Shabbat 25a — Brûler la terouma impure : la mitsva de destruction et le profit qu'on en tire

Shabbat 25a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de l'explication précédente : le jour de fête comporte à la fois une interdiction de travail et un commandement positif de repos, et le commandement de brûler les kodachim invalides ne suffit pas à le repousser. De là, la Guemara déduit qu'en semaine l'usage du chemen serefa, l'huile de terouma devenue impure, est permis.

Rav énonce alors le principe : de même qu'il y a une mitsva de brûler les kodachim impurs, il y a une mitsva de brûler la terouma impure, et la Tora autorise à en tirer profit pendant sa destruction. Deux sources sont proposées : celle de Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh, tirée du pluriel teroumotai, et celle de Rabbi Abahou au nom de Rabbi Yo'hanan, tirée du mot mimenou dans la confession des maasserot.

La discussion se resserre sur une question d'exclusion : le mot mimenou écarte-t-il la terouma ou bien le kodech ? La Guemara oppose alors les rigueurs du kodech, groupées sous le signe PNK AKHS, à celles de la terouma, groupées sous le signe MHPZ.

Le fil de la sougya Michna (24b) : on n'allume pas un jour de fête avec le chemen serefa, l'huile de terouma devenue impure. Pourquoi ? Le jour de fête est une interdiction assortie d'un commandement positif, et le commandement de brûler (ba-ech tisrefou) ne le repousse pas. Interdit le jour de fête — donc permis en semaine. Rav : mitsva de brûler la terouma impure comme les kodachim impurs, et la Tora permet d'en tirer profit au moment de sa destruction. Où la Tora a-t-elle dit cela ? Rav Nahman / Rabba bar Avouh teroumotai au pluriel = deux teroumot, lekha = elle est à toi, chauffe ton plat. Rabbi Abahou / Rabbi Yo'hanan vélo biarti mimenou betame : mimenou, et non l'huile de terouma. Objection : et si mimenou excluait le kodech ? Kal vahomer : le maasser est léger, le kodech est grave. Alors la terouma aussi par kal vahomer ! Réponse : le verset écrit mimenou, il faut donc exclure quelqu'un de la règle. Ou ma raita : qui exclure ? Les rigueurs du kodech (PNK AKHS) contre celles de la terouma (MHPZ) — la suite au daf 25b.
Le mouvement d'ensemble du daf, de la michna sur le jour de fête jusqu'à la confrontation des deux signes mnémotechniques.
Les deux sources du profit tiré pendant la destruction Source 1 — Rav Nahman Et moi, voici, je t'ai donné la garde de Mes teroumot (Bamidbar 18, 8) teroumotai au pluriel : deux teroumot visées lekha à toi : qu'elle soit tienne Une terouma pure et une terouma impure, et l'impure est à toi pour en chauffer ton plat. Source 2 — Rabbi Abahou Je n'ai rien détruit de lui en état d'impureté (Devarim 26, 14) mimenou : de lui, du maasser cheni, tu ne détruis pas en état d'impureté le mot restreint l'interdiction Mais tu peux brûler l'huile de terouma devenue impure — et en tirer profit pendant qu'elle brûle.
Les deux dérivations proposées pour fonder le profit tiré de la terouma impure pendant sa destruction.
Ou ma raita : lequel des deux est-il le plus grave ? Le mot mimenou n'exclut qu'un seul terme. Celui qu'on exclut est le moins grave. Kodech — signe PNK AKHS six rigueurs absentes de la terouma Piggoul pensée de consommer hors du temps où du lieu Notar reste au-delà du temps imparti, à brûler Korban il porte le nom de sacrifice Meila détournement d'un bien consacré Karet pour qui en mange en état d'impureté Interdit à l'onen celui dont le mort n'est pas encore enseveli Conclusion de la première lecture : on exclut la terouma, pas le kodech. Terouma — signe MHPZ rigueurs absentes du kodech Mita mort par la main du Ciel pour le non-cohen Homech le cinquième ajouté par celui qui en mange par erreur Les deux dernières lettres du signe sont énoncées au début du daf 25b : notre amoud s'arrête sur mita et homech. Conclusion de la seconde lecture : on exclut le kodech, pas la terouma. Nafka mina peut-on s'éclairer à l'huile de terouma impure, ou seulement à celle du kodech impur ?
Les rigueurs mises en balance dans la question ou ma raita.
1
עֲשֵׂה. וְהָוֵה לֵיהּ יוֹם טוֹב עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה — וְאֵין עֲשֵׂה דּוֹחֶה אֶת לֹא תַעֲשֶׂה וַעֲשֵׂה.

... un commandement positif. Le jour de fête se trouve donc assorti d'un commandement positif et d'une interdiction — et un commandement positif ne repousse pas un ensemble formé d'une interdiction et d'un commandement positif.

📜 Rachi (2)
עֲשֵׂה הוּא דְּמַשְׁמַע שְׁבוּת בּוֹ:
C'est un commandement positif : car le terme chabbaton signifie repose-toi en ce jour.
וְאֵין עֲשֵׂה דְּבָאֵשׁ תִּשְׂרֹופוּ דּוֹחֶה יו"ט דְּהוּא לֹא תַעֲשֶׂה וַעֲשֵׂה ואע"ג דְּהַדְלָקַת נֵר ביו"ט מְלָאכָה הַמֻּותֶּרֶת הִיא הוֹאִיל וְהַבְעָרַת שְׁאָר קָדָשִׁים שֶׁאֵין נֶהֱנִין מֵהֶן נֶאֱסָרִין גַּם זוֹ לֹא יָצָא מִן הַכְּלָל:
Et un commandement positif : celui de vous brûlerez au feu ne repousse pas le jour de fête, qui est une interdiction assortie d'un commandement positif. Et bien qu'allumer une lampe le jour de fête soit un travail permis, puisque la combustion des autres kodachim dont on ne tire aucun profit est interdite, celle-ci non plus ne sort pas de la règle générale.
🗂️ Tossefot (1)
ה"ל יו"ט עֲשֵׂה כו' וְאֶת הָנָךְ אָמוֹרָאֵי דִּלְעֵיל דְּסָבְרִי דיו"ט לֹא תַעֲשֶׂה גְּרֵידָא נֵילַף מֵהָכָא דְּלָא דָּחֵי עֲשֵׂה אֶת ל"ת וְכִי הַאי גַּוְונָא פָּרֵיךְ בְּפ"ק דִּיבָמוֹת (דַּף ו.) וְשֶׁמָּא מִיכֵּן לָא נֵילַף לְפִי שֶׁיָּכוֹל לַעֲשׂוֹת אַחַר יו"ט [ת"י]:
Le jour de fête se trouve assorti d'un commandement positif, etc. : quant aux Amoraim cités plus haut, qui tiennent que le jour de fête est une simple interdiction, déduisons d'ici qu'un commandement positif ne repousse pas une interdiction. On objecte de la sorte au premier chapitre de Yevamot (6a). Peut-être n'y a-t-il rien à déduire d'ici, parce qu'on peut accomplir la combustion après le jour de fête. [Tossefot Yechanim]
💡 Explication

Ce segment achève l'explication commencée au daf précédent. La michna interdit d'allumer un jour de fête avec le chemen serefa, l'huile de terouma devenue impure qui doit être détruite. La Guemara cherche pourquoi le commandement de brûler les kodachim invalides ne l'emporte pas sur l'interdiction de travailler ce jour-là.

La réponse tient à la structure du jour de fête. Il comporte une interdiction, tu ne feras aucun travail servile, et un commandement positif de repos tiré du mot chabbaton. Or le principe asse dohé lo taasse, un commandement positif repousse une interdiction, vaut face à une interdiction seule. Face à un ensemble formé d'une interdiction et d'un commandement positif, il ne joue plus.

Rachi ajoute une précision importante : allumer une lampe le jour de fête est en soi un travail permis. La difficulté ne vient donc pas de l'acte d'allumer, mais de la combustion des kodachim, interdite ce jour-là dès lors qu'on n'en tire pas de profit alimentaire.

🖼️ Schéma
La règle de préséance entre commandements Cas ordinaire commandement positif (asse) contre une simple interdiction le positif l'emporte Cas du jour de fête commandement positif (asse) contre interdiction + commandement positif le positif ne l'emporte pas Jour de fête : tu ne feras aucun travail servile (interdiction) + chabbaton, tu te reposeras (positif). Face à lui : ba-ech tisrefou, vous brûlerez au feu les kodachim invalides (positif seul). Résultat : la combustion des kodachim invalides attend la fin de la fête, et l'on n'allume pas ce jour-là avec le chemen serefa.
Pourquoi le commandement de brûler ne repousse pas le jour de fête.
2
בְּיוֹם טוֹב הוּא דַּאֲסִיר, הָא בְּחוֹל — שַׁפִּיר דָּמֵי: מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב: כְּשֵׁם שֶׁמִּצְוָה לִשְׂרֹוף הַקֳּדָשִׁים שֶׁנִּטְמְאוּ, כָּךְ מִצְוָה לִשְׂרֹוף אֶת הַתְּרוּמָה שֶׁנִּטְמֵאת. וְאָמְרָה תּוֹרָה: בִּשְׁעַת בִּיעוּרָהּ תֵּיהָנֵי מִמֶּנָּה. הֵיכָן אָמְרָה תּוֹרָה? מִדְּרַב נַחְמָן, דְּאָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ, אֲמַר קְרָא: ״וַאֲנִי הִנֵּה נָתַתִּי לְךָ אֶת מִשְׁמֶרֶת תְּרוּמֹותָי״ — בִּשְׁתֵּי תְּרוּמוֹת הַכָּתוּב מְדַבֵּר, אַחַת תְּרוּמָה טְהוֹרָה וְאַחַת תְּרוּמָה טְמֵאָה. וְאָמַר רַחֲמָנָא: ״לְךָ״ — שֶׁלְּךָ תְּהֵא, לְהַסִּיקָהּ תַּחַת תַּבְשִׁילְךָ.

C'est le jour de fête que cela est interdit ; en semaine, en revanche, on peut fort bien le faire. Quelle en est la raison ?

Rav a dit : de même qu'il y a une mitsva de brûler les kodachim devenus impurs, de même il y a une mitsva de brûler la terouma devenue impure. Et la Tora a dit : au moment de sa destruction, tires-en profit.

Où la Tora a-t-elle dit cela ? De l'enseignement de Rav Nahman, car Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : le verset dit, Et moi, voici, je t'ai donné la garde de Mes teroumot — l'Écriture parle de deux teroumot, l'une pure et l'autre impure.

Et le Miséricordieux a dit, à toi — qu'elle soit tienne, pour en chauffer ton plat.

📜 Rachi (2)
הָא בְּחוֹל שַׁפִּיר דָּמֵי לְאִיתְהֲנוֹיֵי מִינָּהּ:
En semaine, en revanche, on peut fort bien le faire : c'est-à-dire en tirer profit.
מִצְוָה לִשְׂרֹוף אֶת הַתְּרוּמָה שֶׁנִּטְמֵאת דְּדָמְיָא לְקַדֵּשׁ וְעוֹד מִשּׁוּם תַּקָּלָה:
Il y a une mitsva de brûler la terouma devenue impure : parce qu'elle ressemble au kodech, et en outre à cause du risque de takala, qu'on en vienne à la consommer.
🗂️ Tossefot (3)
הָא בְּחוֹל שַׁפִּיר דָּמֵי מ"ט כּוּ' תֵּימַהּ מֵהֵיכָא תֵּיתֵי דִּתְרוּמָה טְמֵאָה אֲסוּרָה בַּהֲנָאָה דְּבָעֵי מ"ט אִי מִמַּעֲשֵׂר הַקַּל כִּדְמַשְׁמַע בְּסָמוּךְ אִיכָּא לְמִיפְרַךְ מַה לְמַעֲשֵׂר שֶׁכֵּן הד"ס ט"ב כִּדְפָרִיךְ בְּהֵעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף עַד:) וְלֵיכָּא לְמֵימַר דַּהֲוָה אָסְרִינַן לֵיהּ מִשּׁוּם דְּאִיקְרֵי קֹדֶשׁ דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא כ״ב:י״ד) וְנָתַן לַכֹּהֵן אֶת הַקֹּדֶשׁ אוֹ מִשּׁוּם דְּהֻוקְּשָׁה לְקָדָשִׁים כִּדְאָמַר בִּמְעִילָה בְּפֶרֶק הַנֶּהֱנֶה (דַּף יט.) דְּקֹדֶשׁ אַקְשִׁי רַחֲמָנָא לִתְרוּמָה וְקֹדֶשׁ גּוּפֵיהּ אָסוּר בַּהֲנָאָה כְּשֶׁנִּיטְמָא אֲפִילּוּ אוֹתוֹ קֹדֶשׁ שֶׁהָיָה מֻותָּר בַּהֲנָאָה קֹודֶם כְּמוֹ שְׁלָמִים נָפְקָא לָן שַׁפִּיר מק"ו דְּמַעֲשֵׂר אוֹ מֵהֶיקֵּשָׁא דְּמַעֲשֵׂר כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כֹּד.) דְּא"כ מַאי פָּרֵיךְ וּמֶה רָאִיתָ וְאֵימָא מִמֶּנּוּ אֲתָא לְמַעוּטֵי קֹדֶשׁ וְלֹא תְּרוּמָה וְאִם נְמַעֵט קֹדֶשׁ מֵהֵיכָא תֵּיתֵי אִיסּוּר תְּרוּמָה וְי"ל דַּהֲוָה גָּמְרִינַן תְּרוּמָה מִדְּאִיתַּקַּשׁ לְבִכּוּרִים וּבִכּוּרִים לְמַעֲשֵׂר כִּדְאָמְרִינַן בְּהֵעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף מג:) וּלְקַמָּן לָא סְמִיךְ אק"ו אֶלָּא אַהֶיקֵּשָׁא סְמִיךְ וּמִיהוּ קֹדֶשׁ אָתֵי שַׁפִּיר בק"ו מִמַּעֲשֵׂר כִּדְאָמְרִי' בְּפֶ' כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כֹּד.) וְלֵיכָּא לְמִיפְרַךְ שֶׁכֵּן הד"ס ט"ב דְּכוּלְּהוּ אִיתַנְהוּ בַּקֹּדֶשׁ בַּר מִוִּידּוּי ואר"ת דְּמִוִּידּוּי לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיפְרַךְ דְּלָא שַׁיָּיךְ וִידּוּי גַּבֵּי קֹדֶשׁ אֲבָל בִּתְרוּמָה שַׁייָּךְ דְּהָא אַגַּב מַעֲשֵׂר מִתְוַדֶּה נָמֵי אַתְּרוּמָה כִּדְאָמַר וְגַם נְתַתִּיו לְלֵוִי זוֹ תְּרוּמָה וְאֵין לָהּ וִידּוּי בִּפְנֵי עַצְמָהּ וא"ת אַכַּתִּי הֵיכִי יָלֵיף בק"ו קֹדֶשׁ מִמַּעֲשֵׂר הָא אִיכָּא לְמִיפְרַךְ מַה לְמַעֲשֵׂר שֶׁכֵּן טָעוּן כֶּסֶף צוּרָה כִּדְפָרִיךְ בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּמַכּוֹת (דַּף יז:) ואור"י דְּלָא שַׁיָּיךְ הַאי פִּירְכָא אֶלָּא דַּוְקָא גַּבֵּי חוּץ לַחוֹמָה כִּדְהָתָם דְּבָעֵי לְמֵילַף דְּאוֹכֵל תּוֹדָה אוֹ שְׁלָמִים חוּץ לַחוֹמָה דְּלוֹקֶה מִמַּעֲשֵׂר וְאִם תֹּאמַר הָכָא אָסְרִינַן הַסָּקָה וְהַדְלָקָה בְּאִיסּוּרֵי הֲנָאָה וְעָרְלָה דַּאֲסוּרָה בַּהֲנָאָה וְשָׁרִי לֵיהָנוֹת בִּשְׁעַת בִּיעוּר כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים כז:) וְלָא מַשְׁכַּח הָתָם עֵצִים לְרַבָּנָן דַּאֲסוּרִים אֶלָּא בְּשַׁרְשִׁיפָא וְצָרִיךְ לִדְחוֹת וְלוֹמַר דְּשֶׁמֶן וּבָשָׂר וּתְבוּאָה חֲשִׁיבִי בְּעַיִן טְפֵי בִּשְׁעַת הֶיסֵּק מֵעֵצִים:
En semaine, en revanche, on peut fort bien le faire ; quelle en est la raison, etc. : c'est étonnant. D'où tirerait-on que la terouma impure est interdite au profit, pour qu'on demande quelle en est la raison ? Si on la tire du maasser, qui est plus léger, comme il ressort de la suite, on peut objecter : qu'en est-il du maasser, qui comporte les rigueurs du signe HDS TB, comme on objecte au chapitre Ha-arel (Yevamot 74b) ? Et l'on ne peut pas dire qu'on l'interdirait parce qu'elle est appelée kodech, selon le verset il donnera au cohen le kodech, ou parce qu'elle est rapprochée des kodachim par un hekech, comme il est dit dans Meila, chapitre Ha-nehene (19a), que le Miséricordieux a rattaché le kodech à la terouma. Car le kodech lui-même, interdit au profit une fois devenu impur — même un kodech qui était auparavant permis au profit, comme les chelamim —, se déduit bien du kal vahomer depuis le maasser, ou du hekech du maasser, comme il est dit au chapitre Kol chaa (Pessahim 24a). S'il en allait ainsi, que demanderait la Guemara par ou ma raita, et pourquoi dire que mimenou vient exclure le kodech et non la terouma ? Et si nous excluons le kodech, d'où viendrait l'interdiction portant sur la terouma ? On peut répondre que nous aurions appris la terouma du fait qu'elle est rapprochée des bikourim, et les bikourim du maasser, comme nous disons au chapitre Ha-arel (Yevamot 43b) ; et plus loin, c'est sur le hekech que la Guemara s'appuie, non sur le kal vahomer. Toutefois, le kodech s'obtient bien par kal vahomer depuis le maasser, comme nous disons au chapitre Kol chaa (Pessahim 24a), et l'on ne peut pas objecter les rigueurs du signe HDS TB, puisqu'elles se trouvent toutes dans le kodech, hormis le viddouy, la confession. Rabbenou Tam a dit qu'on ne peut pas objecter à partir du viddouy, car la confession ne concerne pas le kodech ; pour la terouma elle joue, puisque à l'occasion du maasser on se confesse aussi sur la terouma, comme il est dit, et je l'ai aussi donné au levi — c'est la terouma, qui n'a pourtant pas de confession propre. Si tu objectes : comment déduire encore le kodech du maasser par kal vahomer, puisqu'on peut objecter que le maasser requiert une monnaie frappée, comme on objecte au dernier chapitre de Makot (17b) ? Le Ri a répondu que cette objection ne vaut que pour le cas de la consommation hors des murs, comme la-bas, où l'on veut déduire du maasser que celui qui mange la toda ou les chelamim hors des murs reçoit les coups. Et si tu objectes : ici nous interdisons la chauffe et l'allumage pour les choses interdites au profit, alors que l'orla, elle aussi interdite au profit, peut être mise à profit au moment de sa destruction, comme il est dit au chapitre Kol chaa (Pessahim 27b), et l'on n'y trouve, selon les Sages, de bois interdits que dans le cas du banc. Il faut repousser cela et dire que l'huile, la viande et le grain gardent davantage leur consistance propre au moment de la chauffe que le bois.
כָּךְ אַתָּה מִצְוָוה לִשְׂרֹוף אֶת הַתְּרוּמָה פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס מִשּׁוּם דְּלָא לֵיתֵי בָּהּ לִידֵי תַּקָּלָה לְפִי טַעַם זֶה נִרְאֶה דְּלָאו דַּוְקָא שְׂרֵיפָה אֶלָּא ה"ה שְׁאָר בִּיעוּר וכ"פ בְּהֶדְיָא בְּאֵלּוּ עוֹבְרִין ול"נ דִּבְסוֹף תְּמוּרָה (דַּף לג:) קָתָנֵי תְּרוּמָה טְמֵאָה בַּהֲדֵי הַנִּשְׂרָפִין וְקָתָנֵי הָתָם הַנִּשְׂרָפִין לֹא יִקָּבְרוּ ע"כ נִרְאֶה דִּשְׂרֵיפָה דַּוְקָא מִשּׁוּם דְּדָמְיָא לְקַדֵּשׁ וּמִדְּרַבָּנָן א"נ מִדְּאוֹרַיְיתָּא מִדְּאִיקְרֵי קֹדֶשׁ וְאִם תֹּאמַר דְּאָמַר בספ"ק דִּפְסָחִים (דַּף כ:) גַּבֵּי תְּרוּמָה טְמֵאָה שֶׁתַּעֲשֶׂה זִילּוּף הָא תְּנַן בִּתְמוּרָה הָרָאוּי לִקְבוּרָה קְבוּרָה פֵּירוּשׁ כְּגוֹן מַשְׁקִין וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא קָאֵי אֶלָּא אַעָרְלָה וְכִלְאֵי הַכֶּרֶם וְלֹא אַתְּרוּמָה דְּשָׁרְיָא בַּהֲנָאָה.:
Ainsi es-tu tenu de brûler la terouma : le Kountras explique que c'est pour qu'on n'en vienne pas à une takala. Selon cette raison, il semble que la combustion ne soit pas exigée en propre, et qu'il en aille de même de tout autre mode de destruction ; c'est ainsi qu'il a expliqué expressément au chapitre Elou ovrin. Il me semble pourtant qu'à la fin de Temoura (33b) on enseigne la terouma impure parmi les choses à brûler, et l'on y enseigne que les choses à brûler ne seront pas enterrées. Il faut donc en conclure que la combustion est exigée en propre, parce que la terouma ressemble au kodech — soit d'ordre rabbinique, soit d'ordre toraique du fait qu'elle est appelée kodech. Et si tu objectes : il est dit à la fin du premier chapitre de Pessahim (20b), à propos de la terouma impure, qu'on en fera un ziloufe, alors que nous avons appris dans Temoura que ce qui est propre à l'enfouissement est enfoui, c'est-à-dire les liquides. On peut répondre que cela ne vise que l'orla et le kilei hakerem, et non la terouma, qui reste permise au profit.
אַחַת תְּרוּמָה טְמֵאָה וְאַחַת תְּרוּמָה טְהוֹרָה וְאַף עַל גַּב דְּדָרֵישׁ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר (בְּפוֹרוֹת דַּף לד. וְסַם) אַחַת תְּרוּמָה טְהוֹרָה וְאַחַת תְּלוּיָה יַנִּיחֶנָּה בְּמָקוֹם הַמֻּוצְנָע וְלֹא בִּמְקוֹם הַתֻּורְפָּה דְּאָסוּר לִגְרוֹם לָהּ טֻומְאָה הָתָם דָּרֵישׁ מִשְׁמֶרֶת תְּרוּמֹותָי מַשְׁמַע שְׁתֵּי תְּרוּמוֹת צְרִיכוֹת שִׁימּוּר דְּהַייְנוּ טְהוֹרָה וּתְלוּיָה וְהָכָא דְּרֵישׁ מֶלֶךְ:
L'une terouma impure et l'autre terouma pure : bien que Rabbi Eliezer expose le verset autrement — l'une pure et l'autre en suspens, il la déposera en lieu abrité et non en lieu exposé, car il est interdit de provoquer son impureté —, là-bas il expose les mots michmeret teroumotai, qui indiquent que deux teroumot demandent une garde, la pure et celle qui est en suspens ; tandis qu'ici on expose à partir du mot lekha, à toi.
💡 Explication

La déduction est de forme classique : si la michna précise que l'interdiction vaut un jour de fête, c'est qu'en semaine l'huile de terouma impure peut servir à l'éclairage. La Guemara demande alors sur quoi repose cette permission, puisqu'on aurait pu croire tout profit interdit.

Rav pose deux affirmations liées. D'abord la terouma impure doit être détruite par le feu, comme les kodachim impurs. Ensuite la Tora autorise à tirer profit de cette destruction même : le moment où l'huile brûle est aussi celui où elle éclaire. Rachi donne deux motifs à l'obligation de brûler, la ressemblance avec le kodech et la crainte d'une takala, un accident de consommation.

La source vient du verset des dons aux cohanim. Le mot teroumotai, au pluriel, désigne deux teroumot, la pure et l'impure ; le mot lekha, à toi, donne la seconde au cohen pour son usage domestique. Tossefot discute longuement d'où viendrait l'interdiction initiale et refuse de s'appuyer sur le kal vahomer, préférant le hekech qui rattache la terouma aux bikourim.

3
וְאִיבָּעֵית אֵימָא מִדְּרַבִּי אֲבָהוּ. דְּאָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: ״וְלֹא בִעַרְתִּי מִמֶּנּוּ בְּטָמֵא״ — מִמֶּנּוּ אִי אַתָּה מַבְעִיר, אֲבָל אַתָּה מַבְעִיר שֶׁמֶן שֶׁל תְּרוּמָה שֶׁנִּטְמֵאת. וְאֵימָא: מִמֶּנּוּ אִי אַתָּה מַבְעִיר, אֲבָל אַתָּה מַבְעִיר שֶׁמֶן שֶׁל קֹדֶשׁ שֶׁנִּטְמָא!

Et si tu veux, dis plutôt : de l'enseignement de Rabbi Abahou. Car Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le verset dit, et je n'ai rien détruit de lui en état d'impureté — de lui tu ne détruis pas, mais tu peux brûler l'huile de terouma devenue impure.

Et dis donc : de lui tu ne détruis pas, mais tu peux brûler l'huile de kodech devenue impure !

📜 Rachi (2)
לֹא בִעַרְתִּי מִמֶּנּוּ בְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי כְּתִיב:
Je n'ai rien détruit de lui : le verset est écrit à propos du maasser cheni.
בְּטָמֵא בֵּין שֶׁאֲנִי טָמֵא בֵּין שֶׁהוּא טָמֵא:
En état d'impureté : que je sois moi-même impur ou que ce soit lui qui le soit.
💡 Explication

Une seconde source est proposée, tirée de la confession des maasserot que l'agriculteur prononce la quatrième et la septième année. Il y déclare n'avoir rien détruit du maasser cheni en état d'impureté.

La force du raisonnement tient au mot mimenou, de lui. Un terme restrictif de ce genre signale que la règle vaut pour cet objet seulement, et qu'un autre en est exclu. Rabbi Yo'hanan identifie cet autre à l'huile de terouma impure, dont la combustion demeure permise.

La Guemara conteste aussitôt l'identification. Le mot exclut un terme, mais rien n'indique lequel : pourquoi la terouma plutôt que le kodech ? Cette question conduit les quatre segments suivants.

🖼️ Schéma
Le mot mimenou : une exclusion, mais laquelle ? Confession des maasserot : je n'ai rien détruit de lui (mimenou) en état d'impureté. le verset parle du maasser cheni De lui seul : un autre en est donc exclu. Lecture de Rabbi Yo'hanan l'exclu est l'huile de terouma impure : on peut la brûler et s'en éclairer. c'est la réponse retenue Lecture proposée en objection l'exclu serait l'huile de kodech impur : elle seule serait permise à la combustion. écartée au segment suivant Toute la suite du daf consiste à décider laquelle des deux lectures tient.
L'exclusion portée par le mot mimenou et les deux candidats possibles.
4
לָאו קַל וָחֹומֶר הוּא? מַה מַעֲשֵׂר הַקַּל אָמְרָה תּוֹרָה לֹא בִּעַרְתִּי מִמֶּנּוּ בְּטָמֵא, קֹדֶשׁ חָמוּר — לֹא כָל שֶׁכֵּן?

N'est-ce pas un kal vahomer ? Si, à propos du maasser, qui est léger, la Tora a dit, je n'ai rien détruit de lui en état d'impureté, le kodech, qui est grave, à plus forte raison.

💡 Explication

La Guemara écarte la première possibilité. Le kodech ne peut pas être l'objet exclu par mimenou, puisque son interdiction se déduit déjà par raisonnement.

Le kal vahomer compare deux statuts de sainteté. Le maasser cheni est léger : il se consomme par son propriétaire à Jérusalem et peut être racheté. Le kodech, consacré au Temple, est grave. Si la Tora prend la peine d'interdire la destruction du maasser en état d'impureté, l'interdiction vaut à plus forte raison pour le kodech.

🖼️ Schéma
Le kal vahomer du maasser au kodech Maasser cheni — le léger La Tora dit expressément : je n'ai rien détruit de lui en état d'impureté. Kodech — le grave À plus forte raison : on ne le détruit pas non plus en état d'impureté. kal vahomer D'où la conséquence Le kodech impur ne peut pas être l'objet exclu par mimenou : il est déjà interdit par lui-même. Le raisonnement sera aussitôt retourné : la terouma aussi pourrait s'en déduire.
Du léger au grave : pourquoi le kodech ne peut pas être le terme exclu.
5
אִי הָכִי, תְּרוּמָה נָמֵי לֵימָא קַל וָחֹומֶר הוּא! — הָא כְתִיב ״מִמֶּנּוּ״.

S'il en est ainsi, disons pour la terouma également que c'est un kal vahomer ! — Mais il est écrit, de lui.

💡 Explication

Le raisonnement se retourne. Si le kal vahomer depuis le maasser suffit à étendre l'interdiction, il devrait l'étendre aussi à la terouma, plus grave que le maasser. Rien ne serait alors permis, et la permission de brûler l'huile de terouma s'effondrerait.

La réponse rappelle la lettre du verset. Le mot mimenou est écrit, et un terme restrictif exige qu'un objet sorte effectivement de la règle. Le kal vahomer cède donc devant le texte pour l'un des deux termes. Reste à savoir lequel.

6
וּמֶה רָאִיתָ! — מִסְתַּבְּרָא קֹדֶשׁ לָא מְמַעֵיטְנָא, שֶׁכֵּן (סִימָן) פנ״ק עכ״ס: פִּיגּוּל, נוֹתָר, קָרְבָּן, מְעִילָה וְכָרֵת, אָסוּר לְאוֹנֵן.

Et qu'as-tu vu ? — Il est raisonnable que je n'exclue pas le kodech, car il comporte, selon le signe mnémotechnique PNK AKHS : le piggoul, le notar, le nom de korban, la meila, le karet, et l'interdiction faite à l'onen.

📜 Rachi (4)
קֹדֶשׁ לָא מְמַעֵיטְנָא מֵהַךְ חוּמְרָא:
Je n'exclus pas le kodech : de cette rigueur-là.
שֶׁכֵּן יֵשׁ בּוֹ חוּמְרֵי פנקעכ"ס וְרָאוּי גַּם לְזוֹ חַיָּיבִין עָלָיו מִשּׁוּם פִּיגּוּל שָׁחַט עַל מְנָת לֶאֱכֹול חוּץ לִזְמַנּוֹ וְאָכַל אֲפִילּוּ בִּזְמַנּוֹ וּמִשּׁוּם נוֹתָר חוּץ לִזְמַנּוֹ מַמָּשׁ וְלֹא חָשַׁב מִתְּחִלָּה וְקָרוּי קָרְבָּן וְיֵשׁ בּוֹ מְעִילָה וְאַף עַל גַּב שֶׁקִּדֵּשׁ (הַנּוֹתָר) לַאֲכִילַת כֹּהֲנִים אֵין בָּהֶן מְעִילָה מ"מ תּוֹרַת מְעִילָה שָׁיְיכָא בֵּיהּ אִם קָדְשֵׁי קָדָשִׁים הֵן יֵשׁ בָּהֶן מְעִילָה לִפְנֵי זְרִיקָה לְכָל הַנֶּהֱנֶה מֵהֶן וְאִם קָדָשִׁים קַלִּים הֵן יֵשׁ מְעִילָה בְּאֵימוּרֵיהֶן לְאַחַר זְרִיקַת דָּמִים לְאַפּוֹקֵי תְּרוּמָה דְּלֵית בָּהּ כְּלָל:
Car il comporte : il comporte les rigueurs de PNK AKHS, et il mérite aussi celle-ci. On est passible à son sujet de piggoul, lorsqu'on l'a abattu avec l'intention de le consommer hors du temps imparti et qu'on l'a mangé même dans ce temps. De notar, lorsqu'il reste réellement au-delà du temps sans qu'aucune pensée n'ait eu lieu au départ. Il est appelé korban. Il comporte la meila : bien que le kodech laisse à la consommation des cohanim n'y soit pas soumis, la loi de meila le concerne malgré tout — s'il s'agit de kodchei kodachim, il y a meila avant l'aspersion du sang pour quiconque en tire profit ; s'il s'agit de kodachim kalim, il y a meila sur leurs emourim après l'aspersion du sang. Cela exclut la terouma, qui n'en comporte rien du tout.
וְכָרֵת לְאוֹכְלָהּ בְּטֻומְאַת הַגּוּף וּתְרוּמָה בְּמִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם יָמָיו נִקְצָרִים אֲבָל אֵינוֹ הוֹלֵךְ עֲרִירִי:
Et le karet : pour celui qui en mange en état d'impureté corporelle. La terouma, elle, entraîne la mort par la main du Ciel : ses jours sont abrégés, mais il ne s'en va pas sans postérité.
אָסוּר לְאוֹנֵן ק"ו מִמַּעֲשֵׂר אֲבָל תְּרוּמָה מֻותֶּרֶת לְאוֹנֵן בִּיבָמוֹת בְּפֶרֶק הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף ע:) זָר זָר ב' פְּעָמִים זָרוּת אָמַרְתִּי לְךָ וְלֹא אֲנִינוּת. אוֹנֵן כָּל זְמַן שֶׁלֹּא נִקְבַּר מֵתוֹ:
Interdit à l'onen : par kal vahomer depuis le maasser. La terouma, en revanche, est permise à l'onen, comme il est dit dans Yevamot, chapitre Ha-arel (70b) : le mot zar est écrit deux fois — c'est l'extranéité que Je t'ai dite, et non l'aninout. Est onen celui dont le mort n'est pas encore enseveli.
🗂️ Tossefot (3)
שֶׁכֵּן פַּנְק עכ"ס תֵּימַהּ דְּמָצֵי לְאַחְשׁוֹבֵי נָמֵי דַּחֲמִירִי קָדָשִׁים מִתְּרוּמָה בְּהָא הֶעֱרִיב שִׁמְשׁוֹ אוֹכֵל בַּתְּרוּמָה הֵבִיא כַּפָּרָתוֹ אוֹכֵל בְּקָדָשִׁים:
Car PNK AKHS : c'est étonnant, on aurait pu compter aussi la rigueur suivante des kodachim sur la terouma : dès que son soleil s'est couché, il mange de la terouma, tandis que c'est après avoir apporté son offrande expiatoire qu'il mange des kodachim.
פִּגּוּל הַייְנוּ חִישֵּׁב לְאָוכְלוֹ חוּץ לִמְקוֹמוֹ וּבִכְלַל זֶה הָוֵי אוֹכֵל חוּץ לַחוֹמָה דְּלוֹקֶה בְּקָדָשִׁים וְנוֹתָר הַיְינוּ חִישֵּׁב לְאָוכְלוֹ חוּץ לִזְמַנּוֹ וְהָוֵי נוֹתָר בִּכְלַל זֶה וְהָוֵי הַאי פִּיגּוּל וְנוֹתָר כִּי הַהוּא דְּאִם עֲוֹן פִּיגּוּל הוּא הֲרֵי כְּבָר נֶאֱמַר לֹא יֵחָשֵׁב וְאִם עֲוֹן נוֹתָר כו' (פְּסָחִים דַּף טז:) וְלֹא כְּמוֹ פִּיגּוּל שֶׁבְּכָל הַשַּׁ"ס דְּקָרֵי פִּיגּוּל דְּחִישֵּׁב לְאָוכְלוֹ חוּץ לִזְמַנּוֹ דְּהַיְינוּ נוֹתָר דְּהָכָא:
Piggoul : il s'agit ici de celui qui a eu l'intention de le consommer hors de son lieu ; la consommation hors des murs, passible de coups pour les kodachim, est comprise là-dedans. Notar : il s'agit de celui qui a eu l'intention de le consommer hors de son temps, et le notar proprement dit est compris là-dedans. Ce piggoul et ce notar correspondent à l'énoncé : si c'est la faute de piggoul, il est déjà dit il ne sera pas compté ; et si c'est la faute de notar, etc. (Pessahim 16b) ; ils ne correspondent pas au piggoul de tout le Talmud, qui désigne celui qui a eu l'intention de le consommer hors de son temps, c'est-à-dire le notar dont il est question ici.
כָּרֵת שֶׁאֵינוֹ מַגִּיעַ לְשִׁשִּׁים שָׁנָה שֶׁהוּא מִיתַת כָּל אָדָם כִּדְמַשְׁמַע בְּשִׁילְהֵי מ"ק (דַּף כֹּח. וְשָׁם) דְּאָמַר הָתָם רַב יוֹסֵף כִּי הֲוָה בַּר שִׁיתִּין שְׁנִין עֲבַד יוֹמָא טָבָא לְרַבָּנַן אָמַר הַשְׁתָּא נָפְקִי לִי מִכָּרֵת א"ל אַבַּיֵּי נְהִי דִּנְפַק מָר מִכָּרֵת דִּשְׁנֵי מִכָּרֵת דְּיוֹמֵי מִי נָפֵק מָר פֵּירוּשׁ כִּדְאָמַר הָתָם מֵת בְּיוֹם א' מִיתָה שֶׁל זַעַם שְׁנַיִם מִיתָה שֶׁל בֶּהָלָה שְׁלֹשָׁה מִיתָה שֶׁל כָּרֵת וּמִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם אֵין לָהּ זְמַן קָבוּעַ אֶלָּא שֶׁמֵּת בִּשְׁבִיל עָוֹן זֶה אֲפִי' אֵין בְּיָדוֹ עָוֹן אַחֵר וְאַפֵּי' לָמֶ"ד (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף כֹּה.) יֵשׁ מִיתָה בְּלֹא חֵטְא בִּשְׁבִיל עָוֹן זֶה יִקְצְרוּ יָמָיו וּמִיהוּ בִּירֻושַּׁל' קָאָמַר דְּכָרֵת אֵינוֹ מַגִּיעַ לַחֲמִשִּׁים וּמַפִּיק לָהּ מֵאֵל תַּכְרִיתוּ אֶת שֵׁבֶט הַקְּהָתִי וְגוֹ' וְזֹאת עֲשׂוּ לָהֶם וְחָיוּ פִּי' אָמְרָה תּוֹרָה עָשׂוּ לָהֶם תַּקָּנָה שֶׁלֹּא יָמוּתוּ בַּעֲבוֹדָתָן קֹודֶם חֲמִשִּׁים וּכְתִיב אַל תַּכְרִיתוּ מַשְׁמַע כָּרֵת הַיְינוּ שֶׁמֵּת קֹודֶם חֲמִישִּׁים וּמִיתָה הָאֲמוּרָה בַּתּוֹרָה דְּקָאָמַר הָתָם הַייְנוּ שֶׁמֵּת עַד שִׁשִּׁים דִּכְתִיב בַּמִּדְבָּר הַזֶּה יִתַּמּוּ וְשָׁם יָמֻותוּ וְלֹא נִגְזְרָה גְזֵירָה אֶלָּא עַל בְּנֵי עֶשְׂרִים שֶׁיָּמוּתוּ קֹודֶם אַרְבָּעִים וְקָרֵי לָהּ מִיתָה אֲבָל זַרְעוֹ אוֹמֵר רִיבָ"א דְּאֵין בְּכָרֵת אֶלָּא בְּהָנְהוּ דִּכְתִיב בְּהוּ עֲרִירִי וְאֵין נִרְאֶה לְר"ת דְּהָא בְּפֶרֶק הַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת דַּף נה.) קָאָמַר עֲרִירִי דְּכָתַב רַחֲמָנָא גַּבֵּי דּוֹדָתוֹ לָמָּה לִי לְכִדְרָבָא כּוּ' וְאִי אֵין זַרְעוֹ נִכְרָת אֶלָּא דַּוְקָא בְּהָנְהוּ דִּכְתִיב עֲרִירִי מַאי קָבָעֵי וְהָא דְּלָא קָאָמַר בְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף כֹּח. וְשָׁם) נְהִי דִּנְפַק מָר מִכָּרֵת דִּשְׁנֵי מִכָּרֵת דִּבְנֵי מִי נְפַק מַר הָתָם מַיְירֵי כְּשֶׁאֵין לוֹ בָּנִים קְטַנִּים וְדַוְקָא קְטַנִּים נֶעֱנָשִׁים בַּעֲוֹן אֲבִיהֶם וְלֹא גְּדוֹלִים כִּדְמַשְׁמַע בְּפִירְקִין (דַּף לב:) וּמִיהוּ קָשֶׁה דִּבְתוֹרַת כֹּהֲנִים מְמַעֵט אֵשֶׁת אָח מִן הָאֵם מִכָּרֵת מִדִּכְתִיב אֵשֶׁת אָחִיו נִדָּה הִיא מַה נִדָּה יֵשׁ לָהּ הֶיתֵּר אַף אֵשֶׁת אָח דְּיֵשׁ לָהּ הֶיתֵּר דְּהַייְנוּ מִן הָאָב דְּשָׁרְיָא כְּשֶׁאֵין לָהּ בָּנִים וּבְכוּלֵּי הַשַּׁ"ס מַשְׁמַע דְּיֵשׁ בָּהּ כָּרֵת כְּמוֹ בִּשְׁאָר עֲרָיוֹת דְּהָא מָנֵי לָהּ גַּבֵּי חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה נָשִׁים פּוֹטְרוֹת צָרוֹתֵיהֶן וּלְפֵירוּשׁ רִיבָ"א אָתֵי שַׁפִּיר דְּמָצֵינַן לְמֵימַר דִּמְמַעֵט לָהּ מֵעֲרִירִי וְאֵין לְהַאֲרִיךְ:
Karet : il s'agit de celui qui n'atteint pas soixante ans, âge qui est la mort de tout homme, comme il ressort de la fin de Moed Katan (28a). On y raconte que Rav Yossef, parvenu à soixante ans, fit un jour de fête pour les Sages en disant : me voilà sorti du karet. Abaye lui dit : certes le maître est sorti du karet des années, mais est-il sorti du karet des jours ? Autrement dit, comme il est dit là-bas : celui qui meurt en un jour, c'est une mort de colère ; en deux jours, une mort de frayeur ; en trois jours, une mort de karet. La mort par la main du Ciel n'a pas de terme fixé : l'homme meurt à cause de cette faute, même s'il n'a aucune autre faute à son compte, et même selon celui qui tient qu'il y a une mort sans péché, ses jours seront abrégés à cause de cette faute. Toutefois le Talmud de Jérusalem dit que le karet consiste à ne pas atteindre cinquante ans, et il le tire du verset : ne retranchez pas la tribu des Kehatites, et faites-leur ceci afin qu'ils vivent. C'est-à-dire que la Tora a dit : prenez pour eux une mesure afin qu'ils ne meurent pas dans leur service avant cinquante ans ; et puisqu'il est écrit ne retranchez pas, cela indique que le karet consiste à mourir avant cinquante ans. Quant à la mort dont parle la Tora, dont il est question là-bas, elle désigne celui qui meurt avant soixante ans, comme il est écrit : dans ce désert ils seront achevés et là ils mourront ; or le décret n'a porté que sur les hommes de vingt ans, qui devaient mourir avant quarante, et cela est appelé mort. Pour ce qui est de la descendance, le Riva dit que le karet ne l'emporte que dans les cas où il est écrit ariri, sans postérité. Rabbenou Tam n'est pas de cet avis, car au chapitre Ha-ba al yevimto (Yevamot 55a) on demande pourquoi le Miséricordieux a écrit ariri à propos de la tante, et l'on répond que c'est pour l'enseignement de Rava, etc. ; or si la descendance n'était retranchée que là où il est écrit ariri, que demanderait-on ? Et si l'on n'a pas dit dans Moed Katan : certes le maître est sorti du karet des années, mais est-il sorti du karet des enfants, c'est que là-bas il s'agissait de quelqu'un qui n'avait pas de jeunes enfants, car seuls les jeunes sont punis pour la faute de leur père, et non les grands, comme il ressort de notre chapitre (32b). Une difficulté demeure pourtant : le Torat Kohanim exclut du karet la femme du frère par la mère, à partir du verset la femme de son frère, elle est nidda — de même que la nidda connaît un moment de permission, de même la femme du frère qui connaît un moment de permission, à savoir celle du frère par le père, permise lorsqu'elle n'a pas d'enfants. Or dans tout le Talmud il ressort qu'elle comporte le karet comme les autres unions interdites, puisqu'on la compte parmi les quinze femmes qui exemptent leurs coépouses. Selon l'explication du Riva cela s'accorde bien, car nous pouvons dire que le verset l'exclut du ariri. Il n'y a pas lieu de s'étendre davantage.
💡 Explication

La question ou ma raita, qu'as-tu vu, demande sur quel critère on choisit le terme à exclure. La Guemara répond par la hiérarchie des gravités : le terme exclu doit être le moins grave des deux.

Suit un signe mnémotechnique, PNK AKHS, qui rassemble six rigueurs propres au kodech et absentes de la terouma : le piggoul, l'invalidation par une pensée fautive pendant le service ; le notar, le reste au-delà du délai ; le nom de korban ; la meila, le détournement d'un bien consacré ; le karet pour qui en mange en état d'impureté ; l'interdiction faite à l'onen, celui dont le mort n'est pas encore enseveli.

Rachi précise chaque terme et marque à chaque fois le contraste avec la terouma, punie seulement de mort par la main du Ciel et permise à l'onen. Tossefot ajoute une septième rigueur que la liste omet, celle du mehoussar kippourim, et consacre une longue glose à la nature exacte du karet, ses bornes d'âge et son effet sur la descendance.

🖼️ Schéma
PNK AKHS : les six rigueurs propres au kodech aucune ne s'applique à la terouma, d'où sa gravité supérieure Piggoul une pensée fautive pendant le service invalide le sacrifice Notar ce qui reste au-delà du délai doit être brûlé Korban il porte le nom et le statut de sacrifice Meila profiter d'un bien consacré oblige à un sacrifice de culpabilité Karet en manger en état d'impureté corporelle est passible de retranchement Assour le-onen interdit à celui dont le mort n'est pas encore enseveli Le kodech accumulant ces rigueurs, il est raisonnable de ne pas l'exclure de l'interdiction de brûler en état d'impureté : c'est la terouma qui sort.
Les six rigueurs du kodech rassemblées sous le signe PNK AKHS.
7
אַדְּרַבָּה, תְּרוּמָה לָא מְמַעֵיטְנָא, שֶׁכֵּן מחפ״ז (סִימָן): מִיתָה, חֹומֶשׁ,

Au contraire, c'est la terouma que je n'exclurai pas, car elle comporte, selon le signe mnémotechnique MHPZ : la mita, le homech,

📜 Rachi (1)
מחפ"ז מִיתָה בִּידֵי שָׁמַיִם לְזָר הָאוֹכְלָהּ אוֹ כֹּהֵן טָמֵא וְחֹומֶשׁ לְזָר הָאוֹכְלָהּ בְּשׁוֹגֵג דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא כ״ב:י״ד) כִּי יֹאכַל קֹדֶשׁ בִּשְׁגָגָה וְיָסַף חֲמִישִׁיתוֹ עָלָיו אֲבָל קֹדֶשׁ מִשָּׁעָה שֶׁיֵּשׁ הֶיתֵּר לַכֹּהֲנִים כִּתְרוּמָה וְיָצָא מִידֵי מְעִילָה שׁוּב אֵין חֹומֶשׁ בְּשִׁגְגַת אֲכִילָתוֹ וְיֵשׁ דְּמוֹקְמִי לָהּ בְּחֻומָּשִׁין דְּחוּמְשָׁא וְלָא נְהִירָא דְּהָא רַבִּינַן בֵּיהּ חֹומֶשׁ דְּחֹומֶשׁ בְּהֶקְדֵּשׁ בְּפֶרֶק הַזָּהָב (בָּבָא מְצִיעָא דַּף נד:):
MHPZ : la mita, la mort par la main du Ciel, pour le non-cohen qui en mange ou pour le cohen impur. Et le homech, le cinquième, pour le non-cohen qui en mange par inadvertance, ainsi qu'il est écrit, s'il mange du kodech par erreur il y ajoutera son cinquième. Mais le kodech, dès l'instant où il devient permis aux cohanim comme la terouma et qu'il sort du domaine de la meila, ne comporte plus de cinquième pour une consommation par erreur. Certains rapportent cela aux cinquièmes ajoutés au cinquième, ce qui ne paraît pas juste, puisque nous avons inclus le cinquième du cinquième pour le hekdech, au chapitre Ha-zahav (Baba Metsia 54b).
💡 Explication

La Guemara retourne l'argument. La terouma possède elle aussi des rigueurs que le kodech ignore, rassemblées sous le signe MHPZ. Notre amoud n'en énonce que les deux premières : la mita, la mort par la main du Ciel qui frappe le non-cohen consommant sciemment de la terouma, et le homech, le cinquième qu'ajoute celui qui en mange par inadvertance.

Rachi explique pourquoi le homech ne vaut pas pour le kodech : une fois le sang aspergé, le kodech devient permis aux cohanim et sort du domaine de la meila, de sorte que le cinquième cesse de s'appliquer. Il écarte au passage une lecture qui rapporterait la règle aux cinquièmes successifs du hekdech.

Le texte s'interrompt au milieu de la liste ; les deux dernières lettres du signe sont énoncées au début du daf suivant.

🖼️ Schéma
MHPZ : la réponse de la terouma notre amoud n'énonce que les deux premières lettres du signe Mita mort par la main du Ciel pour le non-cohen qui en mange sciemment, ou pour le cohen en état d'impureté Homech le non-cohen qui en mange par inadvertance rembourse la valeur et y ajoute un cinquième Les lettres peh et zayin du signe sont énoncées au début du daf suivant : notre texte s'interrompt sur le mot homech. La question reste ouverte : chacun des deux termes peut se réclamer de rigueurs que l'autre ne connaît pas.
MHPZ : les rigueurs de la terouma, dont notre amoud n'énonce que les deux premières.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).