Shabbat 23a — L'allumage accomplit la mitsva : qui allume, qui bénit, et le soupçon du passant

Shabbat 23a

Sougya : Le daf tranche la question laissée ouverte à la page précédente : c'est l'allumage, et non la pose de la lampe, qui accomplit la mitsva de 'Hanouka. Deux preuves l'établissent : la lanterne restée allumée tout le Chabbat, qu'on éteint et rallume sans la déplacer, et le texte même de la bénédiction, qui porte sur l'acte d'allumer.

De là découlent les règles sur celui qui allume (le sourd-muet, le dément et le mineur ne font rien ; la femme est tenue à la mitsva ; l'hôte de passage doit s'associer à son logeur), puis sur les huiles, l'huile d'olive étant la plus choisie pour la lampe comme pour l'encre. La sougya passe ensuite aux bénédictions : celui qui allume et celui qui voit, le premier jour et les suivants, avec la question de fond posée par Rav Amram sur le demai, qui conduit Abaye à distinguer le certain et le doute dans les institutions rabbiniques.

Le daf se clôt sur le hachad, le soupçon : une cour à deux entrées exige deux lampes, et la baraita de la pea montre que la Torah elle-même tient compte de ce que les gens soupçonnent.

Qu'est-ce qui accomplit la mitsva : l'allumage ou la pose ? Hadlaka ossa mitsva (l'allumage) La lanterne restée allumée : on l'éteint et on la rallume sur place. Le texte de la baraita colle. La bénédiction dit : nous a ordonné d'allumer la lampe de 'Hanouka. Elle porte sur l'acte. Conclusion de la Guemara : chema mina. L'acte décisif appartient à celui qui allume ; il doit donc être tenu aux mitsvot. Hanaha ossa mitsva (la pose) La baraita aurait dû dire : il l'éteint, la soulève, la repose, puis l'allume. La bénédiction porterait sur la pose, et son texte serait autre. Position écartée par les deux preuves. Elle aurait permis à un incapable d'allumer, un adulte se chargeant ensuite de la pose. Nafka mina (conséquence pratique) Si un 'herech (sourd-muet), un chote (dément) ou un katan (mineur) a allumé, rien n'est accompli, même si un adulte pose ensuite la lampe. La femme, elle, allume : elle est tenue à la mitsva, ayant été comprise dans le miracle. Seconde nafka mina, relevée par Tossefot Puisque l'allumage fait la mitsva, on peut allumer une lampe à partir d'une autre ; l'usage s'est pourtant fixé dans la rigueur, et on ne le change pas.
La question centrale du daf, ses deux preuves et ce qui en découle pour l'identité de celui qui allume.
Le parcours du daf en six étapes Seg. 0 La lanterne et la bénédiction tranchent pour l'allumage Seg. 1-2 Qui allume : incapables, femme, hôte de passage Seg. 3-4 Les huiles : lampe, puis encre et résines Seg. 5-6 Les bénédictions et le vehou tsivanou de lo tassour Seg. 7-8 Objection du demai : certain contre doute dans le rabbinique Seg. 9-10 Le hachad : deux entrées, puis la pea Le fil qui relie ces étapes Une fois établi que l'allumage accomplit la mitsva, tout ce qui suit en découle : l'identité de celui qui allume, la matière qu'il brûle, et la bénédiction qu'il prononce. Cette bénédiction sur une institution rabbinique appelle l'objection de Rav Amram, d'où la distinction d'Abaye. La dernière partie revient à la lampe elle-même, sous l'angle de ce que le passant voit et suppose.
La progression de la sougya, du principe de l'allumage jusqu'au motif du soupçon.
Combien de bénédictions, et lesquelles ? Bénédiction Celui qui allume Celui qui voit Lehadlik ner oui, tous les jours non : il n'a pas allumé Cheassa nissim oui, tous les jours oui, tous les jours Zeman (Cheheheyanou) premier jour seulement premier jour seulement Total 3 le premier jour, puis 2 2 le premier jour, puis 1 Pourquoi retrancher zeman et non le miracle ? Le miracle s'est prolongé sur les huit jours : la fiole d'huile a alimenté chaque allumage. La bénédiction du miracle reste donc due chaque jour. Zeman marque l'arrivée au temps fixé : une fois qu'on y est parvenu, le motif est épuisé. Rachi note que la bénédiction du voyant vise celui qui n'allumera pas.
Le compte des bénédictions selon Rav Yehouda, et la raison pour laquelle seule zeman disparaît dès le deuxième jour.
1
עֲשָׁשִׁית שֶׁהָיְתָה דּוֹלֶקֶת וְהוֹלֶכֶת כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ, לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת מְכַבָּהּ וּמַדְלִיקָהּ. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה — שַׁפִּיר. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ הַנָּחָה עוֹשָׂה מִצְוָה, הַאי מְכַבֶּה וּמַדְלִיקָהּ, מְכַבָּהּ וּמַגְבִּיהָהּ וּמַנִּיחָהּ וּמַדְלִיקָהּ מִיבְּעֵי לֵיהּ! וְעוֹד: מִדְּקָא מְבָרְכִינַן ״אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ לְהַדְלִיק נֵר שֶׁל חֲנֻוכָּה״ — שְׁמַע מִינָּה הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה. שְׁמַע מִינָּה.

Une achachit (lanterne de verre) qui a brûlé sans interruption tout le jour : à l'issue du Chabbat, on l'éteint et on la rallume. Si tu dis que c'est l'allumage qui accomplit la mitsva, fort bien.

Mais si tu dis que c'est la pose qui accomplit la mitsva, ce « on l'éteint et on la rallume » aurait dû s'énoncer : on l'éteint, on la soulève, on la repose et on l'allume ! De plus : puisque nous bénissons « qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d'allumer la lampe de 'Hanouka » — apprends-en que c'est l'allumage qui accomplit la mitsva.

Apprends-en effectivement.

📜 Rachi (3)
עֲשָׁשִׁית כְּלִי גָּדוֹל שֶׁל זְכוּכִית בְּלַעַז לנטרנ"א:
Un grand récipient de verre ; en langue vulgaire, lanterna.
דּוֹלֶקֶת שֶׁהִדְלִיקָה לְמִצְוַת חֲנֻוכָּה בע"ש:
Il l'avait allumée pour la mitsva de 'Hanouka la veille de Chabbat.
וּמַדְלִיקָהּ לְמִצְוַת הַלַּיְלָה:
Pour la mitsva de la nuit qui commence.
🗂️ Tossefot (2)
מְכַבֶּה וּמַגְבִּיהָהּ וּמַנִּיחָהּ וְחוֹזֵר וּמַדְלִיק מִיבְּעֵי לֵיהּ וא"ת אַמַּאי מְכַבֶּה וְחוֹזֵר וּמַדְלִיק בְּהַגְבָּהָה סַגִּי כֵּיוָן דְּהַנָּחָה עוֹשָׂה מִצְוָה דְּאַטּוּ מִי גָּרַע דְּלוֹקֶה וְעוֹמֶדֶת מֵהַדְּלֵיקָה חש"ו וְי"ל דְּמַיְירֵי שֶׁהִדְלִיקָהּ מִתְּחִלָּתָהּ לְצֹורֶךְ שַׁבָּת וּלְכָךְ גָּרַע מֵהַדְּלֵיקָה חש"ו דְּהָתָם שֶׁמַּדְלִיקָהּ בְּעִתָּהּ נִיכָּר הַדָּבָר שֶׁהוּא מַדְלִיקָהּ לְשֵׁם חֲנֻוכָּה. רִיבָ"א:
On pourrait objecter : pourquoi l'éteindre puis la rallumer ? Il suffirait de la soulever et de la reposer, puisque la pose accomplit la mitsva ; une lampe déjà allumée serait-elle donc inférieure à une lampe allumée par un sourd-muet, un dément ou un mineur ? On peut répondre : il s'agit ici d'une lampe allumée dès l'origine pour les besoins du Chabbat, et c'est en cela qu'elle reste en deçà de celle qu'ont allumée un sourd-muet, un dément ou un mineur : là-bas, l'allumage se fait à son heure, et il apparaît donc clairement qu'on allume au titre de 'Hanouka. Riva.
שְׁמַע מִינָּה הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה וא"כ מֻותָּר לְהַדְלִיק מִנֵּר לְנֵר וּמִכָּל מָקוֹם כֵּיוָן שֶׁנָּהֲגוּ הָעוֹלָם לְהַחְמִיר אֵין לְשַׁנּוֹת הַמִּנְהָג:
S'il en est ainsi, il est permis d'allumer une lampe à partir d'une autre. Néanmoins, puisque l'usage s'est répandu d'être rigoureux sur ce point, il ne faut pas modifier la coutume.
💡 Explication

Le daf ouvre sur la question laissée pendante : hadlaka ossa mitsva (l'allumage accomplit la mitsva) ou hanaha ossa mitsva (la pose l'accomplit) ? La baraita de la lanterne sert de preuve textuelle : elle prescrit d'éteindre puis de rallumer, sans mentionner le moindre déplacement. Si la pose était l'acte décisif, la lanterne devrait être soulevée et reposée pour 'Hanouka.

La seconde preuve vient de la liturgie : la formule lehadlik ner chel 'Hanouka désigne l'allumage. Une bénédiction porte sur l'acte qui constitue la mitsva, ce qui tranche la question.

2
וְהַשְׁתָּא דְּאָמְרִינַן הַדְלָקָה עוֹשָׂה מִצְוָה, הִדְלִיקָהּ חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם. אִשָּׁה וַדַּאי מַדְלִיקָהּ, דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: נָשִׁים חַיָּיבוֹת בְּנֵר חֲנֻוכָּה שֶׁאַף הֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס.

Et maintenant que nous disons que c'est l'allumage qui accomplit la mitsva : si un sourd-muet, un dément ou un mineur l'ont allumée, celui-là n'a rien accompli. Une femme, en revanche, allume assurément, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : les femmes sont tenues à la lampe de 'Hanouka, car elles aussi ont été comprises dans ce miracle.

📜 Rachi (1)
הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס שֶׁגָּזְרוּ יְווָנִים עַל כָּל בְּתוּלוֹת הַנְּשׂוּאוֹת לְהִיבָּעֵל לַטַּפְסָר תְּחִלָּה וְעַל יַד אִשָּׁה נַעֲשָׂה הַנֵּס:
Les Grecs avaient décrété que toute jeune fille qui se mariait serait d'abord livrée au gouverneur ; et c'est par la main d'une femme que le miracle s'est accompli.
💡 Explication

La conséquence pratique du principe établi. 'Herech, chote ve-katan (sourd-muet, dément et mineur) forment le trio classique des personnes non tenues aux mitsvot. Puisque l'acte décisif est l'allumage, leur geste reste sans valeur, quand bien même un adulte poserait ensuite la lampe à sa place.

La femme, au contraire, est tenue à la mitsva. Le motif donné par Rabbi Yehochoua ben Levi, af hen hayou be-oto ha-nés (elles aussi furent comprises dans ce miracle), sert ailleurs pour les quatre coupes de Pessa'h et la lecture de la meguila. Rachi rapporte ici le décret grec sur les jeunes mariées et le rôle décisif d'une femme dans la délivrance.

🖼️ Schéma
Qui peut allumer la lampe de 'Hanouka ? L'allumage fait la mitsva 'Herech, chote, katan sourd-muet, dément, mineur Ils ne sont pas tenus aux mitsvot. Rien n'est accompli La femme R. Yehochoua ben Levi : elle aussi fut comprise dans le miracle. Elle allume L'akhsenai (l'hôte) Rav Chechet : il est tenu à la lampe là où il loge. Il s'associe par des pièces à l'allumage du logeur. Le cas de Rabbi Zera Avant son mariage : il verse des peroutot à son logeur et devient associé à l'huile et à la mèche. La lampe du logeur est alors aussi la sienne. Après son mariage : sa femme allume chez lui, et cet allumage vaut pour lui, même lorsqu'il loge ailleurs pour étudier. Le principe sous-jacent : la mitsva incombe à la maisonnée, et l'on peut y avoir part par une association ou par un membre du foyer.
Les trois figures que la Guemara examine une fois le principe de l'allumage acquis.
3
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: אַכְסְנַאי חַיָּיב בְּנֵר חֲנֻוכָּה. אָמַר רַבִּי זֵירָא: מֵרֵישׁ כִּי הֲוֵינָא בֵּי רַב, מִשְׁתַּתַּפְנָא בִּפְרִיטֵי בַּהֲדֵי אֻושְׁפִּיזָא. בָּתַר דִּנְסִיבִי אִיתְּתָא, אָמֵינָא: הַשְׁתָּא וַדַּאי לָא צְרִיכְנָא, דְּקָא מַדְלְקִי עֲלַי בְּגוֹ בֵּיתַאי.

Rav Chechet a dit : un akhsenai (hôte de passage) est tenu à la lampe de 'Hanouka. Rabbi Zera a dit : au début, quand j'étais à la maison d'étude, je m'associais par des peroutot (petites pièces) avec mon logeur (ouchpiza).

Après avoir pris femme, j'ai dit : désormais, je n'en ai assurément plus besoin, car on allume pour moi dans ma maison.

📜 Rachi (4)
אַכְסְנַאי אֹורַח:
Un hôte.
בָּתַר דִּנְסִיבִי וּפְעָמִים שֶׁהָיִיתִי אַכְסְנַאי לִלְמֹוד תּוֹרָה:
Et il m'arrivait encore de loger chez autrui pour étudier la Torah.
עָלַי בִּשְׁבִילִי:
En ma faveur.
בְּגוֹ בִּיתַאי בְּבֵיתִי:
Dans ma maison.
💡 Explication

L'obligation suit la personne, même hors de chez elle. Rabbi Zera décrit la solution ordinaire de l'étudiant logé ailleurs : verser quelques peroutot à son hôte pour devenir copropietaire de l'huile et de la mèche, de sorte que l'allumage du logeur soit aussi le sien.

Une fois marié, l'allumage fait à son domicile le couvre à distance. La mitsva se rattache au foyer, et l'on y a part soit par association, soit par l'allumage d'un membre de la maisonnée.

4
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל הַשְּׁמָנִים כֻּולָּן יָפִין לַנֵּר, וְשֶׁמֶן זַיִת מִן הַמֻּובְחָר. אָמַר אַבַּיֵּי: מֵרֵישׁ הֲוָה מְהַדַּר מָר אַמִּשְׁחָא דְשֻׁומְשְׁמֵי. אָמַר: הַאי מְשִׁיךְ נְהוֹרֵיהּ טְפֵי. כֵּיוָן דִּשְׁמַע לַהּ לְהָא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, מַהְדַּר אַמִּשְׁחָא דְּזֵיתָא. אָמַר: הַאי צְלִיל נְהוֹרֵיהּ טְפֵי.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : toutes les huiles conviennent à la lampe, et l'huile d'olive est la plus choisie. Abaye a dit : au début, mon maître recherchait l'huile de sésame, en disant : sa lumière dure plus longtemps.

Lorsqu'il entendit cet enseignement de Rabbi Yehochoua ben Levi, il rechercha l'huile d'olive, en disant : sa lumière est plus limpide.

📜 Rachi (2)
מָשׁוּךְ נְהוֹרֵיהּ אֵינוֹ מְמַהֵר לְכַלּוֹת כְּשֶׁמֶן זַיִת:
Elle ne s'épuise pas aussi vite que l'huile d'olive.
צְלִיל נְהוֹרֵיהּ צָלוּל וּמֵאִיר:
Limpide et lumineuse.
🗂️ Tossefot (1)
מֵרֵישׁ הֲוָה מְהַדַּר מָר אַמִּשְׁחָא דְשֻׁומְשְׁמֵי נִרְאֶה דְּאַנֵּר חֲנֻוכָּה קָאֵי וּמִשּׁוּם טַעְמָא דְּמַסִּיק דִּנְפִישׁ נְהוֹרֵיהּ טְפֵי אֲבָל לְנֵר שַׁבָּת פְּשִׁיטָא דְּשֶׁמֶן זַיִת מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר לְפִי שֶׁנִּמְשַׁךְ אַחַר הַפְּתִילָה טְפֵי מְכֻולֵּהוּ כִּדְמוֹכַח בְּמַתְנִיתִין דְּכוּלְּהוּ מוֹדוֹ בֵּיהּ דְּמַדְלִיקִין:
Il semble que ce propos porte sur la lampe de 'Hanouka, pour la raison qu'il conclut : sa lumière est plus abondante. Mais pour la lampe de Chabbat, il va de soi que l'huile d'olive constitue la mitsva la plus choisie, parce que la mèche l'attire mieux que toutes les autres, comme le prouve notre michna, où tous s'accordent à dire qu'on allume avec elle.
💡 Explication

La préférence pour l'huile d'olive se formule comme un min hamouvhar : le degré le plus choisi de la mitsva, non une condition de validité. Toutes les huiles restent permises pour la lampe de 'Hanouka.

Le récit d'Abaye montre le passage d'un critère technique à un critère reçu. Rabba privilégiait d'abord la durée de la flamme, que donne le sésame ; ayant entendu la règle de Rabbi Yehochoua ben Levi, il retint la qualité de la lumière de l'olive.

5
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל הַשְּׁמָנִים יָפִין לַדְּיוֹ, וְשֶׁמֶן זַיִת מִן הַמֻּובְחָר. אִיבַּעְיָא לְהוּ: לְגַבֵּל, אוֹ לְעַשֵּׁן? תָּא שְׁמַע, דְּתָנֵי רַב שְׁמוּאֵל בַּר זוּטְרָא: כָּל הַשְּׁמָנִים יָפִין לַדְּיוֹ, וְשֶׁמֶן זַיִת מִן הַמֻּובְחָר — בֵּין לְגַבֵּל בֵּין לְעַשֵּׁן. רַב שְׁמוּאֵל בַּר זוּטְרָא מַתְנֵי הָכִי: כָּל הָעֲשָׁנִים יָפִין לַדְּיוֹ, וְשֶׁמֶן זַיִת מִן הַמֻּובְחָר. אָמַר רַב הוּנָא: כָּל הַשְּׂרָפִין יָפִין לַדְּיוֹ, וּשְׂרַף קְטָף יָפֶה מִכֻּולָּם.

Et Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : toutes les huiles conviennent au deyo (l'encre), et l'huile d'olive est la plus choisie. On leur posa la question : pour le guibboul (le pétrissage) ou pour l'ichoun (l'enfumage) ?

Viens et entends : car Rav Chmouel bar Zoutra a enseigné : toutes les huiles conviennent à l'encre, et l'huile d'olive est la plus choisie — aussi bien pour le pétrissage que pour l'enfumage. Rav Chmouel bar Zoutra enseignait ainsi : toutes les fumées conviennent à l'encre, et l'huile d'olive est la plus choisie.

Rav Houna a dit : toutes les résines conviennent à l'encre, et la résine de katef est la meilleure de toutes.

📜 Rachi (4)
לְגַבֵּל מָצָאתִי בְּתָשׁוּב' הַגְּאוֹנִי' שֶׁמְּעַשְּׁנִין כְּלִי זְכוּכִית בַּעֲשַׁן שֶׁמֶן זַיִת עַד שֶׁמַּשְׁחִיר וְגוֹרֵר הַשַּׁחְרוּרִי' וְנוֹתֵן בּוֹ שֶׁמֶן קִימְעָא וּמְגַבֵּל בּוֹ וּמְייַבְּשׁוֹ בַּחַמָּה וּמְמַחֶה אוֹתוֹ לְתוֹךְ הַדְּיוֹ:
J'ai trouvé dans les responsa des Gueonim qu'on enfume un récipient de verre à la fumée d'huile d'olive jusqu'à ce qu'il noircisse ; on racle la suie, on y verse un peu d'huile, on la pétrit avec, on la fait sécher au soleil, puis on la délaye dans l'encre.
לְעַשֵּׁן נָמֵי כִּדְפָרֵישִׁית:
Également, comme je l'ai expliqué.
שָׂרָף גומ"א:
De la gomme.
קְטָף פרוניי"ל שֶׁל יַעַר כְּמוֹ שֶׁאָנוּ עוֹשִׂים מָשָׁל שָׂרָף:
Le prunier sauvage, semblable à celui dont nous tirons la résine que nous employons.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הַשְּׂרָפִים יָפִים לִדְיוֹ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שָׂרָף גֻּומָּא וְאֵין נִרְאֶה לְר"ת דְּהָא דְּיוֹ אֵין זֶה גֻּומָּא כִּדְאָמְרִינַן בפ"ב דְּגִיטִּין (דַּף יט. וְשָׁם) בַּכֹּל כּוֹתְבִין בִּדְיוֹ בְּסַם וּבְסִקְרָא וּבְקוֹמוֹס וּמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא קוֹמוֹס גֻּומָּא וּדְיוֹ נָמֵי אֵין זֶה מֵי עֲפָצִים שֶׁרְגִילִין לְהַנִּיחַ בָּהֶן גֻּומָּא דְּהָא בַּבָּרַייְתָא קָתָנֵי הָתָם כְּתָבוֹ בְּמֵי טַרְיָא וְעַפְצָא דְּהַיְינוּ עֲפָצִים כָּשֵׁר מַשְׁמַע דְּלָאו הַייְנוּ דְּיוֹ דְּקָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין וְעוֹד דְּכָשֵׁר מַשְׁמַע דִּיעֲבַד וּבִדְיוֹ הִיא עִיקַּר הַכְּתִיבָה וְעוֹד דִּבְפֶרֶק כָּל הַיָּד (נִדָּה דַּף כ. וְשָׁם) אָמְרִינַן פָּלֵי קֻורְטָא דִּדְיוֹתָא וּבָדֵיק דְּהַייְנוּ דְּיוֹ שֶׁלָּנוּ שֶׁהוּא קָשֶׁה וְלֹא שֶׁל עֲפָצִים וְאֵין דֶּרֶךְ לְהַנִּיחַ גֻּומָּא לְתוֹךְ דְּיוֹ שֶׁלָּנוּ אֶלָּא שָׂרָף [דְּהָכָא] הַייְנוּ לַחְלוּחִית שֶׁל אִילָן כְּמוֹ שֶׁאָנוּ עוֹשִׂין דְּיוֹ שֶׁלָּנוּ וְכֵן יֵשׁ בְּנִדָּה בפ"ק (דַּף י:) גַּבֵּי בְּתוּלָה זוֹ שִׂירְפָהּ מָצוּי וְזוֹ אֵין שִׂירְפָהּ מָצוּי וְכֵן בְּפָ' כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים לט. וְשָׁם) יָרָק מַר יֵשׁ לוֹ שָׂרָף וּפָנָיו מַכְסִיפִין דע"כ הַהוּא שָׂרָף הַיְינוּ לַחְלוּחִית וְעַל כֵּן הָיָה פּוֹסֵל ר"ת ס"ת שֶׁאֵין כּוֹתְבִין בִּדְיוֹ שֶׁלָּנוּ דִּשְׁאָר לָא מִיקְּרֵי דְּיוֹ כִּדְפֵי' וְאָמְרִי' בְּפָ' הַבּוֹנֶה (לְקַמָּן שַׁבָּת קג:) כְּתָבוֹ שֶׁלֹּא בִּדְיוֹ הֲרֵי אֵלּוּ יִגָּנְזוּ וּמוֹקְמִי' לָהּ בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מִכֹּחוֹת דַּף לד) בס"ת:
Rachi explique dans son commentaire que la résine désigne la gomme. Rabbenou Tam n'y souscrit pas, car le deyo se distingue de la gomme, comme nous le disons au deuxième chapitre de Guittin (19a) : on écrit avec tout, avec le deyo, le sam, le sikra, le koumos ; et la Guemara explique que koumos désigne la gomme. De même, le deyo se distingue de l'eau de noix de galle, dans laquelle on a coutume de mettre de la gomme : la baraita enseigne en effet la-bas que s'il a écrit avec de l'eau de trempage ou de la noix de galle, c'est valide, ce qui indique qu'il s'agit d'autre chose que le deyo de la michna ; en outre, le mot « valide » vise un cas a posteriori (bediavad), alors que le deyo est le moyen premier de l'écriture. En outre encore, au chapitre Kol HaYad (Nidda 20a) nous disons qu'on détachait un fragment d'encre et qu'on examinait avec : il s'agit de notre encre, qui est dure, et non de celle de noix de galle ; or on n'a pas coutume de mettre de la gomme dans notre encre. La résine dont il est question ici désigne donc la sève de l'arbre, telle que nous en faisons notre encre. On trouve de même dans Nidda, au premier chapitre (10b), à propos d'une vierge : chez celle-ci la sève se trouve et chez celle-là elle ne se trouve pas ; et de même au chapitre Kol Chaa (Pessahim 39a) : le légume amer a de la sève et sa surface pâlit — là aussi, la sève désigne nécessairement l'humeur de la plante. C'est pourquoi Rabbenou Tam déclarait invalide un rouleau de la Torah écrit autrement qu'avec notre encre, le reste ne recevant pas le nom de deyo, comme il a été expliqué. Et nous disons au chapitre HaBoneh (plus loin, Chabbat 103b) : s'il l'a écrit autrement qu'au deyo, ces écrits doivent être enfouis ; et l'on rapporte cet enseignement, dans HaKometz Rabba (Menahot 34a), au rouleau de la Torah.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַשְּׁמָנִים יָפִים לִדְיוֹ, וְשֶׁמֶן זַיִת מִן הַמֻּבְחָר. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה דְּיָדוּעַ הָרָגִיל בְּשֶׁמֶן זַיִת מִתְחַכֵּם, וּמַרְגְּלָא בְּפֻומַּייְהוּ דְּאִינָשֵׁי לוֹמַר אוֹתִיּוֹת מַחְכִּימוֹת מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּעַל פֶּה, וְלָכֵן שֶׁמֶן זַיִת הַמַּחְכִּים הוּא יָפֶה גַּם לְאוֹתִיּוֹת בִּכְתִיבָה שֶׁהָאָדָם יִתְחַכֵּם בִּקְרִיאָתָם יַעַן כִּי שֶׁמֶן ה"ס [הוּא סוֹד] חָכְמָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לַדָּבָר דְּיָדוּעַ יוֹ"ד חָכְמָה, לָכֵן די"ו שֶׁהוּא אוֹת יוּ"ד טוֹב לוֹ הַשֶּׁמֶן זַיִת שה"ס [הוּא סוֹד] חָכְמָה. ומ"ש לְגַבֵּל אוֹ לְעַשֵּׁן הִנֵּה הָעִלָּוֵהּ מִפֵּירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל שֶׁהֵבִיא מִתְּשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים עִנְיַן הָעִישּׁוּן, מְעַשְּׁנִים כְּלֵי זְכוּכִית בַּעֲשַׁן שֶׁמֶן זַיִת עַד שֶׁמַּשְׁחִיר וְגוֹרֵר הַשְׁחָרִירוֹת וּמְיַיבְּשָׁן וְנוֹתְנוֹ לְתוֹךְ הַדִּין, אֲבָל הַגִּיבּוּל הוּא מֵעֲשַׁן הַזְּכוּכִית בִּשְׁאָר שְׁמָנִים יִהְיֶה מַה שֶׁיִּהְיֶה, וְגוֹרֵר הַשְּׁחָרִירוֹת וּמְגַבְּלָם בְּשֶׁמֶן זַיִת וּמְיַיבְּשׁוֹ בַּחַמָּה וּמְמַחֵהוּ וְנוֹתְנוֹ לְתוֹךְ הַדְּיוֹ.
« Toutes les huiles conviennent à l'encre, et l'huile d'olive est la plus choisie. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, en donner la raison : on sait que celui qui consomme régulièrement de l'huile d'olive s'aiguise l'esprit, et les gens ont coutume de dire que les lettres rendent sage, à la différence de ce qui se transmet oralement. Aussi l'huile d'olive, qui rend sage, convient-elle également aux lettres tracées par écrit, afin que l'homme s'aiguise l'esprit en les lisant, car l'huile est le sod (le secret) de la 'hokhma (la sagesse). Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, y trouver une allusion : on sait que la lettre youd correspond à la 'hokhma ; c'est pourquoi le deyo, qui s'écrit avec la lettre youd, s'accorde à l'huile d'olive, laquelle est le sod de la 'hokhma. Quant à la question « pour le pétrissage ou pour l'enfumage », on l'a résolue à partir du commentaire de Rachi, de mémoire bénie, qui rapporte des responsa des Gueonim ce qui touche à l'enfumage : on enfume un récipient de verre à la fumée d'huile d'olive jusqu'à ce qu'il noircisse, on racle la suie, on la fait sécher et on la met dans l'encre. Le pétrissage, quant à lui, consiste à enfumer le verre avec d'autres huiles, quelles qu'elles soient, à racler la suie, à la pétrir dans l'huile d'olive, à la faire sécher au soleil, à la délayer et à la mettre dans l'encre.
💡 Explication

La même formule sur l'huile d'olive se transpose à la fabrication de l'encre, ce qui soulève une question de précision : à quelle étape s'applique la préférence ? La fabrication comporte deux moments, l'ichoun (produire la suie par enfumage) et le guibboul (pétrir cette suie avec un liquide pour en faire une pâte).

La baraita citée tranche par un bein... bein : les deux étapes. Le Ben Yehoyada ajoute une lecture de sod, reliant l'huile à la 'hokhma et la lettre youd du mot deyo à cette même 'hokhma.

🖼️ Schéma
Fabriquer le deyo (l'encre) : où intervient l'huile d'olive ? Ichoun : l'enfumage 1. On brûle l'huile sous un récipient de verre. 2. Le verre noircit de suie. 3. On racle la suie : c'est le pigment noir. Ici l'huile fournit la fumée. Guibboul : le pétrissage 1. On mélange la suie raclée à un peu d'huile. 2. On sèche la pâte au soleil. 3. On la délaye au moment d'écrire. Ici l'huile sert de liant. Réponse de la Guemara La baraita de Rav Chmouel bar Zoutra tranche : l'huile d'olive est la plus choisie pour les deux étapes, le pétrissage comme l'enfumage. Le troisième ingrédient : la résine Rav Houna : toutes les résines conviennent, celle du katef est la meilleure. Pour Rachi il s'agit de gomme ; pour Rabbenou Tam, de la sève de l'arbre.
Les deux étapes de la fabrication de l'encre et la place de l'huile d'olive dans chacune.
6
אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: הַמַּדְלִיק נֵר שֶׁל חֲנֻוכָּה צָרִיךְ לְבָרֵךְ. וְרַב יִרְמְיָה אָמַר: הָרוֹאֶה נֵר שֶׁל חֲנֻוכָּה צָרִיךְ לְבָרֵךְ. אָמַר רַב יְהוּדָה: יוֹם רִאשׁוֹן, הָרוֹאֶה מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם, וּמַדְלִיק מְבָרֵךְ שָׁלֹשׁ. מִכָּאן וְאֵילָךְ, מַדְלִיק מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם, וְרוֹאֶה מְבָרֵךְ אַחַת. מַאי מְמַעֵט? מְמַעֵט זְמַן: וְנִימְעוֹט נֵס! — נֵס כָּל יוֹמֵי אִיתֵיהּ.

Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : celui qui allume la lampe de 'Hanouka doit réciter une bénédiction. Et Rav Yirmeya a dit : celui qui voit la lampe de 'Hanouka doit réciter une bénédiction.

Rav Yehouda a dit : le premier jour, celui qui voit récite deux bénédictions et celui qui allume en récite trois ; à partir de là, celui qui allume en récite deux et celui qui voit une seule. Laquelle retranche-t-on ?

On retranche zeman (Cheheheyanou). Retranchons plutôt celle du miracle !

Le miracle est présent tous les jours.

📜 Rachi (4)
הָרוֹאֶה הָעֻובָּר בַּשּׁוּק וְרוֹאֶה בְּאֶחָד הַחֲצֵרוֹת דּוֹלֵק וּמָצָאתִי בְּשֵׁם רַבֵּינוּ יִצְחָק בֶּן יְהוּדָה שֶׁאָמַר מִשֵּׁם רַבֵּינוּ יַעֲקֹב דְּלָא הֻוזְקְקָה בְּרָכָה זוֹ אֶלָּא לְמִי שֶׁלֹּא הִדְלִיק בְּבֵיתוֹ עֲדַיִין אוֹ לְיוֹשֵׁב בספינ':
Celui qui passe dans la rue et voit une lampe allumée dans l'une des cours. J'ai trouvé au nom de Rabbenou Yits'hak ben Yehouda, qui le rapportait au nom de Rabbenou Yaakov, que cette bénédiction n'a été instituée que pour celui qui n'a pas encore allumé chez lui, ou pour celui qui se trouve sur un bateau.
הָרוֹאֶה מְבָרֵךְ שְׁתַּיִם שֶׁעָשָׂה נִסִּים וְשֶׁהֶחֱייָנוּ שֶׁאֵין עָלָיו לְבָרֵךְ לְהַדְלִיק דְּהָא לָא אַדְלִיק אִיהוּ:
Cheassa nissim et Cheheheyanou ; il s'abstient de lehadlik, puisqu'il n'a pas allumé lui-même.
מַאי מְמַעֵט הַמַּדְלִיק בִּשְׁאָר יָמִים אֵיזוֹ מִן הַשָּׁלֹשׁ מְמַעֵט:
Celui qui allume les autres jours : laquelle des trois retranche-t-il ?
כָּל יוֹמֵי אִיתֵיהּ שֶׁהֲרֵי כָּל שְׁמֹנָה הִדְלִיקוּ מִן הַפַּךְ אֲבָל זְמַן מִשֶּׁהִגִּיעָנוּ לְהַתְחָלַת זְמַן הִגִּיעָנוּ:
Car durant les huit jours ils ont allumé avec la fiole ; tandis que zeman se dit une fois qu'Il nous a fait parvenir au début du temps fixé, et Il nous y a déjà fait parvenir.
💡 Explication

Deux obligations distinctes apparaissent ici : celle de celui qui allume et celle de celui qui voit. Rachi restreint la seconde à qui n'allumera pas lui-même, le voyageur en bateau par exemple, ce qui évite une répétition inutile de bénédictions.

Le compte de Rav Yehouda se lit dans le tableau de synthèse placé en haut de page. La différence entre les deux comptes tient à lehadlik, réservée à l'acte d'allumer. La question finale porte sur la bénédiction que l'on cesse de dire dès le deuxième jour : zeman marque l'arrivée au temps fixé, donc une fois par an, tandis que le miracle de la fiole s'est étendu sur les huit jours.

7
מַאי מְבָרֵךְ? — מְבָרֵךְ: ״אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ לְהַדְלִיק נֵר שֶׁל חֲנֻוכָּה״. וְהֵיכָן צִוָּנוּ? רַב אַוְיָא אָמַר: מ״לא תָּסוּר״. רַב נְחֶמְיָה אָמַר: ״שְׁאַל אָבִיךָ וְיַגֵּדְךָ זְקֵנֶיךָ וְיֹאמְרוּ לָךְ״.

Quelle bénédiction récite-t-il ? Il dit : « qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d'allumer la lampe de 'Hanouka ».

Et où nous l'a-t-Il ordonné ? Rav Avya a dit : de « tu ne t'écarteras pas ».

Rav Nehemia a dit : de « interroge ton père et il te l'apprendra, tes anciens et ils te le diront ».

📜 Rachi (2)
הֵיכָן צִוָּנוּ הָא לָאו דְּאוֹרַיְיתָא הִיא אֶלָּא מִדִּבְרֵיהֶם:
Cette mitsva relève des paroles des Sages, la Torah ne l'ayant pas prescrite.
מִלֹּא תָסוּר מִן הַדָּבָר אֲשֶׁר יַגִּידוּ לְךָ וְגוֹ':
« De la parole qu'ils te diront », etc.
💡 Explication

La formule ve-tsivanou (Il nous a ordonné) pose une difficulté pour une mitsva instituée par les Sages. La Guemara y répond en rattachant l'obéissance aux Sages à un commandement de la Torah : lo tassour (Deutéronome 17, 11) selon Rav Avya, ou le verset « interroge ton père » (Deutéronome 32, 7) selon Rav Nehemia.

L'ordre divin porte donc médiatement sur l'institution rabbinique. Cette réponse est ce qui rend possible l'objection du segment suivant, où Rav Amram en tirera une règle générale.

8
מֵתִיב רַב עַמְרָם: הַדְּמַאי, מְעָרְבִין בּוֹ וּמִשְׁתַּתְּפִין בּוֹ וּמְבָרְכִין עָלָיו וּמְזַמְּנִין עָלָיו וּמַפְרִישִׁין אוֹתוֹ עָרֹום וּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת. וְאִי אָמְרַתְּ כָּל מִדְּרַבָּנַן בָּעֵי בְּרָכָה, הָכָא כִּי קָאֵי עָרֹום הֵיכִי מְבָרֵךְ? וְהָא בָּעֵינַן וְהָיָה מַחֲנֶיךָ קָדוֹשׁ — וְלֵיכָּא! אָמַר אַבַּיֵּי: וַדַּאי דְּדִבְרֵיהֶם בָּעֵי בְּרָכָה, סָפֵק דְּדִבְרֵיהֶם לָא בָּעֵי בְּרָכָה.

Rav Amram objecte : le demai (produit dont il est douteux qu'il ait été dîme), on établit avec lui un erouv, on s'associe par lui, on récite sur lui la bénédiction, on fait avec lui le zimoun, et on en prélève la dîme nu et à l'entre-deux-lumières. Or si tu dis que tout ce qui relève des Sages requiert une bénédiction, ici, quand il se tient nu, comment bénit-il ?

Nous exigeons pourtant « et ton camp sera saint », et cela fait défaut ! Abaye a dit : ce qui, dans leurs institutions, est certain requiert une bénédiction ; ce qui, dans leurs institutions, relève du doute n'en requiert pas.

📜 Rachi (8)
מְעָרְבִין בּוֹ עֵירוּבֵי חֲצֵרוֹת וּתְחוּמִין:
Érouv de cours et erouv de limites (te'houmin).
מִשְׁתַּתְּפִין בּוֹ בְּמָבוֹי דְּאִי בָּעֵי מַפְקַר לְנִכְסֵיהּ וְהָוֵה עָנִי וַחֲזֵי לֵיהּ כְּדִתְנַן מַאֲכִילִין אֶת הָעֲנִיִּים דְּמַאי הִלְכָּךְ חָשׁוּב דִּידֵיהּ:
Pour la ruelle (mavoi) : car s'il le voulait, il déclarerait ses biens sans maître, deviendrait pauvre, et le demai lui conviendrait alors, comme nous l'avons appris : on nourrit les pauvres avec du demai. Il est donc considéré comme sien.
וּמְבָרְכִין עָלָיו הַמּוֹצִיא:
La bénédiction hamotsi.
וּמְזַמְּנִין עָלָיו בִּרְכַּת הַזִּימּוּן:
La bénédiction du zimoun.
וּמַפְרִישׁ אוֹתוֹ אָדָם שֶׁהוּא עָרֹום כְּלוֹמַר דְּלָא צָרִיךְ לְבָרוֹכֵי עָלֶיהָ בְּהַפְרָשָׁתוֹ:
Un homme qui se tient nu le prélève, autrement dit il n'a pas à réciter de bénédiction lors du prélèvement.
וְהָיָה מַחֲנֶיךָ קָדוֹשׁ וְלֹא יִרְאֶה בְךָ עֶרְוַת דָּבָר אֲפִילּוּ דִּבּוּר דְּהַזְכָּרַת הַשֵּׁם לֹא יִרְאֶה בְךָ עֶרְוַת דָּבָר:
« Et qu'Il ne voie chez toi rien d'indécent » : même la parole, la mention du Nom, tombe sous « qu'Il ne voie chez toi rien d'indécent ».
וַדַּאי דְּדִבְרֵיהֶם כְּגוֹן נֵר חֲנֻוכָּה:
Par exemple la lampe de 'Hanouka.
סָפֵק דְּדִבְרֵיהֶם כְּגוֹן דְּמַאי שֶׁהַפְרָשָׁתוֹ אֵינָהּ אֶלָּא מִסָּפֵק:
Par exemple le demai, dont le prélèvement ne se fait qu'en raison d'un doute.
💡 Explication

Rav Amram tire la conséquence générale du segment précédent : si lo tassour fonde la bénédiction sur une institution rabbinique, toute institution rabbinique devrait en appeler une. La michna sur le demai le contredit, puisqu'elle autorise à en prélever la dîme tout nu, état incompatible avec la récitation d'une bénédiction en vertu de « ton camp sera saint ».

Abaye répond par une distinction de degré à l'intérieur du rabbinique : vadai de-divrehem, l'institution certaine comme la lampe de 'Hanouka, appelle une bénédiction ; safek de-divrehem, l'institution née d'un doute comme le demai, n'en appelle pas.

🖼️ Schéma
Une institution rabbinique appelle-t-elle toujours une bénédiction ? Objection de Rav Amram On prélève la dîme du demai tout nu. Si toute institution rabbinique exigeait une bénédiction, comment bénir ainsi, puisque le camp doit être saint ? Vadai de-divrehem institution rabbinique certaine Exemple : la lampe de 'Hanouka. L'obligation ne dépend d'aucun doute. Bénédiction requise Safek de-divrehem institution née d'un doute Exemple : le demai. On prélève par précaution seulement. Pas de bénédiction Difficulté : le second jour de fête Il naît lui aussi d'un doute sur le jour exact, et l'on y récite pourtant le kidouch. Réponse : pour qu'on ne le traite pas avec légèreté. Rava propose une autre voie : le doute lui-même appelle une bénédiction, et le demai reste en deçà du doute, car la plupart des amei haarets dîme.
La distinction d'Abaye entre le certain et le doute à l'intérieur des institutions rabbiniques.
9
וְהָא יוֹם טוֹב שֵׁנִי דִּסְפֵק דִּבְרֵיהֶם הוּא, וּבָעֵי בְּרָכָה? הָתָם כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיזַלְזְלוּ בָּהּ. רָבָא אָמַר: רֹוב עַמֵּי הָאָרֶץ מְעַשְּׂרִין הֵן.

Mais le second jour de fête, qui relève du doute institué par les Sages, requiert pourtant une bénédiction ! Là-bas, c'est afin qu'on ne le traite pas avec légèreté.

Rava a dit : la plupart des amei haarets prélèvent la dîme.

📜 Rachi (2)
וּבָעֵי בְּרָכָה קָדוֹשׁ הַיּוֹם:
La sanctification du jour (kidouch).
רָבָא אָמַר סָפֵק דְּדִבְרֵיהֶם בָּעֵי בְּרָכָה וּדְמַאי אֲפִילּוּ סָפֵק לָא הָוֵי אֶלָּא חוּמְרָא בְּעָלְמָא דְּרֹוב עַמֵּי הָאָרֶץ מְעַשְּׂרִין:
Selon Rava, un doute institué par les Sages requiert bien une bénédiction ; et le demai n'atteint même pas le rang d'un doute, il ne constitue qu'une rigueur (houmra), puisque la plupart des amei haarets prélèvent la dîme.
💡 Explication

La distinction d'Abaye est mise à l'épreuve par le yom tov cheni, le second jour de fête en diaspora, institué à cause du doute sur le calendrier et pourtant accompagné du kidouch. La réponse invoque un motif propre : préserver son sérieux, faute de quoi les gens le traiteraient avec légèreté.

Rava renverse la construction. Pour lui, le doute rabbinique appelle bien une bénédiction, et le demai se situe en deçà du doute : la majorité des amei haarets prélèvent la dîme, de sorte que le prélèvement du demai relève d'une simple houmra (rigueur), ce qui explique l'absence de bénédiction.

10
אָמַר רַב הוּנָא: חָצֵר שֶׁיֵּשׁ לָהּ שְׁנֵי פְּתָחִים צְרִיכָה שְׁתֵּי נֵרוֹת. (וְאָמַר) [אָמַר] רָבָא: לָא אֲמַרַן אֶלָּא מִשְׁתֵּי רוּחוֹת, אֲבָל מֵרוּחַ אַחַת — לֹא צָרִיךְ. מַאי טַעְמָא? אִילֵימָא מִשּׁוּם חֲשָׁדָא — חֲשָׁדָא דְּמַאן? אִילֵּימָא חֲשָׁדָא דְּעָלְמָא — אֲפִילּוּ בְּרוּחַ אַחַת נָמֵי לִיבְעֵי! אִי חֲשָׁדָא דִּבְנֵי מָתָא — אֲפִילּוּ מִשְׁתֵּי רוּחוֹת נָמֵי לָא לִיבְעֵי. לְעוֹלָם מִשּׁוּם חֲשָׁדָא דִּבְנֵי מָתָא, וְזִימְנִין דְּחָלְפִי בְּהַאי וְלָא חָלְפִי בְּהַאי, וְאָמְרִי: כִּי הֵיכִי דִּבְהַאי פִּיתְחָא לָא אַדְלִיק — בְּהָךְ פִּיתְחָא נָמֵי לָא אַדְלִיק.

Rav Houna a dit : une cour qui a deux entrées exige deux lampes. Rava a dit : nous n'avons dit cela que pour deux côtés différents, mais d'un seul côté cela n'est pas nécessaire.

Quelle en est la raison ? Si tu dis que c'est à cause du hachad (le soupçon) — le soupçon de qui ?

Si tu dis le soupçon des gens du dehors, alors même d'un seul côté il faudrait deux lampes ! Et si c'est le soupçon des gens de la ville, alors même sur deux côtés il n'en faudrait pas deux.

En vérité, il s'agit bien du soupçon des gens de la ville : il arrive qu'ils passent par l'une sans passer par l'autre, et qu'ils disent : de même qu'il n'a pas allumé à cette entrée-ci, il n'a pas allumé non plus à cette entrée-là.

📜 Rachi (5)
חָצֵר שֶׁיֵּשׁ לָהּ ב' פְּתָחִים שֶׁיֵּשׁ לַבַּיִת ב' פְּתָחִים פְּתוּחִים לֶחָצֵר צְרִיכ' שְׁתֵּי נֵרוֹת נֵר לְכָל פֶּתַח כִּדְמָפ' טַעְמָא מִשּׁוּם חֲשָׁדָא שֶׁהָרוֹאֶה יְהֵא סָבוּר שֶׁהַבַּיִת חָלוּק וַהֲרֵי הוּא שֶׁל שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם וְיֹאמְרוּ הָאֶחָד אֵינוֹ מְקַיֵּים מִצְוַת נֵר:
Quand la maison a deux entrées ouvrant sur la cour, elle exige deux lampes, une à chaque entrée, pour la raison exposée ensuite : le soupçon. Celui qui voit croira la maison divisée et appartenant à deux personnes, et l'on dira que l'un des deux n'accomplit pas la mitsva de la lampe.
מב' רוּחוֹת אֶחָד בַּצָּפוֹן וְאֶחָד בַּמִּזְרָח:
L'une au nord, l'autre à l'est.
חֲשָׁדָא דְּעָלְמָא בְּנֵי עִיר אַחֶרֶת הָעוֹבְרִין מִשָּׁם בַּשּׁוּק:
Les habitants d'une autre ville, qui passent par là dans la rue.
אַפֵּי' מֵרוּחַ אַחַת נָמֵי סִבּוּרִין הֵן שֶׁהַבַּיִת חָלוּק מִתּוֹכוֹ:
Ils croient que la maison est divisée à l'intérieur.
וְאִי חֲשָׁדָא דִּבְנֵי מָתָא שֶׁיּוֹדְעִים שֶׁאֵין חִלּוּק:
Eux savent qu'elle n'est pas divisée.
💡 Explication

Le hachad est le soupçon que l'apparence fait naître chez autrui. La Guemara procède par élimination pour identifier qui est visé. Les gens du dehors supposeraient une maison divisée même lorsque les deux entrées se trouvent sur la même façade ; retenir leur soupçon obligerait donc toujours à deux lampes, contre Rava.

Les gens de la ville savent qu'un seul foyer habite là ; leur soupçon ne tient pas à une confusion sur le nombre d'habitants, mais à ce qu'ils voient en passant. Comme leur chemin ne longe qu'une façade, une entrée éteinte leur laisse croire à l'absence totale d'allumage. Deux façades exposées imposent ainsi deux lampes.

🖼️ Schéma
Une cour à deux entrées : combien de lampes ? Cour Deux côtés : deux lampes nord et est, selon Rachi Cour Un seul côté : une lampe suffit le passant voit les deux d'un coup De quel soupçon s'agit-il ? Gens du dehors : ils croiraient la maison divisée, même d'un seul côté. Écarte. Gens de la ville : ils savent la maison une, mais ne passent que d'un côté. Retenu. La résolution Le soupçon vise les gens de la ville. Ils savent qu'un seul foyer habite là, mais leur chemin ne longe qu'une façade à la fois. Voyant une entrée éteinte sur une façade, ils concluent qu'il n'a pas allumé du tout. Deux façades exposées imposent donc deux lampes. Sur une même façade, les deux entrées tombent dans le même regard : une lampe suffit à lever le doute.
Deux entrées sur deux côtés ou sur un seul, et le soupçon que chaque configuration produit.
11
וּמְנָא תֵּימְרָא דְּחָייְשִׁינַן לַחֲשָׁד? — דְּתַנְיָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: בִּשְׁבִיל אַרְבָּעָה דְּבָרִים אָמְרָה תּוֹרָה לְהַנִּיחַ פֵּיאָה בְּסוֹף שָׂדֵהוּ: מִפְּנֵי גֶּזֶל עֲנִיִּים, וּמִפְּנֵי בִּיטּוּל עֲנִיִּים, וּמִפְּנֵי הַחֲשָׁד, וּמִשּׁוּם ״בַּל תִּכְלֶה״. מִפְּנֵי גֶּזֶל עֲנִיִּים — שֶׁלֹּא יִרְאֶה בַּעַל הַבַּיִת שָׁעָה פְּנוּיָיה וְיֹאמַר לִקְרוֹבוֹ עָנִי: ״הֲרֵי זוֹ פֵּאָה״.

Et d'où dis-tu que nous prenons garde au soupçon ? De ce qui a été enseigné : Rabbi Chimon a dit : pour quatre raisons la Torah a prescrit de laisser la pea à la fin de son champ : à cause du vol des pauvres, à cause du désœuvrement des pauvres, à cause du soupçon, et au titre de « tu n'achèveras pas ».

À cause du vol des pauvres : pour que le maître de maison ne guette pas un moment où la place est libre et ne dise pas à son parent pauvre : voici la pea.

📜 Rachi (3)
לְסוֹף שָׂדֵהוּ בִּגְמַר קְצִירוֹ כִּדְכָתֵי' לֹא תְּכַלֶּה מַשְׁמַע בִּשְׁעַת כִּילּוּי וְלֹא שֶׁיַּקְצֶה אוֹתָהּ קֹודֶם לָכֵן:
À l'achèvement de sa moisson, comme il est écrit « tu n'achèveras pas » : cela s'entend au moment où il achève, ce qui exclut qu'il la mette à part auparavant.
מִפְּנֵי בִּטּוּל עֲנִיִּים וְכוּלְּהוּ מְפָרֵשׁ לְהוּ:
Et la baraita les explique tous.
שָׁעָה פְּנוּיָה שֶׁאֵין עֲנִיִּים אֶצְלוֹ וְיֹאמַר לִקְרוֹבוֹ עָנִי מַהֵר וְטוֹל כָּאן עַד שֶׁלֹּא יָבֹאוּ אֲחֵרִים אֲבָל עַכְשָׁיו שֶׁמַּנִּיחָהּ בִּגְמַר קְצִיר הַשָּׁד' הָעֲנִיִּים רוֹאִין וּבָאִין:
Un moment où il n'y a pas de pauvres auprès de lui ; il dirait à son parent pauvre : hâte-toi et prends ici, avant que d'autres n'arrivent. Mais puisqu'il la laisse à l'achèvement de la moisson du champ, les pauvres la voient et viennent.
💡 Explication

La Guemara cherche un précédent au raisonnement par le soupçon, et le trouve dans la pea, le coin du champ laissé aux pauvres. Rabbi Chimon en donne quatre motifs, dont le troisième est précisément le hachad : un passant qui verrait le champ entièrement moissonné supposerait que le propriétaire n'a rien laissé.

La Guemara explique ici le premier motif, le vol des pauvres. Laisser la pea au moment de son choix permettrait au propriétaire d'attendre que la place soit vide pour la désigner devant un parent pauvre. La prescrire à l'achèvement de la moisson la rend visible de tous. Le daf s'arrête au milieu de cette baraita, dont la suite occupe la page suivante.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).