Shabbat 20a — La nourriture de Ben Drossai et le feu allumé avant Chabbat

Shabbat 20a

Sougya : Le folio commente la fin de la michna de 19b sur ce qu'on peut commencer la veille de Chabbat. La guemara fixe la mesure de cuisson 'comme la nourriture de Ben Drossai' (un tiers de cuisson), qui sert aussi pour bichoulei goyim et, selon Hanania, pour laisser un plat sur un fourneau ni balayé ni couvert ; le Roch développe longuement la discussion des décisionnaires sur ce point.

Elle précise ensuite quel est le 'côté inférieur' du pain collé au four, pourquoi on peut descendre le Pessa'h dans le four (les membres de la havoura sont zélés), et d'où vient la permission d'allumer le feu de la Beit Hamokéd (Rav Houna et Rav Hisda). Enfin, pour le feu allumé en province, Rav et Chmouel définissent 'la majeure partie' ; suivent la bûche unique (épaisseur et circonférence), le sens du mot ah (Rav et Chmouel) et le désaccord de Rav Houna et Rav Hisda sur les roseaux et les noyaux de dattes.

La mesure 'Ben Drossai' : un tiers de cuisson (Rachi) 1/3 = Ben Drossai reste de la cuisson cru cuit complètement Rôti (michna) Rav (par R. Elazar) : doit atteindre Ben Drossai avant la nuit ; la suite peut se faire pendant Chabbat Bichouléi goyim R. Yo'hanan (par Rav Assi) : cuit par un Juif jusqu'à Ben Drossai : si un non-Juif achevé, pas d'interdit Laisser (chehiya) Hanania (baraita) : à partir de Ben Drossai, on peut le laisser sur le kira même ni garouf ni katoum (pas de crainte qu'il attise les braises)
Trois emplois de la mesure 'nourriture de Ben Drossai' dans la guemara.
Feu allumé en province : que veut dire 'la majeure partie' ? Rav La majeure partie de CHAQUE bûche (pas la majorité du nombre de bûches) chaque bûche allumée à plus de moitié Chmouel Assez pour qu'on ne dise pas : 'apporte du petit bois, mettons-le dessous' = le feu tient de lui-même Appui : baraita de Rav Hiya la flamme monte d'elle-même, et non par autre chose (dit à propos de la Menora)
Rav et Chmouel sur 'la majeure partie' du feu allumé la veille de Chabbat.
Roseaux et noyaux : faut-il la majeure partie allumée avant Chabbat ? Rav Houna Rav Hisda Roseaux en vrac pas besoin de la majorité majorité requise Roseaux en botte majorité requise pas besoin de la majorité Noyaux en vrac pas besoin de la majorité majorité requise Noyaux en panier majorité requise pas besoin de la majorité serrés : la flamme n'entre pas dispersés : ils ne s'allument pas l'un l'autre
Rav Houna et Rav Hisda : positions inversées sur les roseaux et les noyaux.
1
וּבְגִבּוּלִין, כְּדֵי שֶׁתֶּאֱחֹוז הָאוּר בְּרֻובּוֹ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בַּפֶּחָמִין — כָּל שֶׁהוּא.

Et dans les provinces (gevoulin), (on n'allume le feu que s'il reste assez de temps) pour que le feu prenne dans sa majeure partie. Rabbi Yehouda dit : pour (un feu) de charbons, (il suffit) d'un peu.

📜 Rachi (2)
וּבְגִבּוּלִין צָרִיךְ לְהַבְעִיר מְדוּרָתָן מִבְּעוֹד יוֹם כְּדֵי שֶׁתֶּאֱחֹוז הָאֵשׁ בְּרֻובּוֹ:
Et dans les provinces : il faut allumer leur feu de bois de jour, afin que le feu prenne dans sa majeure partie.
ר' יְהוּדָה אוֹמֵר אִם הָיְתָה מְדוּרַת פֶּחָמִין אֵין צָרִיךְ לְהַאֲחִיז בָּהֶן הָאוּר אֶלָּא כָּל שֶׁהוּא וְהִיא דּוֹלֶקֶת וְהוֹלֶכֶת דְּאֵין דַּרְכָּהּ לִהְיוֹת כָּבֶה וְהוֹלֶכֶת וא"צ לַחְתּוֹת בָּהֶן:
Rabbi Yehouda dit : si c'était un feu de charbons, il n'est pas nécessaire d'y faire prendre le feu, sinon un peu, et il continue de brûler, car il n'est pas dans sa nature de s'éteindre peu à peu, et il n'est pas nécessaire de les attiser.
💡 Explication

Fin de la michna (19b). Au Temple, on peut allumer le feu de la Beit Hamokéd juste avant la nuit ; en province (gevoulin), il faut que le feu ait pris dans la majeure partie du bois avant Chabbat. Le souci : qu'on vienne attiser (lehatot) le feu le Chabbat.

Rabbi Yehouda allège pour les charbons : une fois allumés, ils ne s'éteignent pas et on n'a pas besoin d'y toucher.

2
גְּמ׳ וְכַמָּה? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַב: כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם כְּמַאֲכָל בֶּן דְּרוֹסַאי. אִיתְּמַר נָמֵי, אָמַר רַב אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל שֶׁהוּא כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי, אֵין בּוֹ מִשּׁוּם בִּישּׁוּלֵי גּוֹיִם. תַּנְיָא חֲנַנְיָא אוֹמֵר: כָּל שֶׁהוּא כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי — מֻותָּר לְהַשְׁהוֹתוֹ עַל גַּבֵּי כִּירָה וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין גְּרוּפָה וּקְטוּמָה.

Guemara. Et combien (doivent-ils être rôtis) ?

Rabbi Elazar a dit au nom de Rav : qu'ils soient rôtis de jour comme la nourriture de Ben Drossai. On l'a aussi énoncé : Rav Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tout ce qui est (cuit) comme la nourriture de Ben Drossai n'est plus concerné par (l'interdit de) bichoulei goyim (les mets cuits par un non-Juif).

Il est enseigné (dans une baraita) : Hanania dit : tout ce qui est comme la nourriture de Ben Drossai, il est permis de le laisser (lehachhoto) sur le fourneau (kira), même s'il n'est ni balayé (garouf) ni couvert de cendres (katoum).

📜 Rachi (5)
גְּמ' בֶּן דְּרוּסַאי לִסְטִים הָיָה וּמְבַשֵּׁל בִּישּׁוּלוֹ שְׁלִישׁ:
Ben Drossai : c'était un brigand, et il cuisait sa cuisson (seulement) au tiers.
אִיתְּמַר נָמֵי דְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוּסַאי חָשׁוּב בִּישּׁוּל:
On l'a aussi énoncé : que la nourriture de Ben Drossai est considérée comme une cuisson.
כָּל שֶׁהוּא מְבֻושָּׁל בְּיַד יִשְׂרָאֵל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי שׁוּב אֵין בִּגְמָרוֹ מִשּׁוּם בִּישּׁוּלֵי נָכְרִים:
Tout ce qui est : cuit par un Juif comme la nourriture de Ben Drossai, son achèvement (par un non-Juif) n'est plus concerné par bichoulei nokhrim.
גָּרוּף מִן הַגֶּחָלִים בְּמַגְרֵיפָה שֶׁקּוֹרִין וודילי:
Balayé : (débarrassé) des braises avec une pelle (magréfa), qu'on appelle 'vodili'.
קָטוּם מְפַזְּרִים אֵפֶר מִלְמַעְלָה כְּדֵי לְהָפִיג חֻומּוֹ שֶׁלֹּא יוֹסִיף הֶבֶל בְּשַׁבָּת וְזֶה תַּבְשִׁיל שֶׁהוּא כְּמַאֲכָל בֶּן דְּרוֹסַאי לָא חָיְישִׁי' אִם מִתְבַּשֵּׁל וְהוֹלֵךְ בְּשַׁבָּת:
Couvert : on répand de la cendre par-dessus pour atténuer sa chaleur, afin qu'il n'ajoute pas de chaleur le Chabbat ; et ce plat qui est comme la nourriture de Ben Drossai, on ne craint pas qu'il continue de cuire le Chabbat.
⚖️ Rosh (2)
וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר מָר גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְחַתֶּה בַּגֶּחָלִים הַאי קְדֵרָה חַייְּתָא שַׁפִּיר דָּמֵי וּבְשִׁיל שַׁפִּיר דָּמֵי בְּשִׁיל וְלָא בְּשִׁיל אָסוּר וְהוּא דְּלָא בְּשִׁיל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי דְּאָמַר לְקַמָּן (שַׁבָּת דַּף כ.) כָּל שֶׁהוּא כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי מֻותָּר לְהַשְׁהוֹתוֹ עַל גַּבֵּי כִּירָה אע"פ שֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה וְאֵינָהּ קְטוּמָה וְאִי שְׁדָא בֵּיהּ גַּרְמָא חַייָּא שַׁפִּיר דָּמֵי מ"ט דְּאַסַּח לֵיהּ לְדַעְתֵּיהּ דְּאָמַר הַשְׁתָּא וַדַּאי לָא בְּשִׁיל וְלָא אָתֵי לְאַחְתּוּיֵי וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר מָר כָּל מִידֵּי דְּקָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא לָא מְגַלֵּי לֵיהּ הַאי בִּשְׂרָא דְּגַדְיָא וּשְׁרִיק שַׁפִּיר דָּמֵי דְּבַרְחָא וְלָא שְׁרִיק אָסוּר אֲפִילּוּ בְּחַיָּיא מִשּׁוּם דִּבְצָלִי מַייְרֵי וְיָכוֹל לִצְלוֹת לְמַאֲכַל הַלַּיְלָה וְחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יְחַתֶּה דְּגַדְיָא וְלָא שְׁרִיק דְּבַרְחָא וּשְׁרִיק רַב אָשֵׁי שָׁרֵי וְרַב יִרְמְיָה מִדִּפְתִּי אֲסִיר. כָּתַב בַּעַל ה"ג דִּבְצָלִי אַייְרֵי וְכֵן מַשְׁמַע מִדְּמַיְיתֵי עֲלָהּ אֵין צוֹלִין בָּשָׂר בָּצָל וּבֵיצָה וְכֵן בְּשִׁלְהֵי פִּרְקִין מַיְיתֵי הָא דְּגַדְיָא גַּבֵּי מְשַׁלְשְׁלִין אֶת הַפֶּסַח אֲבָל בִּקְדֵירָה לָא קָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא וְחָיְישִׁינַן דִּלְמָא מְגַלֵּי לֵיהּ. אִיכָּא דְּאָמְרִי דְּגַדְיָא בֵּין שְׁרִיק בֵּין לָא שְׁרִיק שַׁפִּיר דָּמֵי דְּבַרְחָא וּשְׁרִיק נָמֵי ש"ד דְּבַרָחָא וְלָא שְׁרִיק רַב אָשֵׁי שָׁרֵי וְרַב יִרְמְיָה מִדִּפְתִּי אָסַר וְקָפָסְקִי רַבְּוָותָא כִּי הַאי לִישָּׁנָא בָתְרָא וְאִיכָּא מַאן דִּפְסִיק כְּרַב יִרְמְיָה מִדִּפְתִי וַאֲנַן נָמֵי כְּרַב יִרְמְיָה מִדִּפְתִי ס"ל דְּחָזֵינַן סוּגְיָא דִשְׁמַעְתָּא כְּוָותֵיהּ דְּאָמַר רָבִינָא הַאי קַרָא חַיָּיא כֵּיוָן דְּקָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא כְּגַדְיָא דָּמֵי וְשָׁרֵי מִכְּלָל דְּאִי כְּבַרָחָא אָסוּר וְשָׁמְעִינַן מִינֵּיהּ דְּבַרָחָא אָסוּר אִי לָא שְׁרִיק אֲבָל אִי שְׁרִיק שָׁרִי וּדְגַדְיָא בֵּין שְׁרִיק בֵּין לָא שְׁרִיק שַׁפִּיר דָּמֵי וְדַוְוקָא דְּמִינַּתַּח אֲבָל אִי לָא מִינַּתַּח לָא קָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא וְאָסוּר: תָּנוּ רַבָּנַן ב"ש אוֹמְרִים לֹא יִמְכֹּור אָדָם חֶפְצוֹ לְנָכְרִי וְלֹא יַשְׁאִילֶנּוּ וְלֹא יַלְווֶנּוּ וְלֹא יִתֵּן לוֹ בְּמַתָּנָה אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לְמָקוֹם קָרוֹב וב"ה אוֹמְרִים כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ לַבַּיִת הַסָּמוּךְ לַחוֹמָה ר"ע אוֹמֵר כְּדֵי שֶׁיֵּצֵא מִפֶּתַח בֵּיתוֹ א"ר יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה הֵן הֵן דִּבְרֵי ר"ע הֵן הֵן דִּבְרֵי ב"ה לֹא בָּא ר"ע אֶלָּא לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי ב"ה:
Et maintenant que le maître a dit (que c'est) un décret de peur qu'il n'attise les braises : une marmite crue, c'est bien ; cuite, c'est bien ; cuite sans l'être (complètement), c'est interdit. Et cela, quand elle n'est pas cuite comme la nourriture de Ben Drossai, car il est dit plus loin (Chabbat 20a) : tout ce qui est comme la nourriture de Ben Drossai, il est permis de le laisser sur le fourneau même s'il n'est ni balayé ni couvert. Et s'il y a jeté un morceau cru, c'est bien. Pour quelle raison ? Parce qu'il en a détourné son esprit, se disant : maintenant elle ne sera certainement pas cuite (à temps), et il ne viendra pas attiser. Et maintenant que le maître a dit : tout ce que le vent abîme, on ne le découvre pas : cette viande de chevreau (dans un four) scellé, c'est bien ; d'agneau non scellé, c'est interdit, même crue, parce qu'il s'agit de rôtissage et qu'on peut la rôtir pour le repas du soir, et on craint qu'il n'attise. Chevreau non scellé, ou agneau scellé : Rav Achi permet et Rav Yirmeya de Difti interdit. Le Baal Halakhot Guedolot a écrit qu'il s'agit du rôtissage, et c'est ce qui ressort de ce qu'on rapporte à ce propos : 'on ne rôtit pas viande, oignon et œuf' ; et de même, à la fin de notre chapitre, on rapporte (le cas) du chevreau à propos de 'on descend le Pessa'h (dans le four)'. Mais dans une marmite, le vent ne l'abîme pas, et on craint qu'il ne la découvre. Certains disent : chevreau, scellé ou non, c'est bien ; agneau scellé, c'est aussi bien ; agneau non scellé, Rav Achi permet et Rav Yirmeya de Difti interdit. Les grands maîtres ont tranché selon cette dernière version, et certains ont tranché selon Rav Yirmeya de Difti ; et nous aussi nous pensons comme Rav Yirmeya de Difti, car nous voyons que la suite de la sougya va dans son sens, puisque Ravina a dit : cette courge crue, puisque le vent l'abîme, elle est comme le chevreau et c'est permis ; on en déduit que si elle était comme l'agneau, ce serait interdit. Nous en apprenons que l'agneau est interdit s'il n'est pas scellé, mais permis s'il est scellé ; et le chevreau, scellé ou non, c'est bien ; et cela seulement s'il est découpé, mais s'il n'est pas découpé, le vent ne l'abîme pas et c'est interdit. Les Rabbanan ont enseigné : Beit Chammai disent : on ne vendra pas son objet à un non-Juif, on ne le lui prêtera pas, on ne lui prêtera pas (d'argent) et on ne le lui donnera pas en cadeau, sauf (s'il reste assez de temps) pour qu'il arrive à un endroit proche ; et Beit Hillel disent : pour qu'il arrive à la maison contiguë à la muraille. Rabbi Akiva dit : pour qu'il sorte de l'entrée de sa maison. Rabbi Yossi bar Yehouda a dit : les paroles de Rabbi Akiva sont les paroles de Beit Hillel ; Rabbi Akiva n'est venu que pour expliquer les paroles de Beit Hillel.
גְּמָ' אִיבַּעְיָא לְהוּ הַאי לֹא יִתֵּן לֹא יַחֲזִיר הוּא דְּלָא אֲבָל לְשַׁהוֹת מְשַׁהִין אַף עַל פִּי שֶׁאֵין גָּרוּף וְאֵין קָטוּם וּמַתְנִיתִין חֲנַנְיָא הִיא דְּתַנְיָא חֲנַנְיָא אוֹמֵר כָּל שֶׁהוּא כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוּסַאי מֻותָּר לְשַׁהוֹתוֹ עַל גַּבֵּי כִּירָה אע"פ שֶׁאֵין גְּרוּפָה וְאֵין קְטוּמָה. אוֹ דִּלְמָא לְשַׁהוֹת תְּנַן וְאִי גָרוּף וְקָטוּם אֵין אִי לָא לָא. וְשָׁקְלִינַן וְטָרֵינַן וּמַסְּקָנָא דְּלָא יִתֵּן לֹא יִשְׁהֶה הוּא דַּאֲפִילּוּ לִשְׁהוֹת נָמֵי אִי גָּרוּף וְקָטוּם אִין אִי לָא לָא וְכָל שֶׁכֵּן לְהַחֲזִיר. וּמְנָא לָן דְּהָכִי הוּא מַסְּקָנָא דְּהָא בָּתַר דְּשָׁקְלִינַן וְטָרֵינַן אִיבַּעְיָא לְהוּ מַהוּ לִסְמֹוךְ לָהּ תּוֹכָהּ וְגַבָּהּ הוּא דְּאָסוּר אֲבָל לִסְמֹוךְ שַׁפִּיר דָּמֵי אוֹ דִלְמָא לָא מִדְּאָמַר תּוֹכָהּ וְגַבָּהּ הוּא דַּאֲסִיר שָׁמְעִינַן דְּאָסוּר לִשְׁהוֹת עַל גַּבֵּי כִּירָה שֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה שְׁנָא. וּקְטוּמָה. וְעוֹד דְּהָא אַסִּיקְנָא לְבַעְייַן וְאָמַר מַאי הָוֵי עֲלַהּ תָּא שְׁמַע כִּירָה שֶׁהִסִּיקוּהָ בְּגֶפֶת וּבְעֵצִים סוֹמְכִין לָהּ. וְאֵין מַשְׁהִין עָלֶיהָ אֶלָּא אִם כֵּן גְּרוּפָה וּקְטוּמָה. וְגֶחָלִים שֶׁעָמְמוּ אוֹ שֶׁנָּתְנוּ עָלֶיהָ נְעֹורֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן דַּקָּה הֲרֵי הִיא כִּקְטוּמָה אַלְמָא דְּהָכִי הִלְכְתָא וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא נָמֵי הָכִי סְבִירָא לֵיהּ וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה הָכִי סְבִירָא לֵיהּ. וְעוֹד הָא אָמְרִינַן לְקַמָּן וְאִי שָׁכַח וְשָׁהָה עַל גַּבֵּי כִּירָה שֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה וּקְטוּמָה מִידִי דְּלָא בִּשֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ אָסוּר וְכָל שֶׁכֵּן אִם עָבַר וְשָׁהָה כִּדְאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה אָמַר ר' אַסִּי אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב בַּתְּחִלָּה הָיוּ אוֹמְרִים הַמְבַשֵּׁל בְּשַׁבָּת בְּשׁוֹגֵג יֹאכַל בְּמֵזִיד לֹא יֹאכַל וְהוּא הַדִּין לַשּׁוֹכֵחַ. מִשֶּׁרַבּוּ מְשַׁהִין בְּמֵזִיד וְאוֹמְרִים שֶׁכּוֹחִין אֲנַחְנוּ חָזְרוּ וְקָנְסוּ אַף הַשּׁוֹכֵחַ. וְרַשִׁ"י כָּתַב וַאֲנַן דְּמִשְּׁהֵינַן עַל גַּבֵּי כִּירָה שֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה וּקְטוּמָה אַדַּחֲנַנְיָא סָמְכִינַן הוֹאִיל וּסְתָם מַתְנִיתִין כְּוָותֵיהּ כִּדְאָמְרִינַן הָא קָרְמוּ שָׁרִי ואע"ג דְּלָא בִּשֵּׁל כָּל צָורְכּוֹ וְאָמַר רַב שֵׁשֶׁת אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כְּוָותֵיהּ וּמַתְנִיתִין דְּפִירְקִין מִשּׁוּם חֲזָרָה הוּא דְּבָעֵי גְּרוּפָה אֲבָל לִשְׁהוֹת לֹא וְכָל אָמוֹרָאֵי דְּאָסְרִי סָבְרִי מַתְנִיתִין לְשַׁהוֹת תְּנַן. וְכֵן פָּסַק ר"י וְהֵבִיא רְאָיָה מִדְּרָבָא שֶׁהוּא בָּתְרָאָה דְּפָרִיךְ תַּרְוַוייְהוּ תְּנַנְהִי ס"ל הָכִי. וכ"כ הר"ז הַלֵּוִי זַ"ל וְדָחָה רְאָיוֹתָיו שֶׁל רִי"ף זַ"ל דְּהָא דְּמַיְיתִי רְאָיָה מִדְּאִיבַּעְיָא לְהוּ מַהוּ לִסְמֹוךְ לָהּ תּוֹכָהּ וְגַבָּהּ הוּא דַּאֲסִיר הָא לִסְמֹוךְ שַׁפִּיר דָּמֵי לָאו רְאָיָה הִיא דְּיֵשׁ סְמִיכָה בַּחֲזָרָה כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ סְמִיכָה בִּשְׁהִיָּיה וה"ק מַהוּ לִסְמֹוךְ הַקְּדֵירָה בַּחֲזָרָתָהּ לְכִירָה שֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה וּקְטוּמָה תּוֹכָהּ וְגַבָּהּ הוּא דְּאָסוּר לְהַחֲזִיר אֲבָל לְהַחֲזִיר בְּסָמוּךְ לָהּ שָׁרִי וּדְקָא מַיְיתֵי עָלֶיהָ רְאָיָה מִבָּרַייְתָא דִּשְׁתֵּי כִּירוֹת הַמַּתְאִימוֹת כו' מְשַׁהִין עַל גַּבֵּי גְּרוּפָה וּקְטוּמָה וְדָחֵינַן לֵהּ שָׁאנֵי הָתָם כֵּיוָן דְּמִידַּלְיָא שַׁלִּיט בָּהּ אֲוִירַי וְכֵן הָא דְּתַנְיָא כִּירָה שֶׁהִסִּיקוּהָ בְּגֶפֶת וּבְעֵצִים סוֹמְכִין לָהּ וְאֵין מְקַיְּימִין עָלֶיהָ אֶלָּא אִם כֵּן גְּרוּפָה וּקְטוּמָה סְתָמָא כְּרַבִּי יְהוּדָה וּמִדְּרַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר לִסְמֹוךְ בְּלִשָּׁהוּת מַשְׁמַע דה"ה לְתַנָּא דְּמַתְנִיתִין לִסְמֹוךְ בִּלְהַחֲזִיר וּדְרַבִּי חִיָּיא וְר' אוֹשַׁעְיָא תַּנָּאֵי הִיא וְאִי נָמֵי סְבִירָא לְהוּ כְּרַבִּי יְהוּדָה סְתָמָא דְּמַתְנִיתִין עָדִיף מִכָּל הָנֵי וְכֵן כָּל מַה דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּעִנְיַן תַּנּוּר שֶׁהִסִּיקוּהוּ בְּקַשׁ וּבִגְבָבָא סָבַר רַב יוֹסֵף לְמֵימַר תּוֹכוֹ תּוֹכוֹ מַמָּשׁ וְכוּ' הַהִיא סֻוגְיָא לְעִנְיַן חֲזָרַת קְדֵירָה נֶאֶמְרָה אֲבָל לִשְׁהוֹת ד"ה מֻותָּר לָא שְׁנָא כִּירָה ול"ש תַּנּוּר ול"ש תּוֹכוֹ ול"ש עַל גַּבּוֹ וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר לִסְמֹוךְ דְּקַייְמָא לָן כַּחֲנַנְיָא וְעוֹד תֵּימַהּ עַל רִי"ף זַ"ל שֶׁכָּתַב בפ"ק וְכַמָּה כְּדֵי שֶׁיְּצוּלוֹ אָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר ר' אִילְעַאי כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי וְהַהִיא כַּחֲנַנְיָא אָתְיָא וְעָלָה מַיְיתֵי בָּרַייְתָא דַּחֲנַנְיָא וּבְפֶרֶק זֶה דָּחָה דִּבְרֵי חֲנַנְיָא וְלֹא נִזְכַּר לְאוֹתָהּ מִשְׁנָה וְלֹא לְמַה שֶׁכָּתַב עָלֶיהָ. וְאִם הָיָה לוֹ טַעַם בָּזֶה הָיָה לוֹ לְכָותְבוֹ לָנוּ. וְכֵן הֵשִׁיב גָּאוֹן וְשֶׁשְּׁאַלְתֶּם תַּבְשִׁיל שֶׁנִּתְבַּשֵּׁל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי מַהוּ לְהַטְמִינָהּ עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים מִבְּעוֹד יוֹם אוֹ לְהַטְמִינָהּ בְּכִירָה שֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה וּקְטוּמָה. הָא אִיתְחֲזַאי לַנָא מִילְּתָא דְּכָל הֵיכָא דְּבָשִׁיל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי מֻותָּר לְהַשְׁהוֹתָהּ עַל גַּבֵּי כִּירָה אע"פ שֶׁאֵין גְּרוּפָה וּקְטוּמָה כִּדְקָתָנֵי אֵין צוֹלִין בָּשָׂר בָּצָל וּבֵיצָה אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם וְכַמָּה א"ר אִילְעַי אָמַר רַב כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם כְּמַאֲכָל בֶּן דְּרוֹסַאי וְתַנְיָא חֲנַנְיָא אוֹמֵר כָּל שֶׁהוּא כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי מֻותָּר לְהַשְׁהוֹתוֹ עַל גַּבֵּי כִּירָה אע"פ שֶׁאֵינוֹ גָּרוּף וְקָטוּם כֵּיוָן דְּבָשִׁיל כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי מָטְיָא קְדִירָא בְּעִידָּנָא וְלָא אָתֵי לְחַתּוּיֵי בְּגֶחָלִים וכ"כ רַב שְׁרִירָא גָּאוֹן דַּהֲלָכָה כַּחֲנַנְיָא. והר"ר יְהוּדָה הַבַּרְצֵלוֹנִי זַ"ל הֵבִיא עוֹד דִּבְרֵי כַּמָּה גְּאוֹנִים שֶׁפָּסְקוּ כַּחֲנַנְיָא וְאַחַ"כּ כָּתַב עַל לְשׁוֹן רִי"ף זַ"ל וְאוֹמֵר אֲנִי שֶׁהוּא מְחֻוָּור שֶׁבְּכֻולָּן. וּבִשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי זַ"ל פָּסַק כְּרִי"ף. וּמַה שֶׁדָּחָה הר"ז זַ"ל רְאָיוֹתָיו שֶׁל רִי"ף דְּהָא דְּבָעֵי מַהוּ לִסְמֹוךְ בִּסְמִיכָה דַּחֲזָרָה אַייְרֵי כָּתַב ה"ר יוֹנָה זַ"ל דְּאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן דְּמִדִּנְקַט הַשַּׁ"ס תּוֹכָהּ וְגַבָּהּ הוּא דְּאָסוּר וְכוּ' וְאִי בַּחֲזָרָה אַיְירֵי לָא ה"ל לְמֵימַר תּוֹכָהּ אֶלָּא ה"ל לְמֵימַר עַל גַּבָּהּ הוּא דְּאָסוּר אֲבָל לִסְמֹוךְ שַׁפִּיר דָּמֵי אוֹ דִלְמָא לָא שְׁנָא וְאֵין חִילּוּק בֵּין סְמִיכָה לְעַל גַּבָּהּ אֲבָל בַּחֲזָרָה דְּתוֹכָהּ לָא מָצֵי לְמֵימַר לָא שְׁנָא בֵּין חֲזָרָה דְּתוֹכָהּ לַחֲזָרָה דִּסְמִיכָה דע"כ שְׁנָא וּשְׁנָא דִּלְתוֹכָהּ אָסוּר לְהַחֲזִיר אֲפִילּוּ בִּגְרוּפָה וּקְטוּמָה כִּדְאָמַר רַב לֹא שָׁנוּ אֶלָּא עַל גַּבָּהּ אֲבָל לְתוֹכָהּ אָסוּר וְלִסְמֹוךְ לָהּ מֻותָּר דְּהָא עַל גַּבָּהּ נָמֵי מֻותָּר וּמַה שֶׁאָמַר שֶׁהֵבִיא לִפְשֹׁוט הַבַּעְיָא מֵאֵלּוּ שְׁתֵּי הַבָּרָייְתוֹת דְּאָתְיָא כְּרַבִּי יְהוּדָה וּמִדְּרַבִּי יְהוּדָה בְּלִשָּׁהוּת נִשְׁמַע לְתַנָּא דְּמַתְנִי' בִּלְהַחֲזִיר הָא לֵיתָא דְּוַדַּאי חֲמוּרָה מִשְּׁהִיָּיה אֲפִילּוּ לְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ דַּחֲנַנְיָא דְּהָא לְעִנְיַן שְׁהִייָּה לָא שְׁנָא עַל גַּבָּהּ ול"ש תּוֹכָהּ כְּשֶׁהִיא גְּרוּפָה וּקְטוּמָה שָׁרִי וּלְעִנְיַן חֲזָרָה אע"פ שֶׁהִיא גְּרוּפָה וּקְטוּמָה אָסוּר לְהַחֲזִירָהּ לְתוֹכָהּ הִלְכָּךְ לַחֲנַנְיָא נָמֵי אע"ג דְּשָׁרֵי לִשְׁהוֹת וְלִסְמֹוךְ כְּשֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה וּקְטוּמָה דִּלְמָא לְהַחֲזִיר וְלִסְמֹוךְ עָלָיו אָסוּר. וּמַה שֶׁהֵבִיאוּ רְאָיָה לִפְסֹוק כַּחֲנַנְיָא מֵהָא דְּקָאָמַר רָבָא תַּרְוַוייְהוּ תְּנַנְהִי דְּסָבַר רָבָא כְּרַבִּי יוֹחָנָן. נִרְאֶה לִי דְּלָאו רְאָיָה הִיא דְּקַשְׁיָא לֵיהּ מַאי קמ"ל דְּתַרְוַוייְהוּ תְּנַנְהִי לִשְׁהוֹת תְּנֵינָא וְלֹא חֲרָרָה עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים טוּבָא קמ"ל ר' יוֹחָנָן דְּמַתְנִי' דְּפִירְקִין לְהַחֲזִיר תְּנַן וְאָתְיָא כַּחֲנַנְיָא דְּאִי לְשַׁהוֹת תְּנַן אע"ג דִּסְתָמָא דְּפִירְקִין קַמָּא כַּחֲנַנְיָא סְתָמָא דְּהַאי פֶּרֶק בָּתְרָא עָדִיף וְגַם דְּהַאי סְתָמָא כְּרַבִּים וְאִם כֵּן טוּבָא קמ"ל. וְאֵין לוֹמַר דְּהָכִי פָּרֵיךְ דְּכֵיוָן דִּתְנָא סְתָמָא דְּמַתְנִי' כַּחֲנַנְיָא מִמֵּילָא אִית לָן לְפָרוֹשֵׁי מַתְנִיתִין דְּהָכָא כַּחֲנַנְיָא כִּי הֵיכִי דְּלָא תִּיקְשֵׁי סְתָמָא אַסְּתָמָא. דְּא"כ אַמַּאי לָא מַיְיתֵי מִמַּתְנִיתִין דְּפֶרֶק קַמָּא לְמִיפְשַׁט בַּעְייַן דְּוַדַּאי לְהַחֲזִיר תְּנַן דְּתֵיקוּם מַתְנִיתִין כַּחֲנַנְיָא. אֶלָּא וַדַּאי אִית לָן טְפֵי לְאוֹקְמָא מַתְנִיתִין בִּפְשִׁיטוּת דְּלָא יִתֵּן מַשְׁמַע תְּחִלַּת נְתִינָה וְגַם לֹא נִצְטָרֵךְ לְהַגִּיהַּ הַמִּשְׁנָה וְגַם לֹא נִצְטָרֵךְ דְּרֵישָׁא וְסֵיפָא אַיְירֵי בַּחֲזָרָה וְלָא נִיחוּשׁ אִי פְּלִיגָא הַאי סְתָמָא לִסְתָמָא דִּלְעֵיל. דְּמֵעִיקָּרָא נִרְאֶה לְרַבִּי לִסְתֹּום כַּחֲנַנְיָא וְשׁוּב חָזַר בּוֹ וּסְתָמוֹ כְּרַבָּנָן אֶלָּא וַדַּאי הָכִי פָּרֵיךְ רָבָא תַּרְוַוייְהוּ תְּנַנְהִי וְאִם נִרְאֶה לְר' יוֹחָנָן לִסְתֹּום כִּסְתָם מַתְנֵי' דִּלְעֵיל וּלְפָרֵשׁ דְּמַתְנִי' לְהַחֲזִיר תְּנַן יִפְסֹוק דַּהֲלָכָה כְּאוֹתָהּ מִשְׁנָה דִּלְעֵיל דְּאֵין דֶּרֶךְ אָמוֹרָא לוֹמַר כְּאִלּוּ אוֹמֵר מִפִּי עַצְמוֹ מַה שֶׁהוּא שָׁנוּי בְּהֶדְיָא בַּמִּשְׁנָה וּמְשַׁנֵּי דִּיּוּקָא דְּמַתְנִי' קמ"ל לְפִי שֶׁאֵין שָׁנוּי בַּמִּשְׁנָה הָא קָרְמוּ פָּנֶיהָ שַׁפִּיר דָּמֵי הִלְכָּךְ לָא הֲוָה שָׁמְעִינַן דְּמֻותָּר לִשְׁהוֹת עַל שֶׁאֵינָהּ גְּרוּפָה וּקְטוּמָה אִי לָאו דְּפָרֵישׁ בְּהֶדְיָא מֵעַתָּה אֶפְשָׁר דְּסָבַר רָבָא דְּמַתְנִי' לִשְׁהוֹת תְּנַן וְכֵיוָן דְּאֵין לָנוּ כֹּחַ לוֹמַר דְּרָבָא סָבַר כְּרַבִּי יוֹחָנָן יֵשׁ לָנוּ לִדְחוֹת מֵימְרָא דְּרַב שֵׁשֶׁת שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי יוֹחָנָן מִן קָדַם שְׁתֵּי מֵימְרוֹת שֶׁאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה וְרַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה בְּשֵׁם רַבִּי יוֹחָנָן וְלֹא הִתִּירוּ לִשְׁהוֹת הַתַּבְשִׁיל אֶלָּא תַּבְשִׁיל שֶׁבִּשֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ אֲבָל תַּבְשִׁיל שֶׁלֹּא בִּשֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ לֹא וְכָל הָנָךְ אָמוֹרָאֵי דְּאַיְירֵי בִּשְׁמַעְתִּין דְּמִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ כּוּלְּהוּ לֵית לְהוּ דַּחֲנַנְיָא דְּלָא שָׁרוּ אֶלָּא שֶׁבִּשֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ וּמַה שֶׁתָּמַהּ הר"ז זַ"ל שֶׁכָּתַב בְּהִלְכוֹתָיו בפ"ק וְכַמָּה כְּדֵי שֶׁצּוֹלוֹ אָמַר רַב כְּמַאֲכַל בֶּן דְּרוֹסַאי כָּתַב ה"ר יוֹנָה זַ"ל שֶׁאֵין בָּזֶה תִּמָּהוֹן דְּאִיצְטְרִיךְ הַהוּא פֵּירוּשָׁא אֲפִילּוּ לְרַבָּנָן וַאֲפִילּוּ לְרַב דְּאָסַר מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ דְּאַשְׁמְעִינַן כֵּיוָן שֶׁנִּצּוּלוֹ מִבְּעוֹד יוֹם כְּמַאֲכָל בֶּן דְּרוֹסַאי מִשְּׁהֵינַן אוֹתוֹ עַל גַּבֵּי גְּרוּפָה וּקְטוּמָה אֲבָל וַדַּאי אֵין צוֹלִין אוֹתוֹ אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם וַאֲפִילּוּ לְדַעַת שֶׁיִּגְרֹוף וְיִקְטֹום הַגֶּחָלִים עִם חֲשֵׁיכָה וְהָא דְּאָמַר רָבָא תַּרְוַוייְהוּ תְּנַנְהִי חֲרָרָה עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים וּפְשִׁיטָא לֵיהּ לְרָבָא דְּמַתְנִיתִין כַּחֲנַנְיָא סֵיפָא וַדַּאי אָתְיָא כַּחֲנַנְיָא כֵּיוָן דְּקָתָנֵי וְלֹא חֲרָרָה עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּקְרְמוּ פָּנֶיהָ מִבְּעוֹד יוֹם מַשְׁמַע הָא קָרְמוּ פָּנֶיהָ שַׁפִּיר דָּמֵי לְשַׁהוֹתָהּ עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים בְּלֹא גָּרוּף וּבְלֹא קָטוּם אֲבָל הַאי דְּקָתָנֵי רֵישָׁא אֵין צוֹלִין בָּשָׂר וּבָצָל וּבֵיצָה אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּצּוֹלוּ מִבְּעוֹד יוֹם אָתְיָא בֵּין לַחֲנַנְיָא בֵּין לְרַבָּנָן. לַחֲנַנְיָא אע"פ שֶׁלֹּא יִגְרֹוף וְלֹא יִקְטֹום וּלְרַבָּנָן וְהוּא שֶׁיִּגְרֹוף וְיִקְטֹום עִם חֲשֵׁיכָה. וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל זַ"ל לָא אַסִּיק הִלְכְתָא לֹא כְּמַאן לֹא כַּחֲנַנְיָא וְלָא כְּרַבָּנָן בְּתַבְשִׁיל שֶׁלֹּא בָּשַׁל כָּל צָרְכּוֹ. אֲבָל בְּתַבְשִׁיל שֶׁבִּשֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ פְּסַק הֲלָכָה כְּהָא דְּאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה אָמַר ר' יוֹחָנָן כִּירָה שֶׁהִסִּיקוּהָ בְּגֶפֶת וּבְעֵצִים מְשַׁהִין עָלֶיהָ חַמִּין שֶׁהֻוחַמּוּ כָּל צָורְכָּן וְתַבְשִׁיל שֶׁבִּשֵּׁל כָּל צָרְכּוֹ דְּמִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ מֻותָּר ואע"ג דְּרַב וּשְׁמוּאֵל פְּלִיגִי עָלֶיהָ הָא קי"ל כְּרַבִּי יוֹחָנָן לְגַבֵּי רַב וּשְׁמוּאֵל. וּמַה שֶׁאָמַר רַב עוּקְבָא מִמֵּישָׁן לְרַב אָשֵׁי אַתּוּן דִּמְקָרְבִיתוּ לְרַב וּשְׁמוּאֵל עֲבִידוּ כְּרַב וּשְׁמוּאֵל לֹא מִשּׁוּם דְּהִלְכְתָא הָכִי דְּאַדְּרַבָּה מִדְּקָאָמַר אֲנַן נַעֲבֵד כְּרַבִּי יוֹחָנָן מַשְׁמַע דְּהָכִי הִלְכְתָא וְהָא דְּקָאָמַר לְהָנֵי דִּמְקָרְבִי לְרַב וּשְׁמוּאֵל דְּלֶיעְבְּדוּ כְּרַב וּשְׁמוּאֵל מִשּׁוּם דְּקַיְימָא לָן דְּבָרִים הַמֻּותָּרִים וַאֲחֵרִים נָהֲגוּ בְּהוּ אִיסּוּר אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְהַתִּיר בִּפְנֵיהֶם. וְגַם רַב אַשִּׁי דְּהוּא בָּתְרָאָה קִבֵּל דִּבְרֵי מַר עוּקְבָא וְרַב יוֹסֵף גּוּפֵיהּ דְּאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב וּשְׁמוּאֵל מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ אָסוּר אַהְדַּר לֵיהּ לְאַבַּיֵּי דִּבְעָא מִינֵּיהּ מַהוּ לִשְׁהוֹת וא"ל הָא רַב יְהוּדָה מַשְׁהֵי לֵיהּ וְאָכִיל וּבְסוּרָא מַשֶּׁהוּ וְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מָרֵי דְעוֹבָדָא הֲוָה מַשְׁהֵי לֵיהּ וְאָכִיל כָּל שְׁהִיּוֹת הַלָּלוּ מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ דַּעֲלֵהּ קָיְימִינַן וְהַדָּבָר לָמֵד מֵעִנְיָנוֹ. וְרַב נַחְמָן דְּאָמַר כְּלָלָא דְּמִילְּתָא כָּל דְּאִית בֵּיהּ מֵיחָא מִצְטַמֵּק וְרַע לוֹ לָאו אַלִּיבָּא דְּהִלְכְתָא קָאָמַר אֶלָּא לְהָנֵי דִּמְקָרְבִי לְרַב וּשְׁמוּאֵל לְהוֹרוֹת לָהֶם מַהוּ מִצְטַמֵּק וְיָפֶה לוֹ וּמַהוּ מִצְטַמֵּק וְרַע לוֹ. וְהָא דְּבָעֵי שָׁכַח קְדֵירָה עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים וּבִשְּׁלָהּ בְּשַׁבָּת מַהוּ מִיבַּעְיָא לֵיהּ בֵּין לַחֲנַנְיָא בֵּין לְרַבָּנָן לַחֲנַנְיָא הֵיכָא שֶׁלֹּא נִתְבַּשֵּׁל מִבְּעוֹד יוֹם כְּמַאֲכָל בֶּן דְּרוֹסַאי. וְהָא דְּבָעֵי עָבַר וְשָׁהָה מַהוּ אַף לְאַחַר גְּזֵירָה מִיבַּעְיָא לֵיהּ וּמְסַפְּקָא לֵיהּ אִי גָּזְרוּ דַּוְקָא לְאוֹתוֹ שֶׁשָּׁהָה אֲבָל לִבְנֵי בֵּיתוֹ לֹא אוֹ דִּילְמָא לָא שְׁנָא וּפָשַׁט לֵיהּ מִדְּקָאָמַר וְאָסַר מַשְׁמַע דִּלְכָל בְּנֵי בַּיִת אָסַר. אִי נָמֵי מִיבַּעְיָא לֵיהּ הֵיכָא דְּנִתְבַּשֵּׁל וְנִצְטַמֵּק יָפֶה וְאֵינוֹ צָרִיךְ עוֹד צִימּוּק כְּלָל וּפָשַׁט לֵיהּ מִבֵּיצִים מְצֻומָּקוֹת שֶׁנִּשְׁתַּהוּ עַל גַּבֵּי כִּירָה דְּמַשְׁמַע בְּשָׁעָה שֶׁנִּשְׁתַּהוּ הֵן מְצֻומָּקוֹת. וּבִשְׁבִיל שֶׁרַבּוּ דֵּעוֹת בְּהַאי פִּיסְקָא וְיִשְׂרָאֵל אֲדוּקִין בְּמִצְוַת עֹונֶג שַׁבָּת וְלֹא יִשְׁמְעוּ לְהַחְמִיר הַנַּח לָהֶם כַּמִּנְהָג שֶׁנָּהֲגוּ עַל פִּי הַפּוֹסְקִים כַּחֲנַנְיָא וְכָל זֶה בְּעִנְיָן שֶׁהָיָה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל וְשִׁיהוּי זֶה אֵינָהּ הַטְמָנָה אֶלָּא כְּגוֹן כִּסֵּא שֶׁל בַּרְזֶל וְהַקְּדֵירָה יוֹשֶׁבֶת וְהִיא תְּלוּיָה בַּאֲבָנִים אוֹ כַּיּוֹצֵא בָּהֶן. אֲבָל בְּהַטְמָנָה עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים דִּבְרֵי הַכֹּל אָסוּר דקי"ל הַטְמָנָה בְּדָבָר הַמּוֹסִיף הֶבֶל אֲפִילּוּ מִבְּעוֹד יוֹם אָסוּר. וּלְקַמָּן נְפָרֵשׁ דִּין הַטְמָנָה בְּעֶזְרַת הַשֵּׁם.
Guemara. Il leur fut demandé : ce 'on ne mettra pas' (de la michna) signifie-t-il qu'on ne remettra pas (lehahazir), mais pour laisser (lechahot), on laisse même s'il n'est ni balayé ni couvert, et notre michna est (selon) Hanania, car il est enseigné : Hanania dit : tout ce qui est comme la nourriture de Ben Drossai, il est permis de le laisser sur le fourneau même s'il n'est ni balayé ni couvert ? Ou peut-être est-ce de laisser que nous avons appris : si c'est balayé et couvert, oui, sinon, non ? On a discuté et argumenté, et la conclusion est que 'on ne mettra pas' signifie 'on ne laissera pas' : même pour laisser, si c'est balayé et couvert, oui, sinon non, et à plus forte raison pour remettre. D'où savons-nous que telle est la conclusion ? Car après la discussion, il leur fut demandé : qu'en est-il d'appuyer (lismokh) contre (le fourneau) ? Est-ce (seulement) dedans et dessus qu'il est interdit, mais appuyer, c'est bien, ou peut-être non ? Du fait qu'il dit 'dedans et dessus, c'est interdit', nous apprenons qu'il est interdit de laisser sur un fourneau qui n'est ni balayé ni couvert. De plus, on a conclu la question en disant : qu'en est-il finalement ? Viens et entends : un fourneau qu'on a chauffé avec du marc (gefet) ou du bois, on peut y appuyer (une marmite), mais on n'y laisse (rien) que s'il est balayé et couvert ; et des braises qui se sont affaiblies, ou sur lesquelles on a mis de l'étoupe de lin fine, (le fourneau) est comme couvert. Il en ressort que telle est la halakha ; et Rabbi Ochaya aussi pense ainsi, et Rabba bar bar Hana pense ainsi. De plus, nous disons plus loin : s'il a oublié et laissé sur un fourneau ni balayé ni couvert une chose qui n'est pas cuite complètement, elle est interdite ; et à plus forte raison s'il a transgressé et laissé (volontairement), comme l'a dit Rav Chmouel bar Yehouda au nom de Rabbi Assi au nom de Rav Houna au nom de Rav : au début on disait : celui qui cuit le Chabbat par inadvertance (chogueg) mangera, volontairement (mezid) il ne mangera pas, et il en va de même pour celui qui oublie. Quand se multiplièrent ceux qui laissaient volontairement en disant 'nous avons oublié', on revint (sur la règle) et on pénalisa aussi celui qui oublie. Et Rachi a écrit : quant à nous, qui laissons sur un fourneau ni balayé ni couvert, c'est sur Hanania que nous nous appuyons, puisque la michna anonyme (setam michna) est conforme à lui, comme nous disons : 'mais si sa surface a formé une croûte, c'est permis', bien qu'elle ne soit pas cuite complètement ; et Rav Chechet a dit au nom de Rabbi Yo'hanan (que la halakha est) conforme à lui ; et la michna de notre chapitre n'exige (un fourneau) balayé que pour remettre, mais pas pour laisser ; et tous les Amoraim qui interdisent pensent que la michna traite du fait de laisser. Ainsi a tranché le Ri, et il en a apporté une preuve de Rava, qui est le plus tardif, et qui objecte 'les deux sont (déjà) enseignés' : il pense ainsi. Ainsi a écrit le Rav Zerahya Halevi, et il a rejeté les preuves du Rif : ce qu'il apporte comme preuve de la question 'qu'en est-il d'appuyer ? est-ce dedans et dessus qu'il est interdit, mais appuyer, c'est bien ?' n'est pas une preuve, car il y a un appui pour la remise comme il y a un appui pour le fait de laisser, et voici ce qu'elle dit : qu'en est-il d'appuyer la marmite, en la remettant, contre un fourneau ni balayé ni couvert ? est-ce dedans et dessus qu'il est interdit de remettre, mais remettre en l'appuyant contre, c'est permis ? Et la preuve qu'il apporte de la baraita 'deux fourneaux accolés, etc. : on laisse sur celui qui est balayé et couvert', nous l'avons rejetée : là c'est différent, puisqu'il est élevé, l'air le domine. De même ce qui est enseigné : 'un fourneau qu'on a chauffé avec du marc ou du bois, on peut y appuyer, mais on n'y maintient (rien) que s'il est balayé et couvert', c'est une (baraita) anonyme selon Rabbi Yehouda ; et puisque Rabbi Yehouda permet d'appuyer pour laisser, on comprend qu'il en est de même pour le Tanna de notre michna d'appuyer pour remettre ; et (la baraita) de Rabbi Hiya et de Rabbi Ochaya est (un avis de) Tannaim ; et même s'ils pensent comme Rabbi Yehouda, la michna anonyme prime sur tous ceux-là. De même, tout ce que nous disons plus loin au sujet du four qu'on a chauffé avec de la paille et du chaume - Rav Yossef voulait dire : dedans signifie réellement dedans, etc. - cette sougya a été dite à propos de la remise de la marmite ; mais pour laisser, tous admettent que c'est permis, que ce soit un fourneau ou un four, dedans ou dessus, et à plus forte raison pour appuyer, puisque nous tenons selon Hanania. Et de plus, il s'étonne du Rif, qui a écrit dans le premier chapitre : 'et combien pour qu'ils soient rôtis ? Rabbi Zeira a dit au nom de Rabbi Ilai : comme la nourriture de Ben Drossai' - ce qui suit Hanania, et il rapporte à ce sujet la baraita de Hanania - alors que dans ce chapitre il a rejeté les paroles de Hanania et n'a fait mention ni de cette michna ni de ce qu'il avait écrit à son sujet ; s'il avait une raison à cela, il aurait dû nous l'écrire. Et ainsi a répondu un Gaon : 'Quant à ce que vous avez demandé : un plat cuit comme la nourriture de Ben Drossai, peut-on l'enfouir sur des braises de jour, ou l'enfouir dans un fourneau ni balayé ni couvert ? Voici ce qui nous est apparu : partout où il est cuit comme la nourriture de Ben Drossai, il est permis de le laisser sur le fourneau même s'il n'est ni balayé ni couvert, comme il est enseigné : on ne rôtit pas viande, oignon et œuf, sauf s'ils peuvent être rôtis de jour ; et combien ? Rabbi Ilai a dit au nom de Rav : qu'ils soient rôtis de jour comme la nourriture de Ben Drossai ; et il est enseigné : Hanania dit : tout ce qui est comme la nourriture de Ben Drossai, il est permis de le laisser sur le fourneau même s'il n'est ni balayé ni couvert ; puisqu'il est cuit comme la nourriture de Ben Drossai, la marmite arrive (à cuisson) à temps, et il ne viendra pas attiser les braises.' Et ainsi a écrit Rav Chérira Gaon, que la halakha suit Hanania. Et le Rav Yehouda de Barcelone a rapporté en outre les paroles de plusieurs Gueonim qui ont tranché selon Hanania, puis il a écrit sur le langage du Rif : 'et je dis qu'il est le plus clair de tous'. Et dans les Cheiltot de Rav Ahai, il a tranché comme le Rif. Quant au fait que le Rav Zerahya a rejeté les preuves du Rif (en disant) que la question 'qu'en est-il d'appuyer' traite de l'appui pour la remise, Rabbenou Yona a écrit qu'il est impossible de dire cela : puisque le Talmud emploie 'dedans et dessus, c'est interdit, etc.', si cela traitait de la remise, il n'aurait pas dû dire 'dedans', mais il aurait dû dire : 'est-ce dessus qu'il est interdit, mais appuyer, c'est bien, ou peut-être il n'y a pas de différence entre appuyer et dessus ?' Mais pour la remise à l'intérieur, on ne pourrait pas dire qu'il n'y a pas de différence entre remettre à l'intérieur et remettre en appuyant, car forcément il y a une différence : à l'intérieur, il est interdit de remettre même s'il est balayé et couvert, comme l'a dit Rav : on ne l'a enseigné que pour dessus, mais à l'intérieur c'est interdit ; et appuyer est permis, puisque dessus aussi est permis. Et quant à ce qu'il a dit, que (le Rif) a apporté de quoi résoudre la question à partir de ces deux baraitot qui suivent Rabbi Yehouda, et que de Rabbi Yehouda pour laisser nous déduirions pour le Tanna de notre michna pour remettre, cela n'est pas (juste), car certainement (la remise) est plus sévère que le fait de laisser, même selon les Rabbanan qui sont en désaccord avec Hanania : pour laisser, il n'y a pas de différence entre dessus et dedans quand c'est balayé et couvert, c'est permis ; alors que pour la remise, même s'il est balayé et couvert, il est interdit de la remettre dedans. C'est pourquoi, selon Hanania aussi, bien qu'il permette de laisser et d'appuyer quand ce n'est ni balayé ni couvert, peut-être est-il interdit de remettre et d'appuyer. Quant à la preuve qu'ils ont apportée pour trancher selon Hanania de ce que Rava dit 'les deux sont (déjà) enseignés', parce que Rava penserait comme Rabbi Yo'hanan, il me semble que ce n'est pas une preuve. Sa difficulté (serait) : 'que nous apprend-il ? les deux sont enseignés : laisser, nous l'avons appris, et la galette (harara) sur les braises'. (Or) Rabbi Yo'hanan nous apprend beaucoup : que la michna de notre chapitre traite de la remise et suit Hanania ; car si elle traitait du fait de laisser, bien que la michna anonyme du premier chapitre suive Hanania, la michna anonyme de ce chapitre-ci, qui est postérieur, prévaut, et de plus cette (michna) anonyme est selon la majorité ; ainsi il nous apprend beaucoup. On ne peut pas dire que (Rava) objecte ainsi : puisque le Tanna a formulé la michna anonyme selon Hanania, nous devons forcément expliquer la michna d'ici selon Hanania, pour qu'une michna anonyme ne contredise pas l'autre ; car s'il en était ainsi, pourquoi n'apporte-t-on pas la michna du premier chapitre pour résoudre notre question, (en disant) que c'est certainement de la remise que nous avons appris, pour que la michna s'accorde avec Hanania ? Mais certainement il nous vaut mieux établir la michna selon son sens simple, car 'on ne mettra pas' désigne une première mise ; ainsi nous n'aurons pas besoin de corriger (le texte de) la michna, ni (de dire) que le début et la fin traitent de la remise, et nous ne nous soucierons pas de ce que cette michna anonyme contredise la michna anonyme précédente, car au début il avait semble à Rabbi de formuler anonymement selon Hanania, puis il est revenu et l'a formulée anonymement selon les Rabbanan. Mais certainement Rava objecte ainsi : 'les deux sont enseignés' ; et s'il semblait à Rabbi Yo'hanan de formuler anonymement comme la michna anonyme précédente et d'expliquer que notre michna traite de la remise, il aurait dû trancher que la halakha suit cette michna précédente, car il n'est pas dans l'habitude d'un Amora de dire comme de son propre chef ce qui est enseigné explicitement dans la michna. Et (la guemara) répond : c'est la déduction de la michna qu'il nous apprend, parce que n'est pas enseigné dans la michna 'mais si sa surface a formé une croûte, c'est bien' ; c'est pourquoi nous n'aurions pas su qu'il est permis de laisser sur (un fourneau) ni balayé ni couvert, s'il ne l'avait explicité. Dès lors, il est possible que Rava pense que notre michna traite du fait de laisser ; et puisque nous n'avons pas la force de dire que Rava pense comme Rabbi Yo'hanan, nous devons écarter l'énoncé que Rav Chechet a dit au nom de Rabbi Yo'hanan devant deux énoncés que Rabba bar bar Hana et Rav Chmouel bar Yehouda ont dits au nom de Rabbi Yo'hanan ; or ils n'ont permis de laisser un plat que s'il est cuit complètement, mais un plat qui n'est pas cuit complètement, non. Et tous ces Amoraim qui traitent dans notre sougya de 'ce qui se réduit et s'en trouve amélioré' n'admettent pas (l'avis) de Hanania, car ils ne permettent que ce qui est cuit complètement. Quant à l'étonnement du Rav Zerahya sur ce que (le Rif) a écrit dans ses Halakhot au premier chapitre, 'et combien pour qu'ils soient rôtis ? Rav a dit : comme la nourriture de Ben Drossai', Rabbenou Yona a écrit qu'il n'y a là rien d'étonnant : cette explication est nécessaire même selon les Rabbanan, et même selon Rav qui interdit ce qui se réduit et s'en trouve amélioré ; elle nous apprend que, puisqu'ils ont été rôtis de jour comme la nourriture de Ben Drossai, nous les laissons sur (un fourneau) balayé et couvert ; mais certainement on ne les rôtit que s'il reste le temps de les rôtir de jour, même avec l'intention de balayer et de couvrir les braises à la tombée de la nuit. Et ce que Rava a dit, 'les deux sont enseignés : la galette sur les braises', et il est évident pour Rava que la michna suit Hanania : la fin (de la michna) suit certainement Hanania, puisqu'elle enseigne 'ni une galette sur les braises, sauf si sa surface peut former une croûte de jour', ce qui implique : si sa surface a formé une croûte, il est bien de la laisser sur les braises sans balayer ni couvrir ; mais ce qui est enseigné au début, 'on ne rôtit pas viande, oignon et œuf, sauf s'ils peuvent être rôtis de jour', convient aussi bien à Hanania qu'aux Rabbanan : selon Hanania, même sans balayer ni couvrir ; et selon les Rabbanan, à condition de balayer et de couvrir à la tombée de la nuit. Et Rabbenou Hananel n'a pas conclu de halakha, ni selon Hanania ni selon les Rabbanan, pour un plat qui n'est pas cuit complètement. Mais pour un plat cuit complètement, il a tranché la halakha selon ce qu'a dit Rav Chmouel bar Yehouda au nom de Rabbi Yo'hanan : un fourneau qu'on a chauffé avec du marc ou du bois, on y laisse de l'eau chaude chauffée complètement et un plat cuit complètement, (et même) ce qui se réduit et s'en trouve amélioré, c'est permis. Et bien que Rav et Chmouel soient en désaccord avec lui, nous tenons selon Rabbi Yo'hanan face à Rav et Chmouel. Et ce que Rav Oukva de Mechan a dit à Rav Achi, 'vous, qui êtes proches de Rav et Chmouel, faites comme Rav et Chmouel', ce n'est pas que la halakha soit ainsi ; au contraire, du fait qu'il dit 'nous, nous ferons selon Rabbi Yo'hanan', on comprend que telle est la halakha ; et s'il dit à ceux qui sont proches de Rav et Chmouel de faire selon Rav et Chmouel, c'est parce que nous tenons que des choses permises que d'autres ont l'habitude de traiter comme interdites, tu n'as pas le droit de les permettre devant eux. Et Rav Achi aussi, qui est le plus tardif, a accepté les paroles de Mar Oukva. Et Rav Yossef lui-même, qui a dit au nom de Rav et Chmouel que ce qui se réduit et s'en trouve amélioré est interdit, à répondu à Abaye qui lui demandait 'qu'en est-il de laisser ?' : 'Rav Yehouda le laissait et le mangeait' ; et à Soura on laissait ; et Rav Nahman bar Yitshak, à qui le fait est arrivé, le laissait et le mangeait. Toutes ces (situations où l'on) laisse concernent ce qui se réduit et s'en trouve amélioré, dont nous traitons, et la chose s'apprend de son contexte. Et Rav Nahman, qui a énoncé la règle générale 'tout ce qui contient de la graisse se réduit et s'en trouve abîmé', ne l'a pas dit selon la halakha, mais pour ceux qui sont proches de Rav et Chmouel, pour leur enseigner ce qu'est 'se réduit et s'en trouve amélioré' et ce qu'est 'se réduit et s'en trouve abîmé'. Et la question 's'il a oublié une marmite sur les braises et qu'elle a cuit le Chabbat, qu'en est-il ?' se pose aussi bien selon Hanania que selon les Rabbanan ; selon Hanania, quand elle n'a pas été cuite de jour comme la nourriture de Ben Drossai. Et la question 's'il a transgressé et laissé, qu'en est-il ?' se pose même après le décret : il doute si l'on a décrété seulement pour celui qui a laissé, mais pas pour les gens de sa maison, ou peut-être il n'y a pas de différence ; et il le résout de ce qu'il dit 'et il l'a interdit', ce qui implique qu'il l'a interdit à tous les gens de la maison. Ou bien la question porte sur le cas où (le plat) a cuit, s'est bien réduit et n'a plus du tout besoin d'être réduit ; et il le résout (du cas) des œufs réduits qu'on a laissés sur le fourneau, ce qui implique qu'au moment où on les a laissés, ils étaient (déjà) réduits. Et puisque les opinions se sont multipliées sur ce point, et qu'Israël est attaché à la mitsva du plaisir du Chabbat (oneg Chabbat) et n'écoutera pas si l'on est sévère, laisse-les (suivre) la coutume qu'ils ont adoptée d'après les décisionnaires, selon Hanania. Et tout cela concerne le fait de laisser (chehiya), comme l'a écrit Rabbenou Hananel ; et ce 'laisser' n'est pas un enfouissement (hatmana), mais par exemple un trépied de fer sur lequel la marmite repose, suspendue sur des pierres ou quelque chose de semblable. Mais pour enfouir sur des braises, tous admettent que c'est interdit, car nous tenons que l'enfouissement dans une matière qui ajoute de la chaleur est interdit même de jour. Et plus loin nous expliquerons la loi de l'enfouissement, avec l'aide de Hachem.
💡 Explication

La michna (19b) permet de rôtir viande, oignon et œuf la veille de Chabbat s'il reste le temps qu'ils soient rôtis de jour. Combien ? Jusqu'à la nourriture de Ben Drossai : un brigand toujours en fuite, qui mangeait sa viande cuite au tiers (Rachi). À ce stade, le plat est déjà mangeable ; on ne craint plus qu'il vienne attiser les braises.

La même mesure revient dans deux autres domaines : bichoulei goyim (si un Juif a cuit jusqu'à ce stade, l'achèvement par un non-Juif n'interdit pas le plat) et, selon Hanania, la chehiya : laisser le plat sur un fourneau (kira) qui n'est ni garouf (braises retirées) ni katoum (braises couvertes de cendre).

Le Roch expose le débat des décisionnaires : le Rif interdit selon les Rabbanan, Rachi, le Ri, le Rav Zérahya Halevi et plusieurs Gueonim suivent Hanania ; le Roch conclut de laisser le peuple suivre la coutume établie selon Hanania, en excluant la hatmana (enfouissement dans ce qui ajoute de la chaleur).

3
אֵין נוֹתְנִין אֶת הַפַּת כּוּ׳: אִיבַּעְיָא לְהוּ, תַּחְתּוֹן הַאיְךְ דְּגַבֵּי תַנּוּר, אוֹ דִּילְמָא תַּחְתּוֹן הַאיְךְ דְּגַבֵּי הָאוּר? תָּא שְׁמַע, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כְּדֵי שֶׁיִּקְרְמוּ פָּנֶיהָ הַמְדֻובָּקִין בַּתַּנּוּר.

On ne met pas le pain, etc. Il leur fut demandé : le (côté) inférieur, (est-ce) celui qui est contre le four, ou peut-être le (côté) inférieur (est-il) celui qui est contre le feu ?

Viens et entends : Rabbi Eliezer dit : (s'il reste le temps) que se forme une croûte sur sa face collée au four.

📜 Rachi (2)
דְּגַבֵּי תַּנּוּר שֶׁהַכִּכָּרוֹת נִדְבָּקִים בְּדֻופְנֵי הַתַּנּוּר סָבִיב הִילְכָּךְ מִבַּעְיָא לֵיהּ הֵי קָרֵי תַּחְתּוֹן הָנָךְ פָּנִים דְּגַבֵּי דֻּופְנֵי הַתַּנּוּר אוֹ פָּנִים הַפּוֹנִים לְמַטָּה לַחֲלַל הַתַּנּוּר לְצַד הָאוּר:
Contre le four : car les pains sont collés aux parois du four, tout autour ; c'est pourquoi il demande lequel on appelle 'inférieur' : ces faces qui sont contre les parois du four, ou les faces tournées vers le bas, vers le creux du four, du côté du feu ?
מְדֻובָּקִים בְּתַנּוּר וְחֻומְרָא הִיא דְּפָנִים שֶׁכְּלַפֵּי הָאוּר מְמַהֲרִין לִקְרֹום:
Collés au four : et c'est une sévérité, car les faces tournées vers le feu forment plus vite une croûte.
🗂️ Tossefot (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ תַּחְתּוֹן הַאיְךְ דְּגַבֵּי תַנּוּר וּלְפֵ"ה דְּפִי' דִּלְגַבֵּי הָאוּר מְמַהֵר לִקְרֹום וּמִיבַּעְיָא לֵיהּ אִם תַּחְתּוֹן דְּקָאָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר דְּגַבֵּי תַּנּוּר וְהָא דְּקָאָמְרִי רַבָּנָן עַד שֶׁיִּקְרְמוּ פָּנֶיהָ אַחַת מִפָּנֶיהָ וַאֲפִילּוּ בָּעֶלְיוֹן סַגִּי וְאִם תַּחְתּוֹן דְּקָאָמַר ר"א הֵיאַךְ דְּגַבֵּי הָאוּר אִם כֵּן הָא דְּקָאָמְרִי רַבָּנָן עַד שֶׁיִּקְרְמוּ פָּנֶיהָ הַיְינוּ כָּל פָּנֶיהָ תָּא שְׁמַע ר' אֱלִיעֶזֶר כוּ' וּפוֹשֵׁט דר"א לְחֹומֶר' וּמִיהוּ בִּירוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע דִּלְהָקֵל בָּא דְּקָאָמַר הָתָם וּמוֹדֶה ר"א בְּלֶחֶם הַפָּנִים שֶׁאֵין קָרוּי לֶחֶם עַד שֶׁיִּקְרְמוּ פָּנָיו בַּתַּנּוּר מַשְׁמַע דְּהָכָא סַגִּי בִּקְרִימָה כָּל דְּהוּ אֲבָל בְּלֶחֶם הַפָּנִים בָּעֵינַן קְרִימָה מְעַלְּיָא. רִיבָ"א:
Il leur fut demandé : le (côté) inférieur, celui contre le four : selon l'explication de (Rachi), qui explique que (la face tournée) vers le feu forme plus vite une croûte, il demande : si l'inférieur dont parle Rabbi Eliezer est celui contre le four, alors ce que disent les Rabbanan, 'jusqu'à ce que sa face forme une croûte', (signifie) une de ses faces, et même la supérieure suffit ; et si l'inférieur dont parle Rabbi Eliezer est celui contre le feu, alors ce que disent les Rabbanan, 'jusqu'à ce que ses faces forment une croûte', signifie toutes ses faces. 'Viens et entends : Rabbi Eliezer, etc.' : il résout que Rabbi Eliezer vient pour la sévérité. Toutefois, il ressort du Yerouchalmi qu'il vient pour l'allégement, car il dit là-bas : et Rabbi Eliezer admet pour le pain de proposition (le'hem hapanim) qu'il ne s'appelle pas 'pain' tant que ses faces n'ont pas formé de croûte dans le four ; cela implique qu'ici une croûte minime suffit, mais pour le pain de proposition il faut une vraie croûte. (Riva.)
💡 Explication

La michna : on ne met le pain au four la veille de Chabbat que s'il reste le temps que sa surface forme une croûte (kerima) ; pour Rabbi Eliezer, il suffit que la croûte se forme sur la face inférieure.

Dans ces fours, le pain est collé à la paroi. Quelle face est 'inférieure' : celle collée à la paroi, ou celle tournée vers le creux où brûle le feu ? La baraita tranche : la face collée au four. Selon Rachi, c'est une sévérité, car la face tournée vers le feu croûte plus vite.

🖼️ Schéma
Le pain collé à la paroi du four : quel est le 'côté inférieur' ? feu au fond du four Face contre la paroi = 'celle du four' (R. Eliezer, baraita) Face tournée vers le creux = 'celle du feu' croûte plus rapide (Rachi)
Les deux faces possibles du pain collé à la paroi du four.
4
מְשַׁלְשְׁלִין אֶת הַפֶּסַח: מַאי טַעְמָא? — מִשּׁוּם דִּבְנֵי חֲבוּרָה זְרִיזִין הֵן. הָא לָאו הָכִי לָא?! וְהָאָמַר מַר: גַּדְיָא בֵּין שְׁרִיק בֵּין לָא שְׁרִיק — שַׁפִּיר דָּמֵי! הָתָם מִינַּתַּח, הָכָא לָא מִינַּתַּח.

On descend le (sacrifice de) Pessa'h (dans le four) : pour quelle raison ? Parce que les membres de la havoura (le groupe inscrit sur l'agneau) sont zélés (zerizin).

Sinon, non ? Mais le maître n'a-t-il pas dit : le chevreau, (dans un four) scellé ou non scellé, c'est bien !

Là, il est découpé ; ici, il n'est pas découpé.

📜 Rachi (2)
הָתָם מְנַתֵּחַ וְאִם פּוֹתֵחַ פִּי הַתַּנּוּר עָיֵיל בֵּיהּ זִיקָא וְקָשֵׁי לֵיהּ:
Là, découpe : et s'il ouvre l'entrée du four, le vent y entre et l'abîme.
הָכָא לֹא מְנַתֵּחַ דִּכְתִיב (שְׁמוֹת י״ב:ט׳) עַל רֹאשׁוֹ וְעַל קִרְבּוֹ וְאִי מְגַלֵּי לֵיהּ לָא קָשֵׁי לֵיהּ זִיקָא הִלְכָּךְ אִי לָא דִּזְרִיזִין הֵן אָסוּר:
Ici, non découpé : car il est écrit (Chemot 12, 9) 'sa tête avec ses jambes et ses entrailles' ; et s'il le découvre, le vent ne l'abîme pas ; c'est pourquoi, s'ils n'étaient pas zélés, ce serait interdit.
💡 Explication

La michna permet de descendre l'agneau pascal dans le four à l'approche de la nuit. Raison : les membres de la havoura sont zerizin (zélés, attentifs) et ne viendront pas attiser.

Objection : une règle générale permet déjà le chevreau au four, car ouvrir le four l'abîmerait (le vent le dessécherait), donc on n'y touchera pas. Réponse : cette règle vaut pour une viande découpée. Le Pessa'h est rôti entier ; le vent ne l'abîme pas, on pourrait donc ouvrir et attiser. Sans le zèle du groupe, ce serait interdit.

5
וּמַאֲחִיזִין אֶת הָאוּר וְכוּ׳: מְנָהָנֵי מִילֵּי אָמַר רַב הוּנָא: ״לֹא תְבַעֲרוּ אֵשׁ בְּכֹל מֹושְׁבֹותֵיכֶם״. בְּכָל מוֹשְׁבוֹתֵיכֶם אִי אַתָּה מַבְעִיר, אֲבָל אַתָּה מַבְעִיר בִּמְדוּרַת בֵּית הַמּוֹקֵד. מַתְקִיף לַהּ רַב חִסְדָּא: אִי הָכִי, אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת נָמֵי? אֶלָּא אָמַר רַב חִסְדָּא: קְרָא כִּי אֲתָא לְמִישְׁרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים הוּא דַּאֲתָא, וְכֹהֲנִים זְרִיזִין הֵן.

Et on fait prendre le feu, etc. D'où (sait-on) ces choses ?

Rav Houna a dit : 'Vous n'allumerez pas de feu dans toutes vos demeures' (Chemot 35, 3) : dans toutes vos demeures tu n'allumes pas, mais tu allumes dans le feu de la Beit Hamoked. Rav Hisda objecte : s'il en est ainsi, même le Chabbat aussi ?

Mais Rav Hisda a dit : le verset, quand il est venu, est venu pour permettre les membres et les graisses (evarim oufedarim), et les cohanim sont zélés.

📜 Rachi (1)
אֵבָרִים וּפְדָרִים הוּא דַּאֲתָא לְהַתִּיר אֶת הִקְטִירָן כָּל הַלַּיְלָה אֲבָל מְדוּרַת בֵּית הַמּוֹקֵד שֶׁאֵינָהּ צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ אֶלָּא צֹורֶךְ כֹּהֲנִים לֹא הֻותְּרָה וְסָמוּךְ לַחֲשֵׁיכָה הַייְנוּ טַעְמָא דְּלָא גְּזוּר מִשּׁוּם דְּכֹהֲנִים זְרִיזִין הֵם שֶׁכֻּולָּם הָיוּ בְּנֵי תּוֹרָה וַחֲרֵדִים וְנִזְכָּרִים וְלָא אָתוּ לְחַתּוֹיֵי מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ:
Il est venu pour les membres et les graisses : pour permettre de les faire brûler toute la nuit ; mais le feu de la Beit Hamoked, qui n'est pas un besoin du Très-Haut (tsorekh gavoha) mais un besoin des cohanim, n'a pas été permis. Et (qu'on puisse l'allumer) à l'approche de la nuit, la raison pour laquelle on n'a pas décrété est que les cohanim sont zélés, car ils étaient tous des hommes de Torah, craignant (le péché) et attentifs, et ne viendraient pas attiser une fois la nuit tombée.
🗂️ Tossefot (1)
לְמִשְׁרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים וא"ת אִי אֵבָרִים וּפְדָרִים דְּחוֹל כִּדְפֵ"ה הָא אָמַר בְּפֶרֶק [בַּמֶּה מַדְלִיקִין] (דַּף כֹּד:) עוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ וְלֹא עוֹלַת חוֹל בְּשַׁבָּת וְאִי אֵבָרִים וּפְדָרִים דְּשַׁבָּת וְאַשְׁמוֹעִינַן מִבְּכָל מוֹשְׁבוֹתֵיכֶם דאע"ג דְּמִצְוָתָן כָּל הִלֵּיל' וְאֶפְשָׁר לְהַקְטִירָן בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת אַפֵּ"ה דָּחֵי שַׁבָּת הָא מֵעוֹלַת שַׁבָּת נְפַק מִדִּמְמַעֵט. עוֹלַת חוֹל דְּהַייְנוּ ע"כ אֵבָרִים וּפְדָרִים דְּחוֹל דִּשְׁחִיטָה וְזָרִיק' עָבַר זְמַנּוֹ בִּשְׁקִיעַת הַחַמָּה א"כ אֵבָרִים וּפְדָרִים דְּשַׁבָּת קְרֵבִים בְּשַׁבָּת וי"ל דְּאָתֵי לְמִשְׁרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים דְּחוֹל כְּשֶׁמָּשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר מִבְּעוֹד יוֹם וְהָא דְּקָאָמַר וְלֹא עוֹלַת אֵבָרִים וּפְדָרַי' דְּחוֹל בְּשַׁבָּת הַיְינוּ דַּוְקָא בְּשֶׁלֹּא מָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר וְכֵן הָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק טָרַף בַּקַּלְפִּי (יוֹמָא דַּף מו. וְשָׁם) אֶבְרֵי חוֹל שֶׁנִּתּוֹתְרוּ עוֹשֶׂה לָהֶן מַעֲרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָן וְסוֹדְרָן אֲפִי' בְּשַׁבָּת וְאַפֵּי' לְרַב הוּנָא דִּפְלִיג הָתָם הַיְינוּ. דְּאָמַר דְּאֵין עוֹשֶׂה לָהֶן מַעֲרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָן אֲבָל ד"ה דְּסוֹדְרָן עַל הַמַּעֲרָכָה גְּדוֹלָה הַיְינוּ כְּשֶׁמָּשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר כִּדְמוֹכַח הָתָם וְהָא דְּקָאָמַר הָתָם לְחַד לִישָּׁנָא דְּדַוְקָא בִּפְסוּלִין אִי מָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר אִין אִי לָא לָא לָאו מִשּׁוּם דִּכְשֵׁרִים לָא בָּעֵינַן מָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר אֶלָּא ה"ק דְּדַוְקָא בִּפְסוּלִים אִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמְעִינַן בְּמָשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר אֲבָל בִּכְשֵׁרִים לָא אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמְעִי' וְרִיבָ"א מִסְתַּפֵּק בִּשְׁאָר קָרְבָּנוֹת כְּשֶׁמָּשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר אִם נַעֲשׂוּ כְּלַחְמוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ לְמִשְׁרִינְהוּ בְּשַׁבָּת אִי לָאו דְּדִילְמָא דַּוְקָא בְּתָמִיד מְהַנֵּי הַאי טַעְמָא מִשּׁוּם דְּשָׁם תָּמִיד דּוֹחֶה שַׁבָּת וְקָשֶׁה דְּהָתָם מַפִּיק לֵיהּ בְּיוֹמָא מִבְּמוֹעֲדוֹ וְאַפֵּי' בְּשַׁבָּת וְהָכָא מַפִּיק לֵיהּ מִבְּמוֹשְׁבוֹתֵיכֶם וְנִרְאֶה דְּעִיקַּר דְּרָשָׁא מִבְּמוֹשְׁבוֹתֵיכֶם וְהָתָם נְקַט בְּמוֹעֲדוֹ וְאַפֵּי' בְּשַׁבָּת אַגַּב דְּבָעֵי לִמְנַקֵּט בְּמוֹעֲדוֹ וְאַפֵּי' בְּטֻומְאָה וע"ק וְהָא בְּמוֹשְׁבוֹתֵיכֶם אִצְטְרִיךְ לִשְׂרֵיפַת בַּת כֹּהֵן דְּלָא דָּחֲיָא שַׁבָּת כִּדְדָרְשִׁי' פ"ק דִּיבָמוֹת (דַּף ו: וְשָׁם) וּפֶרֶק אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין לה:) נֶאֱמַר כָּאן בְּמוֹשְׁבוֹתֵיכֶם כו' אַף מוֹשָׁבוֹת הָאָמוּר כָּאן כּוּ' וְי"ל דְּהָכָא מִכֶּם דְּרֵישׁ מְדַכָּתִי' מוֹשְׁבוֹתֵיכֶם וְלָא כְּתִיב מוֹשָׁבוֹת וְהָא דְּדָרְשִׁי' בפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף לז. וְשָׁם) מוֹשָׁבוֹת דִּכְתַב רַחֲמָנָא גַּבֵּי שַׁבָּת ל"ל וְקָאָמַר דסד"א הוֹאִיל וּבְעִנְיַן מוֹעֲדוֹת כְּתִיב תָּבְעִי קִדּוּשׁ ב"ד כְּמוֹעֲדוֹת קמ"ל לֹא מִלֹּא תְבַעֲרוּ אֵשׁ בְּכֹל מֹושְׁבֹותֵיכֶם דְּרֵישׁ כִּדְפֵירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס דְּהַהוּא לָא כְּתִיבָא בְּעִנְיָן דְּמוֹעֲדוֹת וְאִצְטְרִיךְ לָהּ נָמֵי כִּדְדָרֵישׁ הָכָא אֶלָּא מוֹשְׁבוֹתֵיכֶם דַּכְתִּי' בֶּאֱמֹור (וַיִּקְרָא כ״ג:כ״א) דְּהַהוּא כְּתִיב בְּעִנְיָנָא דְּמוֹעֲדוֹת:
Pour permettre les membres et les graisses : et si tu dis : s'il s'agit des membres et des graisses (de sacrifices) de semaine, comme l'explique le Kountras (Rachi), il est pourtant dit au chapitre Bameh madlikin (24b) : 'l'holocauste du Chabbat en son Chabbat', et non l'holocauste de semaine le Chabbat ; et s'il s'agit des membres et des graisses du Chabbat, et qu'il nous apprend de 'dans toutes vos demeures' que, bien que leur mitsva dure toute la nuit et qu'on puisse les faire brûler à la sortie du Chabbat, ils repoussent néanmoins le Chabbat, cela se déduit déjà de 'l'holocauste du Chabbat', puisqu'il exclut l'holocauste de semaine, c'est-à-dire forcément les membres et graisses de semaine, puisque (le temps de) l'abattage et de l'aspersion est passé au coucher du soleil ; il s'ensuit que les membres et graisses du Chabbat sont offerts le Chabbat. On peut répondre qu'il vient permettre les membres et graisses de semaine lorsque le feu s'en est emparé de jour ; et ce qu'on dit, 'et non l'holocauste de semaine le Chabbat', (vaut) précisément lorsque le feu ne s'en est pas emparé. Et de même ce qui est dit au chapitre Taraf bakalpi (Yoma 46a) : les membres de semaine qui sont restés, on leur fait un bûcher (maarakha) à part et on les dispose même le Chabbat ; et même selon Rav Houna, qui est en désaccord là-bas, c'est-à-dire qui dit qu'on ne leur fait pas de bûcher à part, (il admet que) tous s'accordent qu'on les dispose sur le grand bûcher : c'est lorsque le feu s'en est emparé, comme il ressort de là-bas. Et ce qui est dit là-bas, selon une version, que c'est seulement pour les (membres) invalides (pesoulin) : si le feu s'en est emparé, oui, sinon, non, ce n'est pas que pour les valides on n'exige pas que le feu s'en soit emparé ; mais voici ce qu'il dit : c'est seulement pour les invalides qu'il fallait nous apprendre (le cas où) le feu s'en est emparé, mais pour les valides il n'était pas nécessaire de nous l'apprendre. Et le Riva doute, pour les autres sacrifices lorsque le feu s'en est emparé, s'ils deviennent comme 'le pain de l'autel' pour être permis le Chabbat, à moins que cette raison ne vaille que pour le Tamid, parce que le nom de Tamid (perpétuel) repousse le Chabbat. Et c'est difficile : là-bas, dans Yoma, il le déduit de 'en son temps' (bemoado), même le Chabbat, et ici il le déduit de 'dans vos demeures'. Il semble que la derasha principale soit de 'dans vos demeures', et là-bas il a employé 'en son temps, même le Chabbat' parce qu'il voulait employer 'en son temps, même en état d'impureté'. Autre difficulté : 'dans vos demeures' n'est-il pas nécessaire pour (enseigner que) la combustion de la fille de cohen ne repousse pas le Chabbat, comme nous l'expliquons au premier chapitre de Yevamot (6b) et au chapitre Ehad dinei mamonot (Sanhédrin 35b) : il est dit ici 'dans vos demeures', etc., de même que les 'demeures' dites ici, etc. ? On peut répondre qu'ici il fait la derasha de 'vos', puisqu'il est écrit 'vos demeures' (mochvoteikhem) et non 'demeures' (mochavot). Et ce que nous expliquons au premier chapitre de Kiddouchin (37a) : 'demeures' que le Miséricordieux a écrit à propos du Chabbat, pourquoi (est-ce nécessaire) ? Et il dit : on aurait pu penser, puisqu'il est écrit dans le passage des fêtes (moadot), qu'il faudrait une sanctification du tribunal comme pour les fêtes ; il nous apprend (que non). Ce n'est pas de 'vous n'allumerez pas de feu dans toutes vos demeures' qu'il fait la derasha, comme l'a expliqué le Kountras, car celui-là n'est pas écrit dans le passage des fêtes, et il est aussi nécessaire pour la derasha d'ici ; mais (c'est) 'vos demeures' écrit dans (la paracha) Emor (Vayikra 23, 21), car celui-là est écrit dans le passage des fêtes.
💡 Explication

La michna permet d'allumer le feu de la Beit Hamoked (salle où les cohanim se chauffaient) juste avant la nuit. Rav Houna tire la permission du verset : 'dans vos demeures', pas au Temple.

Rav Hisda objecte : ce verset permettrait d'allumer même le Chabbat lui-même. Il explique donc que le verset permet de brûler sur l'autel les evarim oufedarim (membres et graisses des sacrifices), qui sont un tsorekh gavoha. Le feu de la Beit Hamoked sert seulement le confort des cohanim ; si on peut l'allumer à l'approche de la nuit, c'est parce que les cohanim sont zerizin et ne viendront pas attiser.

🖼️ Schéma
Le feu de la Beit Hamoked allumé à l'approche de la nuit Rav Houna 'dans toutes vos demeures' : pas au Temple => permis dans la Beit Hamoked Objection de Rav Hisda : alors même le Chabbat lui-même ? Rav Hisda Le verset permet de brûler membres et graisses (autel) Beit Hamoked = besoin des cohanim => pas permis le Chabbat Veille au soir : permis car les cohanim sont zélés
Rav Houna et Rav Hisda sur la source de la permission.
6
וּבַגְּבוּלִין כְּדֵי שֶׁתֶּאֱחֹוז כּוּ׳. מַאי רֻובָּן? אָמַר רַב: רֹוב כָּל אֶחָד וְאֶחָד. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ ״הָבֵא עֵצִים וְנַנִּיחַ תַּחְתֵּיהֶן״. תָּנֵי רַב חִיָּיא לְסַיּוֹעֵיהּ לִשְׁמוּאֵל, כְּדֵי שֶׁתְּהֵא שַׁלְהֶבֶת עוֹלָה מֵאֵילֶיהָ וְלֹא שֶׁתְּהֵא שַׁלְהֶבֶת עוֹלָה עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר.

Et dans les provinces, pour que (le feu) prenne, etc. Qu'est-ce que 'la majeure partie' ?

Rav a dit : la majeure partie de chacune (des bûches). Et Chmouel a dit : pour qu'on ne dise pas : 'apporté du bois et mettons-le dessous'.

Rav Hiya a enseigné (une baraita) à l'appui de Chmouel : pour que la flamme monte d'elle-même, et non que la flamme monte par le moyen d'autre chose.

📜 Rachi (3)
כָּל אֶחָד וְאֶחָד כָּל עֵץ וְעֵץ וְלָא תֵּימָא כֵּיוָן שֶׁאֲחָזָהּ בְּרוֹב מִנְיַן הָעֵצִים:
Chacune : chaque bûche ; et ne dis pas (qu'il suffit) qu'il ait pris dans la majorité du nombre des bûches.
וּשְׁמוּאֵל אָמַר כְּדֵי שֶׁלֹּא צָרִיךְ לוֹמַר הָבֵא עֵצִים דַּקִּים וְנַנִּיחַ תַּחְתֵּיהֶן לְהַבְעִיר אֶת אֵלּוּ:
Et Chmouel a dit : pour qu'il ne soit pas nécessaire de dire 'apporte du bois fin et mettons-le dessous pour allumer celles-ci'.
תָּנֵי ר' חַיָּיא בְּפָ' בַּמֶּה מַדְלִיקִין לְגַבֵּי מְנוֹרָה לְהַעֲלוֹת נֵר תָּמִיד שֶׁתְּהֵא שַׁלְהֶבֶת עוֹלָה מֵאֵלֶיהָ אַלְמָא בְּכִי הַאי גַּווְנָא הָוְיָא הַדְלָקָה מִשּׁוּם רִ"י הַלֵּוִי וְקָשֶׁה לִי חֲדָא דְּרָמֵי בַּר חָמָא קָתָנֵי לָהּ הָתָם וְעוֹד דְּלָאו מַתְנִיתָא הִיא אֶלָּא הוּא אָמַר לָהּ בְּפֵירוּשׁ דְּמַתְנִי' אַחֲרִיתִי וּשְׁאָר רַבּוֹתֵינוּ תְּנוּ לָהּ לְעִנְיַן מְדוּרָה וַאֲנִי מָצָאתִי אוֹתָהּ בת"כ לְגַבֵּי מְנוֹרָה:
Rav Hiya a enseigné : au chapitre Bameh madlikin, à propos de la Menora, (dans le verset) 'pour faire monter une lampe perpétuelle' : que la flamme monte d'elle-même ; il en ressort que de cette manière c'est un allumage. (Explication) au nom de Rabbi Yitshak Halevi. Mais deux choses me sont difficiles : l'une, que c'est Rami bar Hama qui l'enseigne là-bas ; et de plus, ce n'est pas une baraita, mais il le dit lui-même en explication d'une autre michna. Le reste de nos maîtres l'enseignent à propos du feu de bois ; et moi, je l'ai trouvée dans le Torat Kohanim à propos de la Menora.
🗂️ Tossefot (1)
כְּדֵי שֶׁתְּהֵא שַׁלְהֶבֶת עוֹלָה מֵאֵילֶיהָ אַלְמָא בְּמָקוֹם שֶׁהִקְפִּיד הַכָּתוּב שֶׁלֹּא יִכְבֶּה סַגִּי שֶׁתְּהֵא שַׁלְהֶבֶת עוֹלָה מֵאֵלֶיהָ וְאֵין צָרִיךְ שֶׁתְּהֵא הַפְּתִילָה שׂוֹרֶפֶת בְּרֻובָּא:
Pour que la flamme monte d'elle-même : il en ressort que là où le verset a veillé à ce qu'elle ne s'éteigne pas, il suffit que la flamme monte d'elle-même, et il n'est pas nécessaire que la mèche brûle dans sa majeure partie.
💡 Explication

Deux définitions de rov (la majeure partie) pour le feu allumé en province :

Rav : chaque bûche doit être allumée dans sa majeure partie. Chmouel : il suffit que le feu tienne seul, sans qu'on ait besoin d'ajouter du petit bois dessous. La baraita de Rav Hiya, dite pour la Menora ('que la flamme monte d'elle-même'), montre que ce degré suffit à définir un allumage. Tossefot en tire que la mèche n'a pas besoin de brûler dans sa majeure partie.

7
עֵץ יְחִידִי, רַב אָמַר: רֹוב עָבְיוֹ, וְאָמְרִי לָהּ: בְּרוֹב הֶיקֵּפוֹ. אָמַר רַב פָּפָּא: הִלְכָּךְ בָּעֵינַן רֹוב עָבְיוֹ וּבָעֵינַן רֹוב הֶיקֵּפוֹ. כְּתַנָּאֵי: רַבִּי חַייָּא אָמַר: כְּדֵי שֶׁיִּשָּׁחֵת הָעֵץ מִמְּלֶאכֶת הָאֻומָּן, רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא אוֹמֵר: כְּדֵי שֶׁתֹּאחַז הָאֵשׁ מִשְּׁנֵי צְדָדִין. וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין רְאָיָה לַדָּבָר, זֵכֶר לַדָּבָר: ״אֵת שְׁנֵי קְצוֹתָיו אָכְלָה הָאֵשׁ וְתוֹכוֹ נָחָר הֲיִצְלַח לִמְלָאכָה״.

Une bûche unique : Rav a dit : la majeure partie de son épaisseur ; et certains disent : la majeure partie de sa circonférence. Rav Papa a dit : c'est pourquoi nous exigeons la majeure partie de son épaisseur et nous exigeons la majeure partie de sa circonférence.

(C'est) comme (un désaccord de) Tannaim : Rabbi Hiya dit : (il faut) que le bois soit abîmé pour le travail de l'artisan ; Rabbi Yehouda ben Beteira dit : que le feu prenne des deux côtés. Et bien qu'il n'y ait pas de preuve à la chose, il y a une allusion à la chose : 'Le feu a dévoré ses deux extrémités et son milieu est calciné ; sera-t-il bon à un ouvrage ?' (Ye'hezkel 15, 4).

📜 Rachi (9)
עֵץ יְחִידִי כְּעֵין צוק"ש שֶׁלָּנוּ:
Une bûche unique : comme ce que nous appelons 'tsoukch' (souche).
רֹוב עָבְיוֹ שֶׁיִּכָּנֵס הָאוּר בְּתוֹךְ עָבְיוֹ עַד רֻובּוֹ:
La majeure partie de son épaisseur : que le feu pénètre à l'intérieur de son épaisseur jusqu'à la majeure partie.
רֹוב הֶיקֵּפוֹ מִבַּחוּץ:
La majeure partie de sa circonférence : à l'extérieur.
כְּתַנָּאֵי רֹוב עָבְיוֹ אוֹ רֹוב הֶיקֵּפוֹ:
Comme (un désaccord de) Tannaim : majeure partie de l'épaisseur ou majeure partie de la circonférence.
שֶׁיִּשָּׁחֵת רֹוב עָבְיוֹ:
Qu'il soit abîmé : la majeure partie de son épaisseur.
ב' צְדָדָיו רֹוב הֶיקֵּפוֹ:
Ses deux côtés : la majeure partie de sa circonférence.
זֵכֶר לַדָּבָר דְּשׁוּב הוֹלֵךְ וְדוֹלֵק:
Allusion à la chose : qu'ensuite il continue de brûler.
שְׁנֵי קְצוֹתָיו אָכְלָה הָאֵשׁ בְּיָדוּעַ שֶׁתּוֹכוֹ נָחַר וְהָלְכָה לַחָה שֶׁלּוֹ וְנַעֲשָׂה יָבֵשׁ:
Le feu a dévoré ses deux extrémités : il est connu que son milieu est calciné, que son humidité s'en est allée et qu'il est devenu sec.
נָחַר פָּסַק לַחָה שֶׁלָּהּ וְיָבֵשׁ כְּמוֹ נָחַר גְּרוֹנִי (תְּהִילִּים ס״ט:ד׳) וְכֵן חָרָה מִנִּי חוֹרֵב (אִיּוֹב ל׳:ל׳):
Nihar (calciné) : son humidité a cessé et il est sec, comme 'nihar gueroni' (ma gorge est desséchée, Tehilim 69, 4), et de même 'harah mini horev' (Iyov 30, 30).
🗂️ Tossefot (1)
עַד שֶׁיִּשָּׁחֵת מִמְּלֶאכֶת הָאֻומָּן אֲבָל לְמ"ד מִשֶּׁתֶּאֱחֹוז הָאוּר מִשְּׁנֵי צְדָדִין אֵינוֹ נִשְׁחָת בְּהָכִי מִמְּלֶאכֶת הָאֻומָּן ואע"ג דִּכְתִיב אֵת שְׁנֵי קְצוֹתָיו אָכְלָה הָאֵשׁ הֲיִצְלַח לִמְלָאכָה הַייְנוּ גַּבֵּי עֵץ הַגֶּפֶן אֲבָל שְׁאָר עֵצִים אֵין נִשְׁחָתִין כ"כ בִּמְהֵרָה מִמְּלֶאכֶת הָאֻומָּן:
Jusqu'à ce qu'il soit abîmé pour le travail de l'artisan : mais selon celui qui dit 'dès que le feu prend des deux côtés', il n'est pas abîmé par cela pour le travail de l'artisan ; et bien qu'il soit écrit 'le feu a dévoré ses deux extrémités... sera-t-il bon à un ouvrage ?', c'est à propos du bois de vigne ; mais les autres bois ne sont pas abîmés si vite pour le travail de l'artisan.
💡 Explication

Pour une bûche unique, la version de Rav est incertaine : rov oubio (majeure partie de l'épaisseur, le feu pénètre en profondeur) ou rov hekefo (majeure partie de la circonférence, à l'extérieur). Rav Papa exige les deux, pour sortir du doute.

Le même désaccord existe chez les Tannaim : Rabbi Hiya (le bois n'est plus utilisable par l'artisan = épaisseur) et Rabbi Yehouda ben Beteira (le feu a pris des deux côtés = circonférence), avec une allusion (zekher ladavar) tirée de Ye'hezkel.

🖼️ Schéma
Bûche unique : épaisseur ou circonférence ? Rov oubio le feu pénètre en profondeur R. Hiya : abîmé pour l'artisan Rov hekefo le feu fait le tour extérieur R. Yehouda b. Beteira : deux côtés Rav Papa doute sur la version de Rav => on exige les DEUX : épaisseur ET circonférence
Épaisseur (rov oubio) et circonférence (rov hekefo) d'une bûche.
8
״וְהָאָח לְפָנָיו מְבַעֶרֶת״. מַאי אָח? אָמַר רַב: אַחְווָנָא. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: עֵצִים שֶׁנִּדְלְקוּ בְּאַחְוָונָא. הַהוּא דַּאֲמַר לְהוּ מַאן בָּעֵי אַחְוָונָא? אִשְׁתְּכַח עֲרַבְתָּא.

'Et le foyer (ah) brûlait devant lui' (Yirmeyahou 36, 22). Qu'est-ce que ah ?

Rav a dit : ahvana. Et Chmouel a dit : du bois qui s'est allumé par ahvana (fraternité).

Ce (marchand) qui disait : 'qui veut de l'ahvana ?', on trouva (que c'était) du saule (aravta).

📜 Rachi (2)
וְהָאָח בִּשְׂרֵיפַת יְהוֹיָקִים הַמְּגִילָּה כְּתִיב:
Et le foyer : c'est écrit à propos de l'autodafé du rouleau par Yehoyakim.
בְּאַחְוָה כָּל הָעֵצִים נִדְלָקִין זֶה מִזֶּה הַקָּטָן מַדְלִיק הַגָּדוֹל:
Par fraternité : tous les bois s'allument l'un de l'autre, le petit allume le grand.
💡 Explication

Digression lexicale sur un autre verset lié au feu. Pour Rav, ah désigne l'ahvana, un bois. Pour Chmouel, ce sont des bûches qui s'allument par ahva (fraternité), l'une à partir de l'autre.

Le sens du mot ahvana s'est éclairci en entendant un marchand crier 'qui veut de l'ahvana ?' : il vendait du saule.

9
אָמַר רַב הוּנָא: קָנִים אֵין צְרִיכִין רֹוב, אֲגָדָן — צְרִיכִין רֹוב. גַּרְעִינִין אֵין צְרִיכִין רֹוב, נְתָנָן בְּחוֹתָלוֹת — צְרִיכִין רֹוב. מַתְקִיף לַהּ רַב חִסְדָּא: אַדְּרַבָּה, אִיפְּכָא מִסְתַּבְּרָא: קָנִים — מִבַּדְּרָן, אֲגָדָן — לָא מִבַּדְּרָן. גַּרְעִינִין — מִבַּדְּרָן, נְתָנָן בְּחוֹתָלוֹת — לֹא מִבַּדְּרָן. אִיתְּמַר נָמֵי

Rav Houna a dit : des roseaux n'exigent pas la majeure partie ; s'il les a liés en botte, ils exigent la majeure partie. Des noyaux (de dattes) n'exigent pas la majeure partie ; s'il les a mis dans des paniers (hotalot), ils exigent la majeure partie.

Rav Hisda objecte : au contraire, c'est l'inverse qui est logique : des roseaux se dispersent ; liés en botte, ils ne se dispersent pas. Des noyaux se dispersent ; mis dans des paniers, ils ne se dispersent pas.

On l'a aussi énoncé :

📜 Rachi (5)
אֵין צְרִיכִין רֹוב לְהַצִּית אֶת הָאוּר בְּרֻובָּן מע"ש אֶלָּא מַאֲחִיז בָּהֶן אוּר מִבְּעוֹד יוֹם לְפִי שֶׁאֵין כְּבֵין וְהוֹלְכִים אֶלָּא דּוֹלְקִים וְהוֹלְכִים:
N'exigent pas la majeure partie : (il n'est pas nécessaire) d'allumer le feu dans leur majeure partie la veille de Chabbat, mais on y fait prendre le feu de jour, parce qu'ils ne s'éteignent pas peu à peu mais continuent de brûler.
צְרִיכִים רֹוב לְפִי שֶׁאֵין שַׁלְהֶבֶת יָכוֹל לִיכָּנֵס בֵּינֵיהֶם:
Exigent la majeure partie : parce que la flamme ne peut pas entrer entre eux.
גַּרְעִינִין שֶׁל תְּמָרָה אִם עָשָׂה מֵהֶם מְדוּרָה לִכְשֶׁיָּבְשׁוּ אֵין צְרִיכִין רֹוב:
Noyaux : de dattes ; si on en a fait un feu une fois qu'ils sont secs, ils n'exigent pas la majeure partie.
נְתָנָן בְּחוֹתָלוֹת כֵּלִים שֶׁעוֹשִׂין מִלּוּלָבִין וְנָתַן הַכְּלִי מָלֵא בַּמְּדוּרָה צְרִיכִין רֹוב לְפִי שֶׁצִּבּוּרִין יַחַד וְאֵין הַשַּׁלְהֶבֶת יְכוֹלָה לְהִכָּנֵס בָּהֶן:
S'il les a mis dans des paniers : des récipients qu'on fait de palmes (loulavim) ; s'il a mis le récipient plein dans le feu, ils exigent la majeure partie, parce qu'ils sont entassés ensemble et que la flamme ne peut pas y entrer.
קָנִים מִבַּדְּרָן לְכָאן וּלְכָאן וְאַחַת מֵהֶן הַיּוֹצְאָהּ לֹא תִּמְצָא אֶת חֲבֶרְתָּהּ לְבַעֲרָהּ הִלְכָּךְ כִּי לֹא אֲגָדָן צְרִיכִי רֹוב אֲבָל אֲגָדָן לָא מִבַּדְּרָן וְאֵין צְרִיכִין רֹוב וְכֵן גַּרְעִינִין:
Des roseaux se dispersent : de-ci de-là, et celui qui s'écarte ne trouvera pas son compagnon pour l'allumer ; c'est pourquoi, quand il ne les a pas liés, ils exigent la majeure partie ; mais liés, ils ne se dispersent pas et n'exigent pas la majeure partie ; et de même les noyaux.
💡 Explication

Rav Houna : roseaux et noyaux en vrac brûlent facilement ; une fois serrés (botte, panier), la flamme ne pénètre plus, il faut donc la majeure partie allumée avant Chabbat.

Rav Hisda raisonne à l'inverse : en vrac, ils se dispersent et ne s'allument pas l'un l'autre ; serrés, ils se communiquent le feu. La phrase 'on l'a aussi énoncé' se poursuit en 20b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).