Sougya : Le folio achève le débat sur les mèches et huiles interdites le Chabbat : selon Rav, on peut les utiliser pour 'Hanouka, même le Chabbat, car si la lampe s'éteint on n'est pas tenu de la rallumer et il est interdit de se servir de sa lumière. La guemara précise ensuite le temps de l'allumage (jusqu'à ce que cesse la circulation au marché), puis enseigne les trois niveaux de la mitsva : une lampe par maison, une lampe par personne, et pour les plus scrupuleux un nombre variable, décroissant selon Beit Chammai, croissant selon Beit Hillel.
Viennent l'emplacement de la lampe (à l'entrée de la maison, à la fenêtre, ou sur la table en temps de danger), la nécessité d'une lampe supplémentaire pour l'usage, le récit de la fiole d'huile scellée, et la michna sur les dommages causés par une lampe placée dehors, dont Ravina déduit que la lampe se place à moins de dix tefahim du sol.
(Selon Rav Hisda,) on n'est pas tenu de s'en occuper (si elle s'éteint), et il est permis de se servir de sa lumière. Rabbi Zeira a dit au nom de Rav Matna, et certains disent : Rabbi Zeira a dit au nom de Rav : les mèches et les huiles dont les Sages ont dit qu'on n'allume pas avec elles le Chabbat, on allume avec elles pour 'Hanouka, aussi bien en semaine que le Chabbat.
Rabbi Yirmeya a dit : quelle est la raison de Rav ? Il pense : si elle s'éteint, on n'est pas tenu de s'en occuper, et il est interdit de se servir de sa lumière.
Fin de la discussion commencée en 21a. Les mèches et huiles de mauvaise qualité sont interdites le Chabbat de peur qu'on incline la lampe (hatayya) pour raviver la flamme, ce qui est un acte d'allumage. Deux questions décident de leur usage pour 'Hanouka : faut-il rallumer si elle s'éteint (kavta zakouk) ? peut-on utiliser sa lumière ?
Selon Rav, on ne rallume pas, donc une mèche médiocre suffit ; et on n'utilise pas sa lumière, donc personne n'a de raison de la raviver le Chabbat. Les deux craintes tombent : permis en semaine et le Chabbat.
Les Sages ont rapporté cet enseignement devant Abbaye au nom de Rabbi Yirmeya, et il ne l'a pas accepté. Quand Ravin est venu, les Sages l'ont rapporté devant Abbaye au nom de Rabbi Yo'hanan, et il l'a accepté.
Il a dit : si j'avais eu le mérite, j'aurais appris cet enseignement dès le début. Mais il l'a appris !
La différence concerne l'étude de la jeunesse.
Abbaye accepte l'enseignement de Rav quand il lui parvient au nom de Rabbi Yo'hanan, autorité majeure d'Erets Israël. Il regrette de ne pas l'avoir reçu plus tôt. La guemara demande quel est l'enjeu, puisqu'il l'a finalement appris ; réponse : girsa de-yankouta, ce qu'on apprend jeune se garde mieux en mémoire.
Et si elle s'éteint, on n'est pas tenu de s'en occuper ? On objecte (d'une baraita) : sa mitsva commence au coucher du soleil, jusqu'à ce que cesse la circulation au marché.
N'est-ce pas que, si elle s'éteint, on la rallume ? Non : si on n'a pas encore allumé, on allume.
Ou encore : (la baraita parle) de sa mesure.
Objection contre le principe kavta ein zakouk : la baraita fixe une durée à la mitsva, ce qui suggère qu'il faut maintenir la lampe allumée pendant tout ce temps. Deux réponses : la durée indique le délai pendant lequel on peut encore allumer ; ou bien elle fixe la quantité d'huile à prévoir au départ (Rachi).
Tossefot : selon la première réponse, après ce délai on ne peut plus allumer ; comme la seconde réponse existe, on allume quand même par doute. Le Ri ajoute que, depuis qu'on allume à l'intérieur, l'heure importe moins.
Jusqu'à ce que cesse la circulation au marché. Et jusqu'à quand ?
Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : jusqu'à ce que cesse la circulation des Tarmodaim.
Les Tarmodaim (gens de Tadmor, Palmyre) vendaient du petit bois et restaient les derniers au marché. Leur départ marque la fin de la circulation, donc la fin du temps de l'allumage.
Les Sages ont enseigné : la mitsva de 'Hanouka, une lampe par homme et sa maison. Les mehadrin (ceux qui embellissent la mitsva) : une lampe pour chacun.
Les mehadrin min ha-mehadrin (les plus scrupuleux) : Beit Chammai disent : le premier jour on allume huit, et ensuite on diminue progressivement ; Beit Hillel disent : le premier jour on allume une, et ensuite on ajoute progressivement.
Trois niveaux : ner ich u-veito (une lampe par foyer), mehadrin (une lampe par personne), mehadrin min ha-mehadrin (le nombre varie avec les jours).
Tossefot : le troisième niveau se greffe sur le premier, car si chacun allume plusieurs lampes, un passant ne distingue plus le compte des jours du nombre de personnes. Le Choulhan Aroukh suit Tossefot (usage séfarade : un seul allumage par foyer) ; selon le Rama (usage ashkénaze), chacun allume selon le compte des jours.
Oulla a dit : deux Amoraim en Occident (Erets Israël) sont en désaccord à ce sujet, Rabbi Yossi bar Avin et Rabbi Yossi bar Zevida. L'un dit : la raison de Beit Chammai correspond aux jours à venir, et la raison de Beit Hillel aux jours écoulés.
L'autre dit : la raison de Beit Chammai correspond aux taureaux de la fête (Souccot), et la raison de Beit Hillel est qu'on monte en sainteté et qu'on ne descend pas.
Deux explications du désaccord. Première : Beit Chammai comptent les jours à venir (8, 7, 6...), Beit Hillel les jours écoulés, le jour présent inclus (1, 2, 3...). Seconde : Beit Chammai s'inspirent des parei ha-hag, les taureaux offerts à Souccot (13 le premier jour, puis un de moins chaque jour) ; Beit Hillel appliquent le principe maalin ba-kodech ve-ein moridin.
Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il y avait deux anciens à Sidon. L'un faisait comme Beit Chammai et l'autre comme Beit Hillel.
L'un donnait comme raison à ses paroles : selon les taureaux de la fête ; l'autre donnait comme raison à ses paroles : on monte en sainteté et on ne descend pas.
Témoignage de pratique qui confirme la seconde explication du segment précédent : taureaux de Souccot pour Beit Chammai, maalin ba-kodech pour Beit Hillel. La halakha suit Beit Hillel.
Les Sages ont enseigné : la lampe de 'Hanouka, c'est une mitsva de la placer à l'entrée de sa maison, à l'extérieur. S'il habite à l'étage, il la place à la fenêtre voisine du domaine public.
Et en temps de danger, il la place sur sa table, et cela suffit.
Le principe directeur est pirsoum ha-ness : la lampe doit être vue de l'extérieur. Rachi la place dans la cour sur laquelle ouvrait la maison ; Tossefot précise qu'à défaut de cour, c'est l'entrée de la maison, et qu'avec une cour, c'est l'entrée de la cour.
En temps de danger, il suffit de la poser sur la table. Rachi renvoie à un décret perse ; le Ri l'identifie à l'époque des Habarim, prêtres zoroastriens à Bavel.
Le Roch, placé ici, tranche que la lampe se met à moins de dix tefahim (voir segment 11).
Rava a dit : il faut une autre lampe pour se servir de sa lumière. S'il y a un feu de bois, ce n'est pas nécessaire.
Et si c'est un homme important, même s'il y a un feu de bois, il faut une autre lampe.
Il est interdit d'utiliser la lumière de 'Hanouka (voir segment 0). Rava exige donc une lampe supplémentaire pour l'usage, afin qu'on reconnaisse la lampe de mitsva. Un feu de bois suffit à cet effet, sauf pour un adam hachouv, homme important qui ne s'éclaire pas à un feu de bois : on penserait qu'il utilise la lampe de 'Hanouka.
Le Roch reprend ici l'ensemble des baraitot de la sougya ; c'est l'origine du chamach que l'on place près des lumières.
Qu'est-ce que 'Hanouka ? Les Sages ont enseigné : le 25 Kislev, les jours de 'Hanouka sont huit, pendant lesquels on ne prononce pas d'éloge funèbre et on ne jeûne pas.
Car lorsque les Grecs sont entrés dans le Heikhal (le sanctuaire), ils ont rendu impures toutes les huiles qui s'y trouvaient. Et quand la royauté de la maison des Hasmonéens l'a emporté et les a vaincus, ils ont cherché et n'ont trouvé qu'une seule fiole d'huile, posée avec le sceau du Cohen Gadol, et elle ne contenait de quoi allumer qu'un seul jour.
Un miracle s'est produit par elle, et ils en ont allumé huit jours. L'année suivante, ils les ont fixés et en ont fait des jours de fête, avec Hallel et action de grâces.
La guemara demande pour quel miracle la fête a été instituée (Rachi). La réponse cite Meguilat Taanit : le miracle de la fiole d'huile scellée par le Cohen Gadol, qui a brûlé huit jours au lieu d'un.
Rachi précise que ces jours sont des jours de Hallel et d'action de grâces (Al ha-nissim), sans interdiction de travail. Tossefot explique comment la fiole a pu rester pure malgré la présence des Grecs : posée au sol, elle n'avait pas été déplacée.
Nous avons appris ailleurs (michna, Bava Kamma 62b) : une étincelle qui sort de sous le marteau, sort et cause un dommage : (le forgeron) est responsable. Un chameau chargé de lin passe dans le domaine public, son lin entre dans la boutique, prend feu à la lampe de l'épicier et incendie le bâtiment : le propriétaire du chameau est responsable.
Si l'épicier a placé sa lampe dehors, l'épicier est responsable.
Michna de nezikin (dommages). Le responsable est celui qui sort de son espace légitime : le chamelier dont le chargement déborde dans la boutique, ou l'épicier qui met sa lampe dans la rue. Le segment suivant applique cela à la lampe de 'Hanouka.
Rabbi Yehouda dit : pour une lampe de 'Hanouka, il est exempt. Ravina a dit au nom de Rabba : cela montre que la lampe de 'Hanouka, c'est une mitsva de la placer à moins de dix (tefahim).
Car si tu pensais (qu'on peut la placer) au-dessus de dix, qu'il lui dise : tu aurais dû la placer au-dessus du chameau et de son cavalier ! Mais peut-être que, si cela lui demande trop d'effort, il en viendra à s'abstenir de la mitsva.
Ravina déduit de l'exemption de Rabbi Yehouda que la lampe doit être à moins de dix tefahim : si elle pouvait être plus haut, on reprocherait à l'épicier de ne pas l'avoir mise hors de portée du chameau. La guemara repousse la preuve : Rabbi Yehouda peut exempter l'épicier pour ne pas alourdir la mitsva, de peur qu'on y renonce.
Le Roch tranche malgré tout selon Ravina, car une lumière placée si bas ne sert visiblement pas à éclairer, ce qui publie mieux le miracle. Sa seconde glose ici distingue usage fixe et usage occasionnel (tachmich arai) : compter de l'argent devant la lampe est interdit, bien qu'occasionnel, car c'est un usage méprisant.
Rav Kahana a dit : Rav Natan bar Manyoumi a enseigné au nom de Rabbi Tanhoum :
Introduction à l'enseignement qui se poursuit en 22a : une lampe de 'Hanouka placée au-dessus de vingt coudées est invalide, comme la soucca et le mavoi.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).