Shabbat 22b — Allumer d'une lampe à l'autre : la lampe occidentale du Temple, puis la question décisive, hadlaka ou hanaha ?

Shabbat 22b

Sougya : Le daf achève le débat ouvert en 22a entre Rav et Chmouel sur le droit d'allumer une lampe de 'Hanouka à partir d'une autre. La baraita du maasser cheni, qui interdit de peser des dinars d'or contre une pièce consacrée, servirait de réfutation contre Chmouel ; Rabba l'écarte en expliquant que le décret y vise un risque précis, celui de renoncer au rachat et de laisser les pièces en état de hulin.

Rav Chechet objecte ensuite depuis la menorah du Temple : la lampe occidentale servait à allumer les autres, et les lampes étant fixées à la menorah, il fallait bien passer par un copeau. Rav Papa répond par des mèches longues, mais la difficulté subsiste pour l'opinion qui craint l'affaiblissement de la mitsva.

Rav Houna fils de Rav Yehochoua ramène alors toute l'affaire à une seule question : la mitsva de 'Hanouka s'accomplit-elle par l'allumage ou par la pose de la lampe à son emplacement ? Deux paroles de Rava sont examinées comme preuves, et toutes deux sont écartées au nom de ce que comprend celui qui voit.

Le fil du daf : de la réfutation manquée à la question décisive Point de départ (22a) : Rav interdit d'allumer une lampe de 'Hanouka à une autre, Chmouel permet. Deux raisons possibles chez Rav : bizouy mitsva (mépris de la mitsva) ou akhhouche mitsva (on affaiblit la lampe en prenant de sa flamme). Segment 0 : la baraita du maasser cheni On ne pèse pas des dinars d'or contre une pièce de maasser cheni, même pour racheter un autre maasser : besoin de mitsva et pourtant interdit. Réponse de Rabba Le décret porte sur un risque propre à la pesée : les poids ne tomberont pas juste, il renoncera au rachat et laissera les pièces en hulin. Pas de preuve. Segment 1 : objection de Rav Chechet La menorah du Temple : de la lampe occidentale on allumait les autres. Les lampes étant fixées, il fallait passer par un copeau. Segment 2 : réponse de Rav Papa Les mèches étaient longues et se touchaient : on allumait directement, sans copeau. Reste difficile pour akhhouche mitsva : kachya. Segments 3-4 : Rav Houna fils de Rav Yehochoua déplace la question Tout dépend d'un seul point : la mitsva de 'Hanouka s'accomplit-elle par l'allumage (hadlaka) ou par la pose (hanaha) ? Segments 5-7 : trois tentatives de preuve, tirées de Rava puis de Rabbi Yehochoua ben Levi. Les deux premières sont écartées.
La marche du daf, depuis la baraita du maasser cheni jusqu'à la question qui commande toute la sougya.
La menorah du Temple : pourquoi elle fait objection Sept lampes fixées sur la menorah lampe occidentale Même mesure d'huile que les autres, un demi-log Le témoignage La menorah n'éclaire pas pour un besoin de lumière : quarante ans au désert, Israël a marché à Sa lumière. Elle atteste devant tous les habitants du monde que la Chekhina réside en Israël. En quoi consiste le signe La lampe occidentale reçoit la même huile que ses compagnes, et pourtant elle brûle tout le jour. C'est par elle qu'on commence l'allumage du soir et par elle qu'on achève le service du matin. L'objection de Rav Chechet Les lampes sont fixées sur la menorah : on ne peut pas en détacher une pour allumer les autres. Il faut donc un copeau, ce que Rav interdit. La réponse de Rav Papa Les mèches dépassaient de leurs lampes et se rejoignaient : chacune allumait sa voisine sans intermédiaire. Plus de copeau, donc plus de mépris de la mitsva.
La lampe occidentale, le témoignage qu'elle porte, et la difficulté technique dont Rav Chechet tire son objection.
Hadlaka ou hanaha : où se joue la mitsva de 'Hanouka ? Hadlaka osa mitsva l'allumage accomplit la mitsva Le geste central est de mettre le feu à la mèche. Poser la lampe prolonge simplement ce geste. Conséquence : on allume d'une lampe à l'autre, comme on le faisait à la menorah. Hanaha osa mitsva la pose accomplit la mitsva Le geste central est de déposer la lampe allumée à l'endroit où le public la verra. Conséquence : l'allumage reste un acte préalable, et on ne s'en sert pas pour allumer une autre lampe. Nafka mina : les cas où les deux positions se séparent Un 'herech, un choteh ou un katan allume Sourd-muet, personne privée de discernement, mineur : l'un allume, un adulte pose. Qui a fait la mitsva ? (Tossefot) Allumer d'une lampe de 'Hanouka à une autre Si l'allumage est la mitsva, la flamme prélevée sert elle-même une mitsva, et rien n'est rabaissé. Preuve tentée : tenir la lampe en main (seg. 5) Rava : il n'a rien fait. Ecartée : celui qui voit croit qu'il tient la lampe pour son propre usage. Preuve tentée : allumer dedans, sortir (seg. 6) Rava : il n'a rien fait. Ecartée de même : on croira qu'il a allumé pour s'éclairer chez lui. Les deux refus reposent sur le même principe : la lampe doit être lisible comme lampe de mitsva par celui qui la regarde.
Les deux termes du dilemme, leurs conséquences pratiques et le sort des preuves tirées de Rava.
1
מַעֲשֵׂר שֵׁנִי אֵין שׁוֹקְלִין כְּנֶגְדּוֹ דִּנָרֵי זָהָב, וַאֲפִילּוּ לְחַלֵּל עָלָיו מַעֲשֵׂר שֵׁנִי אַחֵר. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא כִּי פְּלִיגִי רַב וּשְׁמוּאֵל מִנֵּר לְנֵר אֲבָל בְּקִינְסָא אָסַר שְׁמוּאֵל — הָא לָא תִּהְוֵי תְּיוּבְתָּא. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ בְּקִינְסָא נָמֵי שָׁרֵי — הָא תֶּהֱוֵי תְּיוּבְתָּא! אָמַר רַבָּה: גְּזֵירָה שֶׁמָּא לֹא יְכַוֵּין מִשְׁקְלוֹתָיו וְקָא מַפֵּיק לְהוּ לְחֻולִּין.

Le maasser cheni : on ne pèse pas contre lui des dinars d'or, et cela même pour racheter sur lui un autre maasser cheni. Admettons que Rav et Chmouel divergent seulement sur le passage d'une lampe à l'autre, tandis qu'avec un copeau Chmouel interdit : cette baraita ne sera pas une réfutation.

Mais si tu dis qu'avec un copeau également il permet, elle sera une réfutation ! Rabba dit : il s'agit d'un décret, de peur qu'il n'ajuste pas ses poids et qu'il ne fasse repasser les pièces à l'état de hulin (profane).

📜 Rachi (4)
מַעֲשֵׂר שֵׁנִי דִּינָרִין שֶׁחִילֵּל עֲלֵיהֶם מַעֲשֵׂר שֵׁנִי אֵין שׁוֹקְלִין כְּנֶגְדָּן דִּינָרִין שֶׁל חֻולִּין לִרְאוֹת שֶׁיִּהְיוּ שְׁלֵימִים:
Le maasser cheni — des dinars sur lesquels on a racheté du maasser cheni : on ne pèse pas contre eux des dinars de hulin pour vérifier qu'ils sont de plein poids.
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא כִּי פְּלִיגִי רַב וּשְׁמוּאֵל מִנֵּר לְנֵר מַמָּשׁ וְלֹא בְּקֵיסָם וּבְהָא הוּא דְּשָׁרֵי שְׁמוּאֵל דְּלָא חָיֵישׁ לְאַכְחוֹשֵׁי אֲבָל בְּקִינְסָא דְּבִיזּוּי הוּא מוֹדֶה הָא לָאו הָוְיָא תְּיוּבְתֵּיהּ דְּהָנָךְ דִּינָרִים דְּחֻולִּין לָא גּוּפַייְהוּ מִצְוָה ואע"ג דִּלְמִצְוָה קָבָעֵי לְהוּ לְקִינְסָא דָּמְיָא אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ בְּקִינְסָא נָמֵי שָׁרֵי שְׁמוּאֵל הוֹאִיל וְצֹורֶךְ מִצְוָה הוּא הָא הָוְיָא תְּיוּבְתֵּיהּ דְּאָסַר לִשְׁקֹול ואע"ג דְּצֹורֶךְ מִצְוָה:
Admettons que Rav et Chmouel divergent sur le passage d'une lampe à l'autre — au sens propre, et non au moyen d'un copeau ; c'est dans ce cas que Chmouel permet, parce qu'il ne craint pas l'affaiblissement de la mitsva, tandis qu'avec un copeau, où il y a mépris, il reconnaît l'interdit. Alors la baraita ne le réfute pas, car ces dinars de hulin ne sont pas eux-mêmes objet de mitsva : bien qu'il en ait besoin pour une mitsva, ils ressemblent au copeau. Mais si tu dis que Chmouel permet aussi le copeau, puisqu'il s'agit d'un besoin de mitsva, alors la baraita le réfute, car elle interdit la pesée alors même qu'il y a un besoin de mitsva.
לֹא יְכַוֵּין מִשְׁקְלוֹתָיו שֶׁמָּא לֹא יִמְצָאֵם טוֹבִים אוֹ יִמְצָאֵם יְתֵירִים וְיָחוּס עֲלֵיהֶן וְלֹא יְחַלֵּל הַמַּעֲשֵׂר עֲלֵיהֶן וְנִמְצָא שֶׁבִּיזָּה הַמַּעֲשֵׂר שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ:
Qu'il n'ajuste pas ses poids — de peur qu'il ne les trouve déficients, ou qu'il ne les trouve en excès, qu'il les épargne alors et ne rachète pas le maasser sur eux : il se trouvera qu'il aura rabaissé le maasser sans aucun besoin.
וּמַפִּיק לְהוּ לְחֻולִּין כְּלוֹמַר יַנִּיחֵם בְּחֻולֵּיהֶן כְּמוֹ שֶׁהֵן:
Et il les fait sortir vers le hulin — autrement dit il les laissera dans leur état profane, tels qu'ils sont.
💡 Explication

Le daf reprend la fin d'une baraita citée en 22a. L'argent du maasser cheni, la seconde dîme que l'on monte consommer à Jérusalem ou dont on transfère la sainteté sur une pièce, ne se prête à aucun usage profane. La baraita interdit donc de s'en servir comme poids de référence pour vérifier des dinars d'or, et elle maintient cet interdit même lorsque la pesée prépare le rachat d'un autre maasser, donc un besoin de sainteté.

De là, un raisonnement en deux temps contre Chmouel. Les dinars pesé ne sont pas eux-mêmes objets de mitsva ; ils occupent la place que tient le copeau dans le débat sur 'Hanouka. Si Chmouel autorise le copeau au motif qu'il sert la mitsva, la baraita le contredit frontalement, puisqu'elle refuse le même raisonnement. Si Chmouel se limite au passage direct d'une lampe à l'autre, la baraita le laisse intact.

Rabba rompt le parallèle. L'interdit de la baraita ne vient pas du rang de l'objet mais d'un décret portant sur une suite prévisible : les poids ne coïncideront pas exactement, l'homme regrettera de se séparer de dinars trop lourds, il renoncera au rachat, et le maasser aura été employé à une vérification purement profane. Ce risque n'existe pas quand on allume un copeau à une lampe de 'Hanouka.

🖼️ Schéma
La baraita du maasser cheni réfute-t-elle Chmouel ? Sur quoi Rav et Chmouel divergent-ils ? deux lectures possibles du désaccord Lecture 1 : seulement mi-ner le-ner Chmouel permet le passage direct d'une lampe à l'autre, mais interdit le copeau. La baraita ne le contredit pas. Lecture 2 : le copeau aussi est permis Chmouel autorise l'objet intermédiaire dès lors qu'il sert un besoin de mitsva. La baraita devient une réfutation. Pourquoi la baraita ferait preuve Les dinars d'or ne sont pas eux-mêmes objet de mitsva, comme le copeau ; et pourtant on les refuse, même pour un rachat de maasser. Ce que répond Rabba Le décret vise un accident propre à la pesée : poids inexacts, il épargne les dinars, renonce au rachat, et le maasser aura été rabaissé en vain.
Les deux lectures du désaccord et la raison pour laquelle la pesée des dinars ne prouve rien contre Chmouel.
2
מֵתִיב רַב שֵׁשֶׁת: ״מִחוּץ לְפָרֹוכֶת הָעֵדוּת יַעֲרֹוךְ״, וְכִי לְאוֹרָהּ הוּא צָרִיךְ? וַהֲלֹא כָּל אַרְבָּעִים שָׁנָה שֶׁהָלְכוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר לָא הָלְכוּ אֶלָּא לְאוֹרוֹ! אֶלָּא עֵדוּת הִיא לְבָאֵי עוֹלָם שֶׁהַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה בְּיִשְׂרָאֵל. מַאי עֵדוּת? אָמַר רַב: זוֹ נֵר מַעֲרָבִי שֶׁנּוֹתֵן בָּהּ שֶׁמֶן כְּמִדַּת חַבְרוֹתֶיהָ, וּמִמֶּנָּה הָיָה מַדְלִיק וּבָהּ הָיָה מְסַיֵּים. וְהָא הָכָא כֵּיוָן דִּקְבִיעִי נֵרוֹת, לָא סַגְיָא דְּלָא מִשְׁקָל וְאַדְלוֹקֵי. קַשְׁיָא בֵּין לְמַאן דְּאָמַר מִשּׁוּם בִּזּוּי מִצְוָה, וּבֵין לְמַאן דְּאָמַר מִשּׁוּם אַכְחוֹשֵׁי מִצְוָה!

Rav Chechet objecte : il est écrit À l'extérieur du voile du témoignage il l'arrangera. Aurait-Il donc besoin de sa lumière ?

Pendant les quarante années où les enfants d'Israël ont marché dans le désert, n'ont-ils marché qu'à Sa lumière ! Il s'agit donc d'un témoignage pour tous les habitants du monde, attestant que la Chekhina réside en Israël.

Quel est ce témoignage ? Rav dit : c'est la lampe occidentale, dans laquelle on mettait de l'huile à la mesure de ses compagnes, et dont il allumait les autres, et par laquelle il achevait.

Or ici, puisque les lampes sont fixées, il n'était pas possible de faire autrement que de prendre un copeau et d'allumer. Cela fait difficulté aussi bien pour celui qui dit que la raison est le mépris de la mitsva que pour celui qui dit que la raison est l'affaiblissement de la mitsva !

📜 Rachi (6)
נֵר מַעֲרָבִי לָמֶ"ד בִּמְנָחוֹת מִזְרָח וּמַעֲרָב מֻונָּחִין סֵדֶר הַקָּנִים קָרֵי מַעֲרָבִי נֵר שֵׁנִי שֶׁבְּצַד הַחִיצוֹן שֶׁהוּא בַּמִּזְרָח וְלָמֶ"ד צָפוֹן וְדָרוֹם מֻונָּחִים אֶמְצָעִי קָרֵי מַעֲרָבִי עַל שֵׁם שֶׁהָיָה פִּיו כְּנֶגֶד מַעֲרָב וְכָל שְׁאָר הַנֵּרוֹת כְּלַפֵּי הָאֶמְצָעִית דִּכְתִיב אֶל מוּל פְּנֵי הַמְּנוֹרָה דְּהַייְנוּ אֶמְצָעִי יָאִירוּ וְגוֹ' שֶׁל צָפוֹן הָיוּ פּוֹנוֹת לַדָּרוֹם וְשֶׁבַּדָּרוֹם פּוֹנוֹת לַצָּפוֹן. נֵרוֹת לוצ"ש שֶׁל זָהָב שֶׁנּוֹתְנִין לְתוֹכָן שֶׁמֶן וּפְתִילָה:
La lampe occidentale — pour l'avis qui soutient, dans Menahot, que les branches de la menorah étaient disposées d'est en ouest, on appelle lampe occidentale la deuxième lampe du côté extérieur, celle qui se trouve à l'est. Pour l'avis qui soutient qu'elles étaient disposées du nord au sud, c'est la lampe centrale qu'on appelle occidentale, parce que son bec était tourné vers l'ouest, toutes les autres lampes étant tournées vers celle du milieu, ainsi qu'il est écrit : vers la face de la menorah, c'est-à-dire la lampe centrale, elles éclaireront ; celles du nord se tournaient vers le sud et celles du sud vers le nord. Les lampes : en langue vernaculaire louces, des lampes d'or dans lesquelles on place l'huile et la mèche.
כְּמִדַּת חַבְרוֹתֶיהָ חֲצִי לֹוג שִׁיעֲרוּ בָּהּ לְלֵילֵי תְּקוּפַת טֵבֵת הַגְּדוֹלִים וְאִם יִדְלַק בַּיּוֹם (וּבַלַּיְלָה) בַּלֵּילוֹת הַקְּצָרִים יִדָּלֵק אֲבָל פָּחוֹת לֹא שֶׁלֹּא יִכְבֶּה בְּטֵבֵת בַּלַּיְלָה וְהַתּוֹרָה אָמְרָה מֵעֶרֶב עַד בֹּקֶר:
À la mesure de ses compagnes — un demi-log. Ils l'ont calibré pour les longues nuits de la saison de Tevet ; si elle continue de brûler le jour, pendant les nuits courtes, qu'elle brûle. Moins que cela, non, afin qu'elle ne s'éteigne pas la nuit en Tevet, car la Tora a dit : du soir jusqu'au matin.
וּמִמֶּנָּה הָיָה מַדְלִיק הַנֵּרוֹת בֵּין הָעַרְבַּיִם:
Et d'elle il allumait — les lampes, au moment du crépuscule (bein ha-arbayim).
וּבָהּ הָיָה מְסַיֵּים הֲטָבַת הַנֵּרוֹת שֶׁדָּלַק כָּל הַיּוֹם וְאֵינוֹ מְטִיבוֹ עַד הָעֶרֶב וּמִשְׁנָה זוֹ בת"כ שְׁנוּיָה וּסְבִירָא לֵיהּ דְּמִזְרָח וּמַעֲרָב מֻונָּחִין וְהָכִי תַּנְיָא לְעֵיל מִינֵּיהּ לְהַעֲלוֹת נֵר תָּמִיד שֶׁתְּהֵא נֵר מַעֲרָבִי תָּמִיד שֶׁמִּמֶּנּוּ יְהֵא מַתְחִיל וּבוֹ יְהֵא מְסַיֵּים וּמִדְּלָא כְּתִיב לְהַעֲלוֹת נֵרוֹת ש"מ הֻוקְבַּע נֵר אֶחָד לְהַתְחִיל בּוֹ בְּכָל יוֹם וְזֶהוּ נֵר מַעֲרָבִי הַשֵּׁנִי שֶׁל מִזְרָח וְהָכִי תְּנַן (תָּמִיד לג.) נִכְנַס וּמָצָא נֵרוֹת מִזְרָחִים דּוֹלְקוֹת מְדַשֵּׁן הַמִּזְרָחִי וּמַנִּיחַ אֶת הַמַּעֲרָבִי דּוֹלֵק שֶׁמִּמֶּנּוּ מַדְלִיק אֶת הַמְּנוֹרָה בֵּין הָעַרְבַּיִם מְצָאוֹ שֶׁכָּבָה כְּגוֹן מִשֶּׁמֵּת שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק מַדְלִיקוֹ מִמִּזְבַּח הָעוֹלָה וְנִרְאֶה בְּעֵינַי דַּאֲמוּר רַבָּנָן קְבִיעוּתָא בְּנֵר שֵׁנִי מִשּׁוּם דְּאֵין מַעֲבִירִין עַל הַמִּצְוֹת וְכִי עָיֵיל בַּהֵיכָל בְּקַמָּא פָּגַע בְּרֵישָׁא וּבֵיהּ לָא מָצֵי לְאִתְּחוֹלֵי דִּכְתִיב יַעֲרֹוךְ אוֹתוֹ לִפְנֵי ה' צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא אֶחָד חוּצָה לוֹ דְּאִי לָא לָא קָרֵינַן בֵּיהּ לִפְנֵי ה' וְהָכִי אָמְרִינַן בִּמְנָחוֹת (דַּף צח:) דִּכְתִיב בְּנֵר מַעֲרָבִי לִפְנֵי ה' מִכְּלָל דְּכֻולְּהוּ לָאו לִפְנֵי ה' כו' וּבָהּ הָיָה מְסַייֵּם הַהֲטָבָה לְפִי שֶׁהַשְּׁאָר הָיָה מֵטִיב שַׁחֲרִית וְזוֹ מֵטִיב בֵּין הָעַרְבַּיִם וְאוֹחֵז הַיְּשָׁנָה בְּיָדוֹ אוֹ מַנִּיחָהּ בִּכְלִי עַד שֶׁנּוֹתֵן שֶׁמֶן וּפְתִילָה וּמַדְלִיקָהּ וּמַדְלִיק מִמֶּנָּה אֶת הַשְּׁאָר וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּסֵדֶר יוֹמָא (דַּף לג:) הֲטָבַת ה' נֵרוֹת קֹודֶם לַהֲטָבַת ב' נֵרוֹת מַשְׁמַע כֻּולְּהוּ הֲוָה מֵטִיב שַׁחֲרִית וְיָלֵיף לָהּ מִקְּרָאֵי הַיְינוּ בְּשֶׁלֹּא הֵי' הַנֵּס מִתְקַייֵּם וְהֵי' מוֹצְאוֹ שֶׁכָּבָה דְּלָא סָמַךְ קְרָא אַנִּיסָּא וְכָל זְמַן שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל חֲבִיבִין הָיָה דּוֹלֵק כָּל הַיּוֹם וְהַיְינוּ עֵדוּתָהּ:
Et par elle il achevait — la hatava, l'entretien des lampes : celle-là brûlait tout le jour et il ne l'entretenait qu'au soir. Cet enseignement figure dans le Torat Kohanim, et il tient que les branches étaient disposées d'est en ouest. Ainsi est-il enseigné juste avant : pour faire monter une lampe en permanence, c'est-à-dire que la lampe occidentale soit permanente, que par elle il commence et par elle il achève. Et puisqu'il n'est pas écrit pour faire monter les lampes, on en déduit qu'une lampe déterminée a été fixée comme point de départ chaque jour : c'est la lampe occidentale, la deuxième à partir de l'est. Ainsi avons-nous appris (Tamid 33a) : il entre, trouve les lampes orientales allumées, nettoie la cendre de l'orientale et laisse l'occidentale allumée, car c'est d'elle qu'il allume la menorah au crépuscule ; s'il la trouve éteinte, comme il advint à partir de la mort de Chimon le Juste, il l'allume depuis l'autel de l'holocauste. Et il me semble que les Sages ont fixé ce rôle à la deuxième lampe parce qu'on ne passe pas au-delà d'une mitsva : en entrant dans le Heikhal il rencontre d'abord la première, et il ne peut pas commencer par elle, car il est écrit il l'arrangera devant Hachem, de sorte qu'il faut qu'une lampe se trouve au-delà d'elle ; sinon on ne pourrait pas y lire devant Hachem. Ainsi disons-nous dans Menahot (98b) : puisqu'il est écrit au sujet de la lampe occidentale devant Hachem, il en ressort que toutes les autres ne sont pas devant Hachem, etc. Et par elle il achevait la hatava, parce que les autres il les entretenait le matin et celle-ci au crépuscule ; il tient l'ancienne mèche à la main ou la dépose dans un récipient le temps de mettre l'huile et la mèche, il l'allume, et c'est d'elle qu'il allume les autres. Quant à ce que nous disons dans l'ordre de Yoma (33b), que l'entretien de cinq lampes précède l'entretien de deux lampes, ce qui laisse entendre qu'il les entretenait toutes le matin et ce qui se déduit de versets, cela vise le cas où le miracle ne se maintenait pas et où il la trouvait éteinte, car l'Écriture ne s'appuie pas sur un miracle. Tant qu'Israël était chéri, elle brûlait tout le jour, et voilà son témoignage.
וְהָא הָכָא כֵּיוָן דִּקְבִיעִי נֵרוֹת בִּמְנוֹרָה וְלֹא הָיָה יָכוֹל לְנַתֵּק נֵר מַעֲרָבִי מִן הַמְּנוֹרָה לְהַדְלִיק בּוֹ הָאֲחֵרִים עַל כָּרְחָיךְ הָא דְּקָתָנֵי מִמֶּנָּה הֵי' מַדְלִיק לָא סַגִּי דְּלָאו מִשְׁקַל קִינְסָא:
Or ici, puisque les lampes sont fixées — dans la menorah, et qu'il ne pouvait pas détacher la lampe occidentale de la menorah pour allumer les autres avec elle : force est de comprendre que ce qui est enseigné, d'elle il allumait, ne pouvait se faire sans prendre un copeau.
וְאַדְּלוּקֵי לְקִינְסָא מִנֵּר מַעֲרָבִי וּבְהַהִיא קִינְסָא מַדְלִיק אֶת הַשְּׁאָר:
Et allumer — le copeau à la lampe occidentale, puis avec ce copeau il allume les autres.
🗂️ Tossefot (3)
וְכִי לְאוֹרָהּ הוּא צָרִיךְ וַהֲלֹא כָּל אוֹתָם מ' שָׁנָה כּוּ' תֵּימַהּ אַמַּאי נְקַט מ' שָׁנָה לְעוֹלָם כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ לְאוֹרוֹ שֶׁל מָקוֹם הוֹלְכִין וי"מ וְכִי אַהֲרֹן כְּשֶׁהָיָה נִכְנָס לִפְנִים לְאוֹרָהּ הָיָה צָרִיךְ וַהֲלֹא מ'. שָׁנָה הָיָה מֵאִיר לָהֶם עַמּוּד עָנָן בְּכָל הַמְּקוֹמוֹת כִּדְאָמְרִינַן בַּבָּרַייְתָא דִּמְלֶאכֶת הַמִּשְׁכָּן הָיָה מִסְתַּכֵּל בְּטָפִיחַ (וְרוֹאֶה בּוֹ) וְיוֹדֵעַ מַה בְּתוֹכוֹ בְּחָבִית וְיוֹדֵעַ מַה בְּתוֹכָהּ וְכֵן מַשְׁמַע בת"כ דְּאַכֹּהֲנִים קָאֵי דְּגָרַס הָתָם וְכִי צְרִיכִים לְנֵר וַהֲלֹא כָּל אוֹתָן מ' שָׁנָה לֹא הֻוצְרְכוּ לְנֵר שְׁנָא' כִּי עֲנַן ה' עַל הַמִּשְׁכָּן וְגוֹ' וּמִיהוּ בְּשִׁלְהֵי כָּל קָרְבָּנוֹת (מְנָחוֹת ד' כו: וְשָׁם) מַשְׁמַע דְּאַשְּׁכִינָה קָאֵי דְּמַיְיתִי לָהּ גַּבֵּי הָא דא"ר אֱלִיעֶזֶר לֹא לַאֲכִילָה אֲנִי צָרִיךְ וְלֹא לְאוֹרָה אֲנִי צָרִיךְ וְקָאָמַר נָמֵי הָתָם לַפָּרֹוכֶת הָעֵדוּת עֵדוּת הִיא לְכָל בָּאֵי עוֹלָם שֶׁהַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה בְּיִשְׂרָאֵל וא"ת לְאוֹרָה אֲנִי צָרִיךְ וַהֲלֹא כָּל אוֹתָן אַרְבָּעִים שָׁנָה:
Aurait-Il besoin de sa lumière, et n'est-ce pas que pendant ces quarante années, etc. — cela étonne : pourquoi retenir quarante ans ? En tout temps, le monde entier marche à la lumière de l'Omniprésent. Certains expliquent ainsi : Aharon, lorsqu'il entrait à l'intérieur, avait-il besoin de sa lumière ? Pendant quarante ans la colonne de nuée les éclairait en tout lieu, comme nous le disons dans la baraita de l'œuvre du Michkan : il regardait un pichet et savait ce qu'il contenait, un tonneau et savait ce qu'il contenait. C'est aussi ce que laisse entendre le Torat Kohanim, où la question porte sur les kohanim, car la version y est : avaient-ils besoin d'une lampe ? Pendant ces quarante années ils n'eurent pas besoin de lampe, ainsi qu'il est dit car la nuée de Hachem était sur le Michkan, etc. Toutefois, à la fin du chapitre Kol HaKorbanot (Menahot 26b et là-bas), il apparaît que la question porte sur la Chekhina, puisqu'on l'y rapporte à propos de ce que dit Rabbi Eliezer : je n'ai pas besoin de nourriture et je n'ai pas besoin de lumière ; et l'on y dit également : à l'extérieur du voile du témoignage, c'est un témoignage pour tous les habitants du monde que la Chekhina réside en Israël. Et si tu veux dire : aurais-Je besoin de sa lumière, alors que pendant toutes ces quarante années...
וּבָהּ הָיָה מְסַיֵּים פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וּבָהּ הָיָה מְסַייֵּם הַהֲטָבָה שֶׁהַשְּׁאָר הָיָה מֵטִיב שַׁחֲרִית וְזֶה הָיָה מֵטִיב בֵּין הָעַרְבַּיִם וְאוֹחֵז הַיְּשָׁנָה בְּיָדוֹ אוֹ מַנִּיחָהּ בִּכְלִי עַד שֶׁנּוֹתֵן לְתוֹךְ מַעֲרָבִית שֶׁמֶן וּפְתִילָה וּמַדְלִיקָהּ וּמַדְלִיק הַשְּׁאָר מִמֶּנָּה וְקָשֶׁה לְרִיבָ"א שֶׁאִם אֶפְשָׁר לְהַדְלִיק מִן הַיְּשָׁנָה א"כ גַּם הַשְּׁאָר יַדְלִיק מִמֶּנָּה וּמַאי פָּרִיךְ לְרַב כֵּיוָן דְּהוֹצִיא הַפְּתִילָה הַיְּשָׁנָה מִן הַנֵּר תּוּ לֵיכָּא לֹא מִשּׁוּם בִּזְיוֹן מִצְוָה וְלֹא מִשּׁוּם אַכְּחוּשֵׁי מִצְוָה אֶלָּא וַדַּאי א"א לַעֲשׂוֹת כֵּן וּכְשֶׁבָּא לְהֵטִיב הָיָה מֵטִיב כָּל מַה שֶׁבַּנֵּר וְהַפְּתִילָה הָיְתָה כָּבָה מֵאֵלֶיהָ אֶלָּא בְּעוֹד שֶׁהַפְּתִילָה יְשָׁנָה בְּנֵר מַעֲרָבִי דּוֹלֶקֶת הָיָה מַדְלִיק מִמֶּנָּה הַשְּׁאָר וְהָיָה מְטִיבָהּ וְנוֹתֵן בָּהּ שֶׁמֶן וּפְתִילָה חֲדָשָׁה וּמַדְלִיקָהּ מִן הַשְּׁאָר וּבָהּ הָיָה מְסַיֵּים הַייְנוּ הַהַדְלָקָה:
Et par elle il achevait — Rachi a expliqué : et par elle il achevait la hatava, car les autres il les entretenait le matin et celle-ci au crépuscule ; il tient l'ancienne mèche à la main ou la dépose dans un récipient le temps de mettre dans la lampe occidentale l'huile et la mèche, il l'allume, et il allume les autres à partir d'elle. Cela fait difficulté pour le Riva : s'il est possible d'allumer à partir de l'ancienne mèche, alors il pourrait aussi allumer les autres à partir d'elle ; et que reproche-t-on a Rav, puisque dès lors qu'il a retiré l'ancienne mèche de la lampe, il n'y a plus ni mépris de la mitsva ni affaiblissement de la mitsva ? Il faut donc dire qu'il est impossible de procéder ainsi : quand il venait faire l'entretien, il nettoyait tout ce qui se trouvait dans la lampe et la mèche s'éteignait d'elle-même. Ainsi, tant que l'ancienne mèche brûlait encore dans la lampe occidentale, il allumait les autres à partir d'elle, puis il l'entretenait, y mettait de l'huile et une mèche neuve, et l'allumait à partir des autres. Et par elle il achevait désigne donc l'allumage.
וְהָא הָכָא כֵּיוָן דִּקְבִיעִי נֵרוֹת כו' כמ"ד בְּפֶרֶק ב' מִדּוֹת (מְנָחוֹת ד' פח:) דְּנֵר שֶׁל פְּרָקִים הָיָה דְּמַשְׁמַע הָתָם דִּמְחֻובָּר הֲוָה וְהָיָה שֶׁל פְּרָקִים כְּדֵי שֶׁיּוּכַל לַהֲטִיבוֹ יָפֶה וְאִיכָּא מ"ד הָתָם דְּלָא הֲוָה קָבוּעַ אֶלָּא הָיָה מְסַלְּקוֹ לְגַמְרֵי בִּשְׁעַת הֲטָבָה וְאַחַר כָּךְ מַנִּיחוֹ:
Or ici, puisque les lampes sont fixées, etc. — conformément à l'avis exprimé au chapitre Chetei Midot (Menahot 88b) selon lequel la lampe était faite de pièces détachables : il en ressort là-bas qu'elle était attachée et faite de pièces, afin qu'on puisse bien l'entretenir. Il y a aussi là-bas un avis selon lequel elle n'était pas fixée, mais qu'on la retirait entièrement au moment de l'entretien puis qu'on la remettait en place.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְכִי לְאוֹרָהּ הוּא צָרִיךְ? וַהֲלֹא כָּל אַרְבָּעִים שָׁנָה שֶׁהָלְכוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר, לֹא הָלְכוּ אֶלָּא לְאוֹרוֹ. הִקְשׁוּ הַתּוֹסְפוֹת זַ"ל אַמַּאי נָקֵיט מ' שָׁנָה וַהֲלֹא לְעוֹלָם כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ לְאוֹרוֹ הוֹלְכִין? וְנִרְאֶה לִי בס"ד אַף עַל גַּב דְּאוֹרוֹ מָצוּי דְּהַשַּׁמָּשׁ בַּיּוֹם, וְיָרֵחַ וְכוֹכָבִים בַּלַּיְלָה, עִם כָּל זֶה יֵשׁ מָקוֹם סָתוּם שֶׁהוּא חֹושֶׁךְ וְאֵין נִכְנָס בּוֹ אוֹר הַשֶּׁמֶשׁ וְכָל שֶׁכֵּן אוֹר הַיָּרֵחַ, אֲבָל אוֹתָם אַרְבָּעִים שָׁנָה אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּמִּדְרָשׁ שֶׁהָיָה אוֹר עַמּוּד שֶׁל יוֹם וְאוֹר עַמּוּד שֶׁל לַיְלָה נִכְנָס בַּחוֹרִין וּבַסְּדָקִין, וְכָל מָקוֹם סָתוּם בִּמְחִיצּוֹת יִכָּנֵס בּוֹ הָאוֹר כְּמוֹ פָּנָס, וַאֲפִילּוּ כְּלִי גָּדוֹל שֶׁפִּיו צַר וְאֵינוֹ נִרְאֶה מִתּוֹכוֹ יִכָּנֵס הָאוּר דֶּרֶךְ פִּיו עַד קַרְקָעִיתוֹ וּמֵאִיר לְעֵינֵי הָאָדָם, וְלָזֶה אָמַר אִם נֹאמַר לְאוֹרָהּ הוּא צָרִיךְ שֶׁיָּאֵר בִּפְנִים בְּמָקוֹם שֶׁאֵין הַשֶּׁמֶשׁ נִכְנֶסֶת שָׁם, וַהֲלֹא כָּל אוֹתָם אַרְבָּעִים שָׁנָה הָלְכוּ לְאוֹרוֹ שֶׁהָיָה נִכְנָס הָאוּר בַּחוֹרִין וּבַסְּדָקִין וּמָקוֹם מֻוקָּף מְחִיצּוֹת מִכָּל צַד, וְאִם כֵּן גַּם בְּבֵית קָדְשׁוֹ יַעֲשֶׂה כֵּן וְיִכָּנֵס אוֹר הָעוֹלָם לִפְנַי וְלִפְנִים וּלְמַאי נִצְרְכָה הַמְּנוֹרָה?!
Aurait-Il besoin de sa lumière ? Pendant les quarante années où les enfants d'Israël ont marché dans le désert, ils n'ont marché qu'à Sa lumière. Les Tossefot, de mémoire bénie, ont demandé : pourquoi retenir quarante ans, alors qu'en tout temps le monde entier marche à Sa lumière ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que malgré la présence constante de Sa lumière, le soleil le jour, la lune et les étoiles la nuit, il existe des lieux fermés qui restent dans l'obscurité, où la lumière du soleil n'entre pas, et moins encore celle de la lune. Durant ces quarante années, en revanche, nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit dans le midrach que la lumière de la colonne du jour et la lumière de la colonne de la nuit pénétraient dans les trous et dans les fentes : tout lieu clos par des parois recevait cette lumière comme une lanterne, et même dans un grand récipient à l'ouverture étroite, dont on ne voit pas l'intérieur, la lumière entrait par l'ouverture jusqu'au fond et devenait visible à l'œil de l'homme. C'est pourquoi la question se formule ainsi : si l'on disait qu'Il a besoin de sa lumière, afin d'éclairer à l'intérieur, la où le soleil ne pénètre pas, or pendant toutes ces quarante années ils ont marché à Sa lumière, laquelle entrait dans les trous et les fentes et dans tout lieu entouré de parois de tous côtés ; s'il en est ainsi, qu'Il fasse de même dans Sa maison sainte, que la lumière du monde pénètre jusqu'au lieu le plus intérieur, et à quoi servirait alors la menorah ?
💡 Explication

Rav Chechet oppose au débat une donnée du service du Temple. Le verset situe la menorah à l'extérieur du voile, et la baraita écarte d'emblée l'idée d'un besoin d'éclairage : pendant quarante ans au désert, la marche d'Israël s'est faite à la lumière d'en haut. La menorah fonctionne donc comme un témoignage adressé aux habitants du monde, et Rav identifie ce témoignage à un fait précis, la lampe occidentale qui recevait la même ration d'huile que les six autres et brûlait pourtant jusqu'au soir.

L'objection se noue sur un détail matériel. Les lampes étaient fixées sur la menorah, impossible d'en approcher une de l'autre. Pour allumer les six à partir de la lampe occidentale, il fallait un copeau, exactement le geste que Rav interdit pour 'Hanouka. La difficulté vise ses deux explications : le bizouy mitsva, le mépris que représenterait l'usage d'un intermédiaire, et l'akhhouche mitsva, l'affaiblissement de la première flamme dont on prélève une part.

Rachi consacre une longue glose à identifier la lampe occidentale, selon que l'on place les branches d'est en ouest ou du nord au sud, et à concilier les sources sur l'ordre de la hatava, l'entretien quotidien des mèches. Tossefot y ajoutent une lecture différente de l'expression et par elle il achevait, au nom du Riva.

🖼️ Schéma
Trois étapes dans l'objection de Rav Chechet 1. Le verset À l'extérieur du voile du témoignage il l'arrangera. La lumière ne répond à aucun besoin d'éclairage. 2. Le témoignage La menorah atteste que la Chekhina réside en Israël. Selon Rav : la lampe occidentale en est le signe. 3. La difficulté De cette lampe on allumait les six autres. Lampes fixées : il faut un copeau pour porter le feu. La difficulté atteint les deux explications de Rav Bizouy mitsva : porter le feu par un copeau rabaisserait la lampe de mitsva. Or le service du Temple procédait ainsi. Akhhouche mitsva : prélever de la flamme diminuerait la première lampe. Or on prélevait bien de la lampe occidentale. Tossefot : de qui parle la question sur la lumière ? Une lecture la rapporte aux kohanim qui entraient dans le sanctuaire, une autre au Ciel lui-même. Le Ben Yehoyada explique pourquoi la question retient les quarante années du désert : la lumière y pénétrait jusque dans les lieux clos.
Le chemin de l'objection : du verset au témoignage, puis du témoignage au problème pratique de l'allumage.
3
תַּרְגְּמַהּ רַב פָּפָּא בִּפְתִילוֹת אֲרֻוכּוֹת. סוֹף סוֹף, לְמַאן דְּאָמַר מִשּׁוּם אַכְחוֹשֵׁי מִצְוָה קַשְׁיָא! — קַשְׁיָא.

Rav Papa l'a expliqué par des mèches longues. Malgré tout, pour celui qui dit que la raison est l'affaiblissement de la mitsva, cela fait difficulté ! — Cela fait difficulté.

📜 Rachi (2)
בִּפְתִילוֹת אֲרֻוכּוֹת כָּל הַפְּתִילוֹת יוֹצְאוֹת חוּץ לְנֵרֹותֵיהֶם עַד שֶׁמַּגִּיעוֹת זוֹ לָזוֹ וּמַדְלִיק מִמֶּנָּה הַסְּמוּכָה לָהּ וְהַשְּׁאָר זוֹ מִזּוֹ:
Avec des mèches longues — toutes les mèches dépassaient hors de leurs lampes jusqu'à se rejoindre les unes les autres ; il allumait ainsi la lampe voisine à partir d'elle, et les autres l'une à partir de l'autre.
סוֹף סוֹף לָמֶ"ד כּוּ' דְּהָא לְדִידֵיהּ מִשְּׁרָגָא לִשְׁרָגָא אָסוּר:
Malgré tout, pour celui qui dit, etc. — car selon lui le passage d'une lampe à l'autre est lui-même interdit.
💡 Explication

Rav Papa retire de l'objection son appui matériel. Les mèches de la menorah dépassaient assez pour se toucher, de sorte que la flamme passait directement d'une lampe à sa voisine. Aucun copeau n'intervenait, et l'explication de Rav par le mépris de la mitsva se trouve hors de cause.

La réponse laisse cependant subsister l'autre branche. Celui qui explique Rav par l'akhhouche mitsva interdit le passage direct lui-même, puisque prélever de la flamme diminue la première lampe : le service de la menorah le contredit toujours. La Guemara enregistre l'échec par le mot kachya, qui marque une difficulté laissée en l'état sans réfuter l'opinion.

4
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: חָזֵינַן, אִי הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה — מַדְלִיקִין מִנֵּר לְנֵר. וְאִי הַנָּחָה עוֹשָׂה מִצְוָה — אֵין מַדְלִיקִין מִנֵּר לְנֵר.

Qu'en est-il en définitive ? Rav Houna fils de Rav Yehochoua dit : nous regardons.

Si l'allumage accomplit la mitsva, on allume d'une lampe à l'autre. Et si la pose accomplit la mitsva, on n'allume pas d'une lampe à l'autre.

📜 Rachi (3)
אִי הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה אִי הַמִּצְוָה שֶׁל חֲנֻוכָּה תְּלוּיָה בַּהַדְלָקָה מַדְלִיקִין כִּדְאַשְׁכְּחַן בִּמְנוֹרָה:
Si l'allumage accomplit la mitsva — si la mitsva de 'Hanouka dépend de l'allumage, on allume d'une lampe à l'autre, comme nous le trouvons pour la menorah.
וְאִי הַנָּחָה עוֹשָׂה מִצְוָה וְעִיקַּר מִצְוָתָהּ תַּלְיָא בְּהַנָּחָה:
Et si la pose accomplit la mitsva — et que l'essentiel de sa mitsva dépend de la pose.
אֵין מַדְלִיקִין מִנֵּר לְנֵר דְּהַדְלָקָה לָאו מִצְוָה הִיא כֻּולֵּי הַאי:
On n'allume pas d'une lampe à l'autre — car l'allumage n'est alors pas à ce point une mitsva.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי הָוֵי עֲלַהּ תֵּימַהּ מַאי קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ וּמַאי קָאָמַר נָמֵי חָזֵינַן אִי הַדְלָקָה כו' הָא לִכְאוֹרָה מַשְׁמַע דַּהֲלָכָה כִּשְׁמוּאֵל דְּהָא רַבָּה עֲבַד כְּוָותֵיהּ וא"כ קִינְסָא נָמֵי שָׁרִי דְּהָא ע"כ בְּקִינְסָא פְּלִיגִי וּבְבִיזּוּי מִצְוָה דְּהָא מַאן דִּמְפָרֵשׁ טַעְמָא דְרַב מִשּׁוּם אַכְּחוּשֵׁי מִצְוָה אִיתּוֹתַב וצ"ל דְּאֵינוֹ תּוֹפֵס דִּבְרֵי רַבָּה עִיקָּר וּמִבַּעְיָא לֵיהּ אִי הַנָּחָה עוֹשָׂה מִצְוָה וְאָסוּר לְרַב מִנֵּר לְנֵר מִשּׁוּם בִּיזּוּי מִצְוָה כְּמוֹ בְּקִינְסָא אוֹ הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה וְשָׁרִי כְּמוֹ בִּמְנוֹרָה דְּלָא חָייְשִׁינַן לְאַכְחוֹשֵׁי מִצְוָה וּמַסִּיק דְּהַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה וְשָׁרֵי א"נ מָצָאתִי בְּשֵׁם ריב"ם דְּמִיבַּעְיָא לֵיהּ אַלִּיבָּא דִּשְׁמוּאֵל דְּהִילְכְתָא כְּוָותֵיהּ אִי שָׁרִי בְּקִינְסָא אִי לָאו וּמִיבַּעְיָא לֵיהּ אִי קי"ל כְּמוֹ שֶׁאָמַר לְמַעְלָה דְּלָמֶ"ד מִשּׁוּם בִּזּוּיֵי מִצְוָה שָׁרִי לְהַדְלִיק מִנֵּר לְנֵר לְרַב וְאִם כֵּן בְּקִינְסָא פְּלִיגִי וְשָׁרִי שְׁמוּאֵל בְּקִינְסָא אוֹ דִּילְמָא לָא קי"ל הָכִי וּמִנֵּר לְנֵר נָמֵי אִיכָּא בִּיזּוּי מִצְוָה וְאָסַר רַב (פִּי') דְּהַנָּחָה עוֹשָׂה מִצְוָה וְלָא דָּמֵי לַמְנוֹרָה וְדַוְקָא מִנֵּר לְנֵר שָׁרֵי שְׁמוּאֵל אֲבָל בְּקִינְסָא אֲפִילּוּ שְׁמוּאֵל מוֹדֶה דְּאָסוּר וּמַסִּיק חָזֵינַן דְּאִיבַּעְיָא לָן וְאִפְּשִׁיט דְּהַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה וּמַדְלִיק לְרַב מִנֵּר לְנֵר כְּמוֹ בִּמְנוֹרָה וְלִשְׁמוּאֵל אֲפִילּוּ בְּקִינְסָא שָׁרִי:
Qu'en est-il en définitive — cela étonne : que demande-t-il donc, et que veut-il dire par nous regardons, si l'allumage, etc. ? Il semble à première vue que la halakha suit Chmouel, puisque Rabba a agi comme lui ; et s'il en est ainsi, le copeau aussi est permis, car leur divergence porte nécessairement sur le copeau et sur le mépris de la mitsva, l'explication qui attribuait à Rav le motif de l'affaiblissement de la mitsva ayant été réfutée. Il faut donc dire qu'il ne tient pas les paroles de Rabba pour décisives, et qu'il demande : la pose accomplit-elle la mitsva, de sorte qu'il soit interdit selon Rav d'aller d'une lampe à l'autre pour cause de mépris de la mitsva, comme avec le copeau ; ou bien l'allumage accomplit-il la mitsva, de sorte que ce soit permis comme pour la menorah, sans qu'on craigne l'affaiblissement de la mitsva ? Et il conclut que l'allumage accomplit la mitsva et que c'est permis. On peut aussi dire, et je l'ai trouvé au nom du Rivam, qu'il interroge selon Chmouel, dont l'avis fait halakha, pour savoir si le copeau est permis ou non : il demande si nous retenons ce qui a été dit plus haut, à savoir que pour l'opinion attribuant à Rav le motif du mépris de la mitsva il est permis d'allumer d'une lampe à l'autre, auquel cas leur divergence porte sur le copeau et Chmouel le permet ; ou bien peut-être ne retenons-nous pas cela, et le passage d'une lampe à l'autre comporte lui aussi un mépris de la mitsva, que Rav interdit, parce que la pose accomplit la mitsva et que le cas ne ressemble pas à la menorah, si bien que Chmouel ne permet que le passage d'une lampe à l'autre tandis que même lui reconnaît l'interdit du copeau. Et il conclut : nous regardons, c'est-à-dire que nous avons posé la question et l'avons résolue en ce sens que l'allumage accomplit la mitsva ; on allume donc, selon Rav, d'une lampe à l'autre comme pour la menorah, et selon Chmouel le copeau lui-même est permis.
💡 Explication

Rav Houna fils de Rav Yehochoua ne tranche pas directement le débat entre Rav et Chmouel. Il montre qu'il dépend d'une question antérieure : où se situe l'acte qui accomplit la mitsva de 'Hanouka. Le mot hazinan, nous regardons, annonce ce déplacement.

Si la mitsva tient à l'allumage, la flamme de la première lampe sert directement une autre mitsva quand on s'en sert pour allumer la suivante, et l'usage ne comporte aucun rabaissement. Si la mitsva tient à la hanaha, la pose de la lampe à l'endroit voulu, l'allumage redevient un acte préparatoire, et prélever de sa flamme revient à se servir d'un objet de mitsva pour autre chose qu'elle.

🖼️ Schéma
Le critère de Rav Houna fils de Rav Yehochoua Peut-on allumer d'une lampe à l'autre ? Hazinan : nous regardons d'où vient la mitsva L'allumage accomplit la mitsva La flamme prélevée sert elle-même à accomplir une mitsva. La pose accomplit la mitsva L'allumage reste un acte préalable, qu'on ne détourne pas d'un autre usage. On allume d'une lampe à l'autre On n'allume pas d'une lampe à l'autre Rachi rattache la première branche à la menorah du Temple : là, l'allumage était bien le cœur du service.
Le critère unique auquel toute la question se ramène, et ses deux issues.
5
דְּאִיבַּעְיָא לְהוּ: הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה, אוֹ הַנָּחָה עוֹשָׂה מִצְוָה?

Car on avait posé la question : est-ce l'allumage qui accomplit la mitsva, ou la pose qui accomplit la mitsva ?

📜 Rachi (1)
דְּאִיבַּעְיָא לְהוּ גָּרְסִי' כְּלוֹמַר דְּהָא מִילְּתָא כְּבָר אִיבַּעְיָא לַן וּמִפְּשָׁטָא דְּהַהִיא בַּעְיָא מִיפַּשְׁטָא לָן הַךְ:
La leçon est : car on avait posé la question — autrement dit, ce point avait déjà fait l'objet d'une question chez nous, et c'est de la résolution de cette question que se résout celle-ci.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאִיבַּעְיָא לְהוּ הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה כו' וְנָפְקָא מִינָּהּ אִם הִדְלִיקָהּ חש"ו אוֹ הִנִּיחָהּ:
Car on avait posé la question : est-ce l'allumage qui accomplit la mitsva, etc. — la conséquence pratique concerne le cas où un 'herech (sourd-muet), un choteh (personne privée de discernement) ou un katan (mineur) l'a allumée ou l'a posée.
💡 Explication

La Guemara signale que le dilemme existait déjà par lui-même et reproduit ici le dossier complet des tentatives de résolution. Rachi précise la portée de la formule : la question du segment précédent se résoudra par la réponse apportée à celle-ci.

Tossefot indiquent l'enjeu le plus concret. Un 'herech, un choteh ou un katan ne sont pas tenus des mitsvot au même titre que les autres, et leur acte ne vaut pas acquittement pour autrui. Si l'un d'eux allume la lampe qu'un adulte déposera ensuite, la validité de la mitsva dépend entièrement du point ici débattu.

6
תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רָבָא: הָיָה תָּפוּשׂ נֵר חֲנֻוכָּה וְעוֹמֵד — לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. שְׁמַע מִינָּה: הַנָּחָה עוֹשָׂה מִצְוָה! הָתָם, הָרוֹאֶה אוֹמֵר לְצָורְכּוֹ הוּא דְּנָקֵיט לַהּ.

Viens et entends : Rava a dit : celui qui tenait la lampe de 'Hanouka et se tenait debout n'a rien fait du tout. Apprends-en que la pose accomplit la mitsva ! — Là, celui qui voit dit : c'est pour son propre besoin qu'il la tient.

📜 Rachi (3)
הָיָה תָּפוּשׂ נֵר חֲנֻוכָּה בְּיָדוֹ מִשֶּׁהִדְלִיקָהּ עַד שֶׁכָּבְתָה:
Celui qui tenait la lampe de 'Hanouka — à la main, depuis le moment où il l'a allumée jusqu'à ce qu'elle s'éteigne.
וְעוֹמֵד לָאו דַּוְקָא אֶלָּא כֵּן לְשׁוֹן הַשַּׁ"ס:
Et se tenait debout — cela n'est pas à prendre au sens strict ; c'est simplement la manière de parler du Talmud.
לְצָרְכּוֹ לְהִשְׁתַּמֵּשׁ וְלֵיכָּא הֶיכֵּר נִיסָּא:
Pour son propre besoin — pour s'en servir ; il n'y a donc pas de hekker nissa, de signe visible du miracle.
💡 Explication

Première tentative de résolution. Rava enseigne que l'homme qui garde la lampe allumée dans sa main, sans jamais la déposer, n'a rien accompli. On voudrait en déduire que la mitsva tient à la hanaha, puisque seul cet élément manque.

La Guemara donne une autre raison à la décision de Rava. La lampe de 'Hanouka doit produire un hekker nissa, un signe reconnaissable du miracle pour celui qui passe. Une lampe portée à la main ressemble à un éclairage ordinaire, et le passant lui attribue cet usage. La décision s'explique donc par l'apparence, ce qui la rend muette sur le dilemme.

🖼️ Schéma
Tenir la lampe en main : pourquoi la preuve ne tient pas Le cas de Rava Il allume la lampe et la garde en main jusqu'à extinction, sans jamais la déposer. La preuve envisagée Il n'a rien fait du tout. Ce serait donc la pose qui accomplit la mitsva. Le refus Celui qui le voit comprend qu'il tient la lampe pour s'éclairer lui-même. Hekker nissa : le signe du miracle doit être lisible Rachi : une lampe tenue en main se confond avec une lampe d'usage courant. Le passant n'y lit aucun rappel du miracle, et la mitsva manque son objet. Ce que la réponse laisse ouvert Rava peut invalider ce cas sans se prononcer sur la question : la faute vient de l'apparence, et non du fait que la lampe n'a pas été déposée.
La première tentative de preuve et la raison, tirée de l'apparence, qui la prive de valeur.
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תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רָבָא: הִדְלִיקָהּ בִּפְנִים וְהוֹצִיאָהּ — לֹא עָשָׂה כְּלוּם. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה — הַדְלָקָה בִּמְקוֹמוֹ בָּעֵינַן, מִשּׁוּם הָכִי לֹא עָשָׂה כְּלוּם. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ הַנָּחָה עוֹשָׂה מִצְוָה, אַמַּאי לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם? הָתָם נָמֵי: הָרוֹאֶה הוּא אוֹמֵר לְצָורְכּוֹ הוּא דְּאַדְלְקַהּ.

Viens et entends : Rava a dit : s'il l'a allumée à l'intérieur et l'a sortie, il n'a rien fait. Admettons que l'allumage accomplisse la mitsva : il faut alors que l'allumage se fasse à son emplacement, et c'est pour cela qu'il n'a rien fait.

Mais si tu dis que la pose accomplit la mitsva, pourquoi n'a-t-il rien fait du tout ? — Là aussi, celui qui voit dit : c'est pour son propre besoin qu'il l'a allumée.

📜 Rachi (3)
בִּפְנִים בַּבַּיִת:
À l'intérieur — dans la maison.
וְהוֹצִיאָהּ לַחוּץ כִּדְאָמַר לְעֵיל דְּצָרִיךְ לְהַנִּיחָהּ עַל פֶּתַח בֵּיתוֹ מִבַּחוּץ:
Et il l'a sortie dehors — comme il a été dit plus haut, qu'il doit la poser à l'entrée de sa maison, du côté extérieur.
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה מִשּׁוּם הָכִי לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם דְּכֵיוָן דְּזוֹ הִיא מִצְוָתָהּ צָרִיךְ שֶׁתֵּיעָשֶׂה בִּמְקוֹם חִיּוּבָא:
Admettons que l'allumage accomplisse la mitsva, c'est pour cela qu'il n'a rien fait du tout — car dès lors que c'est en cela que consiste sa mitsva, elle doit s'accomplir au lieu même de l'obligation.
💡 Explication

Seconde tentative, construite en sens inverse de la première. L'homme allume la lampe à l'intérieur de sa maison, puis la porte à l'entrée, à l'endroit prescrit. Rava déclare que rien n'a été accompli. Cette fois, la décision semble soutenir l'opinion de l'allumage : l'acte décisif a eu lieu hors du lieu d'obligation, et le déplacement ne le rattrape pas.

Pour l'opinion de la hanaha, la décision devient incompréhensible, puisque la lampe a bien été déposée au bon endroit. La Guemara répond par le même principe qu'au segment précédent : celui qui a vu l'allumage à l'intérieur y lit un éclairage domestique, et cette impression n'est pas effacée par le fait de sortir ensuite la lampe.

🖼️ Schéma
Allumer dedans puis sortir la lampe À l'intérieur de la maison l'allumage a lieu ici hors du lieu d'obligation il sort À l'entrée, sur la rue la pose a lieu ici au lieu d'obligation Verdict de Rava Il n'a rien fait. Si l'allumage est la mitsva, il devait se faire au lieu même de l'obligation. Pourquoi ce cas ne tranche pas davantage Pour l'opinion de la pose, la lampe a pourtant été déposée à l'endroit voulu : la décision de Rava devrait être l'inverse. La Guemara répond par l'apparence, comme au segment précédent : le voisin qui a vu l'allumage à l'intérieur pense à un éclairage domestique, et le déplacement ultérieur n'efface pas cette impression.
La seconde tentative de preuve, avec la réponse qui la ramène, elle aussi, à ce que comprend celui qui voit.
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תָּא שְׁמַע דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי:

Viens et entends, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit :

💡 Explication

Le daf s'interrompt sur l'annonce d'une troisième tentative de résolution, celle de Rabbi Yehochoua ben Levi, dont le contenu est rapporté au début de 23a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).