Sougya : Le daf achève la baraita de la pea : ses quatre motifs, dont le soupçon, et la précision de Rava sur les fraudeurs. Il revient ensuite à 'Hanouka : une lampe à deux becs compte pour deux personnes, un bol entouré de mèches ne compte que s'il est couvert, faute de quoi il devient un brasier.
Rava fixe l'ordre de priorité pour le pauvre : la lampe de la maison passe avant la lampe de 'Hanouka et avant le kiddouch, et la lampe de 'Hanouka passe avant le kiddouch à cause de la publication du miracle. Suivent des enseignements sur la récompense des mitsvot (Rav Houna, Rava), l'heure de l'allumage de Chabbat (la femme de Rav Yossef), puis la Guemara revient à la michna : l'huile à brûler est de la terouma devenue impure ; Rabba interdit par crainte qu'on incline la lampe, Rav 'Hisda situe la michna un jour de fête tombant la veille de Chabbat, où l'on ne brûle pas les choses consacrées.
Et à cause du désœuvrement des pauvres : pour que les pauvres ne restent pas assis à guetter en disant : « maintenant le maître de maison pose la pea ». Et à cause du soupçon : pour que les passants ne disent pas : « que la malédiction vienne sur l'homme qui n'a pas laissé de pea dans son champ ».
Et au titre de « tu n'achèveras pas » (bal tekhalé). - Est-ce que tous les autres motifs ne relèvent pas de « tu n'achèveras pas » ? Rava a dit : [ce motif vise] les fraudeurs.
La baraita de Rabbi Chimon, commencée en 23a, énumère quatre motifs pour lesquels la pea doit être laissée à la fin du champ. Le désœuvrement des pauvres : s'ils ne savaient pas où et quand elle sera laissée, ils perdraient leur journée à guetter. Le soupçon (hachad) : une pea laissée au milieu est vite ramassée, et le passant qui voit ensuite le champ moissonné jusqu'au bout croit que rien n'a été donné.
La Guemara objecte que le quatrième motif, bal tekhalé, est le fondement de tous les autres. Rava précise qu'il vise les fraudeurs : sans lieu fixe, celui qui n'a rien laissé pourrait prétendre avoir donné la pea au milieu du champ. Pour la sougya de 'Hanouka, l'essentiel est que la Torah elle-même tient compte du soupçon.
Rav Yits'hak bar Redifa a dit au nom de Rav Houna : une lampe qui a deux becs compte pour deux personnes. Rava a dit : s'il a rempli un bol d'huile et l'a entouré de mèches, s'il a renversé un récipient dessus, il compte pour plusieurs personnes ; s'il n'a pas renversé de récipient dessus, il en a fait une sorte de brasier (medoura), et il ne compte même pas pour une seule.
Il s'agit du niveau des mehadrin, où chaque membre de la maison a sa propre lampe. Une lampe à deux becs porte deux flammes distinctes : elle vaut deux lampes.
Pour le bol entouré de mèches, tout dépend de l'apparence. Couvert d'un récipient, chaque flamme reste séparée et visible comme une lampe. Sans couvercle, les flammes se rejoignent au centre et forment une medoura (brasier) : ce n'est plus une lampe du tout, et l'on ne s'acquitte même pas pour une personne.
Rava a dit : il est évident pour moi que, entre la lampe de sa maison et la lampe de 'Hanouka, la lampe de sa maison a la priorité, à cause de la paix de son foyer (chalom bayit). Entre la lampe de sa maison et le kiddouch du jour, la lampe de sa maison a la priorité, à cause de la paix de son foyer.
Rava a demandé : entre la lampe de 'Hanouka et le kiddouch du jour, qu'en est-il ? Le kiddouch du jour a-t-il la priorité parce qu'il est fréquent (tadir), ou peut-être la lampe de 'Hanouka a-t-elle la priorité à cause de la publication du miracle (pirsoumei nissa) ?
Après l'avoir demandé, il l'a lui-même tranché : la lampe de 'Hanouka a la priorité, à cause de la publication du miracle.
Rava établit un ordre de priorité pour un pauvre qui ne peut financer qu'une dépense. La lampe de Chabbat de la maison passe avant tout, à cause du chalom bayit : une famille qui mange dans l'obscurité est une famille en souffrance.
Entre la lampe de 'Hanouka et le kiddouch, deux principes s'opposent. Le principe tadir (ce qui est fréquent passe en premier) favorise le kiddouch, hebdomadaire. Le principe de pirsoumei nissa favorise la lampe de 'Hanouka. Rava tranche en faveur de la publication du miracle. Tossefot et le Roch en tirent une conséquence pour la haftara de Chabbat Roch 'Hodech Tevet.
Rav Houna a dit : celui qui est habitué à la lampe aura des fils érudits (talmidei hakhamim). Celui qui est scrupuleux pour la mezouza mérite une belle demeure.
Celui qui est scrupuleux pour les tsitsit mérite un beau vêtement. Celui qui est scrupuleux pour le kiddouch du jour mérite de remplir des jarres de vin.
Rav Houna avait l'habitude de passer et d'étudier devant la porte de Rabbi Avin le charpentier. Il vit qu'il avait l'habitude d'allumer beaucoup de lampes ; il dit : deux grands hommes sortiront d'ici.
D'eux sortirent Rav Idi bar Avin et Rav 'Hiya bar Avin. Rav 'Hisda avait l'habitude de passer et d'étudier devant la porte de la maison familiale (bei nacha) de Rav Chizvi.
Il vit qu'on avait l'habitude d'allumer beaucoup de lampes ; il dit : un grand homme sortira d'ici. D'eux sortit Rav Chizvi.
Rav Houna associe à quatre mitsvot une récompense qui leur correspond. Pour la lampe, Rachi cite Michle : « la mitsva est une lampe et la Torah est lumière » ; la lumière de la mitsva amène la lumière de la Torah, sous la forme de fils érudits.
Deux récits l'illustrent. Chez Rabbi Avin le charpentier, on allumait beaucoup de lampes : ses deux fils devinrent des Amoraim. Chez Rav Chizvi, même constat. Rachi explique bei nacha comme la maison du père ou du beau-père, et note que le gendre compte comme un fils. Tossefot justifie le chiffre (deux fils ici, un seul là) par le nombre de personnes qui s'attachaient à la lampe, et discute l'usage de bei nacha dans la ketouba.
La femme de Rav Yossef allumait tard. Rav Yossef lui dit : il a été enseigné : « la colonne de nuée ne se retirait pas le jour, ni la colonne de feu la nuit » (Chemot 13, 22) : cela enseigne que la colonne de nuée complétait la colonne de feu, et que la colonne de feu complétait la colonne de nuée.
Elle pensa alors avancer [l'allumage] de beaucoup. Un certain vieillard lui dit : nous avons appris : pourvu qu'on n'avance pas trop et qu'on ne retarde pas.
La femme de Rav Yossef allumait la lampe de Chabbat juste avant la nuit. Rav Yossef lui cite une derasha : les deux colonnes du désert se chevauchaient, la colonne de feu apparaissant avant que celle de nuée ne se retire. De même, la lumière de Chabbat doit être là avant l'obscurité.
Elle en conclut qu'il faut allumer très tôt. Un vieillard fixe la limite : ni trop tard, ni trop tôt. Rachi donne la raison de la seconde limite : une lampe allumée en plein jour ne se distingue pas comme une lampe en l'honneur de Chabbat.
Rava a dit : celui qui aime les Sages aura des fils Sages. Celui qui honore les Sages aura des gendres Sages.
Celui qui craint les Sages sera lui-même un érudit (tsourba merabbanan). Et s'il n'est pas apte à cela, ses paroles seront écoutées comme celles d'un érudit.
Rava prolonge le thème de la récompense. Trois attitudes envers les Sages produisent trois fruits : l'amour donne des fils Sages (Rachi : il les aime comme un père aime son fils), l'honneur des gendres Sages, la crainte fait de la personne elle-même un tsourba merabbanan. À celui qui n'a pas la capacité d'étudier, il reste que sa parole aura le poids de celle d'un érudit.
« Ni avec de l'huile à brûler, etc. » : qu'est-ce que l'huile à brûler (chemen sereifa) ? Rabba a dit : de l'huile de terouma devenue impure.
Et pourquoi l'appelle-t-on « huile à brûler » ? Parce qu'elle est destinée à être brûlée.
Et le Chabbat, pour quelle raison [est-ce interdit] ? Comme il y a une mitsva de la détruire, on a décrété de peur qu'il n'incline [la lampe].
Abaye lui a dit : s'il en est ainsi, que ce soit permis le jour de fête (Yom tov) ! Pourquoi donc avons-nous appris : on n'allume pas avec de l'huile à brûler le jour de fête ? - C'est un décret sur le jour de fête à cause du Chabbat.
La Guemara revient à la michna (21a-b) : on n'allume pas avec du chemen sereifa. Rabba l'identifie : de la terouma devenue impure, interdite à la consommation et destinée à être brûlée. Comme il y a une mitsva de l'éliminer, on craint que la personne incline la lampe (chema yate) pour la faire brûler plus vite, ce qui est un travail interdit le Chabbat.
Abaye objecte : incliner la lampe est permis à Yom tov, pourquoi la michna l'interdit-elle aussi à Yom tov ? Rabba répond par une gezera : Yom tov est interdit à cause de Chabbat. Tossefot se demande pourquoi ce décret ne s'étend pas à toutes les huiles interdites le Chabbat, et si ce n'est pas un décret sur un décret. Les gloses du Roch rattachées ici reprennent l'ensemble du daf ; la dernière porte en réalité sur la sortie du chameau (chapitre Bameh behema) et ne cite notre page qu'en passant.
Rav 'Hisda a dit : nous ne craignons pas qu'il incline ; mais ici, il s'agit d'un jour de fête tombant la veille de Chabbat, car on ne brûle pas les choses consacrées (kodachim) le jour de fête. - Mais du fait qu'il est enseigné dans la clause suivante : « on n'allume pas avec de l'huile à brûler le jour de fête », on déduit que la première clause ne traite pas du jour de fête ! Rav 'Hanina de Soura a dit : il dit « quelle est la raison » (ma taam) : quelle est la raison pour laquelle on n'allume pas avec de l'huile à brûler le jour de fête ?
Parce qu'on ne brûle pas les choses consacrées le jour de fête.
Rav 'Hisda rejette la crainte de l'inclinaison. Selon lui, la michna vise un Yom tov tombant un vendredi : la lampe de Chabbat s'allume alors pendant Yom tov, et brûler de la terouma, rangée avec les kodachim, est interdit à Yom tov (source tirée des versets en 24b).
Objection : la michna suivante mentionne explicitement Yom tov, signe que la première n'en parlait pas. Rav 'Hanina de Soura répond que la seconde clause est un ma taam : elle n'ajoute pas de règle, elle donne la raison de la première.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).