחוֹרָה וְנִקְשָׁרוֹת שְׁתַּיִם שְׁתַּיִם וְנִקְרָאִים זוּגֵי וְהִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל דְּקָאֵי כר"ש דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה. אָמַר רַב נַחְמָן עֵז לַחֲלָבָהּ וְרָחֵל לְגִיזָּתָהּ וְתַרְנְגֹולֶת לְבֵיצָתָהּ וְתַמְרֵי דְּעִיסְקָא וְתוֹרֵי דְּרִידְיָא פְּלֻוגְתָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה וְר"ש דְּר' יְהוּדָה אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה ור"ש לֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה וקי"ל כר"ש לְעִנְיַן שַׁבָּת דְּהָא אִיפְּסִיק כְּוָותֵיהּ בְּהֶדְיָא בְּסוֹף מִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ וְהָכָא נָמֵי אָמַר הַהוּא תַּלְמִידָא דְּאוֹרִי בְּחַרְתָּא דְאַרְגֵּיז כר"ששמתיה רַב הַמְנוּנָא וְהָא כר"ש ס"ל אַתְרֵיהּ דְּרַב הֲוָה וְלָא הֲוָה לֵיהּ לְמֶעְבַּד וְשָׁמְעִינַן מִינָּהּ דְּהִלְכְתָא כר"ש:
Guemara : Qui est le Tanna selon lequel tout ce qui vient de soi-même est permis ? Rabbi Yossi bar Hanina dit : c'est Rabbi Yichmael, car nous avons appris : l'ail, le raisin vert et les épis tendres (mélilot) qu'on a écrasés de jour, Rabbi Yichmael dit : il achèvera après la tombée de la nuit ; Rabbi Akiva dit : il n'achèvera pas. Et il a été dit à ce sujet : Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quand il leur manque le pilage, tous s'accordent que c'est interdit ; ils divergent quand il leur manque le broyage. Rabbi Yossi bar Hanina a enseigné comme Rabbi Yichmael. Et bien que la Guemara dise que Rabbi Elazar n'établit pas la michna selon Rabbi Yichmael à cause de ce que dit Rabbi Yo'hanan, (à savoir que) quand il manque le pilage tous s'accordent à interdire, d'où il ressort que notre michna est considérée comme manquant le pilage, il faut dire que Rabbi Yossi bar Hanina estime que notre michna n'est pas considérée comme manquant le pilage. Huile des pressoirs et nattes des pressoirs : Rav interdit et Chmouel permet. Explication : l'huile qui sort de sous les poutres du pressoir pendant Chabbat ; et les nattes des pressoirs sont les nattes réservées au pressoir. Ces karkhei de-zouzei : Rav interdit et Chmouel permet. Explication : des nattes enroulées, déposées pour le commerce et attachées deux par deux, qu'on appelle zouzei. Et la halakha est comme Chmouel, qui suit Rabbi Chimon, lequel n'admet pas le mouktse. Rav Nahman a dit : la chèvre pour son lait, la brebis pour sa laine, la poule pour ses œufs, les dattes de commerce et les bœufs de labour : c'est la controverse de Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, car Rabbi Yehouda admet le mouktse et Rabbi Chimon n'admet pas le mouktse. Et nous tenons comme Rabbi Chimon pour Chabbat, car la halakha a été tranchée expressément comme lui à la fin du chapitre Mi chehehchikh ; et ici aussi il est dit : cet élève qui a enseigné à Harta de-Arguiz comme Rabbi Chimon, Rav Hamnouna l'a excommunié. Mais nous tenons comme Rabbi Chimon ? C'était le lieu de Rav, et il n'aurait pas dû agir ainsi. Nous en apprenons que la halakha est comme Rabbi Chimon.
💡 Explication

Objection inverse : pourquoi Rabbi Elazar n'adopte-t-il pas l'attribution à Rabbi Yichmael ? Parce que, selon Rabbi Yo'hanan, le désaccord entre Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva porte seulement sur ce qui a déjà été pilé et manque encore le broyage fin (chehika). Si le pilage (dikha) lui-même manque, tous interdisent. Or le cas en discussion ressemble à ce qui manque le pilage : la presse accomplit tout le travail pendant Chabbat.

La guemara rapporte ensuite que Rabbi Yossi bar Hanina a tranché en pratique comme Rabbi Yichmael. Le Roch explique que, selon lui, le cas de la michna ne compte pas comme manquant le pilage.

4
שֶׁמֶן שֶׁל בַּדָּדִין וּמַחְצָלוֹת שֶׁל בַּדָּדִין — רַב אָסַר וּשְׁמוּאֵל שָׁרֵי. הָנֵי כָּרְכִי דְּזוּזֵי — רַב אָסַר וּשְׁמוּאֵל שָׁרֵי. אָמַר רַב נַחְמָן: עז לַחֲלָבָהּ, וְרָחֵל לְגִיזָּתָהּ, וְתַרְנְגֹולֶת לְבֵיצָתָהּ, וְתוֹרֵי דְּרִידְיָא, וְתַמְרֵי דְּעִיסְקָא — רַב אָסַר, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: מֻותָּר. וְקָמִיפַּלְגִי בִּפְלוּגְתָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן.

L'huile des pressoirs et les nattes des pressoirs : Rav interdit et Chmouel permet. Ces karkhei de-zouzei (nattes de bateau) : Rav interdit et Chmouel permet.

Rav Nahman a dit : la chèvre pour son lait, la brebis pour sa laine, la poule pour ses œufs, les bœufs de labour et les dattes de commerce : Rav interdit, et Chmouel dit : c'est permis. Et ils divergent selon la controverse de Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon.

📜 Rachi (8)
שֶׁמֶן שֶׁל בַּדָּדִין אַיְּידֵי דְּאַייְּרִי בְּבֵית הַבַּד נְקַט לֵיהּ שֶׁמֶן הַמִּשְׁתַּייֵּר בְּזָוִיּוֹת הַבַּד תַּחַת הַטְּעִינָה וְהוּא נִיתַּן לַבַּדָּדִין וְכֵן מַחְצָלוֹת שֶׁל בַּדָּדִין שֶׁמְּכַסִּין בָּהֶן אֶת הַזֵּיתִים:
Huile des pressoirs : puisqu'on parle du pressoir, il la mentionne : l'huile qui reste dans les angles du pressoir sous le chargement, et elle est donnée aux ouvriers du pressoir ; et de même les nattes des pressoirs, dont on couvre les olives.
רַב אָסַר לְטִלְטוּלֵי מִשּׁוּם מֻוקְצֶה דְּרַב סָבַר כְּר' יְהוּדָה בְּמֻוקְצֶה וּשְׁמוּאֵל סָבַר כְּר"ש דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה וְהָכִי אָמְרִינַן בְּמִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ:
Rav interdit : de les déplacer, à cause du mouktse, car Rav pense comme Rabbi Yehouda au sujet du mouktse, et Chmouel pense comme Rabbi Chimon, qui n'admet pas le mouktse ; et ainsi dit-on au chapitre Mi chehehchikh.
כָּרְכִי דְּזוּזֵי זוּג שֶׁל מַחְצָלוֹת שֶׁמְּכַסִּים בָּהֶן אֶת פְּרַגְמַטְיָא שֶׁל סְפִינָה וְזוּזֵי לְשׁוֹן זוּג לְפִי שֶׁהֵן שְׁתַּיִם וַעֲשׂוּיוֹת כְּאֹהֶל וּבִתְשׁוּבוֹת הַגְּאוֹנִים מָצָאתִי כָּרְכִי דְּזִיוֵוי וּמְפָרֵשׁ שֶׁהוּא לְשׁוֹן סְפִינָה בְּלָשׁוֹן אֲרַמִּי:
Karkhei de-zouzei : une paire de nattes dont on couvre la marchandise d'un bateau ; zouzei signifie paire, car elles sont deux et faites comme une tente. Et dans les responsa des Gueonim j'ai trouvé karkhei de-zivei, expliqué comme un terme désignant le bateau en araméen.
עז הָעוֹמֶדֶת לַחֲלָבָהּ:
Chèvre : destinée à son lait.
וְכֵן רָחֵל הָעוֹמֶדֶת לְגִיזָּתָהּ:
De même la brebis : destinée à sa laine.
וְתוֹרָא דְּרִידְיָא הָעוֹמֵד לַחֲרִישָׁה:
Le bœuf de labour (de-reidia) : destiné au labour.
וְתַמְרֵי דְּעִיסְקָא הָעוֹמְדִין לְהוֹלִיכָן לִסְחוֹרָה לְמָקוֹם אַחֵר:
Dattes de commerce : destinées à être emportées pour le commerce en un autre lieu.
פְּלֻוגְתָּא דְּר' יְהוּדָה כו' דַּלֵּר' יְהוּדָה דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה בְּפֶרֶק אַחֲרוֹן (דַּף קָנוּ:) אָסוּר לְשָׁוחְטָן בְּיוֹם טוֹב אֶלָּא אִם כֵּן הִזְמִינָן מִבְּעוֹד יוֹם וְלֵר' שִׁמְעוֹן שָׁרוּ:
Controverse de Rabbi Yehouda, etc. : selon Rabbi Yehouda, qui admet le mouktse au dernier chapitre (156b), il est interdit de les abattre le jour de fête, à moins de les avoir désignées de jour (la veille) ; et selon Rabbi Chimon, c'est permis.
🗂️ Tossefot (3)
שֶׁמֶן שֶׁל בַּדָּדִין פ"ה הַמִּשְׁתַּייֵּר בְּזָוִית בֵּית הַבַּד וְקָשֶׁה לר"י דְּמַה לוֹ לְהַזְכִּיר כָּאן דִּין מֻוקְצֶה וְעוֹד דְּלָמָּה יִהְיֶה הַשֶּׁמֶן מֻוקְצֶה וְתֵירֵץ ר"י דְּקָאֵי אַדִּלְעֵיל דְּקָאָמַר דְּאִם טָעַן בֵּית הַבַּד מִבְּעוֹד יוֹם וְהַשֶּׁמֶן זָב וְהוֹלֶכֶת כָּל הַשַּׁבָּת רַב אָסַר אוֹתוֹ שֶׁמֶן מִשּׁוּם מֻוקְצֶה דְּהָוֵי נוֹלָד גָּמוּר דְּמֵחֲמַת קוֹרוֹת וְהָעִיגּוּל שֶׁעָלָיו לֹא הָיָה רָאוּי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת לַאֲכִילָה אע"ג דע"מ כֵּן הִנִּיחוֹ וְסָמַךְ עַל זֶה שֶׁיָּזוּב כָּל הַשַּׁבָּת כֵּיוָן דְּאֵין מַשְׁקִין בָּעוֹלָם הַאי סְמִיכָה לָאו מִידִי הוּא וְהָוֵי נוֹלָד גָּמוּר וְלָא דָּמֵי לִקְדֵרָה חַיְיתָא דְּשָׁרֵי אע"ג דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת לָא חֲזִי לַאֲכִילָה דְּהָתָם כֵּיוָן דְּהַבָּשָׂר בָּעוֹלָם מְהַנֵּי דע"מ כֵּן מַנִּיחָהּ וְכֵן מַעְייָנוֹת הַנּוֹבְעוֹת כְּבָר הֵם בָּעוֹלָם וְכֵן צוֹאַת קָטָן שֶׁהָיָה כְּבָר בְּמֵעָיו מְהַנֵּי בָּהֶן סְמִיכָה וְלָא דָּמֵי לְזֵיתִים וַעֲנָבִים שֶׁרִיסְּקָן מִבְּעוֹד יוֹם וְכֵן הַשּׁוּם וְהַבֹּוסֶר. שֶׁרִיסְּקָן מִבְּעֶרֶב דְּהָתָם חֲזוּ מִבְּעֶרֶב לַאֲכִילָה אֲבָל הָכָא דְּלָא חֲזוּ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת לַאֲכִילָה וְהַמַּשְׁקֶה אֵינוֹ בָּעוֹלָם הֲרֵי נוֹלָד גָּמוּר וְאָסוּר לְרַב וא"ת בפ"ב לְקַמָּן (דַּף כמ.) דְּאָמַר רַב אֲכַל תַּמְרֵי וּשְׁדָא קַשְׁיָיתָא לְחֵיוָתָא מַאי לָאו בְּפָרְסְייָתָא וְלֹא קִבְּלָהּ לֹא בַּאֲרַמָּיָיתָא וְקִבְּלָה וְהַשְׁתָּא הֵיכִי המ"ל דְּהָוֵי פָּרְסְיָיתָא וְהָא רַב אָסַר נוֹלַד הָכָא וְיֵשׁ לוֹמַר דה"פ מַאי לַָאו בְּפָרְסְיָיתָא וְלֹא קִבְּלָהּ מִשּׁוּם דְּלָא חֲשִׁיבָא לֵיהּ רַב נוֹלָד כֵּיוָן דְּמֵעִיקָּרָא גַּרְעִין וְהַשְׁתָּא גַּרְעִין אֲבָל הָכָא שֶׁמֶן הַבָּלוּעַ בְּזֵיתִים כָּל זְמַן שֶׁלֹּא יָצָא הָוֵי נוֹלָד גָּמוּר וְלָא הָוֵי מַשְׁקֶה:
Huile des pressoirs : Rachi explique : celle qui reste dans l'angle du pressoir. Et le Ri trouve cela difficile : pourquoi mentionner ici la règle du mouktse ? Et de plus, pourquoi l'huile serait-elle mouktse ? Le Ri répond que cela se rattache à ce qui précède : si l'on a chargé le pressoir de jour et que l'huile coule tout le Chabbat, Rav interdit cette huile à cause du mouktse, car c'est un nolad complet (chose nouvellement apparue) : à cause des poutres et du disque (d'olives) posé dessous, elle n'était pas apte à la consommation au crépuscule (bein hachmachot). Et bien qu'on l'ait laissé dans ce but et qu'on ait compté qu'elle coulerait tout le Chabbat, puisque ce liquide n'existait pas encore, cette confiance (semikha) ne vaut rien, et c'est un nolad complet. Et ce cas ne ressemble pas à la marmite crue, qui est permise bien qu'au crépuscule elle ne soit pas apte à la consommation : là, puisque la viande existe, le fait de la laisser dans ce but est efficace ; de même les sources qui jaillissent existent déjà, et de même les excréments d'un petit enfant, qui étaient déjà dans ses entrailles : pour eux la confiance est efficace. Et cela ne ressemble pas aux olives et raisins écrasés de jour, ni à l'ail et au raisin vert écrasés la veille, car là ils étaient aptes à la consommation dès la veille ; mais ici, ils n'étaient pas aptes à la consommation au crépuscule et le liquide n'existait pas : c'est un nolad complet, interdit selon Rav. Et si tu objectes : au deuxième chapitre, plus loin (29a), il est dit : Rav a mangé des dattes et jeté les noyaux aux animaux ; n'est-ce pas des (dattes) perses, et il n'a pas accepté (l'avis de Rabbi Yehouda) ? Non, des araméennes, et il l'a accepté. Or comment pouvait-on penser qu'il s'agissait de perses, puisque Rav interdit ici le nolad ? On peut répondre que le sens est : n'est-ce pas des perses, et il n'a pas accepté (l'interdit), parce que Rav ne le considère pas comme nolad, puisqu'au départ c'était un noyau et maintenant c'est un noyau ; mais ici, l'huile absorbée dans les olives, tant qu'elle n'est pas sortie, n'est pas un liquide, et (en sortant) c'est un nolad complet.
וּשְׁמוּאֵל שָׁרִי תֵּימַהּ דבס"פ נוֹטֵל (לקמ ן קמג.) אָמְרִי' דִּשְׁמוּאֵל הֲוָה מְטַלְטֵל גַּרְעִינֵי פָּרְסְיָיתָא אַגַּב רִיפְתָּא פִּי' בְּשׁוּלוֹת כָּל צָרְכָן שֶׁאֵין נִשְׁאָר מִן הָאוֹכֵל עֲלֵיהֶם כְּלָל וְכֵיוָן דְּשָׁרֵי נוֹלַד כר"ש בְּלֹא רִיפְתָּא נָמֵי לִישְׁתְּרֵי וְתֵירֵץ ר"ת דִּשְׁמוּאֵל מַחְמִיר עַל עַצְמוֹ הָיָה לְפִי שֶׁהָיָה אָדָם חָשׁוּב וְכֵן מוֹכַח סוּגְיָא הָתָם דְּאָמַר אַבָּיֵי אִי לָאו דְּאָדָם חָשׁוּב אֲנָא:
Et Chmouel permet : c'est étonnant, car à la fin du chapitre Notel (plus loin 143a) il est dit que Chmouel déplaçait des noyaux de dattes perses au moyen d'un pain (agav rifta) ; explication : (dattes) cuites entièrement, de sorte qu'il ne reste plus rien de l'aliment sur eux. Or puisqu'il permet le nolad comme Rabbi Chimon, même sans le pain cela devrait être permis. Et Rabbenou Tam répond que Chmouel était sévère envers lui-même parce qu'il était un homme important ; et ainsi le montre la sougya là-bas, où Abaye dit : si je n'étais pas un homme important...
הָנֵי כְּרָכֵי דְזוּזֵי רַב אָסַר לְטַלְטֵל מִשּׁוּם מֻוקְצֶה תֵּימַהּ דִּבְפֶ' מְפַנִּין (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קכח.) אָמְרִינַן דְּרַב בְּמֻוקְצֶה לַאֲכִילָה סָבַר לַהּ כְּר' יְהוּדָה וּבְמֻוקְצֶה לְטַלְטֵל סָבַר לָהּ כְּר"ש וְהָכָא אוֹסֵר לְטַלְטֵל לִכְרַכֵּי דְּזוּזֵי וּמְפָרֵשׁ ר"ת דְּכָרְכִי דְּזוּזֵי הֵן מֻוקְצֶה מֵחֲמַת מֵיאוּס כְּגוֹן בְּגָדִים וּמַחְצָלוֹת שֶׁמְּכַסִּין בָּהֶם דָּגִים וּשְׁאָר דְּבָרִים הַמְלַכְלְכִין אוֹתָם וְהָתָם דְּקָאָמַר רַב דִּבְמֻוקְצֶה לְטַלְטֵל סָבַר לָהּ כְּר"ש בְּמֻוקְצֶה שֶׁמַּקְצֶה הָאָדָם מִדַּעְתּוֹ לְעִיסְקָא לְאוֹצָר שֶׁאֵין בּוֹ מֵיאוּס וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק בָּתְרָא (דַּף קָנוּ:) דְּאַף רַב ס"ל כַּר' יְהוּדָה מִדִּכְרָכֵי דְזוּזֵי דְּרַב אָסַר מְפָרֵשׁ ר"ת דִּנְבֵילָה הַמִּתְנַבֶּלֶת בְּשַׁבָּת מֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִיסּוּר הוּא דְּאַף לִכְלָבִים אֵינוֹ רָאוּי מֵחַיִּים וּמֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִיסּוּר חָמוּר מִמֻּוקְצֶה מֵחֲמַת מֵיאוּס וְהָא דְּאָמַר בפ"ק דְּחֻולִּין (דַּף יד:) בִּשְׁמַעְתָּא וְנָסְבִין חַבְרַיָּא לְמֵימַר מַתְנֵי' ר' יְהוּדָה הִיא אֵימוֹר דְּשָׁמְעַתְּ לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בְּמֻוקְצֶה מֵחֲמַת מִיאוּס בְּמֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִיסּוּר מִי שָׁמְעַתְּ לֵיהּ דִּיחוּי בְּעָלְמָא הוּא וּלְפִי הַמַּסְּקָנָא נֹאמַר דְּמֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִיסּוּר טְפֵי חָמוּר תֵּדַע דְּהָא קָאָמַר הָתָם אֵימוֹר דְּשָׁמַעְתָּ לֵיהּ לְר' מֵאִיר בִּמְבַשֵּׁל דְּרָאוּי לְכוֹס שׁוֹחֵט דְּאֵינוֹ רָאוּי לְכוֹס מִי שָׁמְעַת לֵיהּ מַשְׁמַע דְּאִית לֵיהּ לְר' מֵאִיר מֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִיסּוּר וּבְפֶרֶק כִּירָה מַשְׁמַע דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה מֵחֲמַת מֵיאוּס גַּבֵּי מְטַלְטְלִים נֵר חָדָשׁ אֲבָל לֹא יָשָׁן ר' מֵאִיר אוֹמֵר כָּל הַנֵּרוֹת מְטַלְטְלִים חוּץ מִן הַנֵּר שֶׁהִדְלִיקוּ בּוֹ בְּאוֹתוֹ שַׁבָּת:
Ces karkhei de-zouzei, Rav interdit : de les déplacer, à cause du mouktse. C'est étonnant, car au chapitre Mefanin (plus loin 128a) il est dit que Rav, pour le mouktse relatif à la consommation, pense comme Rabbi Yehouda, et pour le mouktse relatif au déplacement, pense comme Rabbi Chimon ; or ici il interdit de déplacer les karkhei de-zouzei. Et Rabbenou Tam explique que les karkhei de-zouzei sont mouktse à cause de la répugnance (mouktse mehamat mious), comme des vêtements et des nattes dont on couvre des poissons et d'autres choses qui les salissent ; et là où Rav dit que pour le mouktse relatif au déplacement il pense comme Rabbi Chimon, il s'agit du mouktse que l'homme met de côté volontairement pour le commerce ou pour un entrepôt, sans répugnance. Et ce qui est dit au dernier chapitre (156b), que Rav lui aussi pense comme Rabbi Yehouda, (le déduisant) des karkhei de-zouzei que Rav interdit, Rabbenou Tam l'explique ainsi : une bête qui meurt pendant Chabbat est mouktse à cause d'un interdit, car de son vivant elle n'était pas apte même pour les chiens ; et le mouktse à cause d'un interdit est plus grave que le mouktse à cause de la répugnance. Et ce qui est dit au premier chapitre de Houlin (14b), dans le passage : "les compagnons voulurent dire : notre michna est selon Rabbi Yehouda ; admettons que tu l'aies entendu de Rabbi Yehouda pour le mouktse à cause de la répugnance, pour le mouktse à cause d'un interdit l'as-tu entendu ?", c'est une simple esquive (dihouy) ; et selon la conclusion, nous dirons que le mouktse à cause d'un interdit est plus grave. La preuve : il est dit là-bas : admettons que tu l'aies entendu de Rabbi Meir pour celui qui cuit, (car la chose) est bonne à mâcher ; pour celui qui abat, (la bête) n'étant pas bonne à mâcher, l'as-tu entendu ? Il en ressort que Rabbi Meir admet le mouktse à cause d'un interdit ; et au chapitre Kira il ressort qu'il n'admet pas le mouktse à cause de la répugnance, au sujet de : on déplace une lampe neuve mais pas une vieille ; Rabbi Meir dit : toutes les lampes se déplacent, sauf la lampe qu'on a allumée pendant ce Chabbat.
💡 Explication

Série de désaccords entre Rav et Chmouel sur le mouktse (objet écarté de l'usage pour Chabbat). Rav suit Rabbi Yehouda, qui admet le mouktse ; Chmouel suit Rabbi Chimon, qui ne l'admet pas.

Les exemples : l'huile et les nattes du pressoir, les nattes qui couvrent la marchandise d'un bateau, et des animaux ou des fruits destinés à un autre usage que la consommation (lait, laine, œufs, labour, commerce). Pour Rav, n'ayant pas été destinés à la consommation avant Chabbat, ils sont interdits.

Les Tossefot rattachent l'huile au sujet précédent : celle qui coule du pressoir pendant Chabbat est un nolad (chose nouvellement apparue). Ils distinguent aussi plusieurs types de mouktse : à cause de la répugnance, à cause d'un interdit, et celui qu'on met de côté pour le commerce.

🖼️ Schéma
Mouktse : Rav contre Chmouel Cas Rav (= R. Yehouda) Chmouel (= R. Chimon) Huile et nattes du pressoir interdit permis Nattes de bateau (karkhei de-zouzei) interdit permis Chèvre (lait), brebis (laine), poule (œufs) interdit permis Bœufs de labour, dattes de commerce interdit permis Halakha comme Rabbi Chimon (pas de mouktse) ; mais à Harta de-Arguiz, lieu de Rav, l'élève qui l'enseigna publiquement fut excommunié par Rav Hamnouna.
Chaque cas oppose Rav (interdit) à Chmouel (permis).
5
הַהוּא תַּלְמִידָא דְּאוֹרִי בְּחַרְתָּא דְאַרְגֵּיז כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, שַׁמְּתֵיהּ רַב הַמְנוּנָא. וְהָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סְבִירָא לַן? בְּאַתְרֵיהּ דְּרַב הֲוָה לָא אִיבְּעַי לֵיהּ לְמִיעְבַּד הָכִי. הָנֵי תְּרֵי תַּלְמִידֵי, חַד מַצִּיל בְּחַד מָנָא, וְחַד מַצִּיל בְּאַרְבַּע וַחֲמֵשׁ מָאנֵי — וְקָמִיפַּלְגִי בִּפְלֻוגְתָּא דְּרַבָּה בַּר זַבְדָּא וְרַב הוּנָא.

Cet élève qui enseigna à Harta de-Arguiz comme Rabbi Chimon, Rav Hamnouna l'excommunia. Mais nous tenons comme Rabbi Chimon ?

C'était dans le lieu de Rav ; il n'aurait pas dû agir ainsi. Ces deux élèves : l'un sauvait (du feu) dans un seul récipient, et l'autre sauvait dans quatre ou cinq récipients ; et ils divergent selon la controverse de Rabba bar Zavda et Rav Houna.

📜 Rachi (7)
חַרְתָּא שֵׁם מָקוֹם:
Harta : nom d'un lieu.
דְּאַרְגִּיז אָדָם אֶחָד הָיָה אַמְגּוּשִׁי שֶׁבָּנָה לְאוֹתָהּ הָעִיר וְרַב הִמְנוּנָא דָּר בָּהּ וַעֲדַיִין מְעָרַת קְבוּרָתוֹ קַייֶּמֶת שָׁם כָּךְ מָצָאתִי בִּתְשׁוּבָה:
De-Arguiz : un homme, un mage (amgouchi), bâtit cette ville ; Rav Hamnouna y habitait, et sa grotte funéraire existe encore là-bas. Ainsi l'ai-je trouvé dans une responsa.
וְהָא כְּר' שִׁמְעוֹן סְבִירָא לָן הַשְׁתָּא כְּדִלְקַמָּן וְאַמַּאי שַׁמְּתֵיהּ:
Mais nous tenons comme Rabbi Chimon : actuellement, comme (on le dira) plus loin ; pourquoi donc l'a-t-il excommunié ?
חַד מַצִּיל אוֹכְלִין וּמַשְׁקִין מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה הַרְבֵּה לֶחָצֵר הַמְעֹורֶבֶת:
L'un sauvait : de nombreux aliments et boissons, à cause de l'incendie, vers une cour reliée par un erouv.
בְּחַד מָנָא כְּדִתְנַן מַצִּילִין סַל מָלֵא כִּכָּרוֹת ואע"ג שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מֵאָה סְעוּדוֹת:
Dans un seul récipient : comme nous avons appris : on sauve un panier plein de pains, même s'il contient cent repas.
וְחַד מַצִּיל בְּאַרְבַּע וַחֲמֵשׁ מָאנֵי אֶלָּא שֶׁמְּקַפְּלָן כֻּולָּן לְתוֹךְ כְּלִי גָּדוֹל וְנוֹשְׂאָן בְּפַעַם אַחַת:
Et l'autre sauvait dans quatre ou cinq récipients : mais il les rassemble tous dans un grand récipient et les porte en une seule fois.
וְקָא מִיפַּלְגִי כּוּ' בְּפֶרֶק כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ:
Et ils divergent, etc. : au chapitre Kol kitvei hakodech.
🗂️ Tossefot (1)
וְחַד מַצִּיל בְּאַרְבַּע וַחֲמֵשׁ מָאנֵי פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וּמְקַפְּלָן כֻּולָּן בְּתוֹךְ כְּלִי אֶחָד וְנוֹשְׂאָן בְּבַת אַחַת וְאֵין נִרְאֶה לר"ת דִּבְפֶ' כָּל כִּתְבֵי (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קכ.) לָא פְלִיגִי אָמוֹרָאֵי בְּהָא דְּבַעֲיָא הִיא וּפְשִׁיט דִּכְבָא לְהַצִּיל דָּמֵי וְשָׁרִי לכ"ע וּמְפָרֵשׁ ר"ת דְּחַד מַצִּיל בְּחַד מָנָא אַפֵּי' מֵאָה סְעוּדוֹת אֲבָל בְּאַרְבַּע וְחָמֵשׁ מָאנֵי כְּגוֹן לְהַצִּיל וְלַחֲזֹור וּלְהַצִּיל אַפֵּי' בְּאוֹתוֹ חָצֵר לֹא וְחַד מַצִּיל בַּד' וָהּ' מָאנֵי לְאוֹתוֹ חָצֵר וּבְהָא פְּלִיגִי הָתָם רַבָּה בַּר זַבְדָּא וְרַב הוּנָא:
Et l'autre sauvait dans quatre ou cinq récipients : Rachi explique : il les rassemble tous dans un seul récipient et les porte en une fois. Cela ne semble pas juste à Rabbenou Tam, car au chapitre Kol kitvei (plus loin 120a) les Amoraim ne divergent pas sur ce point : c'est une question (beia), et elle est résolue ainsi : c'est comme un seul (récipient) pour sauver, et c'est permis selon tous. Rabbenou Tam explique : l'un sauvait dans un seul récipient, même cent repas, mais pas dans quatre ou cinq récipients, c'est-à-dire sauver, revenir et sauver, même vers la même cour ; et l'autre sauvait dans quatre ou cinq récipients vers la même cour. Et c'est sur cela que divergent là-bas Rabba bar Zavda et Rav Houna.
💡 Explication

Un élève enseigna publiquement à Harta de-Arguiz la permission du mouktse selon Rabbi Chimon. Bien que la halakha soit comme Rabbi Chimon, il fut excommunié par Rav Hamnouna : la ville relevait de l'autorité de Rav, qui interdit, et un élève ne tranche pas contre le maître du lieu.

Autre désaccord entre deux élèves, au sujet de ce qu'on peut sauver d'un incendie pendant Chabbat. Selon Rachi, l'un prend un seul récipient, l'autre rassemble plusieurs récipients dans un grand et les porte en une fois. Selon Rabbenou Tam, la question est de savoir si l'on peut faire plusieurs allers et retours vers la même cour.

6
מַתְנִי׳ אֵין צוֹלִין בָּשָׂר בָּצָל וּבֵיצָה אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם. אֵין נוֹתְנִין פַּת לַתַּנּוּר עִם חֲשֵׁכָה, וְלֹא חֲרָרָה עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים, אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּקְרְמוּ פָּנֶיהָ מִבְּעוֹד יוֹם. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כְּדֵי שֶׁיִּקְרֹום הַתַּחְתּוֹן שֶׁלָּהּ. מְשַׁלְשְׁלִין אֶת הַפֶּסַח בַּתַּנּוּר עִם חֲשֵׁכָה. וּמַאֲחִיזִין אֶת הָאוּר בִּמְדוּרַת בֵּית הַמּוֹקֵד.

Michna : On ne rôtit pas de la viande, un oignon ou un œuf, à moins (qu'il ne reste le temps) qu'ils soient rôtis de jour. On ne met pas de pain au four à la tombée de la nuit, ni une galette (harara) sur les braises, à moins (qu'il ne reste le temps) que leur surface forme une croûte de jour.

Rabbi Eliezer dit : (le temps) que le dessous forme une croûte. On descend l'agneau pascal dans le four à la tombée de la nuit.

Et l'on fait prendre le feu dans le foyer de la Beit hamoked.

📜 Rachi (6)
מַתְנֵי' חֲרָרָה עוּגַת רְצָפִים (מְלָכִים א י״ט:ו׳) פוגאר"ה בְּלַעַ"ז:
Michna. Harara : galette cuite sur des pierres chauffées (ougat retsafim, Melakhim I 19, 6), fogace en langue vernaculaire.
יִקְרְמוּ כְּמוֹ קְרוּם קרושטי"ן בְּלַעַ"ז:
Forme une croûte (yikremou) : de kerom, croûte, crouste en langue vernaculaire.
הַתַּחְתּוֹן מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Le dessous : expliqué dans la Guemara.
מְשַׁלְשְׁלִין אֶת הַפֶּסַח כו' וְהוּא נִצְלֶה וְהוֹלֵךְ מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ ואע"ג דִּבְעָלְמָא אֵין צוֹלִין כְּדַאֲמָרָן הָכָא שָׁרֵי דִּבְנֵי חֲבוּרָה זְרִיזִין הֵן וּמַדְכְּרִי אַהֲדָדֵי וְלָא אָתוּ לְחַתּוֹיֵי בְּגֶחָלִים:
On descend l'agneau pascal, etc. : et il continue à rôtir après la tombée de la nuit. Bien qu'en général on ne rôtisse pas, comme nous l'avons dit, ici c'est permis, car les membres du groupe (havoura) sont diligents, se le rappellent l'un à l'autre, et n'en viendront pas à attiser les braises.
וּמַאֲחִיזִין אֶת הָאוּר מְעַט מְעַט בְּעֵצִים שֶׁל מְדוּרַת בֵּית הַמּוֹקֵד שֶׁהָיְתָה בָּעֲזָרָה וְהִיא מִתְבַּעֶרֶת וְהוֹלֶכֶת מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ וְלָא חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יְהוּ כֹּהֲנִים צְרִיכִין לְהַבְעִירָהּ מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Et l'on fait prendre le feu : peu à peu, dans le bois du foyer de la Beit hamoked, qui était dans la cour (azara) ; il continue à brûler après la tombée de la nuit, et l'on ne craint pas que les Cohanim aient besoin de l'attiser après la nuit, comme l'explique la Guemara.
בֵּית הַמּוֹקֵד לִשְׁכָּה גְּדוֹלָה הִיא שֶׁהַכֹּהֲנִים מִתְחַמְּמִין שָׁם בִּמְדוּרַת אֵשׁ הַנִּסֶּקֶת תָּמִיד מִפְּנֵי שֶׁמְּהַלְּכִין יְחֵפִים עַל רִצְפַּת שֶׁיֵּשׁ בָּעֲזָרָה כִּדְאָמְרִי' בִּזְבָחִים (פּ"ב דַּף כד.) הוֹאִיל וְרִצְפָּה מְקֻודֶּשֶׁת דִּכְתִיב בַּיּוֹם הַהוּא קִדַּשׁ הַמֶּלֶךְ אֶת תּוֹךְ הֶחָצֵר וּכְלֵי שָׁרֵת מְקֻודָּשִׁין דִּכְתִיב וַיִּמְשָׁחֵם וִיקַדֵּשׁ אֹותָם מַה כְּלֵי שָׁרֵת לֹא יְהֵא דָּבָר חוֹצֵץ בֵּינוֹ לְבֵין כְּלֵי שָׁרֵת אַף רִצְפָּה לֹא יְהֵא דָּבָר חוֹצֵץ בֵּינוֹ לְבֵין הָרִצְפָּה:
Beit hamoked : grande salle où les Cohanim se réchauffaient à un feu toujours entretenu, parce qu'ils marchaient pieds nus sur le dallage de marbre de la cour, comme nous le disons dans Zevahim (ch. 2, 24a) : puisque le dallage est sanctifié, car il est écrit : "ce jour-là le roi sanctifia l'intérieur de la cour", et que les ustensiles du service sont sanctifiés, car il est écrit : "il les oignit et les sanctifia" ; de même que pour les ustensiles du service rien ne doit s'interposer entre (le Cohen) et l'ustensile, de même pour le dallage rien ne doit s'interposer entre lui et le dallage.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנִי' אֵין צוֹלִין בָּשָׂר בָּצָל וּבֵיצָה אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם וְאֵין נוֹתְנִין פַּת לַתַּנּוּר עִם חֲשֵׁיכָה וְלֹא חֲרָרָה עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּקְרְמוּ פָּנֶיהָ מִבְּעוֹד יוֹם ר"א אוֹמֵר כְּדֵי שֶׁיִּקְרֹום הַתַּחְתּוֹן שֶׁלָּהּ:
Michna : On ne rôtit pas de la viande, un oignon ou un œuf, à moins qu'ils soient rôtis de jour ; et l'on ne met pas de pain au four à la tombée de la nuit, ni une galette sur les braises, à moins que leur surface forme une croûte de jour. Rabbi Eliezer dit : (le temps) que le dessous forme une croûte.
יֵשׁ מְקוֹמוֹת שֶׁבְּמָקוֹם שֶׁמַּסִּיקִין הָאוּר וּבִשְּׁלוּ הַקְּדֵרוֹת כָּל הַיּוֹם לְעֵת עֶרֶב מְסַלְּקִין אֶת הָאֵשׁ וְגוֹרְפִין הָרֶמֶץ וְנוֹתְנִין הַקְּדֵירָה לְצֹורֶךְ מָחָר וּמְכַסִּין אוֹתָהּ בְּאֵפֶר צוֹנֵן. וְיֵשׁ לִתְמֹוהַּ עַל מִנְהָגָם דְּאַסִּירָנָא הָכָא לָתֵת קֻופָּה שֶׁטָּמַן עַל גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים דְּמַסְּקִי הַבְלָא וְאֵין לְךָ מוֹסִיף הֶבֶל יוֹתֵר מִן הַמָּקוֹם שֶׁבִּשְּׁלוּ שָׁם כָּל הַיּוֹם. וְיֵשׁ לָתֵת טַעַם לְמִנְהָגָם דְּשָׁאנֵי הָתָם שֶׁנָּתְנוּ הַקְּדֵירָה לַקֻּופָּה לְשֵׁם הַטְמָנָה וְגַם רָאוּי לְהַטְמִין בְּתוֹךְ גֶּפֶת שֶׁל זֵיתִים הִלְכָּךְ אִיכָּא לְמֵיחַשׁ דִּילְמָא אָתֵי לְמֵימַר מַה לִי לִיתֵּן גֶּפֶת תַּחַת הַקְּדֵרָה מַה לִי לְהַטְמִין בְּתוֹכוֹ אֲבָל בְּמָקוֹם שֶׁבִּשְּׁלוּ שָׁם הַקְּדֵירָה כָּל הַיּוֹם תְּחִלַּת נְתִינַת הַקְּדֵירָה שָׁם לֹא הָיְתָה לְשֵׁם הַטְמָנָה וְגַם אֵין רָאוּי לְהַטְמִין בְּתוֹךְ הַקַּרְקַע הִלְכָּךְ לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ. אֲבָל זֶה ק"ק עַל מִנְהָגָם שֶׁגּוֹרְפִין וּמְסַלְּקִין אֶת הַקְּדֵירָה וְאֵין מְדַקְדְּקִים הֵיכָן מַנִּיחִין אוֹתָהּ וּלְחַד לִישָּׁנָא דְּרַב חִזְקִיָּה מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבַּיֵּי דָּיְיקִינַן מִינָּהּ לְעֵיל פ' כִּירָה (שַׁבָּת דַּף לח:) דְּאִם הִנִּיחַ עַל גַּבֵּי קַרְקַע אע"פ שֶׁדַּעְתּוֹ לְהַחֲזִיר אָסוּר וַאֲפִילּוּ בע"ש נָמֵי אָסוּר לְהַחֲזִיר כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל. וְשֶׁמָּא כְּאִידָךְ לִישָּׁנָא סְבִירָא לְהוּ דְּשָׁרֵי הִנִּיחַ עַל גַּבֵּי קַרְקַע אִם דַּעְתּוֹ לְהַחֲזִיר. וְעוֹדָן בְּיָדוֹ אַפֵּי' אֵין דַּעְתּוֹ לְהַחֲזִיר דִּבְשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל. ור"ח פֵּירֵשׁ מִשּׁוּם חוּמְרָא דְּשַׁבָּת חֲשִׁיבָא כְּשֶׁל תּוֹרָה וְאָזְלִינַן לְחוּמְרָא ונ"ל דְּלָא אָסְרִינַן חֲזָרָה מִבְּעוֹד יוֹם אֶלָּא הֵיכָא דְּנִטְּלָה מֵעַל גַּבֵּי כִּירָה שֶׁעָתִיד לְהַשְׁהוֹת עָלֶיהָ וּלְהַחֲזִירָהּ עָלֶיהָ מִשּׁוּם שְׁהִיָּיה. שֶׁאִם אַתָּה מַתִּיר לְהַחֲזִירָהּ מִבְּעוֹד יוֹם אָתֵי לְהַחֲזִירָהּ מִשֶּׁחָשֵׁיכָה. אֲבָל אִם הֶחֱזִירָהּ לְשֵׁם הַטְמָנָה לָא אָסְרִינַן. וְיֵשׁ מְקוֹמוֹת הַרְבֵּה שֶׁנָּהֲגוּ לַעֲשׂוֹת חֲפִירָה גְּדוֹלָה אֵצֶל מְקוֹם הָאֵשׁ מְרֻוצֶּפֶת בִּלְבֵנִים סָבִיב וּמְחַמְּמִין אוֹתָהּ וְגוֹרְפִין אוֹתָהּ וּמַטְמִינִין בָּהּ הַקְּדֵירָה וּמְכַסִּין אוֹתָהּ וּמְבִיאִין רְאָיָה לְהַתִּיר מִנְהָגָם מֵהָא דְּאָמַר בפ"ק דַּף יח: דְּקִדְרָא חַיְיתָא וּבְשִׁיל שַׁפִּיר דָּמֵי לִיתֵּן לְתוֹךְ הַתַּנּוּר. וְלָא דָּמֵי כֻּולֵּי הַאי דְּהָתָם הוּא בְּתוֹרַת שְׁהִייָּה וְהָכָא הוּא בְּתוֹרַת הַטְמָנָה. וּבְדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל יֵשׁ לְחַלֵּק דְּהָא דְּאָסְרִי הַטְמָנָה בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל הַיְינוּ מִשּׁוּם גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַטְמִין בְּרֶמֶץ וְהַיְינוּ דַּווְקָא כְּעֵין הַטְמָנָה בְּרֶמֶץ שֶׁהָרֶמֶץ מַגִּיעַ לַקְּדֵירָה סָבִיב. אֲבָל בְּתַנּוּר וְכֵן בַּחֲפִירָה זוֹ שֶׁיֵּשׁ אֲוִיר הַרְבֵּה בֵּין הַדְּפָנוֹת לִקְדֵירָה לָא דָּמִי' לְהַטְמָנָה וְאֵין לְהַחְמִיר בָּהּ יוֹתֵר מַשְׁהֶה עַל גַּבֵּי כִּירָה. וְרַשְׁבָּ"ם הָיָה מַתִּיר לָתֵת פֵּירוֹת סְבִיב הַקְּדֵירָה אע"פ שֶׁאִי אֶפְשָׁר לָהֶם לִצְלוֹת קֹודֶם חֲשֵׁיכָה. דקי"ל כַּחֲנַנְיָא דְּכֹל שֶׁהוּא כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי וְכוּ' וּפֵירוֹת כֵּיוָן דְּנֶאֱכָלִים חַיִּין חֲשִׁיבֵי טְפֵי מִמַּאֲכַל בֶּן דְּרוּסַאי וְיוֹתֵר הֵם טוֹבִים בְּלֹא בִּשּׁוּל כְּלָל מִמַּאֲכַל בֶּן דְּרוּסַאי עַד שֶׁיִּתְבַּשֵּׁל. וְלָא דָּמֵי לְבָצָל וּבֵיצָה דְּאָסְרִינַן לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף יט:) אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם. דְּבֵיצָה אֵין דֶּרֶךְ לְגָומְעָהּ. וּבָצָל אַף עַל פִּי שֶׁאוֹכְלִין אוֹתוֹ חַי לִפְעָמִים אֵין טוֹב לְאָוכְלוֹ חַי כְּמוֹ תַּפּוּחִים וּכְשֶׁנּוֹתֵן פֵּירוֹת סְבִיב הַקְּדֵירָה יִזָּהֵר שֶׁלֹּא יַחֲזִיר הַכִּיסּוּי אִם צָלוּ מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה וְלֹא יוֹסִיף עָלָיו עוֹד עַד שֶׁיְּצוּלוֹ מִשּׁוּם דִּמְמַהֵר לִגְרֹום בִּשּׁוּלוֹ בְּשַׁבָּת:
Il y a des endroits où, la où l'on allume le feu et où l'on a cuit les marmites toute la journée, à l'approche du soir on retire le feu, on balaie les braises couvertes de cendre (remets), on y place la marmite pour le lendemain et on la recouvre de cendre froide. On peut s'étonner de leur coutume, car nous avons interdit ici de placer un panier où l'on a enfoui (un plat) sur du marc d'olives (géfet), parce qu'il dégage de la chaleur ; et rien n'ajoute plus de chaleur que l'endroit où l'on a cuit toute la journée. On peut donner une raison à leur coutume : là-bas le cas est différent, car on a placé la marmite dans le panier en vue de l'enfouissement (hatmana), et il est aussi usuel d'enfouir dans le marc d'olives ; c'est pourquoi il faut craindre qu'on en vienne à dire : quelle différence entre mettre le marc sous la marmite et enfouir dedans ? Mais à l'endroit où l'on a cuit la marmite toute la journée, la pose initiale de la marmite n'était pas en vue de l'enfouissement, et il n'est pas usuel d'enfouir dans le sol ; c'est pourquoi il n'y a pas lieu de craindre. Cependant, ceci est quelque peu difficile dans leur coutume : ils balaient et retirent la marmite sans prêter attention à l'endroit où ils la posent ; or selon une version de Rav Hizkiya au nom d'Abaye, nous en avons déduit plus haut au chapitre Kira (Chabbat 38b) que si on l'a posée à terre, même si l'on a l'intention de la remettre, c'est interdit ; et même la veille de Chabbat il est interdit de la remettre, comme je l'ai expliqué plus haut. Peut-être suivent-ils l'autre version, qui permet, si on l'a posée à terre, (de la remettre) quand on a l'intention de la remettre ; et si elle est encore dans sa main, même sans intention de la remettre ; car pour une règle des Sages (de-rabbanan), on suit l'avis indulgent. Et Rabbenou Hananel a expliqué : à cause de la sévérité de Chabbat, elle est considérée comme une règle de la Torah, et l'on suit la rigueur. Et il me semble que nous n'interdisons de remettre (la marmite) de jour que lorsqu'on l'a retirée d'un réchaud (kira) sur lequel on compte la laisser et la remettre, à cause de la chehiya (laisser sur le feu) : car si tu permets de la remettre de jour, on en viendra à la remettre après la tombée de la nuit. Mais si on l'a remise en vue de l'enfouissement, nous n'interdisons pas. Et il y a beaucoup d'endroits où l'on a coutume de faire une grande fosse près de l'endroit du feu, pavée de briques tout autour ; on la chauffe, on la balaie, on y enfouit la marmite et on la couvre. Ils apportent une preuve pour permettre leur coutume de ce qui est dit au premier chapitre (18b) : une marmite crue, ou bien cuite, il est permis de la mettre dans le four. Mais les deux cas diffèrent beaucoup : là-bas il s'agit de chehiya, et ici d'enfouissement. Et au sujet d'une chose qui ajoute de la chaleur, on peut distinguer : l'interdit d'enfouir dans une chose qui ajoute de la chaleur est une guezera, de peur qu'on n'enfouisse dans le remets ; cela ne vaut que pour un enfouissement semblable à celui dans le remets, où le remets touche la marmite tout autour. Mais dans un four, et de même dans cette fosse, où il y a beaucoup d'air entre les parois et la marmite, cela ne ressemble pas à un enfouissement, et il n'y a pas lieu d'être plus sévère que pour ce qu'on laisse sur un réchaud. Et le Rachbam permettait de placer des fruits autour de la marmite bien qu'il leur soit impossible d'être rôtis avant la nuit, car nous tenons comme Hanania : tout ce qui est (cuit) comme la nourriture de Ben Drossai, etc. ; et les fruits, puisqu'ils se mangent crus, valent plus que la nourriture de Ben Drossai, et ils sont meilleurs sans aucune cuisson que la nourriture de Ben Drossai tant qu'elle n'est pas cuite. Et cela ne ressemble pas à l'oignon et à l'œuf, que nous avons interdits plus haut (19b) sauf (s'il reste le temps) qu'ils soient rôtis de jour : car l'œuf, on n'a pas l'habitude de le gober (cru), et l'oignon, bien qu'on le mange parfois cru, n'est pas bon à manger cru comme les pommes. Et quand on place des fruits autour de la marmite, on veillera à ne pas remettre le couvercle (si on l'a ôté) après la tombée de la nuit, et à ne rien ajouter dessus avant qu'ils soient rôtis, car cela hâte leur cuisson pendant Chabbat.
💡 Explication

Nouvelle michna. Certaines cuissons commencées la veille de Chabbat ne sont permises que si elles atteignent un certain stade avant la nuit : la viande, l'oignon et l'œuf doivent être rôtis de jour ; le pain et la harara (galette cuite sur les braises) doivent former une croûte. Selon Rabbi Eliezer, la croûte du dessous suffit. La raison, déjà vue en 18b, est la crainte qu'on n'attise les braises pendant Chabbat pour hâter la cuisson.

Deux exceptions : l'agneau pascal, car le groupe qui le mange est diligent et ses membres se rappellent l'interdit l'un à l'autre ; et le feu de la Beit hamoked, où se réchauffaient les Cohanim, car les Cohanim sont zélés.

🖼️ Schéma
Veille de Chabbat : que faut-il atteindre avant la nuit ? Viande, oignon, œuf à rôtir rôtis de jour Pain au four, galette sur les braises Tanna : la surface forme croûte R. Eliezer : le dessous suffit Exceptions agneau pascal au four à la tombée de la nuit feu de la Beit hamoked Raison de l'exigence Crainte qu'on n'attise les braises pour hâter la cuisson pendant Chabbat Pourquoi permis ? havoura : diligents, ils se le rappellent ; Cohanim : zélés
Le stade de cuisson à atteindre avant la nuit, et les deux exceptions de la michna.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).