Shabbat 24b — La halakha retenue sur la mention du jour, puis les huiles de la michna et l'interdit de brûler les kodachim un jour de fête

Shabbat 24b

Sougya : Le daf ouvre en tranchant la série de questions du daf précédent : la halakha suit Rabbi Yehochoua ben Levi, pour qui la ne'ila de Yom Kippour tombant le Chabbat mentionne le Chabbat, parce que ce jour s'est trouvé obligé de quatre prières. Une objection immédiate oppose cette halakha à celle de Rava sur la bénédiction abrégée du soir un jour de fête tombant le Chabbat, et la Guemara distingue les deux cas par l'origine de l'office.

Le daf revient ensuite à la michna sur le helev, où l'avis des Sages semble répéter celui du premier tana, avant d'aborder une nouvelle michna : les huiles interdites ou permises pour la lampe, et l'interdiction d'allumer avec de l'huile de sereifa un jour de fête. La Guemara consacre la fin du daf à quatre dérivations scripturaires du principe qu'on ne brûle pas les kodachim un jour de fête, par Hizkiya, Abaye, Rava et Rav Achi.

Une halakha contre une autre halakha, et la distinction Rabbi Yehochoua ben Levi Kippour tombant le Chabbat Office en cause : ne'ila Il n'y a pas de ne'ila un Chabbat ordinaire Il mentionne pourtant le Chabbat Motif : jour obligé de quatre prières Rava Jour de fête tombant le Chabbat Office en cause : me'en cheva du soir Il n'y a pas de me'en cheva un jour de fête Il ne mentionne pas la fête Motif : l'office ne vient que du Chabbat vs La distinction : hakhi hachta, comment comparer ? La me'en cheva du soir n'est due ni au Chabbat ni à la fête : les Sages l'ont instituée à cause du danger. La ne'ila de Kippour est due au jour lui-même : elle est l'une de ses quatre prières. Le critère dégagé Un office qui découle de l'obligation du jour porte toutes les mentions du jour. Un office institué pour un autre motif reste étranger à la mention du jour qui ne l'a pas produit.
La halakha retenue, l'objection de Rava et la distinction qui les concilie.
La michna des huiles : trois avis, deux questions distinctes Première règle : huile de sereifa, un jour de fête Terouma devenue impure, vouée au feu. Interdite le jour de fête, car on ne brûle pas les kodachim ce jour-là. Seconde règle : quelles huiles pour la lampe du Chabbat ? Rabbi Yichmael Interdit : itran (goudron) Motif : son odeur est mauvaise au titre du kavod haChabbat Le reste demeure permis Les Sages Permettent toutes les huiles : sésame, noix, radis, poisson, coloquintes, itran, nafta L'odeur ne fonde pas d'interdit Rabbi Tarfon Huile d'olive seule Toutes les autres sont exclues Position la plus restrictive Deux axes à ne pas confondre : la combustion d'un aliment consacré (jour de fête) et la qualité de la flamme (Chabbat). Rachi précise que la liste des huiles permises appartient à la conclusion de l'avis des Sages.
La nouvelle michna : l'huile de sereifa un jour de fête, puis les trois avis sur les huiles de la lampe.
Quatre dérivations : on ne brûle pas les kodachim un jour de fête 1. Hizkiya et l'école de Hizkiya Verset : et ce qui en reste jusqu'au matin, vous le brûlerez par le feu (Exode 12,10) Le second jusqu'au matin est superflu : il accorde un second matin pour la combustion, le hol hamoed. 2. Abaye Verset : holocauste de chaque Chabbat en son Chabbat (Nombres 28,10) Ni holocauste d'un jour ordinaire le Chabbat, ni holocauste d'un jour ordinaire un jour de fête. 3. Rava Verset : celui-là seul sera fait pour vous (Exode 12,16) celui-là exclut les machirin, les actes qui préparent la nourriture (broche, couteau, four). seul exclut la mila hors de son temps, qu'un kal va-homer aurait autorisée. 4. Rav Achi Le terme chabbaton employé pour les fêtes ; la dérivation se poursuit au daf suivant. Règle commune : une mitsva dont le temps n'est pas fixé et qui peut attendre le lendemain n'écarte pas le jour de fête.
Les quatre dérivations scripturaires de l'interdit de brûler les kodachim un jour de fête.
1
וְלֵית הִילְכְתָא כְּכָל הָנֵי שְׁמַעְתָּתָא, אֶלָּא כִּי הָא דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — הַמִּתְפַּלֵּל נְעִילָה צָרִיךְ לְהַזְכִּיר שֶׁל שַׁבָּת. יוֹם הוּא שֶׁנִּתְחַיֵּיב בְּאַרְבַּע תְּפִלּוֹת.

Et la halakha ne suit aucun de tous ces enseignements, mais ce qu'a dit Rabbi Yehochoua ben Levi : Yom Kippour qui tombe le Chabbat, celui qui récite la ne'ila (la prière de clôture du jour) doit mentionner le Chabbat. C'est un jour qui s'est trouvé obligé de quatre prières.

📜 Rachi (3)
כְּכָל הָנֵי שְׁמַעְתָּתָא רַב הוּנָא וְרַב יְהוּדָה וְרַב גִּידֵּל וְרַב אַחְדְּבוֹי אֶלָּא כִּתְפִלָּה אַחַת כָּךְ חֲבֶרְתָּהּ לְכָל דְּבַר הַיּוֹם וּמַזְכִּיר:
Rav Houna, Rav Yehouda, Rav Guidel et Rav Ahadvoi. Plutôt : ce qui vaut pour une prière vaut pour sa compagne, pour tout ce qui relève du jour, et il le mentionne.
צָרִיךְ לְהַזְכִּיר שֶׁל שַׁבָּת לוֹמַר וַתִּתֶּן לָנוּ אֶת יוֹם הַמָּנוֹחַ וְאֶת יוֹם הַכִּפּוּרִים הַזֶּה וְחוֹתֵם מְקַדֵּשׁ הַשַּׁבָּת ויוה"כ ואע"פ שֶׁאֵין תְּפִלַּת נְעִילָה בְּשַׁבָּת:
Dire : et tu nous as donné ce jour de repos et ce jour de Kippour ; et il conclut : qui sanctifie le Chabbat et le jour de Kippour. Et cela bien qu'il n'y ait pas de prière de ne'ila le Chabbat.
יוֹם הוּא שֶׁנִּתְחַיֵּיב בַּד' תְּפִלּוֹת לָאו תְּפִלַּת הַלַּיְלָה בִּכְלָל אֶלָּא תְּפִלּוֹת הַיּוֹם שַׁחֲרִית מוּסָף מִנְחָה וּנְעִילָה:
La prière du soir n'entre pas dans le compte ; il s'agit des prières du jour : chaharit, moussaf, minha et ne'ila.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֵית הִילְכְתָא כְּכָל הָנֵי שְׁמַעְתָּתָא פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס כְּרַב הוּנָא וְרַב יְהוּדָה וְרַב גִּידֵּל וְרַב אַחְדְּבוֹי וְאוֹמֵר ר"י דְּלָא הָיָה לוֹ לִמְנוֹת דְּרַב גִּידֵּל בַּהֲדַייְהוּ דַּאֲפִילּוּ רִיבָּ"ל מוֹדֶה דְּאֵין צָרִיךְ לְהַזְכִּיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ בַּנָּבִיא כֵּיוָן דְּנָבִיא בר"ח לֵיכָּא כְּלָל וְכֵן אָנוּ נוֹהֲגִין שֶׁלֹּא לְהַזְכִּיר:
Le Kountras (Rachi) explique : comme Rav Houna, Rav Yehouda, Rav Guidel et Rav Ahadvoi. Le Ri dit qu'il n'aurait pas fallu compter l'enseignement de Rav Guidel parmi les leurs, car même Rabbi Yehochoua ben Levi accorde qu'il n'y a pas à mentionner Roch Hodech dans la lecture prophétique, puisqu'il n'y a aucune lecture prophétique à Roch Hodech ; et tel est notre usage, de ne pas mentionner.
💡 Explication

La Guemara tranche ici la série de questions ouvertes au daf précédent. Elle écarte les avis de Rav Houna, Rav Yehouda, Rav Guidel et Rav Ahadvoi, qui refusaient la mention d'un événement dans un office ne provenant pas de lui, et retient l'avis de Rabbi Yehochoua ben Levi.

L'argument tient en une formule : yom hou chenithayev be-arba tefilot, c'est un jour qui s'est trouvé obligé de quatre prières. Rachi précise le compte : chaharit, moussaf, minha et ne'ila, la prière du soir restant en dehors. Les quatre forment un bloc, et la mention du Chabbat s'étend donc à la ne'ila, alors même qu'un Chabbat ordinaire ne comporte pas cet office.

Tossefot corrige la liste de Rachi : l'enseignement de Rav Guidel sur la haftara de Roch Hodech reste valide, puisque tous accordent qu'aucune lecture prophétique n'a lieu à Roch Hodech.

🖼️ Schéma
Les quatre prières de Yom Kippour selon Rachi arvit (hors compte) chaharit moussaf minha ne'ila Les quatre prières forment ensemble l'obligation du jour : ce qui vaut pour l'une vaut pour l'autre. Donc la ne'ila mentionne le Chabbat : et tu nous as donné ce jour de repos et ce jour de Kippour. Conclusion de la bénédiction : qui sanctifie le Chabbat et le jour de Kippour. La ne'ila n'existe pas un Chabbat ordinaire, et cela n'empêche pas la mention.
Les quatre prières qui forment l'obligation du jour de Kippour, et ce que la ne'ila mentionne.
2
קַשְׁיָא הִילְכְתָא אַהִילְכְתָא. אָמְרַתְּ הִילְכְתָא כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, וְקַייְמָא לַן הִילְכְתָא כְּרָבָא. דְּאָמַר רָבָא: יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת, שְׁלִיחַ צִיבּוּר הַיּוֹרֵד לִפְנֵי הַתֵּיבָה עַרְבִית אֵינוֹ צָרִיךְ לְהַזְכִּיר שֶׁל יוֹם טוֹב, שֶׁאִילְמָלֵא שַׁבָּת אֵין שְׁלִיחַ צִבּוּר יוֹרֵד עַרְבִית בְּיוֹם טוֹב.

Voilà une difficulté : une halakha contre une halakha. Tu as dit que la halakha suit Rabbi Yehochoua ben Levi, et nous tenons pour halakha l'avis de Rava.

Car Rava a dit : un jour de fête qui tombe le Chabbat, l'officiant qui descend devant l'arche au soir n'a pas à mentionner le jour de fête, car sans le Chabbat aucun officiant ne descend devant l'arche au soir d'un jour de fête.

📜 Rachi (1)
שְׁלִיחַ צִיבּוּר הַיּוֹרֵד עַרְבִית הַמִּתְפַּלֵּל בִּרְכַּת מֵעֵין שֶׁבַע קוֹנֵה שָׁמַיִם וָאָרֶץ מָגֵן אָבוֹת בִּדְבָרוֹ:
Celui qui récite la bénédiction abrégée des sept (me'en cheva) : qui possède le ciel et la terre, bouclier des pères par sa parole.
⚖️ Rosh (1)
וְהָנֵי תַּמְנֵי יוֹמֵי חֲנֻוכָּה מִיחַייְּבִי' לְמִיגְמַר בְּהוּ הַלֵּילָא בְּכָל יוֹם דְּאָמַר ר' יוֹחָנָן מִשּׁוּם ר' שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק תַּעֲנִית פ"ד דַּף כֹּח: י"ח יָמִים בַּשָּׁנָה יָחִיד גּוֹמֵר בָּהֶן אֶת הַהַלֵּל וְאֵלּוּ הֵן ח' יְמֵי הֶחָג וְח' יְמֵי חֲנֻוכָּה וְיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח וְיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל עֲצֶרֶת. וּבַגּוֹלָה אֶחָד וְעֶשְׂרִים יוֹם תִּשְׁעָה יְמֵי הֶחָג וְשֶׁמַּנְהִימֵי חֲנֻוכָּה וּשְׁנֵי יָמִים הָרִאשׁוֹנִים שֶׁל פֶּסַח וּשְׁנֵי יָמִים שֶׁל עֲצֶרֶת. אֲבָל הַלֵּל דְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ לָאו דְּאוֹרַיְיתָא אֶלָּא מִנְהָגָא דְּרַבָּנָן וּמִשּׁוּם הָכִי לָא גָּמְרִינַן בֵּיהּ הַלֵּילָא אֶלָּא מְדַלְּגִין. דְּאָמְרִינַן שָׁם רַב אִיקְּלַע לְבָבֶל חֲזָנְהוּ דְּהָווּ קָרוּ בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ הַלֵּל סָבַר לְאַפְסוֹקִינְהוּ שַׁמְעִינְהוּ דְּקָא מְדַלְּגִי אֲמַר שְׁמַע מִינַּהּ מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶם בִּידֵיהֶם. תָּנָא יָחִיד לֹא יַתְחִיל וְאִם הִתְחִיל גּוֹמֵר הִלְכָּךְ אִי בָּעֵי יָחִיד לְמִיקְרֵי הַלֵּל בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ קָרֵי לֵיהּ בְּלֹא בְּרָכָה. ור"ת כָּתַב דְּיָחִיד מְבָרֵךְ עַל הַלֵּל בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ בִּרְאָיוֹת בְּרוּרוֹת וּדְבָרָיו כָּתַבְתִּי בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּבְרָכוֹת סִי' ה':
Et ces huit jours de 'Hanouka, on est tenu d'y achever le hallel chaque jour, car Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak (Taanit, chapitre 4, 28b) : dix-huit jours dans l'année, un particulier y achève le hallel, et les voici : les huit jours de la fête de Souccot, les huit jours de 'Hanouka, le premier jour de fête de Pessa'h et le premier jour de fête de Chavouot. Et en diaspora, vingt-et-un jours : les neuf jours de la fête, les huit jours de 'Hanouka, les deux premiers jours de Pessa'h et les deux jours de Chavouot. Mais le hallel de Roch Hodech ne relève pas de la Torah, il n'est qu'un usage des Sages, et c'est pourquoi nous ne l'y achevons pas mais en sautons des passages. Car nous disons là-bas : Rav se trouva en Babylonie, il les vit lire le hallel à Roch Hodech et pensa les interrompre ; il les entendit sauter des passages et dit : on en apprend que c'est l'usage de leurs pères qu'ils tiennent en main. Il a été enseigné : un particulier ne commencera pas, et s'il a commencé il achève. Donc si un particulier veut lire le hallel à Roch Hodech, il le lit sans bénédiction. Et Rabbenou Tam a écrit qu'un particulier dit bien la bénédiction sur le hallel de Roch Hodech, avec des preuves claires, et j'ai rapporté ses propos au deuxième chapitre de Berakhot, siman 5.
💡 Explication

L'objection porte sur la cohérence du corpus : deux halakhot retenues se contredisent. Rava traite de la me'en cheva, la bénédiction abrégée des sept que l'officiant récite le soir du Chabbat après la prière silencieuse. Rachi en cite les formules : « qui possède le ciel et la terre », « bouclier des pères par sa parole ».

Selon Rava, un jour de fête tombant le Chabbat, cet office ne mentionne pas la fête, parce qu'il n'existerait pas sans le Chabbat. Ce raisonnement suit exactement la logique que la Guemara vient d'écarter au profit de Rabbi Yehochoua ben Levi.

3
הָכִי הַשְׁתָּא?! הָתָם בְּדִין הוּא דַּאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת נָמֵי לָא צְרִיךְ, וְרַבָּנַן הוּא דְּתַקִּינוּ מִשּׁוּם סַכָּנָה. אֲבָל הָכָא — יוֹם הוּא שֶׁנִּתְחַיֵּיב בְּאַרְבַּע תְּפִלּוֹת.

Comment comparer ? Là-bas, en toute rigueur, même le Chabbat il n'y aurait pas lieu de la réciter, et ce sont les Sages qui l'ont instituée à cause du danger.

Mais ici, c'est un jour qui s'est trouvé obligé de quatre prières.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם סַכָּנַת מַזִּיקִין שֶׁלֹּא הָיוּ בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת שֶׁלָּהֶן בְּיִשּׁוּב וְכָל שְׁאָר לֵילֵי הַחוֹל הָיוּ עֲסוּקֵין בִּמְלַאכְתָּן וּבְגָמְרָן מְלַאכְתָּן מִתְפַּלְּלִין עַרְבִית בְּבֵיתָן וְלֹא הָיוּ בָּאִין בְּבֵית הַכְּנֶסֶת אֲבָל לֵילֵי שַׁבָּת בָּאִין בְּבֵית הַכְּנֶסֶת וְחָשׁוּ שֶׁיֵּשׁ שֶׁאֵין מְמַהֲרִין לָבֹא וְשׁוֹהִין לְאַחַר תְּפִלָּה לְכָךְ הֶאֱרִיכוּ תְּפִלַּת הַצִּבּוּר:
À cause des êtres nuisibles, car leurs synagogues ne se trouvaient pas dans l'agglomération. Tous les autres soirs de semaine, ils étaient occupés à leur travail, et l'ayant achevé ils priaient le soir chez eux sans venir à la synagogue ; mais les soirs de Chabbat ils venaient à la synagogue. On craignit que certains ne se hâtent pas de venir et s'attardent après la prière ; c'est pourquoi on a allongé la prière de l'assemblée.
💡 Explication

La réponse tient dans la formule hakhi hachta, comment comparer. La me'en cheva ne découle pas de l'obligation du Chabbat : en toute rigueur elle n'aurait pas lieu d'être, et les Sages l'ont instituée michoum sakana, à cause du danger. Rachi décrit la situation concrète : les synagogues se trouvaient hors de l'agglomération, et l'on prolongeait l'office du soir du Chabbat afin que les retardataires puissent repartir avec l'assemblée.

La ne'ila de Kippour se situe sur un autre plan : elle appartient aux quatre prières dues par le jour lui-même. Le critère devient ainsi l'origine de l'office, et les deux halakhot cessent de se contredire.

🖼️ Schéma
Une halakha contre une autre halakha, et la distinction Rabbi Yehochoua ben Levi Kippour tombant le Chabbat Office en cause : ne'ila Il n'y a pas de ne'ila un Chabbat ordinaire Il mentionne pourtant le Chabbat Motif : jour obligé de quatre prières Rava Jour de fête tombant le Chabbat Office en cause : me'en cheva du soir Il n'y a pas de me'en cheva un jour de fête Il ne mentionne pas la fête Motif : l'office ne vient que du Chabbat vs La distinction : hakhi hachta, comment comparer ? La me'en cheva du soir n'est due ni au Chabbat ni à la fête : les Sages l'ont instituée à cause du danger. La ne'ila de Kippour est due au jour lui-même : elle est l'une de ses quatre prières. Le critère dégagé Un office qui découle de l'obligation du jour porte toutes les mentions du jour. Un office institué pour un autre motif reste étranger à la mention du jour qui ne l'a pas produit.
Les deux halakhot en tension et la distinction qui les sépare.
4
וְלֹא בְּאַלְיָה כו׳. חֲכָמִים הַייְנוּ תַּנָּא קַמָּא! אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּרַב בְּרוֹנָא אָמַר רַב. וְלָא מְסַיְּימִי.

« Ni avec la queue graisseuse », etc. Les Sages, c'est le premier tana !

Il y a entre eux le cas énoncé par Rav Berouna au nom de Rav. Et les avis ne sont pas identifiés.

📜 Rachi (3)
הַייְנוּ ת"ק דְּאָמַר וְלֹא בְּחָלָב כָּל חֵלֶב בַּמַּשְׁמָע:
Lui qui a dit « ni avec du helev (graisse) » : tout helev est inclus dans son propos.
דְּרַב בְּרוּנָא דְּשָׁרֵי ע"י תַּעֲרֹובֶת שֶׁמֶן כָּל שֶׁהוּא:
Qui permet par l'adjonction d'une quantité quelconque d'huile.
וְלָא מְסַיְּימִי אֵין נִיכָּר מִי אוֹסֵר וּמִי מַתִּיר:
On ne distingue pas qui interdit et qui permet.
🗂️ Tossefot (1)
אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּרַב בְּרוֹנָא אָמַר רַב וְלָא מְסַיְּימִי הִקְשָׁה רִיבָ"א אַמַּאי לָא מְסַיְּימִי וְהָא אָמַר בְּהַמּוֹכֵר פֵּירוֹת (ב"ב דַּף צג:) דְּכָל תַּנָּא בָּתְרָא לְטַפּוֹיֵי אֲתָא וְי"ל דְּהָכָא דְּאִיכָּא ג' תְּנָאִים אִיכָּא לְמֵימַר דְּלָא אֲתָא לְטַפּוֹיֵי אֶלָּא אַנַּחוּם הַמָּדִי דְּאָמַר מַדְלִיקִין בְּחָלָב מְבֻושָּׁל בְּעֵינֵיהּ וְאָתוּ חֲכָמִים לְמֵימַר אֲפִילּוּ בִּמְבֻושָּׁל אֵין מַדְלִיקִין בְּעֵינֵיהּ אֲבָל בִּנְתִינַת שֶׁמֶן לְתוֹכוֹ מֻותָּר וְטַעֲמָא דת"ק נָמֵי אִיכָּא לְמֵימַר דְּאָסַר בִּנְתִינַת שֶׁמֶן דֻּומְיָא דְּזֶפֶת וְשַׁעֲוָה וְלָא מְסַיְּימִי מִשּׁוּם דְּאִיכָּא לְמֵימַר תַּנָּא בָּתְרָא לְטַפּוֹיֵי אֲתָא:
Le Riva objecte : pourquoi les avis ne seraient-ils pas identifiés ? Il est dit au chapitre Hamokher perot (Bava Batra 93b) que tout tana postérieur vient ajouter. On peut répondre qu'ici, où il y a trois tanaim, on peut dire qu'il ne vient ajouter que sur Nahoum le Mède, qui a dit qu'on allume avec du helev cuit tel quel ; les Sages viennent dire que même cuit on n'allume pas avec lui tel quel, mais qu'en y versant de l'huile c'est permis. Et pour le premier tana aussi, on peut dire qu'il interdit même avec adjonction d'huile, à l'instar de la poix et de la cire. Les avis ne sont donc pas identifiés, puisqu'on peut dire que le tana postérieur vient ajouter.
💡 Explication

Le daf revient à la michna du chapitre sur les matières combustibles. La michna interdit d'allumer avec la queue graisseuse ou avec le helev (la graisse), Nahoum le Mède permet le helev cuit, et les Sages interdisent d'une façon ou de l'autre. La question saute aux yeux : l'avis des Sages répète celui du premier tana.

La réponse fait apparaître un cas intermédiaire, celui de Rav Berouna au nom de Rav : du helev cuit auquel on a ajouté une quantité quelconque d'huile. L'un des deux avis le permet et l'autre l'interdit. La Guemara conclut par vélo mesaymei, les positions ne sont pas assignées : la michna ne permet pas de savoir lequel tient quoi.

Tossefot confronte cette conclusion à une règle d'interprétation courante, selon laquelle un tana cité en dernier vient toujours ajouter quelque chose, ce qui trancherait la question. La présence de trois avis suffit à faire jouer la règle dans les deux sens.

🖼️ Schéma
Trois tanaim sur le helev, et la nafka mina cachée Premier tana ni avec du helev Rachi : tout helev est inclus cuit ou non : interdit Nahoum le Mède on allume avec du helev cuit, tel quel la cuisson suffit Les Sages d'une façon ou de l'autre, on n'allume pas Objection : c'est le premier tana La différence entre eux : le cas de Rav Berouna au nom de Rav helev cuit auquel on a ajouté une quantité quelconque d'huile vélo mesaymei : l'un des deux avis permet ce cas et l'autre l'interdit, et la michna ne dit pas lequel. Tossefot demande pourquoi la règle du tana postérieur qui vient ajouter ne tranche pas ici.
Les trois avis sur le helev et le cas de Rav Berouna qui les sépare.
5
מַתְנִי׳ אֵין מַדְלִיקִין בְּשֶׁמֶן שְׂרֵיפָה בְּיוֹם טוֹב. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר אֵין מַדְלִיקִין בְּעִטְרָן מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת. וַחֲכָמִים מַתִּירִין בְּכָל הַשְּׁמָנִים: בְּשֶׁמֶן שֻׁומְשְׁמִין, בְּשֶׁמֶן אֱגוֹזִים, בְּשֶׁמֶן צְנוּנוֹת, בְּשֶׁמֶן דָּגִים, בְּשֶׁמֶן פַּקּוּעוֹת, בְּעִטְרָן וּבְנֵפְט. רַבִּי טִרְפוֹן אוֹמֵר: אֵין מַדְלִיקִין אֶלָּא בְּשֶׁמֶן זַיִת בִּלְבַד.

MICHNA. On n'allume pas avec de l'huile de sereifa (huile de terouma devenue impure, vouée au feu) un jour de fête.

Rabbi Yichmael dit : on n'allume pas avec de l'itran (goudron) par égard pour le Chabbat. Et les Sages permettent avec toutes les huiles : huile de sésame, huile de noix, huile de radis, huile de poisson, huile de coloquintes, itran et nafta (naphte).

Rabbi Tarfon dit : on n'allume qu'avec de l'huile d'olive uniquement.

📜 Rachi (9)
מַתְנֵי' שֶׁמֶן שְׂרֵיפָה שֶׁמֶן שֶׁל תְּרוּמָה טְמֵאָה וּבַגְּמָ' מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
De l'huile de terouma devenue impure ; la Guemara en expliquera la raison.
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר כּוּ' בְּשַׁבָּת:
Il s'agit du Chabbat.
עִטְרָן פְּסֻולְתָּא דְּזִיפְתָּא:
Le résidu de la poix.
מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת שֶׁרֵיחוֹ רַע:
Parce que son odeur est mauvaise.
שֶׁמֶן שֻׁומְשְׁמִין כּוּ' מַסְּקָנָא דְּמִילְּתָא דַּחֲכָמִים הִיא:
La suite du propos forme la conclusion de l'avis des Sages.
צְנוּנוֹת צְנוֹן:
Le radis.
שֶׁמֶן דָּגִים מַקְרְבִי דָּגִים שֶׁנִּימּוֹחוּ:
Tirée des entrailles de poissons qui se sont décomposées.
פַּקּוּעוֹת דְּלַעַת מִדְבָּרִי:
Une courge sauvage.
נֵפְט מִין שֶׁמֶן שֶׁרֵיחוֹ רַע כִּדְאָמְרִינַן בְּסֵדֶר יוֹמָא (דַּף לט.) בָּא לִמְדֹּוד נֵפְט אוֹמְרִים לוֹ מְדֹוד לְעַצְמְךָ שֶׁאֵין אָדָם רוֹצֶה לְסַיְּיעוֹ:
Une sorte d'huile dont l'odeur est mauvaise, comme nous le disons dans l'ordre de Yoma (39a) : celui qui vient mesurer du nafta, on lui dit : mesure pour toi-même, car personne ne veut l'aider.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר רַבָּה הַייְנוּ טַעְמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְפִי שֶׁאֵין מַדְלִיקִין לֹא בִּפְתִילָה שֶׁאֵינָהּ מְחֹורֶכֶת וְלֹא בִּסְמַרְטוּטִין אע"פ שֶׁמְּחֹורָכִין וְהָכִי אִיתְּמַר בַּתּוֹסֶפְתָּא פ"ב. אֲבָל בְּרוֹב סְפָרִים כָּתוּב וְלֹא בִּסְמַרְטוּטִין שֶׁאֵינָן מְחֹורָכִין. וְגִירְסַת הַתּוֹסֶפְתָּא עִיקָּר דְּכֵיוָן דְּאַשְׁמוֹעִינַן שֶׁאֵין מַדְלִיקִין בִּפְתִילָה שֶׁאֵינָהּ מְחֹורֶכֶת כ"ש בִּסְמַרְטוּטִין שֶׁאֵינָן מְחֹורָכִין וְנוֹהֲגוֹת הַנָּשִׁים לְהַדְלִיק הַפְּתִילָה וּלְכַבּוֹתָהּ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא מְהֻובְהֶבֶת וְיֹאחַז בָּהּ הָאוּר הֵיטֵב וּמִנְהָג יָפֶה הוּא. וּמִיהוּ הֲלָכָה כְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּמַדְלִיקִין אע"פ שֶׁאֵינָהּ מְחֹורֶכֶת דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שַׁמּוּתִי הוּא וְעוֹד דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפִרְקִין בַּגְּמָרָא (שַׁבָּת דַּף לא:) כְּחָס עַל הַפְּתִילָה הָכָא בִּפְתִילָה שֶׁצָּרִיךְ לְהַבְהֵב עָסְקִינַן אַלְמָא מַשְׁמַע שֶׁיָּכוֹל לְהַדְלִיק בָּהּ אע"פ שֶׁאֵינָהּ מְהֻובְהֶבֶת:
Guemara. Rabba a dit : telle est la raison de Rabbi Eliezer, parce qu'on n'allume ni avec une mèche non roussie, ni avec des chiffons, même roussis. Ainsi est-il énonce dans la Tossefta, chapitre 2. Mais dans la plupart des livres il est écrit : « ni avec des chiffons non roussis ». La version de la Tossefta est la principale, car dès lors qu'on nous apprend qu'on n'allume pas avec une mèche non roussie, à plus forte raison avec des chiffons non roussis. Les femmes ont l'usage d'allumer la mèche puis de l'éteindre afin qu'elle soit flambée et que le feu y prenne bien, et c'est un bel usage. Toutefois la halakha suit Rabbi Akiva, selon qui on allume même si elle n'est pas roussie, car Rabbi Eliezer est chamouti (de l'école de Chamai, dont on ne retient pas l'avis) ; et de plus il est dit plus loin dans notre chapitre, dans la Guemara (Chabbat 31b) : « comme s'il épargnait la mèche » ; il s'agit là d'une mèche qu'il faut flamber, ce qui laisse entendre qu'on peut allumer avec elle même si elle n'est pas flambée.
💡 Explication

Cette michna joint deux règles distinctes. La première concerne le jour de fête : l'huile de sereifa est une huile de terouma devenue impure, qui ne peut plus être consommée et doit être brûlée. Comme la Guemara va l'établir, sa combustion relève de l'élimination des kodachim, interdite un jour de fête.

La seconde règle porte sur le Chabbat et sur la qualité de la lampe. Rabbi Yichmael écarte l'itran, le résidu de la poix, dont l'odeur est mauvaise, mipnei kevod haChabbat, par égard pour le Chabbat. Les Sages permettent toutes les huiles, y compris l'itran et le nafta ; Rachi indique que la liste appartient à la conclusion de leur avis. Rabbi Tarfon restreint tout à l'huile d'olive.

🖼️ Schéma
La michna des huiles : trois avis, deux questions distinctes Première règle : huile de sereifa, un jour de fête Terouma devenue impure, vouée au feu. Interdite le jour de fête, car on ne brûle pas les kodachim ce jour-là. Seconde règle : quelles huiles pour la lampe du Chabbat ? Rabbi Yichmael Interdit : itran (goudron) Motif : son odeur est mauvaise au titre du kavod haChabbat Le reste demeure permis Les Sages Permettent toutes les huiles : sésame, noix, radis, poisson, coloquintes, itran, nafta L'odeur ne fonde pas d'interdit Rabbi Tarfon Huile d'olive seule Toutes les autres sont exclues Position la plus restrictive Deux axes à ne pas confondre : la combustion d'un aliment consacré (jour de fête) et la qualité de la flamme (Chabbat). Rachi précise que la liste des huiles permises appartient à la conclusion de l'avis des Sages.
Les deux règles de la michna et les trois avis sur les huiles de la lampe.
6
גְּמ׳ מַאי טַעְמָא? לְפִי שֶׁאֵין שׂוֹרְפִין קָדָשִׁים בְּיוֹם טוֹב. מְנָהָנֵי מִילֵּי? אָמַר חִזְקִיָּה, וְכֵן תָּנָא דְּבֵי חִזְקִיָּה, אֲמַר קְרָא: ״וְלֹא תוֹתִירוּ מִמֶּנּוּ עַד בֹּקֶר וְהַנֹּותָר מִמֶּנּוּ עַד בֹּקֶר״. שֶׁאֵין תַּלְמוּד לוֹמַר ״עַד בֹּקֶר״! מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״עַד בֹּקֶר״ — בָּא הַכָּתוּב לִיתֵּן לוֹ בֹּקֶר שֵׁנִי לִשְׂרֵיפָתוֹ.

GUEMARA. Quelle en est la raison ?

Parce qu'on ne brûle pas les kodachim (les aliments consacrés) un jour de fête. D'où ces choses ?

Hizkiya a dit, et de même a enseigné l'école de Hizkiya : le verset dit « et vous n'en laisserez rien jusqu'au matin, et ce qui en reste jusqu'au matin ». Le verset n'avait pas à dire « jusqu'au matin » !

Que vient donc enseigner « jusqu'au matin » ? L'Écriture vient lui accorder un second matin pour sa combustion.

📜 Rachi (3)
גְּמ' מְנָהָנֵי מִילֵּי דְּאֵין שׂוֹרְפִין דְּאִי לֹא מְמַעֵט לָהּ קְרָא אִית לָן לְמֵימַר לֵיתֵי עֲשֵׂה דְּבָאֵשׁ תִּשְׂרֹופוּ וְיִדְחֶה אֶת לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה:
Qu'on ne brûle pas ; car si le verset ne l'excluait pas, nous devrions dire que le commandement positif « vous le brûlerez par le feu » vienne écarter l'interdit « tu ne feras aucun travail ».
שֶׁאֵין ת"ל עַד בֹּקֶר זִימְנָא אַחֲרִיתִי אֶלָּא וְהַנּוֹתָר מִמֶּנּוּ בָּאֵשׁ תִּשְׂרֹופוּ דְּהָא כְּתִיב עַד בֹּקֶר בְּרֵישָׁא:
Une seconde fois ; il suffisait d'écrire « et ce qui en reste, vous le brûlerez par le feu », puisque « jusqu'au matin » figure déjà au début.
בֹּקֶר שֵׁנִי שֶׁהוּא חֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד וְהָכִי מַשְׁמַע וְהַנּוֹתָר מִמֶּנּוּ לְבַקֵּר רִאשׁוֹן עַד בֹּקֶר שֵׁנִי הַמְתִּינוּ וְתִשְׂרְפֵהוּ:
Qui est le hol hamoed (les jours intermédiaires de la fête). Voici le sens : ce qui en reste au premier matin, attendez jusqu'au second matin et brûlez-le.
🗂️ Tossefot (2)
לְפִי שֶׁאֵין שׂוֹרְפִין קָדָשִׁים ביו"ט וא"ת הֵיכִי יָלְפִינַן תְּרוּמָה מִקָּדָשִׁים דְּקָדָשִׁים דִּין הוּא שֶׁאֵין שְׂרֵיפָתָן דּוֹחָה יו"ט לְפִי שֶׁאֵין יָכוֹל לֵיהָנוֹת בִּשְׁעַת שְׂרֵיפָה וְלָא אָמְרִינַן מִתּוֹךְ שֶׁהֻותְּרָה הַבְעָרָה לְצֹורֶךְ הֻותַּר' נָמֵי שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ אֶלָּא שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ אֹוכֶל נֶפֶשׁ אֲבָל צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא קְצָת צֹורֶךְ לְהִתְחַמֵּם אוֹ לְשׁוּם הֲנָאָה אֲבָל הַבְעָרָה לְגַמְרֵי שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ לֹא הֻותְּרָה אֶלָּא שְׂרֵיפַת תְּרוּמָה טְמֵאָה שֶׁמֻּותָּר לִיהְנוֹ' בִּשְׁעַת שְׂרֵיפָה לָמָּה יֵאָסֵר מַאי שְׁנָא מִשֶּׁמֶן חֻולִּין שֶׁמֻּותָּר לְשָׂורְפוֹ וּלְהַדְלִיקוֹ לַהֲנָאָתוֹ דְּאַטּוּ תְּרוּמָה לְפִי שֶׁיֵּשׁ מִצְוָה בִּשְׂרֵיפָתָהּ מִיגְרָע גָּרַע וְאוֹמֵר רִיבָ"א דְּוַדַּאי גָּרַע דְּכֵיוָן שֶׁאָסְרָה תּוֹרָה כָּל הֲנָאוֹת רַק הֲנָאַת שְׂרֵיפָה אִם כֵּן הַבְעָרָה זוֹ אֵינָהּ לְצֹורֶךְ הֲנָאָתוֹ אֶלָּא לְשֵׁם מִצְוַת שְׂרֵיפָה אֶלָּא שֶׁהַתּוֹרָה לֹא הִקְפִּידָה שֶׁיֵּהָנֶה מִמֶּנָּה בִּשְׁעַת בִּיעוּר' וּלְהָכֵי לָא דָּחֲיָא יו"ט מִידִי דַּהֲוָה אַנְּדָרִים וּנְדָבוֹת דְּאֵין קְרֵבִים ביו"ט לָמֶ"ד מִשֻּׁלְחַן גָּבוֹהַּ קָא זָכוּ וְכֵן שְׁתֵּי הַלֶּחֶם לְדִידֵיהּ אֵין אֲפִייָּתָן דּוֹחָה יו"ט אע"פ שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אֲכִילַת אָדָם מִשּׁוּם דְּעִיקָּרָן לְצֹורֶךְ גָּבוֹהַּ וְלָמֶ"ד קְרֵיבִין ביו"ט הַייְנוּ מִשּׁוּם דְּקָסָבַר דְּעִיקַּר שְׁחִיטָתָן וַאֲפִיָּיתָן נָמֵי לְצֹורֶךְ אָדָם אֲבָל שְׂרֵיפַת תְּרוּמָה טְמֵאָה וַדַּאי לְשֵׁם מִצְוַת בִּיעוּר וְלֹא לְשֵׁם הֲנָאָה הִלְכָּךְ אָסוּר ביו"ט כִּשְׁאָר קָדָשִׁים ולר"י נִרְאֶה דְּלָא שַׁיָּיךְ בִּשְׂרֵיפַת תְּרוּמָה לוֹמַר מִשֻּׁולְחַן גָּבוֹהַּ קָא זָכוּ וְלָא דָּמוּ לִשְׁתֵּי הַלֶּחֶם שֶׁהָאֲפִיָּיה הִיא לְצֹורֶךְ גָּבוֹהַּ שֶׁהֲרֵי אַחַר אֲפִייָּה צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת בָּהֶם תְּנוּפָה וְכֵן אַחַר שְׁחִיטַת נְדָרִים וּנְדָבוֹת עוֹשִׂין מֵהֶן לְגָבוֹהַּ אֲבָל תְּרוּמָה טְמֵאָה אֵין עוֹשִׂין מִמֶּנָּה לְגָבוֹהַּ כְּלוּם וְלֵיכָּא לְמֵימַר בָּהּ מִשֻּׁולְחַן גָּבוֹהַּ קָא זָכוּ וְהָכִי מְפָרֵשׁ רִ"י לְפִי שֶׁאֵין שׂוֹרְפִין קָדָשִׁים ביו"ט פִּי' גָּזְרוּ תְּרוּמָה אַטּוּ קָדָשִׁים וא"ת וּמַאי אִירְיָא אַטּוּ קָדָשִׁים מִשּׁוּם דְּאֵין שׂוֹרְפִין קָדָשִׁים בְּיו"ט נִגְזוֹר מִשּׁוּם תְּרוּמָה שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ דַּאֲפִילּוּ שׂוֹרְפִין קָדָשִׁים בְּיו"ט דְּאָתֵי עֲשֵׂה וְדָחֵי לֹא תַעֲשֶׂה תְּרוּמָה שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ אֵין שׂוֹרְפִין דְּמַשְׁמַע מִתּוֹךְ פרש"י בְּסָמוּךְ דְּאֵין עֲשֵׂה בִּשְׂרֵיפָתָהּ אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וי"ל דִּשְׂרֵיפַת תְּרוּמָה שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ לָא שְׁכִיחַ דְּשׁוּם אָדָם לֹא יִשְׂרְפֶנָּה חִנָּם כֵּיוָן שֶׁיָּכוֹל לֵיהָנוֹת בִּשְׂרֵיפָתָהּ וְכִדְמוּכָח בַּיְּרוּשַׁלְמִי כַּלָּשׁוֹן הַזֶּה:
On peut objecter : comment apprend-on la terouma des kodachim ? Pour les kodachim, il est normal que leur combustion n'écarte pas le jour de fête, puisqu'on ne peut en tirer aucun profit au moment où ils brûlent ; et nous ne disons « dès lors que l'allumage a été permis pour un besoin, il a été permis aussi sans besoin » que pour ce qui ne relève pas du besoin alimentaire, encore faut-il qu'il y ait un certain besoin, se chauffer ou quelque autre profit, un allumage entièrement sans aucun besoin n'ayant pas été permis. Mais la combustion d'une terouma impure, dont il est permis de tirer profit pendant qu'elle brûle, pourquoi serait-elle interdite ? En quoi diffère-t-elle d'une huile de hol (profane), qu'il est permis de brûler et d'allumer pour en profiter ? La terouma serait-elle plus mal traitée du fait qu'il y a une mitsva dans sa combustion ? Le Riva répond qu'elle est bien plus mal traitée : puisque la Torah a interdit tous les profits sauf celui de la combustion, cet allumage vise la mitsva de brûler et non son profit, la Torah ayant seulement admis qu'il en profite au moment de l'élimination ; c'est pourquoi cela n'écarte pas le jour de fête, à l'instar des nedarim et nedavot (offrandes votives et volontaires), qui ne sont pas offertes un jour de fête selon celui qui tient qu'on les acquiert de la table d'En-Haut. De même, pour lui, la cuisson des deux pains n'écarte pas le jour de fête, quoiqu'ils comportent une consommation humaine, parce que leur objet premier est un besoin d'En-Haut ; et selon celui qui tient qu'elles sont offertes un jour de fête, c'est qu'il estime que l'objet premier de leur abattage et de leur cuisson est aussi le besoin de l'homme. Mais la combustion d'une terouma impure vise certainement la mitsva d'élimination et non un profit ; elle est donc interdite le jour de fête comme les autres kodachim. Et il semble au Ri qu'on ne peut pas dire de la combustion de la terouma qu'on l'acquiert de la table d'En-Haut, et qu'elle ne ressemble pas aux deux pains, dont la cuisson répond à un besoin d'En-Haut, puisque après la cuisson il faut en faire la tenoufa (le balancement) ; de même, après l'abattage des nedarim et nedavot on en offre à En-Haut, tandis que d'une terouma impure on n'offre rien à En-Haut, et l'on ne peut pas dire d'elle qu'on l'acquiert de la table d'En-Haut. Le Ri explique ainsi « parce qu'on ne brûle pas les kodachim un jour de fête » : on a décrété sur la terouma à cause des kodachim. On peut objecter : pourquoi invoquer les kodachim ? Puisqu'on ne brûle pas les kodachim un jour de fête, décrétons plutôt à cause de la terouma brûlée sans besoin ; car même si l'on brûlait les kodachim un jour de fête, le commandement positif venant écarter l'interdit, une terouma brûlée sans besoin ne se brûlerait pas, puisqu'il ressort du commentaire de Rachi ci-après qu'il n'y a de commandement positif dans sa combustion que du fait des Sages. On peut répondre que brûler une terouma sans besoin est un cas rare, car personne ne la brûlera pour rien dès lors qu'il peut en tirer profit pendant qu'elle brûle, comme il ressort du Talmud de Jérusalem dans ces termes mêmes.
בֹּקֶר שֵׁנִי לִשְׂרֵיפָתוֹ וא"ת אִי בֹּקֶר שֵׁנִי דַּוְקָא וְאֵינוֹ יָכוֹל לְשָׂורְפוֹ בְּלֵיל מוֹצָאֵי יו"ט הֵיכִי מוּכָח דְּאֵין שְׂרֵיפַת קָדָשִׁים דּוֹחָה יוֹם טוֹב הָא ע"כ אֵינוֹ מִטַּעַם דְּאֵין שְׂרֵיפַת קָדָשִׁים דּוֹחָה יוֹם טוֹב דְּהָא בְּלֵיל מוֹצָאֵי יוֹם טוֹב נָמֵי אֵין שׂוֹרְפוֹ וְאִם כֵּן גְּזֵרַת הַכָּתוּב הוּא לִשְׂרֹוף בְּבֹקֶר שֵׁנִי וְי"ל הָא דְּאֵין שׂוֹרְפִין בַּלַּיְלָה הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּהִקְפִּיד הַכָּתוּב שֶׁלֹּא לִשְׂרֹוף הַקֳּדָשִׁים בַּלַּיְלָה כִּדְאַשְׁכְּחַן בִּשְׁלָמִים דְּאֵין נֶאֱכָלִין לְאוֹר שְׁלִישִׁי וַאֲפִילּוּ הָכֵי אֵין נִשְׂרָפִין אֶלָּא בְּיוֹם שְׁלִישִׁי כִּדְדָרֵישׁ בְּרֵישׁ פְּסָחִים ('ף ג. וְשָׁם) בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי בָּאֵשׁ יִשָּׂרֵף בַּיּוֹם אַתָּה שׂוֹרְפוֹ כו':
On peut objecter : si le second matin est requis strictement et qu'on ne peut pas le brûler la nuit de la sortie du jour de fête, comment prouver que la combustion des kodachim n'écarte pas le jour de fête ? Ce serait forcément pour un autre motif, puisque la nuit de la sortie du jour de fête non plus on ne le brûle pas, et il s'agirait donc d'un décret de l'Écriture de brûler au second matin. On peut répondre : si l'on ne brûle pas la nuit, c'est parce que l'Écriture a tenu à ce qu'on ne brûle pas les kodachim de nuit, comme nous le trouvons pour les chelamim (offrandes de paix), qui ne sont pas consommés la troisième nuit et qui pourtant ne sont brûlés que le troisième jour, ainsi que l'expose le début de Pessahim (3a) : « le troisième jour, il sera brûlé par le feu » ; c'est de jour que tu le brûlés, etc.
💡 Explication

La Guemara demande la source du principe qui sous-tend la michna. Hizkiya la trouve dans une redondance du verset sur le korban Pessa'h : « jusqu'au matin » y figure deux fois. Le second emploi accorde un boker cheni, un second matin, pour la combustion du reste, c'est-à-dire le premier jour de hol hamoed.

Rachi explique l'enjeu du raisonnement. Sans cette exclusion, on appliquerait la règle générale selon laquelle un commandement positif écarte un interdit : l'ordre de brûler le reste l'emporterait sur l'interdit de travailler le jour de fête. Le verset bloque cette conclusion.

Tossefot pose une question de fond : la michna traite de terouma impure, dont la combustion procure un profit, alors que le raisonnement porte sur les kodachim, dont la combustion n'en procure aucun. La réponse du Riva distingue le profit toléré du profit recherché ; celle du Ri fait de l'interdit sur la terouma un décret des Sages pris à cause des kodachim.

🖼️ Schéma
Le second matin : quand brûle-t-on le reste du korban Pessa'h ? 15 nissan, nuit consommation premier matin jour de fête on ne brûle pas second matin hol hamoed on brûle Le mot jusqu'au matin répété est superflu : il déplace la combustion au lendemain du jour de fête. Tossefot ajoute que la nuit est exclue par ailleurs : les kodachim se brûlent de jour.
Le second matin : la combustion du reste est reportée au hol hamoed.
7
אַבַּיֵּי אָמַר, אֲמַר קְרָא: ״עוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ״ — וְלֹא עוֹלַת חוֹל בְּשַׁבָּת, וְלֹא עוֹלַת חוֹל בְּיוֹם טוֹב.

Abaye a dit : le verset dit « holocauste de chaque Chabbat en son Chabbat » ; et non l'holocauste d'un jour ordinaire le Chabbat, et non l'holocauste d'un jour ordinaire un jour de fête.

📜 Rachi (1)
עוֹלַת חוֹל כְּגוֹן אֶבְרֵי תָּמִיד שֶׁל עֶרֶב יו"ט שֶׁלֹּא הֻוקְטְרוּ מִבְּעוֹד יוֹם אֵין מַעֲלִין אוֹתָן מִשֶּׁחֲשֵׁכָה וכ"ש קָדָשִׁים פְּסוּלִים לָא שָׂרְפִינַן:
Par exemple les membres du sacrifice quotidien de la veille du jour de fête qui n'ont pas été consumés tant qu'il faisait encore jour : on ne les fait pas monter à l'autel après la tombée de la nuit ; et à plus forte raison ne brûlons-nous pas des kodachim devenus passoul (invalides).
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא עוֹלַת חוֹל בְּשַׁבָּת וְלֹא עוֹלַת חוֹל בְּיוֹם טוֹב תֵּימַהּ כֵּיוָן דִּקְרָא בְּשַׁבָּת אַיְירֵי מְנָא לֵיהּ לְמִדְרַשׁ וְלֹא עוֹלַת חוֹל בְּיוֹם טוֹב דִּילְמָא דַּוְקָא וְלֹא חוֹל בְּשַׁבָּת דַּחֲמִיר מִיּוֹם טוֹב וי"ל דְּאַבַּיֵּי סָבַר כְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּדָרֵישׁ בְּפֶרֶק אֵלּוּ קְשָׁרִים (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קיד.) עוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבָּת אַחֶרֶת לִימֵּד עַל חֶלְבֵי שַׁבָּת שֶׁקְּרֵיבִין בְּיוֹם טוֹב מִדְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמִשְׁרֵי עוֹלַת שַׁבָּת בְּיוֹם טוֹב אִם כֵּן עוֹלַת חוֹל בְּיוֹם טוֹב אָסוּר דְּסָבַר נְדָרִים וּנְדָבוֹת אֵין קְרֵבִין בְּיוֹם טוֹב כִּדְאָמַר הָתָם וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל פְּלִיג הָתָם וּדְרֵישׁ עוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ לִימֵּד עַל חֶלְבֵי שַׁבָּת שֶׁקְּרֵיבִין בי"ה אֲבָל שֶׁקְּרֵיבִין בְּיוֹם טוֹב לָא אִיצְטְרִיךְ דְּקָסָבַר נְדָרִים וּנְדָבוֹת קְרֵיבִין בְּיוֹם טוֹב:
C'est étonnant : puisque le verset parle du Chabbat, d'où tire-t-il d'exposer « et non l'holocauste d'un jour ordinaire un jour de fête » ? Peut-être l'exclusion ne porte-t-elle que sur le jour ordinaire le Chabbat, plus grave que le jour de fête. On peut répondre qu'Abaye tient comme Rabbi Akiva, qui expose au chapitre Elou kecharim (plus loin, Chabbat 114a) : « l'holocauste du Chabbat » lors d'un autre Chabbat, ce qui enseigne au sujet des graisses du Chabbat qu'elles sont offertes un jour de fête ; et puisqu'il a fallu un verset pour permettre l'holocauste du Chabbat un jour de fête, il s'ensuit que l'holocauste d'un jour ordinaire un jour de fête est interdit, car il tient que les nedarim et nedavot ne sont pas offerts un jour de fête, comme il est dit là-bas. Rabbi Yichmael s'y oppose et expose « holocauste de chaque Chabbat en son Chabbat » : cela enseigne au sujet des graisses du Chabbat qu'elles sont offertes à Yom Kippour ; mais qu'elles soient offertes un jour de fête, aucun verset n'était nécessaire, car il tient que les nedarim et nedavot sont offerts un jour de fête.
💡 Explication

Abaye propose une seconde dérivation, tirée du verset des sacrifices supplémentaires : l'holocauste du Chabbat se consume en son Chabbat, et non un autre jour. La formule exclut le report d'un sacrifice de jour ordinaire sur le Chabbat, puis sur le jour de fête.

Rachi fournit le cas concret : les membres du sacrifice quotidien de la veille restés sur l'autel après la nuit tombée. Si l'on ne peut même pas achever un sacrifice valide, on brûlera encore moins des kodachim passoul, devenus invalides.

Tossefot demande comment le jour de fête se trouve inclus dans une exclusion formulée pour le Chabbat, et rattache la lecture d'Abaye à la position de Rabbi Akiva sur les nedarim et nedavot, les offrandes votives et volontaires, qui selon lui ne sont pas offertes un jour de fête.

8
רָבָא אָמַר, אֲמַר קְרָא: ״הוּא לְבַדּוֹ יֵעָשֶׂה לָכֶם״. ״הוּא״ — וְלֹא מַכְשִׁירִין. ״לְבַדּוֹ״ — וְלֹא מִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ, דְּאָתְיָא בְּקַל וָחֹומֶר.

Rava a dit : le verset dit « celui-là seul sera fait pour vous ». « Celui-là », et non les machirin (les actes qui préparent la nourriture).

« Seul », et non la mila (la circoncision) hors de son temps, qu'on aurait déduite par kal va-homer (à fortiori).

📜 Rachi (3)
הוּא לְבַדּוֹ קְרָאֵי יַתִּירֵי נִינְהוּ דְּמָצֵי לְמִכְתַּב אַךְ אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל נֶפֶשׁ יֵעָשֶׂה לָכֶם:
Ce sont des mots superflus dans le verset, car il aurait pu écrire : « seulement ce qui sera mangé par toute personne sera fait pour vous ».
מַכְשִׁירִין מַכְשִׁירֵי הָאֹוכֶל כְּגוֹן לַעֲשׂוֹת שְׁפוּד וְסַכִּין וְתַנּוּר וְכִירַיִם:
Les actes préparatoires de la nourriture, par exemple fabriquer une broche, un couteau, un four ou un fourneau.
לְבַדּוֹ לִמְעוּטֵי מִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ דְּלָא דָּחֲיָא שַׁבָּת וְיו"ט דְּאִי לָא מַעֲטֵיהּ קְרָא אָתְיָא בְּק"ו דְּתִידְחֵי בְּפָ' ר' אֱלִיעֶזֶר (לְקַמָּן שַׁבָּת קלב:) דְּהָכִי תַּנְיָא הָתָם וּמַה צָרַעַת שֶׁדּוֹחֶה אֶת עֲבוֹדָה וַעֲבוֹדָה דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת מִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ דּוֹחָה אוֹתָהּ דְּהָכִי תַּנְיָא הָתָם מִילָה דּוֹחָה אֶת הַצָּרַעַת בֵּין בִּזְמַנָּהּ בֵּין שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ וְיָלֵיף לָהּ מִקְּרָאֵי שַׁבָּת שֶׁנִּדְחֵית מִפְּנֵי עֲבוֹדָה אֵינוֹ דִּין שֶׁתְּהֵא מִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ דּוֹחֶה אוֹתָהּ אֲתָא לְבַדּוֹ לְאַפּוֹקֵי מֵהַאי ק"ו דְּלָא תִּדְרוֹשׁ לֵיהּ וּמִמֵּילָא שָׁמְעִינַן מִינָּהּ דְּמִצְוָה שֶׁאֵין זְמַנָּהּ קָבוּעַ וְיָכוֹל לַעֲשׂוֹתָהּ לְמָחָר אֵינָהּ דּוֹחָה יוֹם טוֹב וה"ה לִשְׂרֵיפַת קָדָשִׁים טְמֵאִים:
Pour exclure la mila hors de son temps, qui n'écarte ni le Chabbat ni le jour de fête ; car si le verset ne l'avait pas exclue, on aurait déduit par kal va-homer qu'elle les écarte, au chapitre Rabbi Eliezer (plus loin, Chabbat 132b). Il y est enseigné ainsi : la tsaraat (la lèpre) écarte le service du Temple, et le service du Temple écarte le Chabbat, or la mila hors de son temps écarte la tsaraat, car il est enseigné là-bas que la mila écarte la tsaraat, tant en son temps que hors de son temps, et cela est déduit de versets ; le Chabbat, qui est écarté devant le service du Temple, n'est-il pas juste que la mila hors de son temps l'écarte ? « Seul » vient donc écarter ce kal va-homer, pour que tu ne l'exposes pas. Et il s'en déduit d'elle-même cette règle : une mitsva dont le temps n'est pas fixé et qu'on peut accomplir le lendemain n'écarte pas le jour de fête ; il en va de même pour la combustion des kodachim impurs.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא מִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ דְּאָתְיָא בק"ו פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס מַה צָרַעַת שֶׁדּוֹחֶה אֶת הָעֲבוֹדָה וַעֲבוֹדָה דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת מִילָה דּוֹחָה אוֹתָהּ שַׁבָּת שֶׁנִּדְחֵית כּוּ' וְקָשֶׁה בְּפֶרֶק ר"א דְּמִילָה (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קלב: וְשָׁם) לֵית לֵיהּ לְרָבָא הַאי קַל וָחֹומֶר דְּקָסָבַר הַאי דְּצָרַעַת דּוֹחָה אֶת הָעֲבוֹדָה לָאו מִשּׁוּם דַּחֲמִירָא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּגַבְרָא הוּא דְּלָא חֲזִי והר"ר יוֹסֵף פּוֹרָת לָא גָּרֵיס דְּאָתְיָא בק"ו דְּהָא בְּלָאו ק"ו נָמֵי אָתְיָא דְּאָתֵי עֲשֵׂה וְדָחֵי לֹא תַעֲשֶׂה וְרַב אַשִּׁי הוּא דִּמְשַׁנֵּי דיו"ט עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה הוּא וְאֵין עֲשֵׂה דּוֹחֶה לֹא תַעֲשֶׂה וַעֲשֵׂה וְקָשֶׁה לר"י דבפ"ק דְּבֵיצָה (דַּף ח: וְשָׁם) מַשְׁמַע דְּאִית לֵיהּ לְרָבָא דיו"ט עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה הוּא גַּבֵּי אֵפֶר כִּירָה דְּפָרִיךְ סוֹף סוֹף יו"ט עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה הוּא וְאֵין עֲשֵׂה דְּכִיסּוּי דּוֹחֶה לֹא תַעֲשֶׂה וַעֲשֵׂה אֶלָּא אָמַר רָבָא כוּ' וְדֹוחַק לְמֵימַר דְּהַשַּׁ"ס נִיחָא לֵיהּ לְמִיפְרַךְ דיו"ט עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה הוּא דקי"ל כְּרַב אַשִּׁי אֲבָל רָבָא אע"ג דְּלֵית לֵיהּ ליו"ט עֲשֵׂה וְלֹא תַּעֲשֶׂה מ"מ אֵין כִּיסּוּי דּוֹחֶה יו"ט מִלְּבַדּוֹ ור"י מְפָרֵשׁ דְּאָתְיָא בק"ו מִנְּדָרִים וּנְדָבוֹת דְּדָחוּ יו"ט אַף עַל גַּב שֶׁלֹּא נִכְרְתוּ עֲלֵיהֶם י"ג בְּרִיתוֹת מִילָה לכ"ש וְקָסָבַר רָבָא דִּקְרֵיבִין ביו"ט וְלֵיכָּא לְמִיפְרַךְ מַה לִנְדָרִים וּנְדָבוֹת שֶׁהֵן לְצֹורֶךְ גָּבוֹהַּ כִּדְפָרִיךְ בְּפֶ' ר' אֱלִיעֶזֶר דְּמִילָה (לְקַמָּן שַׁבָּת קלא:) מַה לָעֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם שֶׁהֵן לְצֹורֶךְ גָּבוֹהַּ דְּהָא לָאו חוֹבָה נִינְהוּ וַאֲפִילּוּ חַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת לָא מִיקְּרוּ צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ כֵּיוָן דְּאִי לֹא חָטָא לָא בָּעֵי לְאַייְתִינְהוּ וְאִית לֵיהּ לְרָבָא דְּיוֹם טוֹב עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה כִּדְמוֹכַח בְּבֵיצָה לְהָכִי אִיצְטְרִיךְ ק"ו דְּאִי לָאו ק"ו לָא הֲוָה צְרִיךְ קְרָא לְמֵיסַר וְרָבָא לָא קָאֵי אַשְּׂרֵיפַת קָדָשִׁים אֶלָּא הַשַּׁ"ס מַיְיתֵי מִשּׁוּם דְּמִינָּהּ נָמֵי שָׁמְעִינַן דְּאֵין שְׂרֵיפַת קָדָשִׁים דּוֹחָה יו"ט:
Le Kountras (Rachi) a expliqué : la tsaraat écarte le service du Temple, et le service du Temple écarte le Chabbat, or la mila écarte la tsaraat ; le Chabbat, qui est écarté, etc. Cela fait difficulté, car au chapitre Rabbi Eliezer de la mila (plus loin, Chabbat 132b) Rava ne retient pas ce kal va-homer, estimant que si la tsaraat écarte le service du Temple, c'est parce que l'homme se trouve alors inapte et non parce qu'elle serait plus grave. Rabbi Yossef de Porat ne lisait pas « qu'on aurait déduite par kal va-homer », car sans kal va-homer aussi on l'aurait déduite, le commandement positif venant écarter l'interdit ; c'est Rav Achi qui répond que le jour de fête comporte un commandement positif et un interdit, et qu'un commandement positif n'écarte pas un interdit assorti d'un commandement positif. Le Ri objecte : au premier chapitre de Beitsa (8b) il ressort que Rava tient bien que le jour de fête comporte commandement positif et interdit, au sujet de la cendre du fourneau, où il est demandé : en fin de compte le jour de fête comporte commandement positif et interdit, et le commandement de couvrir le sang n'écarte pas un interdit assorti d'un commandement positif ; « Rava dit plutôt », etc. Il serait forcé de dire que le Talmud trouve commode d'objecter que le jour de fête comporte commandement positif et interdit parce que nous tranchons comme Rav Achi, tandis que Rava, bien qu'il ne tienne pas cette thèse, estime malgré tout que le fait de couvrir le sang n'écarte pas le jour de fête, du fait de « seul ». Et le Ri explique que le kal va-homer vient des nedarim et nedavot, qui écartent le jour de fête quoique treize alliances n'aient pas été conclues à leur sujet comme pour la mila : à plus forte raison pour la mila. Rava tient qu'ils sont offerts un jour de fête, et l'on ne peut pas objecter « que dire des nedarim et nedavot, qui répondent à un besoin d'En-Haut », comme il est objecté au chapitre Rabbi Eliezer de la mila (plus loin, Chabbat 131b) « que dire de l'omer et des deux pains, qui répondent à un besoin d'En-Haut », puisqu'ils ne sont pas obligatoires ; et même les hataot et achamot (sacrifices expiatoires et de culpabilité) ne sont pas appelés besoin d'En-Haut, puisque sans faute il n'aurait pas eu à les apporter. Rava tient que le jour de fête comporte commandement positif et interdit, comme il ressort de Beitsa ; c'est pourquoi le kal va-homer était nécessaire, car sans lui aucun verset n'aurait été requis pour interdire. Rava ne portait pas son propos sur la combustion des kodachim, mais le Talmud le rapporte parce qu'on en apprend aussi que la combustion des kodachim n'écarte pas le jour de fête.
💡 Explication

Rava lit deux mots superflus dans le verset qui permet le travail alimentaire un jour de fête. « Celui-là » exclut les machirin, les actes qui rendent la cuisson possible sans être la cuisson elle-même : fabriquer une broche, un couteau, un four. « Seul » exclut la mila hors de son temps, la circoncision reportée au-delà du huitième jour.

Cette seconde exclusion était nécessaire parce qu'un kal va-homer allait dans le sens inverse, comme Rachi le détaille par la chaîne tsaraat, service du Temple, Chabbat. De cette exclusion se dégage la règle générale qui fonde la michna : une mitsva dont le temps n'est pas fixé et qui peut attendre le lendemain n'écarte pas le jour de fête. La combustion d'une terouma impure entre précisément dans cette catégorie.

Tossefot mène une longue discussion sur la cohérence de Rava avec ses positions ailleurs, en particulier sur la question de savoir si le jour de fête comporte, outre son interdit, un commandement positif de repos.

🖼️ Schéma
Deux mots superflus, deux exclusions celui-là seul sera fait pour vous celui-là exclut les machirin, actes qui préparent la nourriture broche, couteau, four, fourneau seul exclut la mila hors de son temps, qu'un kal va-homer aurait admise et avec elle la combustion des kodachim
Les deux exclusions tirées des mots celui-là et seul.
9
רַב אַשִּׁי אָמַר: (״שַׁבָּת״) ״שַׁבָּתוֹן״ —

Rav Achi a dit : (« Chabbat ») « chabbaton » ;

💡 Explication

Quatrième dérivation, interrompue par la fin de l'amoud. Rav Achi s'appuie sur le terme chabbaton employé pour les jours de fête. Ce mot y ajoute un commandement positif de repos, de sorte que le jour de fête comporte à la fois un interdit et un commandement positif ; or un commandement positif seul n'écarte pas un interdit assorti d'un commandement positif. La suite du raisonnement se lit au daf 25a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).