Shabbat 26a — Tsori, tevel impur et la liste des huiles permises pour la lampe

Shabbat 26a

Sougya : Le daf achève la discussion sur le tsori, la résine du baumier : Rabbi Chimon ben Elazar donne deux raisons, la crainte qu'on en prélève pour son parfum et sa volatilité. Une anecdote sur une belle-mère montre le danger de l'huile de baume, puis la Guemara explique le verset de Jérémie sur les pauvres laissés par Nevouzaradan, cueilleurs de baume et pêcheurs de 'hilazon.

Une baraita interdit d'allumer, même en semaine, avec du tevel impur et du naphte blanc ; le tevel est tiré du pluriel teroumotai. Vient ensuite la baraita des huiles : Rabbi Yichmael, Rabbi Yichmael ben Beroka et Rabbi Tarfon restreignent, Rabbi Yo'hanan ben Nouri proteste au nom des communautés qui n'ont pas d'huile d'olive, et Soumkhos se distingue du premier Tana sur la règle de Rav Berouna.

Le daf s'ouvre enfin sur la question des matériaux issus de l'arbre en matière d'impureté et de soukka.

Avec quelle huile allumer la lampe de Chabbat ?plus restrictifplus largeR. Tarfonhuile d'olive seulementR. Yichmael ben Berokaseulement ce qui sort du fruitR. Yichmaelrien de ce qui sort de l'arbreR. Chimon ben Elazarpas de tsori (résine de baumier)R. Yo'hanan ben Nouri (Tana kama)tout, sauf les huiles de la michnaSoumkhosde ce qui sort de la chair : poisson seul
Les positions de la baraita sur les huiles admises pour la lampe de Chabbat, de la plus restrictive à la plus large.
Pourquoi le tevel impur est-il interdit à la combustion ?Verset : Mishmeret teroumotaipluriel : deux teroumotTerouma pure (à manger)permise au cohen seulementà partir de la séparationTerouma impure (à brûler)même règle : profit seulementà partir de la séparationTevel impur : la terouma n'est pas séparéeon ne l'allume pas, même en semaine(et Chabbat à plus forte raison)Naphte blanc, même règle pratique,autre raison : il est volatil (af),danger d'incendie dès la semaine.
La dérivation du pluriel teroumotai et son application au tevel impur.
Soumkhos et le Tana kama : où est la différence ?Rav Berouna au nom de Rav : graisse fondue ou entrailles de poisson + un peu d'huile = permisLecture de RachiTana A : graisse permise si mélangéeà de l'huile ; huile de poisson permisemême pure.Tana B : huile de poisson seulementmélangée ; graisse jamais.Aucun ne suit Rav Berouna en tout.Lecture de Rabbenou TamHuile de poisson = huile de l'œildu poisson : permise même pure,Rav Berouna l'admet aussi.Un Tana suit Rav Berouna pour lagraisse mélangée, l'autre non.Un des deux suit Rav Berouna en tout.Dans les deux lectures : on ne sait pas qui tient quoi (ve-la mesaymei).
La différence entre Soumkhos et le Tana kama selon Rachi et selon Rabbenou Tam.
1
לֵימָא מַר: מִפְּנֵי שֶׁהוּא עָף. חֲדָא וְעוֹד קָאָמַר: חֲדָא — מִפְּנֵי שֶׁהוּא עָף. וְעוֹד — גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִסְתַּפֵּק מִמֶּנּוּ.

Que le Maître dise plutôt : parce qu'il est volatil ! Il a énoncé une raison, puis une autre : la première, parce qu'il est volatil ; et de plus, par décret, de peur qu'on en prélève pour soi.

📜 Rachi (1)
שֶׁהוּא עָף וְנִדְבָּק בְּכָותְלֵי הַבַּיִת וּמַדְלִיק אֶת הַבַּיִת:
Qu'il est volatil : il s'élève, se colle aux murs de la maison et met le feu à la maison.
🗂️ Tossefot (2)
וְלֵימָא מָר מִפְּנֵי שֶׁהוּא עָף וִיהֵא בָּהוּל עַל מָמוֹנוֹ וְיָבֹא לְכַבּוֹת תֵּימַהּ דה"ל לְמֵימַר אֲפִילּוּ בְּחוֹל נָמֵי לִיתְּסַר כִּדְאָמַר לְקַמָּן דְּאֵין מַדְלִיקִין בְּנֵפְט לָבָן אֲפִילּוּ בַּחֹול מִפְּנֵי שֶׁהוּא עָף:
Que le Maître dise plutôt : parce qu'il est volatil, de sorte que l'homme, inquiet pour ses biens, en viendra à éteindre. Étonnant : il aurait alors fallu dire que c'est interdit même en semaine, comme on le dit plus loin : on n'allume pas avec du naphte blanc, même en semaine, parce qu'il est volatil.
חֲדָא וְעוֹד קָאָמַר וְקָשֶׁה לר"י דְּתַנְיָא בְּסָמוּךְ הַצֳּרִי אֵינוֹ אֶלָּא שְׂרָף מֵעֲצֵי הַקְּטָף מַשְׁמַע דְּהַטַּעַם לְפִי שֶׁאֵינוֹ נִמְשָׁךְ אַחַר הַפְּתִילָה וּמָה הֻוצְרַךְ לִבְדּוֹת הַטַּעַם מִדַּעְתּוֹ:
Il a énoncé une raison, puis une autre : le Ri trouve cela difficile, car on enseigne dans la baraita qui suit : le tsori n'est que de la sève des arbres de ketaf. Cela laisse entendre que la raison est qu'il ne suit pas la mèche. Pourquoi alors a-t-il fallu inventer une raison de son propre chef ?
💡 Explication

Au daf précédent, Rabbi Chimon ben Elazar interdit d'allumer avec le tsori, la résine du baumier, par gezera (décret) : son parfum est agréable et l'on craint qu'on en prélève dans la lampe, ce qui revient à éteindre. La Guemara propose une raison plus simple : le tsori est af, volatil, et peut provoquer un incendie.

La réponse hada ve-od indique que les deux raisons coexistent. Tossefot relève deux difficultés : une raison de danger devrait interdire aussi en semaine, comme pour le naphte blanc ; et la baraita voisine semble donner une troisième raison, le tsori étant une sève qui ne monte pas bien dans la mèche.

🖼️ Schéma
Tsori : deux raisons de Rabbi Chimon ben ElazarTsori interdit1. Il est volatil (af)Rachi : il monte, colle aux murset met le feu à la maison2. Gezera : chema yistapek mimenouon craint qu'il en prélèvepour son parfumHada ve-od : il énonce une raison et en ajoute une autre.
Les deux raisons d'interdire le tsori, énoncées ensemble.
2
הַהִיא חֲמָתָא דַּהֲוָת סָנְיָא לַהּ לְכַלְּתַהּ, אָמְרָה לָהּ: זִיל אִיקַּשַּׁיט בְּמִשְׁחָא דַּאֲפַרְסְמָא. אָזְלָא אִיקָּשֵׁיט. כִּי אֲתָא[י] אָמְרָה לָהּ: זִיל אִיתְּלַי שְׁרָגָא. אָזְלָא אַתִּלָּא שְׁרָגָא. אִינְּפַח בַּהּ נוּרָא וַאֲכַלְתַּהּ.

Il y avait une belle-mère qui haïssait sa belle-fille. Elle lui dit : va te parer avec de l'huile de baume.

Elle alla et se para. Quand elle revint, elle lui dit : va allumer la lampe.

Elle alla et alluma la lampe. Le feu prit sur elle et la consuma.

📜 Rachi (2)
חֲמָתָא חֲמוֹתָהּ:
'Hamta : sa belle-mère.
אִיתְּלִי שְׁרָגָא הַדְלֵק אֶת הַנֵּר:
Itli chraga : allume la lampe.
💡 Explication

L'anecdote illustre la raison af : l'huile de baume est volatile et s'enflamme facilement. Le corps enduit de cette huile a pris feu au contact de la flamme. La Guemara rapporte ce fait comme preuve concrète du danger évoqué au segment précédent.

3
״וּמִדַּלַּת הָאָרֶץ הִשְׁאִיר נְבוּזַרְאֲדָן רַב טַבָּחִים לְכֹורְמִים וּלְיֹוגְבִים״. ״כּוֹרְמִים״ — תָּנֵי רַב יוֹסֵף אֵלּוּ מְלַקְּטֵי אֲפַרְסְמוֹן מֵעֵין גֶּדִי וְעַד רָמְתָא. ״יוֹגְבִים״ — אֵלּוּ צַייָּדֵי חִלָּזוֹן מִסֻּולָּמוֹת שֶׁל צוּר וְעַד חֵיפָה.

Et parmi les plus pauvres du pays, Nevouzaradan, chef des gardes, en laissa comme vignerons (kormim) et comme laboureurs (yogvim) (Jérémie 52, 16). Kormim : Rav Yossef enseigna : ce sont les cueilleurs de baume, depuis Ein Guedi jusqu'à Ramata.

Yogvim : ce sont les pêcheurs de 'hilazon, depuis l'Échelle de Tyr jusqu'à Haïfa.

📜 Rachi (4)
לְכוֹרְמִים לְשׁוֹן מְאַסְּפִים כְּמוֹ כּוֹרְמִים עָלָיו אֶת הַכֵּלִים לְקַמָּן בְּפֶרֶק רַבִּי עֲקִיבָא (שַׁבָּת דַּף פח:):
Le-kormim : terme qui signifie rassembler, comme dans on rassemble (kormim) sur lui les objets, plus loin au chapitre Rabbi Akiva (Chabbat 88b).
עַד רִמְּתָא שֵׁם מָקוֹם:
Jusqu'à Ramata : nom de lieu.
וּלְיוֹגְבִים לְשׁוֹן יְקָבִים שֶׁעוֹצְרִין וּפוֹצְעִין אֶת הַחִלָּזוֹן לְהוֹצִיא דָּמוֹ כְּדַאֲמָרָן בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל לְקַמָּן (שַׁבָּת דַּף עה.) וְהִנִּיחָם נְבוּזַרְאֲדָן לִלְבוּשֵׁי הַמֶּלֶךְ:
Ve-le-yogvim : terme apparenté à yekavim (pressoirs), car ils pressent et écrasent le 'hilazon pour en extraire le sang, comme nous le disons plus loin au chapitre Kelal gadol (Chabbat 75a). Nevouzaradan les laissa pour les vêtements du roi.
סֻולָּמָא דְּצוֹר מַעֲלָה הַר וּקְצָרָה הַמְּסִילָּה וּגְבוֹהָה וְקוֹרִין אוֹתָהּ פוייאיא"ה:
Soulama de-Tsor : une montée de montagne, où la route est étroite et haute ; on l'appelle pouiaya.
💡 Explication

Associée à l'huile de baume, la Guemara cite le verset de Jérémie sur les pauvres que le général babylonien laissa en terre d'Israël après la destruction. Rav Yossef lit les deux mots du verset comme deux métiers : les kormim, cueilleurs de baume dans la région d'Ein Guedi, et les yogvim, pêcheurs du 'hilazon, l'animal marin dont on tire la teinture bleue (tekhelet), sur la côte nord.

Rachi rattache kormim à l'idée de rassembler, et yogvim à yekev, le pressoir, puisqu'on presse le 'hilazon pour en tirer sa teinture. Ces deux produits servaient au luxe royal, ce qui explique pourquoi on garda ces travailleurs sur place.

4
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מַדְלִיקִין בְּטֶבֶל טָמֵא בַּחֹול, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּשַּׁבָּת. כַּיּוֹצֵא בוֹ: אֵין מַדְלִיקִין בְּנֵפְטְ לָבָן בַּחֹול, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּשַּׁבָּת. בִּשְׁלָמָא נֵפְט לָבָן — מִפְּנֵי שֶׁהוּא עָף, אֲבָל טֶבֶל טָמֵא מַאי טַעְמָא?

Nos Maîtres ont enseigné : on n'allume pas avec du tevel impur en semaine, et inutile de dire le Chabbat. De même : on n'allume pas avec du naphte blanc en semaine, et inutile de dire le Chabbat.

Pour le naphte blanc, on comprend : parce qu'il est volatil. Mais le tevel impur, quelle en est la raison ?

📜 Rachi (1)
אֵין מַדְלִיקִין בְּטֶבֶל טָמֵא וכ"ש בְּטָהוֹר וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
On n'allume pas avec du tevel impur : et à plus forte raison avec du tevel pur ; la raison est expliquée plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין מַדְלִיקִין בְּטֶבֶל טָמֵא פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וכ"ש בְּטֶבֶל טָהוֹר וְאֵין נִרְאֶה דְּלָא הָוֵי כ"ש דְּמֵהֵיכָא תַּיְתֵי אֶלָּא ה"ה בְּטֶבֶל טָהוֹר דְּיָלְפִינַן טֶבֶל טָהוֹר מִטֶּבֶל טָמֵא מַה טֶבֶל טָמֵא אֵין לְךָ בּוֹ שׁוּם הֲנָאָה שֶׁל כִּילּוּי אֶלָּא מֵהֲרָמָה וְאֵילָךְ אַף טֶבֶל טָהוֹר כֵּן אֲבָל הֲנָאָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל כִּילּוּי שָׁרִי דְּלָא מָצִינוּ בְּשׁוּם מָקוֹם שֶׁיְּהֵא טֶבֶל אָסוּר בַּהֲנָאָה וּמֵהָכָא נָמֵי יָלְפִינַן כֹּהֵן שֶׁשָּׂכַר פָּרָה מִיִּשְׂרָאֵל לָא יַאֲכִילֶנָּה כַּרְשִׁינֵּי תְרוּמָה (יְבָמוֹת פ"ז דַּף סו:) דַּהֲנָאָה שֶׁל כִּילּוּי אֲסוּרָה לְזָרִים אֲבָל שְׁאָר הֲנָאוֹת שָׁרֵי דִּתְנַן בְּפֶרֶק בַּכֹּל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף כ:) דִּמְעָרְבִין לְיִשְׂרָאֵל בִּתְרוּמָה:
On n'allume pas avec du tevel impur : le Kountras (Rachi) explique : et à plus forte raison avec du tevel pur. Cela ne paraît pas juste, car il n'y a pas là de kal va-homer : d'où viendrait-il ? Il faut dire plutôt que la règle est la même pour le tevel pur, car on déduit le tevel pur du tevel impur : de même que du tevel impur tu ne tires aucun profit de consommation, sauf à partir de la séparation, de même pour le tevel pur. Mais un profit qui ne consomme pas la chose est permis, car nous ne trouvons nulle part que le tevel soit interdit de profit. D'ici aussi nous apprenons qu'un cohen qui a loué une vache à un Israélite ne la nourrira pas de vesces de terouma (Yevamot, chapitre 7, 66b) : le profit de consommation est interdit aux non-cohanim, mais les autres profits sont permis, comme nous l'avons appris au chapitre Ba-kol meeravin (Erouvin 20b) : on fait l'erouv pour un Israélite avec de la terouma.
💡 Explication

Le tevel est un produit dont on n'a pas encore prélevé la terouma et les dîmes. Le naphte blanc est interdit même en semaine pour une raison de sécurité, il est volatil. Pour le tevel impur, la raison n'est pas évidente : puisqu'il est impur, il ne peut être mangé, et le brûler semblerait sans conséquence.

Rachi et Tossefot divergent sur le tevel pur. Pour Rachi, il est interdit à plus forte raison. Pour Tossefot, il est interdit par la même règle, et seul le profit de consommation (hanaat kilouy) est visé ; un profit qui ne détruit pas l'objet reste permis.

5
אֲמַר קְרָא: ״וַאֲנִי הִנֵּה נָתַתִּי לְךָ אֶת מִשְׁמֶרֶת תְּרוּמֹותָי״, בִּשְׁתֵּי תְּרוּמוֹת הַכָּתוּב מְדַבֵּר: אַחַת תְּרוּמָה טְהוֹרָה וְאַחַת תְּרוּמָה טְמֵאָה. מַה תְּרוּמָה טְהוֹרָה אֵין לְךָ בָּהּ אֶלָּא מִשְּׁעַת הֲרָמָה וְאֵילָךְ, אַף תְּרוּמָה טְמֵאָה אֵין לְךָ בָּהּ אֶלָּא מִשְּׁעַת הֲרָמָה וְאֵילָךְ.

Le verset dit : Et Moi, voici que Je t'ai donné la garde de Mes teroumot (Nombres 18, 8). Le verset parle de deux teroumot : l'une, la terouma pure, et l'autre, la terouma impure.

De même que de la terouma pure tu ne jouis qu'à partir du moment de la séparation, de même de la terouma impure tu ne jouis qu'à partir du moment de la séparation.

📜 Rachi (1)
מַה תְּרוּמָה טְהוֹרָה שֶׁהִיא לַאֲכִילָה אֵין לְךָ בָּהּ אֶלָּא מִשְּׁעַת הֲרָמָה וְאֵילָךְ וּמִקַּמֵּי הָכֵי אֲסִירָא שֶׁהֲרֵי טֶבֶל בְּמִיתָה לְאוֹכְלָהּ אַף תְּרוּמָה טְמֵאָה אע"פ שֶׁאֵין אַתָּה אוֹכְלָהּ אֶלָּא מַסִּיקָהּ אָסוּר לְהַסִּיקוֹ בְּטִבְלוֹ:
De même que la terouma pure : qui sert à la consommation, tu n'en jouis qu'à partir du moment de la séparation ; auparavant elle est interdite, puisque le tevel entraîne la mort (par le Ciel) pour qui le mange. De même la terouma impure : bien que tu ne la manges pas et que tu la brûlés seulement, il est interdit de la brûler quand elle est encore à l'état de tevel.
💡 Explication

La Guemara tire la règle du pluriel teroumotai, mes teroumot : le verset englobe la terouma pure et la terouma impure. La première est donnée au cohen pour être mangée, la seconde pour être brûlée, et il peut en tirer profit pendant sa destruction.

Le parallèle fixe la limite dans le temps : le droit du cohen commence à la hafrasha, la séparation. Tant que le produit est tevel, la terouma qu'il contient n'est pas encore isolée, et on ne peut pas l'allumer.

6
גּוּפָא. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אֵין מַדְלִיקִין בָּצְרִי, וְכֵן הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: צֳרִי אֵינוֹ אֶלָּא שְׂרָף מֵעֲצֵי הַקְּטָף. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: כָּל הַיּוֹצֵא מִן הָעֵץ אֵין מַדְלִיקִין בּוֹ. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן בְּרוֹקָה אוֹמֵר: אֵין מַדְלִיקִין אֶלָּא בַּיּוֹצֵא מִן הַפְּרִי. רַבִּי טִרְפוֹן אוֹמֵר: אֵין מַדְלִיקִין אֶלָּא בְּשֶׁמֶן זַיִת בִּלְבַד.

Retour au texte même (de la baraita). Rabbi Chimon ben Elazar dit : on n'allume pas avec du tsori.

Et Rabbi Chimon ben Elazar disait aussi : le tsori n'est que de la sève des arbres de ketaf. Rabbi Yichmael dit : tout ce qui sort de l'arbre, on n'allume pas avec.

Rabbi Yichmael ben Beroka dit : on n'allume qu'avec ce qui sort du fruit. Rabbi Tarfon dit : on n'allume qu'avec de l'huile d'olive seulement.

📜 Rachi (3)
אֵין מַדְלִיקִין בָּצְרִי כְּדִמְפָרֵשׁ לְעֵיל וְעוֹד כִּדְקָתָנֵי וְאָזֵיל דְּאֵינוֹ בָּא מִן הַפְּרִי אֶלָּא מִן הָעֵץ שָׂרָף בְּעָלְמָא וַהֲוָה לֵיהּ כְּזֶפֶת וְאֵינוֹ נִמְשָׁךְ לִישָּׁנָא אַחְרִינָא וְכֵן הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר כּוּ' לָאו טַעְמָא לְמִילְּתֵיהּ יָהֵיב אֶלָּא הָכִי קָאָמַר וְעוֹד הָיָה אוֹמֵר דָּבָר אַחֵר בָּצְרִי:
On n'allume pas avec du tsori : comme on l'a expliqué plus haut ; et aussi pour la raison qu'il enseigne ensuite : il ne vient pas du fruit, il vient de l'arbre, c'est une simple sève ; il est donc comme la poix et ne suit pas la mèche. Autre version : et ainsi Rabbi Chimon ben Elazar disait, etc. : cette phrase ne donne pas la raison de sa parole ; elle signifie : il disait encore une autre chose au sujet du tsori.
עֲצֵי הַקְּטָף כָּךְ שְׁמָם:
Les arbres de ketaf : tel est leur nom.
מִן הַפְּרִי לְאַפּוֹקֵי שֶׁמֶן דָּגִים וְעִטְרָן וּצְרִי:
Du fruit : pour exclure l'huile de poisson, le goudron (itran) et le tsori.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר כָּל הַיּוֹצֵא מִן הָעֵץ אֵין מַדְלִיקִין בּוֹ הָא דְּלָא קָתָנֵי אֶלָּא פִּשְׁתָּן כִּדְקָתָנֵי בְּמָתְנֵי' מִשּׁוּם דְּמַתְנִיתִין אַיְירֵי בִּפְסוּל פְּתִילוֹת וְהָכָא אַייְרֵי בִּפְסוּל שְׁמָנִים קָשֶׁה לְרַשְׁבָּ"א דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּתָנֵי בְּמָתְנֵי' דְּאֵין מַדְלִיקִין בְּעִטְרָן מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת מַשְׁמַע שֶׁנִּמְשָׁךְ אַחַר הַפְּתִילָה יָפֶה אֶלָּא דְּגָזְרִינַן שֶׁמָּא יַנִּיחֶנּוּ וְיֵצֵא כְּדִמְפָרֵשׁ לְעֵיל וְהָכָא מַשְׁמַע כָּל הַיּוֹצֵא מִן הָעֵץ אֵינוֹ נִמְשָׁךְ אַחַר הַפְּתִילָה וְעִטְרָן יוֹצֵא מִן הָעֵץ הוּא דְּהוּא פְּסֻולְתָּא דְּזִיפְתָּא כִּדְאָמַר לְעֵיל:
Rabbi Yichmael dit : tout ce qui sort de l'arbre, on n'allume pas avec. Il n'enseigne pas ici l'exception du lin, comme le fait la michna, parce que la michna traite des mèches invalides et qu'ici on traite des huiles invalides. Le Rachba trouve une difficulté : Rabbi Yichmael enseigne dans la michna qu'on n'allume pas avec le goudron par honneur pour le Chabbat. Cela laisse entendre que le goudron suit bien la mèche, et qu'on décrète seulement de peur qu'on le laisse et qu'on sorte, comme on l'a expliqué plus haut. Or ici on laisse entendre que tout ce qui sort de l'arbre ne suit pas la mèche, et le goudron sort de l'arbre, puisque c'est le résidu de la poix, comme on l'a dit plus haut.
💡 Explication

La Guemara revient à la baraita citée plus haut et en donne la suite. Chaque Tana restreint davantage les huiles admises : Rabbi Chimon ben Elazar exclut le tsori, Rabbi Yichmael tout ce qui sort de l'arbre, Rabbi Yichmael ben Beroka tout ce qui ne sort pas du fruit, et Rabbi Tarfon tout sauf l'huile d'olive.

Le critère sous-jacent, selon Rachi, est la qualité de combustion : une sève ou une résine ne monte pas bien dans la mèche, et l'on craint qu'on la délaisse ou qu'on la retouche. Tossefot note une tension avec la michna, où Rabbi Yichmael interdit le goudron pour une autre raison, l'honneur du Chabbat.

7
עָמַד רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי עַל רַגְלָיו וְאָמַר: מַה יַּעֲשׂוּ אַנְשֵׁי בָּבֶל שֶׁאֵין לָהֶם אֶלָּא שֶׁמֶן שֻׁומְשְׁמִין? וּמַה יַּעֲשׂוּ אַנְשֵׁי מָדַי שֶׁאֵין לָהֶם אֶלָּא שֶׁמֶן אֱגוֹזִים? וּמַה יַּעֲשׂוּ אַנְשֵׁי אֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא שֶׁאֵין לָהֶם אֶלָּא שֶׁמֶן צְנוֹנוֹת? וּמַה יַּעֲשׂוּ אַנְשֵׁי קַפּוֹטְקִיָּא שֶׁאֵין לָהֶם לֹא כָּךְ וְלֹא כָּךְ, אֶלָּא נֵפְט? — אֶלָּא אֵין לְךָ אֶלָּא מַה שֶּׁאָמְרוּ חֲכָמִים אֵין מַדְלִיקִין.

Rabbi Yo'hanan ben Nouri se leva sur ses pieds et dit : que feront les gens de Babylone, qui n'ont que de l'huile de sésame ? Et que feront les gens de Madai, qui n'ont que de l'huile de noix ?

Et que feront les gens d'Alexandrie, qui n'ont que de l'huile de radis ? Et que feront les gens de Cappadoce, qui n'ont ni l'un ni l'autre, mais seulement du naphte ?

Tu n'as donc d'interdit que ce dont les Sages ont dit : on n'allume pas avec.

📜 Rachi (1)
אֵין לְךָ אֶלָּא מַה שֶּׁאָמְרוּ חֲכָמִים אֵין מַדְלִיקִין בָּהֶן כְּגוֹן פְּסוּלֵי שְׁמָנִים דְּמַתְנִיתִין:
Tu n'as que ce dont les Sages ont dit qu'on n'allume pas avec : comme les huiles invalides de notre michna.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עָמַד רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי עַל רַגְלָיו וְאָמַר: מַה יַּעֲשׂוּ אַנְשֵׁי בָבֶל, שֶׁאֵין לָהֶם אֶלָּא שֶׁמֶן שֻׁמְשְׁמִין? וּמַה יַּעֲשׂוּ אַנְשֵׁי מָדַי, שֶׁאֵין לָהֶם אֶלָּא שֶׁמֶן אֱגוֹזִים. הִנֵּה לְפִי פְּשׁוּטוֹ שֶׁל דָּבָר הֻוצְרַךְ לַעֲמֹוד כְּדֵי לְפַרְסֵם טַעֲנָתוֹ וּלְהַשְׁמִיעַ קוֹלוֹ בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ כֻּולּוֹ שֶׁיַּסְכִּימוּ כָּל הַחֲכָמִים הַיּוֹשְׁבִים לִדְבָרָיו שֶׁטּוֹעֵן עַל רַבִּי טֵרָפוֹן. אַךְ נִרְאֶה לִי עוֹד טַעַם אַחֵר שֶׁעָמַד עַל רַגְלָיו וְדִבֵּר דְּבָרִים אֵלּוּ לְבַטֵּל דִּבְרֵי רַבִּי טַרְפוֹן, שֶׁרָמַז בָּזֶה דְּאֵין גּוֹזְרִים דָּבָר עַל הַצִּיבּוּר אֶלָּא אִם כֵּן יִהְיֶה לַדָּבָר הַהוּא עֲמִידָה וְקִיּוּם כְּאָדָם שֶׁעוֹמֵד עַל רַגְלָיו, וְזֶה הַדָּבָר שֶׁגָּזַר רַבִּי טִרְפוֹן שֶׁלֹּא לְהַדְלִיק אֶלָּא בְּשֶׁמֶן זַיִת אֵין לוֹ עֲמִידָה וְקִיּוּם, כִּי מַה יַּעֲשׂוּ אַנְשֵׁי בָבֶל וְכוּ' וּמַה יַּעֲשׂוּ אַנְשֵׁי מָדַי וְכוּ' וְעוֹד וְעוֹד. גַּם נִרְאֶה לִי קָרוֹב לָזֶה כִּי מַרְגְּלָא בְּפֻומַּייְהוּ דְּרַבָּנָן מָארֵי דְּתַלְמוּדָא לוֹמַר עַל חָכָם שֶׁנִּדְחִין דְּבָרָיו לֹא מָצָא יָדָיו וְרַגְלָיו בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ , וְלָכֵן קָם רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי עַל רַגְלָיו וְסִידֵּר דִּבְרֵי טַעֲנוֹתָיו לִדְחוֹת דִּבְרֵי רַבִּי טַרְפוֹן וּלְהוֹרוֹת לְהֵפֶךְ רָמַז בָּזֶה כִּי רַבִּי טִרְפוֹן לֹא מָצָא רַגְלָיו בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ בְּדָבָר זֶה שֶׁאָמַר לֶאֱסֹור שְׁאָר שְׁמָנִים, אַךְ אֲנִי עָמַדְתִּי עַל רַגְלִי שֶׁמָּצָאתִי רַגְלִי בִּדְבָרִים אֵלּוּ שֶׁאֲנִי אוֹמֵר לְהַתִּיר שְׁאָר שְׁמָנִים.
Rabbi Yo'hanan ben Nouri se leva sur ses pieds et dit : que feront les gens de Babylone, qui n'ont que de l'huile de sésame ? Et que feront les gens de Madai, qui n'ont que de l'huile de noix ? Selon le sens simple, il dut se lever pour faire connaître son objection et faire entendre sa voix dans tout le beit midrach, afin que tous les Sages assis se rallient à ses paroles contre Rabbi Tarfon. Mais il me semble qu'il y a une autre raison pour laquelle il se leva sur ses pieds et dit ces paroles pour annuler celles de Rabbi Tarfon. Il fit allusion par là à ceci : on ne décrète une chose sur le public que si elle a une tenue et une durée, comme un homme qui se tient sur ses pieds. Or ce que Rabbi Tarfon décrétait, n'allumer qu'avec de l'huile d'olive, n'a ni tenue ni durée, car que feront les gens de Babylone, etc., et que feront les gens de Madai, etc., et ainsi de suite. Il me semble encore, dans le même sens, que les maîtres du Talmud ont coutume de dire d'un sage dont les paroles sont rejetées : il n'a trouvé ni ses mains ni ses pieds dans le beit midrach. C'est pourquoi Rabbi Yo'hanan ben Nouri se leva sur ses pieds et exposa ses arguments pour rejeter les paroles de Rabbi Tarfon. Il fit allusion, en sens inverse, à ceci : Rabbi Tarfon n'a pas trouvé ses pieds dans le beit midrach en cette matière, lorsqu'il a interdit les autres huiles ; mais moi je me suis tenu sur mes pieds, car j'ai trouvé mes pieds dans ces paroles que je dis pour permettre les autres huiles.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan ben Nouri rejette l'ensemble des restrictions par un argument pratique : chaque région dispose d'une huile locale, sésame, noix, radis ou naphte. Une règle qui priverait ces communautés de lampe de Chabbat ne peut être retenue.

Sa conclusion fixe le principe : seules les huiles énumérées par la michna sont interdites, toutes les autres sont permises. C'est cette position que la Guemara appellera ensuite le Tana kama (premier Tana).

Le Ben Yehoyada lit le geste de se lever comme un remez (allusion) : un décret public doit pouvoir tenir debout, et celui de Rabbi Tarfon ne le peut pas.

8
וּמַדְלִיקִין בְּשֶׁמֶן דָּגִים וּבְעִטְרָן. רַבִּי שִׁמְעוֹן שֵׁזוּרִי אוֹמֵר: מַדְלִיקִין בְּשֶׁמֶן פַּקּוּעוֹת וּבְנֵפְטְ. סוּמָכוֹס אוֹמֵר: כָּל הַיּוֹצֵא מִן הַבָּשָׂר אֵין מַדְלִיקִין בּוֹ, אֶלָּא בְּשֶׁמֶן דָּגִים. סוֹמְכוֹס הַיְינוּ תַּנָּא קַמָּא? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּרַב בְּרוֹנָא אָמַר רַב, וְלָא מְסַיְּימִי.

Et on allume avec de l'huile de poisson et avec du goudron (itran). Rabbi Chimon Chezouri dit : on allume avec de l'huile de coloquinte et avec du naphte.

Soumkhos dit : de tout ce qui sort de la chair, on n'allume pas, sauf avec de l'huile de poisson. Soumkhos, n'est-ce pas la même chose que le premier Tana ?

Il y a entre eux une différence : la règle de Rav Berouna au nom de Rav. Mais on ne sait pas qui tient quelle position.

📜 Rachi (4)
וּמַדְלִיקִין בְּשֶׁמֶן דָּגִים ואע"ג דְּדָמֵי לְחָלָב וְאֵינוֹ יוֹצֵא מִפְּרִי:
Et on allume avec de l'huile de poisson : bien qu'elle ressemble à la graisse et qu'elle ne sorte pas d'un fruit.
וּבְעִטְרָן ואע"ג דְּמִזֶּפֶת קָאָתֵי:
Et avec du goudron : bien qu'il provienne de la poix.
סוּמָכוֹס הַיְינוּ ת"ק ר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי דִּפְסִיל כָּל הָנָךְ דְּמַתְנִיתִין וְחֵלֶב אִימְנֵי בַּהֲדַייְהוּ דְּהוּא יוֹצֵא מִן הַבָּשָׂר וְאַכְּשַׁר בְּשֶׁמֶן דָּגִים:
Soumkhos, c'est le premier Tana : Rabbi Yo'hanan ben Nouri, qui invalide toutes les huiles de la michna, parmi lesquelles est comptée la graisse, qui sort de la chair, et qui valide l'huile de poisson.
אִיכָּא בֵינַייְהוּ דְּרַב בְּרוּנָא דְּאָמַר צָרִיךְ לָתֵת לְתוֹכוֹ שֶׁמֶן כָּל שֶׁהוּא אִי נָמֵי דְּאַכְּשַׁר חֵלֶב מְהֻותָּךְ בְּתַעֲרֹובֶת שֶׁמֶן כָּל שֶׁהוּא חַד מֵהָנָךְ תַּנָּאֵי סָבַר לִדְרַב בְּרוּנָא דְּחֵלֶב נִיתָּר בְּתַעֲרֹובֶת אֲבָל שֶׁמֶן דָּגִים אֲפִילּוּ בְּעֵינֵיהּ וְחַד סָבַר שֶׁמֶן דָּגִים עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת אֲבָל חָלָב כְּלָל וּכְלָל לֹא:
La différence est la règle de Rav Berouna : qui a dit qu'il faut y mettre un peu d'huile ; ou encore qui valide la graisse fondue mélangée à un peu d'huile. L'un de ces Tanaim tient comme Rav Berouna que la graisse devient permise par le mélange, mais l'huile de poisson même pure ; et l'autre tient que l'huile de poisson est permise par le mélange, mais la graisse en aucun cas.
🗂️ Tossefot (3)
רַבִּי שִׁמְעוֹן שֵׁזוּרִי אוֹמֵר מַדְלִיקִין בְּשֶׁמֶן פַּקּוּעוֹת וּבְנֵפְטְ קָשֶׁה לְרַשְׁבָּ"א מַה בָּא לוֹמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן שְׁזוּרִי דְּהָא לְרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי נָמֵי מַדְלִיקִין בָּהֶן מִדְּקָאָמַר אֵין לְךָ אֶלָּא מַה שֶּׁאָמְרוּ חֲכָמִים אֵין מַדְלִיקִין מַשְׁמַע דַּוְקָא הָנְהוּ אֲבָל שֶׁמֶן פַּקּוּעוֹת וַנָּפֹט מַכְשִׁיר וְעוֹד דְּנֵפְט מַכְשִׁיר בְּהֶדְיָא רַבִּי יוֹחָנָן וְאֵין לוֹמַר דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן שְׁזוּרִי אַיְירֵי בְּנֵפְט לָבָן דְּהָא אַפֵּי' בְּחוֹל אָמַר לְעֵיל אֵין מַדְלִיקִין בּוֹ וְאִי גָּרְסִינַן אֵין מַדְלִיקִין בְּמִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן שְׁזוּרִי אָתֵי שַׁפִּיר:
Rabbi Chimon Chezouri dit : on allume avec de l'huile de coloquinte et avec du naphte. Le Rachba trouve difficile : que vient dire Rabbi Chimon Chezouri ? Selon Rabbi Yo'hanan ben Nouri aussi on allume avec, puisqu'il dit : tu n'as d'interdit que ce dont les Sages ont dit qu'on n'allume pas avec ; cela signifie ces huiles seulement, et il valide l'huile de coloquinte et le naphte. De plus, Rabbi Yo'hanan valide explicitement le naphte. On ne peut pas dire que Rabbi Chimon Chezouri parle du naphte blanc, puisqu'on a dit plus haut qu'on n'allume pas avec même en semaine. Si l'on lit : on n'allume pas, dans la parole de Rabbi Chimon Chezouri, tout s'explique bien.
אִיכָּא בֵינַייְהוּ דְּרַב בְּרוּנָא פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּחַד מִינַּייְהוּ סָבַר דְּחָלָב מְהֻותָּךְ שָׁרִי בְּתַעֲרוֹבוֹת אֲבָל שֶׁמֶן דָּגִים אֲפִילּוּ בְּעֵינֵיהּ וְחַד סָבַר שֶׁמֶן דָּגִים בְּתַעֲרוֹבוֹת אֲבָל חֵלֶב כְּלָל וּכְלָל לֹא וְהַשְׁתָּא תַּרְוַיְיהוּ לָא סָבְרִי בְּכֻולָּהּ מִילְּתָא כְּרַב בְּרוּנָא וְלָא מַשְׁמַע הָכִי וּבַקּוּנְטְרֵס דָּחַק לְפִי שֶׁפֵּירֵשׁ בְּמַתְנִיתִין דְּשֶׁמֶן דָּגִים הַיְינוּ קִרְבֵי דָּגִים שֶׁנִּימּוֹחוּ וְנִרְאֶה לר"ת דְּשֶׁמֶן דָּגִים הַייְנוּ שֶׁמֶן שֶׁבָּא מֵעֵינוֹ שֶׁל דָּג כִּדְאָמַר בְּהַמּוֹכֵר אֶת הַסְּפִינָה (ב"ב דַּף עג:) נֶגְדּוֹ מְגֻלְגַּלְתָּא דְּעֵינָא תְּלָת מְאָה גַּרְבֵי מִישְׁחָא וּבְשֶׁמֶן דָּגִים מוֹדֶה רַב בְּרוּנָא דְּשָׁרֵי בְּעֵינֵיהּ וְהַשְׁתָּא חַד מִינַּייְהוּ סָבַר לְגַמְרֵי כְּרַב בְּרוּנָא:
La différence est la règle de Rav Berouna : le Kountras explique que l'un d'eux tient que la graisse fondue est permise en mélange, mais l'huile de poisson même pure ; et l'autre tient l'huile de poisson en mélange, mais la graisse en aucun cas. Ainsi, ni l'un ni l'autre ne suivrait Rav Berouna en tout ; cela ne paraît pas être le sens. Le Kountras s'est contraint à cette lecture parce qu'il a expliqué dans la michna que l'huile de poisson désigne les entrailles de poisson fondues. Rabbenou Tam estime que l'huile de poisson est l'huile qui vient de l'œil du poisson, comme on le dit au chapitre Ha-mokher et ha-sefina (Baba Batra 73b) : ils tirèrent de l'orbite de son œil trois cents jarres d'huile. Pour l'huile de poisson, Rav Berouna reconnaît qu'elle est permise telle quelle ; ainsi l'un d'eux suit entièrement Rav Berouna.
וְלָא מְסַיְּימִי וְלֹא שַׁייָּךְ הָכָא תַּנָּא בָּתְרָא לְטַפּוֹיֵי אֲתָא דְּמוּכָח קְצָת דת"ק לְהַחְמִיר מִדְּקָאָמַר אֵין לְךָ אֶלָּא מַה כו' וּמַדְלִיקִין בְּשֶׁמֶן דָּגִים וּבְעִטְרָן מַשְׁמַע דַּוְוקָא הָנָךְ מִדִּנְחַת לְפָרוֹשֵׁי וְלֹא פִּי' נָמֵי דְּרַב בְּרוּנָא:
Et on ne sait pas qui tient quoi : on ne peut appliquer ici la règle le dernier Tana vient ajouter, car il ressort en partie que le premier Tana est plus sévère. Il dit en effet : tu n'as que ce que, etc. ; et on allume avec de l'huile de poisson et du goudron laisse entendre : ces deux-là seulement, puisqu'il est venu préciser et n'a pas précisé aussi le cas de Rav Berouna.
💡 Explication

Le premier Tana, Rabbi Yo'hanan ben Nouri, précise qu'on allume avec l'huile de poisson et le goudron. Soumkhos dit de son côté que, de ce qui vient de la chair, seule l'huile de poisson est admise. Les deux positions paraissent identiques, et la Guemara place leur différence dans la règle de Rav Berouna : un mélange de graisse fondue ou d'entrailles de poisson avec un peu d'huile est valable.

La Guemara conclut ve-la mesaymei : on ne sait pas lequel des deux admet cette règle. Rachi et Rabbenou Tam divergent sur ce que désigne l'huile de poisson, et donc sur la portée exacte de la divergence.

🖼️ Schéma
Soumkhos et le Tana kama : où est la différence ?Rav Berouna au nom de Rav : graisse fondue ou entrailles de poisson + un peu d'huile = permisLecture de RachiTana A : graisse permise si mélangéeà de l'huile ; huile de poisson permisemême pure.Tana B : huile de poisson seulementmélangée ; graisse jamais.Aucun ne suit Rav Berouna en tout.Lecture de Rabbenou TamHuile de poisson = huile de l'œildu poisson : permise même pure,Rav Berouna l'admet aussi.Un Tana suit Rav Berouna pour lagraisse mélangée, l'autre non.Un des deux suit Rav Berouna en tout.Dans les deux lectures : on ne sait pas qui tient quoi (ve-la mesaymei).
Rachi et Rabbenou Tam sur la différence entre Soumkhos et le Tana kama.
9
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: כָּל הַיּוֹצֵא מִן הָעֵץ אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ, וּמְסַכְּכִין בּוֹ — חוּץ מִפִּשְׁתָּן. אָמַר אַבַּיֵּי:

On a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : tout ce qui sort de l'arbre n'est pas soumis à la mesure de trois sur trois, et on peut en couvrir (la soukka), sauf le lin. Abbaye dit :

📜 Rachi (4)
אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ לְקַבֵּל טֻומְאָה בַּג' אֶצְבָּעוֹת:
N'est pas soumis à la mesure de trois sur trois : pour recevoir l'impureté à partir de trois doigts.
יוֹצֵא מִן הָעֵץ כְּמוֹ קַנַּבּוֹס וְצֶמֶר גֶּפֶן:
Ce qui sort de l'arbre : comme le chanvre et le coton.
וּמְסַכְּכִים בּוֹ סֻוכָּה הוֹאִיל וְאֵינוֹ מְקַבֵּל טֻומְאָה דְּאֵין מְסַכְּכִין בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה כִּדְיָלְפִינַן בְּמַסָּכ' סֻוכָּה (דַּף יב:) מִגָּרְנְךָ וּמִיִּקְבֶךָ:
Et on peut en couvrir : la soukka, puisqu'il ne reçoit pas l'impureté ; car on ne couvre pas la soukka avec une chose qui reçoit l'impureté, comme nous le déduisons au traité Soukka (12b) de ton aire et de ton pressoir.
חוּץ מִפִּשְׁתָּן דְּיָלְפִינַן לְקַמָּן דְּאִיקְרֵי עֵץ וּמְקַבֵּל טֻומְאַת נְגָעִים אֲפִילּוּ אוּנִין שֶׁבּוֹ כְּדִלְקַמָּן הִלְכָּךְ אֵין מְסַכְּכִין בְּאוּנִין:
Sauf le lin : dont nous déduisons plus loin qu'il est appelé ets (bois) et qu'il reçoit l'impureté des plaies (negaim), même ses étoupes, comme on le verra plus loin ; c'est pourquoi on ne couvre pas la soukka avec ses étoupes.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין בּוֹ מִשּׁוּם שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ וּמְסַכְּכִין בּוֹ חוּץ מִפִּשְׁתָּן קָשֶׁה לְרִיבָ"א דְּמַשְׁמַע דְּפָחוֹת מִשָּׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ מְסַכְּכִין אַפֵּי' בְּשֶׁל פִּשְׁתָּן ובפ"ק דְּסֻוכָּה (דַּף מז.) אָמְרִינַן סִיכְּכָהּ בְּמַטְלָנִיּוֹת שֶׁאֵין בָּהֶן שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ פְּסוּלָה וְתֵירֵץ דְּהָתָם אַייְרֵי דְּבָאוֹת מִבֶּגֶד גָּדוֹל שֶׁכְּבָר הָיוּ רְאוּיוֹת לְקַבֵּל טֻומְאָה אֲבָל הָכָא מַייְרֵי בְּהָנְהוּ שֶׁלֹּא הָיָה בָּהֶם מֵעוֹלָם שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ וְקָשֶׁה לְרַשְׁבָּ"א דְּאַפֵּי' אִם לֹא נֶאֱרַג בּוֹ מֵעוֹלָם שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ מְקַבֵּל טֻומְאָה כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף סג:) אָרִיג כָּל שֶׁהוּא טָמֵא וְאֵין מְסַכְּכִין בּוֹ וְי"ל דְּהָתָם מַיְירֵי כְּשֶׁאֵין בְּדַעְתּוֹ לֶאֱרֹוג בּוֹ יוֹתֵר וְהָכָא מַייְרֵי כְּשֶׁיֵּשׁ בְּדַעְתּוֹ לֶאֱרֹוג בּוֹ יוֹתֵר הִלְכָּךְ אִם אֵין בּוֹ שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ טָהוֹר:
N'est pas soumis à la mesure de trois sur trois et on peut en couvrir, sauf le lin : le Riva trouve difficile que cela laisse entendre qu'avec moins de trois sur trois on peut couvrir, même avec du lin. Or au premier chapitre de Soukka (47a) nous disons : s'il a couvert avec des chiffons qui n'ont pas trois sur trois, la soukka est invalide. Il a répondu : là-bas, il s'agit de morceaux provenant d'un grand vêtement qui était déjà apte à recevoir l'impureté ; ici, il s'agit de morceaux qui n'ont jamais eu trois sur trois. Le Rachba trouve difficile que même ce qui n'a jamais été tissé sur trois sur trois reçoit l'impureté, comme on le dit au chapitre Ba-me icha (plus loin, Chabbat 63b) : un tissu de toute dimension est impur, et on n'en couvre pas la soukka. On peut répondre : là-bas, il s'agit du cas où il n'a pas l'intention d'en tisser davantage ; ici, du cas où il a l'intention d'en tisser davantage ; c'est pourquoi, s'il n'a pas trois sur trois, il est pur.
💡 Explication

La Guemara passe des huiles aux matériaux. Pour les étoffes, la mesure minimale pour recevoir l'impureté est de trois doigts sur trois. Rabbi Chimon ben Elazar enseigne que ce qui vient de l'arbre, comme le chanvre ou le coton, n'est pas soumis à cette règle : il ne reçoit pas l'impureté, et l'on peut donc s'en servir pour le skhakh, la couverture de la soukka.

Le lin fait exception : la Tora l'appelle ets, et il reçoit l'impureté des plaies. Tossefot discute le cas des petits morceaux de moins de trois sur trois et distingue selon l'origine du morceau et l'intention de poursuivre le tissage. La parole d'Abbaye commence ici et se poursuit au verso.

🖼️ Schéma
Ce qui vient de l'arbre : impureté et soukkaYotse min ha-etsChanvre, coton...pas de mesure 3 x 3 doigtspour l'impuretéon peut en couvrir la soukkaLin (pichtan)appelé ets ; reçoit l'impuretédes plaies, même ses étoupeson n'en couvre pas la soukka
Matériaux issus de l'arbre : règle générale et exception du lin.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).