Shabbat 25b — Terouma impure, lampe du Chabbat et définition du riche

Shabbat 25b

Sougya : Le daf achève la comparaison entre les rigueurs du kodech et celles de la terouma : les rigueurs du kodech sont plus nombreuses, et il comporte le karet. Rav Nahman bar Yitshak apporte une autre source au profit tiré de la terouma impure : titen lo, à lui et non à son feu, ce qui implique qu'elle est apte à son feu.

La Guemara passe ensuite à la michna : Rabbi Yichmael interdit d'allumer avec le goudron, et Rava l'explique par l'obligation d'allumer la lampe du Chabbat. Suivent le lavage à l'eau chaude la veille du Chabbat, la coutume de Rabbi Yehouda bar Ilai et la discussion sur les tsitsit d'un drap de lin, le verset d'Eikha lu comme la perte des plaisirs du Chabbat, et la baraita sur la définition du riche (Rabbi Meir, Rabbi Tarfon, Rabbi Akiva, Rabbi Yossi).

Le daf s'arrête sur l'interdit d'allumer avec le baume (tsori).

Le fil du daf Fin du débat kodech / terouma : les rigueurs du kodech sont plus nombreuses, ou bien : le kodech est plus grave car il comporte le karet. Rav Nahman bar Yitshak : titen lo, à lui et non à son feu. Donc la terouma impure est apte à son feu. Michna : Rabbi Yichmael interdit le goudron. Rava : odeur mauvaise, il sortirait, or la lampe du Chabbat est une obligation (hova). Lavage à l'eau chaude la veille : rechout (Rav) ou mitsva (Rav Nahman). Preuve : la coutume de Rabbi Yehouda bar Ilai ; digression sur le drap et les tsitsit. Eikha 3,17 : la paix = la lampe du Chabbat ; le bien = bain, lavage, beau lit, épouse parée. Baraita : qui est riche ? Signe MTKS : Rabbi Meir, Rabbi Tarfon, Rabbi Akiva, Rabbi Yossi. Retour aux matières d'allumage : Rabbi Chimon ben Elazar interdit le baume (tsori). Rabba : son parfum attire, on risquerait d'en prélever. Abaye objecte (suite en 26a).
Le mouvement d'ensemble du daf, de la fin du débat sur la terouma jusqu'au baume.
Le soir du Chabbat : trois degrés Hova (obligation) Allumer la lampe du Chabbat et manger à sa lumière Rachi : un repas n'est important qu'à la lumière d'où : goudron interdit, on quitterait la lampe Mitsva Laver mains et pieds à l'eau chaude Avis de Rav Nahman (et moi je dis : mitsva) preuve : Rabbi Yehouda bar Ilai, veille du Chabbat Rechout (facultatif) Le même lavage selon Rav Tossefot : hova est dit par rapport au lavage ; Rabbenou Tam : on bénit sur l'allumage Plus on va vers la gauche, plus l'exigence est forte.
Les trois degrés d'exigence évoqués pour la veille du Chabbat : hova, mitsva, rechout.
Qui est riche ? Signe MTKS M Rabbi Meir Celui qui a nahat roua'h de sa richesse Rachi : content de sa part, petite ou grande T Rabbi Tarfon 100 vignes 100 champs 100 esclaves richesse mesurée en biens K Rabbi Akiva Une épouse belle dans ses actes richesse du foyer S Rabbi Yossi Des toilettes près de sa table Ben Yehoyada : santé pour jouir des biens M-T-K-S : une lettre de chaque nom (Meir, Tarfon, aKiva, yoSsi).
Les quatre définitions du riche dans la baraita, groupées sous le signe MTKS.
1
וְאֵין לָהּ פִּדְיוֹן, וַאֲסוּרָה לְזָרִים. הָנָךְ נְפִישָׁן.

Et elle n'a pas de rachat (pidyon), et elle est interdite aux non-cohanim (zarim). - Celles-là sont plus nombreuses.

📜 Rachi (3)
וְאֵין לָהּ פִּדְיוֹן לְהוֹצִיאָהּ לְחֻולִּין אֲבָל קֹדֶשׁ יֵשׁ קֹדֶשׁ שֶׁנִּפְדָּה כְּגוֹן שֶׁהוּמַם לִפְנֵי שְׁחִיטָה:
Et elle n'a pas de rachat : pour la faire sortir au statut profane (houlin). Mais pour le kodech, il existe un kodech qui se rachète, par exemple s'il a contracté un défaut avant l'abattage.
וַאֲסוּרָה לְזָרִים לְעוֹלָם אֲבָל קֹדֶשׁ יֵשׁ קֹדֶשׁ שֶׁמֻּותָּר לְזָרִים לְאַחַר זְרִיקָה כְּגוֹן מַעְשַׂר בְּהֵמָה וְתוֹדָה וּשְׁלָמִים:
Et elle est interdite aux non-cohanim : pour toujours. Mais pour le kodech, il existe un kodech permis aux non-cohanim après l'aspersion du sang (zerika), comme la dîme du bétail (maasser behema), le sacrifice de reconnaissance (toda) et les sacrifices de paix (chelamim).
הָנָךְ נְפִישִׁין בְּשֵׁם:
Celles-là sont plus nombreuses : par le nombre des rigueurs nommées.
💡 Explication

Fin de la liste MHPZ : aux rigueurs de la terouma (mita, homech) s'ajoutent le fait qu'elle n'a pas de pidyon (rachat) et qu'elle est interdite pour toujours aux zarim. Rachi montre que ces deux points ne valent pas pour tout le kodech : un animal consacré devenu impropre peut être racheté, et certains sacrifices se mangent par des non-cohanim.

La réponse hanakh nefichan tranche par le nombre : le kodech compte six rigueurs, la terouma quatre. C'est donc le kodech que le mot mimenou exclut.

🖼️ Schéma
Quel domaine est le plus grave ? Kodech : PNK AKHS (25a) piggoul, notar, korban, meila, karet, assour à un onen 6 rigueurs dont le karet (Rachi : deux peines) Terouma : MHPZ mita, homech, pas de pidyon (rachat), interdite aux zarim 4 rigueurs la mort par le Ciel, sans karet Conclusion : mimenou exclut le kodech ; la terouma impure peut servir
Six rigueurs pour le kodech, quatre pour la terouma.
2
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: קֹדֶשׁ חָמוּר שֶׁכֵּן עָנוּשׁ כָּרֵת. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר, אֲמַר קְרָא: ״תִּתֵּן לוֹ״. ״לוֹ״ — וְלֹא לְאוֹרוֹ. מִכְּלָל דְּבַת אוּרוֹ הוּא.

Et si tu veux, dis : le kodech est plus grave, car il est passible de karet. Rav Nahman bar Yitshak a dit : le verset dit : tu lui donneras (titen lo).

À lui, et non à son feu. Il en découle (mikelal) qu'elle est apte à son feu.

📜 Rachi (2)
כָּרֵת עֲדִיפָא דְּאִית בָּהּ תְּרֵי חוּמְרֵי יָמָיו נִכְרָתִין וְהוֹלֵךְ עֲרִירִי:
Karet : il est plus grave, car il comporte deux rigueurs : ses jours sont retranchés, et il s'en va sans descendance.
רֵאשִׁית דְּגָנְךָ תִּתֵּן לוֹ וְלֹא לְאוּרוֹ מִכָּאן שֶׁאֵין תּוֹרְמִין מִן הַטָּמֵא עַל הַטָּהוֹר דִּכְתִיב תִּתֶּן לוֹ דָּבָר הָרָאוּי לוֹ לֶאֱכֹול וְלֹא לָתֵת לְאוֹרוֹ לְהַסִּיק וּמִדְּאִיצְטְרִיךְ לִמְעוּטֵי מִכְּלָל דְּבַת אוֹרוֹ הִיא לְהַסָּקָה:
Les prémices de ton blé, tu les lui donneras, et non à son feu : d'ici on apprend qu'on ne prélève pas la terouma à partir de produits impurs pour des produits purs, car il est écrit tu lui donneras, une chose apte à être mangée par lui, et non à être donnée à son feu pour chauffer. Et puisqu'il a fallu l'exclure, il en découle qu'elle est apte à son feu, pour chauffer.
🗂️ Tossefot (1)
תִּתֵּן לוֹ וְלֹא לְאוּרוֹ מִכְּלָל דְּבַת אוּרוֹ הִיא וְאִם תֹּאמַר מִידִי וְלֹא לְאוֹרוֹ כְּתִיב אֵימָא תִּתֶּן לוֹ וְלֹא דָּבָר שֶׁאֵין רָאוּי לוֹ כְּלָל וְי"ל דְּאִם כֵּן לֹא לִכְתֹּוב אֶלָּא תִּתֵּן דְּאֵין נְתִינָה פָּחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה מִדִּכְתִיב לוֹ מַשְׁמַע לוֹ וְלֹא לְאוֹרוֹ:
Tu lui donneras, et non à son feu ; il en découle qu'elle est apte à son feu - Et si tu objectes : est-il donc écrit et non à son feu ? Dis plutôt : tu lui donneras, et non une chose qui ne lui convient pas du tout ! On peut répondre : s'il en était ainsi, le verset n'aurait eu qu'à écrire titen (tu donneras), car il n'y a pas de don pour moins d'une perouta ; puisqu'il écrit lo (à lui), cela signifie : à lui, et non à son feu.
💡 Explication

Deux éléments distincts. D'abord une seconde réponse à la question précédente : sans compter les rigueurs, le kodech est plus grave parce qu'il entraîne le karet, alors que la terouma n'entraîne que la mort par la main du Ciel.

Ensuite Rav Nahman bar Yitshak propose une autre source à la règle de Rav : on doit donner au cohen une terouma pure, apte à être mangée. L'exclusion et non à son feu suppose qu'il existe une terouma destinée au feu du cohen : la terouma impure, dont il peut tirer profit en la brûlant. Tossefot justifie que ce soit bien le mot lo qui porte l'exclusion.

🖼️ Schéma
Titen lo : la dérivation de Rav Nahman bar Yitshak Verset : tu lui donneras (lo) À lui, pour manger, et non à son feu Mikelal : la terouma impure est à son feu Tossefot : pourquoi pas lui et non une chose inutile ? Pour cela, titen suffisait : il n'y a pas de don de moins d'une perouta. Le mot lo, superflu, vient donc exclure le feu.
Du mot lo à la permission de brûler la terouma impure à son profit.
3
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר כּוּ׳: מַאי טַעְמָא? אָמַר רָבָא: מִתּוֹךְ שֶׁרֵיחוֹ רַע גְּזֵרָה שֶׁמָּא יַנִּיחֶנָּה וְיֵצֵא. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְיָצָא! אֲמַר לֵיהּ: שֶׁאֲנִי אוֹמֵר הַדְלָקַת נֵר בְּשַׁבָּת חוֹבָה. דְּאָמַר רַב נַחְמָן בַּר רַב זַבְדָּא, וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַב נַחְמָן בַּר רָבָא אָמַר רַב: הַדְלָקַת נֵר בְּשַׁבָּת חוֹבָה, רְחִיצַת יָדַיִם וְרַגְלַיִם בְּחַמִּין עַרְבִית, רְשׁוּת. וַאֲנִי אוֹמֵר: מִצְוָה.

Rabbi Yichmael dit etc. (on n'allume pas avec le goudron, par respect pour le Chabbat).

Quelle en est la raison ? Rava a dit : comme son odeur est mauvaise, [les Sages ont pris] un décret, de peur qu'on ne la laisse et qu'on sorte.

Abaye lui dit : eh bien, qu'il sorte ! Il lui répondit : c'est que je dis que l'allumage de la lampe le Chabbat est une obligation (hova).

Car Rav Nahman bar Rav Zavda a dit, et certains disent : Rav Nahman bar Rava a dit, au nom de Rav : l'allumage de la lampe le Chabbat est une obligation ; le lavage des mains et des pieds à l'eau chaude le soir est facultatif (rechout). Et moi je dis : c'est une mitsva.

📜 Rachi (3)
וְיָצָא מַאי אִיכְפַּת לָן:
Et qu'il sorte : en quoi cela nous importe-t-il ?
חוֹבָה כְּבוֹד שַׁבָּת הוּא שֶׁאֵין סְעוּדָה חֲשׁוּבָה אֶלָּא בִּמְקוֹם אוֹר כְּעֵין יְמָמָא בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף עה:):
Obligation : c'est l'honneur du Chabbat, car un repas n'est considéré comme important qu'en un lieu éclairé, à l'image du jour, [comme on le voit] au dernier chapitre de Yoma (75b).
רְחִיצַת יָדַיִם וְרַגְלַיִם עַרְבִית לֵיל שַׁבָּת:
Le lavage des mains et des pieds : le soir, la nuit de Chabbat.
🗂️ Tossefot (3)
מִתּוֹךְ שֶׁרֵיחוֹ רַע וְאַף עַל גַּב דְּנֵפְט נָמֵי רֵיחוֹ רַע כִּדְאָמַר בפ"ק (דַּף יב:) הָא בִּדְמִשְׁחָא וְהָא בִּדְנַפְטָא וּבְפֶרֶק אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה (יוֹמָא דַּף לט.) בָּא לִמְדֹּוד נֵפְט אוֹמְרִים לוֹ מְדֹוד לְעַצְמְךָ אֵין רֵיחוֹ רַע כְּמוֹ עִטְרָן:
Comme son odeur est mauvaise - Et bien que le naphte (neft) ait lui aussi une mauvaise odeur, comme on le dit au premier chapitre (12b) : ici il s'agit d'huile, là de naphte ; et au chapitre Amar lahem ha-memouneh (Yoma 39a) : il vint mesurer le naphte, on lui dit : mesure pour toi-même - [il faut dire que] son odeur n'est pas aussi mauvaise que celle du goudron.
הַדְלָקַת נֵר בְּשַׁבָּת חוֹבָה פִּי' בִּמְקוֹם סְעוּדָה דְּחוֹבָה הִיא שֶׁיִּסְעֹוד בִּמְקוֹם הַנֵּר מִשּׁוּם עֹונֶג אֲבָל מֵהַדְלָקַת נֵר גּוּפֵיהּ לָא הֲוָה פָּרֵיךְ אַבַּיֵּי דִּפְשִׁיטָא דְּחוֹבָה הִיא דְּהִתְנָן (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף לא:) עַל ג' עֲבֵירוֹת נָשִׁים כוּ' עַל שֶׁאֵינָן זְהִירוֹת בְּהַדְלָקַת הַנֵּר:
L'allumage de la lampe le Chabbat est une obligation - C'est-à-dire à l'endroit du repas : c'est une obligation de prendre son repas à l'endroit de la lampe, à cause du plaisir (oneg) du Chabbat. Mais sur l'allumage de la lampe lui-même, Abaye n'aurait pas objecté, car il est évident que c'est une obligation, puisque nous avons appris (plus loin, Chabbat 31b) : pour trois fautes les femmes [meurent en couches]... pour ne pas être vigilantes dans l'allumage de la lampe.
חוֹבָה לְגַבֵּי רְחִיצַת יָדַיִם בְּחַמִּין קָרֵי לֵיהּ חוֹבָה דְּלָא הָוֵי כָּל כָּךְ מִצְוָה וּמַיִם אַחֲרוֹנִים קָרֵי לֵיהּ חוֹבָה מִשּׁוּם סַכָּנָה דְּמֶלַח סְדוֹמִית וְשֶׁהָרְגוּ הַנֶּפֶשׁ וַחֲמִירִי טְפֵי מִן הָרִאשׁוֹנִי' וְיֵשׁ שֶׁרוֹצִים לוֹמַר דְּאֵין לְבָרֵךְ אַהַדְלָקַת נֵר מִדְּקָרֵי לֵיהּ חוֹבָה כִּדְאָמְרִינַן (חֻולִּין קה.) מַיִם אַחֲרוֹנִים חוֹבָה וְאֵין טְעוּנִין בְּרָכָה וְאוֹמֵר ר"ת דְּשִׁיבּוּשׁ הוּא דְּלָא דָּמֵי לְמַיִם אַחֲרוֹנִים דְּלָא הָוֵי אֶלָּא לְהַצָּלָה בְּעָלְמָא אֲבָל הַדְלָקַת נֵר הִיא חוֹבָה שֶׁל מִצְוַת עֹונֶג שַׁבָּת וְכַמָּה חוֹבוֹ' הֵן דִּטְעוּנִין בְּרָכָה וּמַה שֶׁאוֹמֵר טַעַם אַחֵר שֶׁלֹּא לְבָרֵךְ מִשּׁוּם שֶׁאִם הָיְתָה מֻודְלֶקֶת וְעוֹמֶדֶת לֹא הָיָה צָרֵי' לְכַבּוֹתָהּ וְלַחֲזֹור וּלְהַדְלִיקָהּ וְלֹא לְהַדְלִיק אַחֶרֶת אֵין נִרְאֶה דְּהָא גַּבֵּי כִּיסּוּי הַדָּם (שָׁם פ'.) אִם כִּסָּהוּ הָרוּחַ פָּטוּר מִלְּכַסּוֹתוֹ אַפֵּ"ה כְּשֶׁמְּכַסֶּה צָרִיךְ לְבָרֵךְ וְכֵן נוֹלַד מָהוּל אִיכָּא לְמ"ד דְּאֵין צָרִיךְ לְהַטִּיף מִמֶּנּוּ דַּם בְּרִית וּכְשֶׁמָּל תַּנְיָא בְּשִׁילְהֵי פַּר' ר' אֱלִיעֶזֶר דְּמִילָה (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קלז:) הַמָּל אוֹמֵר כוּ' וּבְסֵדֶר רַב עַמְרָם יֵשׁ הַמַּדְלִיק נֵר בְּשַׁבָּת מְבָרֵךְ אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ כו' וְעוֹד נִרְאֶה לר"ת שֶׁאִם הָיָה הַנֵּר מֻודְלָק וְעוֹמֵד שֶׁצָּרִיךְ לְכַבּוֹת וְלַחֲזֹור וּלְהַדְלִיק כִּדְאָמַר לֵיהּ הַהוּא סָבָא וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַקְדִּים וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְאַחֵר (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף כג:):
Obligation - C'est par rapport au lavage des mains à l'eau chaude qu'il l'appelle obligation, car ce lavage n'est pas autant une mitsva. Et les mayim aharonim (eaux de la fin du repas), on les appelle obligation à cause du danger du sel de Sedom, qui a tué des personnes, et ils sont plus graves que les premières [eaux]. Certains veulent dire qu'on ne récite pas de bénédiction sur l'allumage de la lampe, puisqu'on l'appelle obligation, comme nous disons (Houlin 105a) : les mayim aharonim sont une obligation et ne requièrent pas de bénédiction. Rabbenou Tam dit que c'est une erreur, car ce n'est pas comparable aux mayim aharonim, qui ne sont qu'une simple mesure de protection, alors que l'allumage de la lampe est une obligation relevant de la mitsva du plaisir du Chabbat ; et combien d'obligations requièrent une bénédiction ! Quant à l'autre raison avancée pour ne pas bénir - si la lampe était déjà allumée, on n'aurait pas à l'éteindre pour la rallumer, ni à en allumer une autre -, elle ne paraît pas juste. Car pour le recouvrement du sang (kissoui ha-dam, ibid.), si le vent l'a recouvert on est dispensé de le recouvrir, et pourtant, quand on le recouvre, il faut bénir. De même pour l'enfant né circoncis : selon une opinion il n'est pas nécessaire de faire couler de lui le sang de l'alliance, et pourtant, quand on circoncit, il est enseigné à la fin du chapitre Rabbi Eliezer de-mila (plus loin, Chabbat 137b) : celui qui circoncit dit etc. Et dans le Seder de Rav Amram : celui qui allume la lampe le Chabbat bénit : acher kideshanou etc. De plus, il semble à Rabbenou Tam que si la lampe était déjà allumée, il faudrait l'éteindre puis la rallumer, comme ce vieillard lui dit : pourvu qu'il n'avance pas et pourvu qu'il ne retarde pas (plus haut, Chabbat 23b).
💡 Explication

Rabbi Yichmael interdit le itran (goudron). Rava explique : son odeur est mauvaise, on risque de quitter la pièce et de ne pas manger à la lumière. Abaye ne voit pas où est le mal. Rava répond que la lampe du Chabbat est une hova : il faut prendre son repas à sa lumière (Rachi, Tossefot).

Rav établit une gradation : la lampe est une obligation, le lavage à l'eau chaude est rechout. Rav Nahman ajoute que ce lavage est une mitsva. Tossefot en tire une conséquence : le terme hova n'empêche pas la bénédiction sur l'allumage, selon Rabbenou Tam.

4
מַאי מִצְוָה? דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כָּךְ הָיָה מִנְהָגוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה בַּר אִלְעַאי, עֶרֶב שַׁבָּת מְבִיאִים לוֹ עֲרֵיבָה מְלֵאָה חַמִּין וְרוֹחֵץ פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו וּמִתְעַטֵּף, וְיוֹשֵׁב בִּסְדִינִין הַמְצֻוייָּצִין, וְדוֹמֶה לְמַלְאַךְ ה׳ צְבָאוֹת. וְהָיוּ תַּלְמִידָיו מְחַבִּין מִמֶּנּוּ כַּנְפֵי כְסוּתָן. אָמַר לָהֶן: בְּנִי, לֹא כָּךְ שָׁנִיתִי לָכֶם: סָדִין בְּצִיצִית, בֵּית שַׁמַּאי פּוֹטְרִין וּבֵית הִלֵּל מְחַיְּיבִין — וַהֲלָכָה כְּדִבְרֵי בֵּית הִלֵּל. וְאִינְהוּ סָבְרִי, גְּזֵירָה מִשּׁוּם כְּסוּת לַיְלָה.

Quelle mitsva ? Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : telle était la coutume de Rabbi Yehouda bar Ilai : la veille de Chabbat, on lui apportait une bassine remplie d'eau chaude, il se lavait le visage, les mains et les pieds, il s'enveloppait et s'asseyait dans des draps [de lin] munis de tsitsit, et il ressemblait à un ange de Hachem Tsevaot.

Ses élèves cachaient de lui les coins de leurs vêtements. Il leur dit : mes fils, ne vous ai-je pas enseigné ainsi : le drap pour les tsitsit, Beit Chammai l'exemptent et Beit Hillel l'obligent, et la halakha est selon Beit Hillel ?

Et eux pensaient : [c'est] un décret à cause du vêtement de nuit (kessout layla).

📜 Rachi (5)
בִּסְדִינִין הַמְצֻוייָּצִין סְדִינִים שֶׁל פִּשְׁתָּן וּבָהֶן צִיצִית שֶׁל תְּכֵלֶת כִּלְאַיִם אֶלָּא שֶׁמֻּותָּר מִן הַתּוֹרָה דְּדָרְשִׁינַן סִמּוּכִין לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז גְּדִילִים תַּעֲשֶׂה לָּךְ (מְנָחוֹת פ"ד לט.):
Dans des draps munis de tsitsit : des draps de lin, portant des tsitsit de tekhelet [en laine], ce qui constitue un mélange (kilayim) ; mais c'est permis par la Tora, car nous interprétons la juxtaposition (smoukhim) : tu ne porteras pas de chaatnez, tu te feras des franges (Menahot, chapitre 4, 39b).
מְחַבִּין מִמֶּנּוּ כַּנְפֵי כְסוּתָן שֶׁהָיוּ לָהֶם סְדִינִים שֶׁאֵינָן מְצֻוייָּצִין:
Ils cachaient de lui les coins de leurs vêtements : car ils avaient des draps non munis de tsitsit.
בֵּית שַׁמַּאי פּוֹטְרִין וְאַף עַל גַּב דְּצִיצִית חוֹבָה הוּא בְּכָל טַלִּיתוֹת שֶׁיֵּשׁ לוֹ לָאָדָם וַאֲפִילּוּ מֻונָּחִים בְּקוּפְסָא הָנֵי דְּפִשְׁתָּן פְּטוּרִין מִשּׁוּם דְּכִלְאַיִם לָא שְׁרָא רַחֲמָנָא דְּלָא דָּרְשִׁי סִמּוּכִין:
Beit Chammai exemptent : bien que les tsitsit soient une obligation pour tous les vêtements (talitot) que possède un homme, même rangés dans un coffre, ceux de lin sont exemptés, parce que le Miséricordieux n'a pas permis les kilayim, car ils n'interprètent pas la juxtaposition.
וב"ה מְחַיְּיבִין דְּדָרְשִׁי סִמּוּכִין:
Et Beit Hillel obligent : car ils interprètent la juxtaposition.
וְאִינְהוּ סָבְרִי [תַּלְמִידָיו] שֶׁהָיוּ אוֹסְרִין סָבוּר נְהִי דַּהֲלָכָה כב"ה וְחַיָּיבִין מִדְּאוֹרַייְתָּא מִיהוּ [רַבָּנָן] גְּזוּר בְּהוּ מִשּׁוּם כְּסוּת לַיְלָה שֶׁמָּא יְהֵא לוֹ כְּסוּת שֶׁמְּיֻוחָד לְלֵילוֹת וְיַטִּיל בּוֹ צִיצִית וְנִמְצָא לוֹבֵשׁ כִּלְאַיִם שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם מִצְוָה דִּכְסוּת לַיְלָה לָא מִיחַייַּב בְּצִיצִית דִּכְתִיב וּרְאִיתֶם אוֹתוֹ וּבִיבָמוֹת פָּרְכִינַן וְכִי ב"ד מַתְנִין לַעֲקֹור דָּבָר מִן הַתּוֹרָה לִפְטוֹר אֶת הַחַיָּיב וּמְשַׁנֵּי שֵׁב וְאַל תַּעֲשֶׂה שָׁאנֵי:
Et eux pensaient : [ses élèves], qui l'interdisaient, pensaient : certes la halakha est selon Beit Hillel et ils sont obligés selon la Tora ; mais [les Sages] ont décrété à leur sujet à cause du vêtement de nuit : de peur qu'il ait un vêtement réservé aux nuits, qu'il y mette des tsitsit, et qu'il se trouve portant des kilayim en dehors du cadre de la mitsva, car le vêtement de nuit n'est pas soumis aux tsitsit, puisqu'il est écrit : vous le verrez. Et dans Yevamot on objecte : un tribunal peut-il donc stipuler de déraciner une parole de la Tora, en exemptant celui qui est obligé ? Et on répond : s'abstenir d'agir (chev ve-al taasse) est différent.
🗂️ Tossefot (2)
סָדִין בְּצִיצִית ב"ש פּוֹטְרִין פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס ב"ש לָא דָּרְשִׁי סִמּוּכִין וְהָא דְּלָא קָאָמַר אוֹסְרִין מִשּׁוּם דְּסָבְרִי בְּעָלְמָא כְּלֵי קֻופְסָא חַייָּבִין בְּצִיצִית וְהָכָא פְּטִירִי דְּלָא שַׁיָּיךְ לְמִיתְנֵי בְּהוּ אוֹסְרִין וּבְסֵיפָא דְּהַךְ בָּרַייְתָא קָתָנֵי בְּפֶ' הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מ.) א"ר אֱלִיעֶזֶר כָּל הַמַּטִּיל תְּכֵלֶת בִּסְדִינוֹ בִּירוּשָׁלַיִם אֵינוֹ אֶלָּא מִן הַמַּתְמִיהִין אָמַר ר' אִם כֵּן לָמָּה אֲסָרוּהָ פִּי' א"כ (כָּל אוֹתָן) שֶׁמַּתְמִיהִין עָלָיו לָמָּה עוֹשִׂין כֵּן כֵּיוָן דַּהֲלָכָה כב"ה וּמְשַׁנֵּי גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִקְרַע סְדִינוֹ כו' וְעוֹד מְתָרֵץ גְּזֵרָה מִשּׁוּם כְּסוּת לַיְלָה ופירש"י בִּתְשׁוּבָה אַחַת שֶׁלֹּא גָּזְרוּ אֶלָּא עַל הַתְּכֵלֶת אֲבָל בְּמִינוֹ חַיָּיב וְהָא דא"ל מַלְאֲכָא לְרַב קַטִּינָא סְדִינָא בְּקַיְיטָא סַרְבָּלָא בְּסִיתְוָא צִיצִית מַה תְּהֵא עָלֶיהָ הַיְינוּ צִיצִית מִן הַמֻּובְחָר מַה תְּהֵא עָלֶיהָ אֲבָל צִיצִית בְּמִינוֹ הָיָה עוֹשֶׂה וּבִשְׁמַעְתִּין נָמֵי הָיָה לָהֶם צִיצִית שֶׁל מִינוֹ וְהָיוּ מַחְבִּיאִים מַר' יְהוּדָה לְפִי שֶׁהָיָה מְחַיֵּיב לַעֲשׂוֹת תְּכֵלֶת וְהָיָה סָבוּר שֶׁעוֹשִׂין כב"ש מִדְּאוֹרַייְתָּא וְאִינְהוּ סְבוּר אַפֵּי' לב"ה אָסוּר מִדְּרַבָּנָן מִשּׁוּם כְּסוּת לַיְלָה וְקָשֶׁה לר"י דִּבְפֶרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מא.) מַהְדַּר לַאֲתוּיֵי דְּצִיצִית חוֹבַת טַלִּית הוּא מֵחֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים מִשֶּׁאָרְגוּ בְּבֶגֶד ג' הָיוּ מְטִילִין בּוֹ צִיצִית וְדָחֵי לָהּ וְאַמַּאי לָא מַיְיתֵי מֵהָכָא דְּלָא קָתָנֵי אוֹסְרִין וְעוֹד דבה"ג פּוֹסֵק דְּחוֹבַת גַּבְרָא הוּא מִדִּמְבָרְכִינַן לְהִתְעַטֵּף בְּצִיצִית וְעוֹד דְּאָמְרִינַן בפ"ק דִּיבָמוֹת (ד' ד.) גַּבֵּי כִּלְאַיִם בְּצִיצִית דַּאֲפִילּוּ מַאן דְּלָא דְּרֵישׁ סִמּוּכִין בְּעָלְמָא בְּמִשְׁנֵה תוֹרָה דָּרֵישׁ וְאֵיךְ יִתָּכֵן לוֹמַר דב"ש לָא דָּרְשִׁי סִמּוּכִין וְעוֹד דְּרַב עַמְרָם גָּאוֹן פּוֹסֵק כב"ש בְּשִׁשָּׁה דְּבָרִים וַחֲשִׁיב הַךְ בַּהֲדַייְהוּ וְעוֹד אַמַּאי נְקַט סָדִין בְּצִיצִית הֲוָה לֵיהּ לְמִנְקַט כִּלְאַיִם בְּצִיצִית וְנִרְאֶה לר"ת דכ"ע דָּרְשִׁי סִמּוּכִין וב"ש פָּטְרִי מִדְּרַבָּנָן מִשּׁוּם כְּסוּת לַיְלָה אוֹ מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִקָּרַע וּפָטְרִי אֲפִילּוּ מִמִּינוֹ מִדְּקָתָנֵי סָדִין בְּצִיצִית וְלָא קָתָנֵי סָדִין בִּתְכֵלֶת כִּדְאָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר בַּר' צָדוֹק כָּל הַמַּטִּיל תְּכֵלֶת בִּסְדִינוֹ כו' וב"ה מְחַיְּיבִין אַפֵּי' תְּכֵלֶת דְּלֵית לְהוּ הָנְהוּ גְּזֵרוֹת דב"ש וכב"ש קי"ל כִּדְמוֹכַח בְּסֵיפָא דְּהַךְ בָּרַייְתָא וְהַשְׁתָּא נִיחָא דְּרַב קַטִּינָא שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ צִיצִית כְּלָל וְכֵן תַּלְמִידָיו שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה לֹא הָיָה לָהֶם כְּלָל צִיצִית דְּסָבְרִי כב"ש וְאוֹמֵר ר"ת דְּאֵין לַעֲשׂוֹת טַלִּיתוֹת שֶׁל פִּשְׁתָּן וְלַעֲשׂוֹת בּוֹ צִיצִית אֲפִילּוּ מִינוֹ דכב"ש קַייְמָא לַן דְּפָטְרִי וְהַמְּבָרֵךְ מְבָרֵךְ בְּרָכָה לְבַטָּלָה:
Le drap pour les tsitsit, Beit Chammai l'exemptent - Le Kountres (Rachi) explique que Beit Chammai n'interprètent pas la juxtaposition. S'il n'est pas dit ils l'interdisent, c'est parce qu'ils pensent en général que les vêtements rangés dans un coffre sont soumis aux tsitsit, et qu'ici ils sont exemptés ; il ne convient donc pas d'enseigner à leur sujet ils l'interdisent. Dans la suite de cette baraita, il est enseigné au chapitre Ha-tekhelet (Menahot 40a) : Rabbi Eliezer a dit : quiconque met de la tekhelet sur son drap à Jérusalem n'est qu'un de ceux qui étonnent. Rabbi a dit : s'il en est ainsi, pourquoi l'ont-ils interdit ? C'est-à-dire : s'il en est ainsi, pourquoi [tous] ceux dont on s'étonne agissent-ils ainsi, puisque la halakha est selon Beit Hillel ? Et on répond : un décret, de peur que son drap ne se déchire, etc. ; et on répond encore : un décret à cause du vêtement de nuit. Rachi explique dans une responsa qu'ils n'ont décrété que sur la tekhelet, mais qu'avec [des fils] de sa propre espèce on est obligé. Et quand l'ange dit à Rav Ketina : un drap en été, un manteau en hiver, qu'adviendra-t-il des tsitsit ?, il s'agit des tsitsit de la meilleure manière : qu'en adviendra-t-il ? Mais des tsitsit de sa propre espèce, il en faisait. Dans notre passage aussi, ils avaient des tsitsit de sa propre espèce, et ils les cachaient de Rabbi Yehouda parce qu'il obligeait à faire de la tekhelet ; il pensait qu'ils agissaient selon Beit Chammai au niveau de la Tora, alors qu'eux pensaient que même selon Beit Hillel c'est interdit par décret rabbinique à cause du vêtement de nuit. Le Ri trouve difficile : au chapitre Ha-tekhelet (Menahot 41a), on cherche à prouver que les tsitsit sont une obligation liée au vêtement, à partir des premiers hassidim qui, dès qu'ils avaient tissé trois [doigts] d'un vêtement, y mettaient des tsitsit, et on rejette la preuve ; pourquoi ne prouve-t-on pas d'ici, puisqu'il n'est pas enseigné ils l'interdisent ? De plus, les Halakhot Guedolot tranchent que c'est une obligation de la personne, puisque nous bénissons lehitateff ba-tsitsit. De plus, nous disons au premier chapitre de Yevamot (4a), au sujet des kilayim dans les tsitsit, que même celui qui n'interprète pas la juxtaposition en général l'interprète dans le Michne Tora : comment peut-on alors dire que Beit Chammai n'interprètent pas la juxtaposition ? De plus, Rav Amram Gaon tranche selon Beit Chammai dans six cas, et compte celui-ci parmi eux. De plus, pourquoi avoir choisi l'expression le drap pour les tsitsit ? Il aurait fallu dire kilayim dans les tsitsit. Il semble donc à Rabbenou Tam que tous interprètent la juxtaposition, et que Beit Chammai exemptent par décret rabbinique, à cause du vêtement de nuit ou de peur qu'il ne se déchire, et qu'ils exemptent même [des fils] de sa propre espèce, puisqu'il est enseigné le drap pour les tsitsit et non le drap pour la tekhelet, comme l'a dit Rabbi Eliezer bar Rabbi Tsadok : quiconque met de la tekhelet sur son drap etc. Et Beit Hillel obligent même à la tekhelet, car ils n'admettent pas ces décrets de Beit Chammai. Et nous tenons selon Beit Chammai, comme le prouve la suite de cette baraita. On comprend alors bien Rav Ketina, qui n'avait pas du tout de tsitsit ; de même les élèves de Rabbi Yehouda n'avaient pas du tout de tsitsit, car ils pensaient comme Beit Chammai. Rabbenou Tam dit qu'il ne faut pas faire de talitot de lin et y mettre des tsitsit, même de leur propre espèce, car nous tenons selon Beit Chammai qui exemptent, et celui qui bénit dit une bénédiction en vain.
גְּזֵירָה מִשּׁוּם כְּסוּת לַיְלָה מִדִּנְקַט סְתָמָא דְּשַׁ"ס הַאי טַעְמָא וְלָא נְקַט טַעְמָא שֶׁמָּא יִקָּרַע מַשְׁמַע דְּקי"ל כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּפוֹטֵר כְּסוּת לַיְלָה בְּפֶ' הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת ד' מג.) וְכֵן מַשְׁמַע בפ"ב דִּבְרָכוֹת (ד' יד:) דְּאָמַר בְּמַעֲרָבָא לֹא הָיוּ אוֹמְרִים פָּרָשַׁת צִיצִית בַּלַּיְלָה אֶלָּא מַתְחִילִין דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אָמַר אַבַּיֵּי כֵּיוָן דְּאִינְהוּ מַתְחִילִין אֲנַן נָמֵי מַתְחֲלִינַן וְכֵיוָן דְּמַתְחֲלִינַן מְסַיְּימִינַן מַשְׁמַע דְּמוֹדוֹ כּוּלְּהוּ דְּאֵין מִצְוַת צִיצִית בַּלַּיְלָה וּלְכָךְ נָשִׁים פְּטוּרוֹת מִן הַצִּיצִית וְרַב יְהוּדָה וְרַב עַמְרָם דְּהָווּ רָמֵי תְּכֵלְתָּא לְפַרְזוּמָא דְּאִינָשֵׁי בֵּיתֵיהּ בְּהַתְּכֵלֶת (ד' מג.) וּבְפֶרֶק קַמָּא דְּסֻוכָּה (ד' יא. יָשֵׁם) מִשּׁוּם דְּסָבְרִי דְּהָוְיָא מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁלֹּא הַזְּמַן גְּרָמָא לָא קַיְימָא לַן כְּוָותַייְהוּ דְּהָא מַשְׁמַע שֶׁהֵם דַּווְקָא הָיוּ עוֹשִׂין וְלֹא הָאֲחֵרִים וּבְפֶרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (ד' לג:) תָּנוּ רַבָּנַן מִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא שׁוֹפָר וְלוּלָב סֻוכָּה וְצִיצִית:
Un décret à cause du vêtement de nuit - Puisque la Guemara anonyme a retenu cette raison et non la raison de peur qu'il ne se déchire, cela implique que nous tenons selon Rabbi Chimon, qui exempte le vêtement de nuit, au chapitre Ha-tekhelet (Menahot 43a). C'est aussi ce qui ressort du deuxième chapitre de Berakhot (14b), où il est dit : en Occident on ne disait pas la section des tsitsit la nuit, mais on commençait : parle aux enfants d'Israël. Abaye dit : puisqu'eux commencent, nous aussi nous commençons, et puisque nous commençons, nous terminons. Cela implique que tous admettent qu'il n'y a pas de mitsva de tsitsit la nuit ; c'est pourquoi les femmes sont exemptées des tsitsit. Quant à Rav Yehouda et Rav Amram, qui mettaient de la tekhelet aux tabliers des femmes de leur maison, au chapitre Ha-tekhelet (43a) et au premier chapitre de Soukka (11a), parce qu'ils pensaient que c'est un commandement positif non lié au temps, nous ne tenons pas comme eux, car il ressort que seuls eux agissaient ainsi, et non les autres. Et au premier chapitre de Kiddouchin (33b) : les Sages ont enseigné : les commandements positifs liés au temps sont le chofar, le loulav, la soukka et les tsitsit.
💡 Explication

La mitsva du lavage est prouvée par la conduite de Rabbi Yehouda bar Ilai, qui se préparait au Chabbat par un lavage à l'eau chaude et s'enveloppait d'un drap de lin muni de tsitsit.

Digression : les tsitsit sont de laine (tekhelet), le drap de lin ; le mélange forme des kilayim (chaatnez). Beit Hillel l'autorisent par la juxtaposition des versets (smoukhim). Les élèves craignaient un décret rabbinique : un vêtement de nuit, exempt de tsitsit, porterait du chaatnez sans mitsva.

Rabbenou Tam (Tossefot) renverse la lecture de Rachi : la dispense de Beit Chammai est un décret rabbinique, la halakha suit Beit Chammai, et l'on ne doit pas faire de tsitsit sur un talit de lin.

🖼️ Schéma
Drap de lin et tsitsit de laine Beit Chammai exemptent Rachi : pas de smoukhim, kilayim interdit R. Tam : décret rabbinique Beit Hillel obligent smoukhim : chaatnez juxtaposé aux franges R. Yehouda : halakha ainsi Les élèves décret : kessout layla vêtement de nuit exempt de tsitsit, donc kilayim sans mitsva Tossefot, Rabbenou Tam Tous admettent les smoukhim. Beit Chammai exemptent par décret, même en fils de lin ; on tient comme eux (suite de la baraita, Menahot 40a). Pratique : pas de talit de lin avec tsitsit ; la bénédiction serait vaine.
Le drap de lin et ses tsitsit : les trois positions du passage et la lecture de Rabbenou Tam.
5
״וַתִּזְנַח מִשָּׁלוֹם נַפְשִׁי נָשִׁיתִי טוֹבָה״. מַאי ״וַתִּזְנַח מִשְּׁלוֹם נַפְשִׁי״ — אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: זוֹ הַדְלָקַת נֵר בְּשַׁבָּת. ״נָשִׁיתִי טוֹבָה״ — אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: זוֹ בֵּית הַמֶּרְחָץ. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן זוֹ רְחִיצַת יָדַיִם וְרַגְלַיִם בְּחַמִּין. רַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא אָמַר: זוֹ מִטָּה נָאָה וְכֵלִים נָאִים שֶׁעָלֶיהָ. רַבִּי אַבָּא אָמַר: זוֹ מִטָּה מֻוצַּעַת וְאִשָּׁה מְקֻושֶּׁטֶת לְתַלְמִידֵי חֲכָמִים.

Et mon âme a été éloignée de la paix, j'ai oublié le bien (Eikha 3,17). Que signifie et mon âme a été éloignée de la paix ?

Rabbi Abahou a dit : c'est l'allumage de la lampe le Chabbat. J'ai oublié le bien : Rabbi Yirmeya a dit : c'est le bain (beit ha-merhats).

Rabbi Yo'hanan a dit : c'est le lavage des mains et des pieds à l'eau chaude. Rabbi Yitshak Nappaha a dit : c'est un beau lit et les beaux draps qui le couvrent.

Rabbi Abba a dit : c'est un lit préparé et une épouse parée, pour les talmidei hakhamim.

📜 Rachi (1)
הַדְלָקַת נֵר בְּשַׁבָּת שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ מִמַּה לְהַדְלִיק וּבְמָקוֹם שֶׁאֵין נֵר אֵין שָׁלוֹם שֶׁהוֹלֵךְ וְנִכְשָׁל וְהוֹלֵךְ בַּאֲפֵילָה:
L'allumage de la lampe le Chabbat : il n'avait pas de quoi allumer ; et là où il n'y a pas de lampe il n'y a pas de paix, car on marche, on trébuche et on avance dans l'obscurité.
🪔 Ben Yehoyada (3)
"נָשִׁיתִי טוֹבָה", אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: זוֹ בֵּית הַמֶּרְחָץ. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש בְּסִידּוּר רַבֵּינוּ הָרָשָׁ"שׁ זַ"ל בְּכַוָּנוֹת הָרְחִיצָה שֶׁצָּרִיךְ לְכַוֵּין בְּשֵׁם אֶהְיֶה דיודי"ן וּבְשֵׁם אהי"ה דההי"ן וְגַם צָרִיךְ לְכַוֵּין בְּשֵׁם שד"י יְעֻויַּן שָׁם. וְהִנֵּה שֵׁם אֶהְיֶה דיודי"ן ודההי"ן הֵם עֶשְׂרִים אוֹתִיּוֹת וְעִם שד"י הֵם כ"ג כְּמִנְיַן טוֹבָה [22] , לז"א נָשִׁיתִי טוֹבָה זוֹ רְחִיצָה. ומ"ש רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: זוֹ רְחִיצַת יָדַיִם וְרַגְלַיִם בְּחַמִּין , נִרְאֶה לִי בס"ד מ"ש רַבֵּינוּ זַ"ל (בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת דַּף סב) דְּהָרְחִיצָה בְּחַמִּין רוֹמֶזֶת לְשַׁלְהֶבֶת הַיּוֹצְאָהּ מִשֵּׁם י"ה עַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה מוּבָן רֶמֶז נָשִׁיתִי טוֹבָה עַל רְחִיצָה בְּחַמִּין שֶׁהִיא רוֹמֶזֶת לְשַׁלְהֶבֶת הַיּוֹצֵאת מִשֵּׁם י"ה שֶׁמִּסְּפָרוֹ ט"ו, וְזֶהוּ טוֹבָה דְּהַיְינוּ ט"ו בָּהּ:
J'ai oublié le bien : Rabbi Yirmeya a dit : c'est le bain. Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu'on peut l'expliquer] d'après ce qui est écrit dans le Siddour de notre maître le Rachach, de mémoire bénie, dans les kavanot (intentions) du bain : il faut viser le Nom Ehyeh écrit en plénitude (miloui) de yod et le Nom Ehyeh en plénitude de hé, et il faut aussi viser le Nom Chaddai, voir là-bas. Or les Noms Ehyeh en plénitude de yod et de hé font vingt lettres, et avec Chaddai cela fait 23, comme la valeur numérique de tova [22]. C'est pourquoi il est dit : j'ai oublié le bien, c'est le bain. Quant à ce que dit Rabbi Yo'hanan : c'est le lavage des mains et des pieds à l'eau chaude, il me semble, avec l'aide du Ciel, [l'expliquer] d'après ce qu'a écrit notre maître, de mémoire bénie (Chaar ha-Kavanot, page 62) : le lavage à l'eau chaude fait allusion à la flamme (chalhevet) qui sort du Nom Yah. On comprend ainsi l'allusion de j'ai oublié le bien au lavage à l'eau chaude, qui évoque la flamme issue du Nom Yah, dont la valeur est 15 : c'est tova, c'est-à-dire têt-vav (15) dans bah.
זוֹ מִטָּה מַצַּעַת, וְאִשָּׁה מְקֻשֶּׁטֶת לְתַלְמִידֵי חֲכָמִים. קַשָּׁא וְכִי בַּגָּלוּת לֹא הָיָה לָהֶם מִטָּה מַצַּעַת, וַהֲלֹא אֲפִילּוּ עָנִי גַּם כֵּן יָשַׁן עַל מִטָּה מַצַּעַת וְלֹא יָשַׁן עַל הַקַּרְקַע? וְעוֹד וְכִי תַּלְמִיד חָכָם בִּלְבַד יֵשׁ לָהֶם נָשִׁים מְקֻושָּׁטוֹת? וְנִרְאֶה לִי מִטָּה מַצַּעַת קָאֵי עַל תַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה וְלָשׁוֹן נְקִיָּה נָקֵיט, וְיָדוּעַ דְּעוֹנָה שֶׁל תַּלְמִיד חָכָם מִלֵּיל שַׁבָּת לְלֵיל שַׁבָּת בִּלְבַד, וְלָכֵן גַּם הַנָּשִׁים שֶׁלָּהֶם מִתְקַשְּׁטוֹת בְּלֵיל שַׁבָּת בִּלְבַד שֶׁהוּא זְמַן עוֹנָה שֶׁלָּהֶם, וְנִמְצָא לְפִי זֶה יֵשׁ תַּעֲנוּג לְתַלְמִיד חָכָם בְּתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה וּבִקְשׁוֹט אִשְׁתּוֹ יוֹתֵר מִשְּׁאָר הֲמוֹן הָעָם הָרְגִילִים בְּתַשְׁמִישׁ וּבְקִשּׁוּטִים תָּמִיד, כִּי כָּל הֲנָאָה הַבָּאָה לָאָדָם לִפְרָקִים יִהְיֶה לוֹ בָּהּ עֹונֶג גָּדוֹל מְאֹד מֵהֲנָאָה שֶׁהִיא תְּמִידִית דְּדָשׁ בָּהּ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁהָאִשָּׁה עַל יְדֵי שְׁמִירַת הַנִּדָּה תִּהְיֶה חֲבִיבָה עַל בַּעְלָהּ יוֹתֵר, וְלָזֶה עֹונֶג זֶה שֶׁיֵּשׁ לְתַלְמִיד חָכָם הֵן מִתַּשְׁמִישׁ הַמִּטָּה הֵן מִקְּשֹׁוט נְשֵׁיהֶם מְשַׁבְּחוֹ בְּשֵׁם טוֹבָה, מִפְּנֵי שֶׁמַּגִּיעַ לָהֶם מִזֶּה עֹונֶג רַב לִהְיוֹתוֹ אֶצְלָם לִפְרָקִים מַה שֶׁאֵין כֵּן אֵצֶל הֲמוֹן הָעָם, וְעַל כֵּן מְקוֹנֵן עַל חֶסְרוֹן עֹונֶג שַׁבָּת וְאוֹמְרוֹ 'לְתַלְמִיד חָכָם' קָאֵי אַתַּרְוַוייְהוּ, ומ"ש מִטָּה נָאָה וְכֵלִים נָאִים שֶׁעָלֶיהָ , גַּם זֶה קָאֵי עַל הַשַּׁבָּת שֶׁהָיָה דַּרְכָּהּ לְכַבֵּד הַשַּׁבָּת בְּכָךְ.
C'est un lit préparé et une épouse parée pour les talmidei hakhamim. Difficulté : en exil n'avaient-ils donc pas de lit préparé ? Même un pauvre dort sur un lit préparé et non sur le sol ! Et encore : les talmidei hakhamim sont-ils les seuls à avoir des épouses parées ? Il me semble que lit préparé se rapporte aux relations conjugales, [le Talmud] employant un langage pudique. On sait que l'ona (temps conjugal) du talmid 'hakham est seulement d'une nuit de Chabbat à l'autre ; c'est pourquoi leurs épouses aussi se parent seulement la nuit de Chabbat, qui est leur temps d'ona. Il en résulte que le talmid 'hakham trouve dans les relations conjugales et dans la parure de son épouse un plaisir plus grand que le reste du peuple, habitué aux relations et aux parures en permanence, car tout plaisir qui vient à l'homme par intervalles lui procure une jouissance bien plus grande qu'un plaisir permanent, auquel il s'est accoutumé. C'est ce qu'ont dit nos Sages, de mémoire bénie : grâce à l'observance de la nidda, la femme est plus chère à son mari. C'est pourquoi ce plaisir qu'a le talmid 'hakham, tant des relations conjugales que de la parure de son épouse, est loué sous le nom de bien (tova), car il en tire une grande jouissance, puisque cela lui vient par intervalles, ce qui n'est pas le cas de la masse du peuple. Le verset se lamente donc sur la perte du plaisir du Chabbat ; et l'expression pour les talmidei hakhamim se rapporte aux deux. Quant à ce qui est dit : un beau lit et de beaux draps qui le couvrent, cela aussi se rapporte au Chabbat, car il était d'usage d'honorer le Chabbat de cette manière.
כְּתִיב: (אֵיכָה ג, יז) "וַתִּזְנַח מִשְּׁלוֹם נַפְשִׁי", אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: זוֹ הַדְלָקַת נֵר בְּשַׁבָּת. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַתַּנָּא אָמַר הַדְלִיקוּ אֶת הַנֵּר וּמַקְשִׁים לָמָּה אָמַר הַנֵּר בְּהֵ"א? וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד לִרְמֹוז עַל הַנֵּר הָעֶלְיוֹן שֶׁבִּקְדֻושָּׁה לְמַעְלָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסוֹד נֵר שַׁבָּת וְזַ"ל הַדְלָקַת הַנֵּר אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַדְלָקַת נֵר בְּשַׁבָּת חוֹבָה, הַסּוֹד הוּא כִּי שְׁנֵי נֵרוֹת הֵם בִּינָה וּמַלְכוּת וּתְכַוֵּין לְכַבּוֹת ב' הַנֵּרוֹת שֶׁל סִטְרָא אַחְרָא עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. לְפִי זֶה כֵּיוָן שֶׁהִדְלִיקָה הָאִשָּׁה נֵר שַׁבָּת לְמַטָּה כְּאִלּוּ הִדְלִיקָה נֵר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה לְמַעְלָה, לְכָךְ אָמַר הַדְלִיקוּ אֶת ה נֵר בְּהֵ"א הַיְּדִיעָה שֶׁרוֹמֵז בָּזֶה עַל נֵר הָעֶלְיוֹן שֶׁהוּא בְּסוֹד הֵ"א כַּנּוֹדָע, וְלָכֵן צָרִיךְ לְכַוֵּין בְּהִסְתַּכְּלוּת שְׁנֵי נֵרוֹת אַחַת כְּנֶגֶד הֵ"א רִאשֹׁנָה שֶׁבַּשֵּׁם וְאַחַת כְּנֶגֶד הֵ"א אַחֲרוֹנָה. וְהִנֵּה אוֹתִיּוֹת הַנֵּר בְּמִילּוֹאָם כָּזֶה הַ" י נ ו"ן ר י"ש [376] עוֹלֶה הַמִּילּוּי מִסְפַּר שָׁלוֹם [376] בְּדִקְדּוּק, וְלָכֵן דְּרֵישׁ כָּאן וַתִּזְנַח מִשָּׁלוֹם זוֹ הַדְלָקַת נֵר בְּשַׁבָּת. גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד מִסְפַּר נֵר [250] וּמִסְפַּר אֲפִילָה [116] עוֹלֶה מִסְפַּר שָׁלוֹם [376] , רֶמֶז אִם יֵשׁ נֵר בָּאֲפֵלָה יֵשׁ שָׁלוֹם, וְאִם יֶחְסַר הַנֵּר יִשָּׁאֵר אֲפִילָה, שֶׁאִם יֶחְסַר מִסְפַּר נֵר [250] מִן שָׁלוֹם [376] יִשָּׁאֵר מִסְפַּר אֲפִילָה [116] .
Il est écrit (Eikha 3,17) : et mon âme a été éloignée de la paix. Rabbi Abahou a dit : c'est l'allumage de la lampe le Chabbat. Il me semble, avec l'aide du Ciel : le Tanna dit hadliqou et ha-ner (allumez la lampe), et l'on demande pourquoi il dit ha-ner avec un hé. J'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, que c'est une allusion à la lampe supérieure de sainteté, en haut, comme l'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie, au sujet du sod (secret) de la lampe du Chabbat. Voici ses mots : l'allumage de la lampe - nos Sages ont dit : l'allumage de la lampe le Chabbat est une obligation. Le sod est que les deux lampes sont Bina et Malkhout, et l'on doit avoir l'intention d'éteindre les deux lampes de la sitra a'hra (l'autre côté). Fin de citation. D'après cela, lorsque la femme allume la lampe du Chabbat en bas, c'est comme si elle allumait la lampe de sainteté en haut. C'est pourquoi il dit hadliqou et ha-ner avec le hé de détermination, qui fait allusion à la lampe supérieure, qui est dans le sod du hé, comme on le sait. Aussi faut-il, en regardant les deux lampes, viser l'une vers le premier hé du Nom et l'autre vers le dernier hé. Or les lettres ajoutées par l'écriture en plénitude de ha-ner (hé-yod, noun-vav-noun, rech-yod-chin) ont exactement la valeur de chalom [376]. C'est pourquoi on explique ici : et mon âme a été éloignée de la paix, c'est l'allumage de la lampe le Chabbat. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel, que la valeur de ner [250] et celle de afela (obscurité) [116] font ensemble la valeur de chalom [376] : allusion au fait que s'il y a une lampe dans l'obscurité, il y a la paix ; si la lampe manque, il reste l'obscurité, car si l'on retire la valeur de ner [250] de chalom [376], il reste la valeur de afela [116].
💡 Explication

Le verset d'Eikha décrit l'exilé. Les Amoraim y lisent la perte des plaisirs du Chabbat : la paix est la lampe du Chabbat (Rachi : sans lumière on trébuche), le bien est le bain, le lavage à l'eau chaude, un lit bien garni, ou une épouse parée.

Le Ben Yehoyada appuie ces lectures sur des guematriot. Pour tova, la valeur est 22 ; le total 23 s'obtient en comptant le mot lui-même (kollel). Pour ha-ner, seules les lettres ajoutées par l'écriture en plénitude sont comptées : yod (10) + vav-noun (56) + yod-chin (310) = 376 = chalom.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵיזֶהוּ עָשִׁיר? — כָּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ נַחַת רוּחַ בְּעָשְׁרוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. סִימָן מטק״ס. רַבִּי טִרְפוֹן אוֹמֵר: כָּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ מֵאָה כְּרָמִים וּמֵאָה שָׂדוֹת וּמֵאָה עֲבָדִים שֶׁעוֹבְדִין בָּהֶן. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כֹּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ אִשָּׁה נָאָה בְּמַעֲשִׂים. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כֹּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ בֵּית הַכִּסֵּא סָמוּךְ לְשֻׁולְחָנוֹ.

Nos maîtres ont enseigné : qui est riche ? Quiconque a de la satisfaction (nahat roua'h) de sa richesse, paroles de Rabbi Meir.

Signe mnémotechnique : MTKS. Rabbi Tarfon dit : quiconque possède cent vignes, cent champs et cent esclaves qui y travaillent.

Rabbi Akiva dit : quiconque a une épouse belle dans ses actes. Rabbi Yossi dit : quiconque a des toilettes (beit ha-kisse) près de sa table.

📜 Rachi (3)
אֵיזֶהוּ עָשִׁיר נָפְקָא מִינֵּיהּ לְמִטְרַח לַהֲדוּרֵי אַמִּילְּתָא:
Qui est riche : la conséquence pratique est [de savoir s'il faut] se donner de la peine pour rechercher la chose.
נַחַת רוּחַ בְּעָשְׁרוֹ שָׂמֵחַ בְּחֶלְקוֹ אִם מְעַט אִם רַב:
De la satisfaction de sa richesse : il se réjouit de sa part, qu'elle soit petite ou grande.
שֶׁעוֹבְדִין בָּהֶן בַּשָּׂדוֹת עֲבוֹדָה הַצְּרִיכָה לָהֶם:
Qui y travaillent : dans les champs, le travail qui leur est nécessaire.
🪔 Ben Yehoyada (4)
אֵיזֶהוּ עָשִׁיר? כָּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ נַחַת רוּחַ בְּעָשְׁרוֹ. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל שָׂמֵחַ בְּחֶלְקוֹ אִם מְעַט וְאִם הַרְבֵּה. וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְפִי זֶה דְּבָרִים אֵלּוּ הֵן הֵן דִּבְרֵי בֶּן זוֹמָא בְּמַתְנִיתִין דְּאָבוֹת (ד, א), בֶּן זוֹמָא אוֹמֵר, אֵיזֶהוּ עָשִׁיר? הַשָּׂמֵחַ בְּחֶלְקוֹ וּמָה חִידֵּשׁ רַבִּי מֵאִיר בָּזֶה? וְעוֹד לָמָּה נָקֵיט לָשׁוֹן זֶה לֵימָא בְּפֵירוּשׁ הַשָּׂמֵחַ בְּחֶלְקוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּלְשׁוֹן נַחַת רוּחַ יֹאמַר עַל הֲנָאָה וְתַעֲנוּג פְּנִימִי הַנִּכְנָסִים תּוֹךְ הַגּוּף, אֲבָל הֲנָאָה וְתַעֲנוּג חִיצוֹנִי אֵין זֶה מִתֹּואַר בְּשֵׁם נַחַת רוּחַ, וְהִנֵּה יֵשׁ אָדָם עָשִׁיר שֶׁהָעֹושֶׁר שֶׁלּוֹ גּוֹרֵם לוֹ טִרְחָה וִיגִיעָה הַרְבֵּה, שֶׁמַּרְבֶּה בַּעֲסָקִים גְּדוֹלִים וְהַכֹּל עוֹשֶׂה בְּיָדוֹ וְטוֹרֵחַ בָּהֶם בַּיָּמִים וּבַלֵּילוֹת, אֵין זֶה נֶחְשָׁב עָשִׁיר אֶלָּא זֶה עֶבֶד נִרְצָע לְמָמוֹנוֹ, שֶׁהוּא מְשָׁרֵת לְמָמוֹנוֹ יָמִים וְלֵילוֹת, וְאַף עַל פִּי שֶׁרוֹאֶה שֶׁיֵּשׁ לוֹ הֲנָאָה מִיְּגִיעָה זוֹ שֶׁמִּתְרַבֶּה מָמוֹנוֹ בְּכָךְ, אֵין זוֹ הֲנָאָה הַנִּכְנֶסֶת לְתוֹךְ פְּנִימִיּוּת הַגּוּף אֲשֶׁר נִקְרֵאת נַחַת רוּחַ אֶלָּא הִיא הֲנָאָה חִיצוֹנִית. אֲבָל אָדָם עָשִׁיר שֶׁאֵינוֹ מַעֲמִיס עַל עַצְמוֹ עֲבוֹדַת מַשָּׂא הָעֵסֶק שֶׁל הַמִּסְחָר, אֶלָּא יֵשׁ לוֹ מְשָׁרְתִים שְׂכִירִים אֶצְלוֹ שֶׁהֵם נוֹשְׂאִים עֹול הַמַּשָּׂא שֶׁלּוֹ בְּכָל דָּבָר, וְהוּא בַּעַל הַמָּמוֹן יוֹשֵׁב בִּמְנוּחָה תָּמִיד וְרוֹאֶה הָעֵסֶק בִּלְבַד הִנֵּה זֶה נֶחְשָׁב עָשִׁיר שֶׁיֵּשׁ לוֹ נַחַת רוּחַ בְּעָשְׁרוֹ , כִּי הֲנָאָתוֹ הִיא הֲנָאָה פְּנִימִית וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (קֹהֶלֶת ה' י') בִּרְבוֹת הַטּוֹבָה רַבּוּ אוֹכְלֶיהָ, הֵם הַמְשָׁרְתִים הַמִּתְעַסְּקִים וְלוֹקְחִים פְּרָס מִן הַטּוֹבָה הַהִיא, וּמַה כִּשְׁרוֹן לִבְעָלֶיהָ כִּי אִם רְאוּת עֵינָיו, ר"ל אֵימָתַי יֵשׁ יִתְרוֹן לִבְעָלֶיהָ, זֶה אוֹתוֹ שֶׁאֵינוֹ עוֹסֵק וְיַגִּיעַ בָּהּ אֶלָּא דַּוְקָא יֵשׁ לוֹ רְאוֹת עֵינָיו בָּהּ אֲבָל עֵסֶק וִיגִיעַת יָדַיִם וְרַגְלַיִם אֵין לוֹ בָּהּ. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ שֶׁיֵּשׁ לוֹ נַחַת רוּחַ בְּעָשְׁרוֹ, וְהַייְנוּ נַחַת לְשׁוֹן הַשְׁפָּלָה כְּמוֹ (מַלְאָכִי ב, ה) וּמִפְּנֵי שְׁמִי נִחַת הוּא, רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁאֵינוֹ מִתְגָּאֶה בְּעָושְׁרוֹ שֶׁאָז עָשְׁרוֹ מִתְקַייֵּם אֶצְלוֹ, אֲבָל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ גַּבְהוּת רוּחָא בְּעָושְׁרוֹ הֲרֵי זֶה פּוֹרֵחַ מִיָּדוֹ וְכָל הָעוֹמֵד לְהִנָּטֵל כְּנָטוּל דָּמֵי. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל דֶּרֶךְ כָּל הַמְּבַטֵּל אֶת הַתּוֹרָה מַעֲשֵׂר, סוֹפוֹ לְבַטְּלָהּ מֵעָנִי (אָבוֹת ד, ט), שֶׁיַּעֲנִי וְלֹא יִשָּׁאֵר בְּיָדוֹ כְּלוּם לֹא זֶה וְלֹא זֶה, וְיָדוּעַ כִּי עֵסֶק הַתּוֹרָה הוּא תִּיקּוּן הָרוּחַ, וז"ש כָּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ נַחַת רוּחַ בְּעָשְׁרוֹ שֶׁגַּם בְּעָושְׁרוֹ אֵינוֹ מְבַטֵּל קְבִיעוּת הַתּוֹרָה שֶׁדַּרְכּוֹ לִקְבֹּועַ! וּבָזֶה יְתֹורַץ בס"ד דִּקְדּוּק אַחֵר אֵיךְ מַקְדִּים דִּבְרֵי ר"מ לְדִבְרֵי ר"ט וְדִבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא שֶׁהָיָה רַבּוֹ שֶׁל רַבִּי מֵאִיר, וּבָזֶה נִיחָא כִּי רַבִּי מֵאִיר מְדַבֵּר בְּעִנְיַן חֵלֶק הָרוּחָנִי, וְרַבִּי טַרְפוֹן וְרַבִּי עֲקִיבָא מְדַבְּרִים בַּחֵלֶק הַגַּשְׁמִי.
Qui est riche ? Quiconque a de la satisfaction (nahat roua'h) de sa richesse. Rachi, de mémoire bénie, explique : il se réjouit de sa part, qu'elle soit petite ou grande. On peut alors objecter : ce sont exactement les paroles de Ben Zoma dans la Michna des Avot (4,1) : Ben Zoma dit : qui est riche ? Celui qui se réjouit de sa part. Qu'a donc apporté de nouveau Rabbi Meir ? Et encore : pourquoi employer cette expression, au lieu de dire explicitement : celui qui se réjouit de sa part ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'expression nahat roua'h se dit d'un plaisir et d'une jouissance intérieurs, qui pénètrent à l'intérieur du corps ; un plaisir extérieur n'est pas qualifié de nahat roua'h. Or il y a un homme riche dont la richesse lui cause beaucoup de peine et d'effort : il multiplie les grandes affaires, fait tout de ses mains et s'y épuise jour et nuit. Celui-là n'est pas considéré comme riche : c'est un esclave attaché à son argent, qui sert son argent jour et nuit. Et bien qu'il voie qu'il tire profit de cet effort, puisque son argent s'accroît ainsi, ce n'est pas un plaisir qui pénètre l'intérieur du corps, appelé nahat roua'h, mais un plaisir extérieur. Mais un homme riche qui ne se charge pas lui-même du fardeau des affaires, qui a chez lui des serviteurs salariés portant le poids de son affaire en toute chose, tandis que lui, le propriétaire, reste toujours au repos et se contente de voir l'affaire, celui-là est considéré comme riche, ayant de la satisfaction de sa richesse, car son plaisir est un plaisir intérieur. C'est ce que dit le verset (Kohelet 5,10) : quand les biens augmentent, ceux qui les mangent augmentent - ce sont les serviteurs qui s'en occupent et reçoivent leur part de ces biens - et quel avantage pour leur propriétaire, sinon la vue de ses yeux ? C'est-à-dire : quand le propriétaire a-t-il un avantage ? Lorsqu'il ne s'en occupe pas et ne s'y fatigue pas, mais en a seulement la vue, sans l'occupation ni l'effort des mains et des pieds. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, [comprendre] qui a nahat roua'h dans sa richesse : nahat au sens d'abaissement, comme (Malakhi 2,5) : et devant Mon Nom il s'est abaissé (nihat). Cela veut dire qu'il ne s'enorgueillit pas de sa richesse, et alors sa richesse se maintient chez lui ; mais celui qui a l'esprit hautain à cause de sa richesse, elle s'envole de sa main, et tout ce qui est destiné à être pris est considéré comme déjà pris. Ou bien on le comprendra, avec l'aide du Ciel, selon : quiconque délaisse la Tora dans la richesse finira par la délaisser dans la pauvreté (Avot 4,9) : il s'appauvrira et il ne lui restera rien, ni l'un ni l'autre. Or on sait que l'étude de la Tora est la réparation du roua'h (esprit). C'est ce qui est dit : quiconque a nahat roua'h dans sa richesse, c'est-à-dire que même dans sa richesse il ne délaisse pas les temps fixés de Tora qu'il a coutume de fixer. Par là se résout aussi, avec l'aide du Ciel, une autre question : pourquoi placer les paroles de Rabbi Meir avant celles de Rabbi Tarfon et de Rabbi Akiva, qui était le maître de Rabbi Meir ? Cela se comprend : Rabbi Meir parle de la part spirituelle, tandis que Rabbi Tarfon et Rabbi Akiva parlent de la part matérielle.
רַבִּי טִרְפוֹן אוֹמֵר: כָּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ מֵאָה כְּרָמִים, וּמֵאָה שָׂדוֹת, וּמֵאָה עֲבָדִים שֶׁעוֹבְדִין בָּהֶן. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵאָה עֲבָדִים לְמֵאָה כְּרָמִים וּמֵאָה שָׂדוֹת לֹא יַסְפִּיקוּ? וַאֲפִילּוּ אִם נְפָרֵשׁ מֵאָה עֲבָדִים לַכְּרָמִים, וּמֵאָה עֲבָדִים לַשָּׂדוֹת, גַּם כֵּן לֹא יַסְפִּיק עֶבֶד לְכֶרֶם אֶחָד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אֵלּוּ הַמֵּאָה עֲבָדִים לָאו בִּשְׁבִיל עֲבוֹדַת הַקַּרְקַע כִּי וַדַּאי יֵשׁ לְכָל כֶּרֶם בְּנֵי אָדָם עוֹסְקִים בַּעֲבוֹדָתוֹ כְּפִי מַה שֶּׁצָּרִיךְ לוֹ וְכֵן לַשָּׂדוֹת נָמֵי, אַךְ אֵלּוּ מֵאָה עֲבָדִים מַשְׁגִּיחִים אֲשֶׁר עוֹמְדִים לְפַקֵּחַ עַל עֵסֶק הַכֶּרֶם וְהַשָּׂדֶה, יַעַן שֶׁאִם יֵשׁ לָזֶה מֵאָה כְּרָמִים וּמֵאָה שָׂדוֹת שֶׁצָּרִיךְ הוּא בְּעַצְמוֹ לְהַשְׁגִּיחַ עֲלֵיהֶם אֵין זֶה עָשִׁיר אֶלָּא עֶבֶד נִרְצָע, כִּי לֹא יִשְׁקֹוט וְלֹא יָנוּחַ כָּל יָמָיו לְפַקֵּחַ עַל מְקוֹמוֹת הָרַבִּים הָאֵלֶּה, לְכָךְ אָמַר שֶׁיֵּשׁ לוֹ מֵאָה עֲבָדִים שֶׁהֵם מַשְׁגִּיחִים עֲלֵיהֶם וְהוּא יוֹשֵׁב בְּבֵיתוֹ בִּמְנוּחָה. ומ"ש שֶׁעוֹבְדִים בָּהֶם ר"ל יִהְיוּ עֲבָדִים נֶאֱמָנִים, שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁהֵם פְּקִידִים וּמְמֻונִּים אֵין מִתְנַהֲגִים בִּשְׂרָרָה אֶלָּא הֵם עַצְמָם נוֹתְנִים יָד עִם הָעוֹסְקִים, שֶׁעוֹשִׂים גַּם הֵם עֲבוֹדָה עִם הַפּוֹעֲלִים וְהָאֲרִיסִים לְעֵת הַצֹּורֶךְ. אָמְנָם עֲדַייִן הַמַּאֲמָר הַזֶּה עוֹמֵד מְקֻושֶּׁה לְפָנֵינוּ, מַה טַעַם יֵשׁ בְּמִסְפַּר הַמֵּאוֹת דְּנָקֵיט רַבִּי טִרְפוֹן בִּשְׁלֹשָׁה חֲלוּקוֹת אֵלּוּ לֹא חָסֵר וְלֹא יָתֵר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש בס"ד לְעֵיל שֶׁהַבְּרָכָה שֶׁל הַקַּרְקַע אֲשֶׁר מִשְׁתַּלְשֶׁלֶת מִלְמַעְלָה הִיא בְּסוֹד מֵאָה, דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כו, יב) וַיִּזְרַע יִצְחָק בָּאָרֶץ הַהִוא וַיִּמְצָא בַּשָּׁנָה הַהִוא מֵאָה שְׁעָרִים וַיְבָרֲכֵהוּ ה', וּפֵרַשְׁתִּי הַטַּעַם כִּי הַבְּרָכָה נִמְשֶׁכֶת מִשֵּׁם הֲוָיָה דְּמִלּוּי ע"ב שֶׁהוּא עֲשָׂרָה אוֹתִיּוֹת, וּשְׁלֵימוֹת הַבְּרָכָה הִיא מִן עֲשָׂרָה שֵׁמוֹת בְּסוֹד י' סְפִירוֹת, וְאִם כֵּן עֲשָׂרָה שֵׁמוֹת ע"ב הֵם מֵאָה אוֹתִיּוֹת, וְכָל זֶה מִן הָאֲצִילוּת. וְכֵן עוֹד הַבְּרָכָה מִן הַבְּרִיאָה שֶׁשָּׁם הוּא שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִילּוּי ס"ג שֶׁהוּא עֲשָׂרָה אוֹתִיּוֹת וַעֲשָׂרָה הֲוָיוֹת דס"ג יֵשׁ בָּהֶם מֵאָה אוֹתִיּוֹת. וְכֵן עוֹד הַבְּרָכָה מִן הַיְּצִירָה שֶׁשֵּׁם הוי"ה בְּמִילּוּי מ"ה שֶׁהוּא עֲשָׂרָה אוֹתִיּוֹת וְעֶשֶׂר הויו"ת דמ"ה יֵשׁ בָּהֶם מֵאָה אוֹתִיּוֹת, וְאֵלּוּ הַשְּׁלֹשָׁה הֵם כְּלָלוּת שֵׁם הֲוָיָ"ה שֶׁהוּא עִיקָּרוֹ אוֹתִיּוֹת יה"ו כַּיָּדוּעַ. וְלָזֶה אוֹמֵר וְיִמְצָא מֵאָה שְׁעָרִים וַיְבָרֲכֵהוּ ה', דַּייְקָא וְלָכֵן כְּנֶגֶד ג' הַמְשָׁכוֹת שֶׁל הַבְּרָכָה מִן ג' עוֹלָמוֹת הֲנֵז' שֶׁהֵם סוֹד יה"ו שֶׁבַּשֵּׁם, שֶׁכָּל בְּרָכָה הִיא בָּאָה מִסּוֹד מֵאָה אוֹתִיּוֹת נָקֵיט רַבִּי טִרְפוֹן מֵאָה כְּרָמִים וּמֵאָה שָׂדוֹת וּמֵאָה עֲבָדִים , וְהַיְינוּ לוֹמַר יֵשׁ עֹושֶׁר בָּא מִפְּאַת הַמַּזָּל וְאֵין זֶה עֹושֶׁר אֲמִיתִּי שֶׁיִּהְיֶה בּוֹ צַדִּיק, אֲבָל עֹושֶׁר הָאֲמִיתִּי הוּא אֲשֶׁר בָּא מִן הַבְּרָכָה הַמִּשְׁתַּלְשֶׁלֶת מִלְמַעְלָה שֶׁהִיא בְּסוֹד 'מֵאָה וּמֵאָה וּמֵאָה' שֶׁעַל זֶה נֶאֱמַר (מִשְׁלֵי י, כב) בִּרְכַּת ה' הִיא תַעֲשִׁיר, בִּרְכַּת ה' דַּיְיקָא, וּבָזֶה לֹא יוֹסֵף עָצֵב שֶׁלֹּא יֶחֱטָא מִכֹּחַ עָשְׁרוֹ וְלֹא תִּשְׁלוֹט בּוֹ הַסִּטְרָא אַחֲרָא הַנִּקְרֵאת עֶצֶב.
Rabbi Tarfon dit : quiconque possède cent vignes, cent champs et cent esclaves qui y travaillent. On peut objecter : cent esclaves pour cent vignes et cent champs ne suffiront pas ! Et même si l'on explique cent esclaves pour les vignes et cent esclaves pour les champs, cela ne suffit pas non plus : un esclave pour une vigne ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ces cent esclaves ne sont pas destinés au travail de la terre, car chaque vigne a assurément des gens occupés à son travail selon ses besoins, et de même pour les champs. Ces cent esclaves sont des surveillants, chargés de contrôler l'exploitation de la vigne et du champ. Car si quelqu'un possède cent vignes et cent champs et doit lui-même les surveiller, il n'est pas riche mais esclave attaché, car il n'aura ni calme ni repos de toute sa vie à surveiller tous ces nombreux lieux. C'est pourquoi il dit qu'il a cent esclaves qui les surveillent, tandis que lui reste chez lui au repos. Et les mots qui y travaillent signifient que ce sont des esclaves fidèles : bien qu'ils soient intendants et préposés, ils ne se conduisent pas avec autorité, mais prennent part eux-mêmes au travail avec les ouvriers et les métayers au besoin. Cependant ce propos reste difficile : quelle raison y a-t-il au nombre cent que retient Rabbi Tarfon dans ces trois catégories, sans rien de moins ni de plus ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [l'expliquer] d'après ce que j'ai écrit plus haut : la bénédiction de la terre, qui descend d'en haut, est dans le sod du nombre cent, comme il est écrit (Berechit 26,12) : Yitshak sema dans ce pays et récolta cette année-là au centuple, et Hachem le bénit. J'en ai expliqué la raison : la bénédiction dérive du Nom Havaya en plénitude AV, qui compte dix lettres, et la plénitude de la bénédiction vient de dix Noms, dans le sod des dix sefirot ; dix Noms AV font donc cent lettres, et tout cela vient de l'Atsilout. De même la bénédiction vient de la Beria, où se trouve le Nom Havaya en plénitude SaG, qui compte dix lettres, et dix Noms SaG ont cent lettres. De même la bénédiction vient de la Yetsira, où se trouve le Nom Havaya en plénitude MaH, qui compte dix lettres, et dix Noms MaH ont cent lettres. Ces trois forment l'ensemble du Nom Havaya, dont l'essentiel est les lettres yod-hé-vav, comme on le sait. C'est pourquoi il est dit : il récolta au centuple et Hachem le bénit, précisément. Aussi, face aux trois flux de bénédiction issus de ces trois mondes, qui sont le sod des lettres yod-hé-vav du Nom, Rabbi Tarfon retient cent vignes, cent champs et cent esclaves, car toute bénédiction vient du sod de cent lettres. Autrement dit : il y a une richesse qui vient du mazal (la chance), et ce n'est pas une richesse véritable dans laquelle [l'homme] demeure juste ; la richesse véritable est celle qui vient de la bénédiction descendant d'en haut, dans le sod de cent, cent et cent. C'est à son sujet qu'il est dit (Michle 10,22) : la bénédiction de Hachem, c'est elle qui enrichit - la bénédiction de Hachem précisément - et Il n'y ajoute pas de peine (etsev) : il ne fautera pas à cause de sa richesse, et la sitra a'hra, appelée etsev, ne le dominera pas.
כֹּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ אִשָּׁה נָאָה בְּמַעֲשֶׂיהָ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אִם רְצוֹנוֹ לוֹמַר עַל מַעֲשִׂים טוֹבִים מַה שַׁיָּיכוּת יֵשׁ בָּזֶה לְעֹושֶׁר בַּעְלָהּ, וְאִם בִּשְׁבִיל שֶׁאָמְרוּ (בָּבָא מְצִיעָא נט.) אֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם אֶלָּא בַּעֲבוּר אִשְׁתּוֹ וּסְבִירָא לֵיהּ דְּזֶה דַּוְקָא בְּאִשָּׁה צַדֶּקֶת, אִם כֵּן יֹאמַר מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ אִשָּׁה צַדֶּקֶת? וְאִם נְפָרֵשׁ כַּוָּנָתוֹ נָאָה בְּמַעֲשִׂים גַּשְׁמִיִּים שֶׁהִיא בַּעֲלַת מְלָאכָה, הִנֵּה מִן מְלָאכָה שֶׁל אִשָּׁה לֹא יֶאֱסֹוף עֹושֶׁר אֶלָּא רַק אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיֶה לוֹ הַרְוָוחָה בְּפַרְנָסַת הַבַּיִת? וְעוֹד לֹא שַׁייָּךְ לוֹמַר עַל זֶה לָשׁוֹן נָאֶה! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי לְשׁוֹן 'נָאָה' לֹא שַׁיָּיךְ אֶלָּא עַל נוֹי הַגּוּף הַבָּא מְנַקִּיּוֹת הַגּוּף וּנְקִיַּית הַמַּלְבּוּשִׁים וְיָופְייָן, שֶׁבְּכָל אֵלֶּה יִהְיֶה הַגּוּף נָאֶה. אַךְ יֵשׁ אִשָּׁה שֶׁהִיא זְרִיזָה וְנִזְהֶרֶת בְּנִקָּיוֹן גּוּפָהּ וּבְגָדֶיהָ וּבָזֶה תִּהְיֶה נָאֶה בְּעֵינֵי בַּעְלָהּ, כִּי עִיקַּר הַנּוֹי שֶׁל הַגּוּף בָּא מִזֶּה, שֶׁאִם גּוּפָהּ יָפֶה בְּמַרְאֵהוּ בְּלֹובֶן וְאֹודֶם וְהוּא מְלֻוכְלָךְ וּמְטֻונָּף וּבְגָדֶיהָ מְטֻונָּפִים וּמְזֹוהָמִים אֵין בָּזֶה שׁוּם נוֹי שֶׁיֵּלֵךְ יֹופִי הַגּוּף לְאִיבּוּד, וְעִיקַּר נוֹי הַגּוּף יָבֹא מְנַקִּיּוֹת הַגּוּף וּנְקִיּוּת הַבְּגָדִים וְהַקְּשֹׁוט שֶׁעוֹשֶׂה לְגוּפָהּ, וְאִשָּׁה זוֹ הִיא נָאָה בְּעֵינֵי בַּעְלָהּ וְתִמְצָא חֵן בְּעֵינָיו. אַךְ חֵן זוֹ הָאִשָּׁה בְּעֵינֵי בַּעְלָהּ הוּא אַלְיָה וְקוֹץ בָּהּ, כִּי זֹאת אֵינָהּ עוֹסֶקֶת בְּצָרְכֵי הַבַּיִת כְּלָל וְהִיא יוֹשֶׁבֶת תָּמִיד כְּמוֹ כַּלָּה תּוֹךְ חַדְרָהּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיֶה בָּהּ שׁוּם לִיכְלוּךְ וְטִינּוּף מִצַּד עֵסֶק הַבַּיִת, וּבְוַדַּאי דָּבָר זֶה יֻקְשֶׁה מְאֹד לְבַעֲלָהּ כִּי צָרְכֵי הַבַּיִת נַעֲשִׂים בְּיַד הַמְשָׁרְתִים וְאֵין לוֹ נַחַת רוּחַ בְּכָךְ, כִּי כַּמָּה נְזָקִין וּקְלָלוֹת יַגִּיעַ לוֹ מִזֶּה. וְיֵשׁ אִשָּׁה שֶׁהִיא נוֹשֵׂאת עַל שֶׁכַּמָּה עוֹל הַבַּיִת וְכָל צָרְכֵי הַבַּיִת נַעֲשִׂים עַל יָדָהּ וּבְהַשְׁגָּחָתָהּ, וּבָזֶה תִּמְצָא חֵן בְּעֵינַי בַּעְלָהּ שֶׁיֵּשׁ לוֹ נַחַת רוּחַ מִמַּעֲשֶׂיהָ כִּי עַל יְדֵי כָּךְ מָמוֹנוֹ מְשֻׁומָּר הֵיטֵב וְכָל צָרְכֵי בֵּיתוֹ נַעֲשִׂים כִּרְצוֹנוֹ, אַךְ זֶה הֲנָחַת רוּחַ שֶׁיֵּשׁ לוֹ מִמַּעֲשֶׂיהָ הוּא אַלְיָה וְקוֹץ בָּהּ, כִּי לֹא תִמְצָא חֵן בְּעֵינָיו מִצַּד הַיֹּופִי שֶׁלֹּא תִּהְיֶה נָאֶה בְּעֵינָיו, כִּי זוֹ תָּמִיד מְטֻונֶּפֶת וּמְלֻוכְלֶכֶת בְּעֵסֶק הַתַּבְשִׁיל וּשְׁאָר צָרְכֵי הַבַּיִת כְּמוֹ הַמְשָׁרְתִים אֲשֶׁר יְשָׁרְתוּ בַּבַּיִת וְאֵין זֹאת נָאָה בְּעֵינֵי בַּעֲלָהּ. אָמְנָם יֵשׁ אִשָּׁה שֶׁהִיא עוֹסֶקֶת בְּצָרְכֵי הַבַּיִת וְכָל דָּבָר נַעֲשֶׂה בְּיָדָהּ אֲבָל אֵינָהּ עוֹסֶקֶת בִּפְנֵי בַּעְלָהּ, אֶלָּא כָּל יוֹם אַחַר שֶׁיָּצָא בַּעְלָהּ לַשּׁוּק בַּבֹּוקֶר תַּחֲלֹף בְּגָדֶיהָ וַתִּלְבַּשׁ בְּגָדִים שֶׁל שֵׁירוּת וְתַעֲסֹוק בְּצָרְכֵי הַבַּיִת בַּתַּבְשִׁילִין וְכַיּוֹצֵא עַד שֶׁתִּגְמֹור כָּל דְּבַר הַצְּרָכִים דְּבַר יוֹם בְּיוֹמוֹ, וְשָׁעָה אַחַת קֹודֶם שֶׁיָּבוֹא בַּעֲלָהּ בְּסוֹף יוֹם תִּרְחַץ וְתִיפֶה גּוּפָהּ וְתַחַת בְּגָדֶיהָ וַתִּלְבַּשׁ בְּגָדִים נִקִּים וְיָפִים וְתֵשֵׁב כְּכַלָּה בִּזְמַן חֻופָּתָהּ, וּכְשֶׁיָּבֹא בַּעְלָהּ מִן הַשּׁוּק תִמְצָא חֵן בְּעֵינָיו כִּי רוֹאֶה אוֹתָהּ נָאָה מְאֹד בְּגוּפָהּ וּבְגָדֶיהָ וְתַכְשִׁיטֶיהָ, וְגַם יִמְצָא קוֹרַת רוּחַ מִצַּד צָרְכֵי הַבַּיִת כִּי יִרְאֶה הַכֹּל מְתֻוקָּן וּמְסֻודָּר וְנַעֲשָׂה יָפֶה כִּרְצוֹנוֹ, וְאִישׁ כָּזֶה שֶׁיֵּשׁ לוֹ אִשָּׁה כָּזוֹ וַדַּאי הוּא עָשִׁיר! וְלָזֶה אָמַר כֹּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ אִשָּׁה נָאָה בִּנְקִיּוּת גּוּפָהּ וּבְגָדֶיהָ וְתַכְשִׁיטֶיהָ וְאֵין הַנּוֹי הַזֶּה בָּא לָהּ מִצַּד הַבַּטָּלָה, אֶלָּא הַנּוֹי הַזֶּה בָּא לָהּ גַּם שֶׁהִיא עוֹסֶקֶת בְּמַעֲשֶׂיהָ הַשַּׁיָּיכִים לָהּ בְּצָרְכֵי הַבַּיִת, נִמְצָא זֶה יֵשׁ לוֹ נַחַת רוּחַ בִּתַּרְתִּי הֵן מִצַּד נָאוֹת יָפְיָהּ הֵן מִצַּד מַעֲשֵׂה יָדֶיהָ בִּמְלֶאכֶת הַבַּיִת תַּרְתֵּי לְטֵיבוּתָא.
Quiconque a une épouse belle dans ses actes. On peut objecter : s'il veut parler de bonnes actions, quel rapport cela a-t-il avec la richesse du mari ? Et si c'est parce qu'on a dit (Baba Metsia 59a) que la bénédiction ne se trouve dans la maison d'un homme que grâce à son épouse, et qu'il pense que cela vaut seulement pour une femme juste, qu'il dise alors : quiconque a une épouse juste ! Et si l'on explique qu'il vise des actes matériels, qu'elle est habile au travail, le travail d'une femme ne permet pas d'amasser une richesse, mais seulement une certaine aisance dans l'entretien de la maison. De plus, le mot belle ne convient pas ici ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot belle ne convient qu'à la beauté du corps, qui vient de la propreté du corps, de la propreté des vêtements et de leur beauté : par tout cela le corps devient beau. Il y a une femme diligente et soigneuse de la propreté de son corps et de ses vêtements, et par là elle est belle aux yeux de son mari, car l'essentiel de la beauté du corps en vient : si son corps est beau d'aspect, blanc et vermeil, mais sale et souillé, et ses vêtements tachés et crasseux, il n'y a là aucune beauté, et la beauté du corps se perd. L'essentiel de la beauté vient de la propreté du corps, de la propreté des vêtements et de la parure qu'elle met sur son corps ; une telle femme est belle aux yeux de son mari et trouve grâce à ses yeux. Mais la grâce de cette femme aux yeux de son mari est une qualité mêlée d'un défaut, car elle ne s'occupe pas du tout des besoins de la maison et reste toujours assise comme une fiancée dans sa chambre, afin de ne se salir ni se souiller par les travaux domestiques. Cela pèse beaucoup à son mari, car les besoins de la maison sont faits par des serviteurs et il n'en a pas de satisfaction, car bien des dommages et des désagréments lui en viennent. Et il y a une femme qui porte sur ses épaules le poids de la maison ; tous les besoins de la maison se font par elle et sous sa surveillance ; elle trouve ainsi grâce aux yeux de son mari, qui a de la satisfaction de ses actes, car par là son argent est bien gardé et tous les besoins de sa maison se font selon sa volonté. Mais cette satisfaction qu'il a de ses actes est aussi une qualité mêlée d'un défaut, car elle ne trouvera pas grâce à ses yeux du côté de la beauté : elle ne sera pas belle à ses yeux, car elle est toujours salie et souillée par la cuisine et les autres besoins de la maison, comme les serviteurs qui servent dans la maison, et cela n'est pas beau aux yeux de son mari. Mais il y a une femme qui s'occupe des besoins de la maison et fait tout de sa main, sans le faire devant son mari : chaque jour, après que son mari est parti au marché le matin, elle change de vêtements, met des habits de service et s'occupe des besoins de la maison, la cuisine et le reste, jusqu'à terminer tout ce qui est nécessaire au jour le jour ; puis, une heure avant que son mari ne rentre en fin de journée, elle se lave, embellit son corps, change de vêtements, met des habits propres et beaux, et s'assoit comme une fiancée au moment de sa houppa. Quand son mari revient du marché, elle trouve grâce à ses yeux, car il la voit très belle dans son corps, ses vêtements et ses parures ; et il a aussi du contentement quant aux besoins de la maison, car il voit tout arrangé, en ordre et bien fait selon sa volonté. Un homme qui a une telle femme est assurément riche ! C'est pourquoi il dit : quiconque a une épouse belle par la propreté de son corps, de ses vêtements et de ses parures, et cette beauté ne lui vient pas de l'oisiveté ; cette beauté lui vient alors qu'elle s'occupe aussi des actes qui lui reviennent pour les besoins de la maison. Cet homme a donc de la satisfaction à double titre, tant par la beauté de son épouse que par le travail de ses mains dans la maison : deux biens à la fois.
רבי יוסי אומר: כל שיש לו בית־הכסא סמוך לשלחנו. קשא הלה דבר זה נוגע לבריאות הגוף ואינו שייך לעושר? ונראה לי בס"ד כי ודאי הנאת העושר תלויה בבריאות הגוף, שאם יתעשר האדם וירבה ממונו אצלו איך יהנה ממנו האכל יאכל הזהובים ויורידם לתוך בטנו?! אך הנאתו מעושרו כי מחמת שהוא עשיר ספק בידו לאכול מאכלים טובים ויקרים ותבשילים חשובים ויפים וישתה משקים חשובין וטובים ובזה יתענג באכילה ושתיה הרבה. אמנם ידוע שאם אין הקיבה חזקה ובריאה לא תוכל לקבל מיני מאכל ומשקה הרבה וכל שכן דבר שמן וטוב, ואם תהיה גם כן מקולקלת מוכרח שיקיא האדם כל מה שיאכל וישתה, ואם כן זה אינו נהנה משום מאכל ומשקה, וידוע כי בריאות הקיבה וחזוקה תלוי בנקיות שלה, שאם כח הדוחה שבאדם חלוש ואינו דוחה כראוי אז יוציא מן הזבל קמעה וישאר רובו של זבל בבטן, ועכבתו ושהייתו בבטן עושה קלקול הרבה ומוליד חלאים בגופו, ומסתלק ממנו תאות המאכל והמשקה וכל מה שיאכל יהיה בדוחק, ואם יגדל הקלקול בפנים יותר אז לא תקבל הקיבה את המאכל ומוכרח להקיאו כי לא יתעכל בקרבה, והא ודאי זה חייו אינם חיים, ומה הנאה יש לו מעושרו? אדרבה יהיה לו למורת רוח ולדאבון נפש! מעשה בעשיר אחד שהיה ביתו מלא כל טוב, ועורכים על שולחנו לפניו ולפני אשתו ובניו בכל סעודה עשרים מיני תבשיל יפים וטובים וערבים מאד ועוד כמה מיני פירות ומיני משקין. אך העשיר עצמו היתה קיבתו מקולקלת וכל מה שיאכל יקיאנו אחר חצי שעה, ויביא רופא אומן ויעסוק עמו ברפואות הרבה ולא הועיל, ותקצר רוחו עד שקץ בחייו, ויאמר לרופא אם הוא היה עני יותר טוב לו מפני שלא היה רואה בעיניו מיני מאכלים טובים וערבים, אך עתה שהוא עשיר ומכח רוב עושרו ביתו מלא כל טוב ועל ידי כך שולחנו מלא תבשילין ערבים ופירות טובים ומשקין יפין והוא אוכל ומקיא הנה זה הטוב שבידו נחשב לו למורת רוח ולדאבון נפש. וכן הוא הענין שכתבנו, נמצא מסבת עכוב הזבל עושה קלקול, והנה בימים הראשונים היו בתי כסאות שלהם בשדה והם רחוקים מחצרותיהם כנזכר בגמרא, ורק יש עשירים ונכבדים שיש להם בית הכסא בביתם סמוך לשולחנם, והנה אלו שהם מוכרחים לצאת לחוץ לשדה כאשר מתעורר בקרבם כח הדוחה ורוצים לפנות, צריכים לעמיד עצמם עד שילכו חוצה לשדה כי אין להם בית הכסא בביתם לפנות תיכף, ובזה השיעור של זמן עכבת הזבל בבטנם ודאי יגיע איזה קלקול בקיבה כל אחד לפי כוחו ומזגו, ואפשר שלפעמים יעשה העיכוב רשום גדול בקלקול ויתהווה מזה חולאים בקיבה, וממילא יגיע הנזק לאכילתו מכאן ולהבא כי לא יהיה לו תאוה באכילה, או אפשר שיגדל הקלקול יותר עד שיגיע להקיא מאכלו תמיד, ואם כן אין זה עשיר כי עושרו יהיה לו למורת רוח! וכמו בעל המעשה הנזכר אשר דבר לרופא שטוב לו יותר אם היה עני, מה שאין כן אדם שיש לו בית הכסא סמוך לשולחנו דלא אפשר שיהיה לזה עכבה ושהוי אפילו במקצת זמן בזבל בטנו, הנה הוא שמור מנזקין אלו ובודאי קיבתו תהיה בריאה וחזקה אם לא יארע בה חולי ממקרי הזמן מבחוץ, ולכן זה חשיב עשיר שהוא נהנה תמיד מעושרו באכילה ושתיה.
Rabbi Yossi dit : quiconque a des toilettes près de sa table. Difficulté : cela concerne la santé du corps et n'a pas de rapport avec la richesse ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le profit de la richesse dépend assurément de la santé du corps. Car si un homme s'enrichit et que son argent augmente chez lui, comment en profiterait-il ? Mangerait-il les pièces d'or pour les faire descendre dans son ventre ? Son profit de la richesse est qu'étant riche il peut manger des mets bons et précieux, des plats raffinés et beaux, et boire des boissons de qualité, et ainsi jouir abondamment du manger et du boire. Or on sait que si l'estomac n'est pas fort et sain, il ne pourra pas recevoir beaucoup de nourriture et de boisson, à plus forte raison des choses grasses et riches ; et s'il est de plus déréglé, l'homme vomira nécessairement tout ce qu'il mange et boit, et il ne profitera d'aucune nourriture ni boisson. On sait aussi que la santé et la force de l'estomac dépendent de sa propreté : si la force d'expulsion de l'homme est faible et n'expulse pas comme il faut, il ne rejette qu'un peu des déchets et la plus grande partie reste dans le ventre ; leur rétention prolongée dans le ventre cause un grand désordre et engendre des maladies dans le corps, l'envie de manger et de boire le quitte, et tout ce qu'il mange, il le mange avec peine. Si le désordre interne s'aggrave, l'estomac ne recevra plus la nourriture et il devra la vomir, car elle ne se digérera pas. Assurément, une telle vie n'est pas une vie : quel profit tire-t-il de sa richesse ? Au contraire, elle lui sera une amertume et une douleur de l'âme ! Il arriva qu'un homme riche avait une maison remplie de tout bien ; à chaque repas on dressait sur sa table, pour lui, sa femme et ses enfants, vingt sortes de plats beaux, bons et très savoureux, et encore plusieurs sortes de fruits et de boissons. Mais le riche lui-même avait l'estomac déréglé, et tout ce qu'il mangeait, il le vomissait au bout d'une demi-heure. Il fit venir un médecin habile, qui le soigna avec de nombreux remèdes, sans résultat. Il perdit patience au point d'être dégoûté de la vie, et dit au médecin : s'il avait été pauvre, cela aurait mieux valu pour lui, car il n'aurait pas vu de ses yeux des mets bons et savoureux ; mais maintenant qu'il est riche, que sa maison est pleine de tout bien, et que par là sa table est pleine de plats savoureux, de bons fruits et de belles boissons, et qu'il mange et vomit, ce bien qu'il a en main lui est une amertume et une douleur de l'âme. Il en va de même de ce que nous avons écrit : la rétention des déchets cause le désordre. Or, dans les temps anciens, leurs toilettes étaient dans les champs, loin de leurs cours, comme il est mentionné dans la Guemara ; seuls quelques riches et notables avaient des toilettes dans leur maison, près de leur table. Ceux qui devaient sortir aux champs, quand la force d'expulsion s'éveillait en eux et qu'ils voulaient se soulager, devaient se retenir jusqu'à arriver aux champs, car ils n'avaient pas de toilettes chez eux pour se soulager aussitôt. Pendant ce temps de rétention des déchets dans leur ventre, un certain désordre atteint assurément l'estomac, chacun selon sa force et son tempérament ; il se peut que parfois la rétention laisse une forte trace de désordre et qu'il en résulte des maladies de l'estomac. Le dommage atteint alors sa manière de manger désormais, car il n'aura pas d'appétit, ou il se peut que le désordre s'aggrave au point qu'il vomisse toujours sa nourriture. Alors celui-là n'est pas riche, car sa richesse lui sera une amertume, comme l'homme de l'histoire susdite, qui dit au médecin qu'il aurait mieux valu pour lui être pauvre. Il n'en est pas ainsi de l'homme qui a des toilettes près de sa table : il ne peut lui arriver de retenir les déchets de son ventre, même un court instant ; il est protégé de ces dommages, et son estomac sera assurément sain et fort, à moins qu'une maladie ne lui survienne par un accident extérieur. C'est pourquoi celui-là est considéré comme riche, car il profite toujours de sa richesse en mangeant et en buvant.
💡 Explication

La mention du bien dans le verset amène une baraita : qui est riche ? Rachi donne l'enjeu pratique : savoir quel bien il vaut la peine de rechercher. Les quatre réponses sont retenues par le signe MTKS.

Rabbi Meir définit la richesse par la nahat roua'h, la satisfaction ; Rabbi Tarfon par les biens ; Rabbi Akiva par l'épouse ; Rabbi Yossi par une commodité domestique. Le Ben Yehoyada explique chacune et montre ce que Rabbi Meir ajoute à Ben Zoma.

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תַּנְיָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אֵין מַדְלִיקִין בָּצְרִי. מַאי טַעְמָא? — אָמַר רַבָּה: מִתּוֹךְ שֶׁרֵיחוֹ נוֹדֵף גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִסְתַּפֵּק מִמֶּנּוּ. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי:

Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : on n'allume pas avec le baume (tsori). Quelle en est la raison ?

Rabba a dit : comme son parfum se répand, [les Sages ont pris] un décret, de peur qu'on ne s'en serve. Abaye lui dit :

📜 Rachi (1)
שֶׁמָּא יִסְתַּפֵּק מִמֶּנּוּ וְתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא הַנּוֹתֵן שֶׁמֶן לַנֵּר חַיָּיב מִשּׁוּם מַבְעִיר וְהַמִּסְתַּפֵּק חַייָּב מִשּׁוּם מְכַבֶּה בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה בַּגְּמָרָא דְּיוֹם טוֹב (דַּף כב.):
De peur qu'on ne s'en serve : et il est enseigné dans la Tossefta : celui qui met de l'huile dans une lampe est coupable au titre d'allumer (mavir), et celui qui s'en sert est coupable au titre d'éteindre (mekhabe) ; [voir] dans le traité Beitsa, dans la Guemara du chapitre Yom tov (22a).
💡 Explication

Retour au thème de la michna : les matières interdites pour la lampe du Chabbat. Le tsori est une résine parfumée. Rabba craint qu'attiré par l'odeur, on en prélève de la lampe allumée ; or retirer du combustible abrège la flamme, ce qui est la melakha d'éteindre (Rachi, d'après la Tossefta). L'objection d'Abaye est rapportée au daf suivant.

🖼️ Schéma
Deux décrets sur la matière d'allumage Goudron (itran) odeur mauvaise Il quitterait la lampe (Rava) Perte de l'obligation manger à la lumière Baume (tsori) parfum agréable Il en prélèverait (Rabba) Melakha : mekhabe (Tossefta, Beitsa 22a)
Goudron et baume : deux décrets, deux dangers différents.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).